‹ Les tremblements de terreChapitre 109 sur 112 · Nouvelle-Guinée et Mélanésie · texte numérisé non relu

Nouvelle-Guinée et Mélanésie

Avant de descendre droit au Sud sur la Nouvelle-Zélande, le géosynclinal circumpacifique présente vers l'Est une large expansion qui lui fait englober, k l'orient de la Nouvelle-Guinée, une série d'archipels importants jusqu'aux Tonga et aux Samoa. Ces îles ont été parcourues par de nombreux navigateurs et étudiées par bien des missionnaires curieux des choses de la nature, de sorte qu'à défaut d'obser>ations régulières, on commence cependant à être à peu prës fixé sur leur séismicité. Au contraire, leur situation géologique est beaucoup moins bien définie, et l'accord n'a pu encore se faire sur le rôle qu'elles jouent réellement, terres morcelées d'un continent papouasien, ou rides de l'époque tertiaire en voie de formation peutêtre avortée : on va jusqu'à ces deux extrêmes.

La Nouvelle-Guinée possède un relief assez considérable, mais une dénivellation d'une centaine de mètres seulement la réunirait à TAustralie. Avec son ossature parfois granitique, et plus généralement composée de roches métamorphiques peut-être fort anciennes, elle paraît figurer les restes d'une puissante cordillère, dont le bord septentrional serait effondré sur des fonds de 4000 mètres, non exactement à son pied, mais sur l'équateur au delà des îles de l'Amirauté. Ces mouvements de rupture ont d'ailleurs été soulignés par les produits éruptifs qui recouvrent les terrains récents. Il n'y a donc à prévoir de tremblements de terre qu'au Nord, et c'est bien ce qui semble avoir lieu, sans qu'on puisse cependant l'affirmer avec certitude, les côtes méridionales étant vraiment par trop peu connues encore. Quoi qu'il en soit, l'existence d'un ou de plusieurs districts pénéséismiques au Nord est bien avérée. Les observations des Hollandais démontrent une certaine fréquence de séismes à Doreh, ou Doréi*, au pied des monts Arfak, et une plus grande

* Maclay. Notice mctéorologique concernant la côte Maclay en Nouvelle-Guinée (Nat. Tijdêchr.voorNed.Indië,XX\iil, 430, 1873j.

NOUVELLE-GUINÉE, MËLANÉSIE ET NOUVELLE-ZÉLANDE

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encore à Windessi dans les îles Waigeoe à l'extrémité occiden-

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taie de la Nouvelle-Guinée. Â Tépoque du Culm (base du Carboniférien), du moins si Ton en croit des cartes paléogéographiques encore bien hypothétiques pour des régions aussi mal connues, Taxe de la mer intérieure entre les masses continentales des hémisphères Nord et Sud passait précisément sur cette partie N. W. de la Nouvelle-Guinée. Des lors, on se trouverait ici, comme dans de si nombreux cas mentionnés, sur des tremblements de terre échos des mouvements d'émersion du géosynclinal primaire relevé par les dislocations hercyniennes. On a attribué sans preuves une origine volcanique aux secousses de Doreh. Des conditions analogues de fréquence et d'intensité se retrouvent à Textrémité orientale, côte de Maclay, archipel Bismarck (Nouvelle-Bretagne) et canal Saint** Georges. Des vagues séismiques ont été aussi observées dans ces dernières îles et sur la côte Maclay, ainsi que sur la côte occidentale de la grande baie du Geelvink, ou côte orientale de la presqu'île découpée par le golfe de Mac Cluer dans la Papouasie hollandaise.

Des îles de la Lousiade et d'Entrecasteaux Ton ne sait rien; et la ride papouasienne se continue au S. £. par la Nouvelle-Calédonie et les Loyalty, où les tremblements de terre sont d'une fréquence et d'une intensité médiocres. Des observations assez régulières, faites de 1863 à 1864 et de 1869 à 1889 \ y donnent à peine une secousse par trois années en moyenne, et Kulczyski, directeur de l'observatoire de la la colonie, a donné à Perrey ^ ce renseignement que, de 1853 à 1863, on n'avait ressenti aucun tremblement de terre dûment constaté. L'aséîsmicité de le Nouvelle-Calédonie est donc bien avérée. D'après DepratetPiroutet', TËocène s'enfonce en couches parfois voisines de l'horizontalité sous les dépôts plus anciens, Trias et Lias, preuve que de puissants mouvements orogéniques ont eu lieu dans cette île. Ainsi ces actions sont éteintes.

Les Salomon et les Nouvelles-Hébrides forment une autre ride parallèle à la Nouvelle-Guinée. Les premières représentent une zone de soulèvement, car Guppy* y a rencontré à plus de 100 mètres d'altitude des boues à ptéropodes dont la formation n'a pu se produire que sous 500 à 1000 mètres d'eau. Les constructions coralliennes, sorte de placage sur d'anciennes roches éruptives que Judd considère comme

* Proust. Bull. Soc. MéL France, XIV. Tableaux, 102, 1866. — Louvet. Catalogue des tremblements de terre ressentie à Nouméa de 1869 à 1889. Coup d*œil sur le climat de Nouméa (Nouméa, 1889).

' Catalogue pour 1863. Supplément, p. 55.

" Sur rezistence et la situation anormale de dépôts éocônes en Nouvelie-Calédonle (C. R. Ac. se. Paris, GXL. 158. 1905).

* The Solomon Islands (London. 1887).

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n'ayant pu se former que sous de très grandes profondeurs sousmarines, concourent à la démonstration du même fait, à savoir que les chaînes si remarquablement rectilignes et parallèles des Salomon et des Fidji représentent des rides en voie de formation et soulevées par étapes successives, comme le montrent les terrasses coralliennes étagées. En même temps les grands abîmes voisins, qui ont été signalés le long de la base du socle des Tonga, semblent indiquer le glissement de deux compartiments le long des fractures à la faveur desquelles les matières éruptives ont pu sortir par les évents volcaniques modernes. Quelques tremblements de terre seulement ont été observés à Port- Praslin, San Cristobal et l'île des Marteaux, et il ne paraît pas qu'ils puissent y être véritablement bien redoutables. Bref, ces îles jouissent d'une presque immunité séismique, en rapport avec les mouvements verticaux intenses dont elles ont été le théâtre, genre de vicissitudes qui joue rarement un rôle séismogénique décidé, lorsque rien ne vient les compliquer, et c'est ici le cas.

Les Nouvelles-Hébrides sont, apparemment, plus souvent ébranlées. D'après Levat\ on peut les diviser en trois groupes : des îles purement volcaniques; d'autres madréporiques et tabulaires, accusant comme précédemment des oscillations verticales par à-coups successifs ; enfin des îles que la présence de gneiss et de calcaires métamorphiques rattachent à la Nouvelle-Guinée, Ëspiritu Santo et Mallicolo, par exemple. C'est précisément pour Mallicolo que l'on connaît le plus de secousses, ce qui accentuerait encore sa liaison avec la grande terre pénéséismique ; mais il se peut que cette déduction soit atténuée par le fait qu'une éruption sous-marine a accompagné les nombreux chocs de 1857. On a observé des vagues séismiques aux Nouvelles-Hébrides et aux Loyalty.

Les Fidji manifestent aussi des preuves d'exhaussements successifs que démontrent des terrasses coralliennes. On n'y connaît pas de tremblements de terre, nouvelle preuve a l'appui de la stabilité des côtes soumises à ces seuls mouvements.

Les Tokelau, les Samoa et les Tonga sont bien plus instables, et on y connaît beaucoup plus de secousses; mais on ne peut pas dire qu'il s'y soit jamais produit de désastres purement séismiques. La fameuse île Falcon, la Julia de ces parages, est apparue dans ce groupe et des traditions indigènes se rapportent à de semblables événements de date peu reculée. La géologie de ces îles, pour le peu qu'on en sait, rappelle celle des Nouvelles-Hébrides, ce qui ne suffit guère

* Les nouvelles Hébrides (Extrait de : Annuaire géoL univ,, Vll. 811, Paris, 1S90).

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à éclairer la genèse de leurs séismes, en partie peut-être d'origine volcanique*. Wegener' regarde les Samoa comme les sommets de volcans érigés sur la crête d'une cordillère sous-marine, émergeant d'une profondeur de 4000 à 5000 mètres et par conséquent placés comme ceux des Andes. Leurs tremblements de terre seraient donc, pense-t-il, des témoins attestant que les forces qui ont élevé ces îles ne sont pas encore éteintes.

Beaucoup plus au Sud, les îles Kermadec, Curtis et Raoul ont fourni quelques observations de secousses.

Des tremblements do terre sous-marins sont assez fréquents dans tous ces parages, mais aucune déduction ne peut être tirée de la façon dont ils se répartissent.

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