EMBOUCHURE DU TAGE
du 9 août et du 14 septembre 1903, démontrent péremptoirement leur origine BOus-marine, déduction à étendre à d'autres séismes moins bien étudiés, mais qui semblent n'avoir fait que mordre les côtes portugaises. Ainsi donc, il faut dénier toute influence séismogénique directe aux mouvements qui ont relevé l'ancien golfe tertiaire, représenté par l'estuaire actuel, ainsi qu'aux dislocations de l'Arrabida. Cette chaîne est formée de plis asymétriques qui tombent sur la côte par effondrement de leurs flancs méridionaux, et s'il existe à terre quelque foyer très local, ce qui paraît d'ailleurs fort probable, il ne s'agit là que de secousses sans importance, et les grands séismes du Sud-Ouest du Portugal sont indépendants de ces accidents.
De tout cela résulte sans conteste que le tremblement de terre de 1755, et ceux moins importants qui l'ont suivi ou précédé, tirent leur origine de l'océan, dans le S. W., si bien que Choffat en conclut qu'autrefois les séismes abordaient le Portugal par les Algarves, plus souvent autrefois que maintenant, afiirmation qui nous paraît insufflsamment démontrée. Quoi qu'il en soit, il existe dans ces parages maritimes une structure remarquablement tourmentée, indice de vicissitudes géologiques auxquelles on doit sans doute attribuer les séismes en question. En effet, à 200 kilomètres à rW. S. W. du cap Saint-Vincent, le banc de Gorringe forme séparation entre deux abîmes de 5 000 mètres. Celui du Sud peut avoir eu, dit Choffat, quelque influence sur la formation de la côte des Algarves, il serait donc en relation avec la structure tectonique du Sud-Ouest de la péninsule et se relierait à la dislocation de la Sierra Morena, tandis que celui du Nord se dirige droit vers la côte de l'Alemtejo et aboutit aux embouchures du Tage et du Sado.
Dans un voyage aller et retour, exécuté du 28 juillet au 28 septembre 1901, entre Hambourg et Rio de Janeiro, Hecker^ a fait des observations nombreuses sur les variations de la gravité. Il en est résulté que, malgré des fluctuations diverses, les anomalies varient de — 1"",77 à + 1"*",61 par rapport à la valeur normale de g. Trois maxima se manifestent nettement : vers l'embouchure du Tage ; au voisinage du Rocher Saint-Paul ; le long des côtes du Brésil. Les deux premiers correspondent à des régions séismiques ; le dernier à une région au contraire aséismique. Ainsi, à elles seules ces observations ne suffiraient pas à établir entre les deux ordres de phéno-
* Bestimmung der Schwerkraft auf dem aUanlischen Ozean, sowie in Rio de Janeiro, Lissabon und Madrid (Veroff'enUichung des Kôn. preuss. geodàtischen Irul., Neue Polge, N« 11. Berlin. 1903).
3i6 GliOGRAPHIE 8ÉI8MOLOGIQUB
mènes un lien à l'abri de toute critique. Mais si Ton se reporte à ce qui a été signalé pour la Russie méridionale, la plaine indo-gangétique et ritalie méridionale, l'exception relative aux côtes du Brésil perd de son importance, puisque dans cinq cas sur six, il y a.coïncidence entre les maxima des anomalies de la pesanteur et l'instabilité séismique. On a antérieurement rappelé l'ingénieuse explication qu'a donnée de Lapparent de cette relation expérimentale, au point de vue géologique.
Procédant par analogie, les géologues admettent assez généralement que les plissements alpins ont, comme leurs devanciers, calédoniens et hercyniens, franchi l'Atlantique pour affecter la zone des Antilles, où ils existent sans discussion possible, ainsi qu'on le- verra plus loin. En dehors d'anciennes, mais bien vagues traditions, d'ailleurs maintenant considérées comme sans base aucune, dont on ne saurait faire état ici, et relatives à la disparition sous les yeux de l'homme d'un continent occidental, l'Atlantide, bien des raisons géologiques et zoogéographiques militent en faveur de l'effondrement récent de terres dans l'Atlantique subtropical au Nord de l'équateur et sur le trajet supposé des mouvements alpins entre le Maroc ou le Sud-Ouest de la péninsule ibérique et les Antilles. La question est encore bien discutée, mais si les archipels qui émergent de cette partie de l'océan, Açores, Canaries et îles du Gap Vert, n'appartiennent pas aux continents voisins, dont ils sont séparés par de grandes profondeurs, leur constitution essentiellement volcanique et la présence de sédiments miocènes prouvent qu'ils ne faisaient pas non plus partie du continent supposé effondré, et dont la côte méridionale se trouvait ainsi forcément plus au Nord. Si donc les plissements alpins ont franchi l'Atlantique, c'est près de leurs bords qu'ils ont aflecté les terres disparues et en avant desquelles les fractures éruptives ont pris naissance.
Les tremblements de terre, par la continuité de leurs foyers entre l'Europe et l'Amérique dans cette région de l'Atlantique, apportent à eux seuls un puissant argument en faveur de l'hypothèse que les vicissitudes tertiaires ont passé pour ainsi dire sans discontinuité d'un continent à l'autre. On vient de montrer que ceux du Sud-Ouest du Portugal tirent leur origine de ces parages océaniques, où, de plus, de nombreuses secousses exclusivement sous-marines ont été signalées. Ces observations couvrent tout l'espace compris entre la péninsule ibérique, les Açores, les Canaries et les Petites Antilles, et cette bande sous-marine d'ébranlement ne s'étend ni au Nord, ni au Sud, restriction hors de doute puisque la navigation est aussi