C. Empire d'Allemagne
Nous avons parlé déjà de la prospérité de la Prusse et indiqué le côté moins brillant de sa situation; nous avons montré commentla formation de la grande patrie allemande avait communiqué l'impulsion à tous les éléments de la vie sociale. Guillaume I" avait dit : » Je ne souffrirai jamais qu'une feuille de papier s'interpose entre le Seigneur Dieu et moi, ou qu'un paragraphe me gouverne comme une Providence. M Mais, en 1848, il dut accorder la Constitution. Guillaume II s'était montré tolérant, si bien que Pie IX put rétablir en Prusse la hiérarcMe catholique. Guillaume IV, libéral mais conservateur, favorisa la féodalité ; il dut toutefois se conformer à ce que demandaient les temps. Nous avons indiqué aussi la formation de la Confédération des États allemands sous le roi de Prusse, proclamé empereur et mattre de toutes les forces de l'empire (*).
Le tableau de l'armée allemande pour 1879-1880 donne :
Simplet Bpidali 401 ,659
OrScien 17,2Î0
Médociût 1,62T
Pftjeufs 7i6
Vétérinaireg 621
Armuriers 619
Selliara 93
ChetRux 79,893
Bien que les trois empereurs, dit-on, soient d'accord en politique pour se préserver de la révolution, la Prusse et
(t) La Confédératioa germanique du Nord renferme SI BUU, d'une sapcôncie de T,39B milles carrés, avec 33 millions d'baliitsats ; elle comprend tonte l'Allemagne du Nord, excepté le Luxembourg qui e«t neutralisé. Par l'aDDeifon du HanoTre, de la Heaia Électorale, du duché de NaïUD, de Francfort, du Sleswig-Holstein, la Prasse s'est agrandie de 6,300 milles catrit avec 21 millions d'habitants. L'Alsace et la Lorraine lut ont ajouté 363 mille* carrés et un million et demi d'habitants. BI8I. D»iv. — T. ïl. 16
34S LES TRBHTB DEHMIÈRBS ARNËES.
l'Autriche veillent k ce que la Russie n'augmente ni son territoire ai son influence dans les Balkans.
D. SeandincKie.
'■ Le Danemark, qui garde un bon souvenir de Frédéric VII, roi populaire, nous a donné une ample occasion de parler de lui à propos du Sleswig-Holstein, Ces principautés, situées au nord de l'KIbe et au sud du Jutland, sont comprises entre le Danemark et l'AUecnagne ; et leur nationalité ne peut s'accorder avec un ancien privilège qui fixe k l'Ëider la limite de l'Allemagne. Le duc d'Augustenburg élevait des prétentions, et un traité de 1853 adjugea la couronne du Danemark, qui était libre, à Christian do GIficksburg, de la m&me famille. Mais, d'un côté, on craignait que la Hussie, alliée k cette maison, n'arrivât un jour à dominer dans le Holstein, et à entrer ainsi dans la Confédération germanique; d'un autre côté, la Prusse convoitait dans ces duchés d'admirables statioos maritimes. Sous le prétexte donc de la nationalité, elle occupa le pays, et l'Autriche fut sa complice mal avisée. Celleci dut se retirer, et le SIeswig et le Holstein restèrent à l'empire allemand.
Démembré ainsi par cet abus évident de la force, malgré une résistance courageuse et patriotique, le Danemark eut une compensation dans la liberté que le roi lui accorda par la Constitution du 28 juillet 1866.
Le Danemark a deux millions d'habitants, luthériens pour la plupart; il a cédé aux États-Unis ses possessions dans les Antilles. Le Lauenburg lui a été rétrocédé en échange de la Poméranie suédoise.
Cette année même (1879), on a célébré à Copenhague le quatrième anniversaire séculaire de la fondation de l'Université; la cérémonie a commencé par des processions et des prières adressées au Dieu des sciences.
L'histoire de la littérature danoise par Peterson, et celle du thé&tre danois par Overkson peuvent donner une idée de la cultureintellectuelledecepays: Andersen, Thoresen, Hertz... sont lus à l'étranger. L'Académie a achevé le dictionnaire de la langue (1). Les Danois ont exploré l'intérieur du Groenland.
(1) RaBltloir, autrefoia miniatre d'État, a publia cette Euuée iia article ■ur c. le caractère national des Danois «t le« rapport* dn Danemark avec l'Allemagne •. Il y loue lei compalriotea pour lear droiture, leur
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La Suède, avec une population qui appartient entièrement au culte lathérien évangélique, a gardé des lois rigoureuses contre le peu de catholiques qu'on y trouve ; en 1858, il y eut des procès contre de nouveaux convertis, et cela dans ce pays dont le plus grand roi, Gustave- Adolphe, avait combattu pour la liberté de conscience. La Suède est le seul royaume qui ait gardé sur le trône un général de Napoléon, Bernadotte (1S18-1S44), à qui l'on doitle canal de Gothie, unissant la mer du Nord à la Baltique.
Charles XV adopta cette devise : n Le pays sera établi sur la loi. u 11 avait une liste civile de 3 millions pour la Suède, et de 800,000 francs pour la Norvège. Son frère. Oscar II, lui succéda bientôt (1844-59). En 1866, la Constitution fut modifiée; aux quatre états formés par les nobles, le clergé, les boui^ois et les paysans, on substitua un parlement {Riktdage) avec deux chambres égales ; les lois religieuses doivent être soumises à l'approbation du synode {Kitvhemôle) composé de trente membres du clergé et de trente laïques. Les démocrates (Landmannparti) firent de l'agitation contre cette institution et contre l'Eglise évangélique. Le roi Oscar penchait pour la tolérance, mais il n'y réussit pas ; les dissidents furent exilés et leurs biens confisqués.
La population est fort disséminée : on compte en Suède 11 habitants par kilomètre carré; il y en a 6 en Norvège, 4 en Russie; tandis qu'on en trouve 113 en Hollande, 183 en Belgique. La colonie de SaintrBarthélemy, aux Antilles, a 8,500 habitants.
La Suède a beaucoup d'écoles et d'instituteurs ; son commerce et son industrie sont en pleine activité ; elle a envoyé des missions en Laponie et des expéditions au pôle arctique, car elle est maintenant le point le plus avancé dans cette direction, comme l'Islande i'était au temps do Zenon. Il faat mentionner un négociant, Sobirenkoir, qui a fourni les sommes nécessaires pour le voyage entrepris par la Vega autour du monde, en commençant par le pôle. Avec Nordenskiold elle doubla le cap Kolinskin, et, par le détroit de Behring, passa 4ans la mer Pacifique ; ce problème n'avait pas été ré' solu jusqu'alors.
impartialité, leurs Bentimeata d'humanité en général; luoia il c âe leur indolence, de leur irr^ solution, de leur iuiouciance. Sans parler dti parti national libéral, les paytana et le peuple «ont mal diapoaéa pour les Aitemands.
itt LES TREBTE DEBHIÏBES ANNÉES.
On vante beaucoup Barjesson (mort en 1866) pour son poème de la Création, et sa tragédie â.'£ric XIV. Dans la théologie, Keilaii s'est fait un nom illustre. Beaucoup d'auteurs ont écrit l'histoire de la littérature suédoise. A. Fpyxell voudrait adopter pour elle une classification basée non point sur les données esthétiques, mais sur l'inOuence que la littérature eierce sur le peuple , en développant ou en affaiblissant en lui t'amour de la vérité et de la vertu, le sérieux du caractère et la force morale ; C.-R. Nyblam et Malmstrôm estiment que la littérature, morale ou non, est le miroir d'une cmlisation et des opinions courantes; suivant eux, tout auteur est de son époque et il est d'autant plus lu qu'il en exprime davantage les idées et les sentiments. Aujourd'hui la tendance en littérature est vers l'Angleterre, et, en philosophie (^âj'rom, mort en 1866), vers l'Allemagne.
Le congrès d'archéologie et d'anthropologie tenu à Stockholm en 1874 mérite d'être mentionné ici pour ses études sur l'ambre, sorte de résine fossile qu'on croit particulière à la Baltique, et qu'où rencontre dans les dépAts préhistoriques du Bolonais : ce qui est une preuve de communications très anciennes.
A cause des glaces de la Baltique, la llussie est obligée de faire passer ses marchandises pour l'Occident en grande partie par la Suède. Mais, eu Suède même, les fleuves ne sont pas toujours libres; on songe donc à ouvrir un canal entre Nyaas, près de Stockholm, et Hong, sur la frontière de la Finlande.
LaNoriëge, depuis la nouvelle Constitution de 1865, a réformé le pacte d'union avec la Suède : cette union dure depuis soixante ans, elle est facilitée maintenant par te chemin de fer qui relie Stockholm à Christiania. Dans la Norvège, devenue protestante sous Frédéric I" et Christian III, aucun emploi n'est confié à qui ne professe point la religion luthérienne. Cette règle a été toutefois abolie le 13 mars 1878, escepté pour .le roi, les ministres et les juges: Des missions catholiques s'établissent daùs le pays. «
Les richesses de la Norvège sont le gibier, les fers et les forêts : chaque année, l'exportation est de 24 millions de stères pour les bois en planches, de 4 millions pour les vergues, d'un million et demi pour les poutres, de 10 millions pour les douves. On exporte aussi 7S,000 quintaux de goudron.
D'après la statistique de la littérature norvégienne par F. Baetzmann, et la bibliographie de Thorvald-Boeck, en sept ans, c'est-à-dire de 1866 à 1873, on a publié 2,394 ouvrages, dont 543 pour l'histoira, 467 pour la théologie, 358 pour les beaux-arts et la littérature, 145 pour les sciences naturelles; 673 ont été imprimés à Christiania, qui a maintenant sept journaux quotidiens. Le 36 mai 1763 parut le premier numéro du Christianin IntellizenUsedler: ce jauTnàl vil eacore. En 1871, un journal a été fondé par la Société d'histoire de la Norvège. Mais beaucoup d'écrivains, et en particulier les deux illustres poètes Biôrnstjerne-Biâmson, qui s'occupe de politique et de polémique, et Henri Ibsen, font imprimer leurs œuvres à Copenhague chez le grand éditeur Hegel. Le docteur Broch, à l'occasion de l'Exposition universelle de Paris en 1867, et avec plus de détails encore pour l'Exposition de 1878, a donné en français un excellent rapport, sous leiHtB le Aotfaume de Norvège et le peuple norvégien ;'i\ y traite toutes les questions d'histoire, d'ethnographie, de statistique et do morale. La censure a été abolie en Norvège au moment de la séparation du Danemark; dans le Danemark même, elle persista jusqu'en 1848. L'instruction primaire est aux mains du clergé.
Il n'est plus question de l'union des trois royaumes qu'au point de vue monétaire ; mais il y a un parti qui demeure fidèle & cette union.