‹ Les tremblements de terreChapitre 74 sur 112 · NA · texte numérisé non relu

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sédimentaire, qui redevient horizontale sous la plaine alluvionnaire bulgare. Tout ce versant est stable, et l'on n'y ressent que peu de secousses, d'ailleurs sans importance. Une chute de quelques 150 mètres amène au sillon danubien proprement dit et quelques pointements basaltiques, à 40 ou 50 kilomètres du fleuve, font penser à de Lapparcnt qu'entre la Roumanie et la Bulgarie doit se caclier, sous les alluvions, autre chose qu'une simple vallée d'érosion. C'est à cet accident supposé vraisemblablement un système de fractures, que seraient dues les rares secousses du versant balkanique septentrional.

La poussée orogénique tertiaire, qui a dressé par plissement le Balkan contre les massifs résistants du Sud, est trop récente pour que la stabilité relative de la grande chaîne siir la plus grande partie de son parcours ne demande une explication. Elle ne peut se trouver que dans la résolution du plissement en fractures, et l'on sait par expérience combien ce dernier genre d'accidents est moins favorable à la séismicité. Et, en effet, dès longtemps, von Hochstetter a considéré le flanc méridional abrupt du Grand Balkan, entre le cap Éminé et Pirot, comme une gigantesque faille, que les études plus récentes ont, il est vrai, réduit à une zone de fractures. Les dislocations balkaniques se sont résolues en bassins d'effondrement qu'ont remplis des lacs tertiaires, et les plissements sont restés stables, pour ainsi dire comme un arc débandé, tandis que les parties rompues et affaissées ont conservé un reste de mobilité accusée par les tremblements de terre des bassins de Sofia, de Philippopoli et d'Ândrinople, pour ne citer que les principaux et les mieux connus ; du moins est-ce ainsi que l'on peut, dans une certaine mesure, se rendre compte d'un état de choses si particulier. Comme il était à prévoir, les épanchements éruptifs tertiaires ont jalonné la zone rompue, mais il serait oiseux d'en parler ici plus en détail.

Indépendamment des nombreuses secousses qui lui viennent du Rila-Dagh, le bassin de Sofia a des chocs propres, et tout autour se montrent des épieentres. Mais on ne saurait dire si les séismes graves^ qui ont parfois sévi dans cette ville, étaient autre chose que le contre-coup des violents tremblements de terre du Rliodope, où il est bien avéré que se trouve une région séismique dangereuse.

Ichtiman, Samokov et Doubnitza sent visiblement dans des conditions géologiques et séismiques tout à fait analogues.

Philippopoli a, comme on devait s'y attendre, accaparé toutes les secousses de son vaste bassin lacusti'e d'effondrement. Cette ville n'a, jusqu'à présent, pour ainsi dire jamais souffert de dommages sérieux, constatation qui en raison de la similitude des circons-

tances^ non seulement corrobore la probabilité de l'origine extérieure des séismes sévères de Sofia, mais encore laisse supposer que la partie orientale du Bhodope ne renferme pas de foyer séismique comparable à celui du Rila-Dagh, ce que l'absence d'informations scientifiques dans ce sens ne permettait guère d'affirmer. Il est donc vraisemblable qu'à l'avenir les relevés de l'Institut météorologique de Sofia ne feront pas découvrir de centre séismique important de ce côté du fialkan archéen.

Quelques secousses de Jamboli et de Sliven portent à penser que la fracture, ou l'accident tectonique de la haute Toundja, a conservé une certaine mobilité. D'ailleurs, ce flanc méridional du Grand Balkan pourrait bien avoir été le siège de mouvements importants et fort récents. C'est à cette conclusion qu'est arrivé de Launay*, d'après une exploration de WankofT, entre Trevna et Sliven. Voici le résumé de ces très intéressantes observations qui, évidemment, peuvent rendre compte de la plus grande instabilité, à la vérité modérée, du flanc méridional de la chaîne. Il a existé à de nombreuses reprises, depuis le Carboniférien jusqu'à la fin du Tertiaire, sur l'emplacement du Balkan central, un géosynclinal, où se sont déposés des sédiments détritiques : anthracites carbonifères de la vallée de l'Isker, charbons sénoniens, grès supracrétacés-éocènes du flysch, lignites néogènes. Avant et après le flysch, une première série de mouvements a produit des renversements généraux vers le Nord, et les terrains sont brusquement interrompus au gneiss ou au Trias vers le Sud, où se trouve le flanc abrupt jalonné par des effondrements. Ces dislocations sont attribuables à une compression du géo-synclinal E.-W. entre deux voussoirs, la plate-forme russe et le Rhodope, qui se seraient rapprochés l'un de Tautre en déterminant le chevauchement du Balkan plissé sur son avant-pays resté horizontal. Des dislocations longitudinales et transversales, concomitantes de manifestations éruptives nombreuses, ont amené la formation des dépôts néogènes dans les cuvettes du flanc sud de la chaîne. Ces derniers sont eux-mêmes disloqués. Enfin la crête orographique granitique, dominant de 400 à 500 mètres la ligne de partage des eaux, est plus septentrionale qu'elle de 5 à 10 kilomètres. Bien que d'autres hypothèses soient également à considérer, dit de Launay, cette disposition pourrait être due à un mouvement tectonique récent, que divers autres indices amènent à supposer, par suite duquel la crête granitique aurait continué à s'élever après le début

* La forDiation charbonneuse sénonienne des Balkans (C. R. Ac. Se, Paris, CXL, 609, 1905).

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(lu creusement des vallées et aurait été sciée transversalement par le travail progressif des cours d'eau.

Contrairement à ce qu'on a dit de Philippopoli, et môme en tenant compte de l'exagération si facile aux chroniqueurs, il paraît bien qu'Andrinople, ou le bassin d'effondrement tertiaire de la basse Maritza, a subi de véritables ruines séismiques^ outre les désastres mentionnés sans plus de détails pour la Thrace. Gomme ils ont été le plus souvent associés à de graves tremblements de terre des grandes villes du voisinage, telles que Constantinople et Gallipoli, et que d'ailleurs les épirentres en sont absolument indéterminables, on peut se demander si le bassin d'Andrinople est plus exposé que ses analogues en raison de sa structure propre, ou s'il ne ferait que subir le contre-coup do quelque foyer du Rhodope oriental, comparable à celui du Rila-Dagh. La question est encore sans réponse nette.

Inéboly, Ipsala et Ënos, sur la basse Maritza, ont leurs secousses propres, jamais bien sévères cependant.

Seres et Drama d'une part, et Melnik d*autre part, forment sur le bas Strouma deux centres d'ébranlement, que leur situation dans des cuvettes tertiaires, au milieu des roches archéennes environnantes, doit faire assimiler aux cas précédents de Sofia et autres. Les secousses assez fréquentes de Kavala ne sont probablement pas différentes de celles de Drama.

La Ghalcidique est composée de trois presqu'îles : les deux presqu'îles orientales sont formées de schistes cristallins très fortement redressés, de gneiss et de granité, tandis que celle de l'Ouest, ou de Kassandra, montre des couches tertiaires et quaternaires presque horizontales depuis Polygyros jusqu'aux sources chaudes de Seres, d'où le nom antique do golfe Thermique. Une structure chirographaire, dont on connaît peu d'exemples aussi parfaits, y est complètement indépendante de l'allure des couches recoupées, et conjointement avec unefaille,Christomanos' la rend responsable du trembleincnt de terre do Salonique du 5 juillet 1902. Cette relation peut être valable pour les séismes propres de la Chalcidique, mais non pour ceux de Salonique, ainsi qu'on le verra plus loin. Izvoro, Polygyros et Kassandra, l'antique Potidée, sont d'apparents foyers d'ébranlements. On sait que, d'après Hérodote (VIII, 22), le siège de cette dernière ville par les Perses fut troublé par un raz de marée, d'origine probablement séismique, le seul phénomène de ce genre connu pour les côtes de Macédoine.

' Le tremblement do terre de Salonique (C. A. Ac, Se. Paris, GXXXV. 315, 1902).

Sans les études auxquelles ont donné lieu les grands tremblements de terre de Salonique du 5 juillet 1902 et du 4 avril 1904, cette ville aurait continué à passer pour le foyer séismique le plus important de la Macédoine. Mais depuis les travaux d'Hœrnes ^ sur ces deux séismes, il est certain quecette ville n'a fait qu'accaparer les secousses du voisinage. Le premier de ces deux ti'emblements de terre destructeurs a eu son épicentre entre Guvezne (Grosdovo) et Arakli, près et au Nord du lac de Langaza, au centre d'une dépression occupée par du diluvium et des couches pliocènes. Ce lac se trouve d'ailleurs en prolongement du Bechik Gol, qui tend à couper du continent les presqu'îles clialcidiques dans la direction de Salonique. De Langaza à Dojran au Nord, les isoséistes se sont disposées autour d'une dislocation comme axe, ce qui rend évident son rôle séismogénique en l'occurence. Il s'agit là d'un Graben d'effondrément on pleines roches archéennes, et dont un très important appareil thermal accentue encore le caractère tectonique. Plus au Nord, à l'extrémité occidentale duRliodope, le massif du Rila a été le foyer du tremblement de terre du 4 avril 1904. L'épicentre s'est trouvé près de Dzuma-i-Bala dans le délilé de Kresna, qui correspond à une dislocation des montagnes granitiques du Pirin-Dagh et du Males- Planina. Rilski-Monastir est pour ainsi dire en perpétuel mouvement et le Rila-Dagh présente plusieurs autres accidents considérables auxquels on peut assigner aussi un rôle séismogénique, jusqu'à ce que des études de détail aient permis de préciser davantage ; l'instabilité du massif s'étend tout autour à Doubnitza et aux environs de Kustendil, dernière localité près de laquelle une ligne de fractures dans le gneiss marque l'emplacement de nombreuses sources sulfureuses chaudes.

Uskub, au bord d'un autre lac tertiaire, est un foyer d'ébranlement dont l'instabilité ne peut cependant pas se comparer à celle des centres précédents. C*est un peu plus au Nord qu'on atteint le seuil mal défini de la plaine de Kossovo entre le haut Ibar et le Lepenatz, affluent du Yardar. Cette disposition est trop particulière, au milieu des roches archéennes, pour ne pas laisser supposer quelque accident tectonique responsable des secousses qu'on y ressent.

On en a fini maintenant avec les fragments du continent oriental et les plissements carpathiques auxquels il a donné appui ; il reste à examiner les plissements dinariques de l'Ouest, Albanie et Ëpire,

* Das Erdbeben von Salonichi au 5 Jali 1902 [Mitth. d, Erdbebencomm. d. K, Ak. d, Wiss. in Wien, Neiio Folge, XUI, 1903) ; Id, Bericht ùber das makedonische Erdbeben vom 4 April 1904 ; Id. XXIV, 1904).

Di HoîinsftDS. — Tremblements de terre. \ 7

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qui, contraints à dévier vers le S. S. E. par la résistance du massif, achèvent de compléter la presqu'île des Balkans sur TAdriatique. Si ces plissements évoquent de suite l'idée d'une grande instabilité, ce qui est bien le cas de ces pays, cette origine directe de leurs tremblements de terre n'est certainement pas exacte cependant, puisque plus au Sud^ dans le Pinde, ils sont stables, et cette même restriction s^applique à la Dalmatie. Il faudra donc chercher ailleurs les causes générales de la séismicité.

Nous limiterons ici rAlbanie au cours du Drin, qui s'ouvre passage par un caflon de plus de 1 000 mètres de profondeur dans le Crétacé plissé. Le trait principal de la géographie albanaise consiste dans la haute muraille calcaire qui, d'Ëlbassan à Dulcigno, représente le bord d'un ancien lac tertiaire, se prolongeant au S. S. £. jusqu'à Trikkala, en Thcssalie, par Koritza et Kastoria. On y ren* contre de nombreux foyers d'ébranlement où les tremblements de terre ont souvent été dévastateurs, Scutari, Durazzo, Ëlbassan, Bérat, etc. Plus à l'Est, si l'on ne connaît pas de véritables catastrophes, du moins Hilber^ a signalé qu'en 1883 plus de 600 chocs ont été ressentis en trois mois à Koritza, au sud du lac d'Ochrida ; ce fait indique une instabilité que l'on ne soupçonnait pas jusqu'alors. Il attribue ces séismes à la double faille qui a donné lieu à la fosse d'efiondrement qu'est le lac d'Ochrida. Ses voisins, les lacs de Presba et de Yentrok, sont formés comme lui par des affaissements de synclinaux de la chaîne plissée entre des failles parallèles, et rien n'empêche de se rallier à cette opinion sur les séismes de cette région. Il est probable que des causes analogues peuvent rendre compte des secousses de Divri, de Monastir et de Kastoria, si tant est qu'elles soient indépendantes de celles de Koritza, ou du lac d'Ochrida, ce que l'on ignore.

Yanina occupe une situation tout à fait analogue : cavité tectonique avec un lac en voie d'assèchement, et faible reste d'une nappe tertiaire beaucoup plus considérable. Les tremblements de terre y sont aussi fréquents que redoutables.

Corfou est un centre renommé d'instabilité, mais comme, sur la côte, Avlona et Khimara sont tout aussi exposées, il y a lieu de tenir pour certain qu'une région séismique, dépendant d'une même cause, s'étend jusqu'au lac d'Ambracie, à Prévésa et Arta. Cette cause générale ne peut être cherchée dans le plissement dinarique, stable plus au Sud, pas plus que dans les dislocations de la bande de

* Geologische Reise in Nord^riechenland vnd Makedonien, 1904 {Sitxun^sber. d. JT. Ak. d. Wiss. mat. nat. Cl, Wien, CIII, 623).

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ilysch plissée au travers de laquelle se sont ouvertes les vallées longitudinales de rËpire, les séismes paraissant ébranler surtout la côte. Seul le tracé, qui manque encore, des isoséistes d'un assez grand nombre de tremblements de terre pourrait mettre sur la voie de la découverte des accidents tectoniques à mettre en cause. En particulier, il serait très intéressant de savoir s'ils s'allongent parallèlement à la côte,, en un mot si les secousses sont liées au raide talus sous-marin de la mer Ionienne, et par suite dépendent de reffondrement méditerranéen, contre-partie du plissement dinarique. Tant que les études n'auront pas été dirigées dans ce sens, il serait téméraire d'accepter sans plus la précédente suggestion, cependant bien séduisante pour les tremblements de terre des côtes épirotes et albanaises. Quelques vagues séismiques sont là seules pour laisser supposer une certaine mobilité du fond de la mer Ionienne, d'autant plus que très certainement la plupart des séismes d'Otrante et de Lecce y ont leur origine.

Entre l'Adriaiique et les fragments serbes et croates du continent oriental, les Alpes Illyriennes, ou Dinariques, arrêtées par la résistance de ces sortes de butoirs, se sont prolongées vers le Sud et le Sud-Est pour former les régions plissées de THerzégovine, de la Bosnie et de la Dalmatie. Ces territoires, formés surtout de terrains secondaires, constituent un tout géologique et géographique bien défini, que seule la nécessité d'introduire des divisions en rapport avec la nomenclature habituelle a fait arrêter au cours de la Save et de son aflluent la Kulpa, jusqu'à l'angle du golfe de Quarnero ; sinon il aurait fallu englober aussi l'Istrie et la Gamiole, dont la structure est exactement ila même. D*ailleurs les côtes dalmates présentent un type tout spécial, justifiant ce compromis dans une certaine mesure.

Ces régions forment un triangle «'amincissant fortement vers le Sud, les plis ayant dû se resserrer considérablement contre le massif archéen du Skhar, qui a opposé une résistance invincible à la surrection alpine, et forcé les chaînes à s'infléchir au delà vers le S. S. E. Outre le plissement alpin, qui a érigé les chaînes dinariques, l'événement géologique capital est ici l'effondrement de la partie septentrionale de la mer Adriatique. Tons les géologues admettent maintenant que les îles Lagosta, Pelagosa, Pianosa et Tremiti sont les restes de la côte méridionale d'une terre adriatique récemment affaissée, à la suite d'un mouvement qui se prolongerait jusqu'à l'axe archéen des Alpes par les failles dites périadriatiques. On n*en veut pour preuves que l'absence de Tertiaire marin à

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