‹ Les trente dernières annéesChapitre 26 sur 69 · CHAPITRE XIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIV

LES triTS-UTilS D'AMÉaiOn.

,„,^^ „ ^,, PendanL que le colon dn Sud se reposait dans la terre de «âl^Tuiii. l'*)^ ^t ^^ l'aboodance, le colon du Nord, dans des contrées difficiles, sauvages, marécageuses, au milieu des nécessités etdes souffrances, acquérait l'iDdustrie, l'union, la constance, et, par suite, ta liberté; il oe coonatt la difficulté que pour en triomp&er.

La petite république fondée an 1610 par les émigrés anglais sur un sol de 430,000 milles carrés de superficie, et qui, lorsque l'indépendance fut proclamée le i juillet 1776, ne comprenait que 13 Étala, tous d'origine britannique, fit en un siècle plus de conquêtes que n'en purent faire les ciars depuis qu'ils régnent. Maintenant, avec la Louisiane acquise de la France en 1803; l'État d'Indiana, réuni en 1817; llllinois, en 1818; le Missouri et l'Alabama, en 1890; la Floride, achetée à l'Espagne en 1819 et constituée en État en 1845; le Texas, enleTé au Mexique en 1845, llowa, le Wisconsiu, et la Californie, le nombre des États s'est élevé k 39, sur une superficie de S millions de kilomètres carrés, avec 30 miU lions d'habitants, sans compter ceui des territoires (1). Via quatre-vingts ans la population s'est décuplée ; celle de New- York est devenue trente fois plus grande; plus de sept millions d'immigrants se sont fixés aux États-Unis (2), et l'on a oO'ert 64 hectares des meilleures terres k quiconque voulait s'y établir, sans distinction de pays, de croyance, d'opinions. Les vaisseaux marchands, qui jaugeaient à peine 565,000 ton-

(1) Un Ëtftt doit eotapter an moiiu S0,000 habiUnU d'origine enropé«iuie; «inon, il garde 1« nom de territoire, et ne jouit pat de* aruitftget de la Con«titution.

(!) Ce n'e«t qu'en IBSO qu'on a commence, aux ÉtaU-Unii, à enregiatrar lei immigranU^ «î d'abord il n'y en avait que 6,000 par an, on en compta 3!, 633 en 1831, et B0,4S! l'année (nivante. Ce nombre varia luivaDt laa Ticiwitndea de l'Burope ; en 1S30, il l'éleva à 37,000. Depnit I BTO, VimigraUon l'eit angmeDUe; en 187!, elle atteignit le ùhiftn de ti9,433. La plne grande partie d«« nouTeaui arriTii vient de l'Allemagne, de la Orande-Bretagne, de la Snide, de la France. Le* Italiens préOrent l'Amiriqne méridionale, ob l'immigration ett enoore plui conaidérable.

LES fcTATS-UKIS D'AHâRIQUIi. SOS

nés en 1861, en jaugent maintenant i millions et demi; les importations se sont élevées de 157 millions de francs à i milliard 811 millions ; les exportations ont passé de 104 millions k plus de i milliards 2S0 millions. M6me, en 1878, on a exporté pour 770 millions de dollars : les seuls produits agricoles ont donné 403 millions; le coton y entre pour 185 millions et le tabac pour 29 millions. I.es terres, à l'occident des contrées qui bordent l'Atlantique, étaient encore incultes en 1792; aujourd'hui on y compte un million et demi de fennes dont chacune comprend en moyenne 200 acres et qui ontunevaleurtotale de plus de 3 milliards? millionsde francs. Les manufactures, qui comptaient à peine il y a un siècle, produisent maintenant plus d'un milliard. La poste autrefois desservait 9,000 kilomètres; aujourd'hui elle en dessert 290,000, dont 40,000 par des chemins de fer facilement établis sur des terres viciées oâ abondent les bois et le fer. L'Europe reçoit des États-Unis une immense quantité de produits alimentaires (1). •

L« programme de Monrofi, que l'Amérique appartient aux seuls Américains, s'est étendu aux deux continents; et tandis qu'il y a cent ans, toute l'Amérique était en colonies, aujoui^ d'hui elle est entièrement indépendante de l'Europe; il faut excepter le Canada qui dépend des Anglais; la Guyane, partagée entre les Anglais, les Français et les Hollandais ; et quelque reste de ces provinces espagnoles qui, jadis, avec une largeur de 72 degrés de latitude et sur une longueur égale à celle de l'Afrique, avaient une superficie double de celle des États-Cnis, et plus grande même que celle de l'empire britannique dans les Indes.

Le développement a été merveilleux surtout dans les paya i de l'Ouest, appelés Nouvelle Amérique. La Californie avait à peine 25,000 habitants en 1831 ; elle en a maintenant 600,000 de toute espèce. Quand on eut découvert, sur une étendue de 500 milles, le long de la Sierra Nevada, des gisements aurifères qui, de 1848 k 187S, ont donné 7 milliards 850 millions d'or ou d'argent, si bien que la proportion du numéraire en Europe fut modifiée; alors, dis-je, des milliers d'éroigrants se précipitèrent, poussés par l'avidité du gain. Ils changèrent d'avis devant la cherté des vivres, et s'adonnèrent &

(1) Ed 1877-78, 1«« BtaU-Uni« ont «ipédié «n Europe 53 million* d'heotolitres de grain* et de fuioM; 3Q antre* mUlioni non* lont Tenu de la

206 LES TBBHTB DERHIÈUS AHnfiBS.

r&gricultore : les profits furent si considérables que l'exportation des grains devint l'exportation la plus lucrative de San Francisco. Cette ville est la capitale du pays : elle a un graud nombre d'églises, une foule de journaux, 80,000 maisons ; de là part le grand cbemin de fer qui, par un parcours de 3,616 kilomètres, réunit les deux Océans et fut achevé en dix ans malgré les préoccupations de la guerre civile : la première année, il a rendu 70 millions (1). Avant l'établissement de cette ligne, l'Orégon et la Californie restaient isolés, et l'on appelait le grand <^uri cet immense espace qui maintenant est peuplé et cultivé, et oâ s'élèvent comme par enchantement de merveilleuses cités; entre antres, celle de Chicago vers laquelle les colons ne se sont dirigés qu'en 1833. Le nombre de ses habitants s'est bientôt élevé de 4,700 k S90,000 ; elle possède cinquante églises et l'Université la plus renommée de l'Ouest; le commerce de blés qui s'y fait est incalculable (en 1870, on en a exporté 70 millions de sacs); il faut en dire avtant du commerce de porc salé (S). Chicago

(1) La demiar clou «mploji à 1h ligne du chamia de Ter entre New- Tork et Sad FnmcUoo rilait fait en or de 1& Califoroie ; il peaoit dix-iniC DQoeB et T&lait 3,TS0 frsnci ; on l'enfoiifft aieo on marteau d'argeot du poidi d« cinq livres; il porle ces mots pv/éa : ■ Dernier clou de la voie ferrée commeacde le IS janvier 1B63, termioèe en mai 1S69. Qu« Dien coiuerre l'union de notre pays t Ce chemin de fer unit les deni grandi Ooéaiu di^ monde. ■ Vingt mille ChÎDoiti travaillèrent & ta conitmction. De* monvemenla, qui m (ont produit* dant les terrains des bords du Colorado, ont mil à découvert de belle* ruioee d'édifIceB, de canaux, d'un vaste chAlean et dei ustensiles de formes curieuses, restes d'une popalalioD très ancienne.

(!) La ville de CiucinDati est aussi renommée pour le commerce des lalaisoni. La maison Banner a dea machines par lesquelles un porc, pesant cinq ou vii ceote livres, est tué, flambé, raclé, préparé, découpé, salé et mis en baril en vingt minutes; ces machines fonctionnent dix beuras par jour pendant quatre mois. En 1873 ou a exporté pour six millions de livres sterliog de viande de porc ; pour dix millions, an 1878. Tandis que le terrain livri & la production de* blés est de trois millions d'acres en Angleterre, il est de trente millions auiÉtata-Unia, en ; comprenant l'addition de quatre millions d'acres, faite en tS7S; mnisle bénéfloe est sensiblement moindre qa'en Angleterre. En un an, les blés donnent 73 millions de livres sterling; le bit de Turquie, 96; les patates, IB; l'avoine, S(; le beurre et le fromage, 63; le lait, 30; le foin et la paille, as.

£o 186D, les États du Nord-Ouest ont envoyé en Angleterra 2, S07, 044 masures de blé, 1,723,334 mesures de blé de Turquie, 3,704,665 mesures de farine, pour une valeur de 316 millions de livres. Ces produits ne vaillent à CÛcago que la tiers de ce prb. On a donc projeté im canal eatrv

LES ÉTATS-DHIS d'aHÉRIQUB. S07

a 10,000 mariniers sur le Micbigan , et est Ute de ligne pour 3,000 kilomètres de chemins de fer. Le S octobre 1870, la ville fut détruite par un incendie; elle Tut bientôt rebflUe.

Plus de 20 millions d'hectares de terres domaniales sont ^ affectés, dans les États-Unis, à l'établissement et à l'entretien de l'instruction élémentaire, rendue accessible i tout le monde (1). Les écoles, les académies, les Universités y sont très multipliées; les journaux, qui ne sont soumis ni à une taxe ni à une caution , sont plus nombreux que dans tout le reste du monde à la fois. Des négociants immensément riches mettent des millions de dollars au service des écoles, des musées. Qu'il suf&se de mentionner Joseph Peabody, qui a donné la somme nécessaire pour l'expédition polaire à la recherche de Franklin, sept millions à Londres pour la construction de cités ouvrières, et S00,000 dollars pour l'Université Harvard. Smitbson a établi l'institution qui expédie à toute l'Europe les publications importantes de l'Amérique et reçoit en échange les publications de l'Europe (2) : il règne dans cette Société plus d'activité que dans un ministère. Lennox (1879) a légué à la ville de New-York sa. précieuse collection de livres , a donné quatre millions pour une bibliothèque construite en marbre, et lui a laissé un gros capital pour de nonvelles acquisitions. Les remarquables

le lao Hnrom et l'Ottawa : il coûterait quatia millions de liTrsi starliog, et mettrait Chicago en commniiicBlion directe avec Liverpool ; les prii de traaaport aéraient ainsi bien diminués.

(1) A. New-York, les maîtres des classes alimentaires ont jusqn'à 7,000 francs de traitement; en beaucoup d'endroits, ils en ont 3,000. Dans le Hassacbusetia, tonte bourgade de cioqnaDte fiunillea doit aïoir tine Acole. Le premier devoir des inslitutetm, d'aprto la Constitution du Hatsachusetls, Bst d'inculquer & la jeunesse les principes de la piété et de la justice, l'amour de la patrie, la bienveillance, la ebastelé, la modération, la tempérance; d« lui donner une claire intelligence de ces vertus et des ftinestes conséquences des vices qui leur sont opposés.

La CoDBlitution de l'Ohio déclare aussi que la religion, la moralité, la science sont les conditions egsantielles d'un bon gouTsmement; que, dfas lors, l'Assemblée a le devoir de protéger les confessions religieuses dan* le pacifique exercice de leurs fonctions.

(2) Jack SmilliBon, héritier des grandes richesses du duc de Norlhumberland dont il était le tlls naturel, mourut A Oènss en 1S14 et laissa sa foi^ lune & son neveu, et, à son défaut, aui États-Unis. En 1S61, ceux-ci sn eurent une rente aonuplle de 34,000 livres sterling, même après avoir construit un palais magnifique avec un parc. Entre autres applications qu'on fit de oet héritage, on l'employa é. des pnblications, à des explorations, A des collections...

308 LKS TRBHTR DEBRièKES AHKËES.

travaux d'Agassiz sur l'histoire oaturelle n'auraient jamais pu Être publiés par un simple particulier; mais ils l'ont été par une société d'acUonnaires, composée en grande partie de banquiers, de négociants, d'hommes d'État, et qui a souscrit pour 500,000 livres. A propos des travaux à faire pour percer l'isthme de Panama, les antiquaires, les géologues, les botar nistes, les zoologues, les médecins, ceux qui s'occupent d'hydraulique, ont publié une quantité de volumes qui n'ont pas leurs pareils en Europe. Il faut dire la mfime chose des ébides et des travaux pour la gigantesque entreprise de régler le cours du Hississipi.

On a vendu, en une année, 40,000 exemplaires de la plus coftteuse édition de VSistoire du Mexique par Prescott; 16,000 exemplaires de la Chimie animale de Liebig. Si nous en croyons Oarey, on débite annuellement 400,000 exemplaires des Manuels de géographie par Mitchell, des Résuméi d'histoire par Abbot, et 330,000 du dictionnaire de Webster. La Nouvelle Encyclopédie américaine annuelle, dictionnaire populaire des connaissances générales, publiée sous la direcUon de Georges Ripley et de Charles A. Dana , éditée à New-York par Appleton, est le répertoire le plus complet et le plus exact des faits qui couoement non seulement l'Amérique, mais un très grand nombre de questions contemporaines.

C'est aux Américains qu'on doit la connaissance des courants atmosphériques et des courants marins {Maurt/), la merveilleuse machine à coudre {ffowé], le meilleur système de télégraphie électro^magnétique {Morson).

Bien que les sciences positives soient principalement cultivées {Morton, Pierce, Bowoitsh, les deux Agassis), les belleslettres ne manquent pas de fidèles. Au milieu des épreuves de la guerre de l'indépendance, de bons poètes parurent : on répétait partout les chansons et les ballades politiques de Philippe Freneau; John Trumbell, dans un poème satirique intitulé Mac Fmgal (1782) et composé à la façon i'ffudibras, flagellait les torys. La Vision de Colomb, par G. Barlow, qui a composé aussi des satires; la Conquête de Chanaan,pAT Timothy Dwight : VYamoyden de Sands et de Castburn; la Dernière Ntfit de Pompéi par Fairfleld, doivent compter parmi les bonnes épopées, ainsi que le roman de M"* Keba Smith t Enfant innocent, et le Mogg Megone où Greenlaaf WhitUer célèbre un chef indien en 1677. Maria Brooks, par son Zophiel, s'est signalée dans l'épopée romantique; dans la baUade,

tes ÉTATS-UNIS d'ahérique. 209

cilons Dana et sod Buecaneer. Dans la satire, outre )e Hasiy Pudding de Barlow, on trouve les œuvres de Fitz-Greene Halleck , de rhumoriste Olivier W. Holmes, et de James RusselILowell. Dans le genre didactique, on remarque Dwigbt {Gremfield Hitl, 1794), Allslon, John Pierpont, Charles Spragiie. En Europe m6me, on admira les œuvres lyriques de William CuUen Bryant, d'Allan PoC, de Longfellow poêle plein d'îmagînaUon dont on vante l'idylle intitulée Évangé- Une. Personne ne se serait attendu à trouver, dans un pays si positif, autant de poètes qu'on en peut voir dans le Recueil publié à Philadelphie, de 1840 à 1854, par Griswald qui y a joint un grand nombre de renseignements biographiques. Le puritanisme fait la guerre au théâtre, oii d'ordinaire on ne joue que des drames anglais; cependant John Howard, un acteur fameux, a composé Juntus Brutm et d'autres drames faciles qd'on a applaudis.

Le roman est encore plus cultivé depuis que Brockden Brown a ouvert la voie de ce côté par son Wieland et son Edgar Huntley; toute l'Europe a lu Irving, Cooper, Sealsfield, Bird, qui ont dépeint la vie et le caractère des Américains ; Haliburton esquisse avec charme le cockney d'au delà de l'Océan, le Yankee; Dana et Hoffmann ont préféré lo genre fantastique, Mciville et Starbuck Mayo ont entremêlé la fiction et l'histoire dans des cadres ethnographiques. Nathanael Hawthome fait preuve de beaucoup d'humour [ffouse of the seven gables, — The icarlet letter, — Blil/iedak Romance); Azel S. Roe peint très bien la vie américaine. VAUumeur de réverbères, de miss Gummings, décrit la puissante influence de l'éducation. Je passe beaucoup d'autres auteurs sous silence.

Il est un genre de littérature particulier aux États-Unis, je veux dire les œuvres de polémique ou d'imagination écrites contre l'esclavage. Channing, Emerson, Longfellow, s'y sont distingués chacun à sa manière. Avec la Ca^e de l'oncle Tom, Henriette Beecker Stowe a eu un immense succès; depuis, par son Dred the minister's wooing, elle a abordé les quesUons religieuses, à l'exemple d'Elisabeth Wetherell Warner; toutes deux ont été imitées par Hildreth et Gibstone; et par une femme poète qui garde l'anonyme [Fanny Kemble7) Celle-ci avait perdu un fils en Italie; pendant la guerre civile, elle en vit périr un autre, et bientôt leur père suivit ses deux enfants dans la tombe; elle publia les Souvenirs d'un homme obscur, la Tragédie de la tromperie, la Tragédie de raventure. mst. DMIV. — T. u. It

310 LES THBHTE DEKNiàHSS AHUÉBS.

Poésie et prose concouraient à faire ressortir le mérite des nègres et les maux de l'esclavage.

La critique parait d'habitude chez les peuples déjà eu décadence ; nous citerons cependant, aux Etats-Unis, la Vie du Tasse et de Dante par Richard Wilde ; la lÂtlératwe espagnole do Ticknor, les Leeturei sur Shakespeare par Hudson, les Idées des poètes de Tuckermann, les audacieux Kssats d'EmersoD. Les articles de ce dernier, ceux des deux Everett, de Chanoing, de Willis, defirowoson, ne le cèdent point aux articles des meilleures revues anglaises.

Wheaton, Georges Bankrofl, Jared Sparks, prennent place avec Prescott parmi les illustres historiens ; il faut y ajouter Irving pour son histoire de la Découverte de rAmérique et son Histoire d'Espagne, Allen avec l'histoire de la révolution américaine, Mershall avec la Vie de Washington, Hildreth pour V Histoire des ÉtaU-Unis, Motley pour celle de la Hollande, Harris avec ses recherches sur Christophe Colomb, Perkins Marsh avec son histoire de la civilisation générale.

Parmi les géographes du continent américain, nommons Clarke, Lewis, Flint, Gregg, Brackenridge, Schoolcraft, Fremont, Greenough, Barlett, Stanbury ; Charles Wîlkes entreprit une expédition scientifique dans les régions antarctiques; Jarves a décrit les Iles Sandwich ; Stephens et Carey, l'Amérique centrale ; Herudou, l'intérieur de l'Afrique ; Lynck, la mer Morte; Robinson, la Palestine; Gallatin, Schoolcraft, Morton, Gliddon, se sont occupés d'études anthropologiques, spécialement sur les races indiennes. Magoon a imprimé en 1848 et en 18S1 les orateurs de l'Amérique : parmi eux se signalent, dans l'éloquence parlementaire, J. Adams, Everett, Preston, Webster, Henry Glay; dans l'éloquence ecclésiastique, Cbanoing, qui est goûté même en Europe malgré la froideur qui résulte de ses croyances unitaires. Elias Burett prêche la paix perpétuelle; Greeley a transporté dans ses discours les théories des socialistes français. — Dans les sciences politiques, on trouve au premier rangTom Jefferson , Albert Gallatin, Henry Everett. — Carey est parmi les économistes classiques. — Le code de Liwingston pour la Louisiane a introduit le système pénitentiaire et aboli la peine de mort. — Dans la théologie, il y a eu les audacieux essais de Dwigbt [System of Divinity, 1853) dans le sens des idées calvinistes; d'Ëward, dans sa Vie du Christ; de Sluard, dans ses Commentaires sw tEccUsiaste et sur répître aux Ro-

LES ÉTÀTS-tHlS D'AHËBIODB. 311

motm; Robinson a ouvert lo champ h ces discussions dans le Christian Examiner, pendant que dans VAmet-ican Jurisl cl le Law Journal de Hall on débat les questions de jurisprudence.

Les sciences naturelles sont TUlgarisées par d'innombrables traités élémentaires ; parmi tant de savants qui s'y appliquent, nommons le météorologue Maury, les géologues Dale, Owen et Maclure Eaton, les botanistes Bigelow, Nultal, Asa Gray, l'ornithologue Wilson. Dans les mathématiques et l'astronomie se sont distingués Bowditcb, Maury dont noua venons de parler, Walker et Olmsted; Ferguson a découvert des planètes; on continue les recherches à Cambridge où se trouve l'observatoire le plus' remarquable pour ses découvertes et ses vérifications.

L'annexion de nouveaux États ne change point les lois, la juridiction, le culte, l'administration de chacun d'entre eux; elle ajoute seulement quelques membres au sénat et au parlement. Le gouvernement ne coûte pas cher : le président n'a que SSjOOO dollars, le vice-président 5,000; aucun embarras des douanes n'entrave la libre circulation et l'exportation de marchandises; des forêts plusieurs fois séculaires donnent les bois pour la marine et pour les chemins de fer; les salaires sont élevés, le paupérisme est inconnu.

La constitution donne des garanties efficaces à l'autorité permanente du peuple, en équilibrant soigneusement les trois pouvoirs : bien qu'il y ait des chocs, cependant cette omnipotence des parlements, qu'un faux libéralisme a établie en Europe, reste toujours limitée. Le président a le droit de veto, ce qui vaut mieux que la dissolution de la Chambre. Ce n'est qu'après les cruels conflits de la guerre de sécession qu'on vit, pour la première fois, mettre en accusation le président Johnson , qui avait rejeté le ministère de la guerre : il fut renvoyé absous. Pour maintenir l'ordre et la sécurité dans cet immense pays, il suffit d'une armée fédérale, forte à peine comme la garnison d'une de nos villes.

Les rivalités entre les républicains fédéralistes, opposés à l'esclavage et aux conquêtes, et les radicaux démocrates, servent à entretenir la politique en haleine et à la bien équilibrer; les constitutionnels, qui jusqu'en i860 avaient la majorité, respectent la tradition, favorisent le libre échange, évitent une excessive centralisation, et savent tempérer ce que la nature même du pays et des immigrations a mis da trop exubérant dans les forces morales et physiques.

Page 1