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CHAPITRE XV

IMËatQUE HÉIIDIONALE.

L'Amérique méridionale ne s'est pas encore remise de la révolution de 1810 qui l'a séparée de la mère-patrie. C'est au Brésil que les traditions se sont le mieux maintenues. C'est une contrée merveilleuse, à l'orient, se développant sur 7,9â0 kilomètres déçûtes : sa superficie est de 8 ou 9 millions de kilomètres carrés, c'est-à-dire ta quinzième partie de la superficie du globe ; on y trouve des fleuves gigantesques comme le Parana , le San-Francisco , l'Amazone au cours majestueux, le Rio do Janeiro aux rives enchanteresses. Les règnes végétal, minéral, animal y sont inépuisablement riches. Le Brésil produit la moitié des cafés qui se consomment dans le monde entier; l'or s'y rencontre dans toutes les provinces, ainsi que de magnifiques diamants. Après s'être détaché du Portugal, il en a consené la forme du gouvernement impérial héréditaire et la charte du 23 mars iSîi, avec un-sénat de 55 membres nommés h vie, 122 représentants nommés pour cinq ans; les élections se font à deux degrés dans les assemblées de paroisse, et par le suffrage universel ramené à certaines conditions d'Age et de cens. Les dix à douze millioos d'habitants sont presque tous catholiques, sous un métropolitain et douze évéques; les biens-fonds des ordres religieux doivent être convertis en rentes (1870). L'instruction y est développée, les bibliothèques sont riches, surtout celle de l'iustitul d'histoire ethnographique (1).

(1) Sur le Brétil on a publié une ncellente BtaUatique, à I^occMJon da TBiposiiioD de Philadelphie. On publia aussi, à ce moment, la RipubUqut Argentine, en nllemiuid et en espagnol.

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Gomme les trois millions et demi d'esclaves sont, au Brésil, propriété privée, on ne peut les aOlranchir qu'en indemnisant leurs maîtres. Chaque esclave vaut 1,000 livres, un seul propriétaire en a parfois plusieurs centaines, quelquefois des milliers : avec le travail des nègres un hectare de terrain consacré à la culture du café peut rapporter mille livres par an. C'est donc une idée philanthropique, mais qui ne peut se réaliser, que de vouloir une émancipation soudaine. Eu vertu de la loi du 38 septembre 1871, l'esclavage est aboli, en ce sens que personne ne naît esclave; beaucoup d'institutions ont été établies pour protéger les nègres affranchis et ceux qui sont en bas Age.

Depuis la lin de la guerre désastreuse contre Lopez, dictateur du Paraguay, l'empereur don Pèdre II, le plus ancien et le plus cultivé des souverains, s'applique k seconder le progrès et la liberté de son pays; il parcourt le monde pour s'instruire ot acquérir de l'expérience ; il cherche à mettre les rivalités d'accord. Voyant les besoins du Brésil, il a abandonné un quart de sa liste civile, qui n'était déjà que de 2,950,000 livres.

Le Brésil a eu uq poète, Diaz, et un compositeur de musique, Gomez. Dernièrement on a découvert dans le pays une inscription de laquelle on conclurait que les Phéniciens sont venus en cette contrée, cinq siècles avant Jésus-Christ.

Le capucin Francesco-Maria Lorenzonî , de Vicence , élève en ce moment la grande et belle église de rh6pital de la Pegna, àPernambouc: il en a déjà construit une trentaine d'autres.

Le Chili est baigné par l'Océan Pacifique et s'étend sur une longueur de 9,000 lieues entre la Bolivie et les Cordillères des Andes qui le séparent de la république Argentine. Le président Pérez (1861) a rendu au Ôiili d'immenses services. Malgré la guerre avec l'Espagne, guerre qui a occasionné le cruel bombardement de Valparaiso (1 866} , ce pays, dont la Constitution renferme beaucoup d'éléments conservateurs (1), cherche h soumettre les sauvages Araucans, et a exploré la Patagonio et les déserts par les voyages de Musters, comme le voyageur Ralmondi a exploré les régions du fleuve des Amazones.

■ L'éeoitomù ttl

Ht LES THEHTE DEUHIÈRES ARNÉES.

La république de l'Equateur se glorifie de Juan Ptorès, son fondateur (180O-18t)t).

LaBolivie , située entre te Pérou, la république Argectine, te Brésil , le Paraguay , le Chili , tira son nom , en 18S5 , de son grand libératear (Bolivar). Loza a dit, de lui : L'indépendance américaine fut son épopée; la liberté, la muse qui l'a chanté. Son sarcophage sera l'immortalité; son élégie incessante le regret de la postérité. Dans la Bolivie on parle, outre l'espagnol, le quichua le majo, l'aymara, idiomes indigènes de la classe des langues à agglutination dont les rerbes ont une conjugaison spéciale, par laquelle l'action faite par le sujet se transporte à l'objet , variant selon le nom des personnes. Ballivian , Beizii , Cordova , Prias se sont succédé dans la présidence. L'organisation judiciaire et la procédure criminelle sont l'œuvre de Linarès.

José Maria Calvimontes, Hariano Ramallo, Bustamenlc qui a chanté Bolivar, Daniel Calvo, José-Manuel Loza, Nestor Galindo , Benjamino Blanco , Dalenco se sont distingués dans la poésie; quelques-uns d'entre eux ont été en m£me temps de remarquables prosateurs: le grand patriote, l'habile diplomate Casimir Olaneta a acquis une grande réputation. Manuel -José Cortex, dans VEtsaj/o sobre la hUtoria de Bolivia, est riche en renseignements sur la littérature, sur les mœurs, sur la civilisation de la Bolivie.

Le Venezuela a passé, en 1863, du régime unitaire au régime fédéral, avec un président et deux Chambres : chacun des États qui le composent conserve un gouvernement distinct, mais les luttes continuent entre unitaires et fédéraux. Le président actuel, Guzman Blanco, s'est élevé par la force, en s'emparant de Caracas (27 avril 1870). Maintenant L'administration de toutes les finances est affermée à un banquier français.

I^ république Argentine est un pays de pAturages et où abondent les chevaux, si bien que les auteurs classiques l'ont comparée à l'Arcadio, mais elle n'en est que moins propre à notre civilisation. Elle ne compte guère plus d'un million d'habitants, disséminés sur une superficie de 1 ,900,000 kilomètres carrés ; elle est traversée par les Andes et par de très grands fleuves : on y trouve les magnifiques cités de

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CordDva, Paran», Bueoos-Ayrcs. Lorsqu'en 18S3 on secoua . la tyrannie de Rosas, qui durait depuis ^ÎDgt ans, l'anarchie succéda. Urquiza, le libérateur, fut bientôt chassé à son tour, mais il revint après la bataille de Cepeda dans la guerre contre l'État de Bueaos-Ayres qui s'était détaché de la confédération. Cello-ci fut rétablie avec un président nommé pour sept ans ; on admit l'égalité des races et des religions. Outre la terrible sécheresse de 1861, il y eut une guerreavec le Paraguay. La république Argentine élève toujours des droits sur la Patagonie. Parmi les nombreux émigrés qui gagnent cette contrée, il y a une grande quantité d'Italiens.

Nicaragua, Gosta-Bica, ta Nouvelle-Grenade, San>Salvador, Honduras, sont des pays qui s'étendent sous le ciel le plus beau ; la température s'y maintient toute l'année entre 16 et 18 degrés; cependant les neiges éternelles couvrent le Chimboraço et le Cotopazi ; la production des matières premières, des métaux, du sucre (1), est extrêmement riche; il y a d'innombrables troupeaux dans les plaines de Bogota, du Venezuela, de Buenos-Ayres. Mais ces contrées sont infestées par des insectes très incommodes, par des multitudes de fourmis, de serpents; ajoutez une foule de plantes vénéneuses, des bourbiers, des volcans ; les tremblements de terre ont, en 1868, coûté la vie à 3,000 personnes dans le Pérou. Le voisinage des Indios, naturels du pays, méchants, intrigants, querelleurs, ivrognes, fournit un funeste appui à toutes les insurrections. Les institutions municipales se sont conservées partout; la population qui, en 1810, était de 17 millions, dépasse maintenant 36 millions.

Le Pérou, deux fols plus grand que lltalie, est compris entre le Brésil, l'Equateur, la Bolivie , avec un million et demi d'habitants. En 1867, il a reçu une nouvelle ConstitutioD, sans admettre la liberté des cultes. 11 a eu de longues guerres

(1) On évalne Is consommation aiuiiiaU« du sucre, d^na leq pays civili«it, A 3 kilogrammes par personne. Hais, en 184S, Frédéric Scheer a calculé que l'Europe, les Etats-Unis, le Canada, en avaient conaoïniné Bis millions de kilogrammes. La consommation est, pour In Orande-Bretagne, de 8 k. 46 par personne ; de S kilog. pour tes Étals-Unis ; de S k. il pour la Hollande, de 3 k. SI pom- la France, de 1 k. 20 poar l'Autriche, de 3 kiiog. pour le reste de l'Allemagne, d« 0 k. T7 pour laRussie. Si l'on ealeTÙl les droits de douane, la consommation serait peut-être dix fois plus considérable.

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avec l'Espace, dont l'amiral Pinzon occupa les lies Cincha ; c'est de celles-ci qu'on tire le guano. A la chute de Rosas, le Rio de la Plata fut ouvert & toutes les nations, et les pavillons étrangers jouirent des mêmes droits que le pavillon national. Tout a prospéré : l'industrie, la culture, les embellissements, la salubrité du pays, la Tertilité du sol ; l'exporLation des cuirs, de la laine, du suif, du crin, de la viande salée, et le rendement des mines ont amené de l'aident. Les mines da Chili, du Pérou et du Mexique ont donné pour 37 millions de métaux précieux (1).

Aujourd'hui, sur lacftte occidentale, à l'occasion des limites du désert d'Atacama qui avaient été fixées par le traité du 10 août 1B6G, et à propos de l'importante exportation des nitrates, le Pérou et la Bolivie ont déclaré la guerre au Chili : chacun de ces États compte environ deux millions d'habitants ; le Pérou et le Chili ont des forces navales, tandis que la Bolivie ne touche k la mer que sur une longueur de quelques kilomètres. On continue à dévaster les établissements ennemis ; l'exportation du guano et du salpêtre diminue (2).

On espéra remédier aux désordres de ces républiques au moyen d'un congrès; mats on n'a pu prévenir les révoltes. Et cependant les traditions, l'identité des intérêts, la communauté des aspirations, le besoin de se défendre, bien

(1) La précieuBS ^orce qui nous vient da Pérou p'a pas éU recueillie avec mez d'économie : aussi le quina et le quinine ont fort nugmentd de prii , jusqu'à ce que l'Afrique et l'Asie puissent nous en fournir.

(2) Les dépdts de guano ont été découverts il n'y a pas [onglemps. En 184S, on en vendait, en Europe, 3,000 tonnes; en 18T2, on en veodit plus de 600,000. Lee dép6ts des tles Cincha semblent épuisés; mais on eu a trouvé d'autres, très étendus, sur le continent. L'eiporlalion du nitrate de soude dépasse SOD.OOO tonnes par an.

Dans cette g:uerre, 1b troisiime oit ont combattu des cuirassés, on a vn comment ces vaisseaux, ponr lesquels on dépense 14 ou IS millions, peuvent être anéantis par des bitiments de bois qui l'emportent en vitesse. Deux cuirassés péruviens, en face d'Ignique, ont eu de la peine à tenir contre une corvette de bois de 400 tonnes et de 140 cheraui et armée de canons de 68. Bien plus, le Luft Gelil, cuirassé turc de S, 900 (onueaai, avec une machine de 700 chevaux, un blindage épais de IS centimitres sur les flancs, et de S2 sur les deux tours, avec des canons d'une grosseur extraordinaire, et £00 hommes d'équipage, à l'ancre devant Brallow, sauta en l'air par l'effet d'un projectile qui, par la cheminée, pénétra dans la chaudière. Peu aprës, le So/t, canonnière cuirassée i deux hélices, (ai coulé par deux torpilles.

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