CHAPITRE XVII
BELGIODE. — BOLLAHIIE,
La révolution de novembre 1830, conduite surtout par les catholiques {de Gerlacke, de Mérode, de Theux, Deschamps, Ducpétùttix, etc.), a séparé la Belgique de la Hollande pour lui donner la liberté de religion. La Belgique a depuis lors une prospérité el une stabilité bien étonnantes au milieu de tant de bouleversements ; et malgré les crises commerciales de 1849, l'horrible famine qui a sévi principalement dans la Flandre, pays manufacturier, et les terribles inondations de 1673, elle a conservé la monarchie , l'indépendance et la foi. On n'en a pas moins rejeté la cause des malheurs sur le clergé, qui,
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disait-on, aspirait à la théocratie : on abaissa le cens électoral; les campagnes, où l'iDlluence reste aux propriétaires, aux cultivateurs, au clergé, furent dominées par les villes où se rassemblent les désœuvrés et Ids intrigants. Cependant une bande d'émeutiers, venue de France en 1848 pour implanter la république, fut repoussée; et le peuple se serra davantage autour du roi.
Léopold de Cobourg régna de 1831 à 1863 sans ambitioaner des agrandissements; souvent il fut appelé comme arbitre entre des princes ennemis; on lui reprochait un défaut bien rare aujourd'hui, l'écosomia. En 1861, il se réconcilia avec la maison d'Orange et la navigation de l'Escaut fut déclarée libre. Quand grondèrent les révolutions, il offrit à son peuple de se retirer, si on jugeait la chose utile ; on le pria de rester et il continua de régner sans manquer k aucune de ses promesses.
La classe éclairée et la haute bourgeoisie se montrent libérales, plutôt qu'autoritaires et démagogiques comme en France; l'armée a lajuste mesure; les finances, si bien réglées qu'on a pu abolir l'octroi ; l'agriculture est en progrès et lea manufactures prospèrent; on a la liberté de la presse, la liberté de l'enseignement, la liberté des cultes, la liberté des associations. Les catholiques, ens'appuyant sur elles, conservèrent et développèrent les franchises qu'ils avaient conquises pour tout le pays ; ils multipliËrent les écoles et établirent à Louvain une Université catholique. Mais ces libertés parurent une faute au parti qui s'appelle libéral {Frère Orban, Devaux, Nothomb, Hogier, Verhaegen); il abaissa le cens pour faire prévaloir sur les propriétaires des campagnes la foule des cités ; il déclama contre la fondation de monastères, d'h&> pitaux, de refuges, de séminaires; puis, arrivé au ministère, il établit à Bruxelles une Université athée, expropria les corporations religieuses, attaqua surtout l'enseignement libre, et en vint à ce point de croire accorder beaucoup en ne faisant pas disparaître des écoles primaires les emblèmes religieux, et en permettant la prière avant les classes. Cette lutte a troublé le pays, mais sans ébranler la Constitution. Plus d'une fois on a comploté d'annexer la Belgique tantAt à l'Allemagne, tantôt à la France; mais la Belgique est demeurée, pour démontrer l'utilité des petits États.
Une autre démonstration, c'est sa merveilleuse prospérité. La population qui, h l'époque de la révolution, était loin d'al-
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teindre quatre millions, s'est augmentée de 38 '/a- 1^ pfoportîon est beaucoup plus grande qu'en France , dont la Belgique a gardé le code civil avec les règlements relatifs à la succession et à la transmission de la propriété. Tandis qu'en 1846 l'hectare de terrain se vendait 9,416 francs et en rapportait 68, il s'afferme maintenant 10:-t francs et se vend 3,946 francs; le total des importations et des exportations a passé de 775 millions à 7 milliards S6 millions; le commerce spécial, au lieu de 345 millions, donne 3 milliards 512 millions (1).
Des cinq millions et demi de citoyens belges, 498 sur mille parlent le flamand; 433, le fran^is; les autres parlent ces deux langues avec un mélange d'allemand. On compte à peine i ,500 protestants ; il y a 3,000 juifs. La dette s'élève à 1 milliard 358 millions, dont le service nécessite 50 millions.
L'année prochaine (1880), la Belgique célébrera le cinquantième anniversaire de son indépendance; certains partisans, qui font consister tout le mérite dans l'abstention, ont émis l'avis que les catholiques ne prissent point part à ces fêtes, parce qu'on les a traités injustement. Le roi fit à ce propos ces recommandations : « Pour cette date mémorable, qu'on oublie les divisions : renouvelons-nous dans cet esprit viril et sage qui a fondé la nationalité belge; que les partis se rapprochent; faisons des efforts de générosité, de modération, de prévoyance. C'est l'intérêt, c'est l'avenir de notre chère et noble . Belgique qui demande cela à tous par la bouche de son roi. »
La Hollande a élargi sa Constitution en 4848, aboli les i' privilèges de la noblesse reconnus par la Constitution de 1815, établi une seconde chambre de députés élus pour quinze ans parmi les censitaires; les membres de la première chambre sont nommés pour neuf ans par les Etats provinciaux et choisis parmi les principaux contribuables; la liste civile est fixée & un million de florins, La Hollande conserve son activité commerciale', et mieux que d'autres États a résolu le problème de la colonisation, surtout depuis là perte de la Belgique ; elle compte dans ses colonies 18 millions d'habitants et parmi eux 99,000 Européens. La Hollande a trouvé dans la guerre faite aux Indes contre le
(i) Amuaire ttalùNque de la Belgique de l'anni* 1878.
3M LB3 TBBNTE DERNIÂBES AHItÂBS.
royaume d'Atschin une occasion de réunir ce pays h ses possessions, mais elle a cédé à l'Angleterre celles qu'elle avait sur la cAte de Guinée. Elle a des colonies agricoles où elle relègue les vagabonds ; toutefois le développement de l'industrie fait qu'en Hollande les gens sans profession et les condamnés sont peu nombreux. A l'intérieur, le pays est tant soit peu agité par les disputes entre catholiques et jansénistes. Au XVI* siècle, il y avait eu dans les Pays-Bas une première scission entre les provinces du sud et celles du nord, laquelle empêcha seule l'Europe centrale de devenir tout entière protestante. De nos jours, la Hollande a donné à Pie IX un grand nombre de zouaves, et, à l'heure présente, elle soutient les missions d'Afrique. Toutefois , en 1872 , la majorité protestante et gouvernementale a décidé la suppression de l'ambassade près du Saint-Siège.
Mentionnons le ministre Tharbecke {mort en 1873) qui, pendant vingt-cinq ans, a, on peut l'aràrmer, gouverné le pays ; il était libéral et tolérant même pour les catholiques.
Par le Limbourg et par le Luxembourg, la Hollande entrait dans la Confédération germanique ; mais elle en est demeurée exclue par la dernière organisation.
Le prince héréditaire étant mort en 1879 et son frère cadet étant valétudinaire, le roi, parait-il, désignera pour son successeur le prince héréditaire de Nassau, son parent éloigné, et flU de ce duc de Nassau qui, pour avoir suivi l'Autriche en 1 866 , fut dépossédé de ses États par la Prusse, et même dépouillé de ses biens privés.
On peut assimiler au dessèchement du lac Fucin et du lac de Harlem le dessèchement du Zuyderzee : avec une dépense de 340 millions on gagna ainsi pour la culture un terrain de 200,000 hectares. On a ouvert en 1870 un nouveau canal entre Amsterdam et la mer.
La langue hollandaise est cultivée dans le pays ; mais, pas plus que la langue Scandinave, elle ne tend k se répandre.
L'histoire de la Hollande, écrite par l'Américain Motley, est critiquée par Green van Priusterer, qui publie les archives de la maison de Nassau.