DE L'ARCHIDUC MAXIMILIEN D'ADTRICHE
Te coUocA Im pTOTiiiU TanniTa la M> gli oppraui,
(WAKiani.)
Perâinand Maximilien d'AutricIie naquit à Schœnbrunn le 6 juiltet 1833 ; il était le second fils de l'archiduc Charles et avec ses deux frères il reçut tout à fait uoe éducation de famille. Ils habitaient dans le palais royal, chacun une chambre, où se trouvaient un lit, une table de nuit, une armoire, une garde-rohe, un petit bureau, un nécessaire de la plus grande simplicité; auprès d'eux couchait le gouverneur. On leur donna les meilleurs mitres, et parmi eux HaucAer, alors directeur de l'École des langues orientales , depuis archevêque de Vienne et cardinal [■{■ 187S). AU fin de chaque année ils passaient un examen, auquel assistaient tous les membres de la famille impériale. L'amitié de l'un de ces maîtres m'a procuré l'avantage d'y assister une fois, et j'entendis les petits archiducs réciter, entre autres choses, la Pentecàie, de Hanzoni, et mon Exilé. J'ai aussi vu une lettre de Maximilien & ce maître, lettre toute confidentielle où il témoignait son déplaisir d'avoir eu pour sujet de composition l'obligation d'observer la ngueur du droit k tout prix : cette matière lui semblait périlleuse pour un jeune homme qui était sur les marches d'un trAne.
Maximilien s'appliquait à l'étude de toutes les langues de l'Empire, mais il préférait la littérature allemande dans laquelle il appréciait et le génie de Gœthe et le patriotisme de Grillparzer, le plus grand poète de l'Autriche, a qui [en 1859) il dédia, pour son ode i l'armée autrichienne, un ra-
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meau d'or arec uae pièce de vers intitulée : Parole» de douce sympathie.
L«s trois frères étaient alors éloignés du trAno, puisque l'empereur Ferdinand était jeune; s'il mourait sans enfant, il devait avoir pour successeur l'archiduc Charles dont l'épouse, l'archiduchesse Sophie, passait pour une femme d'une ambition égale à sa capacité. 11 fallut Ja révolution de 18i8 pour amener l'abdication de Ferdinand et la renonciation de Charles, ce qui fit arriver au trAne le jeune Franco is -Joseph .
Maximilien tressaillit i la secousse de 1848; il y voyait « e progrès irrésistible de la vie des peuples, que l'homme fort ne doit pas arrêter, mAs qu'il doit diriger, tandis que l'homme vulgaire cède au courant ». Hais les liens patriarcaux eotre le peuple et la maison impériale étaient brisés ; il fallut recourir à la force pour soumettre non seulement la Lombardie et la Hongrie, mais l'Autriche elle-même. Quand, après la prise de Bude, le bourgmestre de Vienne alla au-devant de l'empereur et lui adressa des paroles de soumission, celui-ci répondit : » U faudra beaucoup de temps pour que j'oublie 18i8..i
Maximilien avait combattu avec son frère en Hongrie; il termina son éducation par des voyages. En septembre 18!l0, il débuta par la Grèce, où il fut fêté par une dynastie près de sa chute ; il écrivit ses observations et ses impressions qui furent publiées plus tard en six volumes. Ce travail révèle moins un artiste qu'un observateur original, un jeune homme sympathique, ouvert aux sentiments humains et généreux, et qui, aux croyances religieuses que lui avait inspirées sa mère, joignait des élans chevaleresques. U s'exalte à la vue des magnifiques ruines de la Grèce, de même qu'il se passionne pour les cimetières oîi tous les rangs sont égalisés, n pour les cloîtres paisibles, pour les rites du sacrifice qui unit et résume toute prière ».
Il ût, en 1851, un nouveau voyage comme officier de marine à bord de la Novare; en Italie, il ne se rappelle point qu'il est de la race conquérante et dominante ; & Naples, il prend en dégoût la cour, il se mêle au peuple bruyant et peu respectueux envers un descendant des Habsbourg; en Toscane, plein des idées de Winckelmann, il admire l'art, et dans l'art l'histoire de ses grands-ducs. Il vit aussi l'Afrique et l'effort qu'on faisait pour y greffer la civilisation française.
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Ed Espagne, il bl&ma la raideur de la maison royale qui excluait toute fraîcheur, toute amabilité de commerce ordinaire de la vie et qui tendant à donner une impression de grandeur, arrivait à produire, par le faste, moins d'admiration que d'ennui. Se rappelant l'agitation brutale qui règne aux pieds du Vésuve, il la compare au sérieux, à la grâce , à la noblesse qui ne caractérise pas moins le peuple que les grands dans la péninsule ibérique.
Cependant l'ambition perce dans le voyageur : sur les grands degrés du palais de Caserte, il s'arrfita à une pensée qui lui était déjà venue sur celui des Géants à Venise : « Quelle joie, k certains moments trop solennels pour être fréquents, d'abaisser de cette hauteur ses regards sur une multitude qui se presse à vos pieds, et de se sentir le premier dans cette masse,' comme est le soleil parmi les astres I »
Ils vinrent les jours où il savoura cette joie. A quel prixl A Madère, il fêta le vingt et unième anniversaire de sa naissance, et quand il y revint avec sa femme en décembre 1859, il pensait combien il avait savouré de jouissance durant ces sept ans, combien il avait espéré, souffert, acquis d'expérience et perdu d'illusions. 11 cherchait encore sur l'Océan la paix que l'Europe bouleversée n'avait pu lui donner. Naguère il s'éveillait à la vie et s'élançait dans l'avenir; les heures futures se balançaient devant lui pleines de promesses; maintenant il ressentait la fatigue d'an temps bien court, mais pourtant déjà si amer.
Dans son voyage de 1856, il se rencontra pour la première fois avec l'empereur Napoléon III, qui avec sa perspicacité taciturne et calculatrice reconnut le caractère ouvert, chevaleresque du jeune homme. Dans une lettre qui fut publiée, il l'appelait un des princes les plus distingués de l'époque; il songeait dès lors à l'exploiter.
Maximilien, qui s'était vu plus près du trône quand Libeni attenta aux jours de François-Joseph, fut mis à la tète de la marine après qu'on eut établi àTriestean gouvernement central maritime (1854).
La marine est une carrière qui exige des connaissances nombreuses et variées ; il les possédait et cherchait à les propager parmi les officiers ; il introduisit une nouvelle méthode d'instruction, un uniforme mieux conçu; il créa le musée maritime, l'institut hydrographique; il sollicita la construction de nouveaux bâtiments de guerre; enrichit le
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port de Pola d'un arseoal, d'an aqueduc, de passages; iatrodaisU un excellent esprit dans la flotte, dont jusqno-là on B6 faisait aucun cas. Bientôt cette flotte se fit connaître par le voyage scientiSque de la Novare autour du monde, par la campagne de la Caroline dans l'Amérique méridionale et dans l'ouest de l'Afrique, par la visite que fll le Itadetsky dans les côtes de l'Europe et plus tard elle se signala à Helgoland et à Lissa.
Maximilien passait pour être afi'able, libéral, et doué d'une vivacité qui s'échappait quelquefois en traits trop acérés. Uédiocre de stature, dénué de prestance, depuis qu'une chute de cheval qui avait failli lui coûter la vie, l'avait défiguré, sa lèvre autrichienne pendante lui donnait quelquefois un air hébété, que démentaient bien vite son œil vif et bien, son rire facile et la promptitude de ses réparties. 11 prenait soin de sa barbe et de ses cheveux blonds qu'il séparait en deux parties égales au sommet de la tête. Il portait habituellement l'uniforme d'officier de marine; il recherchait l'éclat, ayant pour maxime que l'avarice dans un prince est un crime : « Les peuples savent que Tai^nt qu'il possède provient do travail de la multitude; les princes sont comme des machines pour le faire circuler. » Il se plaignait a que l'énergie manqu&t actuellement dans les bonnes comme dans les mauvaises qualités; on flotte dans l'indifférence n. 11 aimait les divertissements, les récits, les causes ries, la chasse et, au-dessus de tout, le jardinage. Si l'instruction chez lui n'avait pas eu son complet perfectionnement, il y suppléait par ses lectures et son bon sens ; l'éducation maternelle hii avait infusé des vertus solides et la bienfaisance.
Je ne dirai pas qu'il avait des sentiments religieux, c'est chose trop commune, mais il n'en rougissait pas, ce qui est rare «dans un temps où la religion brûle sans échauB'er »: c'était son expression. 11 savait que la soufFraoce ramène k Dieu et que l'arrogance des esprits forts attend l'heure de la mort pour s'incliner devant lui. A propos de son voyage en Egypte et en Palestine, il écrivait en IWi : « Je ne pouvais m'arracher du SaintSépulcre ; la force que j'y puisais m'attirait continuellement vers lui. A Rome, je trouve l'esprit, & à Jérusalem le cœur de la religion qui ne respire que l'amour. ><
De Rome il envoya un rosaire bénit par le pape, pour qu'on le suspendit sur le berceau de la fille de l'empereur qaî venait
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de nattre. Il admirait la coutume qu'avait le gnavemear de Gibraltar de commencer le repas par une prière faite à haute voix ; il ne pouvait souffrir l'insipide galanterie française qui dégénère parfois en grossièreté; il jugeait sévèrement ce peuple chevaleresque qui a fait périr Marte-Antoinette ; mais il ajoutait que la société humaine doit reposer sur la tolérance réciproque et le pardon.
Dans un de ses voyages, un marin de son bord étant malade près d'expirer, il souffrait de le voir sortir de la vie comme un chien, faute d'un prôtre; l'équipage se tenait groupé autour du lit du moribond, mais nul ne récitait des prières, le respect humain retenait tout le monde. Haximllieu détacha un crucifix pendu au chevet de son lit dans sa cabine, le posa sur la poitrine de l'homme, et, s'agenouillant à ses c6tés, un livre de dévotion à la matn, il commença la prière ; tous y répondirent aussitôt, jusqu'aux officiers peu habitués pourtant à la pensée de la mort, et c'est au milieu de ce pieux concert que l'infortuné expira.
La venue de l'empereur à Milan en 1856 fut un moment décisif pour l'avenir du royaume Lombarde-Vénitien et, par suite, pour l'avenir de toute l'Italie. II s'agissait de soustraire le pays au gouvernement militaire et de lui donner une organisation nouvelle h supposer que les vainqueurs de la Révolution saisissent le moment où l'échec de celle-ci inclinait la partie saine de la population vers des idées d'ordre. Mais sur ce point les esprits étaient partagés. Reviendrait^n à l'ancien système qui tendait à considérer le Lombard- Vénitien comme une province dépendant entièrement de Vienne, ainsi qu'on le faisait du temps de François I"? Voudraitron le séparer du centre et lui accorder l'indépendance administrative comme au temps de Marie-Thérèse? ou en former un royaume qu'une union personnelle aurait seulement rattaché à l'Empire?
Les Lombardo- Vénitien s se tenaient, comme toujours à l'écart du gouvernement qui, pour cette raison, ne pouvait obtenir des informations et des conseils qu'en s'adressant à des employés serviles ou & des réactionnaires vindicatifs et ambitieux ou eu consultant des journaux étrangers que rédigeaient des émigrés avec l'exagération et le manque de sagesse qui leur sont habituels.
Ils n'appartenaient à aucune de ces catégories, ceux qui firent présenter à l'empereur d'Autriche un mémoire où ou
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lui exposait les avantages à espérer de l'attribution à son frère Maximilien de plus amples pouvoirs. On demaudail qu'il pAt, avec l'assistance des assemblées coasultalives, Iraorher sur place toute question étrangère à la politique; il y aurait eu une contribution à payer à l'empire , des employés de pays, une cour particulière; l'union personnelle aurait été consenée, et l'administration séparée.
On revenait ainsi à l'ordre de choses qui avait précédé les bouleversements joséphistes et les cinquante années de système centralisateur de François I", à l'époque où l'on respectait l'autonomie et ob l'on ne gardait à Vienne que le haut domaioe; du reste, les impMs devaient être fixés et répartis par le pays; en Tait des soldats, on n'aurait Tourni que des volontaires; le sénat, indépendamment de ses allributions de cour suprême, devait enregistrer tous les actes souverains, lesquels ne seraient devenus exécutoires que lorsqu'ils auraient été reconnus conformes à l'intérêt et aux coutumes du pays; il ne serait guère resté aux gouverneurs que la représentation, même quand cette Tonction aurait été confiée à un archiduc.
Maintenant que la révolution avait secoué la torpeur du peuple, qu'on avait introduit le gaz, la télégraphie électrique ainsi que de nouveaux systèmes d'enseignement, pourquoi ne pas vouloir appliquer ces changements avec l'intervention de la nation ? pourquoi ne pas rendre au pays une part légitime dans le règlement de sa propre destinée? On allaitencore plus loin, on insinuait le projet d'une confédération pour tous les États d'Italie, avec le pontife pour président d'honneur;la Lorabardo-Vénétie serait entrée comme État autonome dans la confédération italienne, laquelle aurait été déclarée neutre comme la Suisse et la Belgique, ce qui aurait dispensé de la nécessité d'une armée active; pour le maintien de la paix intérieure, on en aurait formé une petite à laquelle chaque Etat aurait contribué au prorata de sa population. On couperait court ainsi aux aspirations du Piémont à l'hégémonie ; il serait forcé ou de s'abstenir, ce qui l'isolerait, ou de s'associer en abandonnant les idées de conquête ; le Lombard-Vénitien, mieux administré que les autres pays, doué de plus d'activité et de vie, regagnerait aisément cette prépondérance qu'il avait eue pendant le moyen Âge et qui lui était revenue dans le royaume d'Italie, au commencement du siècle.
Pour préscntPr ce programme mûrement médité, on choi-
ibïGooglc
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sit le comte Joseph Archinlo, gentilliomme milanais, par des idées révolutionnaires eL an ti -autrichiennes, au point d'avoir été chargé par la cour d'aller officiellement demander une épouse pour l'archiduc Maitimilien. Mais il semble en vérité que l'Autriche ne doive jamais faire preuve d'une politique grande, de résolutions hardies, larges, imposantes ; embarrassée qu'elle est par mille considérations, par mille réQe^iions étroites, elle s'arrête toujours k mi-chemin, recule, s'éclipse. Ce serait à lui attribuer une incapacité radicale à faire le bien.
L'épouse destinée à Maximilien était Charlotte, née le 7 juin 1840, fille deLéopold de Cobourg que la révolution de mil avait fait roi des Belges, le plus remarquable peut-être des princes de notre temps, car il a su concilier le respect des libertés de la constitution la plus démocratique de l'Europe avec l'énergie nécessaire pour gouverner un peuple nouveau, menacé par les embûches de puissants voisins, et qui différait d'avec son souverain en fait de langue de religion et de culture. Louise, sa mère, flUe du roi des Français, était morte de bonne heure, de sorte que Charlotte grandit seule au milieu de ses livres; elle apprit résolument l'allemand, l'anglais, l'italien, l'espagnol, sans parler de sa langue natu- ' relie le français et du flamand ; elle retenait tout ce qu'elle lisait, aimait l'étude à la fureur, recueillant l'essence des choses plus que leur forme. Belle de sa personne, pleine d'entrain dans la conversation , elle avait dans le caractère une fermeté qu'on ne s'attend pas à trouver dans une enfant née sur les marches d'un trftne; unissant l'abandon à la prudence, au-dessus du soupçon, l'ime fixée au juste et au bien, toutes ces qualités lui présageaient une haute destinée. Son père s'en flattait dans sa prédilection pour elle. Sa prudente ambition le porta à accueillir et à recommander sérieusement le mémoire des Lombards comme utile à l'Autriche et favorable à sa bien-aimée Charlotte.
Après avoir épousé l'archiduc le 27 juillet 1857, Charlotte vint en Italie , entendant murmurer à ses oreilles le mot funeste des sorcières à Macbeth : Tu régneras,.
Une telle espérance parut d'abord légitime, car les ministres qui séjournèrent à Milan lors de la visite de l'empereur, discutèrent gravement le projet dont on vient de parler; ils examinèrent les pouvoirs que Marie-Thérèse avait attribués à son fils Ferdinand quand elle l'institua gouverneur de la Lombardie; ils interrogèrent quelques personnes
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au courant de l'histoire et de la politique ; à la fin , Schmerling, Bach, de Bruck firent prévaloir le système de l'unité, en remplaçant seulement l'unité aristocratique par l'unité, bureaucratique, parce qu'ils jugeaient celle-ci nécessaire à la régénération de l'empire : la devise adoptée, Viribus unitû, leur sembla repousser toute distinction entre les provinces si hétérogènes de l'empire. Avec la disposition qu'ont d'ordinaire les libéraux à croire toute chose faisable, les ministres supposèrent qu'il serait aussi facile de détruire les habitudes, le désir d'indépendance, les légitimes conquêtes du temps et de la paix, qu'il l'avait été de dompter les insurgés ; les victoires récentes leur donnaient une conflance démesurée, uod dans la sagesse politique et la justice, mais dans l'armée, prompte à réprimer les velléités piémontaises. Ou se modela sur les gouvernements constitutionnels k la française et l'on voulut conserver l'intégrité de la puissance directrice au ministère, qui demeurait responsable seulement devant l'enapereur.
Ici commencent les contrariétés, et les infortunes qui remplirent la courte carrière de Maximilien. Il pensait déjà ce qu'il devait dire au moment de son supplice : « Les hommes de ma condition sont destinés k rendre les peuples heureux ou & mourir martyrs. » C'est à peine si on lui donna le titre ' de vice-roi : il eut une chancellerie avec deux conseillers seulement, dont l'un était allemand. Cependant plein d'une conflance juvénile, aiguillonné par les aspirations hardies de son enthousiaste épouse, Maximilien prit le gouvernement de la Lombardo-Vénétie, dans l'espoir de gagner par des promesses ceux que la force n'avait pu réduire. Il disait : « Les peuples ne sont pas ingrats; amour ou dédain, ils rendent tout avec usure. »
Le comte Andréa Cittadella Vigodarzere était le personnage le plus marquant en Vénétie par la richesse, le talent, l'intégrité, l'indépendance de caractère. Maximilien désirait le placer auprès de sa femme en qualité de grand majordome. Celui-ci refusa par souci de sa liberté et pour garder cette dignité personnelle qui lui assurait la première situation dans son pays. Maximilien se rendit en personne auprès de lui et il arracha son consentement. Il rechercha d'autres personnes de cœur et de sens, qui pouvaient dire comme Guizot : « En venant à la cour, j'y apporte la vérité; si cela ne vous plaît pas, je m'en vais. i>
VIE DB l'abchidoc haxihilien d'autbiche. 37tf
Uo Italien, qui avait été son maître à Vienne et qu'il reconnaissait avoir été le premier à lui faire aimer l'Italie, lui avait fait entendre que , du temps du vice-roi Eugène Beauharnais, la cour était pleine d'éclat, et que toutes les familles sollicitaient l'honneur d'y 6tre admises ; tandis que le vice-roi Rénier, ne pensant qu'à épargner de l'argent pour acheter des terres, était tombé dans la déconsidération.
C'est en vain que d'autres cherchèrent à lui persuader que la médiocrité est l'idéal do notre siècle, que la grande fortune et le luxe qu'elle entraîne s'accordent mal avec les aspirations modernes, que le faste blesse ceux qui souffrent et irrite ceux qui s'attachent à l'imiter. L'archiduc déploya un luxe royal, espérant par là attirer les riches et éblouir le vulgaire : il traitait magnifiquement, bien qu'il se contentât pour lui-même de peu de mets que lui apprêtait une vieille gouvernante. Il embellit les résidences de la cour; il dota le palais de Milan d'un jardin et d'une somptueuse chambre à coucher où, quelques années plus tard, devait dormir le destructeur de la grandeur autrichienne.
II était toujours en mouvement, donnait des audiences en marchant et volontiers dans le jardin. Ayant appris que Pie IX voyageait dans ses Etats, il courut recevoir sa bénédiction à Pesaro (39 avril 18S9). Le poète Manzoni étant tombé gravement malade, il allait chaque jour savoir de ses nouvelles. 11 disait : '< Placé à la tête de la Lombardo-Vénétie, je dois me souvenir que du sang italien coule dans mes veines, et prendre en main la cause d'une nation que mon illusti'e bisaïeul (Léopold II) aimait tant, et dont il a si bien mérité. <> 11 favorisait les arts avec un goût intelligent, ce qui parfois déplut aux artistes gâtés par l'adulation des journalistes; il écoutait, 11 examinait, il visitait; mais, jeune et dépourvu d'expérience, il n'apportait pas assez de discernement dans le chois des personnes; il était entouré (inconvénient inévitable dans les cours) de gens plus attentifs à lui plaire qu'à l'éclairer. Les suggestions du premier secrétaire venu suffisaient pour faire écarter les meilleurs conseils; des charlatans habiles qui lui apportaient leur prose ou leur personne lui faisaient adopter des partis peu nobles et des prévisions frivoles, ou répandre des faveurs mal placées. D'autres lettrés lui offraient leurs services et demandaient sa faveur; il acceptait des dédicaces, payait des travaux et des articles à sa louange, heureux peut-être de les montrer
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h. sa femme dont la seule présence lui rappelait sa nullité.
Du Piémont voisin, il venait continuellement des bouffées d'un air hostile i II y avait là un grand nombre d'hommes qui, en dépit de l'amnistie la plus large y séjournaient en affectant l'attitude d'émigrés, et Faisaient leur orflce habituel d'indisposer le pays, même de le pousser à la révolte; ils dénonçaient quiconque semblait se rallier, ils insinuaient que d'antres allaient plier ; on faisait routier le mot retentissant d'Italie, en opposition non seulement avec la domination étrangère, mais avec tous les autres souverains de l'Italie que l'on affirmait Être vassaux de l'Autriche. Les organes de la petite presse, fléau qui ne faisait que de naître, ne cessaient de plaisanter sur l'archiduc, sur sa flottille, sur le rble de K petit Pluton qu'il prétendait jouer tandis que le vrai Pluton lui donnait sur les doigts et lui imposait silence ».
Le jeune prince pensa qu'il pourrait utiliser cette arme de la presse périodique, mieux qu'eu faisant passer des articles dans les feuilles étrangères : un seigneur, aussi riche que distingué, qui lui était dévoué, crut faire merveille en fondantune Gazette italienne. Mais il avait si malheureusement choisi son personnel , que dès le premier numéro le journal tomba. Et pourtant le rédacteur s'était assuré le concours des plus beaux esprits de France et d'Italie. Les journalistes piémontais firent des gorges chaudes de cette entreprise avortée.
Haximilien eut encore plus à souffrir de la jalousie présumée de la cour autrichienne ou plutôt du ministère, au point que le pays ne tarda pas à s'apercevoir que son autorité était nulle. La multitude, qui a coutume de croire qu'il suffit de vouloir le bien pour le faire, sa laissait aller de plus en plus h la désaffection, maintenant que la liberté de la presse dans ce pays, et plus encore au dehors, faisait écho à ses besoins, à ses désirs, et même à ses utopies en rendant encore plus amères l'absence de certains biens , la persistance de certains maux.
Bien que l'empereur, par son motu proprio du 28 février 1859, eût enjoint à l'archiduc « de reconn^tre les besoins du pays en tout ce qui concernait son développement intellectuel et matériel, et de prendre en temps opportun et résolument l'initiative des mesures à réaliser et des institutions à créer pour y pourvoir », le lieutenant civil de Milan et celui de Venise suivaient plutAt l'impulsion du ministère que celle du prince, et se plaisaient à le faire sentir; encore
TIB DE l'ARGHIUDC ItAXINILlEN D'AUTRICUB. 3S1
plus le commandant militaire. Le prince, ayant été snpr plié d'exempter de la taxe habituelle une loterie de bienraisance, Ht savoir, en y consentant, que la permission lui était venue de Vienne ! Un émigré demandait à venir visiter son père mourant; enannonçaoïrautorisation, la Gazette indiqua que l'archiduc s'était adressé à Vienne pour l'obtenir. Un certain Vacani, ontcier de Napoléon, devenu autrichien, était arrivé en s'insinuant au poste de vice-président de l'Institut lombard; tout le monde tremblait qu'il ne parvint à la présidence. L'archiduc assura que, lui vivant, il n'y arriverait jamais, et le lendemain Vacini était nommé.
Il restait à Maximilien le domaine des actes de bonté personnelle : il serait long de raconter ce dont personne n'a parlé, les traits de bienfaisance, de bon sens, de courioisie, de générosité, grftce auxquels il cherchait à porter plus dignement le titre de prince et triompher, mieux que par l'éclatdes promesses, des répugnances des Lombardo-Vénitiens k l'égard de l'étranger. Toute misère qu'on lui révélait était secourue. Le 6 février 1858, il descend à la porte de llnstitut des aveugles, visite tout, s'informe de tout, assiste aux expériences : l'aveugle César Lnvoni compose et met en musique quelques strophes, les aveugles les chantent et l'impriment pour consacrer la mémoire de cette heureuse visite. Le l.S, il parait h l'improviste à Lecco, fait venir le commissaire, le curé, le premier magistrat, visite avec eux cette manufacture alors en grande vogue : il parcourt ensuite le pays du Territorio; entre dans les habitations, distribue des secours, examine les actes du commissariat, les archives, les instituts de bienfaisance, laisse trois cents livres pour l'hApital de Lecco, deux cents pour l'asile des vieillards d'Acquato, paroisse do don Abbondio (1), l'argent nécessaire pour acheter un orgue, trois mille livres pour être distribuées par le commissaire aux plus indigents ; promet d'obtenir la libre importation des soies, et repart pour Milan (dit la relation) au milieu des acclamations enthousiastes d'une foule innombrable, bien qu'on eût essayé d'empêcher toute démonstration.
Les souffrances de la Valteline étaient plus grandes; là, le vin et la soie ayant manqué, les propriétaires se trouvaient réduits à la condition des plus misérables de leurs tenan-
(I) Le curé ct«» PUmeé» de Hanzom.
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ciers ; beaocoDp n'avaieot pas de quoi chauffer leurs étuvea et recherchaient la chaleur des étables. Quel devait 6tre le sort des prolétaires? Mazimilieu voulut voir de ses propres yeux cette misère : il pénétra dans des hameaux, dont les cabanes n'auraient pas été convenables, disait-on, pour les animaux. Nous avons un dossier considérable de pièces sur cette terre malheureuse, car il avait voulu se procurer les plus minutieuses informations. Il demande des subsides, quand ses propres ressources sont insufflsantes.
De son cAté, la princesse Charlotte visitait les établissements publics, surtoutles écoles primaires: à No6l, elle réunit à la cour une foule de bambins autour de l'arbre du Christ; au carnaval , elle prit part aux réjouissances qui avaient été interrompues pendant bien des années.
Quoique résigné à la soumission , quoique manquant de vigueur pour résister k des volontés plus fermes, Maximilien dut sentir les inconvénients d'une autorité impuissante, à mesure qu'il entendait prononcer plus haut autour de lui les mots de progrès et de nationalité. Il courut donc à Vienne pour faire consolider, étendre, mieux définir ses attributions. A son retour, il publia une circulaire en mauvais italien qui se terminait ainsi : « Le temps de la réflexion est passé, maintenant commence l'action. »
Illusion I il ne put déployer cette action que pour des actes d'importance secondaire et montrer ses aspirations; après un ezorde aussi fastueux, les attributions dont il se vantait parurent des plus limitées. Toutefois ceux qui pensent que sous toute espèce de gouvernement il faut chercher les améliorations possibles et féconder tous les germes, se plaisaient i voir dans celui-ci les éléments d'un système consultatif, qui pourrait mener plus loin. En fait, Maximilien chargeait Gori d'un projet pour les finances, Lanfranc d'une nouvelle procédure judiciaire, Stefano Jacioi d'une enquête sur les souffrances de la Valteline, Sampietro de la révision du système communal, Pasatti de la régularisation du cours du Ledro et du dessèchement des vallées véronaises, Valentino Posini d'un plan pour la péréquation de l'impAt entre les deux parties du royaume : toutes personnes convaincues que la recherche du bien-être du pays n'était pas trahison envers la patrie et que celle-ci n'existait pas seulement au delà du Tessin.
En même temps il s'occupait de rectifier les ports de Ve-
TIE tiB L'ARCDiDDC HAXIHlUliN d'aUTBICHB. 383
ntse et de Côme, d'abolir les servitudes féodales et de vaine p&turei d'améliorer la condition des médecins appointés ; il pensait à construire les édifices proposés pour Milan, il voulait agrandir la place du DAme, établir un jardin public et une vaste douane. La restauration de la basilique ambroisienne, pour laquelle l'empereur avait assigné des Tonds, était coudée par lui à Frédéric Schmidt, architecte de la cathédrale de Cologne. 11 fit dresser un tableau des monuments artistiques et historiques qui méritaient d'être conservés par le gouvernement (19 décembre 18S7]; Pierre Selvatico et César Foucard furent chargés de ce soin pour la Vénétie. Le premier rapport fut présenté le 9 mars 1858 et publié en février 1859 : il comprenait la description de la basilique de Saint-Marc et du dAme de Murano : le palais ducal, le magasin des Turcs , la chapelle de l'Arena de Padoue devaient suivre. Il méditait surtout une réforme de l'instruction publique, et pour cet objet il répartit entre plusieurs personnes et entre plusieurs corps scientiUques la mission d'exposer les principes à suivre pour organiser l'instruction primaire, l'enseignement desuniversités et l'enseignement des beaux-arls : il leur demande des avis et des projets, s'adressant principalement au marquis Selvatico et à César Cantti, afin n d'imprimer à l'exercice des heaux-arts et aux études qui s'y réfèrent une direction qui aidAtà faire revivre les anciennes gloires de l'Italie».
Selvatico avait blessé les artistes vénitiens, parce que, dans SOD ouvrage n sur l'enseignement libre des arts de dessin substitué aux académies, u il proclamait que le travail individuel avait formé nos grands maîtres; et en cela il était secondé par Robert d'Azeglio, bien que ce dernier, alors à Turin, songe&t à instituer l'Académie Albertine.
Quant à Cantii, chargé d'un plan d'éducation littéraire, scientifique et artistique, il se réjouissait d'une occasion offerte si rarement à un Italien de répondre à une demande de réforme pour le bien de son pays ; il aspirait à y donner une importance plus grande que celle d'un simple changement dans la méthode de tire ou d'écrire; il mettait en pratique les idées de liberté qu'il a toujours défendues; par dessus tout, il cherchait à soustraire cette éducation à l'ingérence du conseil scolaire de Vienne, de façon que, sur ce terrain du moins, l'indépendance fût acquise. Dans ce but, on mettait h la tâte de l'enseignement le littérateur le plus
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distingué du pays, qui aurait pour te conseiller l'Institut des sciences, lettres et arts, réforme et devenu en quelque sorte national et libéral avec sagesse : les universités subiraient des modifications conTormos au progrès moderne; il'y aurait à Milan une école polytechnique, à Venise une écolo navale : l'Académie des beaux-arts ne viserait plus à fomenter la médiocrité, mais à soutenir le génie : les écoles élémentaires emploieraient les méthodes les plus expéditives, recevraient une nouvelle vie de l'organisation communale que l'on élaborait et une impulsion heureuse des écoles normales : les écoles professionnelles fonctionneraient parallèlement aux écoles classiques. L'enseignement devenu libre, on donnerait une souveraine importance aux examens de rigueur, qui seraient passés , suivant une méthode plus rationnelle, devant des personnes capables et indépendantes. Les réunions des instituts et des universités, faites chaque année dans des villes différentes, devaient ressusciter les congrès scientifiques et devenir d'une utilité pratique en mettant en lumière les talents de professeur, que le gouvernement enverrait ensuite où il serait nécessaire.
L'archiduc se montrait très favorable à ces innovations ainsi qu'à l'émancipation de l'enseignement privé et de l'enseignement ecclésiastique; il aurait aussi volontiers "supprimé la séparation entre la Lombardie et la Vénétie, pour établir une union fraternelle et puissante.
Ces préléminaires posés, il songeait à réunir une assemblée nombreuse de savants, d'artistes, d'évSques pour en discuter l'exécution définitive, et où l'on se garderait bien d'imiter les Prussiens, les Français, les Belges, sous prétexte d'éclectisme : le jour était Axé, les appartements même étaient désignés dans le palais de Monza : on trouva plus tard les noms écrits sur les portes des chambres et ces inscriptions devinrent des griefs accusateurs.
Maximilien aimait peu le militarisme et il déplorait que l'Autriche, après 18i8, eût été obligée de s'appuyer sur la force des armes. Il ne regardait donc pas d'un bon œil le général Giulay, qui avait remplacé Itadeizky dans le commandement de l'armée de Lombardie. Mais celui-ci jouissait d'un grand crédit parmi lâ noblesse de cour à Vienne et il se montra hostile à Maximilien , jusqu'à insinuer que le prince trempait dans les complots des conspirateurs italiens et songeait à se rendre indépendant. Il souffia en haut lieu la jalousie et la
TiB SE l'ahceiduc maxihiuen d'authiche. 385
malreillaDce, pendant que la bareaucraUe viennoise tournait en dérision les fantaisies juvéniles de l'arcbiduc.
Sur ces entrefaites, le docteur Jean-Baptiste Bolza, autrefois précepteur de Maximilien, vint à Milan, et avertit Cautù, qui lui exposait les préliminaires de cet accord , que le ministre TMin lui avait dit : » Rien ne se fera. » Et, en effet, rien ne put se faire.
A cela vint s'ajouter un triste événement : Maximilien avait invité à Monza son frère Charles-Louis avec sa jeune épouse Mar^erite de Saxe; celle-ci, prise du typbus, mourait en peu de Jours, et le 90 septembre on lui rendait les honneurs funèbres avant de la transporter à Vienne (1). Les préparatifs furent interrompus et la cour se dispersa.
Tandis qu'on secondait si mal à Vienne la bonne volonté et la très loyale fidélité de Maximilien, les Lombards émigrés en Piémont s'irritaient de son attitude et s'en effrayaient à la pensée que les bons procédés du prince pouvaient réconcilier le peuple avec la servitude et rendre plus difficile la préparation à l'hégémonie sarde. Leur terreur s'accrut, lorsque quelques seigneurs lombards qui étaient en relation avec le ministre piémontais , adressèrent à Cavour une lettre où ils l'informaient que la conduite de Maximilien lui gagnait de plus en plus les esprits, si bien qu'ils se résignaient à la domination étrangère et qu'on ne pouvait plus se fier an succès d'une insurrection.
Nicomëde Bianchi, qui rapporte ce fait, ajoute que Cavour renvoya cette information à La Farina, chef offlciel de toutes ces trames, et qui, avec te gazzettino, s'était fait dictateur de l'opinion conspiratrice.
M. Henry d'Ideville, dans le Journal d'un diplomate, assure avoir entendu Cavour dire au baron de Talleyrand : a Savezvous quel était en Lombardie notre ennemi le plus terrible, celui que nous craignions le plus et dont nous comptions tous les jours les progrès ? L'archiduc Maximilien , jeune, actif, entreprenant, qui se donnait tout entier à la tâche difficile de gagner les Milanais et qui allait réussir. Déjà sa persévérance, sa manière d'agir, son esprit juste et libéral, nous
(1) L'ftrchidac Ch&rlea épousa deptiii Harie-Thérbse ds l'Immaculée- Concepiion, >œur du roi d« Naplee. Il eut d'elle, en t6S3, ua fili, Fran- (oit-FerdiDand, qui Tut appelé, en ISTS, i hériter des bieaa immeotet da Fran{oi» V, autretoii duc de Modëae, i, la condition d'apprendre l'ilatica et de prendre le titre de duc d'EaM-Autrîebe.
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avaient Até beaucoup de partisans ; jamais les provinces lombardes n'avaient été si prospères, si bien administrées. Grice à Dieu, le bon gouveroement de Vienne intervint, et. selon son habitude, saisit au vol l'occasion de faire une sottise, dd acte impolitîque, le plus funeste à l'Autrichd, le plus avantageux au Piémont. Les très sages réformes de l'archiduc avaient porté ombrage au vieux parti de la Gazette de Vérone et l'empereur François-Joseph rappela son trère. Je respirai à cette nouvelle; la Lombardie ne pouvait plus nons échapper (i). »
Poussé par Cavour, La Farina, qui menait alors le branle, trouva nécessaire de répandre plus activement que jamais les insinuations, les soupçons, les fausses nouvelles. U commença par annoncer à titre â'on-dit une pétition à l'empereur d'Autriche pour lui demander de faire roi de la Lombardo- Yénétie son frère Haxlmilien. Les journaux te répétèrent, chacun y ajoutant une broderie : la pétition courait, elle était signée par un grand nombre de notables ; on disait qui la publiait et la propageait.
Kn pareil cas, il fout personnifier l'idée qu'on avance par un nom dont on fasse un type. &t comme Aristophane prenait pour type des sophistes Socrate, leur plus grand adversaire, de mente on chercha le nom d'un champion de l'ordre moral, libéral ancien qui ne frayait pas avec les nouveaux, qui, placé entre la jalousie des ricl^es et la sympathie des petits, avait appris à ne compter que sur lui-mfime, qui s'était toujours montré passionné pour l'indépendance, et d'âne franchise telle qu'on ne pouvait lui supposer des intentions basses (2).
(1) La gnada oMîata ftit tonjoan «tue tôt eiwaiH n* dvriiHWDt ptM donx. Bwflaôo fnUia uim leur*- «n tS47 ov, M«ario* Fiouai hù dk»it : H L'ui)iqH« coiu;«uioii qfie ooqji cRÛgDÎoiu cUi ^JUrichûni asl ceUa du ni, ' et Lotiia Toralli ajouts : • Le bruit courait en LoiiiJ>ardi« que le gonveraemeat roulait abaisser le prix du sel; j'en Au terrifie.. . » (Souuenir du cinq journéei.)
(3) H. Nicombde Biaoahi a. imprimé dans 1» Sioitta oont»mp«mua d*amllS£3,p.9,.quea un pi|i(tMns document deUmain du.comla de Caiour mentionne la venue k Turin de quelques Lombards pour lui persuader que leur paf l u tiendrait pour «atisfail d'aToir pour roi ou vice-roi l'archiduc Maiimilienj n et il ajoute s que lei aomsdes solliciteurs étaient honorables, " U nous semble qu'on ne psut passer légèrement sur an fait d'autant plus important que des persoanee honorable* s'; méUiéDt; elles demandaient ce que, nous Lombards, nou* avon« tom'ours aoutenn n'avoir jamaja été proposa. 11 est étrange que cette ouverture ait été flite &u
VIB BG l'aRCHISUG ItAXHUUBR d'aCTRICBE. 38T
T avait-il qnelqae chose de vrai dans de tels propos? En T^té, la conscience exige que celui qui accuse prouve ; mais ici l'accusé demande en vain la preuve, le document, un Jury d'bonaenr. Trop chère est ans braillards l'occasion dé faire expier à quelqu'un sa popularité et sa dignité.
Du reste, de toutes les solutions de la question italienne, celle-là n'était pas la plus absurde pour qui n'avait pas deux cent mille baïonnettes 4 tourner contre les Allemands. Ne puions pas des larges conditions qne Hûmelhaner araitapportées au gouvernement provisoire de Milan quand branlait le plus la fortune autrichienne ; mais lorsque celle-ci fut raffermie, lorsque la Lombardiefbt réoccnpée et les Piémontaîs repousses, en septembre 1848, le ministre Wessemberg avait proposé pour bases k la médiation anglo-française de constituer le Lomhard-VénitiBn en royaume séparé, sons la suzeraineté de TAutricbe, mais avec un statut particulier, une assemblée élne par le suffrage nniversel, et une armée nationale. Ces conditions plaisaient surtout k Bastide, ministre do la répuMiqne française, parce que les peuples auraient ainsi acquis tes qualités politiques dont ils manquaient et dont une aussi longne servitude leur avait Tait perdre même l'idée (1).
Déjà la Confédération germanique qui se modifiait sons la présidence de l'archiduc Jean, s'était montrée favorable à une constitution autonome pour la Lombardo-Vénétie, et & une fédération nationale italienne.
Mais tout était alors à l'idée nnitaire et il ne fallait rien moins que la crédulité révolutionnaire pour supposer qu'un archiduc allait se proclamer le soldat de l'indépendance italienne. Un prince qui avait l'esprit de soumission jusqu'à dire ; m Je regarde comme le plus beau privilège de ma position d'être tonjours le premier h attester ma fidélité de sujet, mon amour et mon admiration pour Sa Majesté, » ce prince, disons-nous, aurait été le moins propre h Jouer le r61e de Walleuateln. Nous n'irons pas jusqu'à dire que personne n'ait TU avec faveur les projets de conciliation présentés par le comte Archinto, mais su^érer l'idée d'nn royaume détaché efit été un crime de lèse-majesté qni aurait conduit, suivant la loi, son antenrà la prison.
comte de C>*out, et Dotu demuulODi en vftia de* iclunùwMaest* nt mt fait à L'sppni dnqael on mit en ST&ut tu nom honorabU pour mieux oombattre l'archiduc. Ce nom Atait celui de Cantb. (1) Mptobe de Butide i B««umaBt, Il octobre IMS.
38S BtSTOnS UKITERSELLE.
En réalité, personne ne vit celte pétition; Baretta, président du tribunal, k qui Ton demandait s'il l'avait signée, répondit que si quelqu'un la lui avait apportée, il l'aurait immédiatement dénoncé k la justice ; et pourtant des gens qui ne mentent pas à toute occasion eurent toutefois le courage d'inventer cette histoire. Cette pétition ne parut pas au moment où tous vantaient les mérites ou lançaient tes accusations, et pourtant elle servit de thème à de brutales attaques. Avoir cherché, cela fût -il vrai, un moyen de rendre indépendant la Lombard- Vénétien devint le prétexte de violentes invectives au dehors, d'insultes menaçantes au dedans. L'imposture était grossière, mais n'importe; la calomnie ne dur&t-elle qu'un jour, ce jour suffit aux intentions de ceux qui l'on b>in ventée. L'artifice réussit à merveille ; il en résulta que haïr le prince s'appela patriotisme, contre-carrer ses vues devoir de citoyen ; qu'il se trouva isolé de ceux qui lui auraient dit la vérité et au pouvoir d'intrigants qui abusaient de son inexpérience ou bien k la merci de secrétaires ou de majordomes ignorants qui le flattaient et lui Taisaient faire des fautes.
11 devait en 6tre amèrement affligé, d'autant que, sur ces entrefaites, le mariage d'une fille du roi de Sardaigne avec le prince Napoléon s'étaat accompli, le Piémont, soutenu par la France, se montra plus hardi et plus menaçant que jamais ; il fallut nécessairement que l'Autriche armât, c'est-à-dire ftt prévaloir encore l'élément militaire auquel l'archiduc avait voulu soustraire le royaume au prix de tant d'efforts.
Maximilien renonça donc à ses pouvoirs et & toutes ses charges, excepté à celle de commandant de la marine. Il abandonna presque, en fuyard la Lombardie, qui, retombée aux mains des généraux, fut bientôt conquise et cédée comme on le sait.
Le roi Léopold, toujours désireux de mettre une couronne sur la tAte de sa fille Charlotte, insista, tandis qu'on négociait les accords de Zurich, pour que la Vénétie fût érigée au profit de Maximilien en royaume séparé et faisant partie de la Confédération italienne. U s'efl'orça, du moins, de le faire nommer gouverneur de la Vénétie; mais les restrictions mises à l'amnistie et les brigues des créatures de M. de Hetternicb firent échouer ce projet.
L'Autriche s'appliquait à réparer ses grands revers en augmentant ses forces maritimes, et l'archiduc Maximilien,
TIB DE LAHCHIDUG HAXIiaUBH D' AUTRICHE. 389
qui avait déjà travaillé à les améliorer, s'y adonna avec passion, comprenant bien que lit était le seul moyen de défendre Venise et de conserver la suprématie dans l'Adriatique. Un contrefort abrupt du Carso, rev6tu d'oliviers, venant mourir dans l'Adriatique au-dessous de l'admirable voie ferrée de Nebrezina et d'où l'on domine l'immense étendue de la mer, la plaine du Frioul, et Trieste, la ville prospère, fut le lieu choisi par une îmaginatiou poétique et une ambition mal dissimulée. Hazîmilien y éleva le chAteau de Miramar, de forme carrée, pareil aux grands édifices dont le moyen &ge a doté Venise, avec une variété infinie de terrasses, de tourelles, et de balcons fouettés par le vent. Au moyen de terres rapportées, il se fit planter un jardin féerique à la fois monumental et rustique, où les eaux de la Reka amenées à grands frais arrosent les fleurs élégantes de l'Italie et tous les arbres du midi; de larges escaliers mènent du cbalet de la Méditation jusqu'à la darse.
Dans le palais, tout est peint et doré, tout resplendit d'armures, de trophées, de boucliers, de bois de cerf, de statues, de tableaux, d'albums précieux; on y voit les objets rares recueillis par le prince dans ses voyages, ou donnés par les Lombards-Vénitiens, dont quelques-uns venaient encore le voir, mais en secret, comme un malfaiteur. Là sont rangés les chefs-d'œuvre des littératures allemande, anglaise, française, italienne, les portraits de grands personnages ou d'amis, des peintures modernes; voici le grand siège orné d'incrustations vénitiennes qui servit à Radetzky pendant ses dernières années ; voici un bureau élégant sur lequel Marie- Antoinette avait écrit et dont se servait alors une princesse destinée à des infortunes non moins grandes. Plus somptueuse était la pièce qui devait s'appeler plus tard ta êaUe du tréne.
L'archiduc voulait que tout indiquât la demeure d'un amiral. Entre les bras d'une croi;t noire alternaient une grenade et une ancre, armoiries adoptées pour ce château. Les tentures étaient bleues comme la mer ; son cabinet de travail figurait une cabine et la fenêtre un sabord d'où sortait la bouche d'un canon, le tout imité de la IVovare, sur laquelle il avait fait ses voyages. Il passa I& d'heureux moments. 11 embellissait le séjour qu'il partageait avec sa chère compagne : il méditait sur les nouvelles cultures qu'il pourrait introduire en Dalmalie. Pensant aux ingratitudes et aux injustices sou-
9W HisTom DinvrasBUB.
levées par la rérolotion, il n'aurait pas dA trop plesrw ses illosioQS perdues ; pourtant, dans le Pouêo» ^or, il se plaignait de vivre sous un ciel riant, abandonné des siens. Dans son voyago de 1859, \ l'Europe, plongée dans un état de confusion et de folie, g&tée par l'excès de la civilisatioD, il opposait l'Amérique, objet de ses rêves, berceau de l'avenir; il se vantait d'être le premier de sa race qui eût touché les tropiques, et avait le sentiment de n'être pas au bout de ses voyages. Quel enthousiasme de poète et de savant il éprouve devant cette nature grandiose, les splendeurs du Brésil, devant le silence de la forêt vierge, devant cette végétation ! U en a fait le sujet d'un livre, et leur a consacré un musée qu'il mit en ordre dès son retour à Trieste. Hais avec quel accent son ftme trahit l'amertume des illusions perdues, le mépris de la calomnie et enfin sa colère contre certains grands personnages, en mfime temps qu'il condamne la liberté hypocrite de quelques États de l'Amérique du Sud , l'oppression des esclaves & peine dissimulée, enBo les formes ttié&trales du culte 1
Dans ces loisirs agités, il ne négligeait pas les affaires da pays qui pendant un moment avait été le sien, et, voyant l'obstination du ministère BuoI, il s'écriait : « Si les Italiens voient tous leurs vœux comblés, ils le devront aux ministres de mon trkn. »
Ainsi donc ni les voyages, ni l'étude, ni sa (ditre compagne n'adoucissaient pour lui l'amertume de se voir mis & l'écart, lorsque la patrie avait tant besoin d'hommes.
Et voici qu'à Hiramar apparurent les sorcières de Haobetb recommençant i lui murmurer : « Tu seras roi. »
Le princesse Charlotte, qui a écrit elle-même t/n hiver à Madère (18S9-60), livre illustré de ses propres dessins, -et les Souvenirs de voyage à bord de la Fantaisie (1861), avait reçu une éducation royale, et avait pris des manières de grandeur dont la reprenait son sage père quand elle s'y abandonnait avec ses caméristes et ses dames d'honneur. Le mariage avec un archiduc d'Autriche n'aurait pas satisfait son ambition , si on n'avait fait briller à ses yeux une vice-royauté en Italie, où elle pourrait agir comme autrefois Marguerite d'Autriche dans les Pays-Bas. A Venise, elle se donnait volontiers des airs de reine, et nous nous souvenons du jour où, célébrant dans le Dôme de Milan la naissance d'un héritier du trône, elle nous apparut dans toute la splendeur de >a
•ns DE l'abchidug XAxnaura d'autbichb. S91
beauté et de sa parure, portant sur ses cbeveuz on diadftme qui pouvait se changer en couronne. Maintenant cette fille et nièce de roi se résignait mal à se trouver au second rang dans cette cour de Vienne, en face de parentes & qui elle ne le cédait ni par la beauté , ni par l'esprit, ni par la richesse. Elle aspirait donc à une position plus haute et soufQait ses ambitions & son mari. Napoléon III, qui avait trompé jadis les espérances des deux époux, venait maintenant à eux comme le démon montrant les royaumes de la terre et disant : « Us seront h vous si, tombant à mes pieds, vous m'adorez. »
Le Mexique est un des pays les plus merveilleux pour l'économiste, le naturaliste, le philosophe, le politique. Une plaine immense inclinée vers les deux océans que sépare l'isthme de Tehuantepec, destiné à céder devant notre audace moderne, s'élève comme une pyramide du 16* au 40* degré de latitude, et atteint 2,274 mètres d'altitude. Ce sont des terrasses qui se succèdent graduellement, et conviennent aux cultures les plus variées; dans la terre chaude mûrit le cacao, l'indigo, le cactus qui porte la cochenille, le café, le sucre introduit par Cortei, tandis que dans la région tempérée les moissons peuvent être fauchées deux fois; l'épi de fï-oment porte jusqu'à vingt-quatre grains et celui de mais jusqu'à huit cents. Les oranges réussissent' partout à travers un labyrinthe de riantes collines hautes & peine de cinquante à centmètres. Les mines de toute sorte sont abondantes-et la quantité des métaux précieux est telle, qu'à la Monnaie de la capitale seulement ou a frappé depuis la déclaration d'indépendance jusqu'à nos jours, pour 77 millions d'écus d'or, 239 d'argent, S3 de cuivre.
Après la conquête de Fernaud Cortez, si riche d'aventures dramatiques et héroïques , le Mexique fut soumis au gouvernement d'un vice-roi et à un système colonial qui sacrifiait ses intérêts à ceux de la mère-patrie. La race indigène est encore la plus nombreuse; les Espagnols ne l'opprimèrent pas, mais ne firent rien pour son développement. Sur sept millions d'habitants, six environ sont indigènes et d'an caractère bon, honnête, respectueux, ferme : on peut espérer pour eux un grand avenir, mais ils sont réduits à une condition peu supérieure à l'esclavage ; les autres sont espagnols, de. sang noble, fiers, et fuient les afi'aîres publiques. Ceux qu'on appelle proprement Mexicains sont mÙés de sang e*pa< gaol et de sang indigène.
Z9i BISTOIRB UNIVERSELLE.
Quand l'Espagne lui envahie par Napoléon I", les prêtres et les moines se mirent à la t6Le d'une révolution avec la bannière blanche et bleue des vieux rois aztèques, portant au centre la Madone de Guadalupe; le Mexique, s'étant déclaré indépendant, s'organisa en république. Cette forme de gouvernement a réussi aux États-Unis, parce que les institutions représentatives étaient entrées dans les habitudes de la nation. Au Mexique au contraire, le gouvernement avait toujours tout fait. Cependant le sentiment républicain se répandait; mais si pour les bons il se greffait sur les belles actions faites pour l'indépendance et sur les noms de Morellos, Hidalgos, Guerreros, Zaragozas qui s'étaient signalés alors, pour d'autres il signifiait le pouvoir sans contrôle des généraux qui surgissaient et tombaient sans cesse dans les deux cents insurrections militaires qu'on vit de 1821 à 1863, présidents et congrès se succédant tour à tour. Le manque do communication, maintenu avec intention pour se mieux protéger contre les étrangers, empêchait l'autorité de se faire respecter au loin ; et toute révolte était assurée de triompher, pourvu qu'elle éclat&t à quelque distance de la capitale. Au milieu de ces alternatives continuelles d'une liberté effrénée et d'une dictature tyrannique se renversant l'une l'autre, ni un Washington, ni un Bolivar n'apparut, mais seulement des présidents de peu de tête et de peu de cmor, ineptes et rapaces, tandis que prévalait, comme toujours, une tourbe grossière et immorale de fourbes, de vaniteux, de téméraires sans fermeté, qui rendaient impossible toute organisation solide du pays; cependant ceux qui usurpaient surtout le droit à la tyrannie et au crime, en face de l'étranger, déployaient l'honorable bannière de l'indépendance, comme avaient fait les Lombards-Vénitiens.
Une fois on essaya de donner quelque stabilité au gouvernement par l'établissement d'une souveraineté héréditaire, qui pût à la fois concilier et dominer les factions. Iturbide , élu empereur (1632), fut bientôt expulsé, et, ayant voulu rentrer, il fut pris et fusillé^ on revint à la république , république bien faible ep face des puissances européennes qui, avec , des menaces diplomatiques soutenues de frégates et de canons, lui imposaient des traités humiliants; bien faible en face des États-Unis qui aspiraient à annexer ce grand pays, et qui en fait réussirent à en détacher le Texas, le Nouveau- Mexique, rOrégon, la Nouvelle-Californie, c'est-à-dire ceut
viK DE l'ahchiduc maximiuen d'autbicbs. 393
dix mille lieues carrées. Quelques hommes de mérite étaient arrivés au pouvoir, par exemple les historiens Alaman et Bustamente, mais ils furent bientôt renversés, comme Herrera qui avait osé dire que la monarchie seule pourrait sauver le Mexique.
La dictature de fer de Santa-Anna parut suspendre les maux du pays. A la bataille de Tampico (1829),il anéantit la puissance des Espagnols et en chassa quarante mille qui, comme pour nous les Autrichiens, personnifiaient tous les maux du pays , mais dont le parti garda toujours quelque prestige. Cependant le Texas, travaillé par les Étatt-Unis, se révoltait et se constituait en république indépendante, bientôt annexée aux États-Unis; puis l'Indien Alvarez (1856) k la tête de la race indigène, renversait Santa-Anna, répandait partout le désordre et la ruine, et se retirait avec un riche butin à Guevara, au milieu de ceux de sa nation. La constitution radicale de 185T amena au pouvoir le président Comonfort et avec lui la démagogie, qui mécontenta les négociaot-s, le clergé et l'armée ; ces trois forces, en s'unissant, vinrent à bout de renverser le dictateur et de lui substituer le général Zuloaga avec un gouvernement conservateur.
Mais Zuloaga fut vite renversé (33 déceml>^e 1858} par Michel Hiramon, officier de vingt-six ans, originaire du Béam, qui en deux ans devint maître de la capitale, fut reconnu par les puissances , inspira confiance en rétablissant l'ordre et contracta avec le banquier Jecker, naturalisé français, un emprunt pour lequel il reçut 3 millions et signa pour 15 millions peut-être de créances.
Mais Benito Juarez, né en 1809 dans l'État d'Oaxaca, indien de race et sans fortune, s'étant fait un nom comme avocat, devint gouverneur de son pays natal, puis en 1856 son représentant au congres, ensuite président de la cour suprême de jusUce; devenu chef du parti constitutionnel, il avait protesté contre Zuloaga (1857) et constitué un gouvernement à la Vera-Cruz, rallumant ainsi la guerre civile qui continuait encore. Quand Zuloaga fut supplanté par Miramon, Juarez, favori des plus audacieux et des pasteurs protestants, ayant la mer et les douanesderÉtat,sut,enpromettant le territoire de âonora, se faire reconnaître par les États-Unis, qui peu de temps auparavant avaient reconnu Miramon, et continaa à gouverner le pays. En repoussant Hiramon qui assiégeait la
ira a Mexico le ii janvier isbi, desuiua toute l aDCienne administratiOD et congédia les représentants des puissances étrangères qui s'étaient montrées faTorables à Hiramon; réélu président, il fut reconnu par l'Angleterre et par la France (1861). Il introduisit un peu d'ordre et fit renaître une certaine prospérité, bi«n que contrarié par une foule de mécontents et d'ambitieux; il hlla entre la Vera-Cnu et Mexico la construction difficile d'un chemin de fer qui pas^it par Salaasa et Puebla. Au nom de la liberté des cultes, il fermait les églises et les couvents, il imposait le mariage civil, il abolissait les corporations religieuses ; il sécularisait les biens ecclésiastiques dont les produits capitalisés dans une banque populaire servaient à secourir les propriétaires et les rentiers. U vendit jusqu'à une fameuse lampe d'argent, si grande que trois bommes y entraient pour la nettoyer. Le pays s'appauvrit tellement qu'il suspendit le payement de ses rentes, en compromettant les iutérèts des étrangers que déjà lésaient les privilèges accordés au commerce de l'Amérique du Nord.
Louis-Philippe, roi des Français, pour venger le meurtre d'un consul, avait dû envoyer contre le Mexique une flotte qui démantela le fort de Saint-Jean d'UlIoa, bombarda la Vera- Grui, et de plus imposa une forte contribution de guerre. Le gouvernement souscrivit au traité; mais, le péril éloigné, il s'en moqua. Une bande ayant pillé l'établissement monétaire de Guanaxuato oti il y avait 600,000 piastres appartenant i des Anglais, l'Angleterre demanda satisfaction. Les autres nations pouvaient aussi se plaindre qu'on eût maltraité leurs consuls, chassé leurs ambassadeurs, pillé des convois, violé des conventions, volé des propriétés.
Les Journaux porteront en grande partie la responsabilité des fautes et des erreurs de notre temps; ils se sont faits encore non seulement les complices, mais les boute-feuz de passions par leurs mensonges et leurs doléances. Cette fois Us exagéraient la dépravation et l'avilissement du Mexique; « l'élasticité des lois n'y garanUssait plus la sûreté des biens ni des personnes, la mauvaise foi était efi^ntée, ['immoralité universelle sous la tyrannie d'un petit nombre de chefs; le peuple n'avait qu'un désir, c'était d'en être délivré : » voilà ce que répétaient un grand nombre de réfugiés et de mécontenU parmi lesquels se montrait au premier rang Guttierei d'Estrada qui depuis 1J)40 avait proposé à l'Angleterre et à la
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France, comme étant la seule chance de salut pour le Mexique, l'établissement de la monarchie. Elle consoliderait les rapports avec l'ancienne métropole et aussi avec tout l'ancien et . le nouveau monde ; elle sauverait les capitaux européens engagés dans les mines du Mexique; elle opposerait un obstacle aux bouleversements continuels et aux questions de droit iotematioual que provoquaient les changements incessants de gouvernement. En 1847, il publiait une brochure dans ce sens; puis, en 1854, il obtenait que le président Santa-Anna déclar&t que cette forme de gouvernement était la seule qui convint au Mexique, et le charge&t de convertir k cette idée les cabinets de l'Europe. Il était secondé par Leonardo Marquez, agent de Miramon, qui, accusé par Juarez d'actes de cruauté, préparait sourdement sa vengeance, et aussi par le parti clérical, coçime on désignait le parti des modérés, qui avait à sa tête l'archevêque Lavastida, alors réfugié & Rome et qui & la devise Indépendance et liberté opposait celle-ci : Dieu et tardte.
Le ministre Doblado combattit ces intrigues par une ordonnance d'après laquelle quiconque répandrait verbalement ou par écrit la nouvelle d'une intervention étrangère serait renvoyé du pays s'il n'était pas Mexicain ; s'il était indigène, condamné au service militaire; si l'avis était imprimé, l'auteur serait immédiatement fusillé. Doblado se vantait d'avoir envoyé au supplice quinze cents personnes dans la seule province de Quanaxuato.
Les Espagnols, les Anglais, les Français avaient mis des capitaux dans les emprunts que lo Mexique avait dû contracter; et comme le payement des intérêts était suspendu, ils réclamaient une indemaité par l'intermédiaire de leurs gouvernements. L'Angleterre, l'Espagne, la France convinrent entre elles (30 novembre i 861) de contraindre, au besoin par la force, le Mexique à payer sa dette. Une intervention paciBque et civilisatrice de l'Europe et des Anglo-Américains aurait pu dtre utile, tandis qu'une intrusion armée offensait le sentiment national et provoquait une résistance patriotique. Le gouvernement de Washington, de son côté, voulait par son intervention d'abord prévenir celle de l'Europe, puis saisir une si belle occasion de se rendre maître de tont le Mexique. Effrayées de cette perspective, les nations européennes se réunirent pour une action commune, et les trois flottes alliées traversèrent l'Atlantique. La flotte espagnole,
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commaodée parPrim, de¥ança les autres et prit SaioWean d'UUoa. Juarez artna tout le peuple, tança en avant les serinas, obtint un gros emprunt des États-Unis, et déclara traîtres ceux qui resteraient dans les pays envahis par l'étranger. L'Espagne, bien qu'elle pût revendiquer son antique possession d'une contrée à laquelle elle n'avait jamais renoncé et où elle comptait des partisans, ne se sentait pas prête à un tel sacrifice d'hommes et d'argent : son général descendit à traiter avec Juarez et, se contentant d'une promesse d'indemnité, se retira. Les Anglais en firent autant.
Napoléon Ul, qui avait rencontré en France beaucoup d'opposition à cette entreprise, trouva i&cbe de reculer; il réclama donc une indemnité pour les 15 millions que la maison Jecker avait prêtés à Hiramon, et continua seul la guerre. Les résultats de sa politique en Italie lui avaient créé le besoin de se relever par quelque entreprise; et alors que l'Europe lui ofi'ràit tant d'autres occasions , ii voulut se jeter dans cette aventure extraordinaire, se proposant de fonder un empire sur un terrain profondément remué par cinquante années de commotions, sans égards pour les mœurs et la foi de ce peuple. Ici, comme dans toutes ses entreprises, les rêves humanitaires qu'il avait caressés en prison et exposés dans les Idiet napokoniennes, jouèrent un grand r&le : il cédait & l'espérance de guérir un pays grand comme la moitié de l'Europe et peuplé de 7 millions d'habitants k peine, qui depuis un demi-siècle était le jouet de quelques ambitieux appuyés par 10,000 aventuriers assassins et voleurs; au désir de restaurer l'agriculture, l'industrie et le commerce, en ouvrant un marché riche et nouveau pour la France ; à la pensée de contenir l'ambition des Américains du Nord qui entretenaient à dessein la décadence du Mexique , en opposant la race latine dans le Nouveau Monde à la race anglo-saxonne.
Celle-ci était alors éprouvée par une guerre dont l'émancipation des esclaves était le prétexte : guerre des plus gigantesques et des plus féroces que signalent les annales de la sauvagerie humaine. Cette crise garantissait du moins que les États-Unis ne pourraient empêcher une expédition au Mexique. Hais si Napoléon , au lieu d'intriguer bassement et de s'obstiner à réclamer les subsides de l'Angleterre qui s'obstinait à les lui refuser, avait franchement reconnu les États du Sud qui préteudaient se séparer de ceux du Nord, il
VIE Dli l'AtCHIDOC MAXtUlUEN d'aUTBICDK. 397
aurait ainsi brisé la formidable puissance des An^o-Américnins, et cette menaçante ConTédération réduite à un accommodement honorable qui sauv.tit tant de vies et de fortunes, se serait peut-Atre partagée en deux. Quelle source nouvelle d'inflnencB pour celui qui serait intervenu comme arbitre es jetant son épée dans la balance! Je ne dis pas que la chose eût été bonnes elle eût été profitable : c'était le seul moyen de réussir.
Au lieu d'agir ainsi, il envoya une armée avec laquelle les généraux Porey et Bazaine [1863) remportèrent de faciles victoires, prirent Puebis et Mexico, mais durent ordonnée le désarmement général et établir un gouvernement provisoire. Forey ne connaissait pas le pays, et, selon les instructions reçues de France, il convoqua une assemblée de deux cent quinze notables qui décréta d'établir l'empire et de mettre à sa tête celui que désignerait Napoléon. Une monarchie qui servirait de modèle aux États méridionaux, aussi bien qu'à ceux du Nord, ne déplaisait pas à l'Espagne, qui, faisant valoir son ancienne domination, pouvait y placer quelque cadet de la maison de Bourbon, par exemple le prétendant don Juan, toutefois avec le libre vote des Mexicains. Hais Napoléon répugnait à cet agrandissement des Bourbons, an prestige que l'Espagne y acquerrait et à l'alliance qu'elle contracterait naturellement avec une nouvelle puissance catholique au delà de l'Océan, pour s'assurer la possession de Cuba et des Antilles. Napoléon aurait été bien tenté d'y placer son cousin Jérôme-Napoléon, ambitieux inquiet, mais il prévoyait de l'opposition. Il aurait pu choisir un des nombreux princes que, gr&ce à lui, le roi de Piémont avait dépossédés; il jeta, par malheur, les yeux sur l'archiduc Haximilien; il voulut ainsi soit se réconcilier avec l'Autriche, soit remplir une promesse faite en d'autres temps.
Cette oSte fut transmise par le roi des Belges, et Masimilien fut transporté de joie en voyant un si vaste champ s'ouvrir & son activité. Aborder ces pays espagnols qui l'avaient tant séduit dans sa première jeunesse, parler la langue de Ferdinand et d'Isabelle ses aïeux, succéder à ce Gharles-Quint dont le souvenir l'avait accompagné et enorgueilli dans tout son voyage d'Espagne, prendre la devise de ce prince : Plus ultra, combien tout cela devait exciter son imagination et sa généreuse passion de vaincre les obstacles! 11 voulait courir à Paris pour accepter immédiatement et sans
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pénis, etla négociation traîna en longoeur. Le docteur José Temn vint exprès lui exposer tous les dan^rs de l'entreprise : les Mexicains ne pouvaient souffrir la monarchie; comment un peuple qui avait tant fait ponr conquérir son indépendance, supporterait-il la domination d'un étranger et mentirait-ii ainsi k son histoire et k sa dignité? Les État»-Unis s'opposeraient obstinément à ce que des étrangers s'ingérassent dans les affaires de l'Amérique, dont la Tameuse déclaration de Monroe les avait exclus pour toujours , et à plus farta raison & ce qu'un empire s'établit à c6té de leur république.
Parmi les amis de l'archiduc, plus d'un ne manquait pas de l'éclairer sur les périls des promesses et des offres de la révolution : << Vous ne serei que l'instrument de la France : la France se trouve isolée depuis que par les guerres de Crimée et dltalie elle a mis sens dessus dessous toute l'Europe, en soulevant les convoitises et la révolution. Toutes les nations sont devenues jalouses de ce gouvernement qui met sa main partout, au moment mftme oil il prétend arrêter chez lai cette même révolution en comprimant toutes les forces indépendantes. La France même n'avait pas pour cette entreprise l'enthousiasme qu'elle avait eu pour la libération de la Lombardie ou le rétabhssemeDt du pape, elle ne comprenait pas ces subtilités académiques sur la suprématie des races latines aux dépens des races germaines non plus que slaves, ou la nécessité de troubler ce carnaval de l'anarchie. Le commerce n'y voyait que l'intérêt de quelques banquiers dont les spéculations devaient proBter à quelques grands personnages (1).
Sans parler des États-Unis, en Europe môme, beaucoup de gens regrettaient qu'un empire,' forme vieillie, se substituftt à la république, forme de l'avenir. Et il ne s'agissait pas ici, comme en Italie, d'envoyer deux cent mille hommes sur sa propre frontière pour chasser l'étranger d'un pays qui l'abhorrait, mais bien d'expédier à trois mille lieues une petite armée pour soumettre un vaste pays, où d'immenses déserts
(1) Dîna les papiers de Is ramille impériale publié* aprbt la déiattre de S«daD, il était benncoup quration de l'affaire Jeeker. Celni-ci éerinit au chef du cabinet de l'empereur, le 8 décembre -1 8 6S : > J'avais poui
aasocié dam cette réclamation le duc de Mornj, qui, mojeDDant trente pour cent des profits, l'était engagé & faire admettre et i. faire payer la dette par le gouTememeot meiieain. »
VIB DE LA.KHIBUC KAXIMIURR D'AUTIICBE. S99
séparent des populalions que cinquante années de guerres .et d'aventures ont rendues avides de butin et de combats, disposées & mourir sans regrets comme à fuir sans vergogne ; pays décbiré par une vingtaine de chefs, ambitieux de s'entre-détniire les uns les autres, qui peuvent toujours trouver de nouveaux soldats parmi les sept millions d'habitants et de l'argent cbesuoe infinité de millionnaires.
A cela s'ajoutaient des présages d'insuccès et de mort ; les vers suivants couraient à Triesta :
UaximilieD, défis-ioil
Reviens su cbAteaa de Miramar ;
Ce trboe facile de Monlenmia
En une coupe francsiM remplie d'écume.
Celui qui oublie le Timeo Danao»
Soua le manteau rojal trome !■ corde.
Maximilien fut plusieurs fois sur le point de rehiser. « 11 faudra donc (écrivait-il dans ses mémoires) me séparer de ma obère patrie, du pays de mes premières joies, de la terre ob j'ai passé les jours riants de mon enfance, où j'ai senti les émotions de mon premier amour, et la quitter pour d'incertaines visées d'ambition. Dois-je fermer l'oreille aux chants des sirènes? Malheur & qui se fie à leurs fatales promesses! Vous voulez entremêler au tissu de ma vie les fils d'or et les pierres précieuses, mais pouvez-vous me donner aussi la paix de l'&me ?» Il écrivait à un ami : n Quant à moi, on me dirait que tout est manqué, je m'enfermerais dans ma chambre pour sauter de joie. Mais Charlotte... » De fait, elle était tout enthousiasme pour Napoléon, et gardait son portrait dans son cabinet de travail. On sait que l'impératrice Eugénie l'avait reçue d'une façon bien différente des manières cérémonieuses de ses augustes parents de Vienne : manières naturelles, du reste, avec une étrangère. Maximilien se laissa séduire aussi par deux prestiges, que Napoléon faisait très habilement miroiter à ses yeux : le premier, la diffusion de la civilisation et son triomphe sur la barbarie du passé ; le second, te suffrage universel comme expression de la volonté d'un peuple. Maximilien, conformément à ce programme, voulut que la volonté nationale fût interrogée, et après qu'elle l'eut été avec les artifices habituels, des députés vinrent & Miramar lui apporter le vœu des Mexicains exprimé par 3i3 sur les 315 notables appelés comme représentants du pays.
Les évoques avaient protesté contre les actes de Juarez et de Bazaine, euTahisscurs des possessiODs ecclésiastiques ; les juges avaient refusé de prononcer dans les causes ecclésiastiques; tous sentaient que le désordre était moins politique que social et que c'était en soutenantdes principes opposés qu'oo y porterait remède. L'archevêque de Mexico, qui avait passé quelques jours k Miramar avant d'aller à Rome en 1863, écrivait à un ami ; u Je pars en emportant la douce conGance que les jours d'épreuve !%ont finis pour notre patrie. 11 suffit de connaître l'archiduc pour être sûr de sa prédestination providentielle. Tout éloge est au-dessous de la vérité. Les mots nous manqueront pour remercier la divine Providence s'il arrive que les destinées du Mexique soient conQées à Maximilien. »
Guttiereï d'Bstrada, qui avait apporté les décisions nationales, assurait qu'il ne TallaiL pas d'armée : il sufQrait d'une promenade militaire; la vue seule d'un drapeau européen provoquerait une révolution monarchique.
Hiramon, le général Dalmouse, d'autres émigrés afQrmaient la même chose. Il fallait de l'argent, mais les richesses de la Sonora en assuraient le remboursement au centuple ; et la France garantissait un emprunt de 300 millions.
Bref, le 10 avril I86i, à-Miramar, fut signé le traité définitif, par lequel Maximilien acceptait la couronne qui lui était offerte. On devait tenir compte des intérêts du gouvernement français, qui avait soutenu la guerre à lui seul dans l'intérêt, légitime mais particulier, de ceux qui avaient perdu leurs capitaux dans ce pays. On mettait donc à la charge du nouveau gouvernement 370 millions comme dépense de guerre; les troupes françaises qui devaient rester dans le pays, seraient payées k raison de mille francs par an et par homme. On donnerait à la France Si millions comme acompte; en outre, 13 millions pour les créanciers français, puis 25 millions par an. Pour remplir de telles conditions, l'empereur faisait un traité avec la maison anglaise Gling-Mill et C" qui créait un capital de huit millions délivres sterling à diï pour cent. L'emprunt eut peu de souscripteurs en Angleterre, un peu plus en France ; mais cela ne suffit pas et d'autres emprunts furent contins sons des formes diverses.
Maximilien devait aussi régler ses propres affaires avec sa fa-
VIE DB L'ARCHIDDC MAKtHILIBK d'aDTRICHE. 101
mille, afin de conjurer le danger (le Portugal en avait déjà traversé un de ce genre) de voir l'empire d'Autricbe dépendre du Mexique. Une ancienne pragmatique voulait qu'en pareil cas on reaonç&t àtoute succession éventuelle, et François-Joseph l'exigea avec une fermeté dont Maximilien futofTensé. Comme les demandes des ouvriers lombards pour suivre Maximilien en Amérique lui arrivaient eu foule, François-Joseph s'écria : « S'il s'en va, qu'il emporte avec Ini tous ses Italiens.!» Seul, le boD empereur Ferdinand, qui en d'autres temps avait payé les dettes de son neveu, lui donna deux millions de la main à la malu. Ses amis, et surtout le roi des Belges et l'archiduc son père, auraient voulu que la renonciation fût sans valeur dans le cas où il reviendrait du MexiquCj mais François- Joseph n'y voulut jamais consentir. Charlotte aussi dut renoncer k la dotation de vingt raille florins qui lui était assignée comme archiduchesse.
Lorsque François-Joseph, avec les ministres Rechberg et Schmerling, vint à Miramar pour signer le pacte de famille (9 avril 186^), par lequel Maximilien renonçait pour lui et ses successeurs aux droits d'archiduc d'Autriche, il arriva à l'heure dite par le chemin de fer, n'accepta pas même un verre d'eau, accomplit les formalités légales avec le cérémonial le plus froid, lit le salut militaire et partît. Seulement, au moment où le train allait s'ébranler, la voix du sang /ut la plus forte, et de son wagon, avec l'accent familier de leurs premières années, il cria à son frère : « Max, fcomm'her; » ils se jetèrent dans les bras l'un de l'autre en pleurant. Ce fut le dernier baiser.
Que Maximilien, comme on le raconte, ait cherché à se faire accompagner par quelques Italiens, je l'ignore. En ce qui regarde Cantù, je suis certain que non. Quand Galeazzo et Herminie Manna vinrent le trouver, il leur fit fôte comme aux premiers Italiens qu'il voyait chex lui. Ils y revinrent avec d'autres au moment de son départ et il promit de venir les revoir, dans quatre ans, en Europe, lorsque tout serait remis dans l'ordre au Mexique. Une dêputation des habitants de Trieste lui apporta une adresse d'adieu signée de dix mille noms. Le podestat lui exprima les regrets unanimes de tous, et quand il alla du château à la mer, ta foule se pressa pour le voir, le saluer, lui jeter des fleurs, embrasser ses mains, tandis que lui, attendri jusqu'aux larmes, envoyait des saluts et des baisers.
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lui promettre d'arranger loyalement les conflits qui s'étaient élevés au Mexique, comme en tout pays révolutionnaire, entre l'Église et l'État.
Ils voulurent aussi aller visiter leur aïeule, Marie-Amélie, veuve de Louis-Pttilippe, qui, alors octogénaire et sanctifiée par tant de douleurs, vivait et priait dans l'exil de Claremont en Angleterre. Avec la prévoyance que donne la tendresse, elle s'inquiétait et se tourmentait beaucoup de cette détermination et répétait : « Ils seront assassinés ; >i et, en les bénissant, elle ne leur cacha pas ses funestes pressentiments. Charlotte, pour l'en distraire, fit briller devant elle ses magnifiques espérances, tandis que l'archiduc se livrait à son émotion, et le biographe de la reine rapporte que, « lorsqu'ils s'agenouillèrent pour recevoir la bénédiction de la vénérable aïeule, ce fut lui qui versa le plus de larmes (t). »
En France courait ce mot (2) : « La guerre d'Italie a cx)ùté trois ducats (ducats ou duchés), mais celle du Mexique pourl'aitbien coûter un Napoléon; » aussi, lorsque ce dernier le congédia, lui serra-t~il la main avec une chaude reconnaissance, en s'écriant : n Je vous remercie vraiment. » Mais, à Paris, Maximilien s'était laissé recommander quelques-uns des instruments de la police et de la presse dont se servait Napoléon.
De retour sur Ia Novara qui, escortée de la Thénis, vaisseau français, emportait les jeunes époux au pays enchanté, des espérances plus grandes encore que celles dont ils s'étaient bercés sur le chemin de la Lombardie, devaient scintiller à leurs yeux: de plus grands désenchantements les attendaient aussi. Après quarante-quatre jours de navigation, que ces princes employèrent k préparer leur nouvelle vie, elle avec une conviction joyeuse , lui avec d'amers pressentiments, ils abordèrent à la Vera-Cruz, le 99 mai, sans y trouver grand accueil ; le 16 juin, ils faisaient leurentrée à Mexico qui, au milieu d'une vallée pittoresque, telle qu'une perle sertie dans une bague arabe, pareille aux villes que la Chine ingénieuse sculpte sur l'ivoire d'un éventail, blanche, brillante, A^che,
il] Adouste Troonon, Vie de Marie-Amélie; Paris, 1872. 3) Ce mot est la traduction d'une paequinade, qui avait couru & Rome, d'un j'en de mots italien : La guerra d'ilâlia cottà iri ducati. La guerra di Mexico potrebbe eoatar un Napoleone.
VIE DE l'archiddc haxhdubii d'adtbichb. 403
gracieuse, aérée, s'étend, dam son opulence indolente, comme un sultan qui s'amuse dans ses jardins tandis que la mer se brise à ses pieds.
« Mexico est la ville des chants mélodieux, un jardin plein de fleurs et de fruits au milieu de la guerre et de ses périls, de la peste et de ses horreurs. Elle se berce dans ses hamacs séculaires, elle célèbre ses amours sur le bord du tombeau, dans une cantilène qui du commencement à la fin répète sur tous les tons : Chantons aujourd'hui, demain nous mourrons.
« Ses diverses races mêlées, quoique ennemies aujourd'hui, façonnées au désordre capricieux de la politique , dansaient dan's les salons, dans les boutiques, dans les champs, sur les places publiques, prêtes à tout, entre les coups de fusil et les baisers, les déclarations d'amour et les menaces, on folâtrent au milieu des chansons et des gémissements, ou meurent avec autant d'indifférence pour les suites d'nne bataille que pour celles d'un festin. »
Ainsi parle le poète espagnol Zorilla [i], qui chanta les joies et les malheurs des deux époux impériaux. En fait, à Mexico, tout rappelle les Espagnols : les édifices ont été élevés par leurs mains; chaque gouverneur y a laissé une trace glorieuse ou bienfaisante et la population s'était accrue sinon dans la gloire, du moins dans le repos et les jouissances jusqu'au temps de l'insurrection, après laquelle il n'y eut plus de repos.
Les acclamations avec lesquelles ou accueille tout prince nouveau na pouvaient effacer de tristes impressions, ni dissimuler que la mouarchie n'était pas très désirée puisqu'il, avait fallu une armée pour soumettre les villes, et un désarmement général pour les conserver, et que les Français, tout en continuant à vaincre et à pacifier, indisposaient les Mexicains par des actes autoritaires.
Mazimilien ne connaissait pas le pays; mais, ne doutant pas que Napoléon le soutiendrait toujours, il avait conflaftce qu'un empire régulier succéderait à l'anarchie, la justice et la pair h l'hypocrisie, aux rapines, aux violences. Il oubliait que, non seulement les partisans, mais encore les ennemis de Juarez haïraient un gouvernement opposé, comme un obstacle, à leurs ambitions et h leur avidité. L'impératrice,
(1) Le Drame de l'àme : et que fut !t Mexique et Maximiiien, poime en deux puUw, avec d«a notet en prote et lei o
401 HISTOniB nNlTBRSBLLE.
belle, enjouée, prodiguait les institutions pieuses et charitables, l'empereur déployait son affable activité, tous deux doués du don de plaire, se persuadaient que ce charme pouvait su^re en politique; il croyaient que la bonté, les caresses, le pardon valent mieux qu'une sévérité ferme : hélas ! ils ne gagnaient que ceux qui les approchaient, et leurs naïves espérances s'évanouirent bientôt devant la triste réalité.
Maximilien organisait le nouveau gouvernement, rappelait les émigrés, promulguait la constitution, instituait les tribunaux publics et des maisons de retraite pour les invalides, ornait les palais et les parcs, finissait Je chemin de fer de la Vera-Cruz à la capitaJe et en poussait un autre dans l'intérieur, hea nègres, dont la liberté avait été proclamée tout à coup après la révolution, mais sans 6tre jamais effectuée, la recevaient réellement de lui par l'acte du 5 septembre 1865, au moment oùLincoln la décrétaitauxÉtats-Unis. Il cherchait à réveiller la littérature; il relevait les écoles classiques de Saint-Jean de Latran et les écoles d'art de San Carlo ; il favorisait la nouvelle école d'agriculture ; entre fiutres savants qu'il accueillit, il voulut avoir dans son cabinet particulier Hathew Maury, de l'État de Virginie, auteur de la Géographie physique de la mer, qui, en déterminant les courants marins etatmosphériques, avait abrégé les voyages maritimes et sauvé un nombre incalculable de vies ; il avait pris parti pour les sécessionnistes du Sud, et il était considéré comme rebelle aux États-Unis; Maximilien le fit commissaire de l'émigration. Nous connaissons une lettre oii il offrait à un historion, comme sujet encore neuf, l'histoire de la conquête du Mexique, prise au point de vue de la race indigène, Bère et généreuse, qui était victime de la barbarie européenne. Par vanité, il fondait jusqu'à cinq ordres de chevalerie, parmi lesquels celui de Sainl-Charles pour les femmes, avec la devise Humililaa; et, se souvenant de l'Italie, il envoya son ordre féminin à diverses dames de Venise, celui de la Gaadalupa à Cantù et à Manzoni, puis à des artistes et à d'autres personnages, comme un salut au pays qui n'avait pas voulu l'aimer, mais qui ne pouvait le haïr.
Surtout il sentait la nécessité d'avoir une armée, mais il n'y réussissait guère, n'osant pas instituer la conscription dans un pays où elle était inusitée, et n'étant pas secondé par les Français qui voulaient continuerd'étre nécessaires. Impatient d'agir, il improvisait des expédients souvent inoppor-
VIB DE l'aRCBIDUC HAXDUUBK D'ADTMCHE. idS
tuns. 11 3ë sentait autant d'antipathie pour Bazaine qu'il en avait senti pour Giulay, mais le pays n'obéissait et ne payait que là où atteignait l'armée française.
E)n fait, il avait l'apparence d'un souverain, il n'en avait pas la réalité; l'éclat qui entoure le trône a perdu son prestige en notre temps démocratique. Un soldat de génie aurait pu seul éblouir une race énervée et prompte à s'exalter, habituée à des alternatives de victoire et do fuite, dépourvue de mœurs politiques, de moralité privée et d'honnêteté publique.
On jugera Masimilien diversement, selon qu'on le considérera à un point de vue sentimental ou pratique, comme homme de cœur ou comme homme d'affaires, d'après les intentions ou d'après les effets. Dire qu'il n'était pas très ferme dans ses projets, ne signifie pas qu'il variât au gré des favoris, mais bien qu'il manquaitde cette vigueur dans les projets et dans les actes qui fixe le point à atteindre et s'y dirige en droite ligne, quels que soient les obstacles, en puisant dans le mépris de l'humanité et la confiance en soi l'habitude de ne pas hésiter sur le choix des moyens. Il avait une ambition toute spéculative , c'est-à-dire qu'il admettait les rêves, les désen- (diantements, les utopies, qu'il balançait entre cent routes à choisir, entre cent aspects de la même chose ; lorsqu'il avait pris une résolution avec sa tète, son cœur lui opposait des raisons puériles aux yeux de la diplomatie qui n'a pas de cœur. Il eut des intentions élevées, mais il n'eut pas la réso- , lution, l'habileté, la promptitude, qui accompagnent le génie politique. Noble, fier, persuadé de la bonté humaine et de son efficacité, idéologue plutôt qu'homme pratique, chevaleresque et même romanesque, connaissant peu les hommes, comment pouvait-il se diriger au milieu des ruses et des trahisons? Il espéra que Miramon, Lavasdda, Vidauzzi et Almonte et Meggia et Marquez et Riva Palaccio et Ortega, qui l'approchaient, seraient de nobles exceptions.
Tandis que son caractère propre et ses études le poussaient vers les libéraux, ceux-ci le combattaient ou le trahissaient : il fut donc contraint de les abandonner et de se joindre aux conservateurs, ses alliés naturels, ses créatures, les seuls qui dans ces extrémités pussent lui offrir de l'argent, des hommes, une réelle moralité. Mais co parti énervé, mal uni, en se joignant au pouvoir, empirait une situation déjà insoutenable et se décourageait en voyant disparaître la protection de la France qu'il avait crue étemelle. Maximilien ne
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406 HISTOIBB ORITBBSBIXB.
poavait asseoir son empire que sur les intértts de tous, bien qu'il crût pouvoir s'appuyer de préférence sur le parti espagnol; mais celui-ci. blessé de le voir Tavoriser aussi les autres, et exclusif comme tous les partis, se fâcha, et, en se retirant, il laissa passer la révolution.
Tandis que les amis du prince autrichien s'éloignaient, les partisans de Juarez se raîlieient; celui-ci, quoique vainco, avait continué à résister, et, s'étant retiré eu pays fidèle, parlait toujours comme le maître légitime du Mexique. Malhabile en affaires et en politique, il ne possédait non plus ni courage ni belle prestance. Aussi, comme pour d'autres chefs de bande, est-il difficile d'expliquer la fascination qu'il exei^ çait sur les multitudes ; mais il parlait d'indépendance nationale, d'intervention injuste, de liberté américaine, qualiflant les étrangers de traîtres, d'usurpateurs , d'envahisseurs, et n d'imbécile, celui qui avait accepté la triste mission de se faire l'instrument de la servitude d'uD peuple libre, u et il se savait appuyé par les États-Unis.
Ses partisans, exaspérés par leurs défaites, enhardis par leurs espérances et renforcés par tous les mécontentements que provoque un gouvernement nouveau, occupaient déjk Hermonsillo, Matamores, Monterey, Tampico, enfin toutes les villes.
Maximilien avait surtout besoin d'argent, tant pour ses propres entreprises que pour payer l'armée française, et il n'osait pas en tirer d'un pays épuisé. Hestaient les biens ecclésiastiques, mais à cause d'eux toutes les questions politiques, financières, militaires allaient se compliquer de la question religieuse. Ici se dévoile une des plus grandes disgrâces de Maximilien, laquelle fait penser h l'Italie. Comme toutes les révolutions, celle-ci convoita les biens ecclésiastiques qu'on évaluait à 900 millions. Comonfort, ayant tenté vainement quelque accommodement avec le clergé et l'archevêque Délia Gazza, avait aboli la mainmorte et permis au clergé de vendre ses propriétés moyennant un droit de six pour cent payable au gouvernement. Juarez, survenant avec de nouveaux besoins, se rendit maître de tous ces biens en les achetant avec des bons du trésor, qui étaient complètement dépréciés parce que l'intérêt n'en était jamais payé. Cependant le clergé opposa des protestations etdes excommunicaUons, beaucoup de gens s'enrichirent avec ces biens at devinrent de solides appuis de la révolution. Par
vie DE I.ABCHIDUC UAJUIUUBH D'AUTRICHE, 407
coropensatioa, Juarez laissa l'Église eati&rement libre, mais en ta metlaot sar le mâme piad que les aatres religions.
lie général Porey , dès le premier débarquement, garantit les achats de biens ecclésiastiques; Bazaine en fit autant. Maximilîen dut accepter ces conditions, et comme la cour suprfime niait la valeur de ces transactions, il cassa ses décisions. Alors t'archevCque Lavastida sortit de la régence (1864) et des luttes commencèrent, auxquelles on ne pouvait remédier que par un concordat. Toute tentative de conciliation ayant échoué, l'empereur en appela h Rome, mais il ne put rien obtenir sinon la promesse qu'on lui enverrait promptement nn nonce muni de pouvoirs assez étendus pour concilier tes droits de l'Église avec les nécessités de la situation. Après quelques délais, monsignor Heglia partit; il fut reçu avec solennité ; on se porta à sa rencontre , on lui offrit collations et dîners; c'étaient les amusements de l'empereur. Mais quand on en vint à traiter, il se trouva que les instructions du nonce étaient limitées : on ne reconnaissait pas les ventes accomplies, on voulait rétablir les églises, les couvents, les biens, la juridiction ecclésiastique, les ordres religieux; on demandait une entière liberté pour l'Église. L'empereur, de son c6té, voulait que les acquisitions de biens ecclésiasques fussent sanctionnées, que l'administration des sacrements fût gratuite, que les ecclésiastiques fussent égaux devant la loi aux autres citoyens.
Des prétentions si contraires aigrirent les esprits et Maximilieu décréta que les bulles romaines n'auraient cours qu'avec Vexequatur impérial. Le nonce protesta contra ce décret comme imposant une servitude à l'Église.
Ramirez, ministre des grices et de la justice, appuyait par des raisons, par des exemples, au nom de l'autorité, « le droit ou pour mieux dira l'obligation imposée à tout gouvernement, monarchie ou république, d'examiner les bulles ou rescrits pontificaux, non pour décider de l'orthodoxie de tel ou tel point de dogme ou de discipline , de l'opportunité de préceptes purement ecclésiastiques, mais, à supposer qu'ils fussent irréprochables, pour s'as'sarar qu'ils ne dépassaient pas les limites de la puissance pontificale , avant de l^ur accorder la sanction du pouvoir temporel qui les rend otiligatoiras. Toutefois ce n'est pas cela que demande le souverain, ce n'est pas là l'objet de Vexequatur impérial; l'intention du décret est de veiller & ce que te rescrit' pontificat
408 BlSTOmG DKTÏEISBLIE.
De contienne rien qui trouble l'ordre publin, les intérêts matériels étrangers au culte, comme le sont les intérêts civils. Ce n'est alon que la simple identification d'un fait, une pratique absolument nécessaire, pour sauvegarder son droit; le gouTernement étant l'unique et suprême juge, à titre de dérensenr naturel de ses prérogatives et des intérêts civils de ses sujets, l'empereur n'exige rien de ce qui ne lui appartient pas et peut répéter avec une conscience tranquille les paroles que Constantin fit entendre, à la grande édificatioD du concile de Nicée : Vos quidem m hà qux intra Eccksiam tunl, epiicopi esta ; ego vero, in hûqwB extra geruntur epita^us a Deo non conttitutta. »
Et comme le nonce alléguait l'exemple du concordat autrichien de 1855 par lequel Vexequatur était aboli, le ministre ajoutait : « Si l'empereur du Mexique ne doit pas blJkmer la conduite des autres souverains, leur manière d'agir ne peut l'engager aucunement, je m'abstiens donc d'examiner l'exemple de l'empereur d'Autriche qui a renoncé au pUuxt royal. Ce fait en lui-même est une reconnaissance implicite du droit auquel il renonçait, et il est à désirer que nous ne voyions pas se réaliser les craintes et les prophéties que j'ai entendu répéter à Rome en 1856, au sujet de cet acte, par lequel on a cru exalter, raviver la dignité, l'autorité du souverain pontife. Ceux qui, par un zèle outré, poussent la tiare hors de ses limitas et la dépouillent de son caractère, oublient les sévères leçons de l'histoire, perdent les bénéfices d'une prudence plus puissante que toute la présomption imaginable. Us agrandissent en apparence, ils affaiblissent en réalité la suprématie du saint-siège, et, loin de faire respecter sa véritable autorité, ils la rendent odieuse. »
Le nonce alors demanda son congé, et l'empereur, n voulant donner à Sa Sainteté un témoignage évident de son estime, de son affection et de sou vif désir de conserver avec le saintsiège des rapports de bonne amitié, et de résoudre les graves ditScultés qui l'entouraient de toutes parts, se décidait à envoyer son ministre lui-même à Rome pour mieux renseigner le pontife sur les choses et les périls qui menaçaient l'autel et le trdne. La crise terrible que le pays a traversée et les germes afireux de démoralisation et de désordre qui y ont ^té semés pendant cette période malheureuse, sont autant d'éléments de discorde qui demandent une grande prudence et des concessions assez libérales pour le contenir, attendu que
VIE DE l'aRCHIDDC HAXIlUUBIf d'aUTRICBE. 409
la seule puissance de l'autorité, si lon^mps méconnue et sans prestige, ne ferait qu'accroître leur force. »
Le ministre alla en effet à Rome, mais il ne put rien couciure; le pontife ne croyait pas à la durée de cet empire : il soutenait que Maximiliea aurait dû s'appuyer uniquement sur le clergé et gouverner par lui seul; que sas demandes ne devaient pas lui être accordées, parce qu'elles allaient contre ses propres intérêts.
L'empereur écrivait alors à un de ses confidents (janvier 1865) : II... J'ignore si vous savez que le saint-père, lorsqu'il est de bonne humeur, dit de Iui-m6me qu'il est un Jetlatore. Il est certain que, depuis l'arrivée de sou envoyé, nous n'avons eu que des traverses, et nous nous attendons à en subir encore d'autres non moins pénibles. L'énergie et la persévérance ne nous manquent pas, mais je me demande à moi-même, au cas ob les difflcultés de tout genre continueraient k surgir, comment nous pourrons en sortir. 11 n'est pas facile de dominer le clergé; tous les vieux abus se donnent la main pour éluder les dispositions de l'empereur à son égard. Il se déploie là, je ne dirai pas du fanatisme, mais une ténacité sourde et active, de sorte que je n'espère pas que les membres actuels du clergé changent jamais de conduite et d'idées. Que faire d'eux? C'est le difflcile. Quand Napoléon obtint du pape la démission des évèques émigrés, ils vivaient à l'étranger, et, comme c'étaient de saintes gens, ils se résignèrent. Ceux d'ici abandonneraient de bon gré leur siège, mais non leurs revenus, que compense mal un traitement de l'État; leur idéal est de vivre en Europe avec le produit de lepr mense épiscopale, tandis que nous luttons ici pour rétablir la position de l'Église.
Il On fera une révision des biens vendus. C'est là une autre pomme de discorde, puisque, en reconnaissant les lois de réforme, nous avons blessé les conservateurs ; cette fois nous aurons aussi contre nous les libéraux et les possesseurs de ces biens. Comme il faut n'avoir qu'un poids et qu'une mesure pour tout le monde, ceux qui ont fait des opérations illicites devront restituer leurs gains , et je crains que cette œuvre de réparation et de justice ne soulève autant de passions que la perte de ses biens en a soulevé dans le clergé.
« Si nous soutenons victorieusement cet assaut, l'avenir de l'empire mexicain s'annonce bien ; autrement je ne saurais qu'en augurer. Tout cela n'aurait qu'une importance secon-
«aire, sans ce lait capital que i armée aiminue et avec eue la force matérielle da goavemement. Pour civiliser ce pays, il faut en 6tre entièrement maître, et, pour avoir sa pleine liberté d'action, il faut pouvoir tous les jours réaliser sa force en gros bataillons; c'est un argument au-dessus de toute discussion. Il nous faut des troupes. Les Aatrichiens et les Belges sont excellents pour les temps calmes, pour la tempête i) n'7 a que les pantalons rouges; nous traverserons difficilement les premières crises si le pays n'est pas plus complètement occupé. Les forces sont trop disséminées et il me semble qu'au lieu de les rappeler, il eût été nécessaire de les augmenter. Je crains fort que le maréchal n'ait à se repentir de n'avoir pas écrit au mois d'octobre ce que nous lui avions demandé; il a craint de mécontenter en France, et pour esquiver un petit déplaisir il en a préparé un très grand. »
Voilà donc Mazimilien, venu comme un gage de conciliation entre l'État et l'Église, entre l'Europe et l'Amérique, le voilà pris entre les exigences françaises et les résistancesd'un clergé qui croyait faire beaucoup en gardant la neutralité : terrible force d'inertie qui ne peut être vaincue parce qu'elle ne combat pas.
Les révolutionnaires avaient employé toute leur influence à diminuer celle de la France. Bien que les illusions et les espérances prennent facilement racine dans de jeunes esprits, cependant la situation apparaissait aux souverains dans SB réalité et leurs lettres de 1869 attestent qu'ils la tenaient déjà pour irréparable. Le trésor était vide, la confiance perdue ; les vols et les assassinats se multipliaient ; l'armée française ne tenait dans sa sujétion que le territoire qu'elle occupait; les gens du pays, orgueilleux ou ingrats, méprisaient ou détestaient les deux époux impériaux.
Les États-Unis ne dissimulaient pas leur penchant pour Juarez. Rien ne prouvait, disaient-ils, que le peuple mexicain eût accepté l'empire, car ses'votes n'avaient pas été libres en présence des troupes françaises; ils demandaient presque impériensement & la France de fixer la date du rembarquement de ses soldats, tandis que les généraux Campbell et Scherman, reconnaissant Juarez pour président légitime, se réunissaient à lui, si bien qu'il reprit l'offensive. De plus, la lutte meurtrière du sud contre le nord ayant cessé, les soldats congédiés accoururent en foule sous l'étendard que Juarez avait relevé. La guerre civile se ralluma donc, et ce ftit
viB DB l'akchiddc uaxihilibii d'adtbiche. 411
alors que Mazimilien signa un décret (3 octobre 1865) qui condamnait à être fusillés dans les viagt-qualre heures tous ceux qui seraient pris les armes à la main. La loi fut appliquée, entre autres, aux généraux Arteaga et Salazar par Marques, et la pitié qu'excita leur sort et leurs lettres d'adieu à leur famille firent plus de tort & la cause impériale qu'une défaite.
Mazimilien n'avait plus qu'& invoquer Napoléon. Mais la France, après avoir porté ses drapeaux plus avant dans les provinces de l'intérieur, après avoir dépensé SOO millions pour asseoir le nouvel empire, exigeait le remboursement de la dette Jecker quand les finances étaient ruinées. De plus, Haximilien ne pouvant exécuter les conventions faites à Mîramar, elle déclarait que ses troupes allaient partir si on ne lui abandonnait les douanes de Tampico et de la Vera-Gruz, dernières ressources de l'empire. On prétend qu'un ministre français laissa échapper celte parole : « Nous avons mis celui-ci sur le trâne du Mexique; pourquoi n'en pourrionsnous pas mettre un autre? »
Le message du président des États-Unis insinuait aussi que la France avait promis de retirer ses troupes du Mexique entre 1866 et 1867 ou de rester neutre, et puisque les Etats-Unis « déclaraient vouloir user de toute leur influence pour y installer et y maintenir un gouvernement républicain, a la France pourrait traiter de ses intérêts avec l'ancienne république mexicaine. On voulut, par l'entremise du général Castelnau, engager Maximilien à abdiquer, en lui montrant qu'on ne pouvait plus le soutenir, et en gagnant ses conseillers à prix d'argent. Maximilien se sentit atteint dans son honneur; il lui sembla que les Français voulaient justifier l'infidélité dont leur départ serait la preuve ; et ainsi, au moment où l'accord était le plus nécessaire, éclataient les soupçons et la mésintelligence. Pouvait-il laisser au Mexique la haine et le mépris de son nom, et venir en Europe chercher le ridicule pour prix de ses généreux efi'orts? Pouvait-il reparaître comme un noijveau prince déchu, qui aurait abandonné ses partisans? pouvait-il laisser la France, & laquelle il en voulait beaucoup, libre de traiter avec ceux qu'elle avait toujours considérés comme des brigands? « 11 ne sera jamais vrai, disait-il, qu'on puisse me reprocher d'être venu et reparti avec les bagages de l'armée française. Je ne souffrirai pas que des bandits se vantent d'avoir fait Aiir un prince européen. Vaincre ou mourir! »
418 StSTOIRB DRITERSELLE.
SoD propre intérêt, le besoin de se prémunir contre les complications menaçantes de l'Europe, conseillaient k Napoléon de retirer l'armée d'invasion, et, le 13 décembre 1866. il ordonnait à la légion étrangère de se rapatrier immédiatement : il laissait libre le corps austro-belge et les Français qui avaient pris service au Mexique d'en faire autant. Cependant l'article 3 dn traité de Miramar disait : « La légion étrangère, forte de huit mille hommes, restera au Mexique six ans après le départ des autres forces françaises, au service et à la solde du gouvernement mexicain. »
Il n'y avait plus qu'i rendre la retraite moins désastreuse pour Haximilien, moins dangereuse pour les Européens, moins triste pour l'armée contrainte de se retirer devant un ennemi toujours vaincu, et qui maintenant la suivait en dévastant tout, en punissant ceux qui s'étaient montrés favorables à la France.
François Bazaine, qui de simple soldats'était élevé de grade en grade à celui de général, qui avait pris part h la campagne de Crimée et à celle d'Italie sans mériter aucun reproche, avait remplacé le général Forey lorsque celui-ci fut rappelé en France (octobre 1863). Après beaucoup de combats, Bazaine ramena l'armée à Mexico (12 juillet 1864) et voulut en finir avec les rebelles en déployant une sévérité impitoyable qui irrita sans retour les Mexicains. 11 disputait h l'empereur le droit de faire grÂce ; il incendia près de Puebla une bourgade de quatre mille habitants, qualifiée de nid de brigands à la tribune du Corps législatif français. Il empêchait Maximilien de former une armée nationale, ce qui découragea les officiers qui espéraient y trouver une situation et de l'avancement; ils se jetèrent alors dans le parti de Juarez.
Faut-il croire l'anecdote que voici ; on raconte que, Bazaine ayant épousé une jeune Mexicaine fort riche, Haximilien lui envoya pour cadeau de noce l'acte de donation du magnifique palais de Buetta Vista. Bazaine voulut faire de la dignité en refusant, mais il permit à sa femme d'accepter ; puis, sous prétexte qu'il était peu convenable que le général français fût logé gratuitement dans le palais d'un autre, il s'arrangea pour que la municipalité de Mexico payU h M" Bazaine un loyer de soixante mille francs (1).
(1) Depuii lort Bauilue est devenu céUbre par la reddition de Meti, pour laquelle il Tul condamné à la prison, d'où il s'évada. Il trouva des acousateura et des défeuaeurs aussi, et I^achaud, son avocat, aTSrma dans sa
VIB DB l'archiduc lUXIMILIliN D'AUTBICHE. 113
Certaines gens croient qu'il ambiUonnait la couronne impériale pour lui-même, comme autrefois Junot celle de Portugal; et que, lorsqu'il eût perdu cette espérance, il cessa de combattre Juarez. Enfin 'il abandonna le Mexique le S février 1867, et si nous ne pouvons pas croire que l'armée fran-
dâfeoBa qu'il n'aiait rapporta da Mexique que trois cent mille thmce ; ce qui, vu les gros IraitemeaU da l'époque impériale, o'eAt paa été eiorbitant. — > 11 & traliî Maiimilien el causé sa mort n : seconde accasatiou, et celle-ci trËs accréditée, que démentent ponrtanl les lellres suivantes écrites par les victimes de sa prétendue trahison :
■ Alcoiar de Capultepec, SO octobre ISSfl. « Mon cher MaréctuJ,
■ J'ai été profondément ému des paroles de consolation et de sympathie que TOUS m'avet envoyées dernièrement en votre nom et au nom de la Maréchale. Je m'empresse de vous exprimer ma plus vive et ma plus profonde gratitude... je m'en fle absolument à votre tact pour la maintien ds la Iranquillilé dans la capitale et sur les points qui maintenant dépendent da votre commandement. Dans ces circoast&ncea douloureuses et difQciles, je compte plus que jamais sur la loyauté et l'amitié que vous m'avex toujours montrées.
• Je voua renouvelle à vous et ft la Maréchale ma vive reconnaissance pour les tendres sentiments qui ont fait tant de bien à mon pauvre oraur.
■ Recevez, mon char Maréchal, l'assurance de toute ma sincère amitié.
■ Maxihilibh. b Léopold de Belgique lui avait écnt :
■ Monsieur le Haréchal, o Mes très chers enfanta, l'empereur Haiimitien et l'impératrice Charlotte, me parlent toujours dans les termes les plus chaleureui des éminents services que vous rendez k l'empire mexicain, et des preuves constantes de bon vouloir que vous leur donnez. Je prie Votre Excellence de ma permettre de m'anir à eux dans l'expression de leurs sentiments, et d'accueillir le témoignage de ma haute estime et de l'affection que je vous porte, a Léopold. ■ « Palais national, ti février 1S8S.
» Mon cher Maréchal,
■ Ne pouvant vous envoyer une couronne de laurisri parce que voua l'avez cueillie vous-même dernièrement, je suis heureuse que l'arrivée de la grand'croii da son ordre de Léopold que mon père m'a chargée de vous remettre, coïncide avec votre beau succès, et qu'il me soit possible de voua offrir un léger témoignage dea santimenla que je partage, non seulement par obéissance filiale, mais aussi A cause de l'estime que j'ai pour vous. Je ne vous renouvelle pas mes félicitations, que l'empereur vous aura exprimées telles qu'elles ont jailli de notrecœur. Nous n'avons pas été surpris, puisque nous n'attendions pas moins de vous; mais c'est un brillant et heureux événement. Maintenant j'espère que nous vous
D.D.t.zeabïG00glc
n'y eut, pour oser les acheter, que les Juariates dont la terreur suivait pas &. pas la retraite de l'année française.
Les Mexicains s'épouvantaient du départ des Français qui les laissaient à la merci de bandes avides et.féroces, dont le passage était signalé par les violences depuis longtemps traditionnelles. Cependant Napoléon, dans le discours du trAne de 1866, assurait » que l'empire du Mexique, fondé sur la volonté de cette nation, prospérait, victorieux, affermi et déjà en état de se suffire h lui-même. »
L'armée française, en se retirant, réclama les nombreux volontaires qui s'étaient engagés au service de Maximilien avec la permission du maréchal, en déclarant que, s'ils restaient au Mexique, ils perdraient leur qualité de Français ; leur départ désorganisa l'armée, qui ne dépassait pas vingt mille hommes. Laissant Marquez commander et défendre Mexico, Maximilien n'était plus qu'un chef de parti comme tant d'autrès, et ayant perdu l'espoir de régénérer l'empire par les lois, par l'administration, par la modération, par l'équité, il ne lui restait que les armes, le plus triste des appuis. U
Lactuiud ajoattit deux antrM lettres bien plui ■IgniQcatiies qtie le» pr^cédeotM; ce n'éUit plus l'impératiice qui lei écrinit da sod palaii, c'était la pauvre veuve de Lackeii qui lei adreusit i la maréchale ; elle j parle de la mémoire de ■ ion amperenr adoré, • elle envoie le ploa cordial lalut an maréchal, elle demande des nouvelle! de ■ son SUeul, > le premier^é du mariage de Baiaine, s'il grandit bien, s'il est vif et diapoa, et lui envoie • nne médaille à l'afâgie de la tria sainte Vierge, bénite par le pape, pour qu'il la porte toujours & bod cod. ■
Un ofHcier qai a Tait la campagne du Mexique rapporte on mot qui a une sin^iftre importance aprkt l'évaaioa ds Baïaîns. I] inaiatait pour que MaiimiLen partit, mais celui-ci était inébranlable.
• Von* ponvei avoir de« revers, disait Baiaine.
— Je m'en relèverai, répondait Maximilien.
— Vous pouvet être fait prisonnier.
— Je briserai ma eb^ne, s'écriait cheval eresquement le monarque.
— Oh I poBr cela, non, dit le maréchal. Dans ce pays-ci, quand on eat prie, on ne peut pas s'enftiir. En France, on trouve des gens qui manqnent à leur devoir pour vous sauver; au Ueiiqne, voua n'en troovërei qne pour von» vendre. »
VIE DR L'ARCHISDC MAXIHIUBII d'aUTRICHB. 41!(
s'appliqDS de tonte soa activité à organiser son armée, vendit pour y suffire jusqu'i son argeaterie et, sortant de sa capitale avec cinq mille hommes et cinq mille piastres, il dit dans une proclamation :
« Notre action étaot une fois libre de toute influence, de toute pression étrangère, nous voulons maintenir l'honneur de notre glorieux étendard tricolore. » Mais cela ne suffisait pas contre les insurgés grossis de tous les soldats que la pacification des États-Unis congédiait, et de ceux qui, sous le nom de la liberté et de l'indépendance, aspiraient au pillage et au pouvoir. Partout alors les indépendants relevèrent la tête; le brigandage s'accrut, les conspirations triplèrent. Maximîlien accusa la France, le pape, son frère, dans des lettres qui témoignent d'un amer découragement. Charlotte, après avoir tenté de gagner des partisans par un voyage dangereux dans des pays peu bienveillants, résolut de venir en Europe et de solliciter elle-même Napoléon de les tirer du mauvais pas où il les avait engagés.
Elle partit le 15 juillet 1866. La traversée fatigua beaucoup la jeune souveraine qui, logée à la poupe du navire pour être plus seule, ne pouvait reposer à cause des oscillations de l'hélice. A mesure que le but de son voyage se rapprochait, son exaltation augmentait. Quand elle arriva i Paris, son vi> sage portait l'empreinte de sas cruelles préoccupations, accrues par une fatigue excessive; ses yeux étincelaient de fièvre. Au Grand-Hàtel, elle ne put jamais dormir (1). La famille impériale était ^ors i Saint-Gloud; Charlotte demanda tout de suite une entrevue à l'empereur, et, bien qu'il alléguât une indisposition qui l'empâdiait de la recevoir, elle y alla et insista si vivement que Napoléon ne put la renvoyer. L'entretien fut long et violent ; on récrimina beaucoup des deux parts. Voyant crouler les espérances dont elle s'était flattée depuis son départ de Gapultepec jusqu'à Saint-Cloud, sentant le sceptre lui échapper des mains , elle s'emporta et reconnut trop tard qu'une fille des d'Orléans avait eu tort d'accepter an trAoe des mains d'un Bonaparte. Désespérée, elle courut & Rome pour demander au pape qu'il sacrifiit les biens de l'Église au salut de l'empereur, et li aussi elle ne put rien obtenir; ce fut dans le palais du pape qu'éclatèrent
(1) La pFincMta de ta Cistema, quaad elts aut que son mari Amédée de Savoie avait renoncé au trfine d'Espagne, a'écriB : « Enfin je ponirat dormir! n
sympathie, frappée qu'elle était de la pire des maladies. Tant de désastres subis suffisent à expliquer l'égarement de sa raisoD, sans croire h un poison qu'on lui aurait fait boire à Mexico ; pourtant cela fut dit et peut-être le crulr«lle, puisque son idée fixe était de se croire continuellement entourée d'empoisonneurs.
Maximilien, voyant sa cause ruinée et désolé à la nouvelle de la maladie de sa femme, revint après quelque temps d'absence à son palais de Mexico. Il le trouva pillé, plus complètement que ne l'avait été celui de Monza par les insurgés d'Italie, et en outre il découvrit une conspiration de ses plus intimes serviteurs pour l'empoisonner.
Il avait perdu sa santé, perdu ses illusions, perdu son autorité, perdu la généreuse compagne de ses pensées ; il ne recevait que relus de l'Europe et malédictions des libéraux; il était décrié par les banquiers du pays, comme jadis par les journalistes en Lombardie , et balançait entre une fuite secrète ou une abdication publique. Il se retira à Orizaba, pour y réfléchir plus tranquillement et pour ne passe rencontrer avec le général Casteinau avant d'avoir bien fixé ses idées.
Le Biario du 1" décembre 1866 annonçait qu'il avait réuni le conseil d'État et les ministres. « Sa raison était convaincue qu'il devait déposer le'pouvoir, mais ses conseillers lui avaient persuadé que son devoir l'obligeait à le garder. » D'après leurs avis et suivant en cela ses idées favorites, il résolut de réunir une sorte do Convention où tous les partis rassemblés décideraient du sort définitif de la nation. Si les votes lui étaient contraires, il pourrait alors rentrer dignement en Europe pour attendre les événements et de nouvelles destinées, soit dans la Vénétie, soit même on Autriche.
Parfois une idée lui traversait la tète : c'est que Juarez, tout en se trompant, voulait le bien du pays et l'apaisement des dissensions ; qui sait s'il ne viendrait pas à un congrès d'où la volonté de la nation ferait sortir un pouvoir respectable? Qui sait si tous ceux qui voulaient le bien de la nation ne se réuniraient pas à lui?
Autre illusion ! Qui avait jamais pensé au bien de la nation ? à lui faire un sacrifice? Les conservateurs et les libéraux s'a-
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l'aide des Français ou des Américains. Les révolutionnaires voulaient se débarrasser des Français ; Miramon et Marquez, chefs militaires des conservateurs, ne défendaient l'empire que pour leur propre avantage, et pour en devenir les héritiers.
Déployant une activité inutile, Maximilieu se porta sur Queretaro, menacé par les républicains, et vécut et combattit en soldat ; mais il était toujours poursuivi par cette complication des choses que nous appelons fatalité, quand nous ne pouvons pénétrer les mystères de vilenie, d'astuce et de làcbeté qu'elles renferment. La guerre se faisait sans pitié comme entre brigands. Marquez, après une victoire , fit fusiller les médecins qui avaient soigné les ennemis, et chassa les malades d'un hôpital p^ur y loger ses soldats. Après la journée de San Jacinto, Ëscobedo sépara d'entre les prisonniers cent quatre officiers européens, dont quatre-vingt-quatorze français, et les fit fusiller, alléguant qu'ils n'étaient que des brigands puisque la circulaire du maréchal Bazaine déclarait déchus de leur qualité de Français ceux qui resteraient dans l'armée impériale.
A ce moment, un certain Fromont fit parler de lui; né de famille européenne, il s'était enrichi par le trafic des nègres, puis s'était fait chef de bande, et, au temps de l'expédition, avait offert son corps de volontaires; ensuite, s'étant mis d'ao cord avec Juarez, il devint un des principaux fournisseurs de l'armée mexicaine. 11 inventa les balles de cuivre qui rendaient mortelle la plus petite blessure, et k cette occasion Bazaine fit ofiVir Jl Juarez de lui céder gratuitement des munitions pourvu qu'il renonç&t à ces projectiles. De plus, Fromont inventa les balles enchaînées, c'est-à-dire deux balles attachées l'une à l'autre par une chaîne de quelques mètres et dont on chargeait deux canons voisins et parallèles; l'électricité mettait le feu au même moment et la décharge formait comme une barre de fer aussi violente que meurtrière-
Le général Lopez avait la réputation de s'être vendu aux Américains dans la guerre contre les États-Unis ; mais l'empereur ne voulut pas se dé&er d'un brave qui avait mérité la croix de la Légion d'honneur, et le conserva dans son étatmajor sans toutefois lui donner un commandement, ce qui le mécontentait et lui laissait le moyen pour se venger. En réalité, il s'entendit avec Ëscobedo; et l'empereur ayant
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418 HISTOIRE EIIIVBHSBLLE.
tout disposé pour faire une sortie de Qneretaro le ii mai, Ix>poz fit répandre le bruit qu'elle était coutremaudée; on dessella les chevaux, les soldats allèrent se couclLer, les artilleurs dégarnirent leurs pièces ; alors U introduisit les ennemis dans le couvent de la Cruz, qui était le poste le plus fort et le plus important de la défense; et, sans qu'il fût tiré un seul coup de feu, si ce n'est pour assassiner, la ville tomba au pouvoir des Juaristes etl'empereur aux mains d'implacables ennemis (1),
Quelles vanterîes ne coururent pas alors dans les joumanz juaristes 1 « Cet homme (disaienlrils) faisait couler des fleuves d'or du Mexique à Paris ; il étouffait sous le roulement de ses carrosses dorés le bruit des chaînes de ses prisonniers. Quelle nation étonnante que la nôtre! Elle a vaincu l'Europe par la diplomatie et par les armes : elle a détruit quatre armées ea quatre mois, un empire en cent jours. Nos jeunes gens, généreux, incorruptibles , se battent comme des lions et meurent comme des héros. Nous avons arraché à ces invincibles zouaves leurs médailles de Solfêrino et de Magenta.
iiLe Mexique est le tombeau des étrangers, nous ne les tolérons qu'à titre de marchands! Nous couvrirons de honte la France et les autres monarchies I »
Avec Maximilien avaient été pris le général en chef Megia, et on peu après Miramon. Celui-ci, jadis vaincu à San Hiquelito le 23 décembre 1860, s'était d'abord réfugié en Europe, d'oii il avait gagné la Havane, conspirant avec son père Mirandij contre Juarez. Revenu au Mexique en juillet 1862, il avait été élu cbef suprSme des troupes mexicaines qui se joignaient k l'armée française, mais Bazaine voulut les réunir aussi sous son commandement. Après le départ dos Français, il reprit les armes, s'empara de Zacatecas; mais, défait par Escobedo, près de San Jacinto, il se retira à Queretaro en se joignant h Megia et à l'empereur.
Enfermé dans une étroite cellule du couvent des Capucines (2) près de ses deux généraux, Maximilien ne pouvait
(l) Od aditqneLopeEKTEiitliTrdHaiiinilieii pour trois mille oncea d'or. Cel& fut nié, mais denûirem«at 1& Bevisfa univerial de Mexico a publié
deux documenta décIaréB antheiitiqueB par deni of&cierB supérieure, d'où il résulta qne le couvent de la Cna avait été livré par celui qui j commandait (Lopei) avec lei deux bataillons bous ses ordres, l'arlillerie et les munitions.
(3J Le docteur Ba«ch racouto : Le premier que je rencontrai ei
VIE DE l'archiduc HAXiinuEN d'authiche. 419
s'attendre qu'JL une condamnation. Pourtant il recourut à Juarez, le supposant généreux parce qu'il était victorieux, pour obtenir de lui le temps de mettre ordre à ses afTaires particulières et lui demander un entretien : il eut pour toute réponse que Queretaro était trop loin de San Luis de Potosi.
Le 13 juin se réunit un conseil de guerre composé de six capitaines sous la présidence d'un lieutenanl^colonel, « choisis (comme disait en souriant Maximilien] parce que leurs uniformes étaient les moins sales, » et le tribunal se tint dans le théâtre d'Iturbide. Tels étaient les juges qui s'arrogeaient le droit de juger un descendant des rois pour lesquels Cortez avait conquis le Mexique, un descendant des caciques aztèques, et un ancien président de la république. Maximilien refusa de se présenter dans ce théâtre, persuadé qu'on se proposait de le rendre ridicule et de rbumilier. Comme on avait ourdi quelque projet d'évasion, le gouvernement ordonna à tous les représentants étrangers d'abandonner la ville dans les vingt-quatre heures , sous peine de la vie. Dans la persuasion que les prisonniers ne seraient pas fusillés, ils se retirèrent aux environs de Queretaro.
an couvent dea Capncines fut U prince de S&lm. ■ Ob est l'empereur t >> lui die-je, et il me répondit : ■ Dana une tombe, u Voyant mon effroi, il i^onla : s Tranquillisei-Toua, il vit; mus on l'a mis dans unSTârilable tombe. » Il ouvrit la porte et une odeur de terre humide me saisit à la gorge. Dans un angle du vaste caveau ou l'on avait coutume da déposer les morts, était dressé un petit lit près duquel, sur un guéridon, br&lait tme chandelle; le prince était couché et lisait VEùtoire des lialiem de César Caotii. ■ Ils n'ont pas eu le temps de me préparer une chambre (dit-il en souriant), et en attendant ils me foot dormir avec les morts. »
L'autenrdas Derniera Uoii de Pempire mexicain écrivait : n Le 32 mai, on transporta l'empereur au couvent des Capucines dans le caveau des mons, au milieu des cercueils, n ; passa la nuit t, lire VHiâtoire de C. Caotu. n (Ch. d'HÉnicADLT, dans la Currespondant, 1868, 23 août, p. 637.}
On peut consulter aussi ; Alberto Ha^s, Queretaro.
D' Basch, Geschichie der letten Zehn Monate des Kaitrrreiche.
Lucas Alua, Historia de Vetico, detde los primiero) movimienlos, quel prepararon tu independence en el ano del 4808, haria ta epcca preienle; Ueiique, 1852, 5 voL
La Corle di Roma e l'imperatore Matàmiliano; Padova, 1866.
Eine Reise nach Mexico in iSflt, von Oraflna Pauia Kolloirtz; Vienne, 1866.
L'archiduo avait Uùssé tous ses papiers au prince de Salm-Salm qui lui resta attaché jusqu'à sa mort, at lui avait confié le soin d'écrire son his' toire ; mais ni l'empereur d'Autriche, ni la conr de Rome ne voulurent lui donner les documents nécessaires. Nous avons de lui : Queretaro, Blâtter ous meinem Tagtbuch m Mexico; Statlgard, 1368.
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430 UISTOIRK UHtVERSELLK.
Masimilien avait demandé Tainemeut d'être jugé par un congrès national. Les avocats Pasquez, Ortega, Hariano, Riva Palacio, Raphaël, Martinez de la Torre, qui publièrent depuis Vfiisloire du procès de l'archiduc Maximilien cC Autriche, libéraux honnêtes et désireux d'épargner à leur pays le mépris des nations civilisées, dirent pour sa défense tout ce qu'il était possible de dire. Dans un entretien avec Juarez, convaincus qu'il voulait la mort du prince pour 6ter aux puissauces européennes toute velléité de se mAler des affaires du Mexique, ils plaidèrent la grftce plutôt que la défense. A l'accusation que Maximilien était un flibustier qui ne différait pas de Garibaldi , qu'avant do quitter l'Europe il connaissait la loi qui punit de mort quiconque attente à la république du Mexique, qu'il avait en dernier lieu cherché à prolonger la guerre civile en instituant une régence, ils répondaient qu'il avait accepté la couronne que lui offrait un vote de la nation, après avoir pris l'avis d'éminents jurisconsultes anglais ; que, venu sans escorte, accueilli par des applaudissements, on ne pouvait l'appeler un instrument de la France, à qui il avait refusé de livrer la Sonora ; qu'il avait appelé dans ses conseils les meilleurs amis de l'indépendance. Quand le? Français eurentquitté le pays, il avait écrit h Juarcz pour lui proposer une amnistie entière ; mais, puisque celui-ci l'avait refusée, que lui restait-il à faire, sinon de se battre? Us produisent l'acte d'abdication qu'il avait remis à Lacunza pour le publier afin d'épargner une inutile effusion de sang; mais ce dernier avait hésité, attendantde nouveaux ordres. Quant au décret sanguinaire du 3 octobre 1865, qu'on lui reprochait si durement, il était fait contre les auteurs du sauvage décret de janvier 1862, d'après lequel tout prisonnier de guerre devait être fusillé; et cependant il s'y était opposé, bien que les Français l'exigeassent ]pour intimider leurs adversaires qui égorgeaient les prisonniers; il ne l'avait signé que lorsqu'on lui eut assuré que Juarez avait quitté le pays , et, depuis, il avait accueilli tous les recours en grâce.
Le fait est que Ingtezias, Escobedo, Lerdo et d'autres chefs puissants voulaient sa mort; ils la faisaient demander par les troupes et par les journaux : » Sa condamnation frappera toute l'Europe de respect, et si jamais un autre arlequin veut venir essayer ici son apprentissage de roi, il tremblera en apprenant comment nous traitons les aventuriers. » Ainsi parlait le Progresso de Queretaro du 19 juin.
TIE DE l'archiduc HAXIWUBN d'AUTBICHE. iH
Va autre jourasl rappelait « qu'il était le frère de l'empereur d'Autriche, le cousin de la reine d'Angleterre , du roi d'Italie, de la reine d'Espagne, du roi de Suède, l'allié de l'empereur des Français; celle ombre accusatrice se lèvera contre Louis-Napoléon comme celle de Banco devantMacbeth.
«... Le nom de l'archiduc sonnera comme une cloche funèbre dans la Chambre des députés contre les ministres du despote français. »
Et il fut condamné. Il devait expier la faute d'avoir cru à la révolution.
II était à présumer que les puissances d'Europe qui l'avaient toutes reconnu, que les nombreux parents qu'il avait sur le trône, la France surtout, ne l'abandonneraient pas à ce tribunal sauvage. Ils s'intéressèrent à lui, en effet, mais ils crurent qu'il valait mieux confier aux États-Unis le soin de le protéger, comme étant la seule qui pût alors le faire avec promptitude et ef&cacilé (1).
(1) Le chevalier Curtopaasi, chargé des alTaires ilalieunee à Heiico, écrivait de Cacubaya, le 5 juin 1S6T, k soa gouvernemsDt :
« Monsieur le ministre, après UDe forte opposition de la partdesautoritsB de Mexico, on m'a permis de sortir de la ville. Il m'a été impossible de trouver k Cacubftja nne voiture qui me transportât à Quereiaro avant le lendemain matin. Ou m'avait fait espérer que j'arriverais k temps pour assister an conseil de guerre. On dit généralement que l'empereur sera condamné, mais je ne désespère pas encore. La réception quem'a faite PorSrioDiaia été excellents. Plusieurs lettres de Sa Majesté, envoyées en ville, qui enjoignaient aux corps étrangers de déposer les armes, ont été interceptées par les généraux Marques, Tabera, et Horan, qui sont résolus à se défendre, bien qu'ils sachent le triste événement. On a ainsi détruit les documents qoi pouvaient faire connaître la vérité, et l'an répand des bruits absurdes. Le général Diai m'& dit qu'il voulait encore attendre pour attaquer la ville, voulant épargner une effusion de sang inévitable et les barreurs d'an pillage. Trente mille libéraux, animés du plus grand enthousiasme, usiègent la capitale. »
" Meiico, 21 juin 1867.
<i Monsieur le Ministre,
<> Arrivé le T t Queretaro, je fus immédiatement appelé près de l'empereur, qui m'exprima sa reconnaissance de ce que je m'étais ainsi transporté près de lui.
■ Les représentants de la Prusse, de l'Autriche, de Ta Belgique, et l'ancien consul de France à Maiatlan, étaient arrivés à Queretaro trente-sii
■ Je trouvai l'empereur an lit depuis plusieurs jours, enfermé dans le couvent des Capucines avec tes généraux Miramon et Megia. Sa Hajeelé aouffrtùt du foie, et avait des vomissements continuels. La chambre occupée par l'empereur était petite, sombre, et deux sentinellei en gardaient
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