Vosges et Forêt-Noire, Rhin moyen, Souabe et plaine
bavaroise.
Cette région, bornée au Nord par la précédente, est limitée au Sud par le Rhin jusqu'à son entrée dans le lac de Constance, par la bordure méridionale de la plaine bavaroise, par l'Inn jusqu'à son confluent avec le Danube, phr ce fleuve de Passau à Batisbonne, et enfin par la Naab jusqu'à rencontrer au delà des sources de la Werra le bord occidental du Fichtelgebirgeetle pied Sud du Thûringerwald. On englobe ainsi, d'une façon trës naturelle au point de vue géologique, les massifs archéens et primaires des Vosges, de la Forêt- Noire, de rOdenwald et du Spessart, la plaine du Rhin, cell^ du Danube, et les terrasses jurassiques et triasiques de la Franconie et de la Souabe, en s'arrêtant au Sud à la bordure tertiaire des Alpes et à l'Est au pied du massif primitif bohémien.
Les tremblements de terre de tous ces pays sont bien connus ^ et depuis assez longtemps des commissions séismologiques^ y ont
* Al. Perrey. Mémoire sur les tremblements de terre dftns le bassin du Rliin (Ac. roy. de Belgique. Mém. XIX, i847j.
Id. Sur les tremblements de terre dans le bassin du Danube (Id., 1846).
R. Langenbeck. Bericht ûber die vom 1. Januar 1890 bis 1. April 1895 in Elsass- Lothringen, Baden, der Pfalz und der Umgebung von Basel, beobachleten Erdbeben. Strassburg» 1895.
Jd. Die Erdbeben erscheinungon in der oberrheinischen Tiefebene und ihrer Umgebung {Geogr, Abhandl. ans Elsass-Lothringen, Heft 2, 1895).
W. von Gûmbel. Uber die Erdbeben in Bayem {Silsungsb. d. MUnchener Ak. mal. phy8.Kl.,i^^^,\).
J. Reindl. Beitrage zur Erdbebenkunde von Bayem {Id., XXXIII, 1, 171, 1903).
Id. Die Erdbeben der geschichtlichen Zeit im Kônigreiche Bayem [Die Erdhebenwarte, II, 135. Laibacb, 1903).
' H. Eck. Uebersicht ûber die in Wûrttemberg und Hohenzollem in der Zcit vom 1 Januar 1867 bis zum 28Febmarl887 wahrgenommenen Erderschûtterangen {Jahreshefte d. Vereins f. Valerl. Nalurk, XLIII. 1887. Stuttgart, 1887). — 1888 b. 1891. Même recueil années suivantes.
A. Schmidt. 1892 à 1903. Même recueil, années suivantes.
G. Gerland. Die Erdbebenbeobachtung in Elsass-Lothringen Âugust 1894 bis Juni 1895 (Bericht ûber d. Sits. d. Milgl. d. Erdbebencommisaionen am 17 April 1895 zu Badenweiler, XXV 111 Veraammlung d, Oberrheinischen geol. Ver.),
78 GÉOGRAPHIE SÉISMOLOOIQUB
été instituées, Wurtemberg et Hohenzollem, Alsace et Lorraine.
Au premier coup d'œil sur la carte séismique schématique, on Toit les épicentres riches et pauvres s'accumuler d'une manière extrêmement dense sur on vaste quadrilatère irrégulier s'appuyant sur le Taunus, de Langenscliwalbach à Friedberg, et sur le Rhin, de Bftle à Lindau (lac de Constance). Ils ne dépassent pas h l'Ouest la ligne Meisenheim-Maasmunster et à TEst celle de Ulm-Francfortsur-le-Main. Ils se distribuent sporadiquement, çà et là, sur la partie orientale de la région.
Un des phénomènes géologiques les plus remarquables de l'Europe centrale consiste dans l'affaissement relativement récent de la plaine du Rhin, de Bâle à Mayence, entre des failles en escalier. Cet événement de premier ordre est trop connu pour qu'il soit nécessaire d'en pailler longuement, quoique les géologues ne soient pas absolument d'accord sur le détail et le mode des vicissitudes successives auxquelles cette région a été soumise, et en particulier sur celles qui ont préparé l'effondrement de la voûte surbaissée qu'a été le double massif des Vosges et de la Forêt-Noire. La vallée du Rhin n'est pas une vallée de fracture proprement dite, mais bien un graben^ à flancs découpés en échelons par des failles longitudinales entre lesquelles le substratum sédimentaire est d'autant plus descendu qu'on se rapproche davantage du thalweg. Cette dépression est oblique par rapport à l'anticlinal fondamental des Vosges et de la Forêt-Noire qui, pour la première chaîne, court de Luxeuil au Hohekonigsberg, près et à l'ouest de Schlettstadt, se perd dans la plaine fluviale et reprend dans le Schwarzwald au Hornisgrinde en face de Strasbourg, pour mourir Gnalement près et au nord de Stuttgart. Hâtons-nous de signaler que cette ligne importante, dirigée S. W.-N. E. n'a aucune signiGcation séismique ; c'est dire tout de suite que les séismes des deux massifs n'ont rien à voir avec l'ancienne chaîne primaire, en tant que ride hercynienne, énergiquement plisséc à la fin de l'époque dinantienne. L'effondrement, commencé par le Sundgau, s'est complété à l'époque oligocène, et la dépression a été envahie par la mer venant de la Hesse. A l'ère de la mollasse, la mer qui recouvrait la Souabe et la Suisse s'était retirée de l'Alsace au moment où les éruptions du Vogelsberg inter-* ceptaientle golfe hessois, pendant qu'un fleuve puissant, l'anti-Rhin, portait ses eaux vers le Danube actuel. Le dernier mouvement, le plus récent, a donné lieu k la fosse rhénane, en portant en même temps les conglomérats tertiaires à plus de 600 mètres d'altitude sur les flancs des collines environnanteB.
Des failles plus ou moins sinueuses courent à peu près parallëlement au thalweg et nous nous sommes naturellement servi pour en parler ici de la carte tectonique de l'AUemagne du Sud-Ouest, élaborée par Regelmann et ses collaborateurs. Faisant abstraction de nombreuses dislocations plus courtes, diversement orientées et situées en pleines Vosges, on observe que la rive gauche de la fosse est formée d'une grande faille jalonnant le pied de la chaîne, et courant de Belfort à Kindenheim à 10 kilomètres à l'ouest de Wonns, pour reprendre, aprës une interruption et dans la même direction, de cette villeàMayence, c'est-à-dire beaucoup plus près du fleuve.
DeDambach, au nord de Schlettstadt, au massif de la Uaardt, cette grande ligne de fracture forme la corde d une autre
qui s'arrondit vers pjg. e.- DislocaUonB rhénanes (d'après Regelmann).
l'Ouest en passant
près de Saverne, et l'espace qu'elles enserrent entre elles cons-
\ AiUidiivaujc.
■M M* «M Sf^nrtiniuwr^
80 GÉOGRAPHIE SÉISMOLOGIQUË
titue sur presque toute sa surface un véritable champ de fractures, pauvre en épicentres, tandis que la première ligne de dislocation est jalonnée de foyers d'ébranlements. A vrai dire, la plupart des épicentres ne sont situés qu'en son voisinage ; mais <^ela tient uniquement à l'imperfection des observations, qui n'a fait, la plupart du temps, signaler les secousses que pour les grandes villes situées assez avant dans la plaine et non point au pied des monts. Comme l'a fait observer Perrey, la plupart de ces séismes affectent des aires allongées dans le sens de la vallée. II y a cependant eu quelques exceptions, par exemple le tremblement de terre du 24 janvier 1880, qui s'est étendu de Landau au Rauhe Alp. On est donc tout à fait en droit de conclure qu'ils émanent de la faille, dont ils indiquent un reste de mobilité, ou de vitalité des efforts tectoniques correspondants, et c'est une opinion généralement adoptée par tous les géologues et les séismologues. Ce rôle séismogénique sera facilement accepté si l'on réfléchit à l'énorme amplitude des dénivellations de couches à la suite de la production de ces failles ; elles résultent des mouvements complexes du dôme surbaissé dont les Vosges et la Forêt-Noire ne sont que les piliers, restés seuls visibles, et, d'aprës de Lapparent et autres géologues, les couches triasiques sont abaissées de 2500 à 2800 mètres par rapport au substratum primaire. Ainsi, contrairement à ce qui se passe pour les Alpes, les tremblements de terre du Rhin moyen sont le plus souvent longitudinaux.
Les secousses, plutôt rares dans les Vosges méridionnales, sont encore moins fréquentes dans celles du Nord. On observe le maximum dans la dépression sundgovienne, ou le Pliocène et le Miocène sont restés en relief au-dessus de l'Oligocène de la plaine. Les séismes du Sundgau et de Muldhouse sont tout à fait indépendants de ceux de la Forêt^Noire méridionale, qui traversent difficilement l'épais matelas des graviers de la vallée. Cependant, il arrive parfois que ces derniers donnent lieu à des secousses de relai, comme le pense Langenbeck, par exemple pour le séisme du Feldberg du 13 janvier 1895.
Le Palatinat bavarois présente dans la Haardt, près de Kandel, un foyer indépendant d'ébranlement, qui a été fort actif au commencement de 1903. ReindP le met en relation non seulement avec la faille rhénane qui passe à 12 kilomètres à l'ouest de cette ville, mais
* Die Erdbcben Bayeras in Jahre 1903 (Geogn. Jahreshefte, XVI. 1903. Munich, 69). Id. Das Erdbeben an 5 und 6 M&rz 1903 im Erz- und Fichtelgebirge mit Bôhmerwalde und das Erdbeben an 22 M&rz 1903 in der Rheinpfalz (td., 1).
Schletbtadt
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Fig. 7. — Le Graben rhénan.
Di MoNTissus. — TrcmblemoDts de terre.
82 GÉOGRAPHIE SÉISMOLOGIQUE
encore avec une autre qui, séparant le Frankenweide du complexe de la Haardt, produit un rejet de plus de 100 mètres vers TEst dans les couches de ce dernier. Le plus important de ces tremblements de terre, le seul du moins qui ait été étudié en détail, celui du 22 mars, a eu son aire pléistoséiste allongée sur un axe Mùhiburg- Siebeldingen, presque perpendiculaire au Rhin et aux failles rhénanes. Rcindl en conclut à l'existence d'une faille transversale à découvrir, d'autant plus vraisemblable, dit-il, que, d'après d'anciennes observations, lignes d'ébranlement et lignes de fractures coïncident. Tout ce qu'on pourrait dire dans cet ordre d'idées, et bien hypothétiquement encore, c'est que le séisme du 22 mars 1903 correspond à un effort tectonique qui, poussé plus loin, aurait pu produire une faille transversale, précisément celle dont l'existence est considérée par Reindl comme probable. Schwarzmann ^ aurait constaté à la suite de ce môme tremblement de terre dans les couches précédemment horizontales du district ébranlé une inclinaison de 0,268 à 0,472 de seconde d'arc, etHaid d'importants changements sur la ligne Strasbourg-Appenweier après celui du 24 janvier 1880, transversal aussi. Nous ne possédons malheureusement pas les éléments nécessaires pour discuter ces deux observations mentionnées par Reindl (/. c. 21).
Passons maintenante la rive droite du Rhin. On remarque immédiatement, sur les cartes séismiques, une différence capitale avec ce qui se passe sur la rive gauche : du côté de la Forôt-Noire, les épicentres couvrent tout aussi bien le massif archéen et primaire que la dépression rhénane. C'est dire que, d'un côté, la formation postoligocène du graben îoue seule un rôle séismogénique, tandis qu'à l'Est elle se complique d'autres causes d'instabilité du massif luimême.
Le coude du Rhin à Bâle indique un changement profond dans son histoire, et en effet c'est là que le Jura tabulaire suisse franchit le fleuve, et vient, dans le Sud-Ouest du duché de Bade, former le Dinkelberg, dont les couches presque horizontales sont violemment fracturées, sans préjudice de la faille rhénane principale de la rive droite, qui passe près et à l'est de Bâle et s'avance en Suisse d'une dizaine de kilomètres. Tous ces accidents suffisent largement à expliquer les séismes de cette ville, dont au moins un, celui du 18 octobre 1356, a été un tremblement de terre désastreux, sans compter d'autres de moindre intensité, quoique encore redoutables. Cette instabilité se
* Die letzten Erdbebcn in Baden und in der Pfaiz (Vortrag. Landeszeitung. Karlsruhe, n« 75).
prolonge vers TEst jusqu'à Schaffhouse^ s'étendant ainsi à tout le Tafel'Jura. Cette remarquable formation s'étend au Sud jusqu'à la ligne des chevauchements de FÂrgovie. Ajoutant à cette nombreuse série de vicissitudes le changement de cours du Rhin, dont la partie supérieure s'écoulait vers l'Est jusqu'au momentjoù il s'est dirigé vers l'Ouest pour suivre la fosse alsacienne, on aura plus d'événements géologiques considérables et suffisamment récents qu'il ne faut pour expliquer l'instabilité de tout ce district. Ces déductions sont manifestement justifiées du fait que, d'une part, les failles du Dinkelberg ne dépassent pas le méridien de Laufenbourg, celles de l'Argovie celui de Waldshut, et les chevauchements celui de Bulach, et que d'autre part la séismicité semble diminuer progressivement de l'Ouest à l'Est, en même temps que ces trois séries concomitantes d'accidents tectoniques, qui ne coexistent qu'à TOuest. En outre, Eck et d'autres géologues considèrent le Dinkelberg comme une aire d'affaissement.
Au N. N. E., le Feldberg, extrémité S. W. du massif granitique et primaire de la Forêt-Noire, est un foyer notable d'ébranlements séismiques, dont plusieurs des tremblements de terre ont été étudiés en détail. Langenbeck place les épicentres de ceux du 13 janvier 1895 et du 21 avril 1885 sur la ligne de séparation du gneiss et du granité, ligne en partie recouverte par le Carboniférien inférieur s'étendant du Bârhalde vers le S. S. W., le long du flanc S. E. de l'Herzogenhorn. Futterer^ a expressément confirmé cette localisation, mais il s'élève contre le rôle séismogénique attribué par Langenbeck à cette ligne qui, privée de tout caractère tectonique réel, résulte de modifications insensibles de structure faisant passer le gneiss au granité. De son côté, Futterer place l'épicentre du tremblement du 22 janvier 1896 dans le district du Titi-See, Neustadt, Lenzkirch, caractérisé par de très grandes dislocations d'un complexe de formations paléozoïques et de puissantes masses de porphyre, de gneiss et de granité.
Comme pour la rive gauche du Rhin, la faille longitudinale de la fosse jalonne les foyers d'ébranlement de la vallée et suffit à les expliquer. Mais, en certains points particuliers, se présentent d'autres circonstances qu'il faut détailler. C'est le cas de Fribourg-en-Brisgau et du volcan éteint, le Kaiserstuhl, et nous nous appuierons sur
* Das Erdbeben vom 22 Jftnner 1896, nach den aus Baden eingegangenen Berichten dargestellt (Verhandl. d. KarUruher ^iatwwiss. Vereins, Xll, 1896).
Id. Die Ërdbobenforschung in Baden (VerhandL d, ersten Seûmol. inlem, Konferenz LU Stranburg, 1901, 153).
84 GEOGRAPHIE 8ÉISM0L0GIQUE
le travail de BOse sur le tremblement de terre du 17 novembre 1891 *. Une coupe W. E. partant de Breisach rencontre successivement le Kaiserstuhl et sa faille bifurquée et coudée, Katharinaberg-Munzingen- Bellingen, parallèle au Rhin, Munzingen-Ehrenstetten beaucoup plus courte et oblique, la plaine des graviers du Rhin, la colline du Tuniberg, la cuvette Elz-Dreisam, la colline du Schônberg, la faille de Wittnau parallèle au fleuve, et enfin les pentes d'Horben montant au massif de la Forêt-Noire. Le Tuniberg et le Schônberg, ainsi
lO
G, Gneiss. — S, Trias. Jurassiaue, Tertiaire. — V, Roches Tolcaniques. — R, Cailloux du Rhin. —
Sch. Cailloux et galets de la For6t-Noire. — a, Failles.
Fig. 8. — Coupe des environs du Kaiserstuhl (d'après Bôse) .
respectivement limités à TOuest et à l'Est par des failles parallèles au Rhin, sont formés de Trias, de Jurassique et de Tertiaire; ce sont les extrémités d'un bloc dont le centre a fléchi et permis le dépôt des matières détritiques descendues de la Forêt-Noire. Bôse pense que, le 17 novembre 1891, il s*est légèrement déplacé entre ses failles limites, surtout dans sa partie méridionale. Cette conclusion paraît bien expliquer les séismes de Fribourg et de ses environs.
En ce qui concerne plus particulièrement le Kaiserstuhl, Wiegers* met en relation les deux séismes du 14 février et du 3 juillet 1899 avec la faille N. S. qui, courant de KOnigschafîhausen à Oberimsingen, coupe le volcan, et parallèlement à laquelle sont sorties les laves de Limburg et de Sponeck. D'après ce savant, les séismes de la Forôt-Noire S. W., ou du Dinkelberg, se transmettent plus difficilement au Kaiserstuhl qu'à la plaine alluvionnaire dont les cailloux et les sables ont une épaisseur suffisante pour en amortir les ondulations et les vibrations ; de sorte qu'il se rencontre avec Knop ' pour
* Das Erdbebenin der Gegend von Freiburg am ITNovember 1891 (Verhandl. d. nat. Wiss.Vereins zu KarUruhe. XIII, 1900, 421).
* Bericht ûber die am 14 Februar und 3 Joli 1899 in Baden beobachteten Erdbeben (irf., 577).
* Das Erdbeben im Kaiserstuhie vom 24 Juni 1884 (te/., X, 1888, 41). — Das Erdbeben vom 21 Âpril 1885 in der Feldbergruppe (id., 62). — I)as Erdbeben im Kaiserstuhie
regarder les secousses du Kaisersiuhl comme indépendantes, en particulier celle du 21 mai 1882. Jusqu'alors le caractère volcanique des séismes des environs de Fribourg ne faisait pas question depuis que Dietrich * avait à la fin du xviii* siècle reconnu le volcan ruiné. Mais il a fallu en revenir lorsqu'on a observé que les tremblements de terre du 21 mai 1882, du 24 juin 1884 et du 3 janvier 1886 s'allongeaient dans le sens de la vallée rhénane, et que leurs épicentres, tout en restant sous le massif éruptif, variaient notablement de position, deux circonstances en faveur de causes purement tectoniques.
Plus au Nord, le rôle séismogénique de la faille rhénane principale semble disparaître en face de Strasbourg, à peu près comme cela s'est présenté sur la rive gauche. Au delà de cette interruption, Garlsrube parait être un foyer notable, caractérisé du moins par un important essaim de secousses en mai 1737, mais auquel on ne saurait toutefois assigner une origine déterminée. Cette ville fait face à Kandel, dont on a parlé plus haut, et correspond à la dépression du Kraichgau.
La séismicité du flanc occidental de la Forêt-Noire n'atteint pas tout à fait, au Nord, l'extrémité de ses terrains primaires visibles et l'intervalle entre ces couches et celles de môme nature de l'Odenwald, c'est-à-dire que la partie permienne, triasique et jurassique de ce flanc est beaucoup plus stable. Ce fait est difficile à interpréter.
Il faut maintenant remonter jusqu'au Neckar pour retrouver l'instabilité, qui n'a pas profité pour se rétablir du champ de fractures situé au S. W. d'Heidelberg. Si l'on mène une ligne du coude du Neckar à Eberbach, on isole, à l'Ouest et entre les trois cours d'eau, Rhin, Main et Neckar, un district que sa séismicité permet de mettre presque en parallèle avec celui de l'Erzgebirge. Ce sont les deux plus instables régions de l'Europe centrale et occidentale, au Nofd des plissements alpins et pyrénéens. Ce foyer comprend le bassin tertiaire de Mayence, et ne mord que très faiblement sur la partie nord-occidentale du massif primitif de l'Odenwald. Tout comme dans l'Erzgebirge, il est caractérisé par des périodes de long repos séparant des paroxysmes plus ou moins durables, avec cette difiérence que ceux du bassin de Mayence sont moins bien connus et qu'ils paraissent moins fréquents. La seule période d'exacerbation qui ait été bien
3 Januar 1886 (id., 67). — Sporadische Erdbeben im Kinzigthale, in Staufen, in Breisach, und in der Gegend von Markdorf {id,, 116).
* Cf. Ph. Kngler. Fr. von Dietrich. Ein Beitrag zur Gcschichte der Vulkanologle (Afânckener geogr, Studien., VII, Mûnchen, 1899).
86 GÉOGRAPHIE 8ÉISM0L0GIQUE
étudiée est celle de 1869 \ dont le maximum eut lieu du 30 octobre au 19 novembre de cette année, et qui ne s'évanouit complètement qu'en 1873. Il y en eut probablement d'autres dans les siècles précédents, mais on ne peut que les soupçonner d'après des renseignements incomplets.
En 1869,1e centre d'ébranlement fut sans conteste Gross-Gerau, et si Darmstadt présente un grand nombre d'observations de séismes, cela tient apparemment à sa situation de ville importante et cultivée. Tout autour se pressent des épicentres, surtout de séismes de relai, mais quelques-uns d'une certaine importance, et peut-être même indépendants de Gross-Gerau, comme Mayence, Francfort-sur-le- Main, la Bergstrasse, Reichenbach et Schônberg, ces deux derniers près du Felsberg.
La grande faille rhénane de la rive droite passe à Darmstadt, et longe le pied occidental du massif primitif de l'Odenwald, qui est lui-même un remarquable champ de fractures, entre cette ville et Weinheim à l'Ouest, et s'épanouissant à l'Est depuis Aschaffenbourg jusqu'au Schildeberg au Sud. Il résulte de la carte séismique que l'Odenwald est stable, même là où le champ de fractures le recouvre partiellement. Bref, le district séismique coïncide avec le bassin tertiaire de Mayence.
Dieffenbach a considéré les secousses de Gross-Gerau comme d'origine volcanique, sous prétexte que l'Odenwald est constitué de roches ignées et que des formations éruptives se rencontrent tout autour, Yogelsberg, RhOn, Kaiserstuhl, etc. Il est inutile d'insister sur cette explication par trop simpliste, se heurtant d'ailleurs à l'absolue stabilité de ces massifs volcaniques. Yon Lasaulx a suggéré des éboulements souterrains par dissolution de couches, opinion que Hœmes' regarde avec juste raison comme absolument inconciliable tant avec le grand nombre des chocs qu'avec la grande extension de beaucoup d'entre eux.
Sans dire d'une façon très explicite que le foyer séismique du bassin de Mayence est lié à des mouvements verticaux d'affaissement, Lepsius a fait sur ce sujet, en 1880, une très importante communication à la 28*^ réunion de la Société géologique allemande
* J. Nôggerath. Die Erdbeben im Rheîngebiet in den Jahren 1868, 1869 iind 1870 [Vet^handl. d. Nat. hist. Vereina d. preuss. Rheinlande und Westfalens, XX VII, Bonn. 1870).
F. DieSénbach. Platonismns und Vulkanismus in der Période von 1868-1872 und ihre Beziehungen zu den Erdbeben im Rheîngebiet (Darmstadt, 1873).
* Die Erdbebenkunde. Die Erscheinungen und Ursachen der Erdbeben, die Methoden ihrer Beobachtung (Leipzig, d08, 1893).
à Darmstadt. Nous la résumerons comme il suit : « Au bord oriental (du bassin), on trouve partout comme couches les plus basses du sous-sol tertiaire un grossier gravier, des cailloutis et des sables, qui se font reconnaître comme fluviatiles par leur nature et la présence d'unios au test épais. Or sur les hauteurs d'Hechtstein, près de Mayence, ces couches sont à 120 mètres au-dessus de Tétiage du Main, et le rejet de la faille quaternaire dépasse 200 mètres par rapport à ces mêmes couches dans le Weisenau. Il y a donc lieu de se demander si les secousses de Gross-Gerau ne sont pas en dépendance de telles perturbations si récentes. Le nivellement du réseau géodésique allemand peut être appelé à résoudre la question. Malheureusement, c'est en 1870 seulement, c'est-à-dire postérieurement au paroxysme de Gross-Gerau à la fin de 1869, que la voie ferrée de Mayence à Darmstadt a été nivelée. Le gouvernement hessois a bien fait refaire l'opération en 1880, mais on ne saurait encore tirer une conclusion ferme de TaiTaissement de 0",30 alors mesuré au trait d'altitude de la gare de Mayence. » Assurément, Lepsius a eu raison d'être prudent quant à la suggestion que les séismes du bassin de Mayence sont dus à la continuation de l'affaissement pléistocène qui a permis au Rhin d'y déboucher, hypothèse d'ailleurs très plausible, dont le mérite lui revient; elle a été adoptée par d'autres géologues, et en particulier, de Lapparent a fait valoir qu'en même temps le massif rhénan s'élevait.
Penck ^ est encore plus explicite en disant que Télévation du plateau rhénan et l'affaissement de la plaine fluviale non seulement ont eu Ueu en plusieurs fois pendant l'époque tertiaire, mais ont encore continué à la période diluvienne le long des failles et durent vraisemblablement encore aujourd'hui, ainsi qu'en témoignent, dit-il, les nombreux chocs qui affectent les environs de Darmstadt. L'avenir des observations géodésiques montrera si les mouvements ont conservé une amplitude effective et mesurable, ou si Textinction progressive des efforts tectoniques ne permet que la production des séismes.
De Mayence à Wiesbaden et Francfort, le flanc méridional du Taunus est assez instable. Or cette chaîne, en prolongement direct du Hunsruck, est le bord relevé à l'époque pléistocène du plateau dévonien rhénan, au pied duquel le bassin de Mayence s'effondrait en même temps de 85 mètres à Bingen, sans que le Permien participât à ce mouvement au sud et au nord du Hunsruck. On comprend dès lors que le versant du Taunus soit instable et celui du Hunsruck
* Das deutsche Reich, in A. Kirchboffs Ldnderkunde von Europa (I, Th. 1, H. 235, 18S7).
8S GÉOGRAPHIE SÉISMOLOGIQUE
stable, et cette opposition entre leur histoire géologique est trop frappante pour qu'on hésite à la rendre responsable de la séismicité du flanc méridional du Taunus, en même temps qu'elle corrobore dans une certaine mesure Tattribution des secousses du bassin de Mayence à la persistance du mouvement d'affaissement, en attendant que des nivellements de précision soient venus conGrmer les idées de Lepsius. Enfin, le développement de l'appareil thermal du Taunus n'est probablement pas indépendant de tous ces phénomènes.
La grande faille rhénane se termine brusquement à Francfort, après être montée directement au Nord depuis Darmstadt et le bord occidental du champ de fractures de l'Odenwald. Au delà du Main elle est représentée par deux failles parallèles, légèrement inclinées sur le méridien, et traversant le fleuve, puis par une autre plus importante et sinueuse, d*Aschaffenbourg à Altenstadt sur la Nidda. Précisément, cette vallée est une petite région d'ébranlement à séismes longitudinaux, comme celui du 18 mai 1833, le plus notable de ceux connus. La séismicité s'arrête net ici, malgré le voisinage immédiat du volcan démantelé, le Yogelsberg, aussi aséismique que laRhôn, région volcanique voisine et contemporaine.
Le petit massif du Spessart est d'une absolue stabilité. Ainsi de quatre horsts de l'Europe moyenne, Spessart, Odenwald, Vosges et Forêt-Noire, seul le dernier est un peu instable dans son intérieur.
Les parties supérieures des bassins du Neckar et du Danube forment un district séismique d'une certaine importance, sur le versant oriental de la ForêtrNoire, entre Donaueschingen, Hayingen, Geislingen, Schorndorf, Stuttgart et Sulz. On peut le dénommer district d'Urach, du Rauhe Alp, ou mieux de HohenzoUern, ce pays en étant probablement la partie la plus souvent secouée, au moins autour d'Hechingen et de Tubingen dans le Wurtemberg. Le trait géographique saillant est ici le rebord abrupt du Jurasouabe, tombant sur le haut Neckar par une série de compartiments séparés par des rivières, et qui portent successivement les noms de Baar, Heuberg, Rauhe Alp, Albuch et Hârtfeld, tandis qu'il s'abaisse par un long plan incliné le long du Danube, de Donaueschingen à Donauwerth. Le raide talus du N. W. est liasique, l'autre oolithique, et cette région pénéséismique est séparée du massif primitif de la Forêt- Noire méridionale par une longue pointe de Trias et de Permien descendant de la ligne Rastadt-Stuttgart comme base, et ne renfermant que de rares épicentres sporadiques. Ainsi, ce toit à deux pentes inégales est surtout ébranlé sur ses trois compartiments méridionaux, c'est-à-dire des sources du Danube au coude du Neckar, et
sur sa pente la plus raide. Il est difficile d'attribuer les tremblements de terre du Rauhe Alp à une cause géologique bien déterminée.
Langenbeck déduit des observations faites le 13 janvier 189S, que ce tremblement de terre, issu du Feldberg, a eu son mouvement très affaibli vers le Sud et l'Ouest, mais au contraire renforcé à Donaueschingen et à Pfôren. Ne tenant pas compte de phénomènes subsidiaires de propagation, il admet qu'en ces deux points le séisme principal en fit par contre-coup naître un autre de relai, et il s'appuie surtout sur ce que, d'après des témoignages concordants, le choc y prit un caractère nettement vertical. Or, dit-il, à Durrheim, à 8 kilomëti*es environ au nord de Donaueschingen, se rencontrent à 100 mètres de profondeur de puissantes masses de gypse et de sel gemme, s'étendant vraisemblablement vers le Sud jusqu'au delà de Donaueschingen et de Pfôren, et fort exposées à la formation des vides par dissolution et lessivage. Il en conclut que cette secousse de relai est un séisme par effondrement, ou par écroulement.
Près de l'extrémité S. W. du Rauhe Alp s'ouvre l'aire d'effondrement du Hôhgau, ou Hegau, district volcanique en activité à la fin du Miocène, ou au commencement du Pliocène. Elle se prolonge vers le S.-E. par la cavité du lac de Constance dont les bords orientaux constituent, avec le Hôhgau, une région pénéséismique indépendante se prolongeant sur la rive droite du Danube jusqu'à Ulm, et au Sud jusqu'à Kempten, juste à la bordure des hauteurs préalpines constituées par le Tertiaire inférieur, auxquelles s'arrêtent les territoires étudiés ici. Les séismes en question sont peut-être en relation avec les mouvements de terrain et avec les phénomènes qui auraient, à l'époque oligocène, forcé le Rhin supérieur à abandonner son cours vers l'Est pour déboucher dans le lac et drainer la cuvette asséchée entre les Vosges et la Forêt-Noire, simple suggestion tout à fait provisoire. En outre, quatre failles importantes ayant déterminé le cours du Danube, mais jusqu'à Ulm seulement, où précisément la séismicité disparaît à l'Est, peuvent être regardées comme intervenant, car cette coïncidence n'est probablement pas fortuite. Biberach a été en janvier 1842 le théâtre d'un petit essaim de secousses.
La région du lac de Constance présente de nombreux exemples d'affaissements dans les calcaires du Jurassique supérieur et ils y ont donné lieu à des dépressions privées d'eau. C'est en tablant sur cette structure que les membres de la commission séismologique w^urtembergeoise ont, à la réunion de Karlsruhe en 1888, expliqué, par des phénomènes de dissolution et d'entraînement des couches sous l'action des eaux souterraines, les secousses à caractère sporadique qui s'y font
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souvent sentir et nommément celle du 11 janvier 1881 à Constance, du 24 février 1881 à Stokack et Ludwigshafen, du 9 mars 1881 à Neuhausen près d'Engen, du 21 mars suivant à Ëngen, du 16 novembre 1886 à Thiengen, et enfm du 28 novembre suivant à Stokach, Ludwigshafen, Winterspûren, Reichenau, Salem et Ueberlingen.
Le Hohgau nous ramène tout naturellement à l'extrémité du Rauhe Alp, au Ries, cette célèbre dépression tectonique et volcanique tout à la fois, qui constitue un important problème géologique non encore complètement élucidé, malgré les travaux de Fraas, Branco, Koken, et autres géologues, et qu'à si bien résumés de Lapparent^ L'instabilité du Ries nous paraît avoir été exagérée par Gtinther et ReindPy les historiens de ses tremblements de terre, et si ceux de 1471 et de 1517 ont pu renverser la tour de Nôrdlingen, c'est en partie parce que cet édifice était extrêmement grêle. A notre avis, l'instabilité du Ries et du Vorries n'atteint pas, à beaucoup près, celle des territoires précédemment étudiés, et leurs quelques secousses dérivent manifestement des nombreuses et compliquées vicissitudes dont cette région a été récemment le théâtre, mais à l'exclusion de l'effondrement, les aires d'affaissement voisines et analogues de Herdtfeldhausen, Steinheim, Neresheim et Ellenberg-Bopfingen étant encore beaucoup plus stables. Les savants bavarois s'accordent sur l'origine volcanique de ces secousses.
Yon Gûmbel attribue à la dissolution de la dolomie franconienne un séisme de Môckenlohe, au N. N. W. de Neuburg-am-Donau, et il n'y a pas de raison pour ne pas en faire autant d'un autre de cette dernière ville, si des observations directes confirment ultérieurement cette explication.
A l'exemple de Lancaster au sujet des tremblements de terre belges du haut moyen âge, il faut émettre de sérieux doutes pour ceux qui auraient désolé Wûrtzbourg au ix'^ siècle.
Tout le reste de la Bavière et de la Franconie est très stable, et ne présente que des épicentres sporadiques sans intérêt.