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L'AUTRICHE

de connaissances dans laquelle les Russes ne se signalent, avec l'aide du gouvernement et de l'Académie.

Touterois la Russie n'est pas à la tële de la littérature slave : Moscou et Pétersbourg ont une autre tendance que Prague ot Varsovie, de mdme que, chez les races latines, Paris diffère de Lisbonne et de Florence : partout, il est vrai, on trouve un air de Famille et un fonds d'imagination et de poésie; mais les littératures russe, polonaise ot bohème sont formées; la littérature croate et les autres littératures slaves naissent h peine (1).

B. L'Autriche.

La théorie de la nationalité (3] ne pouvait être que funeste pour l'Autriche, empire formé de royaumes divers avec leurs institutions originales , et divisé entre quatre races principales ; outre les Juifs, il y a les Grecs, les Albanais, les Arméniens et 80,000 Zingari, qui différent par la langue, la religion, la culture intellectuelle, Schwarzenberg capable, tout en se trompant, de créer quelque chose de moderne, voulait l'unité absolue; Schiinie voulait une unité fédéraliste et aristocratique; les quatre docteurs demandaient l'unité par la centralisation. Après le vaniteux Buol et le centralisateur révolutionnaire Bach, Schmerling rêvait l'unité avec des parlements à l'exemple de la France révolutionnaire et de la Prusse absolutiste, sans faire des concessions forcées à la révolution ni adopter do prime abord dos plans mal digérés et que ne comprenaient pas leurs auteurs eux-mêmes, Rechberg, saisissant mieux le caractère du pays, vit que les insti-

(1) Le 2 oclobre 1879, on & célébré à. Cracovie le juliiié litliiraire Je Joseph-Ignace Kraszewski, nnteur très fécond de romana, de nouvelles, de poéaioe, d'histoires (parmi lesquelles la principale est son histoire des Trvis Démtmbrement! de la Pologne) el d'une grammaire historique et comparée des lances slaves. Pendant le concile du Vatican, dans son journal la' Semaine, il publiait une correspondance do Rome, hostile aux décisions du concile et aussi fameuse que la correipondaDce de la Gazette Unâierselle d^Augtbùurg. Il frappait sur les cléricaui, croyant qu'ils sacri- Aéraient l'iDdépeDdauce polonaise 'pourvu que le ciar ee Ht catholique. Outre une série de romans historiques, dans son dernier livre : la Belle- Mère, il décrit les aventures des derniers sectateurs de Fauste et lio Lélius Soeio, en Pologne. Un catalogue énnmfere 27S ouvrages de Kraslevi-ahi, sans compter ses articles et ses correspondances dans les journaux,

Voyei CouRHiBRB, Histoire de la littà-ature russe. Histoire de ta Uttirature contemporaine chez les Staiie).

(2) Voj. Additions, p. SCD.

S38 LES TUNTB DERRIËHES AltltÉÇS.

tutïons anglaises lui coDnnaieat bien plus que les institutions françaises, et qu'il ne fallait cependant pas accorder tout à la fois, mais arriver peu à peu par les discussions du parlement centi-al et des diètes particulières. De tels procédés ne sont possibles qu'en des temps tranquilles; et tandis que Rechberg croyait l'armée d'Italie invincible, et renvoyait à publier la constitution après la victoire sur les Franco-Sardes, les événements tournèrent tout autrement,

De Beust substitua les idées fédéralistes aux jdées ceotralisatrices de Schmerling et de Schwarzenberg, et, en réduisant l'empire à vue monarchie dualiste, reconstitua l'Autriche alors qu'elle était sur le bord d'un abîme financier et politique. La monarchie austro-hongroise est soumise à un roémc souverain par une union réelle et personnelle : la Leitha sépare les pays allemands des pays hongrois.

Mais, comme dans ces contrées vivent aussi des peuples divers, la Hongrie voit revivre chez elle les tribus des Magyars, des Croates , des Valaques, des Serbes, des Transylvaniens, des Slovaques, et toutes réclament l'indépendance nationale. Dans l'empire lui-même, sur 1,000 habitants , on compte 9Si Allemands, 186 Tchèques, Moraves et Slovaques ; 83 Croates et Serbes, 8S Moldo-valaques, GH Polonais, 3i Slovènes, 32 Israélites, 16 Italiens et Frioulions, 6 individus de races moins importantes. Sur 100 habitants, 77 sont catholiques; les autres sont grecs-orientaux, ou appartiennent aux sectes évaogéliques unitaires ; il ya 1,100,000 juifs.

Les Tchèques demandent i conserver leur nationalité; ils ont un gouvernement à part, une diète, un corps pour l'élection au parlement ; mais ils veulent encore que l'administration de la justice et les écoles soient à l'abri de toute prédominance des Allemands sur les Bohfimes.

Dans les Confins Militaires, un million d'habitants d'un fort beau type, et redoutables, vivaient comme enrégimentés sous quelques chefs, entre les rives de l'Adriatique et les Karpathes ; ils cultivaient la terre et étaient obligés au service. Depuis la bataille de Mohacz (1S96), sur une bande de terrain le long du Danube, de l'Una, de la Save, 13,000 sentinelles veillaient jour et nuit contre les Turcs et la peste. Cette organisation fut transformée ; l'administration fut confiée à l'autorité civile, les capitaines de compagnie furent mis à la tète de l'administration civile ; le colonel devint gouverneur. Les Slaves du sud, intelligents, doux, affectueux, d'une

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beauté pleine d'énergie et de distinction, — et ce ne Bont pas les idées que nous attachons ordinairement au nom de Croates, — ont, depuis 1869,un gouvernement propre: ils sont indépendants des Magyars ; et, grAce à l'université d'Âgram, ils se dispensent d'aller dans les universités allemandes.

L'empire d'Autriche, outre les partis habituels des conservateurs et des progressistes , est donc divisé en centralisateurs et fédéraux. Vingt ans se sont dépensés à ces conflits, et, pendant ce temps, l'Autriche perdit la Lombardie, permit la décomposition de la vieille Italie où elle avait des intérêts et des parentés; elle se laissa arracher la Vénélie au moment même où elle était disposée à l'abandonner; elle ne sut point profiler de la guerre de Grimée, elle vît la prépondérance passer à la Prusse, et pourtant elle se fit sa complice dans le démembrement du Danemark.

En 1S63, François-Joseph convoqua à Francfort un conseil des princes [allemands, afin de délibérer sur une fédération à laquelle on donnerait la force réclamée par les temps actuels. Mais la Prusse proposa l'unité, et eu définitive fit exclure de la confédération impériale l'Autriche, qui en avait été la tête pendant trois cents ans.

François- Joseph acquit de la maturité, grâce à de bien douloureuses épreuves (I); outre qu'il perdit la Lombardo- Yénétie, il vit la Lorraine, berceau de sa dynastie, tomber aux mains de la Prusse ; il n'aspirait pas k de nouvelles possessions, et se rappelait que le caractère de sa race est de demeurer la conservatrice des traditions germaniques et la protectrice des petits États,

Les entraves que Joseph II avait mises à l'Église, et que i François I" avait encore resserrées, furent rejetées par le Concordat. Mais, contrarié par sa bureaucratie, François-

(t] Napoléon III chercha, par l'iutenaddiaire de Bonrquensj, ton ambuMdenr i Vienne, i penoader Fraiipi»-Ja«eph de a'unir i lui et à l'Angleterre contre U Ruaaie; mais celui-ci tint ferme et ne voulat paa devenir l'ennemi du ciar qui l'avait aidé contre la Hongrie. Napoléon lui écrivit en tut demandant de ('employer i obtenir, pour son cousin Jér6me, la main de sa parente, la flUe du duc de Bafifare. François-Joaepli compreiuil bien que son refua deTiendrait un préteite d'inimitié, maie il répondit qu'en Bavière on ne faisait que des MEuiagea d'inclination, que ce n'était pas le cas de sa parente. Les Napoléon j virent un affront : ■ Bh quoil non* sommes dono des aventuriers, puisqu'on ne veut pas s'allier avec nous I ■ Ils se lonmirent ver* le roi de Pidmont : les conséquences fttrent gravea.

240 LES TRËKTi: DtniNIÈRt:S AKKËES.

Joseph dut abroger ce Concordai et en venir h. des lois coufessionnelles. Cependant to prince JérAmc Donaparte dénonçail l'Aulriche comme le dernier boulevard du catholicisme; on aurait pu ajouter, et de l'union des diverses nationalités. L'Autriche compte âl, 750, 000 habitants dans l'empire; 5,500,000 dans le royaume; son armée est de 337,000 hommes et de 48,000 chevaux sur pied de paix, et de plus d'un million d'hommes en cas de guerre; elte a 59 vaisseaux avec Mi canons. Andrassy, d'une ancienne famille magyare, pendu en cfUgie en 1848,. puis de Honoed devenu ministre, espéra entraîner la Hongrie dans une action commune et amener les Slaves ù se soumettre aux Allemands qui sont inférieurs par le nombre ; mais les diverses races do l'empire ne se résignent point à se voir exclues de la Constitution dualiste, et se serrent autour de l'empereur; les BohCmes, d'après les conseils de Prazac, inteniendront au Reichstag, mais y apporteront d'énergiques prétentions.

Ce sont là des temps bien différents do cens oii Mettemîch (1773-1859) gouvernait facilement. Toutefois l'armée, malgré la diversité des races, demeure fldÈle à l'empereur. Vienne est renouvelée sous le rapport des constructions comme sous le rapport de la civilisation. La prédominance des juifs (prédominance regrettée, mais inévitable) donne de l'animation à son commerce et fait d'elle la capitale la plus riche en numéraire. Trieste maintient son empire sur l'Adriatique.

Si, avec le nouveau ministère, l'Autriche, passant du culte de la fatalité à la prévoyance, apaisait les luttes de parti et les rivalités nationales du parlement, diminuait l'énorme dette consolidée de 3 milliards 737 millions et la dette flottante qui s'élève à 3 milliards 790 millions; débarrassée de l'Italie et de l'Allemagne, elle pourrait tirer parti de ses riches produits. Nous avons déjà indiqué quels pays elle peut perdre au midi , quels autres elle peut acquérir à t'oriont, en dépit de la reconnaissance que Bulgares et autres ont pour' la Russie, autour do leur indépendance. Lorsque des lignes de chemin de fer uniront Vienne et Pesth avec Salonique, Constantinopic, fiucharest et la Roumanie, le territoire compris entre ces lignes et l'Adriatique sera le domaine à exploiter par l'Autriche au point de vue économique, et le Danube retrouvera l'importance qu'avait l'Istcr des anciens.

Depuis 1774, en Autriche, la loi déclarait obligatoircl'instt'nctioupopulaii'c,maisceltcIoi n'était pas observée,comme il

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