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soDt passionnés pour les jeux debasardet pourrinslructioa, ils sont indifférents h la richesse et à la vie ; ils se mettent facilement au pli de la civilisation européenne, jusqu'au point de modifier leur caractère ; nos négociants , surtout les trafiquants en graines de vers h soie, fraternisent avec le peuple; et nos cités sont maintenant fréquentées par les Japonais, comme nos magasins sont pourvus de leurs marchandises. Déjà h Yokohama et à Yeddo on voit des casernes à l'européenne, des soldats à la lï-ançaise, une marine à l'anglaise, des bâtiments cuirassés ; on fait des travaux de dessèchement, on construit des égouts, on établit des télégraphes, des chemins de fer, on s'éclaire au gaz.
En 1871, le ministre Svakura, en compagnie de trois membres du conseil suprême, visita l'Europe et l'Italie ; et, après trois ans de voyage rentra dans sa patrie en passant par l'Amérique. On imprime maintenant à Tokio la relation de ce voyage, et il est curieux de voir comment nos usages et notre barbarie sont jugés par ces barbares.
Le monde a subi, dans ces trente dernières années, des transformations si rapides, qu'on assiste presque avec indifférence, ou du moins sans en comprendre l'importance, à des événements destinés à influer extrêmement sur l'avenir, comme les métamorphoses de la Chine et dn Japon.
La Gochincbine forme un royaume de 90 millions d'habi- ^ tants; le sol est très fertile. On y trouve la grande ville de Saigon. Les Français y possédaient, jusqu'au dernier siècle, la baie de Tourane ; le christianisme y prospérait ; mais les derniers empereurs, et surtout Tu-Duc, publièrent des lois cruelles contre les chrétiens qu'ils livrèrent en grand nombre à de barbares supplices. Pour le punir, une expédition française, appuyée par l'Espagne et par une insurrection des chrétiens, conqnit rapidement le pays ; et Tu-Duc fut obligé, par le traité de Saigon, de céder à la France les trois provinces de Saigon, de Bien-hoa et de My-tho, l'tle de Pulu- Gandor, avec un million et demi d'habitants ; en 1867, trois autres provinces furent cédées. Vers 1873, le Tonquin se rendit indépendant : il était aidé par un Français qui fournissait des armes. La France introduisit la civilisation dans ce pays, avec le secours des missionnaires et des sœurs de charité ; elle substitua notre alphabet européen aux caractères chinois : on fonda à Saigon un collège de lettrés.
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L'amiral français Duprez conclat avec le roi d'ADnam an traité fort avanl^eux : des colonies s'établirent qui préparèrent le terrain, d'ailleurs très fertile, à différentes cultures, outre celle du riz, qui est la principale.
La Corée, grande comme la moitié de la France et peuplée de 12,000 d'habitants, nous est encore fermée comme l'était naguère laCbine; et l'exclusion des étrangers y est une religion. Les missionnaires y pénètrent, mais on les égorge.
Sans parler de Layard et de Botta, qui ont fait des recherches en Assyrie, l'Asie centrale a été explorée par le capitaine Mouravieff, un des plus hardis voyageurs, par Pellows (1799-1861), et par le Hongrois Hermann Vambery. Celui-cij vêtu en derriche et distribuant à tout venant des bénédictions et des maximes, pénétra dans les contrées presque inconnues de Khlva, de fioukhara, de Samarcande, où les anciens n'étaient point parvenus, et, comme linguiste et naturaliste, les fit connaître à l'Europe et surtout à la Russie. Le capitaine Woodtorpe explora les montagnes de Misbmt au nord-est de l'Inde : le lieutenant Harmann suivit le fleuve Subansiri en cherchant à reconnaître si le Brahmapoutre et le Saupu, grands fleuves du Thibet, sont un même cours d'eau. D'autres voyages furent entrepris ; par Gill, à la Ipobtiëre orientale de la Perse ; par Anna Blount à Bagdad et dans le désert. Les Russes Prscbewalsky et Pylxow commencèrent, en 1870, un voyage de Kiusta à Pékin, par la Sibérie, la Mongolie et le Thibet.
Les pacifiques bouddhistes occupent le Thibet. Boukhara. l'ancienne métropole des Samanides; Balk, la patrie de Zoroastre; Samarcande, autrefois résidence de Tamerian, et entretiennent un commerce actif avec les peuples voisins.
Le plus récent recueil de documents sur l'Inde, publié par le célèbre orientaliste Monier 'Williams, professeur à Oxford (Modem ïndia; Londres, 1679)', montre comment les Anglais s'efforcent d'abolir les coutumes cruellea de la crémation des veuves, des sacrifices humains offerts aux divinités, du meurtre des enfants , et l'usage de se précipiter pour se faire écraser sous les roues des chars qui portent les dieux, etc.. : et cependant ces coutumes se maintiennent partout oh elles peuvent. Ge panthéisme, à propos duquel quelques-uns de nos Européens vantent la supériorité du brahmanisme sur le christianisme parce qu'il ressemble au
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panthéisme scientifique de la philosophie moderne, est regardé par Monier comme la principale cause de ce retard dans la civilisation : [grftce à lui, en effet, on perd le sentiment de la personnalité, on ne cherche plus qu'à se confondre avec le Grand Tout, au moyen d'une contemplation extatique et, plus souvent, par la destruction du corps. De là, nul respect pour sa propre vie ou pour la vie d'autrui. La suprême constitution des castes rend obligatoires des mariages consanguins ; ces mariages sont précoces parce qu'il impqrte avant tout de s'assurer une postérité pour gagner la vie céleste; les femmes vivent absolument séparées, en sorte que l'intérieur des demeures et la vie domestique restent des choses entièrement inconnues.
Si tous les pays doivent devenir les manufacteurs de leurs propres produits, que deviendra la vieille Europe en face de l'Inde, de l'Amérique, de la Chine?
L'immense espace compris entre la mer Caspienne et les ^' bsmm ■ frontières de la Chine, entre les steppes de la Sibérie mëri- » ÂS^i. ' dionale et la Perse et l'Afghanistan, est convoité et étudié par les Russes et les Anglais.
Les Russes doivent toujours maintenir des garnisons sur leurs frontières pour se défendre contre des populations féroces, et surtout contre les Turcomans ; pour plus de sftreté, ils s'annexent ces pays et s'avancent ainsi, d'un cAté, vers la Chine, en occupant le fleuve Amour qui y coule en venant de la Tartane ; de ^l'autre, vers l'Inde qui n'a plus d'autre défense que les montagnes de l'Afghanistan et la redoutable forteresse de Hérat. Déjà, peu à peu, la Russie s'est établie dans les vallées du bas Syr-Daria (laxartes), dans les steppes des Kirghis, puis à Kbiva, à Khokand, et jusque sur les frontières de l'Afghanistan qui, par sa position entre l'Inde et la Perse, est un champ de bataille pour tous les conquérants. Après 1868, elle eut des démêlés avec le khanat de Boukhara , et gagna, à l'embouchure du Djihoun (Oxus), Samarcande, une des cités saintes de l'islamisme, et qui, à l'époque de Tamerlan, était le foyer de la civilisation orientale. Déjà des bateaux à vapeur sillonnent le Syr-Daria. Il y a de nombreuses immigrations de Russes, qui apportent l'ordre, la tranquillité, qui établissent des forteresses et mettent Moscou en communication avec Orenbourg et Tashkent sur les frontières du Boukhara.
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L'émir Yacub-Kban, aventurier des plus audacieux, se fiant aux Russes, qui avaient tant de motifs de le soutenir, se commit avec les Anglais ; mais, se voyant abandonné et dans la crainte de perdre sou royaume, il accepta des conditions qui le rendaient vassal de l'Angleterre. CSelle-ci, par la paix de 1879, acquit une frontière icienlifigue au nord-ouest.
Il lui est facile de s'y défendre, et, de là, elle surveille l'Afghanistan, et peut au besoin marcher sur Caboul et Gandahar sans être obligée de s'ouvrir par la force les défilés des Kheybers, du Peivrar, du Kojalt. En 1841, dans une terrible expédition, les Anglais avaient contraint Dos Mohammed, émir de Caboul, à recevoir une ambassade envoyée par eux, qui surveillerait l'Afghanistan. A peine celle-ci fut-elle installée, que, dans une redoutable insurrection, tous ses membres furent égorgés. L'année anglaise, renforcée par de nouveaux secours, en tira une cruelle vengeance, par desincendîes et des pillages, mais sans rien y gagner que la haine des Afghans.
De ce cAté aussi, il en arriva autant. La limite teimtifigve ne fut pas plutdt fixée d'accord avec la Russie, qu'une mission est envoyée k Caboul sous la direction de Gavagnari, qui avait tant travaillé pour la paix ; elle est reçue avec magnificence, et, deux jours après, les soixante-dix personnes dont elle était composée sont mises à mort. De là, encore une fois, la malheureuse nécessité de se venger, peut-être de s'annexer l'Afghanistan, et d'opposer ainsi une barrière contre la Perse, l'avant-garde de la Russie, qui, sous prétexta de dompter les cruels Turcomans, s'avance de plus en plus vers l'Inde.
Llnde, où 210 millions d'hommes obéissent k l'Angleterre, ^ qui fait de ces contrées le centre et le but de sa politique pour ses immenses marchés, est souvent ravagée par des animaux féroces (1), par des fleuves dévastateurs, par le choléra, par de sanglantes insurrections. L'esclavage y persiste encore, ainsi que la séparation absolue des castes et l'abrutissement des basses classes, quoique les missionnaires cherchent k les admettre dans les églises, à la prière commune, à la table sainte.
Les immenses richesses de certains négociants de Londres
(1) En 1S77, on d6traj«it Si,8S4 httea Bauiages et 19T,S9S serpent! :cm deriii«rt avaient donné la mort ft 18,177 peraonnes ; Isa tigres, le* Uon* «t d'autres carnivores en avaient tu^ «nviroo 3,000.
l'iHDE. ÎOl
proTiennent des mines, des épices, du coton de l'Inde. La fameuse compagnie des Indes avait été , en 1833 , soumise au gouvernement, qui payait le tO p. '/. du capital social, et devait entretenirlà une grosse armée; mais comme cette armée devait se recruter parmi les indigènes, leurs superstitions en étaient atteintes. Prenant son appui sur ce motif, une vaste conspiration, qui éclata en t8S7, s'empara même de Delhi : d'horribles scènes de carnage firent regarder comme perdu cet empire, dont Nana Sahib s'établit le chef. Mais la valeur et la constance rendirent la supériorité aux Anglais ; on sentit le besoin de concentrer le gouvernement : on le fit passer à la couronne, on supprima la compagnie des Indes, comme nous l'avons déjà dit, et la rdine Victoria reçut le titre d'impératrice de l'Indostan. Tandis que cet empire prenait une extension de plus en plus grande, son système poliUque ne se développait pas autant, les princes ne s'y organisèrent point en cODfédératioa et ne surent pas combiner leurs intérêts avec ceux de la Grande-Bretagne (1).
En 1878, Itnde donna un difiàt de trois millions de livres sterling. Elle a besoin de routes pour faciliter l'exportation de ses produits. A Singapour, ville destinée à devenir le premier marché de l'Orient pourvu qu'un bon gouvernement l'y aide, outre la nombreuse et toujours croissante colonie de négociants anglo-saxons, le gros de la population est formé de Chinois qui y affluent constamment. En général, les produits de l'archipel Malais et des Philippines, exigeant . de l'art et du travail, viennent des Chinois : sans les Chinois, ni les archipels, ni le royaume de Siam et la Gocbinchine ne pourraient exporter autant de sucre, ils n'expédieraient pas 80,000 barils d'étain par an. A la paresse de la population indigène viennent donc remédier les deux races les plus entreprenantes et les plus industrieuses du monde. Lorsque, dans la Chine, se sera ouvert un vaste champ pour les entreprises européennes; lorsque le commerce avec Siam, qui déjà progresse rapidement, se sera complètement développé ; lorsque les denrées de Bornéo trouveront leurs principaux débouchés sur les marchés anglais; lorsque la péninsule malaise pourra
(1) La Conronna briUnnîqaB pouUe 800,348 millM oarrdi de tanitoira Bt IBI milliom d'babiUnti ; dsni aea pousuioni mAdiatai, il ; a tS millîoiu d'habitant! inr iin« luifacB de 57S,26E millM oarrët.
En j comprenant lei poHtuions françaiMB et Ici porlagaitM, llode a une tuperfleie de 1,17S,S70 mille* oairts et Ul million* d'habitanta.
tOS LES T^^HTE DBBHttaBS AimtiBS.
ronrnir tous ses précieux produits ; lorsqu'on aura établi les 8,000 kilomètres de chemius de fer partagés en huit réseaux; alors le commerce de l'Orieut sera décuplé ; alors ou verra l'extrême importance de Singapour.
Les indigëues apprécient sufÂsammeut les avantages de la domination an^aise, et d'un système de gouTemament plos apte au progrès ; mais si la guerre s'aiptait aux tronlières, l'armée indigène pourrait se révolter, surtout depuis que les cipayes se sont aperçus que l'Angleteire n'est plus l'arbitre de l'Europe. L'Asiatique a toujours pris le parti du plus fort.
L'attention s'est portée avec une sagacité toujours plus grande sur la littérature indienne qui, depuis quarante siècles, conserve un caractère original ; do reste, dans ce pays, tout a un caractère particulier : les mœurs, les croyances, la pitié pour les hommes et pour les animaux, la philosophie spéculative et la philosophie pratique.
Dia Nand Sarawati a commencé, eu 1S75, à Iprècher dans Bombay une réforme du brahmanisme; il parcourt lui-même le pays pour propager sa doctrine, et il compte déjà, dit-on, deux millions d'adeptes soDS le nom de Société aryenne {Aria Samaf). Il est monothéiste; pour lui, les autres dieux De sont que de simples représentations des attributs divins. Il admet, comme autorités absolues, les quatre Védas et leurs rites; il rejette les adoratious, les prières, les sacrifices introduits par les bouddhistes ; son but est « de relever la condition temporelle et spirituelle du peuple, et de travailler au bien de l'humauité (1).
La Perse, point de jonction de Sémites, de Touraniens et d'Aryans, compte à peine S millions d'habitants, et S millions peut-être ont péri dans la famine de 1S73. La plupart sont musulmans schyites, mais beaucoup suivent la doctrine des fiabis, introduite en IftiO par Ali-Mohammed : elle enseigne la métempsycose, l'émancipation de la femme, qui peut même se séparer de son mari si elle en hvuve un autre qui lui plaise ; elle prescrit l'abstinence du vin, du tabac, de l'opium. Le shah Nasser-Eddio (8) a visité l'Europe; il tend
(IJ Sur ce it^at d« 1& religion dci ladei, il faut ugnaler le* étDdaa de itiX Mdllmk (Ortftne tl développement de la religion. Paria, 1879). L'auteur ; *ouli«nt que le fiiticttiame «at ni aprii le aentiment religiem.
(1) Le mot (AoA, q«i équitaat aux nota prinee on roi, ta trouve dtj'à aur l'oUUaque de Louqior, teiie aifeclea kt. J.-C., et duu daa tnaoriplioiu
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à établir des réformes et k entretenir des relations avec les Européens; m«is, comme toujours, le pays est disputé entre les Perses et les Turcomans {Fartit, Turkù) ; les Russes en ambitiDonant quelque lambeau , aussi bien que les Anglais. Tout cela cependant changera quand un chemin de fer nnira l'Europe à la Chine et aux Indes.
Dans l'Asie, la population est pour la plus grande partie composée d'indigènes; il y a des musulmans, des sectateurs de Brahma, de Bouddha, des Schamanes ; mais il ne s'y trouTe pas un État chrétien.
Les grands problèmes de la nature et de la société de la Polynésie et de l'Océanie s'étudient et vont en s'éclaircissant, grftce aux voyages de Warbuiton, de Ross, de Hassenlein, de Meissel, de Lewis, de Kramer, de Walder, et surtout de Fopster. La colonie de Victoria qui, en 1836, avait 177 habitants, en comptait 177,341 enl851, et SiO,S2« en 1865. On y avait dépensé, pour la construction de ports et de routes, 135 millions; l'importation s'y élevait k 380 millions. Il y a des imprimeries. On pouvait voir à l'Exposition de Paris une pyramide à base carrée de 3"50 de côté, et d'une hauteur de 19*34; cette pyramide représente l'or retiré des mines de cette colonie jusqu'en 1863; le poids serait de 11,000 tonnes, la valeur de 3S milliards 750 millions de It&dcs, La phthisie pulmonaire exerce de douloureux ravages dans ce pays.
En Océanie , les Français possèdent la Nouvdle-Galédonie avec 600,000 habitants.
On projette un chemin de fer & travers l'Australie, qui passait par les déserts de l'intérieur, où les abîmes alternent avec des chaînes de montagnes élevées ; de Melbourne et de Sydney, on arriverait à la côte nord-^uest par un parcours de 2,000 milles. *