‹ Les trésors de Cornelius a LapideChapitre 42 sur 57 · IL · texte numérisé non relu

IL

Excellence

e l’obéissance,

434 ÔRÉISSANCE.

car la pauvreté ne règne que sur les choses extérieures et de peu de valeur ; la chasteté, que sur la chair; tandis que l’obéissance règne sur l'esprit et sur le cœur (ist. Eccles.) x

L’obéissance est si excellente qu’elle soumet , 4° l’homme à Dieu, et, par un étonnant retour, Dieu à l’homme... 2 L’obéissance immole à Dieu , en holocauste , les plus nobles facultés de homme, c’est-à-dire son intelligenceet sa volonté, auxquelles il renonce et qu’il consacre à Dieu dans la personne de ses supérieurs. De là vient qu’expliquant ces paroles de Samuel à Saül : L’obéissance vaut mieux que les sacrifices , saint Grégoire dit: Le prophète s'exprime ainsi, parce que le sacrifice des victimes est l’immolation d’une chair étrangère, tandis que l’obéissance est l’immolation de la volonté propre : Quia per victimas, aliena caro, per obedientiam voluntas propria mactatur (Lib. XXXV Moral., c. x). 3° Tout ce qu’on fait par obéissance acquiert un mérite infini et procure une foule de biens. Parlant de saint François d'Assise, saint Bonaventure dit : Ce grand saint assurait que l’obéissance obtient des récompenses si abondantes que ceux qui la pratiquent ne passent pas un instant sans recevoir quelque grâce... 4o L’obéissance est la mère des vertus. C'est ce qui fait dire à saint Grégoire : L’obéissance est la seule vertu qui sème les autres vertus dans l'âme, et qui, les ayant semées, les conserve : Sola virtus est obedientia, queæ virtutes cœteras menti inserit , insertasque custodit (Lib. XXXV Moral., c. x). 8° Dieu guide d’une manière certaine et assurée celui qui se soumet à ses supérieurs , et il le conduit directement au port du salut. Ecoutez saint Jean Climaque : L’obéissance, dit-il, est une parfaite abnégation de l’âme et du corps; c’est une mort volontaire, une vie sans inquiétude’, une navigation sans dangers, la sépulture de la volonté, une vie d’humilité ; elle nous rend semblables à un homme qui, tout en dormant , marcherait et avancerait vers le but de son voyage. Vivre dans l’obéissance n'est autre chose que déposer son fardeau sur les épaules d'autrui, nager avec le soutien d’une main étrangère, être porté sur les eaux afin de ne pas se noyer, et traver- “ser sans danger, par la voie la plus courte et la plus commode, le grand et périlleux océan de la vie. (Grad. 1v). ,

L’obéissance est si excellente que J. G., comme nous l'avons déjà dit, a préféré l’obéissance à la vie. IL s’est fait obéissant jusqu’à la mort, et la mort de la croix, dit saint Paul. Mais voyez la récompense d’une si grande ohéissance : C’est pourquoi, ajoute l’Apôtre des nations , Dieu l’a exalté et lui a donné un nom au-dessus de tout

ñom , afin qu'au nom de Jésus tout genoux fléchisse au ciel, sur la terre et dans les enfers (1).

L’obéissances dit saint Jean Climaque , est une vie qui ne sacrifie rien à la curiosité , et qui est à l'abri du danger , une excuse immédiate auprès de Dieu, une marche sûre , la déposition d’un jugement qui souvent égare ; elle met sur autrui toute sa responsabilité devant Dieu et devant les hommes; elle est le renoncement à tout désir dangereux. Comme les arbres qui sont agités par le vent se soutiennent par de solides et profondes racines ; ainsi ceux qui pratiquent l’obéissance et qui y sont exercés et éprouvés, maintiennent leur âme forte et inéhranlable (Grad. rv).

Celui qui obéit volontiers , est chéri de ses compagnons ; il aime à être utile à tous et à n'être à charge à personne ; il est pieux envers Dieu , bon envers ses semblables , réservé envers le monde ; ilest le serviteur fidèle de Dieu, l’ami du prochain , le maître de soi-même et du monde...

L’obéissance vaut mieux que les sacrifices : 4o parce que l’obéissance , nous l’avons déjà dit, est l’immolation de la volonté, et que la volonté de l’homme a une valeur supérieure à celle de tous les troupeaux. L'homme , dit saint Bernard , plait à Dieu d'autant plus promptement qu'il s’immole avec le glaive du précepte , après avoir . réprimé l’orgueil de sa liberté : T'anto quisque Deo citius placeat, quanto oculis ejus, repressa arbitrii superbia, gladio prœæcepti se immolat (Epist. ).

2° Parce que l’obéissance rend notre volonté conforme à la volonté de Dieu , qui est très-sainte , et la forme et la règle de toute vertu et de toute sainteté. On peut appliquer à la volonté humaine ainsi transformée les paroles du Seigneur dans Isaïe : Vocaberis voluntas mea : Tu seras appelée ma volonté { Lxrr. 4).

30 Parce que l’obéissance fait de la volonté un sacrifice vivant et continuel offert à Dieu; tandis que les anciens sacrifices ne se composaient que de la chair des animaux immolés et ne duraient que quelques instants. L’obéissance est un holocauste, mystique à la vérité, mais très-noble, qui dévoue l’homme entier à son Créateur. Dans ce sacrifice , la volonté est immolée comme une victime; elle meurt et cependant elle vit; elle meurt à elle-même, et elle vit en Dieu et dans la volonté divine.

(1) Propter quod et Deus exaltavit illum, et donavit illi nomen quod est super omne nomen : utin nomine Jesu omne genuflectatur, cœlestium , terrestrium 3 infernorum ( Philipp. 11, 8).

Il y a beaucoup plus de mérite, dit saint Grégoire , à soumettre sa propre volonté à la volonté d'autrui, qu’à macérer son corps par de longs jetnes, ou à s’immoler par un sacrifice secret sous l’inspiration de la componction. Celui qui à appris à faire parfaitement la volonté de ses supérieurs, surpasse en mérites et en gloire dans le ciel ceux qui jeûnent et ceux qui pleurent (1).

Celui qui obéit avec simplicité et modestie, est digne de commander. Se commander et se vaincre ; c’est le plus grand des empires, c’est la plus belle et la plus précieuse des royautés.

Ecoutez, à mon fils, dit le Seigneur dans les Proverbes , écoutez les remontrances de votre père, et ne méprisez pas les ordres de votre mère ; afin que vous receviez une couronne pour votre tête, et un collier pour votre cou : Audi, fili mi, disciplinam patris tui, et ne dimittas legem matris tue ; ut addatur gratia capiti tuo, et torques collo tuo (1. 8.9). Cette couronne, ce collier, récompenses de l'obéissance, sont l’emblème de la parure que cette vertu apporte à l’âme ; elle l’orne comme une couronne d’or, comme un collier de perles ou de diamants ornent la tête et le cou. Plusieurs couronnes , principe de grâce et de beauté, sont promises à l’obéissance.

La première , c’est la couronne de l'amour de Dieu et des hommes...

La seconde, la couronne de toutes les vertus; car l’obéissance les rend obligatoires ou les conseille. Elle commande des actes tantôt de religion , tantôt de sobriété, tantôt de mortification, tantôt de pénitence, tantôt de modestie, tantôt d’humilité, tantôt d’aumône, tantôt de charité, tantôt de toute autre vertu. Voilà comment celui qui s’applique à l’obéissance dans l’exercice de toutes les vertus , se forme une belle et riche couronne, et se prépare un magnifique collier.

Le collier signifie aussi la pratique constante des vertus , leur union habituelle; et la couronne, leur valeur...

L'abbé Jean, au lit de la mort, répondit à ses religieux qui lui demandaient comment il était parvenu à une si haute perfection : Je n’ai jamais fait ma propre volonté, et je n’ai jamais rien ordonné aux autres , que je ne l’aie fait moi-même le premier ( Cassian. de Anstit. monach., Lib. V, c. xxvI ).

La troisième couronne de l’obéissance, c’est l’abondance et la

(1) Longe allioris est meriti propriam voluntatem alienæ semper voluntati subjicere, quam magnis jejuniis corpus atterere, aut per compunctionem se in secretiori sacrificio mactare : qui perfecte voluntatem præceptoris implere didicit, in cœlesti regno, et abstinentibus et flentibus excellit (Moral).

plénitude des grâces, que Dieu, rémunérateur de l’obéigsance, accorde à l’homme qui pratique exactement cette sublime vertu. Lé Seigneur a coutume de combler de toute espèce de biens, de grâces et de faveurs l’homme obéissant..….

La quatrième couronne, c’est celle du triomphe et du royaume céleste...

L’obéissance est le salut de tous les fidèles... Elle est la mère de tous les saints; par elle ils sont engendrés, mis au monde, allaités , nourris, vêtus; par elle ils croissent, se fortifient, mar-

chent, montent et arrivent à la perfection. L’obéissance montre à l’homme le royaume des cieux, elle le lui ouvre, ly fait entrer et le place sur un trône... Il est juste que la tête qui s’est courbée ici-bas sous un joug volontaire, soit relevée et couronnée de gloire ; il est juste que le collier de l’honneur entoure le cou de celui qui a enchaîné sa volonté pour l’amour de Dieu!

Le premier avantage de l’obéissance, c’est qu’elle nous rend victorieux : L’homme obéissant racontera ses victoires, disent les Proverbes : Vir obediens loquetur victorias (xxr. 28).

Voulez-vous que tout vous soït soumis, dit Sénèque , soumettezvous à la raison : Si vis tibi omnia subjicere , subjice te rationt ( Epist- ‘ XXXvI). Soumettez-vous à la raison, et avant tout à Dieu, qui est la raison suprême...

L’homme obéissant racontera ses victoires. Car, dit saint Bernard, lorsque nous nous soumettons humblement à une voix étrangère, nous nous domptons nous-mêmes au fond du cœur : Quia dum alienæ voci humiliter subdimur , nosmetipsos in corde superamus (Serm. de Virt. obed.). Si par votre obéissance vous vous soumettez pleinement à Dieu , à sa loi et à sa volonté, afin de lui plaire en tout , il arrivera que vos sens, vos appétits, votre corps, vos pensées, les tentations, la concupiscence se soumettront à votre esprit et à votre volonté ; vous les calmerez facilement , vous les dominerez, comme Adam les domina dans le paradis, tant qu'il obéit à Dieu. Mais dès qu'il désobéit, il sentit soudain sa chair se révolter , et la concupiscence s’empara de lui. C’est la jjiste peine du talion. Si vous vous soumettez à votre supérieur, tout ce qui nous est inférieur vous sera soumis. Au contraire, si vous vous révoltez contre lui, tout ce qui est au-dessous de vous se révoltera contre vous.

Il était injuste, dit saint Augustin , parlant d'Adam désobéissant, il était injuste que son serviteur, c’est-à-dire son corps lui obéit, à

Avantages de l'obéissance.

Premier avantage, la victoire,

2 de ai

lui qui n'avait pas obéi à son Seigneur. Dans le châtiment de ce péché, quelle peine a été infligée à la désobéissance, sinon une autre désobéissance? (1)

L'homme obéissant racontera ses victoires : Vir obediens loquetur victorias. L’obéissance seule tient la palme, dit saint Augustin; et la désobéissance seule trouve punition : Sola cbedientia tenet palmam ; sola inobedientia invenit pænam (In Psal. zxxm1).

J. C., obéissant à son Père , et même à Pilate, à Anne, à Caïphe et à ses bourreaux, jusqu’à la mort de la croix , triompha de tout, du péché, de la mort et de l'enfer. La croix fut le char triomphal et le trône du Sauveur ; c’est sur la croix , où il monta par obéissance , qu'il fut déclaré roi; c’est là qu'il remporta la victoire sur tous ses ennemis...

L'homme obéissant racontera ses victoires, 10 sur le démon etsur toutes ses légions... Lorsque nous nous soumettons aux hommes en vue de Dieu, dit saint Grégoire, nous domptons les esprits superbes. Par les autres vertus, il est vrai, nous combattons les démons ; mais par l’obéissance nous remportons sur eux la victoire. Ceux qui obéissent sont donc des vainqueurs; car en soumettant parfaitement leur propre volonté aux autres, ils dominent les anges tombés par désobéissance (2).

Une des principales raisons pour lesquelles l’obéissance donne la victoire sur les démons, c’est qu’à l’aide de cette précieuse vertu nous découvrons leurs ruses et leurs fourberies. Voilà pourquoi saint Antoine disait : Il faut que le religieux fasse connaître autant que possible tous ses pas et toutes ses démarches à ses supérieurs, afin qu’il suive toujours la voie droite (Vit. Patr.).

L'homme obéissant racontera ses victoires, 2 sur le monde. Ne faisant jamais sa volonté, mais toujours celle de Dieu, de l'Eglise et de ses supérieurs, il ne fera, par là même, jamais celle du monde qui est opposée à celle de Dieu, à celle de l'Eglise et à celle de ses supérieurs... \

L'homme obéissant racontera ses victoires, 3° sur un ennemi très-dangereux, le plus dangereux de tous : sur soi-même. Aussi

Le

(1) Injustum enim erat ut obtemperaretur a servo suo, id est, a corpore suo , ei qui non obtempcraverat Domino suo. In illius peccati pœna, quid inobedientiæ nisi hobedientia retributa est? (Tract. vu in Epist. S. Joann. )

(2) Dum pro Deo hominibus subjicimur, superbos spiritus superamus : cætcris quidem virtutibus, dæmones impugnamus , per obedientiam vincimus. Victores ergo sunt qui obediurit ; quia, dum voluntatem suam aliis perfecte subjiciunt , ipsi lapsis per inobedientiam angelis dominantur ( Lib. IV #r I Reg.,c. v).

est-1l dit dans l’Zmitation de J. C. : Celui qui ne se soumet pas volontiers et spontanément à son supérieur, fait voir que sa chair ne lui est pas encore parfaitement assujettie, mais que souvent elle murmure et se révolte (Lib. IIF, 6. xur, n. 1).

Par l’obéissance l’homme se vaine et dompte sa volonté et son propre jugement. Se servir de sa volonté, c’est chose très-dangereuse ; s’en servir comme il faut, c’est chose très-difficile et presque impossible ; en triompher par l’obéissance, c’est la plus glorieuse et la plus avantageuse des victoires.

En vérité, dit Alvarez, se vainere soi-même, c’est la principale victoire de l’obéissance. En se domptant, l’homme qui vaine tout le reste, se montre très-puissant; et il tire plus de gloire de cette grande action que de toute autre victoire. Par l’ohéissance, l'homme triomphe de lui-même; car il lie son jugement, il enchaîne sa volonté, il préserve d’une trompeuse Hiberté son corps et tous ses dangereux penchants; et il met toutes ses facultés au service de Dieu. Il triomphe de lui-même; car il fait violence à ses désirs, et pour l'amour de Dieu se soumet volontairement à la volonté d’autrui ( Tract. de Obedient.).

L'homme obéissant proclamera donc et célébrera ses victoires, victoires remportées sur l'enfer, sur le monde, sur lui-même; il

-recevra de J. C. d'immenses récompenses, selon ces paroles de lApocalypse : Au vainqueur je donnerai à manger de l'arbre de vie qui est dans le paradis de mon Dieu : Viacenti dabo edere de ligno vite, quod est in paradiso Dei mei (nr. 7). Gelui qui vaincra ne sera point blessé par la seconde mort : Qui vicerit non lœædetur a morte secunda (ar. 41). Au vainqueur je donnerai une manne cachée, et je lui donnerai une pierre blanche ; et sur la pierre sera écrit un nom nouveau, que nul ne connaît que celui qui Le recoit : Vincenti dabo manna absconditum, et dabo illi calculum candidum ; et in calculo nomen novum scriptum, quod nemo scit, nisi qui accipit (1. 17). À celui qui aura vaincu et persévéré jusqu’à la fin dans mes œuvres je donnerai puissance sur les nations : Qui vicerit, et custodierit usque in finem opera mea, dabo illi potestatem super gentes (5. 26). Gelui qui aura vaincu sera vêtu de vêtements blancs, et je n’effacerai point son nom du livre de vie, et je confesserai son nom devant mon Père et devant ses anges : Qui vicerit, vestietur vestimentis albis, et non delebo nomen ejus de libro vitæ , et confitebor nomen ejus coram Patre meo, et coram angelis ejus (tr. 5). Je ferai de celui qui aura vaincu une colonne pour le temple de mon Dieu, et iln’en sortira plus; et j'écrirai

sur lui le nom de mon Dieu, et le nom de la ville de mon Dieu, | de la nouvelle Jérusalem, qui, de mon Dieu, descend du ciel, et mon nom nouveau : Qui vicerit faciam illum columnam in templo Dei mei, et foras non egredietur amplius : et scribam super eum nomen Dei meï, et nomen civilatis Dei mei novæ Jerusalem, quæ descendit de cœlo a Deo meo, et nomen meum novum (nr. 12). À celui qui aura vaincu, je donnerai de s’asseoir avec moi sur mon trône : Qui vicerit, dabo ei sedere mecum in throno meo (mx. 21). Celui qui vaincra, possédera ces choses ; et je serai son Dieu, etil sera mon fils : Qui vicerit, possidebit heæc ; et ero tli Deus, et ille erit mihi filius (xxx. 7).

Jamais on n’a entendu de promesses aussi belles et aussi avantageuses ! Or J. C, les accomplira toutes en faveur de celui qui aura pratiqué l’obéissance ; car c’est celui-là seul qui remporte les véritables victoires...

4 L'homme obéissant sera vainqueur de tous les ennemis qui lui font la guerre; car l’obéissance d’une armée fait sa force... Il sera vainqueur des païens, des hérétiques, et en général de tous les hommes , quelque impies qu’ils soient...

5° Voulez-vous que Dieu vous exauce, obéissez-lui. Si vous lui obéissez, il soumettra à vos ordres tout ce qu'il a créé; il vous communiquera sa toute- puissance, car il est écrit : Le Seigneur fera la volonté de ceux qui lui obéissent et qui le craignent : Voluntatem timentium se faciet (Psal. axuiv. 19). Saint Dominique disait que par son obéissance, il obtenait tout ce qu’il demandait à Dieu (Zn ejus vita). Tous les saints, dans tous les temps, ont fait la même expérience. Dieu leur obéissait, parce qu’ils lui obéissaient..….

L’obéissance nous rend victorieux de la terre, des animaux, de la mer, du feu, du soleil, du ciel et de l’enfer. Tout ce qui est entrepris par obéissance est ordinairement couronné d’un heureux succès, par la vertu du Dieu auquel on est soi-même soumis. En obéissant à Dieu, Moïse triomphe de la mer Rouge ; Josué divise le Jourdain et commande au soleil (x. 14); les trois enfants jetés dans la fournaise sont préservés du feu, etc. (Daniel. 11. ). En obéissant à J, C., Pierre marche impunément sur les eaux (Matth. x1v. 29 ). La terre entière est soumise à l’homme obéissant; souvent de grands saints ont arrêté des tremblements de terre et d’autres fléaux.

Enfin, pour nous résumer, Dieu ne refuse rien à l’homme obéissant, et l’enfer lui-même est forcé de se soumettre à celui qui obéit à Dieu.

OHÉISSANCE, AM

Lx second avantage de Pobéissance, c’est qu’elle est une excellente nourriture pour l’âme. Ma nourriture, dit J, C., est de faire la volonté de celui qui m’a envoyé : Meus cibus est, ut faciam voluntatem ejus misit me (Joann. 1v. 34).

Que les chrétiens sachent que leur aliment spirituel doit être lobéissance; car 40 elle nourrit l'âme... ; 2 elle la fortifie, comme le pain fortifie le corps...; 30 de même que la nourriture ordinaire fait croître les enfants et les transforme en hommes, ainsi l’obéissance fait arriver les chrétiens à l’âge viril du Saint-Esprit et de la vertu... d

Le troisième avantage de l’obéissance c’est qu’elle purifie l'âme et la guérit, et quelquefois le corps lui-même. Elie ordonne à Naaman le Syrien d'aller se laver sept fois dans les eaux du Jourdain : il obéit, et la lèpre qui couvrait tout son corps disparaît aussitôt (IV. Reg. v). Les dix lépreux recurent de J. G. l’ordre d’aller se montrer aux prétres; ils obéirent, et en y allant ils furent guéris : /ée, ostendite vos sacerdotibus ; et dum irent , mundati sunt (Luc, xvt).

Le quatrième avantage de l’obéissance c’est qu’elle élève l’homme, Je fait croître en dignité et l’ennoblit. Moïse obéit à Dieu, il devient ‘le chef du peuple de Dieu; il opère de nombreux et éclatants prodiges; il fait pâlir l'Egypte et son roi criminel et endurci. Les apôtres obéissent à J. C., et ils deviennent par leur obéissance les fondateurs de la chrétienté, les princes de l'Eglise militante et triomphante..….

Dreu répand ses bénédictions les plus abondantes sur ceux qui lui obéissent.

Par son obéissance, Abraham mérite cette grande promesse et bénédiction de Dieu : Je te mettrai à la tête d’une grande nation, je te béniraï, j’exalterai ton nom, et tu seras béni. Je bénirai ceux qui te béniront, je maudirai ceux qui te maudiront ; et en toi toutes les nations de la terre seront bénies (1).

Dans les paroles de Dieu à Abraham, le cardinal Cajétan remarque sept bénédictions, récompenses de l’obéissance, La première est que le saint patriarche se trouve établi le prince ou le père d’une

(1) Faciam te in gentem magnam, et benedicam tibi, et magnificabonomen tuum, erisque benedictus. Benedicam benedicentibus tibi, et maledicam maledicentibus tibi ; atque in te benedicentur universæ cognationes terræ (Gen. x1r, 2, 3). -

Second avantage de l’obéissance, elle nourrit

l'âme.

Troisième avantage de l’obéissance, elle est un

remède,

Quatrième avantage de l’obéissance,

elle élève l'homme,

Cinquième avantage de l’obéissance, elle attire les bénédictions de Dieu.

Sixième

avantage de l'obéissance ,

elle est la première des vertus et des pratiques de

la vie

chrétienne,

Septième avantage de l’obéissance, elle est un principe de

prospérité

temporelle et surtout spirituelle.

grande nation... La seconde est une bénédiction de richesses et de fruits signifiée par ces mots : Je te bénirai..…. La troisième est la célébrité et la gloire promises à son nom... La quatrième est la réunion de toutes les bénédictions et de tous les biens, signifiée par ces mots : Et tu seras béni... La cinquième est la promesse de bénir ceux qui le béniront.... La sixième est celle d’être son gardien et son vengeur….. La septième est la déclaration que toutes les nations de la terre seront bénies en lui : Parce que tu m'as obéï, lui dit le Seigneur, et que pour moi tu n’as pas épargné ton fils unique, toutes les nations de la terre seront hénies en toi (Gen. xx. 16-18. — Delrii Comment. in Gen.).

A cause de son obéissance , Abraham est comblé de bénédictions temporelles et spirituelles; et il contribue à la grande bénédiction de l’univers , résultant de l’incarnation du Verbe...

Après avoir transmis les tables de la loï aux Israélites, Moïse leur dit: Je mets aujourd’hui devant vous la bénédiction et la malédiction : la bénédiction , si vous obéissez aux commandements du Seigneur votre Dieu; la malédiction, si vous désohbéissez ( Deuter. xI. 26-28). La voix intérieure de Dieu fait entendre à chacun de nous la même promesse et la même menace.

Quare religieux vinrent trouver saint Pambon et lui demander à vivre sous sa direction. Le vénérable abbé n’en voulant recevoir qu’un seul, s’informa de la manière dont ils comprenaient la perfection monastique. Le premier jeûnait constamment ; le second pratiquait la pauvreté ; le troisième, la charité ; le quatrième, l’obéissance. Saint Pambon préféra ce dernier. Les trois autres, dit-il, tiennent de leur propre volonté la vertu qu’ils possèdent; tandis que celui-ci, brisant la sienne, se fait le serviteur d’une volonté étrangère, et peut arriver ainsi à toutes les vertus.

La conduite et les paroles de saint Pambon montrent comhien l’obéissance est avantageuse et désirable..….

Jésus-Carisr dit à Simon : Avancez en mer, et jetez vos filets pour pêcher. Simon lui répondit : Maitre, nous avons travaillé toute la nuit sans rien prendre; mais sur votre parole, je jetterai le filet. L’ayant jeté, ils prirent une si grande quantité de poissons, que leur filet se rompait (1). Voilà Les fruits de l’obéissance.….

(1) Dixit ad Simonem : Duc in altum, et laxate retia vestra in capturam. Et

Combien d’hommes obéissants les apôtres, préchant au nom de J. G., ont-ils tirés de l’abime et conduits au ciel !

Lorsque saint François Xavier partit pour les Indes, ses amis cherchaient à l’en détourner en lui peignant les dangers que lui feraient courir l’extrême chaleur , la difficulté de subvenir à ses besoins, la barbarie des habitants, qui employaient le fer et le poison, même contre les leurs ; le grand missionnaire leur répondit : Je me créerais des dangers bien plus redoutables, si je n’obéissais à Dieu qui m'appelle, Il partit donc ; et dans la seule ville de Tolo, il convertit vingt-cinq mille indigènes dont il fit de fervents chrétiens. Voilà le fruit de l’obéissance ( Zn ejus vita).

L'onérssance procure le vrai bonheur. Le prophète Samuel mettait sa Joie et son bonheur à obéir à Héli. Et par cette obéissance, dit saint Ephrem , il mérita d’entendre la voix de Dieu (Serm. 111).

Heureux ceux qui pratiquent l’obéissance, qui supportent le frein, qui font tout ce que Dieu veutet qui prennent pour rênes ses préceptes, dit Origène : ils ne marchent pas selon leur volonté, mais en tout ils sont menés et ramenés par la volonté de Dieu; ce qui est la source du plus grand bonheur (Æomil. 1 in Cant.).

Quel bonheur est comparable à celui d’être assuré de faire constamment et en toutes choses la sainte volonté de Dieu! Quel plus grand avantage !..

L'oséissance est la marque la plus certaine de la prédestination. Obéir à Dieu , c’est le sceau unique et évident du salut. Au contraire, désobéir à Dieu, c’est la marque et la cause de l'abandon de Dieu et de la réprobation; car on désobéit à Dieu pour suivre ses propres inclinations, ses volontés, ses passions, ses cupidités perverses et corrompues. J.-C. dit aux Juifs : Mes brebis écoutent ma voix; Je les connais , et elles me suivent; et je leur donne la vie éternelle, et elles ne périront jamais , et nul ne les ravira de ma main (1). Voilà pourquoi celui qui réfléchit et qui a son salut à cœur, doit désirer toujours et demander cette seule chose, savoir : que Dieu le dirige

respondens Simon, dixit illi : Præceptor, per totam noctem laborantes , nihil cepimus : in verbo autem tuo laxabo rete. Et cum hoc fecissent, concluserunt piscium multitudinemi copiosam, rumpebatur autem rete eorum (Luc. v. 4-6).

(1) Oves meæ vocem meam audiunt , et ego cognosco cas , et sequuntur me; et ego vitam æternam do eis, et non peribunt in æternum, et non rapiet cas quisquam de manu mea (x. 27. 28),

Huitième avantage de l’obéissance, elle procure

le vrai bonheur,

Neuvième avantage de l'obéissance, elle est une

marque de

prédestinalion.

Dixième avantage de l’obéissance,

elleale mérite et la gloire du martyre,

Onzième ayantage de l’obéissance, elle procure

une bonne mort,

AAA ORÉISSANCE.

dans ses occupations, ses affaires, ses actions , et que lui-même ait la volonté de le suivre, de lui obéir, et de n’obéir qu’à lui. Car les voies préparées par Dieu sont sûres et certaines, et ne pas Les quitter, c’est la prédestination même. Geux qui sont ainsi conduits et qui se montrent dociles, sont à l'abri du danger de pécher et de compromettre leur salut, danger auquel sont exposés les autres hommes qui, voulant passer pour sages et intelligents, ne prennent pas Dieu pour guide, mais se choisissent eux-mêmes leurs voies.

Jonas , fuyant Dieu, le mécontenta , perdit sa patrie, l'usage du temple et presque la vie, essuya les dangers de la mer, et n’eut pour autel sacré que la terre profane de Tharse, Ainsi, les désobéissants se précipitent dans les dangers les plus terribles, perdent J. C. le vrai pilote, et font naufrage ; tandis que ceux qui obéissent et qui sont dirigés par J. C., voguent impunément sur la mer du monde, la traversent sans naufrage, et arrivent heureusement au port du salut.

Comment mon âme ne serait-elle pas soumise au Seigneur, dit le Psalmiste, n'est-ce pas de lui seul que vient mon salut? Vonne Deo subjecta erit anima mea ? ab ipso enim salutare meum | 1x. 1).

Saint Jérôme écrivant à Eustochie au sujet de la mort de sainte Paule , lui dit : Votre mère a reçu la couronne d’un long martyre. Car ce n’est pas seulement l’effusion du sang qui est réputée confession de la foi; mais la servitude sans tache d’une âme pieuse est

“elle-même un martyre quotidien (1).

L’aowwe obéissant meurt dans la paix du Seigneur. Se trouvant sur le point d’expirer, l'abbé Jean était plein de joie: Je meurs content, disait-il, parce que je n’ai jamais fait ma volonté ( Vif. Patr.).

Par l’obéissance, en effet, on accomplit ce que dit le Prophète royal : Eloignez-vous du mal et faites le bien : Declina a malo , et fac bonum (xxxvI. 27). Or , comment celui qui n’a pas fait le mal, mais qui a vécu dans la pratique de la vertu et qui ne s’est jamais chargé d'aucune responsabilité, serait-il inquiet sur son lit de mort?

Obéir , voilà donc le secret d’entendre sans trembler sonner la dernière heure.

(1) Mater tua longo martyrio coronata est. Non solum enim effusio sanguinis in

confessione reputatur; sed devotæ quoque mentis servitus immaculata quotidianum martyrium est ( Epist. ).

OBÉISSANGE. 445 Que la volonté propre cesse , dit saint Bernard et il n’y aura plus d’enfer : Cesset voluntas propria, et infernus non erit (Serm. 11 de Resurrect. ). Mais, seul, lobéissant renonce à sa volonté ; seul done il n’est pas exposé à la damnation. Au contraire, il est assuré d’arriver au ciel, selon ces paroles de J. C. : Courage, bon et fidèle serviteur, parce que vous avez été fidèle en chose de peu , entrez dans la joie de votre Seigneur : £uge, serve bone, et fidelis , quia super pauca fuisti fidelis, intra in gaudium Domini tu (Matth. xxv. 21); c’est-àdire entrez en possession de la vie éternelle.

Comment faut-il obéir? Saint Paul le dit : Faites tout sans murmures ni disputes; afin que vous soyez irréprochables et purs, enfants de Dieu , sans reproche : Omnia facite sine murmurationibus et hæsitationibus ; ut sitis sine querela , et simplices , filit Dei, sine reprehensione (Philipp. 11. 44. 43).

Voyez Saul abattu sur le chemin de Damas. Tombant à terre 21 entend une voix qui lui dit : Saul, Saul , pourquoi me persécutestu? Qui êtes-vous , Seigneur? dit-il. Je suis Jésus que tu persécutes (Act. 1x. 3-5). Aussitôt Saul dit : Seigneur , que voulez-vous que je fasse? Domine, quid me vis facere? (Act. 1x. 6.) Etimmédiatement il exécute les ordres qui lui sont donnés. Voilà comment on obéit. Celui qui auparavant persécutait les fidèles et sévissait contre eux, déjà se prépare à obéir, dit saint Augustin. Déjà de persécuteur il est devenu apôtre; de loup, agneau; d’ennemi, soldat de J. C. : Jam parat se ad obediendum, qui prius sœviebat ad persequendum. Jam formatur ex persecutore prædicator, ex lupo ovis, ex hoste miles (Serm. cezxxix : dè Paulo Apost. ).

L'homme vraiment obéissant, dit saint Bernard, tient ses oreilles prètes à entendre, sa langue prête à répondre , ses mains prêtes au travail, ses pieds prêts à partir; il se recueille ainsi tout entier en lui-même , afin d’obéir aussitôt aux ordres qui lui seront donnés (1),

L'homme vraiment obéissant, dit saint Grégoire , ne discute pas l'intention de celui qui lui donne des ordres; il ne discerne pas entre les diverses choses qui lui sont prescrites : parce que celui qui a soumis la direction de toute sa vie à son supérieur, ne connaît pas d'autre joie que de faire exactement ce qui lui est commandé; seule, lobéissance lui paraît un bien (2).

(1) Verus obediens parat aures auditui, linguam voci, manus oPeri , pedes itineri ; et sic se totum intra se colligit, ut mandatum peragat imperantis (Tract.de PrϾcepto et Dispensat. ). |

(2) Verus obediens, nec præceptorum intentionem discutit, nec præcepta discernit ;

Douzièmé avantage de l’obéissance, elle ferme enferetouvre

le ciel,

Comment faut-il obéir ?

446 k OBÉISSANCE.

dés à

Voyez ce qui arrive à Eve, qui hésite à obéir et qui discute. Dieu affirme que si Adam et elle touchent au fruit défendu, ils mourront : Moriemini. Mais Eve doute ; le serpent la tente; Eve lui répond : Nous ne devons pas, car nous pourrions Mourir : Ne forte moriamur. Le serpent nie : Nequaqguam moriemint. Et pour avoir hésité à suivre les ordres du Seigneur, elle perd l'innocence et entraine ses fils dans sa ruine ( Gen. 111).

Les supérieurs ordonnent, les inférieurs balancent, discutent ; le démon arrive , nie l'obligation d’obéir, et on a le sort d'Adam et d’'Eve..……

Comment faut-il obéir? Comme Abraham. Sors, lui dit le Seigneur, sors de la terre qui l’a vu naître, du milieu de ta parenté, et de la maison de ton père, et viens dans la terre que je te montrerai. Et Abraham s’en alla, ainsi que le Seigneur Le lui avait commandé : Egredere de terra tua, de cognatione tua, et de domo patris tut; et vent in terram quam monstrabo tibi. Egressus est itaque Abraham sicut præceperat ei Dominus (Gen. x11. 1-4).

Etudiez dans la conduite d'Abraham les conditions et les qualités d’une parfaite obéissance.

La première qualité, c’est d’obéir promptement et volontairement : Abraham ne résiste pas un seul instant...

La seconde, c’est d’obéir avec simplicité : ce qui arrive lorsque nous soumettons notre jugement à celui de nos supérieurs. Abraham part sans savoir où il irait. Appelés par J. C., Pierre et André le suivent aussitôt sans s'inquiéter de la manière dont ils vivront; sans examiner comment, pêcheurs ignorants, ils deviendront pêcheurs d'hommes. Ayant tout abandonné, ils suivirent J. C., dit l’'évangéliste : Relictis omnibus, secuti sunt eum (Luc. v. 11).

Soyez certain que tout ce qu’ordonne un supérieur est salutaire, dit saint Jérôme; ne jugez pas (Zpist. ad Rust.). Celui qui sait bien obéir, ne sait pas juger, dit saint Grégoire (/n Samuel.). ,

La troisième qualité, nécessaire pour que l’obéissance soit parfaite, c’est d’obéir avec joie. Les apôtres se sont conduits ainsi au sein des plus cruelles épreuves; des persécutions et de la mort...

La quatrième, c’est d’obéir avec humilité...

La cinquième, c’est d’obéir avec courage et constance. Confiez-

vous constamment à Dieu, dit saint Augustin ; abandonnez tout à Lol quia qui omnis vitæ suæ judicium majori subdidit ; in. hoc solo gaudet, si quod sibi

præcipitur , operatur; quia hoc tantum bonum putat, si præceptis obediat (Z# Samuele ),

OBÉISSANCE: 447 lui, autant que vous le pouvez: il ne cessera dé vous soulever jusqu’à lui et il ne permettra pas qu’il vous arrive rien qui ne vous soit avantageux, même à votre insu (1).

La sixième qualité, c’est d’obéir indifféremment. Peu importait à Abraham le lieu où Dieu l’appelait; il se reposait entièrement sur lui du soin de son avenir.

Nous ne pouvons, dit saint Augustin, offrir à Dieu rien de plus agréable que de lui dire avec fsaïe : Possédez-nous : Vikil gratius Deo possumus offérre, quam utdicamus ei cum Isaia : Posside nos... (In Psal.cxxxr.)

La septième qualité, c’est d’obéir avec persévérance... Ainsi J. C. obéit jusqu’à la mort...

Celui qui obéit fidèlement ne sait pas user de délai, dit saint Bernard ; il fuit le lendemain, il ignore le retard, il prévient celui qui commande : Fidelis obediens nescit moras, fugit crastinum, ignorat tarditatem, prœripit præcipientem (Serm. de Virtut. obedient. ). Celui qui est vraiment obéissant, dit ailleurs ce Père, renonce à se servir de son désir ou de sa résistance, afin de pouvoir dire : Mon cœur est prêt, à mon Dieu : prêt à faire tout ce que vous ordonnerez, prèt à obéir aussitôt au moindre signe, prêt à s’occuper de vous, à servir le prochain, à me garder moi-même, et à se reposer dans la contemplation des choses célestes (2).

Samuel est un véritable modèle d’obéissance : appelé à diverses reprises, il obéit constamment (1. Reg. ru).

Humblement soumis à Héli, et soutenu par l’obéissance, cet enfant, dit saint Grégoire, est appelé, et il vient; il est renvoyé, et il part; et cela jusqu’à trois fois consécutives. Qui de nous, dans une semblable épreuve, s’abstiendrait de murmurer? Qui contiendraitson impatience, si, appelé souvent, il recevait pour réponse qu'on ne l’a pas appelé? ( /n Samuel. )

Après avoir reçu les dernières instructions de son père, Tobie lui répondit : Mon père, je ferai tout ce que vous m'avez ordonné : Omnia queæcumque prœæcepisti mihi faciam, pater (v. 1).

L'esprit du juste médite l’obéissance, disent les Proverbes : Mens Justi meditatur obedientiam (xv. 28). T1 réfléchit sur les motifs qui

(1) Constanter Deo crede, eique totum committe, quantum potes : ita enim ipse te ad se sublevare non desinet, nihilque tibi evenire permittet, nisi quod tibi prosit, etiamsi nescias (Lib, I So/iloq., c. xv).

(2) Bonus obediens dat suum velle et suum nolle, ut possit dicere : Paratum cor meum, Deus; paratum, quodcumque præceperis, facere; paratum ad nutum citius obedire; paratum tibi vacare, proximis ministrare, meipsum custodire , et in cœlestium contemplalione requiescere (In Serm. de Epiph.).

448 DS OBÉISSANGE.

l’engagent à obéir, il s’efforce d’amoindrir la rigueur des ordres qu'il présume lui avoir été donnés; afin qu’au moment même où son supérieur l’appellera et lui commandera quelque chose de pénible, il dise avec Samuel : Me voici : Æcce ego (1. Reg. m1); et avec saint Paul : Seigneur, que voulez-vous que je fasse : Domine, quid me vis facere ? (Act. 1x. 6.) Il médite surtout l’obéissance de J. C., qui s’est fait obéissant jusqu'à la mort, et à la mort de la croix, pour nous apprendre à obéir et pour nous sauver par l'exemple de son obéissance, nous qui étions perdus par la désobéissance d'Adam. C’est dans ce sens qu'il est dit : Regardez, et faites d’après l’exemplaire qui vous a été montré sur le Calvaire : /nspice, et fac secundum exemplar quod tibi in monte monstratum est (Exod. xxv. 40).

Le juste médite sur les divers degrés de l’obéissance , afin de les atteindre peu à peu. Ces degrés sont au nombre de trois : le premier, le moins parfait, c’est de faire ce qui est ordonné... Le second , c’est de vouloir le travail prescrit, de aimer et de s’en acquitter volontiers, promptement et avec courage... Le troisième , c’est non-seulement de vouloir ce qui est prescrit, mais de le juger meilleur que tout ce que l’on voudrait soi-même; de telle sorte que, non-seulement on soumette sa volonté à son supérieur, mais encore son jugement, et qu’on croie que ce que le supérieur ordonne vaut mieux que ce que l'esprit particulier ou toute autre personne suggèrent... é

Le juste se propose, comme le dit l’'Apôtre, d’obéir avec joie et non avec tristesse ou par nécessité : Cum gaudio, et non gementes; hoc enim non expedit (Hebr. xrr. 17). La sérénité sur le visage et la douceur dans les paroles donnent une belle attitude à l’obéissance. Quelle place a cette vertu là où se trouve l’aigreur de la tristesse ? Les signes extérieurs indiquent la disposition de l’âme; et il est difficile que ceux qui ont mauvaise volonté ne le montrent pas sur leurs traits... 8

L’obéissance parfaite ignore quels motifs dirigent celui qui commande: elle n’est point arrêtée par des ordres durs, ou donnés durement, ni par les rudes épreuves auxquelles elle peut être soumise; mais elle s’appuie sur une large volonté, et s’élève à la hauteur de la charité. Armée d’un courage actif, d’une résolution prompte, d’une abnégation entière, elle embrasse tout ce qui lui est commandé...

Joignez à l’obéissance la charité qui est sa sœur ; elles doivent être ünies etassociées ; l’une perfectionne l’autre. Les parfaits 1° obéissent en aimant, et ils aiment én obéissant : l'amour de l’obéissance porte

ORÉISSANCE. 449

à aimer Les supérieurs comme ses propres parents...; 2ils aiment ce qui leur est ordonné. ; 3 ils aiment leur obéissance , etéet amour la rend facile et parfaite. Car, comme le dit saint Léon ,; l'amour de l’obéissance adoucit l’ordre d’obéir; on n’obéit plus par une dure nécessité, dès qu’on aime ce qui est prescrit (Serm. 1v de Jejun.).

Commentant ces paroles du Psalmiste (cxvir) : Levavi mañus meas ad mandata tua quæ dilexi : Seigneur, j’ai tendu mes mains vers vos préceptes et je les ai aimés , saint Ambroise dit : David aimait les commandements du Seigneur, afin de les accomplir volontiers. Car celui qui aime fait volontairement ce qui lui est commandé : au contraire, celui qui craint n’obéit que par nécessité : Legem diligebat, ut legem libenter impleret. Qui enim diligit, ex voluntate facit que sibi sunt imperata ; qui timet, ex necessitate (Serm. x1II).

y a une triple obéissance, dit saint Bonaventure : l’obéissance par nécessité, l’obéissance par cupidité, et l’obéissance par charité. Seule l’ohéissance par charité est grande (Proces. vi Religios., 6. xL).

Il appartient qu’à la charité de rendre l’obéissance agréable et acceptable à Dieu, dit saint Bernard : Sola est caritas que obedientiam gratam facit et acceptabilem Deo (Serm. in Fest, omn. Sanct. ).

ill. 99

Qu'est-ce que l'ordre?

Nécessité de l’ordre en toutes choses,

à ORDRE OU RÈGLE.

‘onnre est le commun bien de tout l’univers, ef conséquem-

ment de toutes ses parties... L'ordre, dit saint Bernard, est

une disposition de parties telle que chaque chose est à sa place ( Lib. Consid. ).

L'ordre dans les animaux, c’est le repos réglé des appétits. L'ordre dans le corps humain, c’est la proportion réglée des diverses parties et leur position...

L'ordre dans l’homme raisonnable, c’est l’accord de la pensée ét de l’action avec la conscience. L'ordre du corps et de l’âme, c’est une vie disciplinée, c’est la soumission de la chair à la raison. L'ordre entre Dieu et l’homme, c’est, du côté de Dieu , prendre soin de l’homme, et du côté de l’homme, obéir à Dieu. L'ordre dans une maison, c’est le commandement et l'autorité dans les parents, la dépendance et l’ohéissance dans les enfants. L’ordre dans une ville , dans une nation, est du même genre. L'ordre dans la société, c’est la concorde. L'ordre dans la cité céleste, c’est la société très-réglée , très-unie de tous les élus , jouissant et vivant de Dieu...

Il existe deux ordres : l’ordre physique... l’ordre moral...

L’onprs est nécessaire en tout lieu, en tout temps, en toutes choses. Dans la nature, l’ordre est nécessaire. Il faut de l’ordre dans le soleil, la lune, les étoiles, la terre, les mers, les montagnes et les vallées ; dans l'air, le feu, le froid, la chaleur; dans les plantes, les arbres, les édifices , les travaux, les instruments de travail; dans les animaux ; dans la pluie, le beau temps, les saisons, etc...

Si l’ordre général de l’univers ‘était violé, ce serait la fin de la création et le chaos... Si l’ordre des parties de l’univers était violé, ce serait encore le désordre et le chaos...

Dans l’ordre moral, il faut la vertu et les moyens de la pratiquer..…. Il faut la soumission au Créateur et l’obéissance à ses lois... Il faut l’obéissance aux puissances établies de Dieu.....Il faut dans les supérieurs, la conscience, la bonté, la fermeté, la charité, l’intelligence, etc... Dans une armée , l’ordre est nécessaire ; c’est lui qui la rend forte et invincible. Ainsi en est-il dans l'Eglise, dans la la société, dans la famille... Afin de contribuer à l’ordre, chacun

, ORDÉE OU RÈGLE. 451

doit être discret, modéré, réglé, dévoué; tout ce qui est inconstant , confus, immodéré, déréglé, égoïste est contraire à l’ordre, ou particulier , ou général, et déplait à Dieu qui est l’auteur de l’ordre et qui l’aime.….

Il faut de l’ordre jusque dans l’enfer; il y est; c’est la justice de Dieu qui l’y maintient...

On doit commencer par mettre de l’ordre en soi-mème. Il faut apprendre à se dominer et à se conduire. Montrez-vous discret, morléré et ordonné en toutes choses, dit saint Bernard ; tout ce qui est dénué de modération et de stabilité, toute confusion et tout désordre déplaisent à Dieu : Discretum , moderatum , et ordinatum te in omnibus exhibeas ; quia Deo nunquam placuit aliquid immoderatum, instabile, confusum, inordinatum (De Consid. ).

Vous serez roi, si vous savez vous imposer l’ordre et la règle...

Je me réjouis en voyant l’ordre qui est parmi vous, et votre fer- : Gombien meté à le maintenir, dit saint Paul aux Colossiens : Gawdens et videns M ordinem vestrum et firmamentum ejus (11.5).

De l’ordre naïît la paix, l’union, l’amour et la concorde; non-seulement dans l’homme, mais avec Dieu, avec les anges, avec les* autres hommes el toutes les créatures; comme cela existait en Adam dans l’heureux état d’innocence, lorsque le corps était soumis à l'esprit, l'esprit à la raison, la raison à l’âme et l’âme à Dieu. On sent combien sont grands et précieux les avantages de l’ordre en les étudiant : 1° dans la hiérarchie des esprits célestes. ; 2 dans la disposition et le mouvement régulier des cieux, des astres, des éléments et de toutes les créatures..….; 30 dans les membres du corps humain... ; 4° dans la famille... ; 5° dans un royaume ou dans une république...

Seigneur, dit la Sagesse, vous avez disposé toutes choses avec nombre, poids et mesure : Orinia in mensura, et numero , et pondere disposuisti (xx. 21 ).

Qu'est-ce que l'orgueil , et comment le reconnaît-on ?

L'orgueil n’est qu’aveuglement et séduction.

’oRGUEIL est une estime déréglée de soi-même. Avoir de l’orgueil, c’est se mettre au-dessus des autres; c’est s’attribuer ce qui nous vient de Dieu... |

On reconnaît l’orgueil à quatre marques : 1° l’orgueilleux croit tenir de lui-même ce qu'il possède. ; ® il croit ne le devoir qu’à son propre mérite... ; 30 il se vante d’avoir ce qu’il n’a pas. ; 4e il méprise les autres et désire que chacun sache qu'il a beaucoup... Si nous disons que nous n’avons point de péché , dit l’apôtre saint Jean , nous nous trompons nous-mêmes , et la vérité n’est point en nous : Si dixerimus quoniam peccatum non habemus , ipsi nos seducimus, et veritas in nobis non est (TL. 11. 8).

Si quelqu un, dit le grand Apôtre, estime être quelque chose, tandis qu’il n’est rien , il s’abuse lui-même : Si quis existimat se aliquid esse, cum nihil sit, ipse se seducit (Gal. vr. 3).

Les orgueilleux se complaisent en eux-mêmes, ils y mettent leur confiance ; ils se persuadent qu'ils sont vertueux, et ils vivent dans une aveugle sécurité, comme ne manquant de rien et n’ayant rien à craindre...

Homme inintelligent! tu dis : Je suis riche en mérites et n’ai besoin

e personne ; et tu ne sais pas que tu es à plaindre, et misérable, ét pauvre, et aveugle , et nu, dit l’Apocalypse : Dicis, quia dives sum , et nullius egeo; et nescis quia tu es miser, et miserabilis, et pauper, et cœæcus, et nudus (r11. 17 ).

L’orgueilleux croit savoir même ce qu'il ignore...; il ne veut recevoir ni leçons ; ni conseils... ; il est entêté... : voilà pourquoi il \ a peu d'espoir de le voir se convertir... Tels étaient les scribes et les pharisiens, qui, pleins d’eux-mêmes, méconnurent J. C., le vrai docteur ; et ne voulurent recevoir de lui aucune lumière ni aucune instruction... Tels sont les Juifs... Tels sont encore tous les hérétiques obstinés.… ; ils ne veulent pas s’instruire ni voir la vérité sel ils veulent enseigner... Que savez-vous, orgueilleux , si vous né vous connaissez pas? et si vous vous connaissez, comment , cendre et poussière , vous enorgueillissez-vous ?.…

L'orgueil est la plus forte et la plus dangereuse séduction à laquelle

l’homme puisse céder; elle le plonge dans les ténèbres les plus étranges...

L’orgueilleux voit mal toutes choses, soit en lui-même , soit dans les autres... Il voit où iln’y a rien à voir , et il ne voit rien où il faudrait voir quelque chose... Toujours aveuglé et séduit, il est convaincu de sa clairvoyance et de son impartialité.…. |

Saivr Chrysostome assure que l’orgueil est la suprême folie; qu'il n’y a pas d’insensé comparable à l’orgueilleux. Qu’y a-t-il en effet de plus insensé que de résister à Dieu, et de vouloir lui faire la guerre? Qu'y a-t-il de plus insensé que de se priver et de se dépouiller volontairement de la faveur , de la grâce et du secours de Dieu , de qui tout dépend et à qui tout appartient ? Qu’y a-t-il de plus insensé que d’avoir pour antagoniste et pour ennemi, non pas un homme, non pas un ange , non pas même le démon ; mais Dieu en personne, et doser le provoquer comme à un duel? (Æomil. ad pop.)

L’orgueilleux étant un insensé et l’orgueil une insigne folie, ils sont souveraimement méprisables et souverainement méprisés..….

Se disant sages , ils sont devenus fous, dit saint Paul : Dicentes se esse sapientes , stulti facti sunt (Rom. 1. 22).

Avez-vous vu un homme qui s’estime sage ? disent les Proverbes; il y a plus à espérer de l’insensé que de lui : Vidisti hominem sapientem sibi videri? Magis illo spem habebit insipiens (xxvr. 12). Gelui qui se croit sage, est souverainement insensé , dit un proverbe accrédité : Qui sibi sapit, summe desipit. Ceux qui se croient sages, sont trompés facilement par le démon, et ils se perdent. Celui au contraire qui reconnait son peu de sagesse, cherche un guide éclairé; il marche ainsi en sûreté et se sauve facilement...

L’orgueil naît de la démence, dit saint Chrysostome. Il ne peut pas exister d’orgueilleux qui ne soit insensé; l’orgueilleux est plein de folie : Ex amentia hoc vitium nascitur. Non potest esse superbus qui fatuus non sit ; stultitia plenus est superbus (Homil. ad pop.).

L’humilité est la sagesse de l’âme, l’orgueil en est la folie; car l'humilité repose sur la vérité; l’orgueil, lui, n’est que vanité, mensonge , EITEUr.....

Pourquoi s’enorgueillissent la terre et la cendre? dit l’Ecclésiastique: Quid superbit terra et cinis ? (x. 9.) O homme, terre et cendre, pourquoi t’enorgueillis-tu, dit saint Bernard , toi dont la conception est une faute, la naissance une misère, la vie une peine et la mort une angoisse ; pourquoi est-tu pétri d’orgueil? Quid superbis, terra et

Folie de l’orgueil,

L'orgueilleux ne veut pas être repris.

cinis , cujus conceptus culpa, nascimiseria, vivere pœ@na, mort Angustia à ({Serm. in Cant.)

La réprimande, qui rend meilleurs les humbles, est intolérable aux orgueilleux , dit saint Cyrille : Redargutio quæ mansuetos transfert in melius, superbis intolerabilis esse solet ( Catech. 17. 4). à

Combien est misérable la conscience qui, blâämée par la parole de Dieu, se persuade qu’elle reçoit un affront! dit le vénérable Bède ( Collect. ).

Seigneur, dit le Psalmiste, ne laissez pas mon cœur se tourner vers les paroles de malice , afin de trouver des excuses à mes péchés : Non declines cor meum in verba malitiæ, ad excusandas excusationes in peccatis (cxL. 4).

Voyez l’orgueilleux ; on a droit de le reprendre , il le mérite. Que de plaintes il fait entendre , que d’excuses il apporte, que de fausses raisons il allègue! On ne me connaît pas..….; on invente..….; on exagère...; on n’a point de charité.…; on est plein de fiel..... De quoi se mêle-t-on?.…. Je sais me conduire. ; je ne fais point de mal...

L’orgueilleux ne veut jamais avoir tort... Touchez les montagnes volcaniques , et elles fumeront , dit le Prophète royal : Tange montes, et fumigabunt (cxcnr. 5). Chez les oïgueilleux, dont ces montagnes sont l'emblème, il y a fumée noire, grondements sourds, coups de tonnerre. Il s’en échappe des laves de sarcasmes , d’ironies mordantes et d’injures qui couvrent l’homme charitable, aussitôt qu’il se permet de les avertir et de chercher à les ramener...

Comme la désobéissance a l’orgueil pour racine, les désobéissants ont coutume de prêter l'oreille à celui qui fait ressortir l’énormité de leur faute , mais non pas de la réparer en la confessant humblement. Désirant paraître très-grands, ils ne s’occupent point de faire voir leurs chutes. En conséquence, tandis qu’ils mettent en avant des excuses, ils prétendent avoir eu raison au fond , car ils rougissent de paraître pécheurs (1).

Parlant de la chute d’Adam causée par l’orgueil, et de lexcuse que notre premier père a présentée à Dieu , excuse inspirée aussi par lorgueil , saint Bernard montre combien l'apologie du mal est grave,

(1) Quia ex radice superbiæ, ipsa culpa inobedientiæ nascitur, solent inobedientes reatus sui magnitudinem audire, sed non humiliter confitendo satisfacere. Nam cum sublimes videri appetunt, lapsus suos ostendere dedignantur. Et ideo, dum excu-

AR nt justitiam prætendunt, quia apparere peccatorès erubescunt oral. }.

ORGUEIL, 455 et combien Dieu la déteste. On croit, dit-il, que cette antique et si fameuse et si nuisible prévarication eût trouvé facilement indulgence, si un humble aveu et non une apologie l’eût suivie. Car, bien que faite après délibération, la transgression n’a pas autant nui que l’obstination avec laquelle une excuse préméditée lui a été adjointe (1).

L’orgueilleux ressemble au hérisson. Voyez courir ce quadrupède , vous apercevez ses pattes, ses oreilles, son museau; mais si vous l’approchez, si vous voulez le saisir, ce n’est plus qu’une boule hérissée de pointes qui vous ensanglantent les mains. De quelque manière, par quelque côté que vous preniez l’orgueilleux , c’est un hérisson qui pique et qui blesse...

Mis au-dessus de toutes les créatures lors de sa création, le démon, notre mortel ennemi, dit saint Grégoire, voulut, plein d’orgueil , qu’on le considérât comme supérieur à tout. Au contraire, notre Rédempteur, si grand et qui est infiniment au-dessus de tout, a daigné se faire petit en tout. L'auteur de la mort dit : Je monterai au ciel; l'auteur de la vie dit : Mon âme est remplie de misères, elle en est comme anéantie. Satan dit : Je placerai mon trône par delà les astres du ciel ; J.C. dit au genre humain : Voici que je viens pour habiter au milieu des hommes. Satan dit : Je m'assiérai sur la montagne de l’alliance, à côté de l’aquilon; J. C. dit : Je suis un ver, et non un homme, je suis l’opprobre des hommes et l’abjection du peuple. Satan dit : Je monterai sur la hauteur des nuées, et je serai semblable au Très-Haut; et J. C. s’est anéanti en prenant la forme d’esclave (Lib. XXXIV Moral., c. xx1).

Le péché avec l'humilité est moins mauvais que l'innocence avec l'orgueil, dit saint Optat, évêque de Milève ( Contra Parmen. }.

Tout orgueilleux se met au-dessus de Dieu, dit saint Bernard ; Dieu veut qu’on fasse sa volonté , et Porgueilleux veut qu’on fasse la sienne : Omnis superbus extollitur supra Deum : vult Deus fier voluntatem suam; superbus vull fieri suam (Serm. 1v in Vigil. nativ.). Celui qui s’efforce de faire tourner vos dons à sa gloire et non à la vôtre ,

(1) Antiqua illa tam nota et tam noxia prævaricatio , facile, ut creditur, indulgentiam consequeretur, dümmodo confessio, et non defensio sequeretur. Neque enim tantum nocuit, quamvis ex deliberatione transgressio , quantum adjunctæ excusationis cum præmeditatione obstinatio( Tract. de Præcepto et Dispensat.).

Différence entre l’orgueil et l'humilité,

Enormité de l’orgueil.

à Seigneur , est un voleur et un larron, dit saint Augustin; il est semblable au démon qui a voulu voler votre gloire (1).

J’ose dire, ajoute le même Père, j'ose dire aux orgueilleux demeurés chastes, qu’il est avantageux pour eux de tomber. J’ose dire aux orgueilleux qu’il leur est utile de tomber dans quelque faute ouverte et manifeste, qui les porte à se déplaire , eux qui sont tombés en se complaisant en eux-mêmes (2).

D’après ce saint docteur, Dieu aurait permis aux barbares , qui venaient de ravager Rome et d’autres villes, de violer des vierges chrétiennes , ou parce qu’elles étaient orgueilleuses ; ou parce qu’il y avait danger qu’elles ne tombassent dans l’orgueil, en devenant vaines de leur chasteté (De Civit, lib. T, ©. xxvir).

Le Prophète royal disait donc avec raison: Seigneur, préservez-moi de la venue de l’orgueil : Non veniat miki pes superbiæ (xxxv.12).

Quel qu’il soit, l’homme hautain est en abomination au Seigneur, disent les Proverbes : Abominatio Domini est omnis arrogans (xvt. 5). La raison en est que l’orgueilleux est l’émule et l’antagoniste de Dieu; nouveau Lucifer, il veut s’égaler à lui, et mettre sa propre volonté à la place de celle du Tout-Puissant. |

L'orgueil est un grand mal, car il attaque Dieu comme par des reproches et des moqueries ; il le soufflette, il le couvre de crachats, il le provoque au combat malgré lui...

Le crime de l’orgueil est très-grand, dit saint Chrysostome; il vaut mieux être fou qu’orgueilleux ; la folie n’est que l’empêchement de l’action de l’âme, tandis que l’orgueil est une folie volontaire. Le fou garde pour lui seul son malheur; mais l’orgueilleux fait le malheur des autres ( Æomil. xxxIx ad pop. ).

L’orgueil fait sa propre volonté; l'humilité fait la volonté de Dieu, dit saint Augustin : Superbia facit voluntatem suam, humilitas facit voluntatem Dei (De Civit.).

L’orgueil de l’homme débute par apostasier Dieu , dit lEcclésiastique; en effet, le cœur de l’orgueilleux se retire loin de celui qui l’a fait, et l’orgueil est le commencement de tout péché : Znitium superbiæ

(1) Qui de bono tuo, o Domine, gloriam sibi quærit, et non tibi , hic fur est et latro, et similis est diabolo, qui voluit furari gloriam tuam ( De Civit.).

(2) Audeo dicere superbis continentibus, expedit cadere. Audeo dicere , Superbis esse utile cadere in aliquod apertum manifestumque beccatum, unde sibi.displiceant, qui jam sibi placendo ceciderant (De Civit. jE 6

hominis, apostatare à Deo: quoniam ab eo, qui fecit illum , recessit cor ejus * quoniam initium omnis peccati est superbia (x. 14-15).

. Aussi Dieu , dit l’apôtre saint Jacques , résiste aux superbes : Deus superbis resistit (IV. 6).

Lx commencement de tout péché est l’orgueil, dit l’Ecclésiastique : Initium omnis peccati est superbia (x. 15).

L’orgueil est la source de tous les maux, dit saint Chrysostome : Superbia omnium malorum fons est (Homil. xv in Matth.). Par Porgueil on secoue le joug et la loi de Dieu... L’orgueil les a saisis ; ils

sont couverts d’iniquité et d’impiété, dit le Psalmiste : Tenuit eos.

superbia ; operti sunt iniquitate et impietate (Lxx1. 6). Avant que je n’eusse été humilié, je n’ai cessé de pécher , dit-il ailleurs : Priusquam humiliarer , ego deliqui (exvrr. 6T).

L'humilité, dit saint Bernard , rend les hommes semblables aux anges, et des anges l’orgueil fait des démons. L’orgueil, comme je le démontrerai, est le commencement, la fin et la cause de tous les péchés; car non-seulement l’orgueil, pris en lui-même, est un péché , mais aucun péché n’a pu, ne peutet ne pourra exister sans l’orgueil (1).

Aussi Tobie disait-il à son fils : Ne laissez jamais l’orgueil dominer dans vos pensées ou dans vos paroles; car c’est par l’orgueil que commence toute perdition : Superbiam nunquam in tuo sensu, aut in tuo verbo, dominari permittas : in ipsa enim initium sumpsit omnis perditio (1V. 14).

Il n’y a point de péché sans orgueil, dit saint Prosper; car quiconque pèche, se préfère et préfère son appétit à Dieu et à sa loi , ce qui est véritable orgueil (De Vit. contempl. ; c. XV).

L’orgueil est le commencement de tout péché, dit saint Chrysostome. De lorgueil naît le mépris des pauvres, la convoitise de l’argent, l'amour de la domination, le désir de la gloire. L’orgueilleux ne peut supporter aucune épreuve de quelque part qu’elle vienne , soit de ses supérieurs, soit de ses inférieurs (Æomil, ad pop. ).

Comme la racine des arbres est cachée, mais nourrit le tronc et les branches , ainsi, dit saint Grégoire, l’orgueil se cache au fond du cœur et alimente des vices manifestes et nombreux. Il n’y aurait

(1) Humilitas homines simile angelis facit; et superbia ex angelis dæmones facit. Et ut evidenter ostendam, ipsa omnium peccatorum initium, finis et causa : quia non solum peccatum est ipsa superbia, sed etiam nullum peccatum potuit,aut potest aut poterit esse sine superbia ( Epist.).

L’orgueil est la source et la cause de tous

les maux.

aucun péché public, si l’orgueil ne possédait l’âme en secret (Moral. lib. XXXIV, c, xvit ). D

L’orgueil produit les disputes, les dissensions, les haïnes, les médisances , les calomnies, les procès, les guerres, les schismes, les hérésies, ete... L’humilité, au contraire, est la mère de la paix, de la concorde, de l’union, de la charité, ete...

On ne tombe dans le mal que par orgueil, par orgueil secret du moins. .…. Pour n’avoir pas voulu se faire les disciples de la vérité , les orgueilleux, dit saint Augustin, sont devenus des maîtres d'erreur : Superbi magistré erroris existunt, quia veritatis discipuli esse noluerunt (De Pelag.).

L’orgueil précède les impies, en portant une torche devant eux, afin de les conduire au crime...

L’orgueil est le père de tous les maux et de toutes les maladies; car les unes et les autres viennent du péché. Il n’y a pas de péché sans l’orgueil , car le péché n’est autre chose qu’une révolte contre Dieu , que le mépris de sa loi; or, la rébellion et le mépris viennent directement de lorgueil.…. L’orgueil est le péché de Lucifer , d'Adam, ete...

Comme l'orgueil, dit saint Bernard , est le principe de tous les crimes ; il est aussi la ruine de toutes les vertus. L’orgueil est le premier dans la voie du péché, et le dernier dans celle du repentir (1).

La superbe (2) est la reine des vices, dit saint Grégoire : Vitiorum regina superbia (Lib. II Moral., c. xvirr).

Saint Bernard dit énergiquement : La superbe a conçu la douleur dans le ciel, et elle a enfanté l’iniquité dans le paradis terrestre; la douleur, fille du péché ; l'iniquité, mère de la mort et de toutes les calamités : Zn cœælo concepit dolorem, et in paradiso peperit iniquitatem, prolem malitiæ, matrem mortis et ærumnarum omnium, prima parens superbia (Serm. xvir in Cant.).

(1) Superbia, sicut origo est omnium criminum , ia est ruina omnium virtutum. Ipsa enim in peccato prima, ipsa in conflictu postrema (Tract. de inter. Domo, C. XLI).

(2) Nous nous servirons de ce mot dans la traduction de quelques passages des Pères, afin de demeurer fidèles à l’image qu'ils ont voulu produire. Au reste, quoique vieilli, ce terme n’est point devenu étranger à notre langue, qui s’'appauvrirait en le perdant. En effet, superbe à quelque chose de plus qu’orgueil. La superbe émporte avec elle une idée de faste, d’arrogance, de dédain , d’insolence. L'orgueilleux est plein de lui-même , le superbe en est bouffi. L'abbé Roubaud regretie que ce mot ne soit pas plus employé. « IL plaisait tant à l’orcille de nos aïeux, dit-il, il renchérit si visiblement sur celui d’orgueil, il imprime à ce vice un caractère si distinctif, que la langue semble le réclamer contre l'usage, » Si elle l’a conservé jusqu’à présent, c’est au clergé qu’elle en est redevable. ,

Comme lorgueil est le principe de tous les péchés , ainsi l’humilité est la source de toutes les vertus, dit saint Ghrysostome (Æomil. ad pop.).

L’orgueil est 40 le péché des démons. ; 2 un péché dont on ne se corrige presque jamais...; 3e un péché source de tous les désordres.… ; 40 il est la cause des hérésies..….

Le seul orguéil s'élève contre toutes les vertus, dit saint Bernard ; comme un venin général, il les corrompt toutes : So/a superbia contra cunctas anim virtutes se erigté, et quasi generalis et pestifer morbus omnes corrumpit (Serm. xvit in Cant. ).

L’orgueil engendre surtout la curiosité, la jactance, l’hypocrisie, les querelles, l’entôtement, la discorde et la haine...

Saint Chrysostome compare l’orgueil aux tempètes de la mer. Ce crime, dit-il, aveugle l'esprit; il n’est point de mal qui Pégale ; il fait de l’homme un démon, un insulteur, un blasphémateur, un parjure : Exæcat mentis intuitum, nullum malum par elationi, hominem reddit dæmonem, contumeliatorem, blasphemum, perjurum (Homil. ad pop.).

L’orgueil, dit saint Grégoire, empèche de juger avec équité. Il fait élever la voix; il inspire un silence amer, une gaieté dissolue , une tristesse furieuse , des actes impudents, une démarche altière, des réponses aigres. L'âme des orgueilleux est toujours forte pour infliger un affront et faible pour le supporter; elle est paresseuse à obéir, importune à harceler autrui, lente à faire ce qu’elle doit, et prête à faire ce qu’elle ne doit pas, Aucune exhortation ne peut l'incliner vers ce dont elle ne se soucie pas, et au contraire elle cherche à être contrainte de faire ce quelle désire (1).

Quiconque pèche est un orgueilleux, dit saint Isidore; car en péchant il méprise les divins préceptes. Les orgueilleux se nourrissent de vent. L’orgueil est le plus grand de tous les crimes; il cause la mort de l’âm, tant en détruisant toutes les vertus, qu’en engendrant tous les vices ( Æpist. de forma bene vivendi ).

L’orgueil est partout, il se mêle à tout : on doit le craindre même dans les bonnes actions, dit saint Augustin : Superbia etiam in recte factis timenda est (In Medit.). C’est un poison qui corrompt les

(4) Judicii æquitatem perdit. Clamorin locutione, amaritudo in silentio, dissolutio in hilaritate, furor in tristitia, inhonestas in actione , erectio in incessu , rancor in responsione; horum mens semper est ad irrogandas contumelias valida, ad tolerandas infirma, ad obediendum pigra, ad lacessandos alios importuna, ad ea quæ facere debet, ignava; ad ea autem quæ facere non debet parata : quod non appetit, nulla exhortatione flectitur ; quod desiderat, quærit ut cogatur (Lib. Moral.}.

prières , les confessions, les communions, le chant, le talent, la beauté , l'esprit, l'âme, le cœur, etc. Mal suprême, il change en mal le bien même...

Il y a l’orgueil du cœur, dit saint Bernard, l’orgueil de la langue, l’orgueil des œuvres, l’orgueil des manières et du vêtement : Zsé superbia cordis, superbia oris, superbia operis, superbia habitus (Serm. in Cant.).

Rien ne rend l’homme plus étranger à l'amour divin, dit saint Chrysostome, rien ne le précipite aussi facilement dans l’enfer, que la folie de Porgueil. Ce vice souille toute notre vie, quelque remarquable qu’elle soit par la pudeur, la virginité, le jeûne, les prières, Paumône, enfin par la vertu (1).

L'orgueil est répandu sur toute la face de la terre; ilse trouve dans le cœur de presque tous les hommes... Comme c’est ce vice qui a perdu les mauvais anges, ils s’en servent de préférence, pour perdre la race humaine... ;

L’orgueil, dit le pape Innocent INF, a renversé la tour de Babel, a confondu les langues , a défait Goliath, a dressé le gibet d’Aman, a fait mourir Nicanor, a frappé Antiochus, a submergé Pharaon, a tué Sennachérib. Hélas! d’où vient ce faste de l’homme; de l’homme dont la vie se déroule sous le coup qui lui impose le travail comme un châtiment; de l’homme que rend au repos la nécessité de mourir , châtiment plus grand encore; de l’homme dont l’existence compte à peine un instant, et pour lequel la vie est un naufrage et le monde un exil; de l’homme, enfin, que la mort ou saisit, ou menace de saisir (2).

C’est l’orgueil qui a poussé les anges à se révolter dans le ciel ; c’est l'orgueil qui en a fait des démons ; c’est lui qui a creusé l'enfer , et qui les y a précipités; c’est lui qui a changé en supplices éternels les délices dont ils devaient jouir...

C’est l’orgueil qui fait tomber Adam; c’est Jui qui l’a chassé du séjour du bonheur et qui l’a livré au travail, aux soucis, au chagrin,

(1) Nibil tam alienum a divino amore hominem reddit, nihil tam facile in gehennam intrudit, quam superbiæ insania; sub qua omnis nostra vila immunda est, -Quamvis pudicitia, virginitate, jejunio , orationibus, eleemosyna; quamvis denique virtute præstemus (Homil. ad pop. ).

(2) Superbia turrim Babel evertit, linguam confudit, prostravit Goliath , suspendit Aman, interficit Nicanorem , peremit Antiochum » Pharaonem submersit, Sennacherib interemit. Heu! unde isle hominis fastus®? cujus vitam laboriosa devolvit pœnalitas, cujus pœnalitatem pœnalior mortis concludit necessitas ; cui esse momentum , Vita naufragium , mundus exilium est; cui mors, aut instat, aut minatur instantiam (Lib. I de Vilit, hominis ).

‘à la nudité, à l’aveuglement, aux douleurs, aux maladies, à la mort et à la pourriture...

Qu’x a-t-il de plus détestable et de plus digne de sévères châtiments, que l’orgueilleux s’élevant sur la terre, à la vue d’un Dieu qui s’est fait homme ! C’est une intolérable impudence que là où s’est anéantie la suprême majesté , un petit ver s’enfle et s’enorgueillisse ! Zntolerabilis impudentia est, ut ubi se exinanivit majestas vermiculus infletur et intumescat ( Serm. 1 de Nativ. ).

Tous les deux, c’est-à-dire le démon et l’homme, ont désiré avéc ardeur la grandeur ; celui-là de la puissance, celui-ci de la science, dit le même Père : Ambo, scilicet diabolus et homo, affectarunt altitudinem ; ille potentiæ, iste scientiæ (Ut supra). Le démon a trouvé la suprême dégradation , et l’homme la suprème ignorance...

Seigneur , dit l’Ecriture, dès le commencement les superbes vous ont déplu : Nec superbi ab initio placuerunt tibi (Judith. 1x. 16).

L’orgueilleux méprise souverainement les autres ; il les tourne en ridicule , il les insulte, il s'élève au-dessus d’eux par le mépris et le sarcasme. Malheur à vous qui méprisez ! dit le Seigneur ; ne serezvous pas méprisés à votre tour? Væ quis spernis ! nonne et tu sperneris? (lsai. xxx. 4, ) L’orgueilleux se prépare donc le mépris et les humiliations. |

L’orgueilleux est méprisé de tout le monde ; chacun le craint, le fuit et le maudit. Dieu le déteste; le ciel, la terre, l’enfer, les anges,

les hommes et les démons le détestent également.

Il y atoujours des débats parmi les orgueilleux, disent les Proverbes : Znter superbos semper jurgia sunt (xt. 10). Voilà pourquoi nous voyons parmi les hérétiques autant de sectes et d’opinions différentes que d'individus... Les orgueilleux se haïssent les uns les autres... Rien n’est sacré pour les orgueilleux; mais ils prétendent ètre sacrés eux-mêmes. O conduite souverainement injuste et détéstable !.…

L’orgueil est le chemin de l’ignominie.….. Lorsque l’orgueil monte et croît, l’homme décroit et descend jusque dans la boue...

Dieu et les hommes ont en horreur l’orgueil, dit Ecriture : Odibilis coram Deo est et hominibus superbia (Eccli. x. 7).

Parler avec dédain et arrogance, et agir par orgueil, c’est se rendre semblable au démon, dit saint Basile : Fastidio et arrogantia effari, et insolentius se gerere, est diabolo similem se facere (In Psal.):

L’orgueil est un vice détestable.

Dieu humilie les orgugilleux.

Srrexgor, dit le Psalmiste, il est bon que vous nayez humilié : Bonum mihi, quia humiliasti me (oxvnr. T1).

Voyez quelles armées Dieu lève et lance contre les orgueilleux Egyptiens, pour combattre en faveur d’Isarël et remporter la victoire : ce sont des grenouilles, des sauterelles, des moucherons. Le roi Pharaon, si puissant et si fort, est vaincu par une sauterelle. Lui qui avait osé lever son front contre Dieu, est forcé de le baisser sous un moucheron..…….

Les hbumiliations de la chair aécompagnent toujours l’orgueil de l'esprit. Dieu change en bête l’orgueilleux Nabuchotlonosor, qui se glorifie dans sa grande ville de Babylone. Dieu abat le dédaigneux Balthasar, fils de Nabuchodonosor ; il ne se sert pour l’humilier et le faire pâlir que d’une main, et même que de l'ombre d’une main (Daniel. v). L’arrogant Antiochus est dévoré vivant par des vers...

Fier de ses forces, plein de son importance superbe, Goliath, dit saint Augustin, commence par placer en lui seul la victoire de tout son parti. Et parce que tout orgueil a limpudence du front, il reçut une pierre au milieu mème du front et fut terrassé, Le front qui avait l’impudence de son orgueil a été brisé ; et le front qui avait V’humilité de la croix du Christ est demeuré vainqueur (1).

Seigneur, dit Judith, vous n’abandonnez pas ceux qui se confient en vous; mais vous humiliez ceux qui se confient en eux-mêmes, et qui se glorifient de leur force : Non derelinquis præsumentes de te : et prœsumenñtes de se, et de sua virtute gloriantes, humilias (vx. 15):

L’orgueilleux Aman est humilié jusqu’à mourir sur une potence haute de cinquante coudées, élevée par lui pour y pendre l’humble Mardochée, Voyez comment cet orgueilleux est humilié. Irrité de ce que Mardochée ne fléchissait pas le genou devant lui, blessé de cet affront prétendu, il jure la mort des Juifs et fait dresser une potence pour Mardochée. Mais tout à coup les choseschangent d’une manière frappante : Mardochée, destiné à une mort ignominieuse, est revêtu du manteau royal par Aman lui-même, son mortel ennemi, qui se trouve contraint d'agir ainsi. Les douleurs les plus vives, les humiliations les plus amères et les plus accablantes fondent sux l’arrogant favori d'Assuérus : car, 1° l'honneur immense qu’il s’était préparé

(L) Goliath de viribus suis superbus, elatus, inflatus, primo totam victoriam universæ partis suæ in se uno constituit. Et quia omnis superbia habet impudentiam frontis, in ipsa fronte, lapide veniente, dejectus est. Evacuata est frons quæ habebat impudentiam superbiæ suæ : et vicit frons quæ habebat humilitatem Crucis Christi (Homil. xxx1 ).

dans son cœur superbe, lui est enlevé ; 2 cet honneur est accordé à humble Mardochée; 3° c’est Aman lui-même qui est l'instrument du triomphe de Mardochée; 40 lui qui auparavant se faisait adorer par tous les Perses comme un Dieu, n’est plus que l’écuyer, le héraut d’un vil juif qu'il déteste ; 5° ces affronts, ces humiliations foudroyantes et inattendues tombent soudain et toutes à la fois sur lui, car le Très-Haut terrasse et brise les superbes ; 60 Aman est condamné à être pendu au même gibet qu'il avait fait dresser pour Mardochée (Lib. Esther).

Dieu, dit la très-sainte Vierge, a déployé la force de son bras; il a dispersé Les superbes. IL a renversé de leur trône les puissants, et il à élevé les petits : Fecit potentiam in brachio suo : dispersit superbos...… Deposuit potentos de sede, et exaltavit humiles (Luc. 1. 51. 52).

Dieu ; dit l’apôtre saint Jacques , résiste aux superbes, et il donne sa grâce aux humbles : Deus superbis resistit, humilibus autem dat graliam (1.6).

Quiconque s’élève sera abaissé, dit J, C., et celui qui s’abaisse sera élevé : Omnis qui se exaltat humiliabitur, et qui se humiliat exaltabitur (Luc. xvinr. 14).

Partout où entre l’orgueil , l’ignominie suit de près, disent les Proverbes : Ubt fuerit superbia , 1bi erit et contumelia (xt: 2). L’arrogance précède l’humiliation, et l’orgueil, la ruine ; disent encore les Proverbes : Contritionem prœæcedit superbia , et ante ruinam exaltaur spiritus (XVI. 18).

En pleurant et en s’humiliant, Pierre, dit saint Augustin, se condamnait et se sauvait; quand, satisfait de lui-même , il se fia à ses propres forces, il se perdit (Zn Psal. xxxvir ). C’est la penséé qu’exprimait le Psalmiste quand il s’écriait : Seigneur, couvrez-les d’ignominie, et ils chercheront votre nom : /mple facies eorum ignominia : et qguærent nomen tuum, Domine ( LxxxIr. 17),

Que l’orgueil de l’impie, dit Job, s'élève jusqu'aux cieux; que sa tête touche les nues : il n’en finira pas moins par périr comme un objet souillé, et ceux qui lavaient vu diront : Où est-il? S% ascenderit usque ad cœlos superbia ejus , et caput ejus nubes tetigerit : quasi sterquilinium in fine perdetur ; et qui eum viderant , dicent : Ubi est ? (xx. 6.7.) Les orgueilleux s’élèvent pour un peu de temps, dit encore Job, mais ils ne subsisteront pas; ils seront renversés, ils seront foulés comme des épis murs : Zlevati sunt, et non subsistent , et humiliabuntur , et auferentur , et sicut summitates spicarum conterentur ( XXIV. 24).

Châtiments infligés à l’orgueil.

164 ORGUEIL Voilà comment Dieu traite les superbes...

Les humiliations que Dieu fait pleuvoir sur les orgueilleux sont déjà un terrible châtiment; mais il leur en réserve d’autres , dans les trésors de sa colère.

40 Dieu se détourne de l’orgueilleux. Liniines dit le Psalmiste , montera au faite de son cœur : Dieu s'élèvera davantage : Accedet homo ad cor altum : et exaltabitur Deus (zxux. 7. 8). Du haut de son trône, le Seigneur regarde les humbles; il rejette loin de lui les superbes : Z'rcelsus Dominus, et humilia respicit : et alta a longe cognoscit (Psal. cxxxvIL. 6).

20 Dieu résiste à l’orgueilleux et le combat. .….

Jo Un Dieu vengeur s'attache aux pas de l’orgueilleux , dit Sénèque : Sequitur superbos ultor a tergo Deus (In Hercule).

4° Dieu châtie l’orgueilleux en le livrant à lui-même. Méprisé et détesté par les autres, l’orgueilleux s’afflige du mépris qu’on fait de lui; ils’en offense, il en est torturé. Si vous êtes orgueilleux, dit saint Augustin , vous serez puni et abattu. Dieu ne manque pas de poids qui vous fasse descendre. Ce poids sera celui de vos péchés ; il vous les jettera à la face, et vous serez anéanti (Homil.). L’orgueil est un bourreau qui persécute les orgueilleux..……

5° Dieu a renversé le trône où voulaient s'asseoir les superbes , dit l'Ecclésiastique : Sedes superborum destruxit Deus (x.17). Lucifer et ses’ anges , Adam, etc., attestent cette vérité... Dieu a fait sécher les nations superbes jusqu’à la racine, dit encore l’Ecclésiastique : Aadices gentium superbarum arefecit Deus (x. 18), Ainsi, Dieu a chassé de la terre sainte et a complétement détruit sept nations de Chananéens, à cause de leur orgueil, et il les a remplacés par le peuple hébreu. Ainsi, Dieu a enlevé toute foi, toute grâce et toute gloire aux Juifs orgueilleux, qui repoussaient J. CG. humilié.….

6° Dieu a effacé le souvenir des superbes, dit l’Ecclésiastique : Memoriam superborum perdidit Deus (x. 21). Tous les orgueilleux seront comme la paille, dit le prophète Malachie; et l’avenir les saisira comme la flamme , et il ne leur laissera ni germe , ni racine: Erunt omnes superbt stipula : et inflammabit eos dies veniens, quæ non derelinquet eis radicem et germen (1v. 1 ).

70 Si Dieu n’a pas épargné les anges orgueilleux, dit saint Bernard, combien moins vous épargnera-t-il, vous qui êtes poussière et vermisseau? L’ange n’a pas agi, il n’a eu qu’une pensée d’orgueil;

ORGUEIL. 165 et en ün instant, en un clin d'œil ; il à été précipité sans retour. Fuyez l’orgueil, frères, je vous en conjure; fuyez-le de toutes vos forces, cet orgueil qui a si promptement plongé dans les ténèbres Lucifer, plus brillant que tous les astres ; cet orgueil qui a changé un ange, et le premier de tous les anges, en démon ( Serm. 1 de Adventu ).

8° L'orgueil a produit la mort. L'homme, dit saint Augustin , avait été fait immortel; il a voulu être Dieu; il n’a pas perdu la qualité d'homme , mais il a perdu l’immortalité; par suite de l’orgueil de sa désobéissance ; il à été condamné aux maladiés, à toutes Les souffrances, et à la mort. Ainsi la mort introduite sur la

terre par l’orgueil, est elle-même le châtiment de l’orgueil ( Sentent. acrx }).

9 Voulant le plus grand bien de tous les hommes, Dieu tout-puissant et souverainement bon , dit Raban-Maur , a été forcé , en quelque sorte, de placer sous la domination des anges orgueilleux les hommes superbes; afin que, persécutés par eux, ils apprissent la différence infinie qui existe entre le service de Dieu et celui du démon (De Adept. virtut. ).

L’orgueilleux qui refuse de se soumettre à Dieu, devient l’esclave de Satan , des convoitises de la chair et de toutes les passions: ce qui

“estun effroyable châtiment. ….

10° L’orgueil tarit la source des grâces. Seigneur, dit le Psalniste, vous envoyez des fontaines dans les vallons; leurs eaux couleront entre les montagnes : Æmittis fontes in convallibus, inter mediur montium pertransibunt aqguæ (cxr1. A0). Ces vallons arrosés sont les humbles qui reçoivent les grâces du ciel, et les montagnes qui ne profitent pas des eaux, signifient les orgueilleux, devenus semblables à des rochers desséchés et arides....

Cum plena fuissent vasa, stetit oleum : Les väses étant pleins, l'huile s’arrèta (Lib. TV Reg. 1v. 6). L’orgueilleux, plein de luimême, ne laisse aucune place à la grâce... La privation de la grâce est une preuve de l’existence de l’orgueil, comme l’abondance des grâces est une preuve de l’existence de l'humilité, Si donc vous êtes privé de la grâce et des dons de Dieu, sachezle, c’est que vous êtes orgueilleux. L’orgueil dissipe toutes leë grâces. Or, il n’y à pas de pire punition que d’être privé de la grâce. .….

{o L’orgueil attire tous les châtiments : l’aveuglement spirituel, l’endurcissement du cœur, l’impénitence finale , une mort funeste;

He 30 ;

Divers degrés d'orgueil.

Motifs que l’on a de se préserver de

l'orgueil,

Moyens d'éviter l'orgueil.

166 ORGUEÏL.

un jugement formidable, une condamnation terrible, et l'enfer éternel...

De tous les péchés , celui que Dieu déteste et punit le plus sévèrement, c’est l’orgueil. Dieu seul est grand , et tout orgueilleux attaquant cette grandeur n’obtient presque jamais miséricorde. Dieu oublie et pardonne facilement les chntes de faiblesse ; mais avec difficulté les chutes d’orgueil..….

Nous reconnaissons ouvertement, dit saint Grégoire , que lorgueil est la marque la plus évidente de la réprobation, et lhumilité le signe des prédestinés. Aperte cognoscimus , quod evidentissimum reproborum signum est superbia e contra, humilitas , electorum (Moral., lib. XXXIV, c. xvur). Cette manière de voir est celle de tous les Pères et de tous les théologiens ; c’est l’enseignement de l'Eglise et celui de la sainte Ecriture...

Ïz y a sept degrés d’orgueil : 40 ne pas porter les autres à nous regarder comme peu de chose... ; 2° ne pas être satisfait de se voir mépriser... 3° ne pas avouer qu’on mérite de l'être. ; 4° ne pas endurer le mépris avec égalité d'humeur... ; bone pas supporter patiemment un affront..; 6° s’irriter des humiliations.… ; ‘T° se refuser à reconnaître qu’on n’a nulle valeur...

Vorci.neuf principaux motifs qui doivent nous engager à fuir l’orgueil : 4° l’orgueil est odieux à Dieu et aux hommes... ; 2° il est une cause d’injustices, de rapines , de tromperies, d’affronts..…. 3 Füût-il très-puissant , füt-il même roi, l’homme de sa nature est très-peu de chose... 4e Tout homme est très-peu de chose, à ne considérer même que la brièveté et la vanité de la vie... 5° Après sa mort , l’homme devient la pâture des vers... 6° L’orgueil est un abandon que nous faisons de Dieu, une apostasie..…. 7° L’orgueil est le principe, la racine et le commencement de tous Les péchés... 8 L’orgueilleux cesse en quelque sorte d’être la créature de Dieu,

pour devenir celle du démon...; 9° il s’attire une foule de châtiments...

Ïz est dit dans l’Ecriture que David, marchant contre Goliath, choisit dans un torrent cinq petites pierres très-polies, dont il se servit pour abattre ce géant : Ælegit sibi quinque limpidissimos lapides de torrente (TL. Reg. xvir. 40). Par ces cinq pierres, saint Bernard entend cinq moyens par lesquels nous renversons Goliath, c'est-à-dire

ORGUEÏL. 467

l’orgueil : 4° la menace des peines... ; 20 la promesse des récompenses…; 30 l'amour de Dieu.….; 4e limitation des saints... ; 9° l’oraison (Serm. super Missus est).

Connaïtre Dieu, se connaître soi-même : voilà un remède infaillible contre l'orgueil.…….

I faut pratiquer , autant qu’il est nous ; la belle et sublime vertu d’humilité; elle est la massue qui abat et tue l’orgueil

Combien l'oubli de Dieu est fréquent.

uE de personnes dans le monde auxquelles on peut adresser

L'accablant et honteux reproche que saint Jean-Baptiste fai-

sait aux Juifs aveugles : Il y en a un au milieu de vous que vous ne connaissez pas : Medius vestrum stetit quem vos nescitis (Joann. r. 26).

La lumière, dit saint Jean parlant de J. C., luit dans les ténèbres; et les ténèbres (c’est-à-dire le monde) ne l'ont point comprise : Lux in tenebris lucet, et tenebræ eam non comprehenderunt (1. 5). I était dans le monde, et le monde a été fait par lui, et le monde ne l’a point connu : /n mundo erat, et mundus per ipsum factus est et mundus eum non cognovit (Id. 1. 10).

J. C. se plaignait à son Père que le monde eüt oublié Dieu : Père juste, dit-il, le monde ne vous a point connu : Pater juste, mundus non te cognovit (Joann. XVII. 25 ).

Lorsque saint Paul $e leva au milieu de l’Aréopage d’Athènes, il dit : Athéniens, je vous vois en tout religieux presque jusqu'à l'excès ; car, passant et voyant vos simulacres , j’ai trouvé un autel où il est écrit : Au Dieu inconnu : Ignoto Deo (Act. xvir. 22-27).

Hélas! combien y a-t-il aujourd’hui de personnes dans le monde pour qui Dieu est inconnu ! Quelle innombrable multitude se presserait autour d’un pareil autel, si tous ceux qui ont oublié Dieu s’y réunissaient !…

Oh! que le Prophète royal a bien caractérisé et dépeint le monde en l'appelant une terre d’oubli : Terra oblivionis ! Vos merveilles, Seigneur, dit-il, seront-elles connues dans les ténèbres, et votre justice dans la terre de l'oubli? Mumquid cognoscentur in tenebris mirabilia tua, et justitia tua in terra oblivionis ? (LxxxviL. 13.)

L’oubli de Dieu dans le monde tient les parents, les enfants, l’adolescence , la jeunesse , l’âge viril, la vieillesse, les hommes et les femmes, les riches et les pauvres : on le rencontre dans le négoce, dans le barreau , dans l’armée, dans la famille, dans l’administration des Etats, dans la société. Partout on pourrait dresser l’autel d'Athènes avec son inscription : Au Dieu inconnu...

Le Prophète royal découvre lui-même la cause pour laquelle le monde oublie Dieu : Le monde, dit-il, n’a pas voulu comprendre, de peur de faire le bien : Noluit intelligere ut bene ageret (xxxv. 4). Ils n’ont pas gardé l’alliance du Seigneur, dit-il ailleurs; ils n’ont pas voulu marcher dans sa loi : Von custodierunt testamentum Dei, et in lege ejus noluerunt ambulare (Lxxvir. 10 ).

Tous, écrit saint Paul aux Romains, tous n’obéissent pas à l’Evangile; car Isaïe dit : Seigneur, qui a cru à ce qu’il a ouï de nous ? Von omnes obediunt Evangelio; Isaias enim dicit : Domine , quis credidit auditui nostro? (Rom. x. 16.)

Excusera-t-on cet oubli de Dieu en disant qu’on n’a pas été instruit? Mais nous pouvons répondre avec le grand Apôtre, employant les paroles du Psalmiste : La voix des œuvres de Dieu a retenti par toute la terre et jusqu'aux extrémités du monde : Zn omnem terram exivit sonus eorum, et in fines orbis terræ verba eorum (Rom. x. 18. — Psal, xvur. 5).

La première cause de l'oubli de Dieu, c’est la volonté perverse de l’homme, comme nous l’ayons déjà dit...

La seconde cause, c’est l’ignorance. On ne connaît pas assez Dieu, sa bonté, son amour et tous ses divins attributs...

La troisième cause, c’est la corruption du cœur et l'amour du monde.

La quatrième cause, c’est l’influence qu’exercent le scandale, le monde, ses erreurs, ses fausses maximes, sa morale complaisante et criminelle...

La cinquième cause, c’est la perte dela foi...

C'sst un crime énorme d’oublier celui qu’on ne peut ignorer, dit Tertullien : Ææc est summa delicti nolentium recognoscere quem ignorare non possunt (De Resurrect.).

Tout parle de Dieu dans l'univers, sur la terre et au ciel... Tout rappelle Dieu: le soleil, la lune et les astres qui forment leur cortége; les éléments, les éclairs et la foudre; la terre et ses productions ; les animaux, les montagnes et les vallées, avec l'Océan, son étendue et ses abimes.... Un seul être, le seul ici-bas qui ait été créé à l’image de Dieu et racheté de son sang, le seul qui soit capable de le connaître , de l’aimer et de le servir, l’oublie! Dieu est visible en tout lieu par ses œuvres admirables et sa providence ; et on ne le voit pas! Au Dieu inconnu: Zgnoto Deo !

L'oubli de Dieu est volontaire,

Causes de l'oubli

L’oubli de Dieu est un crime,

L'oubli de Dieu est surtout un crime d’ingratitude.

Désordres et ravages qu’exerce l'oubli de Dieu,

L'homme qui oublie le vrai Dieu pense sans cesse aux dieux étrangers qu'il s’est fait : l’avarice, l’ambition, l’impureté, l’orgueil, etc. Quel crime!

Î:s ont oublié les bienfaits de Dieu, dit le Psalmiste, et les merveilles qu'il a manifestées : Obliti sunt benefactorum ejus , et mirabilium eus que ostendit eis (1xxvir. 11). Ils oublièrent vite ses prodiges, et ne supportèrent point ses conseils : Cito obliti sunt operum ejus, et non sustinuerunt consilium ejus (av. 13). Ils oublièrent le Dieu qui les a sauvés , le Dieu qui a fait de grandes choses, des choses admirables et terribles : Obliti sunt Deum qui salvavit eos, qui fecit magnalia , mirabilia, terribilia (av. 21. 22).

Tu as abandonné le Dieu qui t’a engendré, tu as oublié le Dieu ton créateur , dit l’Ecriture : Deum qui te genuit, dereliquisti; et oblitus es Domini creatoris tui (Deuter. xxxir. 18 ).

S’adressant aux chrétiens infidèles : Vous avez brisé mon joug, dit le Seigneur par la bouche de Jérémie, vous avez rompu mes liens d'amour, et vous avez dit : Je n’obéirai pas : Confregisti jugum meum, dirupisti vincula mea, et dixisti : Non serviam (11. 20). Je vous ai planté comme une vigne choisie ; comment êtes-vous devenu pour moi une vigne étrangère, qui porte des fruits amers? Ægo plantavi te vineam electam : quomodo ergo conversa es mihi in pravum , vinea aliena? (Id. 11. 21.)

In’y a pas de crime qui indique plus l’ingratitude que l'oubli de Dieu... Oublier son créateur, son rédempteur, son père, son ami, sa providence , son guide , son bienfaiteur, son appui , sa vie : fut-il jamais ingratitude plus odieuse? Ne s’occuper que des ennemis de Dieu , que du monde, que de soi-même , n’est-ce pas porter l’ingratitude au degré suprême? C’est renouveler l’acte infâme par lequel les Juifs préférèrent Barrabas à J. C...…

Dre n’est pas devant les yeux du pécheur, dit le Psalmiste ; ses voies ont été souillées en tout temps : Non est Deus in conspectu cjus : inguinatæ sunt vicæ 1llius omni tempore (x. 5).

L’oubli de Dieu engendre la négligence; de la négligence et de la paresse spirituelle et physique , nait la concupiscence ; et de la concupiscence, tous les désordres et toutes les iniquités..….

Quiconque oublie Dieu , s’abandonne à toutes les passions et s’en fait des idoles... Parlant des deux indignes vieillards quiattentèrent à la chasteté de Suzanne, l’Ecriture dit : Ils brülèrent de désirs

- Corrompus, ils troublèrent leur raison, et ils détournèrent les yeux afin de ne pas voir le ciel, et de ne point se souvenir des justes jugements : Æxarserunt in concupiscentiam : et everlerunt sensum suum ; et declinaverunt oculos suos ut non viderent cœælum , neque recordarentur judiciorum justorum (Dan. xur. 8. 9).

Par l’oubli de Dieu , on s'éloigne de sa loi, dit le Psalmiste : À lege tua longe facti sunt (exvur. 150). Le salut est loin des pécheurs, parce qu’ils n’ont pas cherché vos ordonnances : Zonge a peccatoribus salus , quia justificationes tuas non exquisierunt (Psal. cxvur. 155).

Vous avez oublié et abandonné le Seigneur votre Dieu , afin de hoire des eaux fangeuses, les eaux du fleuve de Babylone, dit Jérémie : Dereliquisti Dominum Deum tuum , ut bibas aquam turbidam, ut bibas aguam fluminis ( Babylonis) (1. AT. 18).

Le démon , le monde, la concupiscence, les passions, les vices, tous les excès n’oublient pas celui qui oublie Dieu... 11 va d'erreur en erreur, d’abime en abime, jusqu’à ce qu’il s'arrête à jamais au fond des gouffres de l’enfer.…..

Celui qui oublie Dieu, oublie le prochain et s’oublie soi-même : c’est là l’océan de tous les désordres, la mer où se pressent tous les vices : oc mare magnum : illic reptilia quorum non est munerus (Psal. arr. 25 ).

L'nowue qui oublie Dieu, néglige de travailler à son salut, et Maïlheurs et il expose. Car , dit saint Augustin , Dieu qui a promis le pardon à oi celui qui se repent , n’a point promis le lendemain à celui qui diffère vus de se convertir : Qui pænitenti promisit indulgentiam ; dissimulantt , diem crastinam non spopondit (Lib. Confess. ). Vous qui avez abandonné le Seigneur et oublié sa montagne sainte , dit Isaïe , vous serez comptés et livrés au glaive : parce que je vous appelés, et que vous n’avez pas répondu ; j’ai parlé , et vous n’avez pas prêté l’oreille (zxv. 11. 12). C'est pourquoi, voici ce que dit le Seigneur : Vous aurez faim et vous aurez soif, et vous serez confondus; vous crierez dans la douleur du cœur, et vous gémirez écrasés : Propter hoc, hœæc dicit Dominus Deus : Lsurietis et sitietis, et confundemini ; et clamabitis pre dolore cordis, et præ contritione ululabitis ( Id. 1xv. 13. 14).

J'oublierai ceux qui m’oublient, dit le Seigneur par la bouche d’Osée (1.6). Voilà le plus grand châtiment infligé aux pécheurs ; voilà le signe de leur impénitence et de leur réprobation. Dieu oubliele pécheur, et très-justement, parce que lui-même oublie Dieu ;

c’est la peine du talion. Celui qui oublie Dieu mérite que Dieu # Voublie. Voulez-vous qu’il en soit autrement, voulez-vous que le Seigneur se souvienne constamment de vous? ne l’oubliez pas ; ayez-le toujours présent devant vos yeux, à votre esprit et à votre cœur...

Comblé de faveurs, de préférences, heureux, riche, honoré, le peuple juif perd, pour avoir oublié Dieu, toute cette gloire , tout ce bonheur, tous ces priviléges et même sa patrie...

Seigneur , dit Jérémie, tous ceux qui vous ont oublié seront confondus ; les noms de ceux qui s’éloignent de vous seront écrits sur la poussière, parce qu’ils ont abandonné la source des eaux vives, le Seigneur : Domine, omnes qui te derelinquunt , confundentur : recedentes a te, in terra scribentur ; quoniam dereliquerunt venam aquarum viventium Dominum (xv11. 13).

La mort de celui qui oublie Dieu est semblable à sa vie. En punition de ce que ses années se sont écoulées dans l’oubli de Dieu , Dieu l’oublie à la dernière heure; et lui-même ne se préoccupe point du sort qui l'attend... Il est juste, dit saint Augustin, il est juste que celui qui a vécu dans l'oubli de Dieu , meure en s’oubliant lui-même : Juste moriens obliviscitur sui, qui vivens oblitus est Dei ( Homil. ).

Je t’accuserai, pécheur, dit le Seigneur par la bouche du Psalmiste, je t’exposerai à tes propres yeux. Comprenez maintenant, vous qui oubliez Dieu, de peur que je ne vous saisisse, et qu’il ne se trouve personne qui vous délivre : Arguam te, et statuam contra faciem tuam. Intelligite hæc qui obliviscimini Deum : nequando rapiat, et non sit qui eripiat (xuix. 21. 22).

a gttsémir Sereneur, dit le Prophète royal, l’ardeur de mon zèle me consume, ea de parce que mes ennemis ont oublié vos paroles : T'abescere me fecit zelus meus ; quia oblifi sunt verba tua inimici mei (cxvirr. 139).

Comprenez, dit Jérémie, et voyez combien il est funeste et amer d’avoir oublié et abandonné le Seigneur votre Dieu : Scito et vide, quia malum et amarum est reliquisse te Dominum Deum tuum (n. 49).

Avoir oublié Dieu, l'être par excellence, la source de tous Les biens et la grandeur même, quel aveuglement, quel malheur, quel sujet de larmes et de regrets! S’être attaché au néant! Ah ! que de motifs de se repentir et de déplorer un criminel passé !.….

IEU, la paix même, dit saint Bernard , met la paix partout “ne senl est

où il habite : le contempler, c’est être au sein de la paix : L p

Tranquillus Deus tranquillitat omnia; et quietum aspicere, quiescere est (Serm. xxn1 in Cant.).

Isaïe appelle J. C. fait homme , le PRINCE DE LA paix : Princeps paeis (1x. 6).

Que le Seigneur de la paix vous donne lui-même la paix toujours et en tout lieu, dit saint Paul aux Thessaloniciens : Zpse autem Dominus pacis, det vobis pacem semprternam in omni loco (IT. nr. 46).

J’ai créé la paix, le fruit de mes paroles, pour celui qui est près comme pour celui qui est éloigné, dit le Seigneur par la bouche d’Isaïe : Creavi fructum labiorum pacem, pacem ei qui longe est, et qui prope (zvrr. 19 ),

Parlant du Messie , le prophète Michée dit : Celui-ci sera la paix : Erit iste pax (v. 5). J. C., ainsi que nous l’avons dit, porte le nom de Prince de la paix, voilà pourquoi Salomon, qui en fut la figure, est appelé Roï de la paix.

Les prophètes ont nommé J. C. Prince de la paix :

40 Parce qu’il l’a donnée au monde et qu’il la lui a léguée dans son testament, en mourant : Je vous laisse la paix, dit-il, je vous donne ma paix :je vous la donne , non comme le monde la donne : Pacem relinquo vobis, pacem meam do vobis : non quomodo mundus dat, ego do vobis (Joann. xIv. 27).

2° Parce qu’en mourant, J. G. a détruit le mur de séparation qui existait entre Dieu et l’homme ; il a uni l’homme à Dieu, le ciel à la terre , la suprême grandeur à la suprême misère...

En venant au monde, J. C., dit saint Paul, nous a apporté la bonne nouvelle de la paix... Tous par lui nous avons accès en un même Esprit près du Père ( £'phes. 11.17. 18).

Lorsque nous étions ennemis, dit cet apôtre, nous avons été réconciliés à Dieu par la mort de son Fils : Cum inimici essemus , reconciliati sumus Deo per mortem Fili ejus (Rom. v. 10). Aussi saint Léon dit-il avec piété et énergie : Le jour de la naissance du Seigneur est le jour de la naissance de la paix ; que tous les fidèles offrent donc

l'anteur de la

aix véritable; Jui seul la donne.

au Père la concorde des enfants pacifiques : Vatalis Domini, natalis est pacis : ergo singuli fideles offerant Patri pacificorum concordiam filiorum (Serm. de Nativ.).

J. C. est appelé le Prince de la paix :

30 Parce qu’il à apporté dans le monde, et au ciel, une paix éternelle...

4 Parce que J. G. est l’auteur de la paix intérieure dont jouit la conscience des justes...

Son empire se multipliera , dit Isaïe, et la paix n’aura pas de terme : Multiplicabitur ejus imperium , et pacis non erit finis (1x. 7). Ce prophète avait dit que l’enfant qui devait naître serait le prince de la paix. Il en donne la raison en ajoutant que la paix destinée à agrandir et à conserver son immense royaume n'aura pas de terme : Et pacis non erit finis (1x. 7).

Il faut entendre par ce royaume, par cette paix, la paix spirituelle, qui consiste dans la tranquillité et la consolation intérieures de l’âme. Voilà pourquoi saint Paul dit : Le royaume de Dieu n’est ni le manger ni le boire, mais justice, et paix, et joie dans l'Esprit- Saint : Von est regnum Dei esca et potus, sed justitia et pax et gaudium in Spiritu Sancto (Rom. xrv. 17).

Par les paroles du Pater, nous demandons tous les jours que ce royaume nous arrive : Adveniat regnum tuum (Luc. xr. 2). Nous ne demandons pas d’aller aussitôt au ciel; mais que le royaume du démon et du péché soit détruit , et qu’à sa place succède le royaume de J. C.; que ce divin Sauveur règne en nous et dans tous les cœurs par sa grâce. C’est de ce règne que parle J. C. en saint Luc, lorsqu'il affirme que le royaume de Dieu est au dedans de nous : Regnum Dei intra vos est (XVIr. 21 ).

Le règne de cette paix dans l’âme des justes n’a pas de fin, comme lenseignent saint Basile, saint Cyrille, et surtout saint Chrysostome, dans Phomélie Zn his Verbis : Quando venit regnum Dei, où il explique cette paix de quatre manières : 10J. C., dit-il, nous a enseigné à soumettre la chair à l'esprit; par ce moyen, la guerre cesse dans l’âme, etelle jouit de la paix; 2 il nous a réconciliés avec son Père, et d’ennemis nous à faits ses amis; 3 il a uni les nations avec les Juifs par le lien de la paix; 40 il accorde à ceux qu’il a ainsi unis, la grâce de persévérer, afin qu’ils jouissent d’une paix continuelle. Le règne de cette paix n’aura point de fin, parce que J. €. agit de conceft avec son Père, et agira jusqu’à la fin des siècles pour le maintenir etle perpétuer éternellement : Je vous laisse la paix, a-t-1l

dit, je vous donne ma paix : je vous la donne, non comme le monde la donne. Que votre cœur ne se trouble point et ne s’effraie point (Joann. xrv. 27).

Justifiés par la foi, écrit saint Paul aux Romains, ayons la paix avec Dieu, par Notre-Seigneur J. C. : Justificati ex fide, pacem habeamus ad Deum, per Dominum nostrum Jesum Christum (v. 1): par qui, continue l’Apôtre, nous avons, au moyen de la foi, accès à cette grâce (de la paix) dans laquelle nous sommes établis , et nous tirons notre gloire de l'espérance de la gloire des enfants de Dieu : Per quem et habemus accessum per fidem, in gratiam istam, in qua stamus, et gloriamur in spe gloriæ filiorum Dei (Id. v.2).

La paix admirable dont il est question dans ce passage de saint Paul, est la paix que J. G. a apportée du ciel sur la terre. Voilà pourquoi les anges, à lanaïssance du Sauveur, entonnent ce sublime cantique d’allégresse : Gloire à Dieu dans les hauteurs , et paix sur la terre aux hommes de bonne volonté : Gloria in altissimis Deo , et in terra pax hominibus bonæ voluntatis (Luc. 11. 14).

Dieu, dit l’apôtre saint Pierre, a envoyé la prédication aux fils d'Israël, annonçant la paix par J. C., qui est le Seigneur de tous : Verbum misit Deus filiis Israel ; annuntians pacem per Jesum Christum : hic est omnium Dominus ( Act. x. 36).

Commentant ces paroles du Seigneur dans Isaïe : Je ne donnerai pas ma gloire à un autre : (Gloriam meam alteri non dabo (xzrr. 8), saint Bernard dit : Que nous donnerez-vous donc, Seigneur, que nous donnerez-vous? Je vous donne la paix, dit-il, je vous laisse ma paix. Cela me suffit, Seigneur : je reçois avec reconnaissance ce que vous me laissez ; et je laisse ce que vous vous réservez. Cela vous plaît ainsi; je ne doute pas que ce ne soit dans mes intérêts. Je proteste contre la gloire, je la refuse ; de crainte que si j’usurpais ce qu’il ne mest pas accordé de posséder , je ne perdisse à juste titre ce qui n’est offert. Je veux la paix, je désire la paix, et rien de plus. A celui à qui la paix ne suffit pas, vous ne suffisez pas vous - même : car vous êtes notre paix. Que votre gloire, Seigneur, vous reste intacte. J'ai tout ce qu'il me faut si je possède la paix (1). Quel

(1) Gloriam meam alteri non dabo. Quid ergo dabis nobis, Domine ; quid dabis nobis? Pacem, inquit, do vobis , pacem relinquo vobis. Sufficit mihi. Gratulanter suscipio quod relinquis, et relinquo quod retines. Sic placet , sic mea interesse non dubito. Adjuro gloriam prorsus , ne forte si usurpavero non concessum , perdam merito et oblatum. Pacem volo, pacem desidero , et nibil amplius. Cui non sufficit pax, non sufficis tu : tu es enim pax nostra. Tibi, Domine, tibi gloria tua permaneat illibata, Mecum bene agitur, si pacem habuero (Serm, xx n Cant.).

xcellence et avantages de la paix.

ravissant langage, et comme il est plein de vérité! Quel trésor que la paix véritable que Dieu seul peut donner!

La paix est si précieuse , si excellente , que c’est la première chose que J. C. souhaïta à ses apôtres après sa résurrection. Ils étaient réunis ensemble, lorsque J. C. parut au milieu d’eux et leur dit : La paix soit avec vous : Pax vobis (Joann. xx. 19). S'il y eût eu quelque souhait plus riche et plus parfait, il le leur eût adressé...

Le grand Apôtre estime tellement la paix, qu’écrivant aux Philippiens , il s'exprime ainsi : Que la paix de Dieu, qui surpasse tout sentiment, garde vos cœurs et vos esprits en J. C.: Pax Dei quæ exsuper at omnem sensum, custodiat corda vestra et intelligentias vestras in Christo Jesu (1v. 7). Si la paix de Dieu surpasse toute pensée, tout sentiment, comme l’affirme l’Apôtre, elle est donc une chose excellente, et d’un prix infini...

La paix de Dieu, c’est Dieu lui-même; sa nature est la paix, dit saint Ambroise ( De Jacob. ). La paix de Dieu , c’est Dieu possédé par la grâce ici-bas et par la gloire dans le ciel...

Ecoutez Isaïe s’écriant : Qu'ils sont beaux sur les montagnes les pieds de celui qui annonce et qui prêche la paix, de celui qui annonce le bien , qui prèche le salut et qui dit à Sion : Ton Dieu va régner ! Quam pulchri super montes pedes annuntiantis et prædicantis pacem ; annuntiantis bonum, prœdicantis salutem , dicentis Sion : Regnabit Deus tuus! (vn.”7.)

La paix que J. C. souhaite renferme, 1° l'amitié de Dieu...; 2 la tranquillité et la sérénité de âme dans les tentations et les persécutions... ; 30 la concorde avec tous les hommes... Je ne vous donne pas la paix comme le monde la donne, dit le Sauveur : Mon quomodo mundus dat, ego do vobis (Joann. xrv. 27). En effet, loin de renfermer l'amitié de Dieu, la paix du monde nous fait ses ennemis ; loin de nous tranquilliser dans les tentations et les persécutions, elle nous abandonne, ou nous fait murmurer, blasphémer, succomber ; loin d'établir la concorde entre les hommes , elle y sème la haine et la désunion.…….

La paix de Dieu est la réconciliation de Dieu avec les hommes, et l'union de l’âme sainte avec Dieu...

La paix véritable est un impénétrable bouclier qui protége le chrétien contre les attaques de la chair, du monde et des démons... Les démons, qui connaissent la paix de Dieu et ses avantages,

PAIX, A7i s’elforcent de nous l'enlever en nous sollicitant au péché, ou de la troubler par des scrupules, par la défiance, les chagrins, les ennuis, les tentations de désespoir : eux qui n’ont point la paix et qui ne lauront jamais, sont jaloux et furieux de la paix de l’âme fidèle; ils font tous leurs efforts pour la troubler et la faire perdre. On leur résiste par cela seul qu’on la conserve,

La paix de Dieu , 1o met le calme dans l'âme. ; 2 elle fait naître en elle la joie... ; 3 elle lui inspire une confiance inaltérable… ; 4 elle la rend magnanime..….

Que la paix du Christ tressaille dans vos cœurs, dit saint Paul aux Colossiens, la paix en laquelle vous avez été appelés à former un seul corps : Pax Christi exsultet in cordibus vestris, in qua et vocati estis in uno corpore (111. 15).

La paix, dit saint Augustin , est sérénité d’âme , tranquillité d’es” prit, simplicité de cœur , un lien d’amour, l’inséparable compagne de la charité. Elle empêche les rivalités, arrète les guerres, comprime les emportements , foule aux pieds les orgueilleux, aime les humbles , apaise ceux qui sont en désaccord et réconcilie les ennemis; elle est douce pour tous; elle ne convoite pas le bien d’autrui et ne défend pas aigrement Le sien ; elle enseigne à aimer, elle qui ne sait pas haïr ; elle ignore l’orgueil et ne connaît pas l’entètement. Que celui donc qui la possède la conserve avec soin ; que celui qui ne l’a plus la redemande; que celui qui l’a perdue la cherche ; car celui qui ne sera pas trouvé en sa compagnie, sera méconnu par le Père , déshérité par le Fils et regardé comme étranger par le Saint- Esprit (1).

La vraie paix produit humilité...

Le fruit de la justice , dit l’äpôtre saint Jacques , est semé dans la paix par ceux qui font les œuvres de la paix : Fructus autem justifœæ in pace seminatur , facientibus pacem (mr. 18). ”

Remarquez combien sont grands et nombreux les avantages de la paix : 10 elle est très-agréable à Dieu , puisqu'il s’appelle Dieu de la pax et de la charité... 2° Elle nous conduit au ciel et nous donne uh

(1) Pax est serenitas mentis, tranquillitas animi , simplicitas cordis, amoris vinculum, consortium caritatis. Hæc est quæ simultates tollit, bella compescit, comprimit iras, superbos calcat, humiles amat, discordes sedat, inimicos concordat ; cunctis est placida; non quærit alienum, nihil disputat suum ; docet amare, quæ odisse non novit; nescit extolli, nescit instari. Hanc ergo qui accepit, tenea: qui perdidit , repetat; qui amisit, exquirat : quoniam qui in eadem non fuerit inventus, abdicatur a Patre, exhæredatur a Filio, à Spiritu Sancto alienus efficitur (Serm. Lxxv de verbis Domini).

#18 a PAIX.

avant-goùt de la vie céleste ; car le ciel est la patrie de la suprèmé et éternelle paix... 3° Elle est l’image de Dieu et de la très-sainte Trinité... 4o C’est pour apporter aux hommes la paix avec Dieu et avec eux-mêmes que J. C. est descendu du ciel. La paix procure une vie douce et heureuse...

Ecoutez saint Basile : 10 Celui qui accueille avec empressement la paix et qui lui donne place dans son âme, prépare une demeure à J. C.; car J. C. estla paix, et il désire se reposer dans la paix ; mais l'homme envieux et turbulent est détestable à tous les points de vue... 2 L'homme pacifique a toujours le cœur tranquille et content; mais l’homme turbulent et envieux est semblable à un navire agité par les tempêtes de la mer... 3° L'homme pacifique possède son âme avec sécurité ; il est à l’abri de toutes parts... 40 Le pacifique ressemble à une vigne qui porte en abondance des fruits délicieux ; mais l’envieux et le turbulent est plongé dans l’indigence et la misère : autant le premier, inondé de la joie du Seigneur, est heureux, autant le second est accablé de douleur et de maux... 5° Le pacifique se fait reconnaître à la douce joie qui le remplit; le turbulent se distingue par son visage pâle et plein de fureur... 6° Le pacifique mérite de participer à la société des anges; l’envieux et le turbulent partage le sort des démons... 7 La paix éclaircit les mystères de l’âme; l'envie, pleine de fureur, appelle les ténèbres sur les secrets du cœur... 80 La paix chasse la discorde et la fait disparaitre ; la jalousie turbulente augmente la haine et les désirs de vengeance..... 9 En présence de la splendeur de la paix, toutes les ténèbres s’évanouissent ; là où se trouve l’envie tracassière, il n’y a qu’obscurité, ténèbres intérieures et extérieures. Pratiquez donc la paix, Ô mon fils! et méritez le nom désirable de pacifique, afin que vous puissiez jouir des fruits de la paix. Détestez l'envie, amie des querelles, afin de ne pas éprouvertous les maux (Æpisé.).

Il a établi sa demeure dans la paix, dit le Psalmiste; et là il a détruit la puissance de l'arc, le bouclier, le glaive et la guerre : Factus est in pace locus ejus ; ibi confregit potentias arcuum, scutum, gladium et bellum (Lxxv. 3. 4).

Ceux qui aiment votre loi, Seigneur, jouissent d’une paix profonde, dit le mème prophète, rien n’ébranlera leur fidélité : Pax multa diligentibus legem tuam, et non est illis scandalum (oxvuxr. 465). Que la paix soit dans vos forteresses et l'abondance dans vos tours : Fiat pax in virtule tua, et abundantia in turribus tuis ( Psal, cxxI. 7). Pour l’avantage de mesfrères et de mes amis, je demandais toujours,

Paix. 479 Ô Jérusalem ! que tu fusses en paix : Propter fratres meos et proxi- M0S meos, loquebar pacem de te (Psal. exxr. 8).

O paix, s’écrie saint Ephrem, échelle céleste ! ô paix, voie du royaume des cieux ! à paix, mère de la componction! ô paix, conciliatrice de la pénitence ! 6 paix, miroir des pécheurs , qui faites voir à l’homme ses fautes ! à paix, qui faites couler de délicieuses lârmes! Ô paix , mère de la mansuétude ! 6 paix, compagne inséparable de l’humilité! 6 paix, sécurité de l'âme ! 0 paix, joug aimable et fardeau léger, qui fortifiez l’âme et qui soutenez celui qui vous porte! 6 paix , joie de l’âme et du cœur ! 6 paix, frein des yeux , des oreilles et de la langue ! à paix, qui abattez l’effronterie et qui êtes l’ennemie de l’impudence! à paix, source féconde de piété et de religion ! ô paix, prison des passions ! à paix, guide de la vertu! 6 paix, qui donnez l’hospitalité et qui aimez la pauvreté volontaire! à paix, champ de J. C., produisant d’abondants et délicieux fruits ! Ô paix, inséparable de la divine crainte, rempart et forteresse de ceux qui désirent

combattre pour le royaume des cieux ! (De Patientia et Consummat. secult. )

Si l’on demande qu'est-ce qui procure la paix, Saint Augustin répond : La paix du corps, c’est le tempérament bien ordonné de | ges parties; la paix de l’âme irraisonnable , le repos bien ordonné de ses appétits ; la paix de l’âme raisonnable , l'accord bien ordonné de la connaissance et de l’action; la paix du corps et de l’âme, la vie et la santé bien ordonnées de l’être animé; la paix de l’homme mortel . etde Dieu, l’obéissance bien ordonnée dans la foi sous la loi éternelle. La paix des hommes, c’est union dans l'ordre; la paix domestique , c’est, entre les hôtes du même foyer, l’union et l'ordre du commandement et de l’obéissance; la paix sociale, c’est, entre les citoyens, l'union et l’ordre de l'autorité et de la soumission ; la paix de la cité céleste, c’est l’ordre parfait, c’est l’union suprême dans la jouissance de Dieu, dans la jouissance mutuelle de tous en Dieu ; la paix de toutes choses, c’est l’ordre et la tranquillité (De Civit., lib. XIX, c. xi).

Qu'est-ce qui procure la paix? le témoignage d’une bonne conscience... Qu'est-ce quif procure la paix ? la fuite du mal et la pratique du bien... Qu'est-ce qui procure la paix ? c’est de quitter le péché et de persévérer dans la grâce et la vertu... Qu'est-ce qui procure la paix ? c’est d’être bien avec Dieu.

En faisant ce qu’on peut pour plaire à Dieu, il faut conserver la

Qu'est-ce qui procure la paix ?

Îlya une triple paix.

Moyens d’acquérir la paix.

paix ef ne pas craindre la vengeance divine ni la condamnation; il faut, puisque l’on est bien avec Dieu, avoir l'esprit libre et dégagé des terreurs d’une conscience erronée. La paix de la conscience n’a pas besoin; comme le veulent les protestants, d’être assise sur une certitude de foi divine, par laquelle on soit assuré que les péchés que l’on a commis sont pardonnés; mais il suffit qu’elle repose sur certaines marques et conjectures qui donnent une sorte de certitude morale que l’on se trouve en état de grâce. Lorsque la conscience rend témoignage qu’on a fait du mieux possible sa confession, qu'on a reçu l’absolution, et accompli la pénitence imposée, qu’on s’applique à ne pas retomber, et qu’on observe les commandements de Dieu et de l'Eglise, il faut se garder de se troubler et demeurer fermement en paix. Cette assurance suffit : les péchés sont pardonnés, on est l’ami de Dieu...

Ce qui procure la paix, dit saint Léon, c’est de vouloir ce que Dieu commande, et de ne vouloir pas ce qu’il défend. Car comment avoir la paix, si on voulait ce que Dieu ne veut pas, et si on ne voulait pas ce qu'il veut? (Serm. 1 de Quadrag. )

La parfaite conformité de notre volonté à la volonté de Dieu : voilà ce qui procure la véritable et solide paix...

L'homme, dit le même Père, a la paix et la vraie liberté, lorsqué la chair est gouvernée par l'âme raisonnable, et que l’âme est gouvernée par Dieu, et qu’elle lui obéit : Paz hominis et vera libertas, guando caro, animo judice, regitur ; et animus, Deo prœside, gubernatur (Serm. 1 de Quadrag.).

Il faut vivre en paix avec tout le monde, dit saint Paul : Pacem sequimani cuir omnibus (Hebr. xt. 14).

Îc y a une triple paix : la paix avec Dieu, la paix avec le prochain, et la paix avec soi-même... J. C. donne cette triple paix. Voulezvous la posséder? allez à lui, demandez-la-lui : il est notre paix, la vraie et divine paix. Faites en sorte que J. G. habite dans votre cœur, et la paix y descendra avec lui. Comme le soleil ne peut être sans lumière, le feu sans chaleur, un roi sans royaume ; ainsi J. C. ne peut être sans la paix, car tout en lui est paix...

A0 Pour acquérir la paix, il faut la désirer... Que la grâce et la paix de Dieu soient en vous, dit saint Paul : Gratia vobis et pa a Deo (Coloss. 1. 2). Nous vous exhortons, dit ce grand apôtre, à

PARA GE CS 481 rechercher la paix, vous occupant de ce qui peut vous la procurer (L Thess. 1v. 10. 41 ). |

Que la paix s’accomplisse en vous, dit l’Apôtre saint Pierre : Vobis paz adimpleatur (\L. 1. 2). Que la paix soit avec vous, dit l’apôtre saint Jean : Sif vobis pax (II. 3).

2 Se conformer à cette recommandation de saint Antoine Fuyez la gourmandise et la luxure, l'esclavage du siècle et Pambition , et vous aurez la paix ( Vit. Patr.).

3° Faire la guerre à ses passions...

4° Pratiquer la douceur. Ceux qui sont pleins de mansuétude, hériteront de la terre, dit le Psalmiste ; et ils se réjouiront dans l’abondance et la paix (xxxvr. 41 ).

50 Ecouter la voix de Dieu. J’écouterai, dit le même prophète, j'écouterai ce que Dieu me dira au fond du cœur, parce que ses paroles sont des paroles de paix : Audiam quid loquatur in me Dominus Deus, guoniam loquetur pacem (LXxxrv. 9).

6° Obéir à la loi divine : Que n’avez-vous été attentif à mes préceptes, dit le Seigneur par la bouche d’Isaïe; votre paix eût été comme un fleuve : Ufinam attendisses mandata mea ; facta fuisset sicut flumen pax tua (xLvim. 48).

. Si vous aviez marché dans la voie de Dieu, dit le prophète Baruch, ” vous habiteriez au sein d’une éternelle paix : Sÿ in via Dei ambulasses, habitasses utique in pace sempiterna (nr. 13).

I n’y a point de paix pour l’impie, dit Isaïe : Von est pax impiis (Lvir. 21), Si l’on veut la paix, il faut donc fuir et détester l’impiété...

La paix grande, solide et durable, n’ést qu’au ciel... Si nous voulons en jouir un jour, travaillons constamment et uniquement en vue de l'éternité.

Page 1