XII. Grande catastrophe — 5000 à
Même en considérant l'échelle de Cancani comme véritablement rationnelle, son emploi dans la recherche de la séismicité des diverses régions du globe serait tout à fait illusoire, en raison de la pauvreté des renseignements donnés sur la plupart des tremblements de terre. Dans ces conditions, il fallait de toute nécessité chercher à éliminer l'intensité, et nous avons pu heureusement le faire grâce à une statistique particulière'. Pour 7 924 séismes japonais, Milne^ a donné les axes soigneusement déterminés des aires elliptiques ou ovales ébranlées. Or, pour un très grand nombre de secousses, cette aire peut être considérée comme une mesure approximative de leurs intensités. En divisant la surface du Japon en 44 régions séismiques particulières, nous sommes arrivés à ce résultat que fréquence et intensité moyenne varient grosso modo dans le même sens. Dès lors, on pouvait se passer de la connaissance de l'intensité pour l'évaluation de la séismicité^ et s'en tenir uniquement à la recherche
* Bar l'emploi d'une double échelle séismique des intensités empirique et absolue (C. R. 2« Conférence séismologique intem. de Straeàourg, 24-28 juillet 1903, p. 281).
' Relation entre la fréquence des tremblements de terre et leur intensité {Boll, Soc. sism, ital., l\\, 9. Modène, 1897).
* A catalogue of 8331 earthquakes recorded in Japan between 1885 and 1892. Axes of shaken areas (The seism. joum. of Japan, IV, 245. Tokyo, 1895).
INTRODUCTION il
de la fréquence, à condition toutefois de disposer d'un nombre suffisant d'années d'observations.
Si maintenant, dans une région de surface A, exprimée en kilomètres carrés, on a en p années observé n séismes, la fréquence
annuelle moyenne sera i = — ; — sera le nombre annuel moyen de
séismes par kilomètre carré, et V/ -7- le côté des carrés en lesquels
on pourrait décomposer la région de telle sorte qu'il y tremble une fois par an, à supposer que les tremblements de terre s'y produisent uniformément et à des intervalles réguliers. C'est ce nombre qu'on a pris pour mesure de la séismicité de la région considérée, de sorte qu'elle est d'autant plus stable ou instable que ce nombre est plus grand ou plus petit. Cette méthode a été appliquée au monde entier, mais nous devons reconnaître qu'elle n'a pas donné les résultats que nous en attendions, non seulement parce que les fréquences ne sont pas connues avec des approximations suffisantes dans les diverses régions, ni surtout comparables, mais encore parce que l'uniformité supposée de Ja séismicité est d'autant plus éloignée de la réalité que la surface A est plus grande. La méthode ne donnerait de bons résultats qu'en l'appliquant à des surfaces égales, ou sensiblement égales, le degré carré par exemple. Il a donc fallu l'abandonner, en dépit de son apparence rationnelle, et s'en tenir à une classification empirique des caractères de stabilité ou d'instabilité. Nous appellerons donc dans cet ouvrage siismiques les pays où les tremblements de terre sont fréquents et parfois plus ou moins désastreux, penéséismiques ceux où, à des degrés divers fréquents, ils restent simplement sévères, aséismiques enfin ceux où ils sont faibles et rares, ou même complètement inconnus. Cette classification, pour artificielle qu'elle soit, a cependant suffi pour faire découvrir, ainsi qu'on le verra plus loin, les relations générales des tremblements de terre avec la géologie des pays qu'ils ébranlent, et c'est bien tout ce qu'on pouvait lui demander.