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AMÉRIQUE MÉRIDIONALE

plus, la nécessité (le vivre, rendent chaque jour plus désirable la réalisation de la grande idée du libérateur Bolivar : l'union de toute l'Amérique latine. Pour y parvenir, on proposerait de donner à tous le droit A'indigênat, on fixerait les limites territoriales comme en 1810 ; on établirait l'union douanière, l'identité dans les mesures, les poids, les monnaies, la poste, le commerce, les passeports ; un tribunal supérieur réglerait les questions qui s'élèveraient; il y aurait la liberté de conscience ; on déterminerait un contingent de troupes à fournir pour la défense ; personne ne pourrait cédor à un étranger une portion du territoire, ni accepter un protectorat étranger; on ferait une active propagande contre l'esclavage. Une telle union serait bien nécessaire pour s'opposer à la convoitise des États-Unis. Ceux-ci envient à ces États la possession de l'isthme de Panama qui, sur une longueur de 1,600 kilomètres et une largeur de 70 à 530, sépare l'Atlantique de l'Océan Pacifique. Cet isthme une fois percé, les États-Unis supplanteraient l'Angleterre dans son influence en Asie, oh ils rivalisent déjà avec elle pour les tissus et pour les productions agricoles (1) ; mais ils voudraient être les seuls capitalistes et les seuls exécuteurs do ce canal interocéanique, car, suivant

[1] Ce cunal dtait aussi nue des idées ile Napoléon 111, et, Jaas ce but, s'était formée une Société dont faisaienl partie les principaux bonapartistes, avec la peripeclire de gnins considérables. Après Sedan, iU ne pnrenl continuer les Tersements de fonds, puisque leur fortune consistait surtout dans les lar^sses de l'empereur. Il semble pourtant que c'est d'f.ui qu'est né le projet d'une nouvelle association au capital de 400 millions oii, disait-on, les anciennes action» de IW francs seraient rachetées 2?i,0O0 francs. Lélîtia Bonaparte a eu uu âls, qui est sir Wyse, et ileui filles : l'une est la veuve du ministre italien Rattaszi ; l'autre est la femme du général Tûrr : ce dernier et sir Wyse furent à la tête du congres igui se tint en 1879, sous la direction de Lesseps, parent da rei-impératrice, et avec la faveur de la Société géographique de Paris. La ligne proposée par sir Wysa et qui fut adoptée par les TU membres convoqués , partant du port de Colon dans le golfe du Limon sur l'Allantique pour aboutir à la rade de Panama sur l'Océan Pacifique, par un parcours de 72 kilomètre a fi niveau constant et découvert, exigeant un déblaiement de 50 millions de mètres cuhes de terre, demanderait eîx ans de Iravitil et une dépense de 1 milliard SOD millions; on j emploierait 15,000 nègres du Brésil ; de Lesseps n'accepterait la direction des travaux pour aucune autre ligne, bien moins encore pour celle de Nicaragua qui a la préférence des Etats-Unis. Les capitaux ne paraissent cependant pas affluer, et les Américains du Nord sont opposés i. une entreprise européenne.

Il en est qui préféreraient voir établir un cheoniu de fer sur lequel ou transporterait les héitiments entiers pour les faire passer d'un Océan a

BIST. tjmv. — T. ij;.

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la doctrine de Monroe, los Européens ne doivent point se mêler des affaires de l'Amérique ; ils crai^jneat aussi que les puissances étrangères ne s'arrogent le droit d'établir des règlements , comme elles l'ont fait pour le canal de Suez.

Nous avons déjà parlé du Mexique ; il n'a pas encore suffisamment retrouvé son assiette pour pouvoir tirer parti de ses tiTerveilleuses ressources.

Le Mexique a eu ses chantres de la révolution ; lorsque .celle-ci fut calmée, on vit fleurir la poésie, comme le témoigne la Lyn mexicaine, publiée récemment par Dios Peza, un . de ses écrivains les plus heureux, avec Campoamor, Manuel Florès, Carpio, Sierro, Tellez, Peon Contereras, Cosmas, Hiva Palacio, Rosas Morenos. Nous en passons bien d'aubes pour mentionner Altamirano, promoteur des belles-lettres el fondateur de l'académie dramatique, à laquelle on donna le nom de Gorostiza, l'émule des célèbres Baîbuana, Juan Ruis de Alarcon, Juana Inez de la Cruz. Les derniers événements ont été racontés par le général Corona [la ffistoria del ejercito de Occidenle), par José Vigil, par Hijar (1), et la belle langue castillane ne perd pas sous la plume de ces frères transallantiques.

Si Zorilla a pleuré affectueusement dans ses chants la triste fin de l'empereur Maximilien, il y a eu des poètes pour flageller pendant sa vie et insulter après sa mort cet étranger, qui pourtant descendait de Cbarles-Quint. Au moment d'être fusillé, Maximilien s'écriait : « Mexicains, mes pareils sont envoyés par Dieu pour faire le bonheur des peuples ou pour fttre leurs victimes. Appelé par une partie d'entre vous, je suis venu pour faire le bonheur du pays, et non par ambition. Je suis venu plein des meilleures intenUons pour ma patrie d'adoption et pour mes amis dévoués. Puisse mon sang être le dernier sang versé pour la patrie I Vive le Mexique! Vive l'indépendance I »

Les balles lui brisèrent la poitrine, et son dernier vœu

(1) Don José-Mvia Andrada, littéraUnr et bibliophil*. avftît riatà nue précieuse collection da livrai et de papiers relatif* au Mexique. L'empereur Maximilien acheta cette collection et donna i Andrada des facilitéa pour la compléter par lei papiers des archives, journaux, etc.; aile devait commencer & former la Bibliothique impériale, Aprts In tragédie de Queretaro, la collection put ttr« envoyée en Europe ob elle fut mise en veote. On a la Catalogue dt la riche bibliothèque de Josi-Maria Andradt.

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n'est pas encore satisfait. En ce moment mfime (juin 1879] les luttes se ranimenlentreTéran, gouverneur de Vera-Cruz, et son prédécesseur, I^erdo de Tejada; et le massacre, dans leur prison, d'un grand nombre de détenus répand l'horreur.

Le Nouveau-Mexique conserve les mœurs espagnoles : i c'est un pays de p&turages; on trouve des propriétaires qui ont jusqu'à cent mille moutons. Le peuple des Taes est fort bizarre : il se compose de deux immenses édifices de pierre, avec cinq étages, qui vont en se rétrécissant; les escaliers sont à l'extérieur; les chambres sont très nombreuses, et on y pénètre par un trou de la voûte qui sert aussi de fenËtre : chaque édifice peut contenir quatre cents personnes; on dit qu'à l'intérieur, inaccessible aux étrangers, br&le le feu de Montezuma, et qu'on y pratique les rits des Aztèques. Les femmes travaillent des poteries à la main, comme aux temps préhistoriques. On se préoccupe peu du gouvernement, pourvu qu'il n'augmente pas les impôts. Pendant la guerre de sécession, les habitants du pays sont restés fidèles à l'Union. Jadis on tirait du Non veau -Mexique de l'argent et les plus belles turquoises.

Llle de Saint-Domingue, autrefois partagée entre l'Espagne et la France, fut en 1795 entièrement cédée par cette dernière à l'Espagne. On y vit s'élever les empereurs Dessalines et Christophe ; en 1831 , le président Boyer arracha l'tle à l'Espagne ; en 1861 , avec Santa Anna, elle se soumit de nouveau, mais bientôt elle s'en sépara dans une giieire sanglante. Cependant Haïti, c'est-à-dire la partie occidentale de l'tle, avec un demi-miltion d'habitants, nègres ou mulâtres de langue française, fit sécession en 184i, et, après avoir chassé l'empereur Faustin Soulouque, s'obstina à rester en république. Salnave chercha à mettre un peu d'ordre ; mais bientôt une rébellion l'envoya au supplice. En ce moment même (juillet 18T9), la révolte est déchaînée. Cette lie a toujours été convoitée à cause de sa prodigieuse fertilité et de son admirable situation.

L'Ile de Cuba, la reine des Antilles, la plus belle des colonies espagnoles, a 3 millions d'habitants et un port excellent à la Havane. Elle donne un tiers de la production totale du sucre dans le monde. Elle est continuellement troublée par

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des insurrections et par l'ambition des États-Unis. Le maréchal Serrano, envoyé là comme gouverneur, chercha à y établir l'ordre, comme il l'avait rétabli dans la république Dominicaine lors de sa soumission à l'Espagne. En 1868, Â l'occasion d'une des révolutions habituelles en Espagne, les habitants de Cuba se soulevèrent ; en vain on leur fit de larges concessions : quand on eut aboli l'esclavage, les nègres aiTranchis s'unirent aux insurgés, et les flibustiers, venus il leur aide, reçurent les secours des États-Unis : il en est résulté une cruelle guerre de trois ans (1). Martinez Campos avait fini par l'emporter; mais la question de l'esclavage trouble encore le pays en ce moment.

Ne nous aventurons point trop à parler de pays qui ne nous sont pas mieux connus que ne l'étaient les Germains au temps de Tacite. Une très bonne précaution qu'ont les Américains de race latine, à la différence des Italiens, est de se Taire représenter en Europe par des littérateurs : ceux-ci nous font alors connaître leur pays : nous devons le même senice pour la littérature du Venezuela, à Peia, à Caycedo ainsi qu'à José Maria Roja (S).

Ce même Terres Caycedo, dans les congrès de l'Association de littérature internationale, en 1879, déplorait qu'on étudiât si peu les pays méridionaux; les États-Unis, avouait-il, prospèrent par des améliorations dignes d'envie, et les républiques du Sud où l'intelligence est si limpide, l'imagination si vive, où les qualités naturelles sont si éclatantes, au milieu de précieuses richesses, manquent sauvent des moyens de les utiliser; les plus sérieuses entreprises sont paralysées par l'absence de direction ferme et le manque d'unité dans les projets et dans l'action.

Déjà, avant l'indépendance, avaient fleuri Navarrcte, Castellanos, Piedrbaita, Sanchez de Togle ; mais, si l'on en excepte les auteurs dramatiques Alarcon et Gorostiza, les autres sont des écrivains qui ont plutôt des réminiscences que ces éclairs de génie à espérer sous l'influence d'une nature enchanteresse. Que d'originalité ils pourraient puiser dans leur pays, dans ses races diverses, dans leurs progrès!

(1) Aujourd'hni c'est uii« question Irba discutée eutre Saint-Domingue et la Havane, d« ssToir laquelle des deux possède les Trais ouements de Chrielophe Colomb.

(2) L'Amérique du Nord fut représentée par Emmerson, Lowell, Holmer, Bryant, Moltley (1811-77) i Vienne et b Louilrus.

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Pendant la guerre de l'indépeQdance, il y eut plus de soldats et d'orateurs que d'écrivains; mais Joachim de Olmedo, l'ami de Bolivar, chanta l'héroïque bataille de Zaniu. Bientât parurent d'autres auteurs, qui imitèrent d'abord les Espagnols, les Français et les Anglais , pour devenir ensuite originaux et nationaux. Andres fiello a doté le Chili d'un code civil très apprécié, d'une Université^ et de différents établissements d'instruction publique. Guttierez, Caro Lozano, Marmod, Arboledo qui fut soldat et économiste, sont de vrais poètes, soigneux même de la forme. Baralty Diaz a donné l'histoire du Venezuela ; Ruestreppo, celle de la Colombie ; Alaman et Clavigëre, celle du Mexique '.Llorente et Paz Soldan, celle du Pérou ; Barros Arana, Lasturria, Ammunatequî, Santa Maria, Vicuna, Machena, celle du Chili ; Adamus Olpc, celle de l'Uruguay; Fumes, Dumingue, Mitra, Martinez de Mouny, celle de la république Argentine. Et je passe sous silence d'autres bons historiens peu connus m&me en Espagne, bien que ce soit une vraie fortune pour la littérature des deux Amériques d'avoir un vaste débouché dans la Grande-Bretagne et ribérie. Il ne manque pas de femmes auteurs. Les journaux ont les mérites et les défauts des journaux européens.

Le comte Charles d'Ussel, après avoir étudié sur les lieux l'Amérique du Sud, en publie maintenant une description où il comprend les pays civilisés, les Pampas, les Patagons, les steppes désolées des hauts plateaux des Andes : il met en regard les souvenirs de l'antiquité et les institutions modernes. Sur l'instruction publique dans l'Amérique méridionale, M. Hippeau a publié récemment un recueil avec des renseignements sur l'état politique, économique, commercial, militaire de la république Argentine.

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