Afghanistan et Bëlontchistan
La géologie de ces pays est encore bien imparfaitement connue, et les informations séismiques se réduisent à la relation succincte de quelques grands tremblements de terre.
L'Afghanistan présente une très importante série éruptive de l'époque Becondaire. Les roches porphyriques percent les couches jurassiques, ou y sont intercalées. Leurs débris ont constitué la plus grande partie des assises néocomiennes, et le Crétacé a été métamorphtsé par des trapps et des granités syénitiques échelonnés jusqu'à r Ëocène. Pendant de longues périodes géologiques, au moins depuis le Carboniférien, le rivage méridional de la mer intermédiaire entre les masses continentales du Nord et du Sud a oscillé au travers de ce pays, en restant toujours à peu près perpendiculaire à l'Indus actuel. Enfin les chaînes occidentales ont subi, à l'époque tertiaire, un
' * A note on the Allfth*Band in the^northwest ùt ihe Rcnn of Kuebh {Metn/ ùf tke geol. Survey of India, XXVIII, Part 1, 27, 1898).
' Notice of an earthquake and a prol>able subsidence of land in thfi district of Gutcli, neaf the mottth of tho Roree, western branchof the Indas» in Jane 1843 (Quart. Joum, of the Oeol. Soc., H, 403, 1846).
violent plissement, qui a érigé la muraille de l'Hindou-Kouch. Toutes ces vicissitudes grandioses se décèlent par l'état extrêmement tour* mente de la région, que les agents extérieurs n'ont pas encore eu le temps d'effacer, et se manifestent par d'imposantes dislocations, dont le rôle séismogénique n'est pas douteux, quoique l'état de nos connaissances ne permette pas encore de préciser celles qui ont donné lieu aux divers tremblements de terre.
La mention d'un séisme désastreux dans le Badakchan, en janvier 1832, doit faire supposer que cette grande vallée est instable.
Les désastres séismiques paraissent avoir été graves dans toute la vallée de Caboul, et les traditions locales en conservent le souvenir. Les ruines du tremblement de terre de 1874 s'étendirent jusqu'à Kandahar, mais il est probable que si cette ville est, ce que l'on ignore, instable pour son propre compte, les chocs que l'on y ressent viennent cle la région de Quettah, ou de Chaman, dont on va parler.
En 1892, un violent tremblement de terre, avec de nombreuses secousses consécutives, a disloqué la voie ferrée Khairpur-Kandahar, qui passe par le col de Bolan, au nord des monts Khojak et au travers des monts Khwaja-Amran. On savait que les séismes ne sont pas rares à Quettah, et qu'ils y causent parfois des dégâts, mais on n'y en avait jamais éprouvé de comparable à celui-ci, qui aurait été certainement désastreux dans une ville construite à l'européenne. On doit donc penser que cette région est très instable. Après le séisme, on s'est aperçu que le long d'une faille de 20 kilomètres de long, la voie ferrée avait été tordue, avec un déplacement horizontal de 80 centimètres et une dénivellation de 20 à 30. Au premier moment, la faille fut attribuée au tremblement de terre, mais Griesbach ' a au contraire démontré que la faille est ancienne. Elle sépare les couches schisteuses de la chaîne des Khojak d'un calcaire terreux qui est probablement d'âge crétacé supérieur ou éocène inférieur. Parsemée de sources, circonstance fréquente dans les failles, elle est remplie d'une curieuse brèche dont les éléments appartiennent aux deux terrains précités. Ainsi la faille est une ancienne dislocation, grossièrement parallèle aux flexures du Khojak, et à celles qui se retrouvent aussi dans le Khwaja-Amran. Cet accident a donc rejoué en 1892, et doit correspondre à une région séismique située aux environs d*01d Chaman. A la suite de l'événement, l'ingénieur Egerton
* Notes on the earthqnake in Bàluchist&n on the 20^^ December 1892 (Records Geol. Survey ofindia, XXYI, Part 1, 27. 1898).
Ch. Davison. Note on the Quettah earthquake of Decomber Hd^ 189â [GeoL Magcu., Décade lU, X, n* 350, 356, 1893).
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dut raccourcir une partie de voie de 2 pieds 6 pouces anglais (ou O'^ylQ) ; en effet, 4 paires de rails de 30 pieds et une de 24 pieds furent remplacées par 5 paires de 24 pieds et une de 21. C'est de cette quantité relativement considérable que Técorce terrestre s'est matériellement raccourcie en cette localité, et c'est là une observation extrêmement intéressante au point de vue géologique. Le tremblement de terre d'Old Ghaman doit donc être considéré comme un
— ^ ^ ^ Fissure sur l ancùerwe /ailles
Fig. 29. — Paille d'Old Chaman et distorsion de la voie ferrée par le tremblement
de terre du 20 décembre 1892.
séisme de compression ou d'écrasement, ce qui équivaut à un phénomène d'affaissement d'un voussoir, comprimé entre deux autres restés fixes. La diminution du rayon et de la circonférence terrestres, par suite du refroidissement séculaire, n'est-elle pas là surprise en flagrant délit?
De la côte méridionale du Béloutchistan, on ne connaît que trois séismes à Gwadar, renseignement insuffisant pour que l'on soit fixé sur son instabilité. S'il y existe une région séismiquc, elle pourrait être en relation avec de modernes mouvements d'exhaussement, décelés par la hauteur à laquelle se rencontrent des sédiments marins post-pléistocënes, quoique ces phénomènes jouent rarement un rôle séismogénique décidé.