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ridea parallèles situées entre la Mésopotamie et le désert central de l'Iran, et qui vont au sud du lac d'Ourmiah se réunir à celles du
Kourdistan. Ces chaînes parallèles, où le Miocène est plissé, présentent au plus haut de^é ce caractère de s'être érigées par plissement sur l'emplacement même d'une ancienne communication existant depuis les temps paléozo'ïques entre les mers de l'Europe, de l'Asie et de l'Insulinde, et qui, séparant les masses continentales des hémisphères Nord et Sud, a persisté au delà de l'Éocène jusqu'aux mouvements alpins, comme l'a démontré Douvillé^ par l'examen des fossiles rapportées par de Morgan de ses longues explorations archéologiques en Perse. Ainsi là le géosynclinal, ou la Téthys de Suesa, n'a subi d'interruption dans son rôle de lit à une active sédimentar tion qu'au commencement du Crétacé, dont lea premières couches sont certainement absentes, tandis que celles du Trias peuvent se trouver quelque jour. II serait surprenant qu'un aussi récent et radical changement d'état, après la surrectioh de la fin du Tertiaire, n'ait pas laissé de traces séismiques à notre époque.
La Mésopotamie est loin d'ignorer les tremblements de terre, témoin le nombre assez grand de ceux observés à Faou, Bassorah, Bagdad, Kerkouk et Mossoul ; mais y sont-Ms véritablement redoutables? C'est ce que ne laissent guère supposer l'absence d'indications précises sur les villes que les séismes auraient détruites, et le vague de relations où les chroniqueurs arabes et persans se contentent de dire que cette province a été ravagée. En tout cas, aucun événement moderne bien authentique n'est venu confirmer ces renseignements par trop imprécis. Combien n'est-il pas improbable qu'un pays où tant de civilisations se sont succédé, depuis l'aurore de l'histoire, soit, sans qu'on le sache avec certitude par des documents circonstanciés, exposé à des tremblements de terre destructeurs ! Il est donc è supposer que la Mésopotamie est beaucoup plus stable que le flanc opposé de la bordure du plateau iranien, c'est-à-dire des montagnes de l'Ardilan, du Louristan et du Khousistan.
La stabilité au moins relative de la Mésopotamie, rendue ainsi fort vraisemblable puisque les historiens ont été jusqu'à présent incapables de dire quelles villes y auraient été renversées par des tremblements de terre, soulève la très intéressante et importante question du déluge biblique. Dans le fameux chapitre par lequel débute La Face de la Terre, Suess donne de ce grand événement une explication qui ne saurait être passée sous silence. Sa conclusion est la suivante : «c En résumé, l'événement connu sous le nom de déluge « a eu lieu sur le bas Euphrate, et a eu pour élément principal
* Les découvertes paléontologiqnes de M. de Morgan en Perse (C. H. Ac. Se, Paris. CXL, 891,1903).
212 GÉOGRAPHIE SÉISMOLOGIQUE
(( une inondation très étendue et très dévastatrice de la plaine méso- (( potamienne. La cause essentielle de cet événement a été un violent « tremblement de terre, qui s'est fait sentir dans la région du golfe « Persique ou plus au Sud et qui a été précédé de plusieurs u secousses de moindre importance. Il est très vraisemblable que, « durant la période des plus violentes secousses, un cyclone « venant du Sud a pénétré dans le golfe Persique. » Assurément cette théorie est fort séduisante, mais il faut bien reconnaître qu'à s'en tenir à la constance avec laquelle, depuis les temps historiques, les tremblements de terre affligent ou respectent les mêmes pays, il semble au moins risqué de les faire intervenir dans la basse Méso-> potamie, où jusqu'à présent on n'en connaît pas qui aient causé de désastres authentiques et bien avérés. Nous avons développé cette objection ailleurs ^ et le chapitre de Suess est trop connu pour ne pas résumer les considérations qui jettent le doute sur son explica* tion séismico-cyclonique du déluge de la Genèse et la laissent très hypothétique, malgré l'autorité incontestée qui s'attache à toutes les conceptions du savant géologue autrichien.
Au moins pour les croyants, le Déluge biblique est un événement géologique considérable dont l'homme a été le témoin oculaire, car si détaillé et circonstancié en est le récit qu'il n'est guère admissible, même pour les rationalistes, que ce soit un mythe forgé de toutes pièces sans la base d'un fait physique parfaitement réel, et pour eux déflguré, altéré par l'effet du temps. Quelle est donc l'argumentation de Suess? Il admet tout d'abord que le récit de la Genèse est de seconde main et qu'il faut se référer préférablement à celui tiré des textes cunéiformes de TAssyrie et de la Chaldée, l'épopée d'Izdubar, exhumée des ruines du palais de Koyoundjik ; il n'y a pas lieu de discuter ici ce côté de la question, tout à fait hors du sujet de cet ouvrage. Suess localise ensuite le déluge dans le pays où se trouvait la ville de Shourippak, port de mer chaldéen, ce qui n'a rien d'impossible, puisque depuis les temps préhistoriques le Tigre et l'Eu* phrate ont réuni leurs embouchures, primitivement séparées, en colmatant et comblant le fond du golfe Persique, occupé maintenant par la vallée marécageuse du Chott-El-Arab. Pour Suess, et qu'il s'agisse des avertissements donnés par Dieu à Noé, ou de ceux de la déesse Ea à Hasis-Adra, dans l'un et l'autre récit ce sont des trem* blements de terre prémonitoires du grand séisme à la suite duquel les eaux du golfe ont envahi la dépression mésopotamienne et ainsi
* La théorie séismico-cyclonique du déluge par Suess {Revue des quesliont scientifiques, octobre 1902, Louvain).
causé l'inondation diluvienne. Il pense que les eatix souterraines dont parlent les deux récits ont été éjectées du sol par le tremblement de terre principal^ et en effet c'est là un phénomène accompagnant souvent les grandes secousses dans les pays au sol marécageux ou imbibé d'eau, comme la Mésopotamie croate le 9 novembre 1880, les plaines du Brahmapoutre et les Sylhet Streams le 12 juin 1897, et le Cachar le 10 janvier 1869, dernier fait qui a donné à T. Oldham l'occasion d'édiGcr de ces phénomènes la théorie mécanique généralement acceptée. Suess observe avec beaucoup de raison que ces eaux souterraines n'ont pu se produire, ou plutôt se manifester qu'avant l'inondation par les eaux du ciel ou de la mer. Passant sur le procédé discutable consistant à faire intervenir des tremblements de terre à propos de relations portant à un haut degré le caractère de choses vues, et qui donnent par ailleurs, sans les mentionner, des détails moins frappants, — la seule question à envisager ici est la possibilité d'un séisme d'ampleur suffisante pour faire jaillir les eaux d'un sol marécageux et alluvionnaire, dans un pays aussi peu instable que la Mésopotamie, puisque les montagnes voisines, celle du Louristan, n'ont jusqu'à présent fourni la mention d'aucun séisme authentique vraiment destructeur, et que, d'autre part, la région dangereuse de l'entrée du golfe Persique est bien éloignée. Or on connaît le caractère de pérennité dont, sur toute la surface du globe, jouissent les régions instables. Sans attribuer à cette objection plus de force qu'elle n'en comporte, puisqu' après tout il ne s'agit là que d'une question de degré, la Mésopotamie étant au moins pénéséismique, nous serions portés à penser qu'au simple point de vue séismologique du moins, l'explication de Suess rencontrerait infiniment moins de difficultés en admettant la basse vallée de rindus comme théâtre du Déluge. Là, en effet, sauf le cyclone, se sont produits en 1819 les phénomènes invoqués : tremblements de terre violents, sortie des eaux souterraines, et surtout inondation de longue durée, comme conséquence de la formation de l'Allah Bund, ou digue de Dieu, en travers des rivières du delta. Ni un raz-de-marée d'origine séismique, ni un cyclone non plus, ne peuvent rendre compte de la permanence des eaux dans les terres alors habitées, fait capital sur lequel s'accordent les deux récits du Déluge, et c'est là une question bien difficile à résoudre dans l'hypothèse de Suess. Quant à transporter ainsi hors de la Mésopotamie le théâtre de ce phénomène, c'est là une question qu'on ne peut discuter ici, tout en signalant que si les commentateurs admettent très généralement qu'il s'est produit dans les bassins du Tigre et de l'Euphrate,
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certains, moins nombreux toutefois, ont songé à ceux de llndus et même du Gange ; il faut bien dire d'ailleurs qu'aucun exégète sérieux ne songe plus à localiser dans l'Inde le théâtre du Déluge chaldéen, ou hébreu. Quoi qu'il en soit, il reste de ces considérations que la répartition connue des tremblements de terre à la surface du globe est peu en faveur de la séduisante théorie du savant autrichien.
L'angle montagneux d*oit divergent en éventail les deux bandes plissées qui dominent et enserrent le plateau iranien, c'est-à-dire l'Azerbéidjan, est d'une haute séismicité. On y possède d'importantes séries d'observations faites à Tabriz, ville bien souvent ravagée, comme aussi Minch etKhoî. Ce sont des mouvements très récents qui ont, dans les environs d'Ourmiah, porté à de grandes altitudes les sédiments du premier étage méditerranéen déposés en discordance sur les terrains primaires, et rien n'autorise à nier que ces vicissitudes puissent avoir là des conséquences posthumes sous forme de trem-> blements de terre, en même temps que les plissements du Karadagh et les fractures qui ont donné lieu aux énormes épanchements érup* tifs de toute la région.
Le Ghilan et le Mazendéran forment l'étroite côte méridionale de la Caspienne sur le versant abrupt de l'Elbourz, dont les sédiments plissés, depuis le Dévonien jusqu'au Tertiaire, dominent les profondeurs allant jusqu'à 700 mètres de cette partie de la mer intérieure. Dans ses travaux nombreux et bien connus sur la géologie de ces pays, Abich considère la Caspienne méridionale comme faisant partie de la zone d'affaissement de la basse Koura, de sorte que les tremblements de terre du flanc septentrional de l'Elbourz depuis Astrabad jusqu'à Enzeli, Astara et Lenkoran, seraient liés à ces mouvements. Astrabad et Lenkoran en ont subi de graves.
Le Khorassan est un pays dont les désastres sont nombreux, et dont la séismicité ne le cède guère à celle des régions les plus éprouvées. Ce pays est formé de trois chaînes plissées parallèles; celle du Nord, le Kopet-Dagh, le sépare du désert des Turkmènes et va se rattacher au grand Balkhan sur le golfe caspien de Krasnovodsk, autre contre d'ébranlement signalé à l'attention par le grand tremblement de terre d'Ouzoun-Ada du 8 au 9 juillet 1895. Le grand Balkhan prolonge le Kopet-Dagh, et aussi le Caucase par l'intermédiaire d'un seuil de hauts fonds, coupant transversalement la Caspienne et se rattachant à la presqu'île de Bakou de l'autre côté de la mer intérieure. Ce district instable peut donc être regardé indifféremment comme appartenant aux foyers séismiquesdu Caucase ou du Khorassan, ou plutôt comme leur servant de liaison, et Aga-
memnone ^ a localisé en pleine mer Tépicentre du tremblement de terre précédemment signalé.
Le plateau central iranien est probablement stable, en tant du moins que le manque d'informations permet de le soupçonner, et cela est fort plausible puisqu'il s'agit d'un territoire qui n'a pas obéi aux plissements tertiaires du Nord et du Sud.