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PREMIÈRE PARTIE

LE CONTINENT NORD-ATLANTiaUE

Le continent nord-atlantique comprend^ des Rocheuses à rOural» les terres et les mers au nord de la grande ride tertiaire himalayenne, alpine et antillienne. On va voir comment Tinstabilité s'y répartit d'une manière générale, avant d'entrer dans le détail de ses diverses divisions.

Les pays Scandinaves sont généralement très stables. Or il s'agit là d'un ancien môle de terrains archéens et primaires, le bouclier baltique de Suess, ou finno-scandinave de Bamsay, s'étendant à la Finlande par-dessus la Baltique et faiblement agité par des tremblements de terre. C'est une aire de surélévation, dont les mouvements récents n'ont que peu ou pas d'influence séismogénique, parce qu'ils se sont produits sur une vaste surface en forme de dôme très surbaissé.

Le socle de la côte de Norvège tombe sur l'Océan par un escarpement disloqué attestant l'ouverture peu ancienne — iin de l'époque tertiaire — de l'Atlantique entre les parties septentrionales de l'Europe et de l'Amérique, mouvement qui s'est produit sans grands effondrements ou fractures, puisqu'il n'y a pas de véritables abîmes océaniques le long de ce littoral. Aussi cette aire continentale, plutôt ennoyée partiellement qu'effondrée, ne présente-t-elle que des régions pénéséismiques. Les secousses norvégiennes sont en relation incontestable avec les fjords, cassures dont l'état de fraîcheur, favorisé, il est vrai, par la couverture glaciaire, n'en atteste pas moins la jeunesse relative, qui en explique une certaine mobilité traduite par des séismes. D'autres se font sentir aussi autour du golfe de Christiania, que prolongent dans l'intérieur de puissantes fractures dispo-

3S GÉOGRAPHIE SËISMOLOGIQUE

sées comme les failles périadriatiques. C'est d'ailleurs l'emplacement d'un synclinal silurien, trop ancien donc pour donner lieu encore à un district séismique.

La Gothie, quelquefois ébranlée, parfois môme sévèrement, montre des cassures dont la plus importante, de direction méridienne, est accusée par la ligne des lacs, maintenant émergée à la place d'un ancien détroit, et joue un rôle séismogénique bien défini.

Le long du golfe de Botnie, d'autres secousses rappellent sans doute les mouvements très connus de la mer pléistocëne, que beaucoup veulent voir encore actifs, tandis qu'à l'autre extrémité de la Baltique, celles du Jutland correspondent aux fractures récentes qui ont ouvert les détroits postérieurement aux dépôts glaciaires les plus anciens.

Enfin les Lofoten, qui représentent peut-être les restes de la chaîne calédonienne plissée franchissant l'Atlantique, sont agitées de séismes dont la rareté semble venir tout exprès à l'appui de la stabilité des plissements très anciens.

Le reste de la Scandinavie et de la Finlande est nettement aséismique, comme il convient à un massif de très ancienne consolidation dès longtemps réduit à l'état de pénéplaine par les agents extérieurs.

Cette stabilité s*étend aux terres arctiques d'Europe, où l'existence de sédiments variés de toutes les époques paraît indiquer la permanence d'un domaine polaire maritime, et peut expliquer ainsi l'absence de séismes, faute de dérangements de suffisante amplitude.

Les Iles Britanniques se trouvent à peu près dans les mêmes conditions, et les tremblements de terre y sont en relation avec la fracture du Canal calédonien ou la grande faille bordière des terrains carbonifériens de la basse Ecosse.

L'Europe moyenne est caractérisée par une série de massifs granitiques ou primaires, formant des îlots montagneux, plus ou moins élevés, qui ont joui du singulier privilège de rester constamment émergés au milieu des mers successives qui, déposant leurs sédiments tout autour, s'avançaient et se retiraient alternativement. Ce sont l'Irlande, le Pays de Galles, la Cornouailles, la Bretagne et la Vendée, le Plateau Central français, la Meseta ibérique, les Vosges, la Forêt-Noire, rOdenwald, le Spessart, la Bohême, les Balkans, les bas pays du Boug et du Dniepr, l'Oural enfin. D'une façon générale, ils sont aséismiques, ainsi que les aires sédimentaires interposées entre eux. Les exceptions qui s'y rencontrent, sous forme de régions pénéséismiques d'importance variée, coïncident toutes avec des plissements post-

carbonifériens. Pays de Galles, Gornouailles et Vendée, Russie méri-i dionale et surtout TErzgebîrge au-dessus de la fracture bohémienne, ou bien avec de grands accidents dont l'âge n'est pas trop ancien, comme la rupture de la voûte vosgienne pour l'établissement de la vallée du Ithin, et enfin, plus particulièrement, avec la traînée des bassins houillers déposés, en avant des plissements hercyniens, dans un vaste géosynclinal primaire s'étendant de l'Irlande à la Belgique, la Westphalie, la Silésie, au Donetz et à l'Oural, chaîne qui d'après Haug aurait conservé le même caractère au moins jusqu'aux temps secondaires. Or ces bassins, auxquels le plus souvent se limitent exactement les régions pénéséismiques en question, ont été plissés et disloqués à plusieurs reprises et sont beaucoup plus instables non seulement que les massifs situés en arrière et les aires sédimentaires interposées, mais même que les bassins houillers de l'intérieur, par exemple ceux du Plateau Central français et de la Sarre, de sorte que rinfluence séismogénique de Tancien géosynclinal apparaît clairement.

II est bien connu que les massifs primaires de l'Europe moyenne ont arrêté les plissements tertiaires alpins, et c'est là tout le secret de leur stabilité, ainsi que celle des sédiments interposés entre eux.

La position horizontale ou presque horizontale des dépôts de la plate-forme russe et Tabsence de toute grande dislocation récente rendent bien compte de l'aséismicité de tous ces vastes territoires.

L'Oural a joué le rôle de géosynclinal jusqu'à la fin de l'époque primaire, puis a seulement servi de limite aux transgressions secondaires ou tertiaires, qui au moins jusqu'à l'Oligocène formaient la séparation entre la Russie et la Sibérie. Mais au lieu de se transformer ensuite, comme les géosynclinaux circumpacifique et méditerranéen, en hautes chaînes plissées et instables, formant géanticlinal, il n'y a pas eu, à proprement parler, de surrection, et le bras de mer a simplement disparu par suite d'un minime relèvement. On s'explique ainsi que l'Oural soit stable, sauf en une région restreinte de son développement, le district pénésismique de Nijné- Taguilsk, où interviennent des dislocations particulières. Il en résulte que les aires continentales nord-atlantique et sino-sibérienne sont peu nettement séparées l'une de l'autre; on pourrait donc les considérer comme n'en formant qu'une seule.

On va maintenant examiner la partie occidentale du continent nord-atlantique, récemment coupé en deux par ennoyage, bien plutôt que par véritable effondrement.

Malgré une navigation intensive, on n'a jusqu'ici relaté presque

Ob Moktbssus. — TremblemenU de terre. 3

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aucun séisme sous-marin dans rAtlaniiquc septentrional; les secousses, inconnues dans les Faerôer, sont, quoi qu'on en ait dit, assez rares en Islande. Gela s'accorde parfaitement avec ce que l'on sait de l'histoire de cet Océan, aire continentale reliant naguère l'Europe et l'Amérique du Nord, puisque des couches terrestres miocènes se retrouvent dans ces îles.

Le Groenland est un ancien plateau non dérançé, tout à fait aséismique, comme les autres terres arctiques de l'Ouest, dans le Nord de l'Amérique.

Le bouclier canadien, fragment réduit à l'état de pénéplaine d'un vieux continent précambrien, partage les conditions pénéséismiques de son homologue d'Europe, le bouclier finno-scandinave. Le Saint- Laurent occupe une fosse d'affaissement, quelquefois ébranlée. Les séismes du Maine sont en relation avec les Qords qui l'indentent, ceux du Nouveau-Brunswick et de la Nouvelle-Ecosse avec les plissements calédoniens ou avec l'affaissement océanique représenté par les grandes profondeurs de l'Océan dans ces parages, ceux des Appalaches enGn avec les plissements hercyniens. Dans le Tennessee et l'Ohio, des tremblements de terre ébranlent les bassins houillers, comme dans l'Europe moyenne.

L'homologie entre TAmérique et l'Europe septentrionales se poursuit encore par l'aséismicité des plaines paléozoïques du centre des États-Unis et des grandes plaines crétacées qui s'étendent du Texas à Tembouchure du Mackenzie. Il est remarquable que la zone des grands lacs soit tout au plus pénéséismique ; c'est que ce trait géographique si important ne résulte pas de causes tectoniques profondes, mais seulement de phénomènes glaciaires superficiels.

Les tremblements de terre violents qui ont, en 1811, ébranlé le Mississipi moyen ne se sont plus reproduits depuis avec la même intensité. Quoi qu*il en soit, il existe là une région séismique peutêtre attribuable à des phénomènes de tassement de la a Sunk Country ».

La Floride est absolument aséismique, ainsi que les Bahamas. Or, il s'agit là de sédiments très récents, horizontaux et probablement déposés sur un plateau sous-marin sans profondeur.

Charles ton et Summerville ont été ravagées en 1886 par un tremblement de terre désastreux. Faut-il en conclure à l'existence d'une région séismique dans ces parages? La question est difficile à résoudre, les secousses n'y étant vraiment pas trop fréquentes, et cet événement restant unique jusqu'à présent. Il y aurait là une singulière exception, à moins que le voisinage du géosynclinal méditerranéen

dans sa traversée de rAtlantique subtropical, entre l'Atlas et les Antilles, par un trajet encore inconnu, ne permette de rattacher cette région au géosynclinal lui-même. On peut aussi se rappeler que les terres atlantiques du Nord ont été rompues après l'époque miocène, mais on ignore l'exacte position de leur ancien littoral vers le Sud. Quoi qu'il en soit, on ne peut avoir la prétention de tout élucider, et il n'est loi naturelle si bien établie qui ne souffre quelque exception.

Ainsi, l'aire continentale nord-atlantique est assujettie à la relation annoncée, et Ton s'en rendra encore mieux compte par le contraste avec l'extrême séismicité des géosynclinaux, jalonnés sur tout leur parcours par un grand nombre de régions fréquemment et violemment ébranlées par les tremblements de terre.

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