Le massif bohémien
Nous excluons la région séismiquo si importante de l'Erzgebirge,
* Cirques terrestres ; Le problème du Ries {Revue des questions scientifiques, iuiWei 1903, 26, Louvain).
* Seismologische Untersuchungen. II, Die Seismicit&t der Riesmolde {SUzungsber, d. mat.ph. KL d. Kgl. Bayer. Ak, d. Wiss., XXXU. IV. 641. Mûnchen, 1904); S. Gûnther. Die seismischen Verh<nisse Bayems (Verhandl. d. ersten internat. SeismoL Konferenz, Strassburg, 138).
qui s'étend largement sur les terrains sédimentaires de la Saxe et des États de la Thuringe.
La Bohême est le plus important des massifs archéens et primaires de TËurope centrale, et joue par rapport à TAllemagne le même rôle que l'Auvergne pour la France. Son ossature orographique est constituée par les trois arêtes montagneuses du Biesengebirge, de TErzgebirge et du Bôhmerwald, et par le rebord des hauteurs de Moravie, simple seuil élevé, qui n'est pas une véritable chaîne. Le Bôhmerwald et le bassin de la Moldau forment ainsi la région pénéséismique du massif bohémien proprement dit, en en excluant comme nous le faisons, pour des raisons d'exposition, le bassin de l'Eger, et celui de l'Ëlbe en amont du défilé de Tetschen.
La séismicité n'est pas plus caractérisée dans le massif bohémien que dans le Plateau Central français, et l'on y rencontre seulement trois petits foyers d'ébranlement, sans grande importance.
Le premier revêt une forme presque linéaire par le massif basaltique du Duppauergebirge, le long du grand filon de quartz dit du Pfahl, et s'étend jusqu'à Waldmûnchen au centre du Bôhmerwald. Le tremblement de terre du 26 novembre 1902, étudié par Gredner^ a eu son épicentre non loin de Pfraumberg. L'isoséiste centrsde était dirigée N. N. W.-S. S. E., ce qui a conduitKnett' à mettre ce séisme en relation avec les dislocations hercyniennes dans le sens des géologues allemands. Les autres isoséistes se sont de plus en plus allongées dans le sens du Pfahl, ce qui doit être uniquement attribué à des phénomènes subsidiaires de propagation sans intérêt, ici du moins. Le fait que ce séisme a eu l'axe de son aire pléistoséiste dirigé perpendiculairement au Pfahl corrobore l'opinion de Knett, relativement à Tinfluence de ces dislocations. Cet accident, le long duquel s'étend la traînée d'épicentres dont il s'agit ici, avoisine le bord occidental du bassin silurien, carboniférien et permien du centre de la Bohême, morcelé par une série de failles à peu de chose près parallèles à la ligne de Prague-Przibram, direction perpendiculaire à celle du Pfahl. Or, dans la cuvette silurienne, Suess voit non un simple synclinal, comme on le croyait antérieurement, mais bien un graben, ou fossé d'effondrement, <c faisant partie du grand système d'accidents qui affecte tout le bassin de la Bohême. » On est ainsi amené provisoirement à établir une relation entre les phénomènes
* Das Bôhmerwald-Beben am 26 November 1902 {Ber. d, mai. ph. KL d. Kônigl. Sdehs. Ges. d. Wiss, tu Leiptig. Sitz. S Fobr. 1903, 13).
' Das Erdbeben am Bôhmischen Pfahl. 26 Nov. 1902 (Milth. d, Erdbeben-comm. d. K. Ak. d. Ww., Neue Folge. XVH, Wien, 1903).
92 GÉOGRAPHIE SÉISMOLOGIQUE
qui ont donné son aspect actuel à la Bohême et à la région pénéséismique couchées sur le Pfahl. En tout cas, il nous semble que Pfraumberg n'étant pas sur le mur de quartz du Pfahl, cet accident n'a pas directement été en cause le 26 novembre 1902, et qu'il est consolidé comme ses homologues de l'Ërzgebirge, ainsi qu'on le verra plus loin. C'est aussi le cas du sillon de Bretagne.
Les secousses de Prague et de Kladno doivent sans doute dépendre aussi des dislocations hercyniennes de la cuvette silurienne ; mais cela n'est point certain, car il s'agit là, surtout pour Prague, de phénomènes dont l'origine réelle est inconnue, n'ayant été signalés que pour la capitale de la Bohême ; ils pourraient tout aussi bien venir du foyer de Trautenau. Cela se trouve confirmé par Tabsence d'épicentres dans la cuvette elle-même. Des lors ces dislocations ne joueraient un rôle séismogénique qu'au N. W., vers le Pfalil, On voit combien la question reste encore obscure^ malgré les indications données par Reindl^ sur Tinfluence de ces accidents vers le BôhmerwfiJd.
Le tremblement de terre du 5 janvier 1897, étudié par Becke', peut être mis en rapport avec les dislocations propres du Bôhmerwrald méridionsd, son aire pléistoséiste s'allongeant le long de sa crête. C'est le seul connu, jusqu'à présent, qui soit dans ce cas.
Le massif basaltique du Duppauergebirge mérite une mention spéciale, ayant été, le 14 août 1899, le théâtre de remarquables détonations séismiques qui ont donné à Knett l'occasion non seulement de la monographie particulière plus haut mentionnée, mais aussi d'un travail d'ensemble ' sur ces intéressants phénomènes. Dans le premier de ces deux mémoires, Knett a étudié le phénomène acoustico-séismique au point de vue des circonstances physiques et chimiques du sous-sol permettant sa production, mais il nous semble qu'on ne peut pas dire que ses considérations sur les failles voisines et sur la grande dislocation et la ligne séismo-thermale de l'Eger constituent une réelle démonstration d'un rapport de cause à effet, hypothèse qu'il se garde d'ailleurs bien d'émettre formellement.
Il y a peu d'années, une station séismographique a été installée au fond de la mine de Przibram, sur le bord de la cuvette silurienne, dans le but d'étudier les phénomènes différentiels de propagation des
* Bericht ûber das Erdbeben vom 5 J&Dxier 1897 im sûdlichen Bôhmerwald (Millh. d. Erdbebencomm., III, Wien, 1897).
* Bericht ûber das Delonationsph&nomen im Duppauergebirge am 14 August 1899 (W., XXI, 1900).
' Ueber d ieBeziohungon zwischcn Erdbeben und Detonationen [Id., XX, 1900).
secousses relativement à ceux observés à la station de surface sur une même verticale. Une telle disposition paraît susceptible de déceler plus tard l'influence des failles hercyniennes, pour peu que les observateurs dirigent leurs recherches dans ce sens.
Près de la rive gauche du Danube, de Turnau à Katlsdorf, s'étend en Bavière et en Autriche une région d'ébranlement se prolongeant jusqu'à Budweis et occupant aussi le haut bassin de la Moldau. Le maximum d'activité s'y montre au sommet S.E. de cette aire triangulaire, aux environs de Prâgarten. Le tremblement du 28 septembre 1900 a été étudié par Yon Mojsisovics^ qui le met en relation avec le petit bassin tertiaire d'effondrement de Gallneukirchen- Kattsdorf-Lungitz, situé au milieu des gneiss, granités et granulites. Il n'y a pas de motifs pour s'écarter d'une opinion aussi autorisée.
Le double centre séismique de Josephsthal et de Litschau correspond à l'extrémité N. W. de la fameuse ligne séismique de la Kamp, dont l'étude, faite par Suess en 1873, a fait époque en séismologie tectonique, ainsi qu'on le verra plus loin à propos des Alpes orientales. 11 s'agit donc là d'un foyer n'appartenant pas à la région. D'après Perrey', Rauscher place dans l'Ëulengebirge l'origine des nombreuses secousses de ce foyer en 1856-1859, qui ne se sont plus reproduites depuis ; la trop grande distance s'y oppose.