‹ Les trente dernières annéesChapitre 33 sur 69 · LA RUSSIE · texte numérisé non relu

LA RUSSIE

qu'elle se rapporte à un être ïnflDi ; détruisons ; celai qui viendra après nons, établira quelque ordre meilleur.

Et OD en vint aux faits : excitations et catéchismes propagèrent cette théorie; l'assassin et l'incendiaire n'agissaient point par haine ou vengeance, mats dans le but d'arracher du milieu des hommes le respect superstitieux pour l'ordre de choses établi. Les idées fantastiques, dont s'enveloppait une telle doctrine, lui firent plus de partisans que n'en avait te matérialisme pur : là se rallièrent tous les mécontentements ; on prêcha les théories de Marx, de Bakouine, de Nitchiaeff, de Schopenhauer (1).

Les étudiants surtout, séduits par les journaux, les gens sans emploi dont nous avons parlé , la petite noblesse appauvrie , les écrivailleurs , professent le ' nihilisme : de là, ces attentats répétés contre le czar; ces assassinats décrétés, annoncés, exécutés avec un merveilleux secret; ces incendies qui se multiplient d'une façon effrayante (il y en eut 2,833 en juillet 1879) et qui sont armés jusqu'au Kremlin. On parle d'un fonds de 60,000 roubles déposé dans une Banque de Londres pour soutenir la presse nihiliste. Gellc-ci n'est pas peu considérable : dans beaucoup de romans, les faits et les caractères sont empruntés à des partisans de cette doctrine.

Cependant chez le peuple, dans la campagne, parmi les SO millions de serfs émancipés, on conserve le culte du czar d'abord, puis de Dieu : c'est Iji , avec l'armée , ce qui sauvera l'empire du despotisme des nihilistes, des intrigues de la noblesse mécontente et du désespoir du paupérisme.

On parle encore de liberté constitutionnelle; mais il est trop difficile do gouverner autrement que par l'absolutisme un empire qui s'étend de l'Océan Glacial à l'Arménie, du Niémen à la Tartarie. Les formes parlementaires, chéries dans le reste de l'Europe, s'adaptent malàla Russie; et certainement ce ne serait pas un moyen d'avancer la question sociale.

La Russie ne demeure pas en arrière pour les études. La critique historique, qui cherche tes sources et les examine, h

(1) Hartmann, bien qu'il aoic pent4tn le moiai disolant des diiciples de Sehopenhauar et recooDsiue qne dans la TÏe il ; a quelque bien, voit cependant 1«8 maui et le< doulean l'emporter de beaucoup et offre des remMei pour racheter l'univen de cet etclarage de la TÎe, pnltque l'acte d'exister est lui-mâme un maUieur. Vojei Metapkytik dt$ Vnbtkatmttn, TOl. II, chap. VIII, siii et xiv, et pauvn.

336 LES TREtlTIi DEOKIÈSRS AKXËICS.

l'exemple dos Allemands, y fui introduite par le Westphalien Frédéric MUller (1705) ; il a étudié les peuples de la Russie et do la Sibérie , leurs relations avec la Chine et la Perse ; il a prouvé qu'ils viennent non des Scandinaves, mais des Rossolans ou Goths de la Prusse, et il a fait d'Ivan III le vrai fondateur de la grandeur de l'empire.

Schlotzer (lT3â-180i)) a exagéré l'inlluence des Allemands sur les indigènes slaves ; il a bien étudié la Chronique de Ne»lor, il fait de Rourik un Scandinave et des Varëgues les conquérants du pays (1).

Karamsine marcha sur les brisées des Allemands (176,1-1897) quant aux sentiments moraux et mystiques, et, bien qu'il fût un adepte do la morale univcrscllo de Rousseau, l'invasion do Napoléon le transforma en un patriote résolu et en un partisan de l'absolutisme et de la foi. Il exerça une grande influence dans le pays ; beaucoup le suivirent ou le réfutèrent. On corrigea le défaut de trop se tenir dans les généralités; le scepticisme allemand avec ses éternelles négations fut adopté par Katchenowsiiy (1775-1842), PoLievoy, Ëwers (1781-1830), Soloview, Kaveline. D'autres se formèrent aux idées de Niebuhr, de Thierry, de Guizol, ne comprenant pas combien l'évolution russe est diiT^ronle de celle du reste de l'Europe; car le christianisme n'y entre que pour la moindre part (2); la conquête n'y est pour rien : tout s'y fait par la lente assimilation des tribus finnoises et par la colonisation. D'autres mieux avisés ont pris garde au peuple, aux éléments constitutifs de la nation, aux tribus, aux communes; ils ont vu que Pierre I" eut tort de se tourner vers les étrangers plutôt que de construire sur des fondements nationaux et slaves.

TchapofTa fait avancer l'étude des éléments ethnographiques, de la mythologie nationale, de la colonisation, en se servant des sciences naturelles; malgré ses erreurs, il reste le chef de l'école anthropologique et ethnographique, qu'afavol'isée la publication de certains textes. Nevoiin(f 1S33)adonné une histoire de la législation russe. Il n'y a pas de branche

(1) Jur:sn ce la Oravirrk, dans bod livre le) Marijts du quinzUnu el du leiiièm^ atècU, appelle dicouverle de la Russie le vojage que Br«nl, en 1353, Sébastien Cabot et Richard Chaccelor, el pendant lequel ili Tiireiit préieatëa an terrible Imn IV : de Tait, on peut dire que la Russie avait été juBque-U un pays inconnu & l'Europe.

(2) Yojeï l'archimandrite MACAnu, Istorin ehrislianlvav Itoscij.

Page 1