Nouvelle-Zélande
Les observations séismologiques publiées depuis près de cinquante ans dans les Transactions of the New Zealand Institute accusent une fréquence moyenne assez forte, 28 secousses environ, qui n'est cependant pas exagérée eu égard aux 13 degrés de latitude, prèsde 1 500 kilomètres, sur lesquels se développent les deuxîles. Leur intensité n'y est pas extrême non plus; c'est ainsi que si l'on étudie sans parti pris, et sans se fîer à une réputation de grande instabilité, les 7 ou 8 tremblements de terre sérieux connus, on s'aperçoit qu'ils n'ont guère dépassé le degré VIII de l'échelle Rossi-Forel ; à peine peut-on admettre le degré IX, et en tout cas ils n'ont jamais été véritablement destructeurs. On a donc affaire ici à des régions séismiques, dans le sens que nous donnons à ce mot, du plus faible degré d'instabilité.
Les îles néo-zélandaises comprennent toute la série sédimentaire, du Silurien au Tertiaire, et le plissement de ce dernier terrain n'a pas encore été constaté. Elles appartiennent donc à un géosynclinal très ancien que les mouvements tertiaires n'ont ni plissé, ni remplacé par une chaîne comparable aux grandes rides de l'Amérique et de l'Asie. Il est ainsi très explicable a priori que les tremblements de terre y soient sensiblement moins à redouter qu'au pied de celles-ci. et cette moindre instabilité résulte de ce que, tout au moins en der-
* C'est dans le prolongement do la fosse qui borde les Tonga, par 30* 8., et au droit des îles Kermadec, que l'exploration du « Penguin i> a rencontré les plus basses sondes connues jusqu'à présent, 9 427 mètres.
' Samoa, Land und Leutc (ZeiUchr, d. Geê. f. Erdkunde xu Berlin, 411, 1902).
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¥ig. ST. — Nouvolle-Ziflanito.
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nier lieu, les fractures et les affaissements ont seuls joué un rôle dans la formation de la structure des îles, à Texclusion de tout plissement.
A l'ouest de l'île du Sud se dresse une puissante chaîne, les Alpes néo-zélandaises, dont l'altitude ne dépasse guëre 3 000 mètres, et qui, au Sud, a ses flancs découpés par des lacs profonds, en partie comblés, et du côté de l'océan par des fjords ; par une sorte d'anomalie, elle ne tombe pas sur une mer profonde, comme il an*ive si souvent pour les longues crêtes côtiëres. C'est une ride très ancienne, déjà en butte aux agents destructeurs dès l'époque jurassique et dont les vallées avaient déjà leur niveau actuel avant rOligocëne. La côte orientale de l'île du Nord, entre les caps Ëast et Palliser, est formée par une bande paléozoîque plissée, la chaîne Kuahine, dominant à l'Ouest une remarquable région volcanique, ainsi qu'une série de terrains tertiaires et récents qui s'étendent du détroit de Cook à la Bay of Plenty. Les environs d'Auckland sont essentiellement volcaniques, tandis que le superbe cône de TEgmont, au nord de Wellington, fait le pendant du massif du Bluff dans la presqu'île de Banks, près de Christchurch, tous deux montagnes volcaniques. Contrairement à ce qui se passe à l'Ouest, risobathe de 2 000 mètres longe de très près les côtes orientales de l'île du Nord. Enfin, pour compléter cette description sommaire, les détroits de Cook et de Foveaux ont tous les caractères de zones transversales effondrées, la première, au moins, postérieurement à l'époque tertiaire.
Les environs d'Auckland sont très stables, et les secousses y sont fort rares, malgré le développement d'un appareil volcanique d une grande fraîcheur encore, et en dépit des mouvements négatifs et positifs nombreux, que dénote l'alternance de couches pliocènes marines et de produits éruptifs variés.
Les secousses deviennent plus fréquentes autour de la baie de Napier, dont la forme rappelle, mais non sans réserves, les lobes affaissés que l'on rencontre le long d'anciennes chaînes côtières et qui sont si souvent le siège d'une séismicité modérée.
Les tremblements de terre ne sont pas très fréquents dans le district volcanique du Rotorua et du lac Taupo, autrefois célèbre par les terrasses incrustées du Rotomahana, dont la destruction par l'explosion du Tarawera (9 juin 1886) fut cependant accompagnée de secousses nombreuses, dont au moins une fort sévère.
C'est tout autour du détroit, de Cook que se manifeste la plus grande instabilité de la Nouvelle-Zélande, mais sans pénétrer bien
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loin dans Tintérieur des îles du Nord et du Sud. Hogben ^ a pu localiser sans conteste dans le détroit lui-même les épicentres de trois tremblements de terre importants (20 février 1890, 5 juillet et 4 décembre 1891), et celui du 1" janvier 1853, qui a causé des dégâts à New Plymouth, et a été signalé comme venant de la mer. Les mouvements qui ont, à une époque plus reculée, ouvert cette voie semblent donc se continuer sous forme de séismes, qui jusqu'à présent n'ont été que sévëres, mais non véritablement destructeurs, ainsi qu'on l'a déjà dit plus haut. Cette explication est fortement corroborée par les failles qui ont accompagné deux tremblements de terre, à ce titre fort connus et souvent relatés dans les traités de géologie, ceux du 18 octobre 1848 et du 23 janvier 1855. Le premier a occasionné à partir de la baie des Nuages (Cloudy Bay) une fissure de 18 pouces de largeur au maximum et sans dénivellation qu'on a pu suivre sur 60 milles de long dans la chaîne qui s'étend vers le S. W.; le second a prolongé la même ligne de dislocations de l'autre côté du détroit, jalonnant cette fois sur 90 milles le flanc oriental de la chaîne de Ramutuka à partir du cap Muka- Muka, à 19 milles au S. E. de Wellington. Les deux tremblements de terre ont ainsi fendu l'écorce terrestre sur 250 kilomètres. Mais à cela ne se sont pas bornés les effets du second : il s'est produit en même temps un mouvement de bascule de la lèvre occidentale de la dislocation, affaissant le pays de 5 pieds dans l'île du Sud et le soulevant de 9 dans celle du Nord. A 35 kilomètres de l'accident le mouvement était nul, ainsi que le long de la lèvre orientale. Une longue bande, découpée entre deux voussoirs immobiles par le premier séisme, a donc ensuite joué sous l'effet du second. Suess, qui a si magistralement réfuté l'hypothèse des mouvements du sol qu'on supposait avoir accompagné les grands tremblements de terre du Chili, a au contraire accepté la réalité des changements topographiques produits dans la Nouvelle-Zélande lors de ces séismes de 1848 et de 1855. L'instabilité du pourtour du détroit de Cook y trouve son explication naturelle, et c'est dire que le morcellement des îles n'est peut-être pas encore terminé.
Les séismes perdent de leur fréquence vers le Sud; Christchurch, Oamaru et Dunedin forment une région pénéséismique, où ne se ressentent pas de secousses vraiment sévères.
Quelques-unes, plus rares encore, agitent le détroit de Foveaux.
Le versant occidental des Alpes néo-zélandaises, dans l'île du
' The earihquake of ihc 4^ December 1891. Notes thercupon {Trans. New Zealand Institute, XXV, 1893, 362).
GÉOGRAPHIE SÉISMOLOGIQUE
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Sud, est beaucoup plus stable, comme il convient à une chaîne ancienne bordant une mer relativement plate, dont le peu de profondeur fait supposer qu'il n'y a pas de fractures et justifie ainsi cette dérogation à la loi de la plus grande instabilité du côté du plus grand relief.
Des vagues séismiques ont été observées dans le déti*oit de Cook, fait à prévoir puisque des tremblements de terre y prennent naissance.
Les grands tremblements de terre de l'Amérique méridionale poussent leurs vagues jusqu'à la Nouvelle-Zélande (fig. 88).
On ne saurait rien dire de quelques secousses ressenties plus au Sud dans Tîle d'Auckland. Bouquet de la Grye * les regarde comme fréquentes à l'île Campbell ; mais il est probable que ce savant a eu en vue do nombreux microséismes accusés par les délicats instruments emportés pour l'observation du passage de Vénus sur le soleil en 1874, car l'expédition ne paraît pas y avoir ressenti de tremblement de terre; de sorte que cette information ne nous apprendrait rien sur la véritable séismici té de cette île déserte.
Noie. — Du 14 mars 1902 au 31 décembre 1903, le pendule horizontal Milnc installé, ainsi qu'on Ta vu (p. 176, note), & Tlle Ross par l'expédition anglaise de la. Discovery , a fourni i36 séismogrammes dont les origines étaient éloignées de plus de 500 milles. Parmi ce nombre, 73 avaient leurs foyers situés dans TOcéau entre la Nouvelle-Zélande et la station. A la vérité, beaucoup de ces centres d'ébranlement avaient une position fort douteuse, mais plusieurs avaient aussi été enregistrés à Perth (Australie) et À Wellington et Christchurch (Nouvelle-Zélande) . Milne (/. c, p. 176) fait observer qu'au Sud de la Nouvelle-Zélande un bourrelet immergé et décelé par les lies Auckland et Macquarie s'en va rejoindre les terres antarctiques ; Arldt (L c, p. 12) le figure comme un prolongement, dévié vers le S.S.W.,de l'arête australasienne du tétraèdre de L. Green.Il se trouverait ainsi à l'Ouest etau bord des abîmes océaniques reconnus par les sondages de Ross en 1842 au Sud de la Nouvelle-Zélande et qui se prolongent par une profonde échancrure des terres antarctiques. Une si remarquable disposition du relief sous-marin ne peut manquer de correspondre à une structure tectonique capable d'expliquer les secousses émanées de cette région océanique, et qu'a enregistrées le pendule de Milne. Ainsi la région pénéséismique de la Nouvelle-Zélande méridionale se prolongerait vers le S.S.W. dans la direction des terres antarctiques, mais sans les atteindre.
* Sur les documents recueillis à rile Campbell par la mission envoyée pour observer le passage de Vénus (C. R. Ac, Se. Paris, LXXX. 725, 1875).