‹ Les trésors de Cornelius a Lapide (volume 2)Chapitre 16 sur 97 · __ PROGRÈS ET NOMBRE DES CRIMES · texte numérisé non relu

__ PROGRÈS ET NOMBRE DES CRIMES

La terre sera désolée par les crimes : £'t terra erit in desolationem (Mich, vir. 13).

Tous, dit l’Apocalypse , petits et grands , riches et pauvres, libres et esclaves, ont le caractère de la bête dans leur main ou sur leur front : £t faciet omnes pusillos , et magnos, et divites , et pauperes ; et liberos, et servos, habere characterem in dextera manu sua, aut in frontibus suis (bestiæ) (xnr. 16).

Beaucoup, dit saint Paul, sont livrés à un esprit de révolte, de frivolité, de séduction : Sunt mule peine vaniloqui, seductores (Tit. 1.10).

Et quel siècle a jamais vu plus d’indifférence, d’incrédulité, d’impiété, de blasphèmes, de profanations, de désohéissance, de haine, de calomnies, d’impuretés, d’injustices, de mensonges, de scandales, d’orgueil, d’avarice, d'envie, d’excès en tout genre que le siècle où nous vivons ?.…

Au temps où l’impie Antiochus faisait tant de mal au peuple de Dieu, le pieux et intrépide Mathathias dit : Malheur à moi! pourquoi suis-je né pour voir l’affliction de mon peuple et le renversement de la ville sainte, et pour y demeurer pendant qu’elle est livrée aux mains de ses ennemis? Son sanctuaire est entre les mains des étrangers, son temple est comme un homme dans l’ignominie ; les vases de sa gloire ont été emportés sur la terre étrangère, ses vieillards ont été massacrés, et les jeunes gens sont tombés sous le glaive des ennemis. Toute sa magnificence lui a été enlevée : elle était libre, elle est devenue esclave; et tout ce que nous avions de saint, de beau et d’éclatant, a été désolé et profané. Pourquoi donc vivonsnous encore? Et Mathathias et ses fils déchirèrent leurs vêtements; ils se couvrirent de cilices, et ils furent dans un grand deuil. Mathathias cria à haute voix dans la ville en disant : Que celui qui a le zèle de la loi et qui garde l'alliance du Seigneur, me suive. Etil s’enfuit, lui et ses fils, sur les montagnes; et ils abandonnèrent tout ce qu'ils avaient dans la ville (I. Machab. n).

Voyant les mêmes excès, et peut-être de plus grands encore, imitons ce saint vieillard et ses fils : gémissons , prions , fuyons..….

TEU seul, dit saint Cyprien, gouverne l’univers : par sa parole, I1y a une proil commande à tout ce qui existe; il règle tout dans sa Qhaence qui : suprème raison ; il mène toute chose à sa fin dans son infinie puissance : Mundi unus est rector, qui, universa quæ sunt, verbo jubet, ratione dispensat, virtute consummat (De Unit. Eccles. ). La Providence est la volonté permanente de Dieu de conserver l’ordre physique et moral qu’il a établi dans le monde en le créant. La providence de Dieu, qui conserve et gouverne tout, est une création continuelle. ….

L’intégrité, la perfection, la ressemblance, la dissemblance, l’ordre, l’union, la succession, la force, la puissance, la vie de toutes choses, prises séparément et réunies ensemble, sont admirables..…. C’est ce qui fait dire au poëte : Dieu, infiniment grand, fait éclater sa toute-puissance dans les plus petites choses...

Eminet in minimis maximus ipse Deus.

Sa providence excelle dans l’atome comme dans le soleil, dans un grain de sable comme dans les plus hautes montagnes, dans une goutte d’eau comme dans l’Océan, daris un moucheron comme dans l'aigle, dans le plus petit et Le plus faible des insectes comme dans le lion, sur la terre comme au firmament, dans tous les éléments , dans toutes les saisons , dans toutes les productions si variées... L

Sr Dieu ne prenait aucun soin des choses de ce monde, surtout des Nécessité de la créatures intelligentes, il serait comme nul pour nous, et il nous rss: serait fort indifférent de savoir s’il existe ou n’existe pas. La sagesse,

la bonté, la justice, la sainteté que nous lui attribuons seraient des

mots vides de sens : la morale ne serait qu’une vaine spéculation, et

la religion serait une absurdité. Aussi la première leçon que Dieu a

donnée à l’homme en le tirant du néant, a été de lui apprendre que

son Créateur était aussi son maitre, son père, son législateur, son bienfaiteur et sa providence. Dieu ne s’est pas seulement fait connai-

tre à lui comme un être d’une nature supérieure, éternelle, infinie,

mais comme l’auteur et le conservateur de toutes choses, comme le rémunérateur de la vertu et Le vengeur du crime. Dieu, en créant le

Providence dans l’ordre physique,

monde, n’a point agi avec l’impétuosité aveugle d’une cause nécessaire, mais avec l’intelligence d’un être libre, indépendant, avec réflexion, avec prévoyance, avec attention à la perpétuité de son ouvrage et au bien-être de ses créatures. Il a dit, et tout a été fait; mais il a vu aussi que tout était bien...

Ce qu’on appelle le hasard n’est qu’un vain mot; tout arrive par la providence de Dieu...

Si la providence de Dieu cessait un instant de conserver, de soutenir, de diriger, de vivifier toutes choses, tout, en un instant, rentrerait dans le chaos, tout serait bouleversé, renversé. Le soléil ne parcourrait plus sa carrière; la lune, les étoiles disparaîtraient; la terre ne serait plus féconde ; l'Océan ne garderait plus ses limites; la bête féroce ne s’éloignerait plus de l’habitation de l’homme , les animaux domestiques se changeraient en tigres, etc.; le ciel même serait anéanti..…

Écourez l’'admirable description que le Prophète royal fait de la providence dans le psaume eur: Bénis le Seigneur, à mon âme; Seigneur, Ô mon Dieu, que vous êtes grand dans votre magnificence et votre providence! Vous vous êtes revêtu de gloire et de beauté ; vous vous êtes couvert de la lumière comme d’un manteau. Vous étendez les cieux comme un pavillon; les eaux demeurent suspendues autour de votre sanctuaire; les nuées sont votre char; vous marchez sur l’aile des vents; les orages sont vos messagers, et les flammes, vos ministres. Vous avez affermi la terre sur ses fondements, et les siècles ne l’ébranleront pas. L’abime des eaux l’enveloppait comme un vêtement; les eaux couvraient les montagnes. A votre menace, elles ont fui; au bruit de votre tonnerre, elles se sont écoulées. Elles surpassaient les montagnes ; elles descendent dans les vallées, aux lieux que vous leur avez marqués. Vous leur avez fixé les bornes qu’elles ne dépasseront pas. Vous envoyez des fontaines dans les vallons ; leurs eaux coulent à travers les montagnes; elles désaltèrent les bêtes sauvages; sur leurs bords habitent les oiseaux du ciel; ils font entendre leurs voix au milieu du feuillage. Des hauteurs de votre séjour, vous arrosez les montagnes; la terre est rassasiée des fruits que répandent vos mains. Vous faites germer pour les troupeaux l'herbe de la prairie, les moissons pour l’homme. Vous faites naître de la terre le vin qui charme son cœur. Vous lui donnez les parfums qui embellissent son visage, et le pain quile nourrit, Vous arrosez les arbres des forêts, les cèdres du Liban, plantés

par vos mains. Là sont les nide des oiseaux, là les sapins offrent un asile aux hérons; les sommets des montagnes sont la route des chamois ; les trous tortueux des rochers , le refuge des animaux timides.

La lune marque les temps; le soleil connaît l'heure de son lever et de son coucher. Vous amenez les ténèbres, et voilà la nuit ; alors les bètes des forêts se glissent dans l'ombre. Les lionceaux rugissent pour leur proie, et demandent à Dieu leur pâture. Le soleil se lève, les animaux sauvages se retirent et s’enfoncent dans leurs tanières. L’homme sort alors pour le travail du jour, et pour cultiver ses champs jusqu’au soir.

0 Dieu, que vos œuvres sont magnifiques, (que votre providence est riche et admirable }! Vous avez tout fait; vous gouvernez tout dans votre sagesse; la terre est remplie de vos biens.

Voilà la grande mer qui s'étend au loin; là se meuvent des animaux sans nombre, grands et petits; là se promènent les vaisseaux; là ce Léviathan que vous avez formé pour se jouer dans l’'abime. Toutes les créatures attendent de vous leur nourriture au jour marqué. Vous donnez, elles recueillent; vous ouvrez la main, elles sont rassasiées de vos dons : Omnia a te exspectant ut des illis escam in tempore. Dante te illis, colligent : aperiente te manum tuam, Omnia vmplebuntur bonitate (Psal. crr1. 27-98). Vous voilez votre visage , elles se troublent ; vous retirez votre souffle, elles expirent et rentrent dans leur poussière. Vous envoyez votre esprit, elles renaissent, et la face de la terre est renouvelée : Æmittes spiritum tuum, et creabuntur ; et renovabis faciem terræ (Ibid. x. 30). Que la gloire du Seigneur subsiste à jamais; que le Seigneur se réjouisse dans ses œuvres. Il regarde la terre, elle tremble ; il touche les montagnes, elles s’embrasent..….

Célébrez Jéhovah, invoquez son nom; annoncez ses œuvres au milieu des peuples : chantez ses louanges; parlez de toutes les merveilles de sa providence ( Psal. crv. 1. 2).

Les yeux de toutes les créatures sont fixés sur vous, Seigneur; vous leur donnez leur nourriture en temps convenable. Vous ouvrez votre main, et vous rassasiez tout ce qui respire : Oculi omnium in te sperant, Domine; et tu das escam illorum in tempore opportuno. Aperis tu manum tuam, et imples omne animal benediclione (Psal. uxLtv. 15. 16).

La providence de Dieu, dit saint Chrysostome, est le magasin , le grenier, le revenu des pauvres; c’est un revenu sûr, perpétuel, inépuisable : Providentia Dei est census pauperum : isque certus, pes rennis et inexaustus (Homil. ad pop.).

Providence dans l’ordre moral et surnaturel.

I] faut se confier à la Providence.

Si, dans l’ordre moral, il y ades infractions, ce n’est pas la faute de la divine providence, c’est la faute de l’homme rebelle à ladivine providence. Mais la Providence est si puissante, qu’elle tire même lebien du mal, l’ordre du désordre. Et comme le dit saint Augustin, Dieu n’eût jamais permis le mal, s’il n’eût été assez puissant pour en tirer le bien.

( Voyez Mélange des bons et des méchants),

La providence divine conduit seule, et comme il lui plaît, l’ordre surnaturel. Depuis le commencement du monde, elle a eu pour objet le salut du genre humain : tel a été dans tous les siècles le but de sa conduite. Mais elle exécute ce grand dessein par des moyens impénétrables à nos faibles lumières : elle éclaire telle nation par le flambeau de la foi , pendant qu’elle laisse telle autre dans les ténèbres de l’infidélité, sans que celle-ci ait droit de se plaindre, ni l’autre de s’enorgueillir. Même à chaque individu Dieu accorde telle mesure de grâce et de dons surnaturels qu’il juge à propos, sans que personne ait droit de lui demander raison de sa conduite. La providence de Dieu s'étend sur tous, elle veut du bien à tous, elle en fait à tous; et si elle châtie quelquefois, elle y est forcée par les désobéissances, les révoltes, les mépris, les outrages de l’homme criminel...

Ou! quelle sagesse dans ces paroles de J. C. : Ne vous inquiétez point de votre existence, comment vous trouverez à manger, ni de votre corps, comment vous le vèêtirez. La vie n’est-elle pas plus que la nourriture, et le corps plus que le vêtement? Regardez les oiseaux du ciel, ils ne sèment, ni ne moissonnent, ni ne recueillent en des greniers; et votre Père céleste les nourrit. N’êtes-vous pas de plus grand prix qu'eux? Nonne meliores estis vos ? Qui de vous pourrait, par son industrie, ajouter une coudée à sa stature? Et le vêtement, pourquoi vous en inquiéter? Voyez Les lis des champs, comme ils croissent : ils ne travaillent ni ne filent. Or, je vous le dis : Salomon, dans toute sa gloire, n’était pas vêtu comme l’un d’eux. Que si Dieu revêt ainsi l’herbe des champs, qui est aujourd’hui, et demain sera jetée dans le four, combien plus aura-t-il soin de vous, hommes de peu de foi ? Ne vous inquiétez donc point et ne dites pas : Que mangerons-nous ? que boirons-nous? où comment nous vêtirons-nous ? Les gentils s’enquièrent de ces choses, mais votre Père céleste sait que vous en avez besoin. Cherchez donc premièrement le règne de Dieu et sa justice, et tout cela vous sera donné par surcroît : Queærite ergo primum

regnum Dei et justitiam ejus, et hæc omnia adjicientur vobis (Matth. vr. 25-33).

Déposez tous vos soucis dans le sein du Seigneur, dit le Psalmiste, et ce sera lui qui pourvoira à vos besoins : Jacéa super Dominum curam tuam, et ipse te enutriet (LIv. 23).

Les philosophes modernes, dit Bergier, ne font que répéter contre la Providence les sophismes des anciens philosophes , et retombent dans les mêmes préjugés. Les uns pensent qu’il est impossible qu’une seule intelligence puisse voir toutes choses dans le dernier détail, et y donner son attention; les autres jugent que ces soins minutieux seraient indignes de la majesté divine, dégraderaient sa sagesse et sa puissance; d’autres prétendent qu'une telle administration troublerait son repos et son bonheur. Une preuve, disent la plupart de ces hommes aveugles, que ce n’est point un Dieu souverainement puissant et sage qui a fait le monde, qui le gouverne, c’est qu’à plusieurs égards il y a de grands défauts dans cet ouvrage : une preuve que ce n’est pas lui qui le gouverne, c’est qu’il y arrive continuellement du désordre : en est-il un plus grand que d’y laisser la vertu sans récompense et le vice sans châtiment ?

Conséquemment, parmi les philosophes païens, les uns, comme les épicuriens, soutinrent que dans le monde tout est l’effet du hasard; que les dieux, endormis dans un profond repos, ne s’en mêlaient en aucune manière. Les autres, surtout les stoïciens, imaginèrent que tout était décidé par la loi du destin, loi à laquelle la divinité même était soumise. D’autres enfin, dociles aux lecons de Platon, imaginèrent que le monde avait été fait et qu'il était gouverné par des esprits, génies, démons, ou intelligences inférieures à Dieu ; que ces ouvriers, impuissants et malhabiles, n’avaient pas su corriger les imperfections de la matière, et ne pouvaient pas empêcher les désordres de ce monde.

Aucun de ces systèmes n’était ni honorable à la divinité, ni consolant pour les hommes. Voilà cependant tout ce que la raison humaine avait trouvé de mieux. Il est clair que ce chaos d’erreurs était fondé sur quatre notious fausses : la première, touchant la création, que les philosophes ne voulaient pas admettre; la seconde, touchant le bien et le mal, qu’ils prenaient pour des termes absolus, pendant que ce sont seulement des termes de comparaison; la troisième, à l'égard de la puissance infinie, qu’ils comparaient à la puissance bornée des hommes; la quatrième, enfin, concernant la justice divine, qu’ils supposaient faussement devoir s’exercer en ce monde, Il est de notre devoir de le démontrer.

Objections contre la Providence.

Objections résolues.

4° Sr les philosophes avaient compris que Dieu a le pouvoir créateur, qu'il opère par le seul vouloir ; qu’à sa seule parole, au seul acte de sa volonté, tout a été fait, ils auraient conçu de même que le gouvernement de l’univers ne peut pas plus coûter à Dieu, ni plus dégrader sa majesté souveraine que la création. Ici les philosophes comparaient déjà l'intelligence et la puissance divine à l'intelligence et à la puissance humaine; et parce qu’un roi serait fatigué et dégradé s’il entrait dans les plus minces détails du gouvernement de son empire, ils en concluaient qu’il en serait de même de;Dieu. Conséquence ridicule et fausse. C’est donc l’idée du pouvoir créateur qui a élevé l'esprit et l'imagination des écrivains sacrés, et qui leur a inspiré, en parlant de la puissance de Dieu, des expressions si supérieures à toutes les conceptions philosophiques. Dieu, selon leur style, n’a fait qu’appeler du néant les êtres, et ils se sont présentés; il tient les eaux des mers, et il pèse le globe dans le creux de sa main; les cieux sont l'ouvrage de ses doigts; c’est lui qui dirige les astres dans leur course majestueuse : d’un mot il peut abimer le. ciel et la terre, les faire rentrer dans le néant, etc. Il lui suffit de connaître sa puissance, pour voir non-seulement tout ce qui est, mais tout ce qui peut être.

2 Sous les mots bien et mal, nous avons dit qu’il n’y a dans le monde ni bien ni mal absolu, mais seulement par comparaison; que quand on dit qu'il y a du mal, cela signifie seulement, qu'il ya moins de bien qu’il ne pourrait y en avoir. Nous avons observé qu’il n’est aucune créature à laquelle Dieu n’ait fait du bien, quoiqu'il eût pu lui en faire davantage, et quoiqu'il lui en ait fait moins qu’à d’autres. Or, c’est une absurdité de prétendre que tout est mal, parce que tout est moins bien qu’il ne pourrait être : c’en est une autre de supposer qu'un être créé, par conséquent essentiellement borné, peut être absolument bien et sans défauts à tous égards; il serait alors comme Dieu, la perfection infinie.

30 L’on se fait une fausse notion de l'infini, quand on suppose que Dieu, parce qu’il est tout-puissant, doit faire tout le bien qu’il peut ; cela est impossible, puisqu'il en peut faire à l'infini. Cette supposition renferme une contradiction, puisque c’en est une de vouloir que Dieu tout-puissant ne puisse pas faire mieux. [ei revient encore la comparaison fausse entre la puissance de Dieu et la puissance humaine; l’homme doit faire tout le bien ou le mieux qu’il peut, parce que son pouvoir est borné; il n’en est pas de même à l’égard de Dieu, parce que son pouvoir est infini,

PROVIDENCE. 205 4° Les philosophes ne raisonnaient pas mieux lorsqu'ils étaient scandalisés de ce que Dieu ne punit pas toujours les crimes en ce monde; une conduite contraire serait trop rigoureuse à l'égard d’un être aussi faible et aussi inconstant que l’homme; elle lui ôterait le temps et les moyens de faire pénitence. Quelquefois ce qui parait un crime aux yeux des hommes, est une action louable ou innocente ; bien plus, souvent ce qui leur semble être un acte de vertu, vient d’une intention criminelle. La Providence serait donc injuste si elle se conformait au jugement des hommes. D’autre part, les récompenses de ce monde ne sont pas un prix suffisant pour une âme vertueuse, immortelle de sa nature ; il faut que la vertu soit éprouvée sur la terre pour mériter un bonheur éternel.

L’impie qui, dans son aveuglement, murmure contre la Providence, dit : Si j'étais Dieu, j’agirais tout autrement; on pourrait lui répondre : Dieu aussi agirait différemment, s’il était homme...

Gardons le silence, admirons, adorons, remercions la providence de Dieu ; soumettons-nous à son gouvernement paternel, et elle nous conduira à bonne fin...

Qu'est-ce que la prudence?

Nécessité de la prudence.

A prudence, dit saint Thomas, est l'œil et le pilote de l'âme, ainsi que de tous ses mouvements et de ses actions. Aussi le mot prudent vient de porro, vel procul videns, celui qui voit de

loin; et prudence vient de procul videntia, faculté de voir les choses de loin (1).

Voyez, mes frères, comment vous devez marcher, dit saint Paul aux Ephésiens; non comme des insensés, mais comme des sages; rachetant le temps, parce que les jours sont mauvais : Videte, fratres, quomodo ambuletis | non quast insipientes, sed ut sapientes ; redimentes tempus, quoniam dies mali sunt (v. 15. 16). Ne soyez donc point sans discernement, ajoute l’Apôtre, mais comprenez quelle est la volonté de Dieu, et remplissez-vous de l’esprit de Dieu : Propferea nolite fieri imprudentes, sed intelligentes quæ sit voluntas Dei, et implemini Spiritu Sancto (V. 17. 18).

La prudence, dit saint Chrysostome, s’éteint comme une lampe, si vous avez peu d'huile, ou si vous ne fermez pas la porte aux vents, ainsi que les fenêtres. Les fenêtres sont les yeux et les oreilles; et la porte, c’est la bouche (Æomil. ad pop.).

Que les paroles soient pesées deux fois avant d’être proférées par la langue, dit saint Bernard : Verba bis ad limam veniant, quam semel ad linguam (Tract. de Perfect. ).

Tout m'est permis, mais tout ne m’est pas expédient, écrit saint Paul aux Corinthiens : Omnia mihi licent , sed non omnia expediunt (I. vi. 12).

Que tes yeux regardent devant toi, disent les Proverbes, et que tes paupières ne s’abaissent pas. Examine la voie de tes pieds, et toutes tes démarches seront affermies : ne te détourne ni à droite ni à gauche; éloigne tes pas du mal (2).

(1) Prudentia est oculus et rector animæ, omniumque ejus motuum et actionum. Unde prudens dicitur, quasi porro vel procul videns; et prudentia, quasi procul videntia (2, p. q. art. 5).

(2) Oculi tui recta videant, et palpebræ tuæ præcedant gressus tuos : dirige semitam pedibus tuis, et omnes viæ tuæ stabilientur. Ne declines ad dexteram, neque ad sinistram; averte pedem tuum à malo (1v. 25-27). É

Etudiez attentivement le chemin de la justice par où vous devez entrer, dit Le vénérable Bède ; et dans tout ce que vous entreprenez, prévoyez toujours la fin : Zter justitiæ quo ingredi debeas diligenter edisce ; et in cunctis quæ agere disponis , sollicitus ad quem sint ventura finem, prœvide (n Collect.).

Mon fils, dit le Seigneur dans les Proverbes, purifiez-vous par ma sagesse, et prêtez l'oreille à ma prudence, afin que vous veilliez sur vos pensées, et que vos lèvres gardent la science : Fil mi, attende ad sapientiam meam, et prudentiæ mec inclina aurem tuam ; ut custodias cogitationes, et disciplinam labia tua conservent (v. 1.2).

Où la prudence manque, dit l’Ecriture, les projets sont vains; mais ils s’affermissent dans l’union des conseillers : Dussipantur cogitationes ubi non est consilium : ubi vero sunt plures consiliarit, confirmantur (Prov. xv. 22). L'âme qui n’est pas prudente, est sans bien : Ubr non est scientia animæ, non est bonum (Prov. xix. 2).

Mon fils, dit l’Ecclésiastique, ne faites rien sans conseil, et vous n’aurez pas de repentir après l’action : Fili, sine consilio nihil facias, et post factum non pænitebis (xxx11. 24).

Dieu, voulant créer l’homme, la sainte Trinité entre en conseil ; car elle dit : Faisons l’homme à notre image et ressemblance : Faciamus hominem ad imaginem et similitudinem nostram (Gen. T1. 26). Faisons avec conseil l’homme capable de conseil , afin qu’il apprenne de nous, de son Créateur, à faire toutes choses avec prudence et conseil...

Apprends où est la prudence, dit le Seigneur par le prophète Baruch, où est la force, où est l'intelligence; afin que tu saches en même temps où est la longueur de la vie et la véritable nourriture ; où est la lumière des yeux et la paix : Disce ubi sit prudentia , ubi sit intellectus ; ut scias simul ubi sit longiturnitas vitæ et victus, ubi sit lumen oculorum et pax (11. 14).

Je vous exhorte tous, dit l’Apôtre aux Romains, à ne point être sages plus qu’il ne faut, mais à être sages avec sobriété, avec prudence, c’est-à-dire à ne vous jeter dans aucun excès même de zèle, de bien, sans une prudence consommée, sans conseil préalable : Dico entm non plus sapere, quam oportet sapere; sed sapere ad sobrietatem (RON |

Otez la prudence, dit saint Bernard, et la vertu sera vice : Tolle hanc (prudentiam) , virtus vitium erit (Serm. xL in Cant.).

Voilà, dit J. C. à ses apôtres, que je vous envoie comme des brebis au milieu des loups; soyez donc prudents comme des serpents :

Ce que la prudence exige.

Ce que fait l'homme prudent.

er

Ecce ego mitto vos sicut oves in medio luporum; estote ergo prudentes sicut serpentes (Matth. x. 16).

La prudence exige que ce que nous disons et faisons, 4° soit exempt de fausseté.… ; 2 soit sincère et éloigné de toute feinte et hypocrisie.… ; 3 soit grave, sans légèreté... ; 4° soit juste et exempt de toute injure envers le prochain. ; 5° soit utile, et ne puisse porter préjudice à personne. ; 60 soit mür, réfléchi, opportun, convenable aux personnes, aux lieux et au temps... ; Tenfin, ne rien dire et ne

rien faire dont on ait à se repentir..…

L’rouwve prudent, dit saint Bernard, ne fait rien sans avoir prévu et examiné trois choses : d’abord si telle chose est permise; ensuite si elle est convenable ; en troisième lieu, si elle est avantageuse : Spiritualis homo omne opus suum trina consideratione prœveniet : primo an liceat , deinde an deceat, postremo an expediat (Lib. I de Consid., c. m1).

L’Evangile nous dit que lorsque l’ange salua Marie pour lui annoncer que Dieu l’avait choisie pour être la mère du Verbe incarné, elle trembla, parce que l’ange avait la figure d’un homme : Quæ cum audisset, turbata est in sermone ejus, et cogitabat qualis esset isa Cogitatio (Luc. 1. 29).

IL est d’une vierge prudente, dit saint Ambroise, de craindre et de trembler de tout homme qui vient à elle; elle craint même de lui parler : Trepidare virginum est, et ad omnes viri ingressus pavere , omnes viri afjatus vereri (Lib. de Virg. ).

L'homme prudent met en pratique ces paroles de l’apôtre saint Jacques : Que tout homme soit prompt à écouter, lent à parler, et lent à la colère : Sit omnis homo velox ad audiendum, tardus autem ad loquendum, et tardus ad iram (1. 19).

Elle est célèbre cette sentence de Sénèque : Celui qui ne sait pas se taire, ne sait pas parler : T'acere quisquis nescit, hic nescit loqui (In Prov.).

Saint Ambroise dit que l’homme prudent mesure ses discours, qu’il les pèse à la balance de la justice; afin qu'il y ait gravité dans sa raison, et qu'il y ait du poids dans ce qu'il dit. En agissant ainsi, il montre de la douceur, de la bonté, de la modestie (1).

(1) Ad mensuram sermones profert libra examinatos Jjustitiæ, ut sit gravitas in sensu, in sermone pondus. Hæc si cuslodiat aliquis, fit mitis, mansuetus, modestus (Lib. L'Offic., c. in).

N'agissez promptement qu'après avoir examiné avec soin, dit Sénèque ; ne pas réfléchir, c’est folie : Diu deliberato, cito facito ; nil curare, Loc est insanum esse (In Prov. ).

L'homme prudent dit à Dieu avec le Psalmiste : Seigneur, mettez une garde à ma bouche, et une porte à mes lèvres : Pone, Domine, custodiam ori meo, et ostium circumstantiæ labiis mets (axz. 3). Il observe ce que dit l’Ecclésiaste : Ne parlez jamais imprudemment, etque votre cœur ne se presse pas de s’énoncer; que vos paroles soient en petit nombre : Ve femere quid loquaris, neque cor tuum sit velox ad proferendum sermonem; sint pauci sermones tui (v. 1). Prévoyez le jour mauvais, dit encore l’Ecclésiaste : Malum diem præcave (var. 15).

Que celui qui a l'autorité voie tout, dit saint Bernard, passe sur beaucoup de choses, punisse peu : Rector omnia videat, multa dissimulet, pauca castiget (Lib. de Consid.).

Consultez toujours l’homme sage, dit Tobie à son fils : Consilium semper a sapiente perquire (1v. 19).

Celui qui est prudent, se méfie de Eri;mème ; S’humilie, et se préserve des péchés...

L'homme prudent, pour ne pas s’égarer, s’attache à la loi du Seigneur ; il médite cette loï, ses récompenses et ses châtiments; il compare. Alors, il choisit toujours le bien, évite et méprise le mal...

L'homme prudent observe ce précepte du Saint-Esprit : Ne vous détournez n1 à droite ni à gauche ; éloïgnez vos pas du mal (Prov. rv. 27). Ilse dirige selon la règle de la droite raison, de la loi et de la volonté divines. Ne vous détournez pas à droite; c’est-à-dire que, même dans le bien, il faut de la prudence. Ne vous détournez pas à gauche, évitez le péché... Se détourner à droite, dit saint Augustin, c’est se tromper soi-même en se croyant sans péché; se détourner à gauche, c’estise donner au péché avec une sécurité perverse et corrompue (De Morib.). La droite et la gauche, c’est le vice ; la vertu est au milieu; c’est là que se tient l’homme prudent.

Celui qui marche au milieu des piéges avec circonspection est en sûreté, disent les Proverbes : Qur cavet laqueos, securus erit (x1. 15).

L’homme prudent examine tout avec sagesse, pèse tout au poids des raisons divines et éternelles. L’imprudent, au contraire, pèse Les choses selon les raisons humaines, temporelles et caduques; il les préfère aux raisons divines et éternelles; ce qui est la suprème folie.

Saint Louis de Gonzague, qui était si prudent, est représenté, en effet, dans son tableau avec une balance : dans un plateau il pèse les

Admirables effets et fruits de la prudence.

raisons temporelles; dans l’autre, les raisons éternelles ; celles-ci l'emportant infiniment sur les autres, le pressent de faire toutes choses selon les raisons divines et éternelles, et non selon les raisons humaines et périssables. Et c’est ce que dit un homme sage : Tout ce que vous faites, faites-le avec prudence, et regardez toujours la fin : Quidquid agas, prudenter agas, et respice finem.

O homme, dit saint Bernard, réfléchissez d’où vous venez; ayez honte du triste état dans lequel vous êtes présentement, et soyez inquiet, tremblez en pensant où vous allez : Affende , o homo , unde venis ; et erubesce ubi es , et ingemisce quo vadis et contremisce (Serm. in Cant.).

Ce qui est pensé, dit, fait une fois, est éternel. Vivez donc, appliquez-vous, travaillez pour l'éternité. Voilà la prudence et la sagesse des saints...

Saint Thomas d'Aquin, interrogé comment on pouvait passer cette vie sans erreur et sans chute grave, répondit : Si l’on se conduit dans chaque action de manière à se rendre raison pourquoi l’on agit ainsi. En agissant de la sorte, on ne permettra pas à la cupidité, à la passion, au hasard, ou à toute autre chose qui jetterait dans l’erreur, de s’en mêler (1). |

L'homme prudent consulte toujours. Le conseil est une chose sacrée, dit saint Basile ; il est l’union des volontés, le fruit de la charité, le fondement de l’humilité (Homil. in Psal. ).

L'homme prudent n’est point curieux dans les mystères de la foi; il ne pousse rien à l’extrême; il est à son devoir, à ses fonctions Sal ne s'occupe pas de ce qui regarde les autres; il s'occupe de luimême... La prudence, dit l'Ecclésiastique, se montre par la parole; et le jugement, la science et la doctrine, paraissent dans les discours du sage; et sa fermeté est dans les œuvres de justice : /n lingua enim sapientia dignoscitur, et sensus, et scientia , et doctrina in verbo sensati, et firmamentum in operibus justitiæ (1v.29). Les hommes prudents dans leurs discours et qui agissent avec sagesse, ont l’intelligence de la vérité et de la justice : Sensati in verbis, et ipsi sapienter egerunt, et intellexerunt veritatem et justitiam (Xbid. xvur. 29 ).

Ex toutes ses voies, David agissait prudemment, et le Seigneur était avec lui, dit l’Ecriture : /n omnibus viis suis David prudenter agebat, (1) Si in qualibet actione quis ila agat, ut rationem reddere possil cur eam faciat;

sic enim non sinct se transversum agi à Cupiditate, passione, casu, aliave re, quæ eum in errorem inducat ( De Peccatis).

PRUDENCE. 211 et Dominus eral cum eo (1. Reg. xvnr, 14), David agissait avec plus de prudence que tous les serviteurs de Saül, et son nom devint trèscélèbre : Prudentius se gerebat David quam omnes servi Saul, et celebre factum est nomen ejus nimis (1, Reg, xvir. 30).

L'homme prudent gouvernera les autres, disent les Proverbes ; Intelligens quhernacula possidebit (1.5).

D’après saint Basile, il y a trois mers très-dangereuses et féconde, en tempêtes et en naufrages ; et sur ces mers le vaisseau de la vie humaine doit être gouverné et conduit au port par la prudence; cette vertu doit être le pilote. La première est Le siècle, dans lequel lomine le souffle de la fortune, en élevant ceux-ci, submergeant ceux-là. Sur cette mer, l’homme est le vaisseau, qui a un sort heureux ou malheureux, Or, la prudence prévient les tempêtes, empêche les naufrages. La seconde mer est le cœur, qui est constamment agité, tourmenté comme une mer en courroux, par les diverses passions, les pensées et les désirs. Le vaisseau, sur cette mer, c’est l’âme ellemême et la volonté : la prudence dirige l’un et l’autre. La troisième mer, c’est le passage tracé à la vie humaine, Ce passage, qui doit nous conduire au ciel, est plein de démons comme autant de terribles pirates, pour capturer et piller le vaisseau avec toutes ses marchandises, ses richesses, c’est-à-dire l’âme avec ses bonnes œuvres, ou

‘ Jui faire faire naufrage. La rapidité du temps pousse vers l’écueil redoutable de la mort. La prudence évite ces nombreux et cruels pirates, elle les combat, elle sauve les richesses du vaisseau, et le vaisseau lui-même du pillage, du naufrage, et l'amène par une bonne et sainte mort au port désiré du salut éternel ( Æomil, in Psal.).

La prudence, dit saint Bernard, purifie l’âme, règle les affections, dirige les actes, corrige les excès, forme et règle les mœurs, orne la vie, et la rend honorable et parfaite; elle communique la science des choses humaines et divines. Elle éclaire ce qui est obscur , elle modère les désirs violents, réunit ce qui est séparé, scrute les mystères, cherche la vérité, examine ce qui parait vraisemblable, explore ce qui est faux et factice, La prudence distribue ce qu’il y a à faire, reçoit ce qui est fait, afin qu’il n’y ait dans l’âme rien d’incorrect, ou qui mérite d’être corrigé. Elle pressent les adversités au sein même de la prospérité; et elle est tellement forte dans les adversités, que, non-seulement elle les supporte avec courage, mais que même elle ne les sent pas (1).

(1) Consideratio mentem purificat, regit affectus, dirigit actus, corrigit excessus, componit mores, vitam honestat et ordinat, divinarum pariter et humanarum rerum

Que fait l’homme prudent? il ne nuit à personne, mème lorsqu'il le peut. Que fait l’imprudent? il veut nuire, même lorsqu'il ne le peut pas...

Si tu invoques la prudence, disent les Proverbes; si tu la cherches comme l'argent , si tu la découvres comme un trésor caché , alors tu comprendras la crainte de Dieu, tu trouveras la science du Seïgneur ; car le Seigneur donne la sagesse; de sa bouche se répandent la prudence et le savoir (11. 3-6). Considère tes voies dans la prudence, et toutes tes démarches seront affermies ( Zbid. 1v. 26).

La prudence est la science des saints, disent encore les Proverbes : Scientia sanctorum prudéntia (1x. 10). Le salut est là où la prudence abonde : Salus ubi multa consilia (Ibid. xr. 14). Celui qui se conduit par la prudence ne s'égare jamais : Qui agunt omnia cum consilio , reguntur sapientia (Ibid. xt. 10). La sagesse repose dans le cœur de l’homme prudent; il instruit les autres : Zn corde prudentis requiescit sapientia; et indoctos quosque erudiet (Ibid. x1v. 33 ).

La science de l’âme, c’est la prudence avec laquelle l'âme parcourt et examine, non-seulement les choses présentes, mais les choses passées et futures , afin de régler si bien ses actions, que pouvant les justifier et les sauver au jour du jugement devant les yeux de J.C., qui pénètre tout , elle obtienne la couronne et le prix de la gloire céleste. Car la prudence est l’œil de Pâme , et celui qui la possède voit très-bien toutes choses , les prévoit, y pourvoit, et regarde avec soin où il fixe ses démarches et ses actions. C’est pourquoi il marche en sûreté , comme celui qui, dans les ténèbres, est précédé d’une lampe et la suit.

La science de l’âme est donc la prudence, qui veille au salut de l’âme, qui sonde ses récompenses et ses châtiments; et elle excite l’homme à bien vivre, à fuir le péché, à pratiquer la vertu et à bien mourir. C’est donc avec raison que le Sage appelle la prudence la science des saints : Scientia sanctorum prudentia (Prov.1x. 10). Et saint Luc, la vertu des justes (1. 17).

Celui qui garde sa bouche et sa langue, disent les Proverbes, pré-

serve son âme des angoisses : Qui custodit os suum et linguam suam , custodit ab angustiis animam suam (xxr. 93 ).

scientiam confert. Hæc est quæ confusa determinat, hiantia cogit, sparsa colligit, secreta rimatur, vera vestigat, verisimilia examinat, ficta et fucata explorat. Hæc est quæ agenda præordinat, acta recogitat, ut nihil in mente resideat, aut incorrectum,

aut correctione egens. Hæc est quæ in prosperis adversa præsentit, in adversariis quasi non sentit ea ( Lib. Consid.).

La prudence, dit abbé Moïse, est la mère de toutes les vertus; elle en est la gardienne et la modératrice : Omnium virtutum generatrix, custos , moderatrixque discretio est (In Vit. Patr.).

Ceux qui cherchent le Seigneur considèrent toutes choses, dit lEcriture : Qui inquirunt Dominum, animadvertunt omnia (Prov. XXVIT. D). L'homme prudent est une lecon pour bien d’autres, et il remplit son âme de douceur : Vir peritus multos erudivit, et animæ suæ suavis est (Eccli. xxxvir. 22). L'homme prudent sera rempli de bénédictions, et ceux qui le verront le loueront : Vir sapiens implebitur benedictionibus, et videntes illum laudabunt (Xbid. xxvir. 27). Il héritera de l’honneur au milieu du peuple, et son nom vivra éternellement : Sapiens in populo hœreditabit honorem, et nomen illius erit vivens in æternum (Ibid. xxxvir. 29).

SAINT Pambon disait en mourant : Je n’ai à me repentir jusqu’à ce jour d’aucune imprudence (/x Vit. Patr. ). Heureux l’homme qui peut parler ainsi! Celui qui est prudent en paroles, en pensées, en actions, est un homme parfait, par conséquent très-heureux..….

Selon l’Ecriture, la prudence étant la science des saints, et le salut étant là où la prudence abonde , nécessairement celui qui possède la prudence possède le bonheur... D’après l’Ecriture, la

‘sagesse est le partage de l’homme prudent ; or, la sagesse donne le bonheur...

Les bons conseils d’un ami adoucissent et consolent l'âme , disent les Proverbes ; or, il n’y aque l’homme prudent qui aime les conseils: Bonis amici consiliis anima dulcoratur (xxvrr. 9).

L'homme prudent possède son âme en paix, dit l’Ecclésiastique : Vir peritus animæ suæ suavis est (xxxvu. 22). L'homme prudent sera rempli de bénédictions : Wir sapiens implebitur benedictionibus (Ibid. xxxvit. 27 ).

Evrrez les questions futiles et absurdes, sachant qu’elles engendrent les querelles, dit saint Paul à son disciple Timothée : Séultas et sine disciplina quœæstiones devita, sciens quia generant lites (IL 11. 23).

Il a réglé mon amour, dit l’Épouse des Cantiques : Ordinavit in me caritatem (11. 4).

Le zèle sans la prudence est toujours moins efficace , dit saint Bernard, moins utile; et souvent il est très-nuisible. Plus le zèle est ardent, l'esprit plus actif, et la charité plus grande, plus il faut de

Bonheur que procure la prudence,

Ce qu’il faut éviter pour être prudent,

Combien Pimprudent est malheureux.

science et de prudence pour régler le zèle, tempérer l'esprit, régler la charité (1).

Celui qui se confie à son cœur est un insensé, disent les Proverbes : Qui confidit in corde suo, stultus est (xxvHI. 26).

Sr quelqu'un parmi vous croit pratiquer la religion, ne mettant pas de frein à sa langue, mais séduisant son propre cœur, sa religion est vaine : 81 quis putat se religiosum esse, non refrænans linguam Suam, sed seducens cor Suum, hujus vana est religio (Jac. +. 26 ).

Celui qui ne prévoit pas ce qu’il fait, dit saint Grégoire, marche en aveugle et tombe ( Pastor., admonit. xvt).

Les imprudents ne consultent pas, ils refusent les bons conseils , parce qu'ils sont dominés par la cupidité, par les passions, et qu’ils ne veulent pas s’en affranchir. Comme les Juifs, ils n’entendent rien , ils sont obstinés ; leur vie et leur fin sont déplorables.

Sans prudence, les pensées sont vaines, disent les Proverbes : Dissipantur cogitationes, ubi non est consilium (xv.22), Là où est l’imprudence , il n’y a plus de bien , disent encore les Proverbes : Ubi non est scientia animæ, non est bonum (x1x. 2 ).

L’imprudent est toujours dans les ténèbres; il ne sait où 1l va. La concupiscence l'appelle , ilcourt à sa voix ; c’est pourquoi il tombe dans des égarements, des scandales , des abimes sans nombre...

L’imprudent viole les secrets, dit l’Ecriture ( £ccli. xxvir. 17).

L’imprudent est détesté de Dieu et des hommes... Il nuit aux autres...; il se nuit à lui-même... Il est malheureux... il rend les autres malheureux...

(1) Semper zelus absque scientia minus efficax, minusque utilis invenitur : plé= rumque autem et perniciosus valde sentitur. Quo igitur zelus fervidior ac vehementior spiritus, profusiorque caritas, eo vigilantiori opus scientia est, quæ zelum supprimat, spiritum temperet, ordinet caritatem (Lib. de Consid.).

OMME dans un miroir terni, dit saint Basile, l’image des objets Nécessité dela ne peut être reçue, ni vue; ainsi l’homme ne peut ni rece- PA. voir ni apercevoir les lumières du Saint-Esprit, s’il n’est pas

pur (1).

Vivons avec décence, dit le grand Apôtre, non dans la débauche et l'ivresse, non dans les dissolutions de la table et du lit; mais revêtezvous du Seigneur J. C., et ne cherchez point à contenter les désirs de la chair (2).

Purifiez-vous du vieux levain, dit cet apôtre aux Corinthiens, afin que vous soyez une pâte nouvelle : Æ'xpurgate vetus fermentum, ut sitis nova conspersio (T. v. 7).

De même que la lumière du soleil ne peut être vue que par des yeux purs, dit saint Augustin, ainsi Dieu ne peut être vu que par une âme pure : Quemadmodum lumen hoc videri non potest, nist oculis mundis; ita nec Deus videtur, nisi mundum sit illud, quo videri potest (Lib. Civit.).

AussiJ. C. ne promet la vue de la grâce, de la gloire, de Dieu luimême, qu'aux cœurs purs : Beati mundo corde , quoniam 1psi Deum videbunt (Matth. v.8).

Rien de souillé n’entrera dansle ciel, dit Apocalypse : Non intrabit in eam aliquod coinquinatum (xx1. 27). 2

La pureté, dit saint Athanase, est une perle précieuse, très-rare; et cependant elle est nécessaire (Tract. de Virg.).

Avant tout, dit Origène, celui qui veut se sauver, doit être pur (In Cant.).

I n’y a de vrais chrétiens que ceux qui sont chastes, dit Clément d’Alexandrie (Lib. I Sérom. ).

Saint Jérôme veut que la pureté règle nos actions et nos regards (Æpist.).

(1) Sicut in speculo impurgato rerum imagines recipi viderique nequeunt ; sic homo illustrationem Spiritus Sancti recipere non potest, nisi carnis affectionem abjiciat ( Homil. ).

(2) Honeste ambulemus, non in comessationibus, et ebrietatibus; non in cubilibus et impudicitiis. Sed induimini Dominum Jesum Christum, et carnis curam ne feceritis in desideriis ( Rom. x111, 13. 14).

Excellence de la pureté, et ses avantages.

I faut être pur comme les anges , dit saint Chrysostome, puisque nous sommes destinés à habiter avec eux (/n Moral. ).

Selon saint Augustin, le cœur doit être aussi pur que les rayons du soleil (Zib. de Civit.).

Celui qui garde la chasteté est un ange, ditsaint Ambroise; celui qui la perd, est un démon : Qui castitatem servaverit, angelus est ; qui perdidit, diabolus (Lib. de Virgin.). |

Si vous vivez selon la chair, vous mourrez, dit saint Paul aux Romains : S? secundum carnem vixeritis, moriemint (vi. 13).

Ne vous abusez point, dit cet apôtre aux Corinthiens; ni les fornicateurs, ni les adultères, ni les efféminés, ni leurs complices, ne posséderont le royaume de Dieu : Molite errare : neque fornicari, neque adulteri, neque molles, neque masculorum concubitores , regnum Dei possidebunt (I. vi. 9. 10). Ni la chair, ni le sang ne peuvent posséder le royaume de Dieu; et la corruption ne possédera point l’incorruptibilité : Caro et sanguis regnum Dei possidere non possunt : neque corruptio incorruptelam possidebit (1. Cor. xv. 50).

Chassez les impudiques, dit Apocalypse : Foris impudici (xx. 15).

Donc la pureté est d’une nécessité absolue.

Le sel, dit le vénérable Bède, éloigne les vers : le sel du chrétien, c’est la pureté (/n Sentent.).

L'homme, dit saint Léon, possède une profonde paix et une vraie liberté, lorsqu'il soumet la chair à l'esprit, et l’esprit à Dieu : Vera paz hominis, et vera libertas, quando et caro , animo j'udice, regitur ; et animus, Deo prœside, qubernatur ( Serm. de Nativ.).

La pureté, dit Tertullien, est la fleur des mœurs, l’honneur du corps, l’ornement de l’un et de l’autre sexes, Le fondement de la sainteté : Pudicitia flos morum, honor corporum, decor sexuum, fundamentum sanctitatis (Lib. de Pudic. ).

La pureté a le mérite et la gloire du martyre, dit saint Jérôme. Lors même que les persécutions des tyrans n'existent pas, et qu’on ne donne pas son sang pour J. C., la paix a aussi son martyre; car, encore bien que nous ne mettions pas le cou sous le glaive du bourreau, avec le glaive de la pureté nous abattons les désirs charnels; ce qui vaut le martyre, ce qui est un vrai martyre (Æomil. tx ên Evang.).

Mortifier les œuvres de Ia chair par l'esprit, c’est un martyre, dit saint Bernard : le martyre du sang par le fer paraît plus cruel, mais il est moins douloureux en durée que le martyre de la chasteté. La

chasteté, surtout dans la jeunesse, a la gloire du martyre; tel le chaste Joseph (Serm. xxx in Cant.).

Heureuse la stérilité volontaire et immaculée! dit la Sagesse ; elle sera récompensée lorsque Dieu visitera les âmes saintes : Felix est Sterlis et incoinquinata ; habebit fructum in respectione animarum sanctarum (tir. 43). Un don spécial sera accordé à sa fidélité, et une part très-brillante dans la maison du Seigneur : Dabitur illi donum electum, et sors in templo Dei acceptissima ( Sap. nr. 14).

Quoi de plus beau, dit saint Bernard , quoi de plus excellent que la chasteté qui rend pur l’homme conçu dans la souillure, qui d’un ennemi fait un serviteur fidèle, qui de l’homme fait un ange! C’est la chasteté seule qui, dans ce lieu, ce temps de mortalité, représente l’heureux état de l’immortalité et de la gloire. Ceux qui sont purs sont l’ornement de la cour de Dieu, ils édifient le palais du Dieu roi, et forment la noblesse de l’Eglise (1).

La pureté, dit saint Cyprien, ne cherche aucun ornement étranger; elle est à elle-même son plus bel ornement. Cette vertu nous rend agréables à Dieu, elle nous unit à J.C.; elle combat tous les soulèvements illicites des désirs corrompus de la chair; elle donne la paix à nos corps ; heureuse elle-même, elle rend heureux ceux qui la possèdent (2).

La pureté, dit encore saint Cyprien, est la gloire de notre corps, l’ornement des mœurs, la sainteté de la femme, le lien de la modestie, la source de la chasteté, la paix de la maison, la base de la concorde. La pureté ne s'occupe à plaire qu’à elle-même. La pureté est toujours réservée ; elle est la mère de l'innocence. La pureté est toujours brillante de sa retenue; elle est contente de sa beauté, si elle déplaît aux hommes impurs. Nul ne peut l’accuser, même ceux qui ne lont pas; elle est vénérable même à ses ennemis, qui l’admirent

d'autant plus qu’ils ne peuvent la combattre et en triompher (3).

(1) Quid castitate magis decorum, quæ mundum de immundo conceptum semine, de hoste domesticum, angelum denique de homine facit? Sola est castitas quæ in hoc mortalitatis loco et tempore, statum quemdam immortalitatis et gloriæ repræsentat. Pudici curiam Dei ornant, palatium Dei regis ædificant, et nobilitatem Ecclesiæ constituunt (Epist. xznr).

(2) Pudicitia nihil ornamentorum quærit, decus suum ipsa est. Hæc nos commendat Domino, connectit Christo : hæc expugnat omnia de membris illicita desideriorum prælia; pacem corporibus nostris inducit : beata ipsa, et beatos efficiens (Lib. I de Bono pudic.).

(8) Pudicitia est honor corporum, ornamentum morum, sanctitas sexuum , vincu= lum pudoris, fons castitatis, pax domus, concordiæ caput. Pudicitia sollicita non est

0 pureté, dit saint Ephrem, mère de la dilection et vraie distinction de la vie angélique ! O chasteté, partage du cœur sans souillure, suave à la bouche, d’un aspect ravissant! O chasteté, tu rends les hommes semblables aux anges! O chasteté, don de Dieu! O chasteté, port tranquille , placé dans la plus haute région de la paix et de la sécurité ! (1)

La pureté est la forteresse invincible de la sainteté, elle écarte tout déshonneur et toute infamie; elle est la base de la force, et lPanéantissement de la luxure bouillonnante; elle est le soutien de la probité, et la mort de l’improbité; elle est la victoire de l’âme et le frein du corps; elle est l’abondance des gloires, la stérilité des crimes; elle est le guide de la vertu et le fléau des vices; elle produit la sincérité, et abolit les scandales; c’est un exercice précieux qui repousse toute impureté; elle est la paix assurée des vertus, et la guerre terrible contre les vices; elle est la liberté du bien, la prison du mal; elle est le port de l’honnèteté, le naufrage de toutes les ignominies ; elle est la mère de la virginité, et l’ennemi de tout ce qui est immonde; elle est la cuirasse de la pudeur, la ruine de la honte , la mort de la corruption, le mur de la force; elle éloigne toute fausseté; elle est le glaive de la discipline, elle triomphe de la dissolution et la tue; elle est l’armure des forts, elle désarme ce qui est méprisable et transitoire; elle est la dignité des mœurs et la voie de la lumière, l’abime où disparait toute dégradation; elle est le rafraîchissement du cœur et le feu où se perd toute ardeur irrégu- Bière; elle procure tous les triomphes, abat tous les excès ; elle est le repos du salut, l’abri contre la perdition; elle est la vie de l'esprit, la mort de la chair ; elle rend l’âme angélique; elle modère tous Les penchants, les dompte, les foule aux pieds, et elle règne en triomphateur (Auctor libri de Singul. clericorum apud. S, Cyprianum).

Le fruit de la pureté est plein de douceur, dit saint Cyrille; sa beauté est incomparable, ses parfums très-suaves; sa valeur est sans prix. Cest la plus précieuse perle de la nature et de la vertu; c’est la

cui placeat, nisi sibi, Pudicitia semper verecunda, innocentiæ mater. Pudicitia sem per ornatur solo pudore, bene sibi tune conscia de pulchritudine, si improbis displicet. Nunquam accusare possunt, nec qui eam non habent: venerabilis etiam hostibus suis, dum illam multo magis mirantur, qui eam expugnare non possunt ( Lib. I de Bono pudic.).

(1) O castitas mater dilectionis, et angelicæ vitæ ratio! O castitas quæ mundo es corde, ac dulci gutture, hilarique aspectu! O castitas quæ homines angelis similes reddis! © castitas, donum Dei! O castitas, portus tranquillus, in summa pace ac securitale constitutus ( Serm, de Castit.),

suprême témpérance , la parfaite victoire; toute la gloire est en elle. C’est une rose qui répand la plus agréable odeur. O vertu angélique de la pureté, tu es reine de l’homme! O admirable saphir! à diament brillant et toujours beau! ( Æomil.)

Qu'elle est grande la chasteté! s’écrie saint Athanase ; que sa gloire est riche! O chasteté, trésor incompréhensible! O continence, amie de Dieu et louée par les anges! O pureté qui échappe à la mort et à l'enfer, et qui s'attache à l’immortalité! O continence, joie des prophètes, gloire des apôtres, vie des anges, couronne des saints! (Tract. de Virgin.)

On demandait à Agésilas, roi des Lacédémoniens, quel bien les lois de Lycurgue avaient procuré aux Spartiates; il répondit : Le mépris des voluptés : Contemptum voluptatum (Anton. in Meliss.).

O chasteté, s’écrie saint Ephrem, frein des yeux, tu détruis les ténèbres, et tu rerids l’homme tout lumière! O chasteté, tu crucifies la chair, tu la réduis en servitude, et tu t’élances soudain au ciel ! 0 chasteté, tu remplis de félicité le cœur qui te possède, et tu es les ailes de l’âme qui s'élève aux cieux! O chasteté, tu engendres la joie spirituelle, tu détruis les chagrins! O chasteté, tu modères les passions, tu leur Ôôtes leur force, et tu délivres l’âme de leurs cruelles agitations! O chasteté, tu illumines les justes, et tu lies . Satan dans ses abimes ténébreuXk! O chasteté , tu chasses la paresse, et tu donnes la patience! O chasteté, char spirituel, tu mènes l’homme au céleste séjour! O chasteté, reine des fleurs et pour léclat , la beauté, et pour les suaves odeurs! O chasteté, précurseur du Saint-Esprit, tu habites avec lui! (Serm. de Castit.)

Seigneur, dit saint Augustin, vous ordonnez la pratique de la pureté; donnez-moi la force de l’accomplir; et alors, commandez tout ce que vous voulez : Deus meus, continentiam jubes; da quod Jubes , et jube quod vis (Lib. Confess.).

Tous les trésors ne peuvent être le prix d’une âme chaste, dit l'Ecclésiastique : Omnis ponderatio non est digna continentis animæ (xxvr. 20 ).

L'homme pur, dit saint Bernard, diffère de l’ange, non en félicité, mais en courage : Differt homo pudicus et angelus, non felicitate , sed virtute ( Epist. 11 ad Henricum Senon. archiepisc. ).

Par le mérite de cette vertu, les hommes sont égaux aux anges, dit Cassien : Æujus virtutis merito, homines angelis æquantur (Lib. Instit. ).

L'homme pur est un ange, dit saint Ambroise { Zib. de Virgin. ).

Cette vertu fait de l’homme un ange, dit saint Ephrem : Æficit angelum de homine (In Vita S. Abrahæ). Cette vertu est l’acquisition des triomphes, selon saint Cyprien : Acquisitio triumphorum ( Lib. de Bono pudicit. ). Elle est la vie de l'esprit, selon saint Ephrem : Vifa spiritus (Serm. de Castit. ).

La pureté est la reine des vertus, dit saint Pierre Damien (In Epist. ).

La chasteté, purifiant les âmes, leur fait voir Dieu, dit saint Augustin : Castitas, mundans mentes hominum , præstat videre Deum ( Lib. Confess. ).

La chasteté, dit saint Basile, rend l’homme très-semblable à Dieu : Pudicitia hominem Deo simillimum facit (In Epist. ).

Que l’homme soit humble, soit dévot; s’il n’est pas pur,'il n’est rien, dit saint Thomas de Villeneuve ( £'pist. ).

Une longue chasteté a le mérite de la virginité, selon saint Bernard : Longa castitas pro virginitate reputatur (Serm. in Cant. ).

O pureté, s’écrie saint Athanase, demeure du Saint-Esprit, vie des anges, ornement des élus! ({ Tract. de Virgin.)

Selon saint Jérôme, la pureté est l’ornement de l’Eglise de Dieu, la plus riche et la plus noble couronne des prêtres : Ornamentum Ecclesiæ Dei, corona illustrior sacerdotum (Epist. ).

A la vue de l’excellence, des richesses, des merveilles de la pureté, qui de nous ne se sentirait porté et décidé à la pratiquer à tout prix?

{n’y a plus de condamnation pour ceux qui sont dans le Christ Jésus, qui ne marchent point selon la chair, dit le grand Apôtre aux Romains : Vihil damnationis est tis qui sunt in Christo Jesu, qui non secundum carnem ambulant (vu. A).

Si vous vivez selon la chair, ajoute-t-il, vous mourrez; mais si vous mortifiez par l’esprit les actes de la chair, vous vivrez : Si secundum Carnem vixeritis, moriemini ; sù autem facta carnis mortificaveritis, vivetis (Rom. var. 13).

Ce que l’homme sème, il le recueillera, écrit-il aux Galates. Qui sème dans la chair, recueillera la corruption; et qui sème dans l'esprit, dans la pureté de l'esprit recueïllera la vie éternelle (1).

Il y a une si grande protection de Dieu et des anges sur les âmes pures, qu'ils les ont toujours préservées et conservées inviolables au

(1) Quæ seminaverit homo, hæc et metet : quoniam qui seminat in carne sua , de

carne et metet corruplionem : qui autem seminat in spiritu, de spiritu metet vitam æternam (vi, 8)

PURETÉ. 221 milieu de toutes les sollicitations , les promesses, les menaces, les fureurs des plus cruels tyrans. On en trouve un illustre exemple dans la vie de sainte Théophile, qui reçut la couronne du martyre sous l’empereur Maxime. Exposée aux outrages de plusieurs débauchés, elle priait ainsi : Mon Jésus, mon amour, ma lumière, mon esprit, gardien de ma chasteté et de ma vie, voyez celle qui est votre épouse; hâtez-vous de me secourir, pour que les loups ne dévorent pas votre brebis. O0 mon céleste époux, sauvez votre épouse : Serva, sponse , sponsam ; d source de la chasteté, gardez la mienne. La sainte est traînée dans un lieu de prostitution; aussitôt paraît un ange qui frappe de mort le premier libertin qui ose s’attaquer à elle ; il frappe le second de cécité; il inflige aux autres divers châtiments. Qui est semblable au Dieu des chrétiens? On trouve de pareils exemples dans la vie de sainte Agnès, de sainte Cécile, de sainte Lucie, etc...

Sainte Claire, voyant la ville et son monastère environnés de soldats corrompus et furieux, s'approche des remparts de la ville, et s’écrie: Seigneur, ne livrez pas aux bêtes les âmes qui mettent leur confiance en vous :.NVe tradas bestiis animas confitentes tibi. Soudain plus de soldats, et le monastère et la ville sont sauvés ( Zn ejus vita).

Aucune vierge, par la protection visible de Dieu, n’a été et n’a pu être vaincue, même par les plus impurs tyrans, ni par leurs promesses, ni par leurs menaces, ni par les sollicitations , ni par la violence, ni par les tourments : ils n’ont jamais pu les séduire. O miracle des miracles, qui ne se voit que dans notre sainte religion, et qui prouve combien Dieu aime et protége les âmes pures et chastes! Ce grand miracle prouve lui seul la divinité de la religion...

Celui, dit saint Paul à Timothée, qui se conserve pur, sera un vase d'honneur, sanctifié, et utile au maitre, préparé pour toute œuvre bonne : Si quis se emundaverit, sit vas in honorem, sanctificatum , et utile Domino, ad omne bonum opus paratum (11. 21 ),

Heureux les cœurs purs, parce qu’ils verront Dieu, dit J. C. : Beati mundo corde , quoniam ipsi Deum videbunt (Matth. v. 8). Ils le verrontici-bas par sa grâce ; dans le ciel, par la vue béatifique , par la possession et la jouissance de la gloire éternelle...

Etre victorieux de la volupté, c’est la plus grande et la plus douce volupté, dit saint Cyprien; c’est le plaisir le plus parfait : Vo/upéatem vicisse, voluptas est mazima; car, ajoute-t-il, rien ne réjouit, ne comble âme de bonheur, comme une conscience pure : Mhil animum

fidelem sic delectat, quam integra immaculati pudoris conscientia (Lib. de Disciplina et Bono pudicitiæ).

On peut appliquer à la pureté ces paroles de la Sagesse : Tout l'or auprès d'elle est un peu de sable, et l'argent devant elle est comme de la boue : Omne aurum in comparatione illius, arena est exiqua , et tanquam lutum æœstèmabitur argentum in conspectu illèus (wir. 9).

A l'exemple du Sage, nous devons l’aimer par-dessus la santé et la beauté, la préférer à la lumière, parce que sa lumière ne sera jamais éteinte (vr1. 10).

Tous les biens nous viennent avec cette vertu sublime ; elle nous communique des trésors spirituels : Venerunt mihi omnia bona pariter cum illa, et innumerabilis honestas per manus illius (Sap. vir. 29). Elle est elle-même un trésor infini pour les hommes; car quiconque y a recours devient ami de Dieu : /nfinitus thesaurus est hominibus : quo, qui usi sunt, participes facti sunt amicitiæ De (Sap. vu. 14). Elle est plus belle que le soleil, et par-dessus toutes les étoiles; comparée à la lumière, elle l’emporte sur elle: Æst enim hæœc speciosior sole, et super omnem dispositionem stellarum ; luci comparata, invenitur prior (Sap. vir. 29).

La pureté glorifie la noblesse de son origine, elle qui habite en Dieu. Si les richesses sont désirées en cette vie, qu’y at-il de plus riche que la pureté? Nous devons donc nous proposer de l’amener à vivre avec nous, sachant qu’elle nous fera part de ses biens et qu’elle sera la consolation de nos pensées et de notre ennui. Par elle, nous serons en lumière auprès de la multitude. C’est par elle que nous obtiendrons l’immortalité, et que nous laisserons une mémoire éternelle à ceux qui viendront après nous. Quand nous entrerons dans notre maison, nous reposerons avec elle; car son entretien n’a pas d’amertume, et l'ennui ne l’accompagne pas; mais elle porte avec elle l’allégresse et la joie. Et connaissant que nous ne pouvons posséder cette céleste vertu si Dieu ne la donne, et que c’est grande sagesse de savoir la grandeur de ce don et qui le donne, nous devons aller au Seigneur, le prier de nous l’accorder (Say. vm, passim).

Quel est le fruit, dit saint Ambroise, qui soit aussi exquis que la pureté du cœur? quelle plus douce nourriture? Quis puritate pectoris dulcior fructus ? quis cibus suavior ? (Lib. de Virgin.)

Heureuse elle-même, la pureté rend le cœur heureux... Elle procure la paix, la joie, l'honneur, la réputation, la santé, la beauté, une longue vie, la grâce, une tranquille et sainte mort, Dieu pendant la vie, à la mort, dans l'éternité... Une âme pure est semblable

PURETÉ. 223 à l'Eglise de J. C. L'Eglise, épouse de J, C., est immaculée dans la conception de ses enfants; féconde, elle met au monde une multitude d'enfants : elle est vierge par sa chasteté, et mère par sa fécondité. Cette mère vierge nous conçoit non par l’homme, mais par le Saint-Esprit; elle nous donne la vie, non dans les douleurs, mais dans la joie des anges; elle nous nourrit, non du lait matériel, mais du lait de la divine doctrine, de la saine morale. Elle est notre mère dans les sacrements et les vertus. Ainsi l’âme pure ne conçoit que de bonnes pensées, de pieux désirs. Cette conception enfante de grandes et nobles actions. L'âme pure conçoit par l’Esprit-Saint, et elle enfante à J. GC. une nombreuse famille de vertus. Loin d’éprouver des douleurs en mettant au jour les vertus, elle est inondée de joie ; elle se nourrit du saint Evangile; elle entretient, nourrit, revêt sa nombreuse famille des vertus, par le pain vivifiant de la parole de Dieu, de la divine euchariste; elle les revêt de J. C..... La pureté fait de nous les temples, les tabernacles, les vases sacrés de la divinité. Par elle nous sommes les enfants de Dieu, les membres de J. C., ses héritiers, ses cohéritiers.….

Ex vérité, en vérité je vous le dis, celui qui croit en moi, fera les œuvres que je fais, et en fera encore de plus grandes, dit J. C, : * Amen, amen dico vobis , qui credit in me, opera quæ ego facio, et ipse faciet, et majora horum faciet (Joann. x1v. 12).

Quelles sont ces mérveilles si grandes, plus grandes même que celles de J. C., qu’opérera celui qui croit en J. G.?

Origène soutient que ces grandes œuvres si merveilleuses consistent, vu la fragilité de la nature humaine, à vaincre la chair, le démon et le monde; à se conserver pur au milieu de la corruption de la chair et du monde; car ce que J, G, remporte en nous par la pureté est quelque chose de plus grand que ce qu’il remporte en lui-même ({n Cant.). Passer sa jeunesse dans la modestie, la chasteté, la pureté, la continence, comme Joseph, c’est plus merveilleux et plus difficile que la création du monde. Une jeune personne retirée, fuyant volontairement le monde pour éviter les séductions; une jeune personne qui, à l’exemple de Marie, ne connaît que sa maison et l’église, qui veille sur ses sens, sur son corps, son esprit, son âme et son cœur, qui les domine et les gouverne , malgré leur résistance forte et opiniâtre ; cette jeune personne est plus grande, plus riche, plus belle, plus précieuse aux yeux de Dieu que les anges eux-mêmes. Les anges, en effet, sont purs, mais ils n’ont point de peine à

Puissance héroïque et miraculeuse

de la pureté.

l'être, n’ayant point de corps; ils ne sont pas tentés ; loin du démon et du monde , ils n’ont pas d’ennemis acharnés à les poursuivre; ils sont impeccables, étant confirmés en grâce; aucune concupiscence ne les atteint. Mais une jeune personne est exposée à toutes les tenfations , à tous les dangers , à tous les ennemis...

Les anges n’ont pas de mérite à être purs, ils le sont par nature, par la bonté de Dieu ; mais une jeune personne chaste et pure Pest par mérite, au sein des épreuves les plus multipliées et les plus dangereuses. Le soldat qui devient capitaine parce qu’il est noble, est moins honoré, a moins de mérite, que celui qui devient capitaine par sa bravoure, son courage, son habileté, son héroïsme au milieu des combats meurtriers.

Une vie chaste et pure est l’œuvre la plus grande de Dieu et de l’homme. L’âme pure peut dire avec Marie : Celui qui est tout-puissant a fait en moi de grandes choses : Fecit mihi magna qui potens est (Luc. 1. 49). Et en cela Dieu a signalé la force de son bras : Fecit potentiam in brachio suo (Id. 1. 51 ).

La chasteté, la mortification de la chair, est une mort vivante; il faut vivre de mort; il faut se tuer mille fois le jour, pour éviter la mort. La chasteté fait mourir les concupiscences dans le corps, dans le cœur, dans l’âme ; elle les abat, les tue et les immole à Dieu. Quel plus grand, quel plus agréable sacrifice aux yeux de

L’impudique se sert de ses passions pour déscendre dans l’enfer, et devenir l’esclave de Satan; l’homme chaste et pur se sert de ses passions pour monter au ciel et devenir l’enfant libre de Dieu, en leur mettant un frein qui les brise et les tienne assujetties.

Si vous surmontez l’orgueil de votre corps, dit Origène, vous immolez à Dieu un taureau; si vous réprimez les mouvements de la chair, vous immolez un bélier ; si vous immolez la luxure, vous immolez un bouc; si vous calmez les pensées, les désirs charnels, criminels , si vous les empêchez de prendre leur essor, vous immolez à Dieu une colombe et une tourterelle (Zn Levit.).

Vaincre la volupté, c’est la plus insigne victoire; il n’y en a pas de comparable à celle qu’on remporte sur ses passions. Car celui qui renverse son ennemi, est plus fort que lui, à la vérité, mais c’est un étranger; tandis que celui qui réprime et dompte la passion de la chair, est plus fort que lui-même. Couper un bras à autrui, suppose hardiesse et courage; mais se le couper à soi-même, c’est beaucoup plus courageux...

DURETÉ, 298 La mortification de la chair est l’affermissement dé Ja vertu , dit saint Cyrille : Æigor carnis est valetudo virtutis (Catech., lib. HIT).

Sur le tombeau de Scipion, on lit ce vers justement admiré : Vaincre la volupté, est la plus grande des victoires:

Maxima cunctarum victoria, victa voluptas.

Saint Augustin se convertit par l’exemple'de force, de courage à vaincre les plaisirs défendus, que montraient les personnes qu’il fréquentait. Il se dit à lui-même : Quoi! Augustin, tu ne pourras pas ce que peuvent ceux-c1 et celles-là? Non poteris quod isti et istæ? Est-ce que ceux-ci et celles-là, qui pratiquent la chasteté, peuvent la pratiquer par eux-mêmes? N'est-ce pas le secours de Dieu? An vero isti et istæ in semetipsis possunt, an non ir Domino Deo suo ? Alors la chasteté lui dit : Augustin, jette-toi dans Les bras de Dieu, ne crains rien , il ne se retirera pas pour te laisser tomber : Projice te in eum, noli metuere ; non se subtrahet ut cadas (Lib. VIII Confess., c. x1).

La couronne du généreux athlète est due au vainqueur de la volupté. L'homme pur, en effet, est le dompteur du plus redoutable des ennemis, qui est la volupté...

Ce magnifique portrait que fait la sainte Ecriture de Judas Machabée, convient excellemment à l’homme pur : Judas se revêtit de la cuirasse comme un géant, et il se couvrit de ses armes dans les combats; et il protégeait tout le camp de son épée. IL devint semblable à un lion qui rugit à l’aspect de sa proie. Et il poursuivit les impies, Les cherchant de toutes parts. Et la terreur de son nom mit en fuite ses ennemis, et tous les artisans d’iniquité furent dans lé trouble; et le salut du peuple fut l’œuvre de son bras. Et il réjouis-

sait Jacob par ses œuvres , et sa mémoire sera à jamais bénié (I. 1x).

Voyez l’almirable courage du chaste Joseph. Son manteau est saisi, dit saint Ambroiïse, son esprit et son cœur ne peuvent être pris; il laisse le manteau, il secoue le crime : Teneri veste potuit, animo capi non potuit ; vestemexuit, crimen excussit (De Joseph. ). Il fut victorieux; il méprisa les regards et la flamme de l’impudique épousé de Putiphar ; il méprisa les chaines, les prisons, les menaces de mort;

“il aima mieux s’exposer à mourir exempt du vice impur, que de s'élever au pouvoir par une action eriminelle..…. Efforcons-nous, dit saint Grégoire, de vaincre les amorces de la chair. Rappelons à notre souvenir l'exemple de Joseph, qui, tenté par la femme de

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