IV. Géosynclinal circumpacifique 66 026 38,51 i
Les géosynclinaux renferment 91,08 p. 100 des tremblements de terre que nous avons pu recueillir » contre les 8,92 p. 100 correspondant aux aires continentales, en dépit de la bien plus grande surface que celles-ci recouvrent.
On pourrait à la rigueur objecter que les observations séismologiques ne sont anciennes que pour le seul continent nord-atlantique et que, par suite, cette énorme prépondérance de séismicité en faveur des géosynclinaux, plus apparente que réelle, est faussée par le manque d'informations relatives aux autres aires continentales. A cela on peut répondre que la complexité des conditions géographiques et géologiques du continent nord-atlantique par rapport à celles des quatre autres, qui se décelé à première vue par la complication des contours, n'est pas étrangère au plus grand nombre de séismes qu^on a observés pour le premier, 5,21 p. 100 contre 3,71 p. 100 signalés pour les autres ensemble. Si même Ton ne veut pas tenir compte de cet argument, il faut admettre cependant qu'au maximum les cinq aires continentales ne pourront jamais fournir plus de 25 p. 100 des tremblements de terre, ce qui réduirait à 75 p. 100, au lieu de 91,08 p. 100 la séismicité des géosynclinaux par rapport à celle des aires continentales. La loi n'en subsisterait pas moins.
Nous n'avons pas la prétention de résoudre complètement le problème séismologique par cette loi synthétique. Mais c'est déjà un résultat important que de pouvoir afCrmer, sur la seule foi de la statistique, l'intime dépendance entre les tremblements de terre et
* La Syrie et la Palestine ont été, dans ce tableau, comptées avec le géosynclinal méditerranéen auquel elles appartiennent, séismiquement parlant, mais on les étudiera dans la seconde partie, parce qu'elles ne font pas partie du géosynclinal, tout au moins au point de vue géologique.
-INTRODUCTION t7
les zones de Técorce terrestre où les plissements ont atteint leur plus grande énergie à une époque récente, en même temps que les mouvements verticaux avaient leur plus grande amplitude. Cela n'exclut pas, dans le détail, l'existence de causes séismogéniques locales et d'action plus immédiate, comme on le verra dans cette description séismologique du globe, dont les lacunes inévitables seront en proportion du degré d'avancement des recherches géologiques et séismologiques régionales.
La loi synthétique a été établie a /)05/mort; souvent cependant, pour plus de clarté, on en parlera comme d'un résultat a priori^ simple artiCce de langage.
La plupart des cartes schématiques données sont exécutées au moyen de points dont le rayon représente à une échelle conventionnelle le nombre de séismes observées dans diverses localités. On se demandera pourquoi l'on n'a pas employé des courbes et des teintes dégradées, comme dans tant de travaux sur la répartition de l'instabilité à la surface des pays considérés. C'est qu'il s'agit là d'un procédé continu, inapte, par conséquent, à représenter un phénomène essentiellement discontinu tel que les tremblements de terre, ainsi que nous l'avons démontré par l'analyse mathématique, quoique au fond la démonstration en soit pour ainsi dire intuitive ^
Il nous reste maintenant un devoir de gratitude à remplir envers M. de Lapparent, qui a bien voulu par la préface dont il a honoré notre travail, résultat de vingt-cinq années de recherches, confirmer l'approbation qu'il a depuis longtemps donnée à notre méthode. Nous devons aussi beaucoup àM. de Margerie, qui en revoyant les épreuves, nous a libéralement fait profiter par ses corrections du trésor de son inépuisable érudition géologique. C'est bien certainement, et dans une mesure notable, grâce à leur aide et à leurs encouragements, que nous avons pu mener à bien une œuvre entreprise au pied de l'Izalco, le phare du Pacifique, et au milieu d'un pays, le Salvador, où le spectacle des ruines accumulées par les tremblements de terre nous a permis de poser devant la seule Nature, et tout à fait en dehors des discussions d'école, le problème séismico-géologique de la solution duquel nous avons la conviction do nous être tout au moins rapproché. Nous serions bien ingrat aussi d'oublier que d'illustres Français, les regrettés Daubrée, Cornu et Callandreau, nous ont longtemps encouragé dans la voie que nous nous étions tracée. Quant aux séismologues étrangers qui nous ont aidé depuis de
* Non existence et inutilité des courbes isosphygmiques ou d'égale fréquence des tremblements de terre (Beitrdge %ur Geophyaik, V, 467. Leipzig, 1902).
28 GÉOGRAPHIE SÉISMOLOGIQUE
longues années dans Texécution d'un travail qui est un peu leur œuvre, nous serions mal venus de ne pas rappeler combien nous a été utile la lecture de leurs travaux, commentée par une correspondance assez assidue pour avoir créé de solides liens d'amitié : les Agamemnone, Baratta, Belar, Gredner, Davison, Ëginitis, Forel, Gerland, Giinther, Hepites, Karpinski, Knett, Kolderup, Kôto, Lancaster, Mercalli, Milne, Oldham, Omôri, Palazzo, Rudolph, Sieberg, Svedmark, Van denBroeck, Watzoff, pour ne citer que les vivants, dont les noms, d'ailleurs, se retrouveront à chaque page avec l'indication de leurs travaux bien connus.
Presque toujours éloigné des centres universitaires et scientifiques, et sans avoir pu par conséquent utiliser les grandes bibliothèques, il ne paraîtra pas étonnant que bien des erreurs de détail nous aient échappé, et que nous n'ayons pas toujours pu consulter les meilleurs ou les plus récents travaux, surtout en ce qui concerne la géologie ; mais nous avons Tintime conviction que l'ensemble subsistera, et suscitera des recherches plus autorisées dans une voie certainement féconde pour l'avenir de la séismologie, basée qu'elle est sur l'unique observation. C'est notre ferme espoir et notre plus vif désir.
Note. Références bibliographiqaes.
Les grands travaux synthétiques de Marcel Bertrand*, de Lapparent', de Launay', et Suess\ sont véritablement comme l'âme de cet ouvrage ; aussi n^avons-nous pas jugé nécessaire de les rappeler à chaque pas au souvenir du lecteur, qui saura bien reconnaître la part revenant à chacun de ces savants géologues, dont les œuvres sont si connues. Les données sur les mouvements séculaires, ou bradiséismes, ont généralement été extraites du travail d'Issel*.
La littérature séismologique est d'une richesse dont on se fait difficilement une idée, ce qui tient à l'intérêt puissant que les tremblements de terre excitent dans les pays qu'ils désolent, et par suite à la place considérable qu'ils occupent dans les préoccupations de
* La chatne des Alpes et la formation du continent européen (Bull. Soc. géol. Fr.^ XV. 423, 1887).
* Traité de Géologie (4* édition, 1900). — - Leçon» de Géographie physique (2* édition, 1898).
* La Science géologique (Paris, 1905).
* La Face de la terre (Traduction française sous la direction de Emm. de Margerie, I, II, III, 1897-1902).
* Le Oscillazionilenle del euolo, o bradisismi. Saggio di geologia storica (Genova, 1883).
leurs habitants ; cet état d'esprit est inconnu en France, où les séismes ne sont guère que de curieux et rares faits divers sans importance, heureuse circonstance qui excuse en partie l'abandon de la séismologie dans la patrie d'Alexis Perrey, et le peu de part qu'ont pris les savants français dans la rénovation, on pourrait presque dire la naissance, des études séismologiques modernes. C'est ainsi que la bibliographie spéciale réunie par Baratta pour la seule Italie ne comprend pas moins de 104 pages in-8**, et en 1863, Alexis Perrey * avait pu réunir une collection de 3 376 mémoires. Nous nous sommes contenté pour chaque pays d'indiquer les catalogues séismiques, les monographies de tremblements de terre lorsqu'elles renferment des observations intéressantes au point de vue géographique et géologique, ou qu'elles ont été le point de départ de déductions importantes, ainsi que les travaux géologiques directement utilisés.
* i ierremoti cCItalia (Turin, 1901)
' Bibliographie sismiqne (Mémoires deVAcad, de Dijon, IV, 1, 1855. — V, 183, 1856. — IX, 87, 1861).