‹ Les Trente-deux duels de Jean GigonChapitre 18 sur 19 · CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV

Conclusion

Godard avait raison. Le terrain où reposait le corps de Jean Gigon fut complètement transformé, ainsi que le prouve la lettre suivante qui m'a été adressée d'Alger, il y a quelques jours à peine, par un de mes vieux compagnons d'armes:

« Mon cher ami,

» Tu me demandes avant de terminer ton nouveau volume intitulé: Les trente- deux duels de Jean Gigon, ce que peut être devenue la tombe du vieux brigadier dont le nom est passé à l'état de légende dans le régiment?

» Depuis de longues années la tombe n'existe pas plus que le cimetière. Le petit coin de terre où reposait Jean Gigon a été transformé en jardin de cabaret et les chasseurs boivent aujourd'hui leu bouteille de vin à l'ombre d'une vigne à laquelle 1; tradition a conservé le nom de la vigne de Jean Gigon. Cette vigne magnifique proviendrait, m*at-on affirmé, d'un cep planté jadis sur la tombe du vieux brave par son intime le grand Godard.

A cette lettre se trouvait joint l'étrange renseignement qui suit, recueilli par mon ami, cinq ans après ma sortie du service, c'est-à-dire en 1848.

» Huit. ans après la mort de Jean Gigon, un ancien caporal de la légion étrangère devenu colon aux environs d'Alger, mourait dans un des hôpitaux civils de la colonie où il avait été transporté à la suite d'une attaque de fièvre pernicieuse.

» On ne connaissait au défunt ni j)arents ni amis, et son corps transporté à l'amphithéâtre de l'hôpital fut livré à l'autopsie.

» En pratiquant cette opération, un des chirurgiens découvrit sur la tempe gauche de l'ex-caporal une marque bleue presque imperceptible.

» A l'aide d'une loupe, il finit par distinguer un signe assez semblable à ceux par lesquels se reconnaissent les Arabes des différentes tributs.

» Ce signe, presque effacé, par le temps, avait la forme de la foudre au repos, ainsi que l'avait fait jadis remarquer le vieux gendarme Gigon, en recueillant l'orphelin dont je viens de raconter l'histoire.

» Le billet d'hôpital de l'ancien caporal de la légion étrangère ne contenait que ces mots pour toute indication de famille. — Né, on le suppose, en

1800, de père et mère inconnus.

» Par quelle horrible fatalité ce signe mystérieux

se trouvait-il sur la tempe de l'homme qui avait été

le dernier adversaire de Jean Gigon?

» Le pauvre brigadier de chasseurs d'Afrique avait-il été tué par son frère?

* C'est ce qu'il m'a été impossible de découvrir. »

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