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Les mappemondes séismograpblques antérieures

Il existe deux mappemondes séismographiques, antérieurement établies par Mallet et par Milne. On ne peut négliger d'en parler ici parce qu'elles sont fort connues, et que, bien des fois reproduites, elles ont été et sont encore le point de départ de travaux de valeur. Il faut bien aussi justifier, par l'amélioration des résultats

a GÉOGRAPHIE SÉI8M0L0G1QUE

plus précis obtenus, le travail considérable que nous nous sommes imposé depuis plus de vingt ans pour établir la mappemonde qui figure dans cet ouvrage, et en constitue la base fondamentale.

En 1858, Mallet a publié à la suite de son grand catalogue séismique un quatrième et dernier rapport, mémoire d'ensemble sur ce que Ton savait alors sur les tremblements de terre, et il le termina par une mappemonde séismographique, qui n'a pas été refaite depuis sous cette forme. Remarquable pour une époque où les observations systématiques n'existaient encore nulle part, elle était malheureusement, en partie du moins, basée sur l'estime, les documents de cette époque étant aussi insuffisants qu'était incomplète et remplie de lacunes considérables l'exploration des pays exotiques. Il ne faut donc pas s'étonner de la voir différer sensiblement de la nôtre, le grand séismologue anglais n'ayant pu, comme nous, utiliser l'énorme matériel des observations recueillies partout depuis. Mais, défaut certainement beaucoup plus grave, Mallet, conformément aux idées en cours de son temps, confondait activité volcanique et instabilité séismique, deux manifestations proche parentes, mais non identiques et indépendantes l'une de l'autre, des forces terrestres internes. Ce n'est pas avec le but puéril d'établir une comparaison avantageuse, si bien facilitée par l'augmentation des matériaux séismologiques, que nous parlons de cette ancienne mappemonde, mais seulement pour mettre en garde contre les théories qu'elle a suggérées, et auxquelles elle a servi de base supposée exacte, comme par exemple la théorie deLallemand*, lorsqu'il l'a utilisée pour mettre les volcans et les tremblements de terre en relation avec les lignes de déformation de l'écorce terrestre dans le système tétraédrique fameux de Lowthian Green. Cette manière d'interpréter les principales lignes de relief ou de corrugation de la surface terrestre trouve dans la nouvelle mappemonde une confirmation beaucoup moins probante.

Ainsi qu'en témoignent de nombreux travaux, la fameuse théorie tétraédrique de Lowthian Green ^, condensée et résumée avec tous ses développements ultérieurs par Arldt', occupe une telle place dans les spéculations de la géographie et de la géologie générales, qu'il serait étrange de voir la répartition actuelle des régions à tremblements n'apporter aucun argument pour ou contre cette brillante

* Volc&ns et tremblements de terre ; leur relation avec la figure du globe (Bull. soc. astron, de France, Mai 1903, 213. Paris).

* Vestiges of the molten Globe as exhihiled in the figure of the eartKs volcanic action and physiography (Part I. London, 1875. Part IL Honolulu, 1887).

» Arldt. Die Gestait der Erde (Beitrdge zur Geophyslk, VII, 283. Leipzig, 1905).

conception. On ne peut entrer ici dans le détail des résultats que cette comparaison permettra d'obtenir d'une recherche spéciale non encore terminée, et fort délicate ; il suffira d'en indiquer succinctement la portée probable. Si l'on prend le tétraèdre de Lowthian Green, avec ses paires de masses continentales méridiennes accouplées, figurant les arêtes émanées du quatrième sommet situé aux terres antarctiques, on voit que les régions instables ne se coordonnent pas sur ces arêtes, qui devraient être, pensait-on, des lignes de moindre résistance et de plus grande mobilité. Elles ne correspondent pas davantage aux arêtes du tétraèdre admis par Michel Lévy\ ni à celles de la double pyramide triangulaire de Marcel Bertrand*. On ne trouve de relation un peu conforme aux éléments d'un tétraèdre de déformation, celui d'ailleurs de Lowthian Green, qu'en se rappportant à l'opinion émise par de Lapparent', d'après laquelle « la logique et l'observation conduisent à penser que les compartiments soulevés [sommets : boucliers canadien, baltique, sibérien] sont limités, relativement aux autres [faces : dépressions océaniques], par des cassures, lesquelles, au lieu d'être dirigées suivant les arêtes du tétraèdre, doivent, au contraire, les couper obliquement. Tel est justement le cas de la grande dépression du Pacifique, si constante au travers de tant de périodes géologiques... » Il y aurait donc accord suffisant entre ces déformations tétraédriques et la distribution des régions à tremblements de terre, puisque ceux-ci, ainsi qu'on le verra, s'accumulent sur le géosynclinal circurapacifique, dont la relation avec le tétraèdre vient d'être énoncée, et sur le géosynclinal méditerranéen, résultant d'une torsion du tétraèdre de Green, sous l'influence de causes d'ordre astronomique. Dès lors l'aséismicité des sommets serait pleinement justifiée aussi par la théorie tétraédrique.

C'est dans un tout autre ordre d'idées que Milne, dans un mémoire récent, et ajuste titre fort remarqué, a, en 1903 *, cherché la forme et la situation des zones limitées de la surface terrestre d'où émanent ce qu'il appelle les macroséismes, c'est-à-dire les tremblements de terre enregistrés dans les observatoires séismologiques situés à grande distance de l'origine, lorsque ces mouvements se font sentir sur une

* Sur la coordination et la répartition des fractures et des effondrements de Técorco terrestre en relation avec les épanchements volcaniques (Bull. soc. géol. France^ 3« sér., XXVI, 105, 1898).

* Déformation tétraédrique et déplacement du pôle (C. A. Ac, Se. Paris, CXXX, 1900. 449).

" Sur la symétrie tétraédrique du globe terrestre (Id., 614).

^ Seismological observations and Earlh Physics (Geo^r. Joum. London, January, 1903).

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notable partie de la surface terrestre, ou même sur sa totalité. Ce dernier cas s'est présenté notamment pour le grand désastre de rAssam, du 12 juin 1897 : ses vibrations, propagées dans tous les sens autour de l'origine, se sont rencontrées à l'antipode, centime de concamération, puis sont revenues se faire de nouveau enregistrer dans rinde après avoir fait deux fois le tour du globe, imitant de la sorte les ondes atmosphériques et marines déterminées parla gigantesque explosion du Krakatoa en 1883. Passant légèrement sur l'inconvénient qu'il y a de détourner le mot macroséisme de sa signification généralement adoptée, pour désigner seulement les secousses, faibles ou violentes, mais sensibles à l'homme considéré comme un véritable séismoscope, alors que le terme de téléséisme est couramment adopté pour celles que Milne a en vue, et dont les vibrations se propagent au loin, — il y a lieu de discuter ici cette seconde mappemonde séismique, établie par une méthode extrêmement originale. Elle est basée sur la possibilité de déterminer dans les observatoires la distance à laquelle s'est produit un tremblement de terre qui a ébranlé un pays inconnu, au moyen des séismogrammes qu^il a tracés sur les appareils de plusieurs stations. La solution de cet intéressant problème est, au moins tliéoriquement, assez simple, ainsi qu'on va le voir. Cette question a été fort lucidement exposée par M. de Lapparent, pour le grand public d'abord S puis plus techniquement dans un rapport présenté à l'Académie des sciences de Paris ^

Sans vouloir ici exposer une des méthodes les plus ingénieuses de la séismologie physique, il est nécessaire toutefois de donner quelques détails succincts, pour faire apprécier exactement à leur juste valeur les résultats qu'on peut attendre de la mappemonde de Milne.

Un séismogramme complet, c'est-à-dire la courbe tracée sur un appareil quelconque par un tremblement de terre, petit ou grand, d'origine rapprochée ou éloignée, présente trois genres distincts d'ondulations ou de vibrations : 1*^ des frémissements préliminaires, décelant de très courtes oscillations inférieures au millimètre et d'une période variant deO",l à 5",2 ; 2** des vibrations de plus d'amplitude et de plus longue durée ; 3^ de grandes ondulations d'une période de 15 à 20". On admet généralement' que les premières

* Les frémissements do Técorcc terrestre (Le Correspondant, n* du 10 avril 1903, 110).

' Journal des savants (1903, 113).

' A. Belar. Einiges ûber die Aufzeichnungen der Erdbebenmesser (Die Erdbebenwarte. Jalirg. I, 77,95. Laibach, 1901).

A. Sieberg. Wle pllanzen sich die Erdbebenwellen fort? (Dos Weltall, 60. 75, Berlin. 1902).

résultent de la propagation du mouvement séismique au travers de toute la masse terrestre avec une vitesse de quelques 10 kilomètres à la seconde^ et que les autres correspondent aux mouvements horizontaux et verticaux de Técorce terrestre , avec des vitesses respectives d'environ 5 et 2,5 à 3 kilomètres à la seconde. L'intervalle de temps écoulé , et mesuré au séismographe, entre ces diverses inscriptions, permettra de calculer la distance de Tépicentre in connu du tremblement de terre. Que plusiem*s observatoires se livrent au même calcul pour un même téléséisme , et

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