QUATRIÈME PARTIE
LE GÉOSYNCLINAL CIRCUMPACIFIQUE
Le géosynclinal circunipacifique se définit de lui-même du cap Hom au détroit de Bering et à la Nouvelle-Zélande. C'est un immense bourrelet de grandes chaînes plissées, de surrection tertiaire, autour du Grand Océan, et entouré extérieurement par des terres d'architecture tabulaire -on d'ancienne consolidation, versants orientaux des deux Amériques, Sibérie, Chine et Australie. Les flancs intérieurs sont abrupts, surtout du côté américain, où les chaînes atteignent leur maximum d'élévation ; mais, sur toute la périphérie, les profondeurs océaniques sont considérables à peu de distance des côtes. Cette ride circulaire, morcelée dans sa moitié asiatique, renferme les régions les plus instables du globe, et les tremblements de terre la désolent sur tout son pourtour, tandis que les volcans s'y répartissent si régulièrement qu'on l'a dénommée ]e (( Cercle de feu ». Borde-t-elle un ancien continent pacifique, maintenant effondré? La question est bien controversée, mais ce n'est pas le lieu de la discuter ici, les raisons d'instabilité séismique y étant par ailleurs surabondantes.
Si la question d'un ancien continent pacifique effondré est encore trës discutée, on s'accorde cependant, en général, à considérer, dit de Launay, « son cercle côtier comme une immense cassure de (c Técorce, une zone d'affaissement remarquablement continue, « entourant un compartiment plus solide, autour duquel s'est fait, c( à l'époque tertiaire, un rempli montagneux. La ligne de rivage « n'est pas là un fait accidentel, mais un fait d'origine géologique « profonde ». Mais si ce trait est admis de tous, l'existence du continent, regardée presque comme certaine par Haug et d'autres.
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est niée catégoriquement par de Lapparent et Koken \ qui voient dans le Grand Océan un des accidents les plus anciens du relief terrestre. Accentué considérablement pendant le Tertiaire, il avait dû être au moins esquissé anciennement, puisque des la Gn de l'ère pri» maire l'îlot des Montagnes Rocheuses faisait le pendant du môle sîno-sibérien, que Ton rencontre l'indication d'une certaine proximité de rivages au Kamtchatka et en Corée et qu'enfin la côte américaine du Pacifique date du Trias. Quoi qu'il en soit, l'instabilité de la péri* phérie s'explique dans l'une et l'autre hypothèse.
On va parcourir rapidement ces régions à tremblements de terre, du détroit de Magellan à la Nouvelle-Zélande.
Le Chili est extrêmement instable, sauf au sud de Yaldivia jusqu'au cap Horn ; c'est que, dans cette partie méridionale, la chaîne des Andes est fortement abaissée et qu'en même temps les fonds marins se relèvent loin dans TOuest, observation à l'appui de l'hypo- Uièse d'une terre effondrée, au moins dans ces parages. Au nord de cette ville, au contraire, la séismicité la plus intense règne presque uniformément jusqu'au Pérou, ce qui correspond aux grandes altitudes de la Cordillère et à l'approfondissement simultané de l'Océan, tel qu'en bien des points, entre la crête et le fond de la mer, la dénivellation atteint d'un seul jet jusqu'à 12000 mètres ; et ce sont précisément là que se rencontrent les points les plus exposés. Les Andes occuperaient ici l'emplacement d*un ancien golfe ou synclinal jurassique, creusé entre le continent sud-atlantique et celui supposé affaissé sous le Pacifique. Sur le flanc argentin de la chaîne, l'instabilité se restreint à la région plissée qui s'étend de Salta à Mendoza.
La séismicité ne s'évanouit qu'au Pérou septentrional, dans le désert de Sechura, dépression prolongeant le haut Amazone.
Les régions séismiques de l'Ecuador et de la Colombie se rattachent à celles des Andes vénézuéliennes, plissées et disloquées, et qui dominent d'une part la fosse affaissée et instable du lac de Maracaybo, ainsi que la Méditerranée caraïbe, et d'autre part les sédiments tertiaires et crétacés des LIanos, restés à peu près horizontaux et à l'abri des tremblements de terre.
Le géosynclinal, ainsi rebroussé vers l'Est, remonte au Nord par les Petites Antilles, dont la séismicité, d'ailleurs grande, a certainement été exagérée. Il revient ensuite à l'Ouest pour englober l'arc des Grandes Antilles, d'une redoutable instabilité et qui représente
* Die Vorwelt und ihre Entwickelungsgeschichteihei^zig, 1893).
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une chaîne bifurquée de surrection tertiaire, au sommet d'un socle enserré de près par des abîmes océaniques, dont les plus connus, la fosse de Bartlett et celle des îles Vierges, atteignent respectivement 6 000 et 8 000 mètres. On a déjà vu qu'au large des Petites Antilles, l'Atlantique est fréquemment ébranlé par des secousses sous-marines, formant une région instable sous la branche, qu'on suppose immergée, du géosynclinal méditerranéen venant du Maroc.
La Méditerranée caraïbe ou antillienne, le Yeragua d'axe archéen, et la basse plaine tertiaire de la Magdalena, sont à peu près aséismiques, parce que ces surfaces n'appartiennent pas au géosynclinal. Celui-ci recouvre au Centre-Amérique le Honduras aséismique, le Salvador et le Guatemala qui sont parmi les régions du globe les plus dangereusement exposées, mais il laisse au Sud le Nicaragua nettement plus stable, ainsi que le Costarica séismique. Ce dernier pays constituerait donc une anomalie ; mais on peut la négliger provisoirement, la géologie de ces régions étant encore trop mal connue pour que l'on puisse affirmer que ces deux foyers d'ébranlement ne font pas partie du géosynclinal.
Le Yucatan est une dalle calcaire presque horizontale, participant aux conditions de repos des Bahamas et de la Floride. Ce sont d'ailleurs des territoires qui n'ont subi que des dérangements verticaux, sans plissement.
Les traits principaux de l'orographie mexicaine datent du début de l'époque tertiaire, et l'intensité des^séismes s'y montre du côté du Pacifique en rapport avec l'amplitude des dislocations qui ont donné lieu à l'énorme relief abrupt de plateau de l'Anahuac, tandis que le versant atlantique, aux pentes moins accentuées, et la dépression du Bolson de Mapimi sont presque aséismiques, comme aussi la Sierra Madré occidentale et la Vieille-Californie, de squelette archéen, granitique et primaire.
Le grand bassin fermé du lac Salé, ou de l'Utah, reste bien déchu de l'ancien lac Bonneville, résulte de l'affaissement par gradins d'une ancienne chaîne plissée, d'où son état pénéséismique ; tandis que la séismicité des flancs de la Sierra Nevada de Californie provient de ce qu'elle a été isolée du Grand Bassin par de grandes failles postérieures aux épanchements volcaniques pliocënes. Au contraire, les Rocheuses de l'Est sont un très ancien anticlinal dès longtemps émergé et consolidé, entamé par les transgressions crétacées et que les tremblements de terre respectent.
Les Rocheuses canadiennes ont été énergiquement plissées, et Ton y voit le Cambrien chevaucher le Crétacé. Or l'archipel de la Reine-
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Charioite est probablement séismique, et la région de Silka peo; être pénéséismique.
L'Alaska est peu sujet aux tremblements de terre, et le Kamichatka, de l'autre côté de la mer plate de Bering/ n'en subît pas davantage de dangereux. Ces deux presqu'îles sont prolongées par les archipels linéaires et essentiellement volcaniques des Aléouliennes et des Kouriles, où les séismes ne prennent guère plus d'importance, en dépit des énormes profondeurs de l'Océan à leur voisinage immédiat. C'est que ces abîmes du PaciGque, s'ils correspondent à l'effondrement d'un continent liypothéthique, du moins ne bordent pas une grande chaîne plissée de surrection concomitante et récente, quoique les plissements tertiaires aient passé d'Amérique en Asie par ces voies insulaires, et la fracture, si elle a réeUement eu lieu, n'a favorisé que les phénomènes volcaniques à l'exclusion des séismes. exemple bien frappant de l'indépendance des deux ordres de manifestations.
Sakhaline est à l'abri des tremblements de terre ; celte île participe de la constitution en bandes sédimentaires ainsi que de la stabilité du Nord de l'île de Yézo. A peine si, dans le Sud, quelques secousses de Korsakov rappellent le voisinage d'un ancien géosynclinal carboniférien.
Le Japon doit être considéré comme un des pays classiques des Lnemblements de terre, depuis que leur étude y a pris, dans ces trente dernières années, l'admirable développement que l'on sait. Il forme un territoire morcelé, dont l'axe archéen estflanqué à l'Ouestde sédiments de tous les âges. Tertiaire compris, plongeant vers la mer de Corée qui le sépare du continent sino-sibérien. A l'Est, il est constitué par des couches primaires et secondaires plissées et relevées aux abords abrupts de la fosse du Tuscarora, qui descend à plus de 8 000 mètres. Le versant occidental est de beaucoup le plus stable et les tremblements de terre ne s'y font sentir avec quelque intensité que le long des failles longitudinales parallèles a l'axe montagneux, ainsi qu'autour de golfes découpés en lobes, affaissés dans les terrains anciens, rappelant à tous les points de vue les conditions séismogéniques du littoral algérien et des côtes de l'Italie méridionale. Pendant son long séjour au Japon, J. Milne a fait une découverte capitale, dont nous avons plusieurs fois utilisé les applications analogues en bien des points du globe, à savoir que sur la côte orientale, presque tout entière séismique au suprême degré, les secousses ont très souvent leurs épicentres sous-marins et situés soit sur le talus de la fosse, soit sur son intersection avec le fond de l'Océan, c'est-à-
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dire en définitive sur la lëvre de l'énorme fracture supposée. La dépression centrale du Japon, la Fossa magfia de Naumann, joue aussi un rôle séismogénique, mais bien moins accusé qu'on ne le croyait jusqu'à présent.
L'archipel pénéséismique des Riou-Kiou et Formose, peut-être séismique au Sud, prolongent l'arc japonais en avant du continent asiatique et au bord des grands fonds océaniques. La géologie de ces lies est encore trop peu connue pour qu'on puisse rien dire de plus de ces parties du géosynclinal.
Les Philippines sont tout aussi exposées aux tremblements de terre que le Japon. Ces îles surgissent de grandes profondeurs et, de leur histoire pendant les périodes secondaire et primaire, on ne sait rien encore. Ensuite, après le dépôt des lignites de Cebù, se produisit un affaissement, puis un énergique plissement, écho des mouvements contemporains de l'Europe et de l'Asie à la fin de TËocëne, et auquel succéda le relèvement d'une terre reliant ces îles à Bornéo. Le milieu du Miocène fut marqué par un nouvel affaissement; réduisant Luçon et Mindanao à l'état de groupe de petites îles; mais une lente surrection, à peine terminée peut-être à l'heure actuelle, remplaçait bientôt cet éphémère état de choses. Tous ces mouvements récents et divers, et ce plissement au bord d'une mer extrêmement profonde, à l'intérieur aussi bien qu'à Textérieur de l'archipel, rendent bien compte d'une instabilité d'ailleurs irrégulièrement distribuée.
Les conditions séismiques et géologiques des Moluques sont tout à fait comparables à celles des Philippines, avec la circonstance aggravante de la structure chirographaire de Gélèbes et d'Ualmaheira. Les plissements tertiaires de Java s'y prolongent par la chaîne des îles à l'Est de Bali et ils ont aussi affecté Gélèbes. Une opinion unanime fait de ces îles les homologues des Antilles, et de la mer des Moluques l'exact pendant de la Méditerranée caraïbe ; il faut ajouter que c'est la seconde intersection des deux géosynclinaux, et l'intensité des tremblements de terre ne sera pas pour surprendre.
Le côté nord de la Nouvelle-Guinée est probablement pénéséismique, séismique seulement à son extrémité orientale, ainsi qu'à l'archipel Bismarck. Qu'on admette avec les uns qu'il s'agit là de rides accumulées contre le massif résistant et fixe de l'Australie, que Ton préfère y voir, comme d'autres, avec les îles du Sud-Est » les restes d'une grande cordillère presque complètement submergée d'un continent Pacifique lentement affaissé, ou que l'on songe à une surrection à peine terminée, et seule capable d'expliquer, comme aux Fidji, la disposition étagée des terrasses coralliennes
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successives : de toutes les manières, on a affaire à des îles surgissant de grandes profondeurs, indices de gigantesques dérangements, et soumises à des mouvements d'amplitude notable depuis une époque peu reculée, et leurs tremblements de terre y trouvent ample justiBcation.
Le géosynclinal circumpaciGque se termine en apparence à la Nouvelle-Zélande, généralement pénéséismique, mais nettement séismique autour du détroit de Cook, région où un tremblement de terre, en 1850, paraît avoir donné lieu à une grande dislocation résultant d'un mouvement de bascule. Ces îles présentent toute la série sédimentaire au pied d'une chaîne ancienne^ puisque dès le Jurassique elle était déjà en butte à la dénudation. La chaîne est stable, ce qui était à prévoir; les territoires sédimentaires sont pénéséismiques, comme non plissés, mais d'émersion récente et ayant à Tépoque tertiaire subi plusieurs mouvements de sens inverses; enfin les abords du détroit de Cook sont très instables, parce que ce détroit représente une rupture peu ancienne de la ride en deux tronçons.
Au delà, le géosynclinal se perd dans l'océan, de même qu'à son extrémité magellanique ; mais on ignore absolument s'il atteint les terres antarctiques, dont on ne sait rien au point de vue séismique.