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Le Japon, l'Archipel des Rlou-Klou et Formose

Au point de vue séismologique, le Japon s'est placé, sans conteste, en tête des pays du monde où les tremblements de terre sont le mieux étudiés. Il était prédestiné à ce rôle par la grandeur et la fréquence des catastrophes qui l'ont de tout temps désolé, qu'elles soient causées par des secousses violentes et répétées du sol qui, comme le 28 octobre 1891, produisirent des failles de 160 kilomètres de long S par de terribles éruptions ou explosions volcaniques telle que celle du Bandaï-San (15 juillet 1888) faisant disparaître d'un seul coup des montagnes entières, cubant plus de deux milliards de mètres ', ou enfin par de gigantesques raz de marée d'origine séismique, ou Tsunamis^ noyant des milliers d'habitants, le 23 décembre 1854, à Simoda et sur les côtes d'alentour ^ Depuis quinze siècles au moins, alors qu'en Europe les tremblements de terre n'étaient guère qu'un sujet d'effroi, qu'aucune recherche scientifique sérieuse ne cherchait à élucider, il se développait au Japon une vaste littérature séismologique, qui a fourni le récit de 223 catastrophes, depuis Tan 416 de notre ère jusqu'à 1867, et la mention de plus de 2 000 tremblements de terre

* Gh. Davison. The great japanese earthquake of October 28^» 1891 [Geogr. journ, June 1901, London). — B. Kôtô. On the cause of the great earthquake in central Japan, 1891 {Journ. of the Coll. of. Se. Imp. Univ. Japan, V. part IV. Tokyo, 1893). — J. Milne. A note on the great earthquake of October 28ti> 1891 {Sdsm. Journ. of Japan, l, 1893, 127. Tokyo). — F. Omôri. Note on the great Mino-Owari earthquake of October ÎSti» 1891 (Public, earthq. invest. Comm. in foreign languages, n» 4. Tokyo, 1900). — G. de Roton. Le tremblement de terre du Japon du 28 octobre 1891 (Le Tour du monde, n*1668, 2i décembre 1892, Paris).

' Cargill Knott and Michie Smith. Notes on Bandal-San (Trans. seism. Soc. of Japan, XIII, part II, 223). — S. Seikei-Sekiya. The éruption of Bandal-San (Journ, Coll. Se. Imp. Univ. Tokyo, III, part II, 91, 1889).

' T. E. Gumprecht. Das letzte grosse Erdbeben in Japan (Zeitschr. f, Allgem. Erdkunde, Oktober 1855, V, 311).

d'intensité variée dans plus de 500 ouvrages ou articles de moindre importance ^ ; c'est une effrayante moyenne d'un désastre tous les six ans et demi. A côté de faits probablement erronés, ou tout au moins exagérés, et d'observations d*une naïveté parfois enfantine, ces documents abondent en faits précieux pour l'étude de ces phénomènes, et laissent loin derrière eux le catalogue de Perrey ' pour ces anciens temps. Aussi quand, à la fin du xix® siècle, la séismologie moderne s'est constituée en science autonome sous l'impulsion des savants italiens, ceux du Japon, tant nationaux qu'européens, se sont vite mis à la tête du mouvement, comme l'attestent les innombrables travaux importants publiés dans des recueils bien connus, les Transactions of the Seismological Society ofJapan (1880-18^2), qui ont été continués par les Publications of the Earthquake Inves^ tigation Committee in foreign langtuiges, donnant les mémoires les plus importants de la même collection en japonais, langue malheureusement peu accessible. L'observation des macroséismes est devenue un service d'Ëtat, et à la fin de 1904 il existait 71 stations munies d'appareils séismographiques et 1471 stations sans instruments', disséminées à la surface du Japon, formant un réseau tellement serré que, sauf dans Tile d'Yézo, encore peu habitée, aucun macroséisme ne peut échapper à l'observation. La répartition de l'instabilité est donc bien connue, et elle le serait encore mieux si le bureau central ne publiait ses catalogues en japonais.

Le seul point qui laisse, il faut bien le dire, un peu à désirer jusqu'à présent dans ces immenses travaux, c'est la recherche des relations entre les phénomènes séismologiques et géologiques, les savants japonais ayant, jusqu'ici, peu cultivé ce côté du problème. Les bases de la géologie japonaise ont été posées, il y a déjà un certain nombre d'années, par Naumann *, et les recherches les plus récentes n'en ont pas sensiblement modifié les grandes lignes .

* J. Milne. Notes on tlie great carthquakes of Japan (Trans. Seism. Soc. Japan» III 65, 1881). — P. Omôri. The materials for the earthquake history in Japan (Shinsai Yobo Chosakwai Hôkoku). (Reports of theimp. Earlhq. Invegi. Comm. in japanest language, n^ 46. Tokyo, 1904). — S. Seikei-Sekiya. Catalogue of japanese earthquakes {Joum, Coll. Se. Imp. Univ. Tokyo, XI, part IV. 315, 1899).

* Documents sur les tremblements de terre et les éruptions volcaniques au Japon (Mém. Ac. Se, Arts et Belles-lettres de Lyon, 1862).

' Dairoku Kikuchi. Récent seismological investigations in Japan (Publ. Earthq. Invest, Comm. in for. lang., nM9. Tokyo, 1904).

' E. Naumann. Ueber den Bau und die Entstehung der Japanischen Insein (Berlin, 1885). — Die japanische Inselweit. Geographische-geoiogischeSkizze (Mitth. d.k. k.Geogr. Ges. in Wien. XXX. 129 et 201, Wien, 1887)..

Dk Mortksbus. — TremblemonU de ierre. 27

GÉOGRAPHIE SÉISMOLOGIQUE

Nemuro

hinomaki

ukushima

Harvamatsu

JlVakàyama

Hamada

Fig. 73. — Japon. Nombres annuels moyens de séismes aux principales stations séismologiques. .

Tous les terrains sont représentés au Japon; la direction: méridienne domine dans le Nord, et celle W. S. W.-E. N. E. dans le Sud, de sorte que l'orientation des rivages, des lignes de relief et des zones géologiques est partout identique dans chacune des deux moitiés, et que Tarchipel représente une chaîne à demi submergée, tournant sa convexité vers le S. E. C'est une des plus vastes rides de la surface terrestre, et aussi une des plus élevées, si Ton tient compte des 3 700 mètres d'altitude du célèbre Fuji-Yama, ou Fuji San, au-dessus des 8 500 mètres de profondeur de la fosse du Tuscarora, qui longe les côtes externes à très petite distance : nulle part ailleurs ne se rencontre une pareille dénivellation de 1 2 200 mètres sur un espace aussi restreint, disposition rappelant tout à fait et sur une plus vaste échelle encore celle de la Sierra Maestra de Cuba, elle aussi très instable.

Du côté de la Corée, la mer du Japon, que Ton croyait naguère peu profonde, descend cependant à plus de 3 200 mètres

par 40* 5' N. et 130* 14' E. (d'aprës les sondages récents exécutés par la « Grande Compagnie des Télégraphes du Nord ») ; mais la structure en talus abrupt n'y existe pas.

Le tracé compliqué des côtes japonaises révèle un extrême morcellement des massifs, qu'accentue encore leur défaut de continuité, tant au point de vue du relief qu'à celui de la composition et de la structure. L'archipel est véritablement coupé en deux par la Fossa magna de Naumann; ce sont les régions peu accidentées à l'Ouest de Tokio, situées entre les massifs cristallins du Nord et du Sud, qui forment la zone externe par le sud de Kiu-Siu, l'île Shikoku et la presqu'île de Kii d'une part, les grands massifs d'Abukuma et de Kita- Kami d'autre part. A l'intérieur, les accidents parallèles affectant des terrains de toutes les époques se disposent de la môme façon. L'activité volcanique s'est surtout développée dans l'Ouest et le Sud de Kiu-Siu en prolongement de l'arc des Okinawa-Shima, plus encore suivant l'axe méridien du Nippon, ou Hondo, où elle a érigé l'arête de la grande île en continuation des îles Bonin et Shitshito (Oho- Shima), et finalement le long de l'axe de Yézo avec prolongement ininterrompu par les Kouriles et le Kamtchatka. Dans le Sud, la mer intérieure forme une dépression ancienne, mais relativement peu profonde, et dont Naumann a pu suivre le prolongement dans tout le Nippon jusqu'à son extrême Nord. Enfin les côles occidentales montrent une série d'effondrements circulaires, que Suess assimile aux golfes semblables de la mer Tyrrhénienne.

Les terres japonaises ont été plissées à diverses époques, et leurs vicissitudes ont été considérables puisque les couches paléozoïques à radiolaires, maintenant émergées, n'ont pu se déposer qu'à une grande profondeur. Naumann résume ainsi qu'il suit les derniers mouvements tertiaires, les seuls qui interviennent pour expliquer l'instabilité séismique générale de l'époque actuelle : avec la fin du Crétacé se produisit une surrection et une compression des couches mésozoïques, et le commencement du Tertiaire a con*espondu à une période continentale, caractérisée par un grand développement des éruptions dioritiques. A partir du Miocène survint une immersion générale, ne laissant probablement émerger que certains sommets de l'ancienne ossature, et que troublèrent des oscillations moindres en sens divers. Puis un énergique plissement se produisit à la fin de cette période, accompagné d'une grande activité volcanique, double série de phénomènes qui se renouvela vers la fin du Pliocène ; c'était le troisième plissement, puisque les terrains cristallins eux-mêmes ^ avaient, à une époque reculée, subi déjà un semblable mouvement.

GÉOGRAPHIE SÉISUOLOGIQUE

Naumann pense aussi que la dernière poussée orogénique n'est pas compifetement terminée; il a en effet montré ' qu'il y a quelques mille ans, les environs de Tokio ont été en une mesure notable conquis sur le domaine marîlime. Dans ce travail, il a porté sur une carte, d'aprlîs les reclierches de Yamada, tous les lieux dont le nom est un composé des mots japonais Minato, port ; Hama, rivage ;el£/ra, baie, et pu ainsi dessiner l'ancien tracé des côtes, qui s'écarte parfois notablement du tracé actuel.

Bien des points de la géologie japonaise restent encore à élucider; ainsi Naumann croit très ancienne la Fossa Magna, que Suess, à la

' Ueber die Ëbene voD Tedo (PtUrmartat

suite des travaux de Harada, considère comme récente ; mais de toutes façons, chaîne plissée à la fin du Tertiaire et définitivement émergée au bord d'un des plus profonds et raides talus océaniques connus à la surface du globe, cet archipel a bien des motifs à la plus grande instabilité séismique, qui atteint son maximum du côté du Pacifique ou de la plus grande dénivellation. On va l'étudier du Nord au Sud.

D'après Dairoku, les 223 désastres historiques se répartissent ainsi qu'il suit, quant à leur origine :

Paciûque 47

Mer du Japon 17

Mer intérieure 2

Intérieur du Nippon 144

Origine inconnue 43

Les séismes destructeurs venant de l'intérieur, du Pacifique et de la mer du Japon présentent ainsi les rapports de 7 à 3 et à 1. En ne tenant compte que des tremblements de terre destructeurs, les provinces du côté concave de l'arc japonais sont exclusivement désolées par des secousses d'un caractère local, et celles du côté convexe par des chocs étendus, d'origine sous-marine et accompagnés de Tsiuuunis ou vagues séismiques. Les provinces centrales de Mino, Shinano, Shimotzuke et Iwashiro sont souvent le théâtre de tremblements destructeurs locaux. Enfin celles du Kotzuke et de THida, rarement éprouvées, forment avec le Sanyodô les régions les plus stables de la grande île.

Hokkaido, ou Yézo, paraît jouir vers le Nord de la même immunité que Sakhaline. Par contre, ses deux presqu'îles de l'Est et du Sud, Nemuro et Osima, sont très souvent ébranlées. La première correspond à la pénétration de la ligne volcanique des Kouriles dans rintérieur de Tîle, et la seconde à une série d'efibndrements circulaires dans les terrains archéens et paléozoîques, dont le principal est celui de la baie Uchira, ou des Volcans.

La presqu'île de Nemuro et les provinces du N.E. du Nippon, Rikuzeu et Bikuchû, ont été bien souvent ravagées par des tremblements de terre d'origine sous-marine, et de nombreuses secousses semblables ont été signalées au large d'Yézo et du Nippon. Cette observation a une importance capitale. C'est, en effet, une des plus grandes découvertes des séismologues du Japon d'avoir montré qu'outre les chocs seulement signalés en mer, un nombre notable des séismes qui agitent ces côtes, du détroit de Tsugaru à la près-

GI'^OGRAPHrE SKI^MOLOGIQUE

qu'ile d'Awa, à l'est de la baie de Tokio, prennent naissancesoit sur le talus, soit au pied de la fosse du Tuscarore. Le catalogue publié par Milne' de 8331 secousses ressenties de 1885 à 1892 sufGt à donner à ce fait une indisculable confirmation.

C'est aussi de là que partent, comme conséquences des mouvements séismiques indéniables du bord ou du fond de l'abîme, les gigantesques raz de marée qui désolent si souvent ce littoral, tel celui du 15 juin 1896, qui coûta près de 30 000 exîstences humaines sur 250 milles des cAtes orientales du Nippon ' et dont Milne' place l'épicentre à 150 milles àl'EstdeSendai. Les aires dévastées par Tsunamis ne semblent s'Être que rarement étendues au delà de l'HitacIii

' J. Milne. A c&t&tognc ol S33I curthquakes rccorded in Japan belween 1883 and 1891 (Scinnoi.

/oum.o/'Jiijian, IV. Tokyo, 1893).

■ T. Iki. Report on tho greal Son-Biku Tsunami, or destnicUve Sea-wavea [Bep. of tht imp.

earthq. ins. Comm. in japanew language, d* 11. TokjO,lS97].

— A. Imamura. Note on Ihe great Tsunami of IBM {Id.

W ». Tokyo, 1899).

' Brilith Au. for the Adi: of Se, Bristol meeting, 1898. — Third Hep. of tht Comm. an i«i«mot. Obi., p. 210.

et de la presqu'île d'Awa et Easuza, probablement parce que, vers le S.W. de l'archipel, les grands fonds sont plus éloignés des côtes. On a eu trop souvent jusqu'à présent, dans cet ouvrage, à développer les conséquences séismiques de l'existence de cette structure sousmarine, lorsqu'elle borde comme ici des terres élevées et récem* ment plissées, pour qu'il y ait lieu de développer davantage un sujet

Pig. 76. -- Japon. Disloc&lioDS récentes d'origine BéUmiqne (d'après Tunu&kl).

dont la découverte est due à Mitne et à ses collaborateurs de la société séismologique du Japon.

L'alignement volcanique des îles Shitshilo à la rencontre duquel l'arc japonais se recourbe vers l'W.S.W., repose au contraire sur un seuil élevé se dirigeant droit au Sud vers les îles Bonia et Mariannes.

Au Sud du Nippon occidental et des grandes Iles de Shikoku et de Kiu-Siu, les fonds ne dépassent pas 4000 mètres, et cette différence de moitié avec ceux de la fosse de Tuscarora correspond à une grande diminution de la séismicité, contraste bien suggestif quant à l'influence séismogénique de cette structure.

Le tremblement de terre du 31 août 1896 a conduit Yamasaki' à de très intéressantes observations géologiques. Ce violent séisme

' Du grosse japaniscbe Erdbeben in nOrdIichen Honshn &m 31. Angiut 1S96 {Pelermann'i geogr. MiUAeil.,Xl, Ht. 1900}.

424 GÉOGRAPHIE SÉISMOLOGIQUE

s'est étendu dans les provinces d'Ugo et de Rikuchû, à TOuest de la dépression du fleuve Kitakami, de direction méridienne, et qui isole sur la côte orientale un grand massif ancien de même nom. L'aire pléistoséiste était allongée sur la double chaîne médiane dont les deux crêtes parallèles, appelées Mahiru-Yama à l'Ouest et Naka- Yama à l'Est, comprennent entre elles la haute vallée longitudinale de Waga. Tout cet ensemble tertiaire est pénétré par des intrusions granitiques, andésitiques et liparitiques ; c'est donc une ancienne ligne de moindre résistance. L'aire épicentrale était comprise, de chaque côté de la chaîne du Mahiru- Yama, entre deux grandes failles, auxquelles Yamasaki donne les noms de Kavafune (celle de l'Est ; 50 kilomètres de long) et de Senya (celle de l'Ouest ; 70 kilomètres), de ceux des localités où elles sont le mieux accusées. Ainsi, le tremblement de terre a été produit soit par une élévation en bloc de la chaîne de Mahiru, soit par un égal abaissement des bandes sédimentaires qui la comprennent entre les deux failles. Ces dislocations sont légèrement déviées vers le S. W., et celle de Senya prolongée se retrouve dans la plaine de Sakata, ou du Shonaï, sur un parcours d'une trentaine de kilomètres, jusqu'à l'embouchure du Mogamigawa, où elle avait été, sous le nom de faille de Yadaresawa', l'origine du grand séisme du 23 octobre 1894. Cette dernière fracture et celle de Senya sont donc identiques, malgré la lacune apparente qui les sépare encore ; toutes deux traversent respectivement les vallées du Mogamigawa et de l'Omonogawa, et les deux séismes sont la claire manifestation d'un môme processus tectonique encore en pleine activité.

La côte occidentale du Nippon septentrional montre des courbures successives que Suess assimile, avons-nous dit, aux golfes d'effondrements de la mer Tyrrhénienne de l'Italie. Leur rôle séismogénique, déjà signalé à Yézo, se reproduit sur cclittoral, au moins pour ceux d'Akita (Kubota, nom antique), de Niigata en face de l'île Sado, et celui qui se trouve au S. W. de la grande presqu'île de Noto. Dans ces trois cas, les tremblements de terre ont eu souvent leurs épicentres en mer, fait mis en évidence pour ceux du 9 et du 11 décembre 1892, dont les foyers étaient au large de la presqu'île de Noto*.

La grande plaine du Musaschi, si profondément pénétrée par la petite mer intérieure de Sagami et la baie de Yokohama-Tokio entre

* Kôtô. Recherches géologiques sur le tremblement de terre du Shonaï (Rapports du Comité séismologique impérial Japonais (en japonais.) N* 8, 1, 1896).

* (Anonyme) On thc carthquakes in the year d893 {Ann. Rep, of, Ihe centr. Met. Oàs. of Japan for the year 189i, part II, mem. 40, Tokyo).

les presqu'îles dlzu et d'Awa, est une des plus importantes régions séismiques du Japon. Elle est dominée à l'Ouest par le massif ancien du Quanto, qui termine au Sud le Nippon septentrional, et par le Fuji-Yama, qui représente l'origine de la ligne volcanique formant trait d'union entre celle d'Yézo et des Kouriles au Nord et celle des Shitshito et des Bonin^ouOgasawara-Shima, au Sud. La raison d'être géologique de son instabilité n'apparaît pas encore clairement, en l'état actuel de nos connaissances. Au sujet du tremblement de terre du 22 février 1880, Milne^ fait intervenir les failles et les plissements des couches tertiaires de la péninsule d'Awa; il se demande même, sans y répondre toutefois, si ce dernier phénomène n'est pas encore en activité effective ; il assigne aussi un rôle séismogénique aux failles de la presqu'île de Yokoska*. Omôri^ a tracé quatre étroites zones allongées, résultant du groupement des épicentres des secousses ressenties àTokio de septembre 1887 à juillet 1889, ainsi que sept autres analogues pour les chocs de la môme période observés dans le Nippon central, mais non dans cette ville. Le savant séismologue n'en tirant aucune relation d'ordre géologique, il est inutile d'en rien dire de plus, sinon qu'une d'elles est tout entière sous* marine, ce qui confirme ainsi, par une autre voie, les résultats déjà mentionnés des observations de Milne.

Il n^est pas du tout certain que la Fossa Magna de Naumann soit une région d'instabilité maxima, ainsi qu'on l'a souvent dit. Elle limite presque complètement vers le S.W. l'activité volcanique, mais il ne nous semble pas qu'elle joue un rôle séismogénique très accusé.

Les provinces centrales du Mino et de l'Owari ont été, le 28 octobre 1891, le théâtre du plus formidable tremblement de terre dont l'histoire fasse peut-être mention. Il a été accompagné de la formation d'une faille gigantesque, de 160 kilomètres de long au moins, avec un rejet dépassant 20 mètres, et qu'aucun obstacle n'a pu arrêter, ni dévier. Elle s'est produite dans les terrains primaires de la vallée du Kisogawa et s'est étendue de ce fleuve jusqu'au delà de Fukui, non loin de l'embouchure de l'Hinogawa; courant, il est vrai, à peu près parallèlement à la Fossa Magna, elle en est aussi

* The earthquake in Japan of February 22^^ 4880 (Trans. seism. Soc, of, Japan, h part II, 59)«

* Notes on the horizontal and vertical motion of the earthquake of March %^^ 1881 {Id., III, 132).

' Macroseismlc mcasurements in Tokyo {Public, of. the eartkq, Invest. Comm. in for, lang,, u* 11, II and III. Tokyo, 1902).

éloignée que des vallées et des dislocations « du système sinien » qui séparent la province de Mino de celle d'Echizen.

- La grande fracture de la vallée de Néo produite par le tremblement de terre

du Mino et de l'Owari du 28 octobre 1891.

A rOuest de ce remarquable district séismique, la dépression du fameux lac Biwa s'ouvre dansle même ensemble paléozoïque, formant,

avec des roches granitiques et cristallines, la plus grande partie de la presqu'île de Shikoku, qui termine le Nippon vers l'Ouest, Près du lac se trouve Kiôtô, l'antique capitale du Japon^ pour laquelle les annales et les chroniques rapportent un nombre considérable de tremblements de terre. Depuis qu'en ces dernières années, les observations systématiques ont été instituées, cette région a fourni peu de secousses. On est donc fondé à penser que les tremblements de terre de Kiôlô, anciennement relatés, venaient d'ailleurs, vraisem* blablement du Mino et de l'Owari.

La presqu'île de Shikoku est fort stable, ainsi que pouvait le faire prévoir sa constitution géologique, et il en est de même de la mer intérieure, étroite et peu profonde dépression longitudinale ouverte de l'Est à l'Ouest entre la péninsule et l'île de Shikoku. Le lac Biwa en est d'ailleurs le prolongement naturel. Les terres du Sud, presqu'île de Kii et île de Shikoku, sont aussi indemnes de tremblements de terre, en conformité avec leur constitution géologique : granités et schistes cristallins au Nord, terrains paléozoîques au Sud, avec quelques lambeaux de couches secondaires, mais à l'exclusion de produits éruptifs récents. On peut cependant citer une série de nombreuses secousses ressenties en 18!i4^ à Shikoku dans la province de Tosa ; si c'étaient des avant-coureurs du grand tremblement de terre de Simoda, on peut se demander si elles n'avaient pas, comme lui, une origine sous-marine, auquel cas elle ne contrediraient pas l'habituelle stabilité de cette île.

Kiu-Siu est le prolongement naturel, archéen et primaire, de Shikoku, mais avec adjonction de couches tertiaires, et un grand développement de l'appareil éruptif récent, en prolongement de l'axe volcanique rejoignant Formose vers le S.W. Les tremblements de terre redeviennent fréquents et sérieux avec le plissement tertiaire, et la catastrophe de Kumanoto, du 28 juillet 1889, a été, avec ses nombreux chocs consécutifs, mise en relation par Kôtô avec les Assures découpant le massif volcanique éteint du Kimposan. Pendant longtemps Nagasaki a été le seul port du Japon ouvert aux Européens, et il en est résulté de nombreuses observations séismiques faites par les commerçants du comptoir hollandais, confinés, depuis le XVII' siècle, dans la petite île de Dzesima. Les secousses y sont plus fréquentes que dangereuses. Enfin la grande baie de Kagoshima, dans le sud de Kiu-Siu, paraît être le théâtre de séismes d'origine volcanique.

* Omôri. Salie repliche del gran terremoto giapponeae del 1854 (Bull. aoe. sism. ilal., 1896, 152).

GÉOGRAPHIE SÉISHOLOGIQUE

Malgré la défiance que doit inspirer l'hypothèse des relations entre les sëismes etles pliénom&ncs de la géophysique externe, on ne saurait en faire complètement abstraction lorsqu'elles tendent à la démonstration possible d'une action mécanique directe sur l'écorce terrestre, et qu'elles émanent de savants comme Omôri ; ce séismologuc tient comme bien élabhe l'existence au Japon d'un maximum d'activité macroséismique en été pour le S. E, de Yézo et la moitié Nord de Nippon, et en hiver pour le reste de l'archipel, sauf quelques petites surfaces aberrantes au Nord du Sanyodo, surlacùte SuddeSliikoku et autour du lac Biwa, exceptions d'ailleurs de nature à faire naître quelque suspicion sur le résultat général. Quoi qu'il en Boit,Oraôri' rapproche de cette statistique, roulant sur 18279 secousses, la répartition annuelle de la pression barométrique, basse en été et haute en

' Annual anil diumal variaUon of siMEiilic rrequuncy ia J^ian {Hubt. of l/ie tartkq. JnMtf.

CoittM. in for. lang., n* S. Tokyo,

hiver sur le Pacifique^ inverses sur la côte opposée. Il conclut formellement^ à une plus §:rande hauteur d'eau sur la côte orientale

x)i i H m !v y VI vu viii ix x xi xii

mm

mm.

mm.

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du baromètre.

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marégraphe.

FréquoDce •éismique.

6*Vol I ï \ \ \ \ I I I I 1 —

XII I II m lY V VI VII Vin IX X xi xii

Fig. 79. — Japon. Variations annuelles de la pression barométrique, da niveau delà mer et de la fréquence séismique le long de la côte du Pacifique (d'après Omôri).

pendant Tété, d'où une accentuation notable de la pression hydi*ostatique sur les couches terrestres du même côté, circonstance

* Annaal variation of the height ol Sea-level at Ayukawa and Misaki (Id., n* 18, 4904. 23).

430 GÉOGRAPHIE SÉISMOLOGIQUE

favorable à Taugmen talion de la fréquence séismique, avec inversion du phénomène pendant l'hiver. Ces considérations paraissent assez plausibles a priori^ mais il nous semble qu'Omôri en a lui-même détruit la portée dans un mémoire plus récent ^ Dans ce dernier travail, en effet, il trouve pour la pression sur le fond de la mer une différence de 249 millimètres de mercure entre le maximum d'octobre

et le minimum de février, mars et avril, soient -«- d'atmosphère.

Il faudrait savoir autrement si la cause invoquée est bien adéquate à l'effet supposé, si une statistique poussée plus loin confirmerait le résultat, et enfin si ces circonstances se reproduisent ailleurs. En tout cas, on voit qu'Omôri explique autrement que Belar ne l'a fait pour les côtes dalmates un maximum estival, d'ailleurs appuyé sur un nombre bien plus considérable d'observations que dans ce second exemple.

Entre le Japon et Formose la chaîne des îles Riou-Kiou, ou Okinawa Shima, continue intérieurement la rangée volcanique de Kiu-Siu, et extérieurement sa ride du S. £., que représentent les gneiss plissés de la grande Okinawa. Ce serait donc une ancienne cordillère, démantelée et effondrée sur le Pacifique, mouvements qui auraient déterminé les manifestations éruptives du côté de la mer de Chine. Si l'on s'en réfère à ce qui se passe ailleurs pour des régions de structure analogue, il n'y aurait pas à prévoir une grande instabilité dans ces îles, et c'est bien ce qui résulte des observations faites à Amikou par les missionnaires de 1857 à 1858, et les observations ultérieures des Japonais à partir de 1886 ; il en résulte une fréquence annuelle moyenne très modérée de 6 secousses, et l'on n'y connaît aucun tremblement de terre grave. Il se pourrait cependant que la fréquence annuelle soit en réalité plus grande dans cet archipel que celle qui vient d'être indiquée; en effet, la station séismologique centrale de Strasbourg vient de publier (septembre 1905) le pre* mier des catalogues annuels généraux de macroséismes dont elle a assumé la tâche à l'association séismologique internationale. Or si l'on se reporte à ce travail considérable et de la plus haute importance (4 760 séismes) % on trouve que 24 secousses, à la vérité toutes légères, ont été, en 1903, observées à la station japonaise de Tîle 0-Shima (129^30' E. Gr. 28^33' N.), sans préjudice de 8 autres

* Note on the annual variation of thc height of Sea-level on the Japan Coast (Proc. of the Tokyo phys. mat. soc. Réimprimé du : Tokyo Sugaku-Butsurigakkwai Kifi-Gayo. II. n* 20. 1905).

' Rudolph. Katalog der im Jahre 1903 bekannt gewordenen Erdbeben (Beitrdge zur Geophysik. Erg&nzungsband, III, Leipzig, 1905).

en d'autres îles\ Une explosion volcanique en 1902, a fait disparaître Tori-Shima avec presque tous ses habitants'.

Les séismes sont au contraire fréquents à Formose ou Taiwan, et même dangereux, puisqu'à défaut de renseignements bien circonstanciés. Ton peut en citer au moins trois ayant eu de graves conséquences, celui de 16o5 et dernièrement deux autres, 24 avril et 6 novembre 1904, le premier le plus violent, tous deux d'ailleurs destructeurs. Leurs aires épicentrales ' allongées sur une direction N.N.E- S.S.W. et grossièrement parallèles aux chaînes orientales de Tîle, manifestent donc une relation avec sa structure géologique. Ces deux tremblements de terre ont affecté surtout le Sud.

Les documents chinois considèrent Formose comme très exposée. Cette île comprend une chaîne principale, la chaîne de Niitaka, formée de schistes anciens et de calcaires cristallins, concave et abrupte sur l'océan, et qu'accompagne à l'Ouest la chaîne tertiaire de Kali. La présence de ce dernier élément explique bien la séismicité de cette île, s'il s'agit de couches ayant subi les derniers mouvements orogéniques de plissement de cette époque, et cette analogie de structure avec le Japon fait bien soupçonner des influences séismologiques comparables. Dans cette hypothèse, Formose commencerait la province séismique des Philippines, dont la sépare seulement une mer sans profondeur, avec quelques îlots volcaniques prolongeant les Batanes et les Babuyanes au nord de Luçon, et précisément, les deux seuls grands séismes mentionnés ont exercé leurs ravages dans le Sud. Des vagues séismiques ont été signalées sur la côte du N.E.

Des Pescadores, on ne connaît que quelques secousses légères.

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