Torkestan, Dzoungarle et Kachgarie
Les tremblements de terre de ces pays commencent à être assez bien connus depuis le catalogue de Mouchkétov et Orlov, et la publication du bulletin du comité séismologique permanent de Saint* Pétersbourg.
Le géosynclinal méditerranéen venant de l'Himalaya, après avoir figuré en Perse une sorte de grand carrefour, pousse vers l'Est une longue branche en cul-de-sac recouvrant le Turkestan, la Dzoungarie et la Kachgarie, ainsi que leurs puissantes montagnes, Pamir et Tien-Ghan. Il a fallu l'occupation russe, dans le dernier tiers du XIX' siècle, pour établir leur réputation de redoutable instabilité, malgré le peu de temps d'observations scientifiques dont on dispose; Toutes les grandes villes portent la trace de tremblements de terre destructeurs.
L'instabilité commence, mais non encore extrême, dans la dépression du ZaTsan-Nor entre l'Altaï au Nord et le Tarbagataï au Sud. Kokpektinsk, Serguiopol et Aïagousk sont d'importants foyers d*ébran« lement, mais, quoique cela soit probable, on ne peut pas encore affirmer que les secousses se manifestent autant sur le haut Irtych Noir qu'à l'ouest du Zaïsan. Les explorations géologiques de Mouchkétov ont montré que cette dépression est une fosse d' affaissement comprise entre des failles, et que ce mouvement très moderne a amené à la verticalité des couches de lignites récents, qui plongent sous les eaux du lac,
II y a tout lieu de penser, d'après quelques observations qu'une région pénéséismique doit occuper la dépression de Liouk-Tchoun, cuvette efibndrée à 100 mètres au-dessous du niveau de la mer dans le prolongement du Tien-Chan vers l'Est. Cet accident a affecté les terrains les plus récents de la région, les dépôts du Gobi, que l'on assimile au Permo-Trias de l'Angara. Ces circonstances correspondent bien à une instabilité modérée, encore hypothétique, il est vrai.
* Tremblement de terre de la mer Gaspiemie de la nuit du 8 au 9 Juillet 1895 {Bull, met. et sism. de VObs. imp. de Conslantinople, 1895, XXXVIII).
GÉOGRAPHIE SÉISMOLOGIQUE
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Au sud du Tarbagataî se présente le nœud de i'AIa-Tau dzoungare, près de Kopal et d'Ourdjar, ou de la dépression du lac Ala-Koul» dont les alentours sont assez fréquemment ébranlés. Mais c'est seulement avec la vallée de l'Ili, ou le Semiretchié, que l'on arrive aux territoires de trës grande instabilité où Viernyi s'est fait connaître par le ti'emblement de terre destructeur de juin 1887. L'aire épicenti*ale s'est allongée au pied de la chaîne Alexandre, bord septentrional du Tien-Chan. Tokmak, à l'ouest de Yiernyi est la localité où les chocs consécutifs ont été le plus nombreux. Ce versant tombe sur la vallée synclinale de Tlli, qui se perd dans le Balkhach, mais on ignore si la partie supérieure du bassin de cette grande rivière, au delà de Kouldja, est aussi exposée aux séismes. La grande instabilité du Tien-Chan n'est pas pour surprendre. En effet, sa surrection est extrêmement récente et a relevé les sédiments secondaires déposés en avant du Pamir. Mais le plissement n'a pu jouer qu'un rôle peu important, parce que la trop grande rigidité de roches très anciennes sous-jacentes s'y est opposé. Dès lors, la poussée orogénique s'est résolue en dislocations longitudinales, grossièrement parallèles aux crêtes successives de direction générale Ë.-W. Les tremblements de terre de Yiernyi ont été mis parMouchkétov* en relation avec les six failles qu'il a relevées, après la ruine de 1887, sur le très petit espace compris entre Yiernyi et la profonde cavité tectonique de rissyk-Koul, au delà de l'Ala-Tau transilien. Il y a tout lieu de croire que cette remarquable dépression est tout aussi instable que le Semiretchié, mais le manque de grands centres, et par suite d'observations, ne permet pas de l'affirmer en toute sûreté.
Si l'on pénètre davantage dans le Tien-Chan, on trouve le haut bassin du Syr-Darya ou du Naryn, dont quelques séismes peuvent décider de la séismicité d'un district placé dans les mêmes conditions que le précédent. A sa sortie du défilé d'Ousoun, le fleuve entre dans le bassin duFerghana, terriblement éprouvé, et où les désastres d'Och, Namangan, Marghelan, Andidjan et Kokan, ne faiblissent un peu que vers la plaine de Khodjent, Tachkent et Turkestan. Non loin de là, les monuments de Samarkande portent la trace manifeste de tremblements de terre destructeurs, qui épargnent cependant Bokhara. C'est la région du Tertiaire plissé. Sans entrer davantage dans le détail de systèmes de plis croisés qui n'apprendraient rien de plus sur la genèse de ces séismes, il suffit de noter que dan» cette grande région instable du Tien-Chan, la séismicité augmente visible-
* Le tremblement de terre de Viernyi du 28 mai 1887 (Mémoires du comité géol., X, n« 1, 1890, en russe).
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ment du Nord au Sud, c'esWà-dire qu'elle est plus grande dans la partie plissée que dans la partie faillée, quoique Tun et l'autre genre d'accidents soit tout aussi récent, post-tertiaire, et contemporain.
On savait depuis longtemps que Kachgar ressent assez souvent des secousses, lorsque la catastrophe de septembre 1902, et les nombreux chocs qui la précédèrent et la suivirent, sont venus apprendre que cette dépression est, au moins au pied du Pamir et du Tien-Chan occidental, aussi instable que celle du Ferghana, de l'autre côté de l'Alaï. Au N. E. de Kachgar, Aksou a été détruite en 1716, et au S. W. se trouve Tach-Kourgane, où Sven Hedin ^ arrivait le 5 juillet 1896 peu aprësles ravages d'un tremblement de terre; luimôme y ressentait 80 secousses jusqu'au 27 du même mois. Il est donc certain que tout le flanc méridional du Tien-Chan est très instable et que ces conditions s'étendent sur une partie au moins du Pamir, dernière conclusion corroborée par les secousses assez fréquemment signalées au Pamirskii-Post par 74' 20' E. Gr. et SS"" 20^ N. Le Pamir est constitué en pénéplaine, divisée par de grandes ondulations de terrains triasiques, primaires et archéens, mais que de nouvelles dislocations ont porté à son altitude actuelle, en érigeant le bourrelet qui domine de 5000 à 6 000 mètres le bassin plat du Tarim.Ily a donc probabilité que l'intérieur du massif est stable, et les tremblements de terre de Tach-Kourgane, Kachgar et Ak-Sou doivent être en relation avec les mouvements de la lèvre soulevée de la cassure orientale, dont la date ne doit pas différer beaucoup de celle de la surrection du Tien-Chan. Du reste du grand bassin du Tarim, Ton ne sait rien au point de vue séismique, mais tout porte à le croire à l'abri des secousses du sol, puisque, comme le Gobi, c'est un fond lacustre tertiaire non dérangé recouvrant un substratum archéen, et si toutefois Ton en néglige les autres vicissitudes; mais il est possible que l'avenir des observations fasse découvrir l'instabilité du flanc septentrional du Kouen-Loun, formé de terrains primaires étages sur la dépression, si sa surrection est récente, comme le pensent Obroutchev et de Launay.
Les steppes turkmènes, Kara-Koum et Kyzyl-Koum, paraissent indemnes de tremblements de terre, quoiqu'on ait pu observer quelques rares secousses dans la basse vaUée de l'Amou-Darya et dans les oasis de Khiva et d'Ourgentch.
* A UraTers l'ÀBie centrale (Le Tovr du Monde, n* da 10 novembre iS98, 551).