‹ Les trésors de Cornelius a LapideChapitre 41 sur 57 · HR · texte numérisé non relu

HR

Combien l’orgueil de l'homme est

déplacé, surtout à la

vue de la mort,

L'homme est environné de tentations,

De son fonds l'homme n’a que le péché.

vous considérez attentivement vous-même ( Sentent., sentent. ult: ).

Mes jours, dit le Roi-Prophète, ont décliné comme l'ombre, et moi j ’ai séché comme l'herbe : Dies met sicut umbra décliOUer 1e et ego sicut fœnum arui (cr. 12). à

Nous sommes un peu de poussière, une ombre, un nuage qui passe; nous ne sommes rien... Tu es poussière, et tu retourneras en poussière, dit le Seigneur à Adam coupable, et dans sa personne, à tous ses descendants : Pulvis es, et in pulverem reverteris (Gen. im. 419). Tous les hommes ne sont que terre et cendre, dit l’Écclésiastique : Omnes homines terra et cinis (xvir. 31). La poussière ou la terre signifie l’origine de l’homme, et la cendre, sa fin... Il ne nous reste ici-bas que le tombeau, pouvons-nous dire avec Job : Solum mihi superest sepulcrum (XVI. 1).

Que notre vanité grandisse donc à la vue de notre néant ; pensons et persuadons-nous que nous sommes quelque chose de grand! Sinous voulons vivre d’erreur, nous pouvons nous nourrir d’ors gueil!.…

Sr l’homme, dit saint Bernard, échappe à une tentation, une autre l’assaille. La vanité l’attaque, la curiosité le conduit, la convoitise Le sollicite, la volupté le séduit, la luxure le souille, l'envie Le tourmente, la colère l’agite, la tristesse le déchire. Ainsi, par des chutes déplorables, il se plonge dans tous les vices. Et cela pourquoi ? parce qu’il a abandonné Dieu, qui seul pouvait lui suffire : Quoniam unum Deum, qui ei sufficere poterat, dimisit. I s’occupe de mille choses ; il cherche çà et là de quoi se reposer et ne trouve rien qui puisse le satisfaire, jusqu’à ce qu’il retourne à Dieu. [1 va de pensée en pensée, pour trouver la paix; il varie selon ses occupations, ses affections et ses tentations; mais la paix lui échappe, parce qu'il ne la cherche pas où elle est, Le démon le tente, le monde lPaveugle, la concupiscence le presse. Au dehors des combats, au dedans des craintes (De Tentat.).

Toutes ces tentations ne sont-elles pas l'indice de la misère et du néant de l’homme ?

Novs ne sommes point suffisants, dit saint Paul, pour produire par nous-mêmes et comme de nous-mêmes quoi que ce soit en notre esprit; mais notre suffisance est de Dieu : Von sumus sufficientes cogi-

tare aliquid a nobis quasi ex nobis; sed suffcientia nostra ex Deo est (EL. Cor. mr. 5).

Sans moi, dit J. C., vous ne pouvez rien faire : Sine me nihil potestis facere (Joann. xv. 3). Voilà la mesure de nos forces pour le bien... Mais l’homme qui ne peut faire le bien par lui-même, peut faire le mal, ét le fait souvent. C’est même de son propre fonds seul que sort le mal; car c’est sa volonté qui engendre tous les péchés. Le mal est l’œuvre de l’homme; il Jui appartient...

Personne, dit saint Augustin, n’a de son propre fonds autre chose que le péché et l'erreur : Nemo habet de suo, nisi peccatum et mendacium (Sentent., num. ccexxx11 ).

Pour que Fhomme puisse faire le bien, il faut que Dieu soit avec lui ; mais il fait le mal tout seul ; et c’est parce qu’il est seul et qu’il n’est pas avec Dieu, qu’il fait le mal...

O homme, dit saint Bernard, si tu te voyais, tu ne te complairais pas en toi-même, et tu plairais à Dieu ; mais parce que tu ne te vois pas, tu te complais en toi-même, et tu déplais à Dieu. Viendra le temps où tu ne plairas ni à Dieu ni à toi ; tu ne plairas pas à Dieu, parce que tu as péché ; tu te déplairas à toi-même, parce que tu seras plongé dans les flammes éternelles (He

Si quelqu'un pense: être quelque chose, tandis qu'il n’est rien, il s’abuse lui-même, dit saint Paul : Si quis existimat se aliquid esse, cum nihel sit, ipse se seducit (Gal. vr: 3).

Vanité des vanités, tout est vanité, dit l’Ecclésiastique : Vanivas vanitatum, el omnia vanitas (1.2).

L'homme, dit Sophocle, est un fantôme et uné ombre légère : Est simulacrum et tenuis umbra (Anton. in Meliss. ). L'homme est le rêve d’une ombre, dit Pindäre ( Anton. in Meliss. 4

L’homme, selon l’expression d’Isaïe, est une goutte de rosée, un brin d’herbe ; une fleur, le grain de sable qui suffit pour faire pencher la balance, un néant. C’est la réunion de toutes les vanités, dit le Psalmiste : Universa vanitas omnis homo vivens (xxxvnr, 6).

L'homme disparait avec la rapidité du courrier qui porte uné nouvelle, du navire dont le vent gonfle les voiles, de l'oiseau qui vole, de la flèche lancée au but. Telles sont les comparaisons dont se sért Ecriture pour peindre le peu de durée dés choses de la terré et de la vie de l’homme ({Sap. v. 9-13). Il est poussière et cendre, dit la Genèse (xvur. 27).

. (4) O homo, si te videres, tibi displiceres, et mihi placeres ; sed quia te non vides, tibi places, ét mihi displices. Veniet tempus, cum nec mihi, nec tibi placebis : mihi, quia peccasti; tibi, quia in æternum ardebis ( Serm. in Cant.).

L'horime en un mot n’est rien,

Comme le nom de Dieu est étre : Je suis, dit-il, celui qui suis; c’est mon nom dès l'éternité : Ægo sum qui sum ; hoc nomen muhi est in æternum (Exod. ur. 44. 43) ; le nom des créatures est le non-éfre, le néant. Si la terre, l’homme et l’ange étaient interrogés, et qu’on leur demandât : Qui êtes-vous? comment vous appelez-vous? Ils pourraient et devraient répondre : Nous sommes néant, notre nom est néant. Pourquoi? parce que, 1° toute chose créée , avant de l'avoir été, était néant ; 2 parce que si elle est corruptible et périssable, elle sera de nouveau néant; et que si elle est incorruptible, comme l'ange, elle peut néanmoins être rendue au néant. En effet, son être est au pouvoir de Dieu, qui le lui conserve librement, et qui peut à tout instant le lui ôter; 3° parce que, tandis qu'elle existe, elle est variable et changeante, et, par conséquent, mêlée avec le néant; car tout changement renferme une sorte de négation d’être; 4 parce que tout ce qui est créé tient plus. du néant que de l'être. Par exemple, l’homme a seulement lêtre d'homme; mais considéré comme terre, ciel, ange, etc., il est néant, c’est-à-dire que son être est étranger à celui des créatures dont nous venons de parler et de toutes les autres créatures. L'homme a donc un seul mode d’existence et un grand nombre de non-être.

Combien est sage celui qui sait que son être ne lui appartient pas! Saint Jean-Baptiste avait cette précieuse connaissance ; car lorsqu'on lui demanda : Etes-vous le Christ? êtes-vous un prophète? Non, répondit-il, je ne suis qu’une voix qui crie dans le désert (Joann. 1. 90. 21.23).

Vantez-vous, hommes orgueilleux, répétez : Je suis ceci, je suis cela... Vous mentez, vous n'êtes rien...

Nous pouvons tous dire avec vérité: De moi-même je ne suis rien, je ne sais rien, je ne puis rien, je ne vaux rien... Voilà ce que vous êtes. Venus du néant, vos œuvres sont stériles, dit Isaïe : Ecce vos estis ex nihilo, et opus vestrum ex eo quod non est ( XLr, 24).

. Lève-toi, dit le Seigneur à Jérémie, et descends dans la maison d’un potier, et là tu entendras mes paroles. Et je descendis, et le potier faisait un vase d’argile sur sa roue, et le vase se brisa dans Sa main... (XVI. 2-4. ) Dieu nous ordonne à tous de descendré dans la maison du potier, afin de voir quelle a été notre origine et quel est notre néant...

Parce que nous avons livré une fois notre esprit à l’orgueil, dit saint Grégoire , nous portons chaque jour une boue qui s’en va:

Quia elatum semel sumpsimus spiritum, ecce defluens quotidie portamus lutum (Lib, Moral. ).

La ;

Que celui-là qui comprend son néant dompte sa chair par les jeünes et les mortifications; qu’il imite saint Paul : Je châtie mon corps, dit cet apôtre, et je le réduis en servitude : Castigo corpus meum, et in servitutem redigo (1. Cor. 1x. 27). Qu'il humilie son esprit, en se rappelant que, selon le témoignage du prophète Michée, il porte en lui tous les motifs d’humiliation : Humiliatio tua in medio tui (vr. 14).

Rien, dit saint Grégoire, n’est aussi capable de vaincre la chair et le péché, que de considérer l’état auquel la mort réduit ce que nous aimons plein de vie. L’Ecriture dit avec raison que le voluptueux;, en aimant la volupté, aime les vers ; car celui qui brüle de désirs impurs, brûle pour un amas de pourriture infecte (Lib. XVI Moral.).

Le tombeau, la poussière et les vers, voilà ce qui attend l’homme, ce néant révolté; voilà ce qui peut lui servir de remède et l’aider à devenir quelque chose. Que l’homme travaille, dit Bossuet, à s’accroitre, àse multiplier dans ses titres, ses possessions, ses vanités, il ne faut toujours pour l’abattre qu’une seule mort. Mais il n’y pense pas, et dans sa vanité il ne s’avise jamais de se mesurer à son cercueil, qui seul néanmoins le mesure au juste.

À l’âne, dit l’Ecriture, l’herbe, la verge et le fardeau; à l’esclave le pain, la punition et le travail : Cibaria, et virga, et onus asino; panis, et disciplina, et opus servo (Eccli. xxxur. 25). La bête de somme et l’esclave de l’âme c’est le corps, auquel on doit, par conséquent, trois choses : une nourriture ordinaire, la flagellation, et une occupation continuelle et pénible...

Ce qu'il faut faire pour être quelque chose,

Le monde est pauvreté, vanité, fausseté,

ous mettez votre espoir dans l’argent, vous vous livrez à la

vanité, dit saint Augustin; vous mettez votre espoir dans

honneur, vous vous livrez à la vanité; vous mettez votre espoir dans quelque ami puissant, vous vous livrez à la vanité. Pendant que vous espérez en toutes ces choses , ou vous mourez et vous les laissez ici-bas; ou, si vous vivez, elles périssent et vous défaillez dans votre espoir. Isaïe rappelle cette vanité , quand il dit : Toute chair est comme l’herbe , et toute sa gloire comme la fleur des champs : l’herbe s’est séchée et la fleur est tombée (1).

Ecoutez saint Grégoire de Nazianze : Que suis-je? où étais-je avant de naître? que deviendrai-je? Le chemin de cette vie est semé d’affictions ; il n’y a parmi les hommes aucun bien réel et solide; tout est plein d’imperfections. Les richesses sont un piége; le faste des grandeurs et la pompe des trônes les plus élevés sont une sorte de rève. Etre forcé de se soumettre à un autre est pénible; la pauvreté rend esclave, la beauté ne dure qu’un jour et disparait comme léclair. La jeunesse n’est rien; la vieillesse est le triste déclin de la vie. Les paroles passent et s’évanouissent ; la gloire est une fumée: la noblesse, un sang vieilli; la force nous est commune avec le sanglier; le mariage est un esclavage ; les places publiques sont l’école des vices; le repos, une marque de faiblesse ; le travail, une peine; une partie des navigateurs périt, et la patrie elle-même peut devenir un gouffre. Dans le monde, tout est embarras, vanité, indigence , fausseté. Tout est crainte, joie menteuse, ombre, rosée , Souffle qui passe , course rapide, vapeur qui se dissipe, rêve, flot inconstant, navire entraîné par le vent, vestige qui s’efface, poussière. Qu'il s’asseoie , qu’il se lève, qu’il aille, qu'il vienne, qu'il tourne, qu’il tombe, tout homme est enchainé au temps qui s’envole; il est le jouet du jour , de la nuit, des travaux , des chagrins , des maladies, des calamités et de la mort ( De Vitæ itiner. ).

(1) Speras in pecunia, observas vanitatem ; speras in honore, observas vanitatem ; speras in aliquo amico potente, observas vanitatem. In his omnibus, cum speras, aut tu expiras, et ea hic dimittis : aut , cum vivis, omnia pereunt , et in spe tua deficis. Istam vanitatem commemorat Isaias , dicens : Omnis caro fœnum , et omnis gloria ejus quasi flos agri; aruit fœenum, et flos ejus decidit (Lib. Civit. je

O homme , que dites-vous? s’écrie saint Chrysostome. Appelé au royaume du Fils de Dieu, vous demeurez dans la torpeur! Nous partageons le sort des oiselets paresseux qui veulent toujours rester dans leur nid; plus ils ÿ demeurent, plus ils deviennent faibles; car la vie présente est une sorte de nid fait de brins de paille et de boue. Et si vous me montrez de magnifiques édifices, et même les palais des rois qui resplendissent d’or et de pierres précieuses, je ne mettrai aucune différence entre eux et les nids d’hirondelles. L'hiver venu, tous tombent également d'eux-mêmes (1).

Toutes les félicités du siècle, dit saint Augustin, ressemblent aux rêves qu’on fait pendant le sommeil. Celui qui compte sestrésors en songe, se croit riche; mais à son réveil il verra sa pauvreté : ainsi en sera-t-il des hommes qui se réjouissent des vanités du siècle. S'ils ne s’éveillent pas maintenant que ce réveil leur serait utile , ils se réveilleront un jour malgré eux. Réveillez-vous donc, secouez le sommeil qui s’est emparé de vous (2).

Voilà que ce monde tant aimé s'enfuit, dit saint Grégoire ; voilà qu’il sèche en lui-même, et cependant il fleurit encore dans nos cœurs! Zece mundus qui diligitur, fugit; ecce jam mundus in seipso aruit , et adhuc in cordibus nostris floret ! (Homil. xxxvir m Evang.)

Tous ceux qui aiment le monde sont des chercheurs de bagatelles, dit le vénérable Bède : Omnes amatores mundi, omnes inquisitores nugarum (Collectan. ).

Vanité des vanités, dit l’Ecclésiaste; vanité des vanités, et tout est vanité : Vanitas vanitatum, et omnia vanitas (1. 2). Qu'est-ce que Fhomme a de plus de tout le travail qu'il accomplit sous le soleil ? Quid habet amplius homo de universo labore suo, quo laborat sub sole? (1. 3.) Cette sentence, qui paraît vraie pendant la vie, plus vraie au dernier moment, devient incontestable après la mort. L’impie, le mondain, se consument dans la peine sous le soleil, et ils

(1) Quis dicis, homo? Ad regnum vocatus Filii Dei, torpes? Nunc vero idem patimur quod evenit et avium pullis pigrescentibus, semperque in nido mancere cupientibus. Illæ quanto diutius hæserint, tanto redduntur imbecilliores.Nidus enim quidam est præsens hæc vita ex festucis et luto compactus. Et si magnificas mihi ostenderis ædes, etiam ipsas regias auro multo et lapidibus pretiosis splendidas ; nihil tamen illas ab hirundinum nidis differre putabo. Ingruente enim hieme cadunt omnia sponte sua (In Epist. ad Coloss.). : he

(2) Omnes istæ felicitates quæ videntur seculi, somnia sunt dormientium. Et quomodo qui videt thesauros in somnis, dormiens , dives est ; sed evigilabit, et pauper erit : sic omnia ista vana hujus seculi, de quibus homines gaudent, in somno gaudent. Evigilabunt quando nolent, si non modo vigilant, quando utile est. Evigila, excute somnum (/n Psal.cxxx1).

se préparent des tourments éternels. L'homme sage et pieux, au contraire, travaille dans une région supérieure à celle qu’occupe le roi des astres; car amassant des bonnes œuvres et les mérites des vertus, il place son trésor dans le ciel, vit de Dieu , et recoit de lui la vie éternelle,

IL y a, dit le vénérable Bède, sept choses qu’on ne trouve pas dans le monde, ce qui prouve sa pauvreté et son néant : la vie sans la mort, la jeunesse sans la vieillesse, la lumière sans les ténèbres, la joie sans la tristesse, la paix sans la discorde, la volonté sans la résistance, un royaume sans changement (1).

Or, Ôtez du milieu du monde la certitude de la vie, la jeunesse, la lumière, la joie et la paix sans altération, la possibilité de faire sa volonté, la stabilité de l’ordre, que reste-t-il? rien, sinon le trouble et le malheur,

Je regarde, dit Barlaam, les années pendant lesquelles j’ai servi le monde, comme des années passées dans la mort plutôt que dans la vie : Reliquos quibus servivi mundo annos, non vitæ, sed mortis computo (Anton. in Meliss.).

Oh! que Le Prophète royal jugeait sagement du monde, lorsqu'il disait : Seigneur, détournez mes yeux pour qu’ils ne s'arrêtent pas à la vanité : Averte oculos meos, ne videant vanitatem (oxvur. 31),

Vanité des vanités, tout est vanité : Vanitas vanitatum, et omnia vanitas ( Eccle. 1. 2).

Si les riches et les puissants pesaient cette sentence, dit saint Chrysostome, ils l’écriraient sur tous les murs, sur leurs vêtements, dans la place publique, dans leur maison et sur les portes ; car il y a beaucoup de faces à toutes choses et beaucoup de fausses apparences qui trompent ceux qui ne sont pas sur leurs gardes. Il faut done chaque jour s’incliner devant ce vers; il faut que dans lés repas et dans les réunions chacun dise à son voisin : Vanité des vanités, et tout est vanité (2).

Vanité, c’est-à-dire ombre fugitive, chose qui ne rassasie pas le désir, qui est de nul prix, et pleine de néant. Tout ce qu'il y a dans

(1) Septem sunt quæ non inveniuntur in hoc mundo : vita sine morte , Juventus sine senectute, lux sine tenebris, gaudium sine tristitia, pax sine discordia, voluntas sine injuria, regnum sine commutatione ( Collectan. ).

(2) Hunc versiculum si saperent qui in potentia versantur, in parietibus omnibus, et in vestibus suis scriberent, in foro, in domo , in ingressibus; quoniam quidem multæ sunt rerum facies, multæ imagines falsæ, quæ decipiunt incautos. Istud oportet quotidie salutare éarmen, et in prandiis, et in conventu, unumquemque proximo suo canere : quia vanitas vanitatum est, et omnia vanitas (Parænet, ad Eutrop.).

le monde est de peu de durée, de peu de valeur, futile, changeant, sujet à la corruption, faux et séduisant,

Tout ce qu’il y a dans le monde est appelé par l’Ecriture vanité des vanités, pour trois raisons principales : 1° parce que toute créature comparée à Dieu, au Créateur, qui est l’océan de l'être et de toute perfection, est comme un néant... ; 2 parce qu'aucune chose créée ne peut rendre l’homme heureux, ni rassasier ses désirs qui sont immenses... ; 3 parce que l’homme, dans sa folie, abuse de toutes les choses créées pour la vanité, c’est-à-dire s’en sert pour satisfaire ses vaines concupiscences, qui le conduisent rapidement à la mort temporelle et éternelle...

Les riches du monde ont dormi leur sommeil, dit le Psalmiste, et tous, au réveil (au réveil de la mort), n’ont rien trouvé dans leurs mains : Dormierunt somnum suum, et nihil invenerunt omnes viri divitiarum in manibus suis (Lx. 6). à

Les pensées des mortels, dit Philon, ressemblent aux rèves ; elles vont, elles viennent, elles se présentent, elles s’éloignent ; on veut les saisir, elles ont fui (Lib. T de Joseph.).

Ne vous mettez pas à la poursuite des choses vaines, dit l’Ecriture : Nolite declinare post vana (1. Reg. xtr. 21 ). En comparaison des biens éternels, tout est vain, dit saint Grégoire, même les biens temporels; car tout ce qu’il y a d’heureux, d’agréable, de grand, de prospère

dans le siècle, est certainement vain, puisqu'on se le procure difficilement, et qu'on le perd vite. Les grandeurs du monde s’écroulent soudain, ses beautés passent, son bonheur et sa prospérité s’évanouissent. Au moment où l’on voit le monde entouré de toutes ses fleurs prodiguer ses caresses, un accident soudain le jette dans le trouble, ou la mort rapide le renverse et l’enferme dans le tombeau. Les joies du monde sont donc vaines, elles qui flattent ceux qui les aiment en leur promettant de durer, et qui les plongent dans la déception en passant rapidement (1).

Voulez-vous savoir quelles sont les vanités et les faussetés qui existent dans toutes les choses créées, et quel est leur nombre? on

(4) In comparatione æternorum bonorum , vana sunt omnia, etiam bona temporalia. Quidquid enim in hoc seculo lætum , delectabile , sublime , aut prosperum cernitur, vanum profecto est; quia difficile babetur , et cito amittitur. Repente quidem alta seculi corruunt, pulchra transeunt, læta et prospera evanescunt. Nam cum stare in his floribus suis mundus blandiens cernitur, repentina fortuna turbatur, aut festina deturbante morte concluditur, Vana ergo sunt gaudia seculi, quæ quasi manentia blandiuntur, sed amalores suos cito transeundo decipiunt (Lib. V in I Reg., ©, XII).

ne saurait les compter. Cependant il y en a douze qui dominent toutes les autres et qui sont contraires à autant de vérités et de biens réels qui sont en Dieu et au ciel : la première, c’est la pauvreté de toute eréature.. ; la seconde, c’est son inutilité, ce qui signifie que toute créature est boue et néant... ; la troisième, c’est son insatiabilité… ; la quatrième, sa courte durée... ; la cinquième, son instabilité. ; la sixième, sa fausseté... ; la septième, son insensibilité...; la huitième, son infidélité : en effet, tout nous trompe, et le champ, et la vigne, et l'arbre, etc... ; la neuvième, l’incertitude qui l’accompagne.….; la dixième, sa faiblesse. ; la onzième, le dégoût et le vide qu’elle laisse. ; la douzième, son terme, la mort. En un clin d'œil et d’un seul coup, tout prend fin, tout disparaît. Ainsi ceux qui aiment le monde ont reçu leur récompense, dit saint Augustin; pleins de vanité, ils n’ont eu que des choses vaines : Receperunt mercedem suam, vani, vanam (De Civit.).

Ce monde est une comédie qui finira par un dénouement tragique... Tout dans le monde est ténèbres et rève; quand le grand jour de Dieu paraîtra, tout s’évanouira.……..

C'était une ombre, dit saint Chrysostome, et elle a passé; une fumée, et elle s’est dissipée ; une toile d’araignée, et elle a été déchirée : Umbra erat, et pertransüt ; fumus, et dissolutus est ; aranee telæ, et discissæ sunt (In Psal.). |

Où est aujourd’hui le faste de Nemrod? Où est la puissance d’Assuérus, qui commandait à cent vingt-sept provinces? Qu’est devenue la gloire que Cyrus s’était préparée par tant de peines? Que sont devenus les trésors de Crésus? Où est Le règne brillant de Darius ? Où sont les innombrables armées de Xerxès ? Où se trouvent le vaste empire d’Alexandre, et l’immense puissance de Pompée, et la fortune invincible de César, et la grande monarchie d'Auguste? Que sont devenues les dégoütantes voluptés de Caligula, et le faste du cruel Néron ? Vanité des vanités, tout est passé, tout est retombé dans le néant. Où sont l’orgueil et la merveilleuse puissance de Sémiramis, la fatale beauté d'Hélène, les excessives voluptés de Cléopâtre, le bonheur de Livie, les parures d’Agrippine? Vanité des vanités, tout est vanité. Qu'est devenue la superbe Babylone, l’immense Memphis, Carthage la terreur de l'empire, Argos si illustre, la belle Corinthe, Sardes si riche, Rome la ville des triomphes et la reine de l’univers, Jérusalem la sainte? Vanité des vanités, tout est vanité. Que sont devenus les temples les plus fameux, les palais les plus splendides, les monuments les plus durables? Ce ne sont partout que des ruines. Vanité

des vanités, tout est vanité : Vanitas vanitatum, et omnia vanitas, I faut done renoncer à tout ce qui est dans le monde, et s’attacher à Dieu seul.

Vous aimez le siècle, dit saint Augustin, il vous engloutira : Amas seculum, absorbebit te (In Psal. ).

La volupté ment ; ce n’est pas un plaisir, mais une douleur et un tourment. L’abondance des richesses ment; ce n’est pas une abon- ‘dance, mais une privation des vraies richesses qui sont au ciel. Les honneurs mentent; ce ne sont pas des honneurs, maisun fardeau et le jouet du siècle...

Le vrai bonheur, dit saint Eucher, consiste à mépriser le bonheur du monde et à rechercher avec ardeur les choses divines , en négligeant celles de la terre : Vera beatitudo est seculi beatitudinem spernere, neglectisque terrenis, in divina flagrare (Epist. ad Valerian. ).

Sortons d'ici, dit saint Grégoire de Nazianze ; devenons hommes, renonçons aux songes, allons au delà des ombres. Disons adieu aux trônes, aux grandeurs, aux richesses, à l’éclat ; tout cela n’est que vile et méprisable gloriole, que jeux du grand théâtre du monde, que bagatelles et comédie (1).

J'ai vu que le rire est trompeur, dit l’Ecclésiaste, et j’ai dit à la joie : Pourquoi me séduis-tu vainement? Risum reputaui errorem, €, gaudio dixi : Quid frustra deceperis? (x. 2.)

Ceux qui pleurent pour des vanités pleurent en vain, dit saint Augustin; et ceux qui rient des vanités rient de leur propre malheur ; ils sont dans l’erreur, parce qu’ils se réjouissent où il faudrait s’affliger, et qu'ils rient où ils devraient pleurer. Ils ressemblent aux enfants qui jouent et rient même pendant que leurs parents meurent (2).

Néant du monde! L’homme, dit l’Ecclésiaste, est sorti nu du sein de sa mère , et il s’en retournera nu, n’emportant rien de ce que lui aura procuré son travail : Sicut egressus est nudus de utero matris suc, sic revertitur, et nihil aufert secum de labore suo (v. 14). O misère profonde! commeilest venu, il s’en ira. Et que lui reviendra-t-1l d’avoir tant travaillé pour du vent? (/bid. v. 15.)

(1) Migremus hinc, viri efficiamur, somnia projiciamus, umbras prætereamus. Yaleant throni, principatus, opes, splendores; vilis hæc et despicabilis gloriola, ac denique magnæ hujus scænæ ludicra, nugæque theatricæ ( Epist. Lynn).

(2) Qui plorant de rebus vanis, inaniter plorant; et qui rident de rebus vanis, de malo suo rident. Errant ; quia gaudent ubi dolere, rident ubi flere deberent. Sicnt infantes ludunt et rident etiam dum parentes eorum moriuntur (/n hæc verba Eccles.).

Les royaumes les plus florissants, avec leurs richesses et leur gloire, ne sont que du vent; ils s’attaquent, luttent les uns contre les autres et passent comme les vents ; ils sont terribles comme les tempêtes , et soudain ils disparaissent en poussière d'orage...

Tous les biens de ce monde sont trompeurs; ils ont l’apparence et non la réalité ; ils excitent la faim et la soif, maïs ils ne peuvent l’apaiser; ils sont l’amusement des yeux et non la nourriture de l’âme. La raison en est que l'âme a été créée à l’image de Dieu, et que par là elle est devenue capable de jouir d’un bien infini, c’est-àdire de Dieu ; elle a été faite pour Dieu, elle ne peut donc être satisfaite ni remplie par aucun bien fini, ombre et néant comme toutes les choses de la terre. Aussi à peine jouit-elle d’une chose, qu’elle en cherche une autre pour étancher sa soif. L'âme terrestre et charnelle ressemble au chien, qui, en dévorant le morceau de pain qu’on lui a jeté, en considère et en convoite un autre, Dieu seul est le vrai repos et le rassasiement de l’âme..……

Voyez, à homme misérable, dit saint Bernard , voyez que tout ce que vous faites en ce monde est vanité, folie, démence, excepté cela seul que vous faites en Dieu, pour Dieu, et en l'honneur de Dieu. Et vous aimez le monde, et vous abandonnez Dieu ! Celui qui aime le monde est toujours dans la détresse : vivre pour le monde, c’est la mort; seule l’âme qui est morte au monde vivra. Tandis que vous vivez dans votre corps, mourez au monde, afin qu'après la mort du corps, vous commenciez à vivre de Dieu (1).

Le pécheur qui cherche sa joie et son bonheur dans les créatures et non dans le Créateur , le place dans une ombre, dans un néant; mais que les ombres des créatures, dans les ténèbres de cette vie, paraissent grandes à l’homme aveugle ! Au coucher du soleil, les ombres qui descendent des montagnes s’allongent et deviennent colossales ; ainsi, quand Dieu disparait, les ombres que projettent les vanités de la terre s'étendent, et le mondain admire et recherche ces grandes ombres, qui cependant ne sont pas moins insaisissables que l’ombre ordinaire. Il imite le chien d’Esope, qui, voyant se refléter dans l’eau le morceau de viande qu’il portait à la gueule, l’abandonna pour saisir ce qui n’en était que l’ombre , et

(1) Vide, miser homo, quia totum est vanitas, totum stultitia , totum dementia quidquid facis in hoc mundo, præter id solum quod in Deum , et propter Deum, et ad honorem Dei facis. Et mundum diligis, et Deum relinquis ! Mundum qui diligit semper est in angustia : mundo vivere, mofs est; mundo anima mortua, vivet. Dum

vivis in carne, moriere mundo, ut post mortem carnis, Deo vivere incipias (Serm. de Miseria humana).

NÉANT DU MONDE. 397 perdit l’un et l'autre. Voilà à la lettre ce qui arrive aux mondains ; ils abandonnent la suprême vérité, le suprême bonheur qui est Dieu, pour saisir l’ombre, et ils n’ont ni Dieu ni l'ombre : tout leur échappe. ….

L’étable de Bethléem crie, la crèche crie, les larmes de Jésus naissant crient, les langes crient, la croix crie, le sang «le J. C. crie; et que disent-ils? ils prèchent l'humilité, la pauvreté , la pénitence, l’austérité de la vie et le mépris des richesses, des plaisirs et des grandeurs du monde. Voilà ce que J. G. n’a cessé de recommander depuis la crèche jusqu’au Calvaire, et non-seulement de bouche,

mais surtout d’action.

Enfants des hommes, s’écrie le Prophète royal, jusques à quand aurez-vous le cœur appesanti; pourquoi aimez-vous la vanité et cherchez-vous le mensonge? Fil hominum, usquequo gravi corde ; ut quid diligitis vanitatem, et quéæritis mendacium ? (iv. 3.) Les richesses du monde, ses pompes , ses plaisirs, ses honneurs, ses promesses sont vanité, néant : méprisez-les et ambitionnez les seules choses qui soient solides et désirables. Les richesses, les pompes, les délices, les honneurs, la gloire, le bonheur véritables sont au ciel, en Dieu ; et non sur la terre, dans des créatures...

La terre n’est qu’un exil...

Paul Orose, ami de saint Augustin, disait : J’use momentanément de la terre comme d’un exil; car la vraie patrie, la patrie que J'aime, n’est nulle part ici-bas. Je n’ai rien perdu là où je n’ai rien aimé ; et j'ai tout, quand celui que j'aime est avec moi. Il est le même envers tous; c’est lui qui m’éclaire et m’unit à lui (Teste S. Augustino }.

O homme, s’écrie saint Chrysostome , pourquoi cherchez-vous icibas des joies solides et durables ? Tout ce que vous voyez est périssable et de peu de durée : Quid , o homo, longa hic, quid solida gaudia queæris ? breve est et caducum quidquid hic vides (In Epist. ad Rom.).

Dans son chemin , il boira de l’eau du torrent, dit le Psalmiste : De torrente in via bibet (x.7). Un torrent, dit saint Augustin, représente le passage de la race humaine soumise à la mort. Comme un torrent se forme des eaux de pluie , se gonfle, fait fracas, court, et en courant passe, c’est-à-dire achève sa course, ainsi va le cours de la vie. Les hommes naissent, ils vivent, ils meurent; et tandis que les uns meurent, les autres naissent. Qu’y at-il ici-has qu’on puisse rendre stable? qu’y a-t-il qui ne décline avec rapidité et qui

Le monde est un exil, un instant , une continuelle mort,

Dans le monde tout change.

ne se rende dans l’abime, comme la réunion des eaux de la pluie se rend dans la mer ? (1)

L'homme passe comme la fleur de la prairie, dit l’apôtre saint Jacques (1. 10).

J'ai vu l’impie élevé au-dessus des cèdres du Liban, dit le Psalmiste ; j’ai passé, et il n’était plus; je l’ai cherché, et je n'ai même pas trouvé sa place : Vidi impium superexaltatum , et elevatum sicut cedros Libani; et transivi , et ecce non erat ; et quæsivi eum , ét non est inventus locus ejus (xXXxXVI. 35. 36).

Que l’homme donc, Seigneur, vive pendant un matin, comme l'herbe; qu’il fleurisse au matin , et qu’il accomplisse sa destinée; que le soir il tombe, durcisse ét se dessèche : Mane sicut herba transeat , mane floreat , et transeat ; vespere decidat , induret et arescät (Ps. LxxxIx, 6). L'homme est semblable au néant; ses jours déclinent comme l’ombre : Æomo vanitati similis factus est; dies ejus sicut umbra prætereunt (Psal. cxLuIr. 4).

Dans le monde tout change; Dieu seul est celui qui est + Ego sum qui sum (Exod. n1. 14); c’est-à-dire, Dieu seul est immuable : Je suis le Seigneur, et je ne change pas, dit-il : Ægo Dominus , et non mutor ( Malach. 11.6). Vous, Seigneur, vous êtes éternellement le même, dit le Psalmiste : Tu idem ipse es (or. 28).

Au contraire , le titre que pourrait porter l’homme , le monde et toute créature , est celui-ci : Je suis créé , et je change ; je change de corps, je change d’esprit, je change de volonté, je change de désirs et d'affection ; enfin , je suis dans un mouvement et un chan: . gement continuels. Etant dépendante , faible, imparfaite , altérée , mobile , la nature créée change constamment. Voilà pourquoi ceux qui mettent leur espérance et leur amour dans l’homme , ou dans quelque créature que ce soit, sont pressés d’une faim et d’une soif qu'ils ne peuvent apaiser; ils se trouvent assaillis de désirs et de craintes ; ils passent d’un sentiment et d’une alternative à l’autre, selon ces paroles de Jérémie : Jérusalem s’est enfoncée dans son péché; aussi a-t-elle perdu toute stabilité : Peccatum peccavit Jerusalem , propterea instabilis facta est (Lament. 1. 8).

(1) Torrens profluxio mortalitatis humanæ est; sicut enim torrens pluvialibus aquis colligitur, redundat, perstrepit, currit, et currendo decurrit , id est, cursum Bnit; sicut omnis iste cursus mortalitatis, Nascuntur homines, vivunt, moriuntur, et aliis morientibus, alii nascuntur. Quid hic tenetur ? quid hic non decurrit? quid non quasi de pluvia collectum est in mare, iñ abyssum? ( In hoc versic. Psal )

Voulez-vous , malgré votre faiblesse, être constant et immuable ? attachez-vous à la nature immuable et au bien solide, qui est Dieu. Dieu ne change jamais; les créatures ; elles, changent toujours : elles veulent , et bientôt elles ne veulent plus ; elles aiment, et bientôt elles haïssent; elles plaisent le matin, et déplaisent le soir. Aujourd’hui elles vous protégent, demain elles vous persécuteront et vous renverseront; aujourd’hui elles veulent, mais elles ne peuvent pas; demain elles pourront, mais elles ne voudront pas, Aujourd’hui elles sont élevées au comble de la fortune et des honneurs, demain elles seront dans la disette et au dernier rang; à l’heure présente elles vivent, dans un instant elles seront mortes...

Les nations sont troublées et les royaumes penchent vers leur ruine, dit le Prophète royal : Conturbatæ sunt gentes , et inclinata sunt regna (xuy7 à.

L'arrêt de mort du genre humain a été prononcé par l'Eternel, depuis bientôt six mille ans : Tu es poussière , et tu retourneras en poussière : Pulvis es, et in pulverem reverteris (Gen. tr. 19 à

Une voix m’a ordonné de crier, dit Isaïe; et j’ai répondu : Que crierai-je ? Toute chair est comme l'herbe , et toute sa gloire comme la fleur des champs. L’herbe s’est desséchée et la fleur est tombée :

Vox dicentis : Clama. Et dixi : Quid clamabo ? Omnis caro fœnum , et |omnis gloria ejus quasi flos agri, F'xsiccatum est fœnum et cecidit flos (x. 6. 7).

Méditées avec humilité, ces paroles rendent facile tout ce qui ést pénible et ardu ; elles détruisent tous les vices, font pratiquer toutes les vertus, et attirent toutes les grâces de Dieu...

Remarquez en passant combien peu de chose est le corps de l’homme , puisque le Saint-Esprit le compare à l’herbe et à la fleur des champs, qui ne durent que quelques jours.

Toute la splendeur du genre humain, honneurs, pouvoirs; richesses, est une fleur des prairies, dit saint Augustin : Zofus splendor generis humani , honcres, potestates, divitiæ, flos fœni est (In Psal. ax). Cette maison fleurit, ajoute ce grand docteur; elle devient une grande maison; cette famille fleurit; combien d'années vivent-elles? Tout ce qui est en vigueur, tout ce qui brille , tout ce qui est beau ici-bas , ne dure pas (1).

(1) Floret illa domus, et magna domus; floret illa familia; quam multis annis Yivunt? Quidquid ibi viget, quidquid ibi candet, quidquid ibi pulchrum est, nôn perennat ({n Psal. aix).

Dans le mondé tout disparait.

Vaines occupations du monde,

Que sont, sui la terre, les hommes les plus remarquables, dit saint Grégoire, sinon des fleurs des champs ? La vie présente est une fleur (Lib. XI Moral., ©. xxvI).

L’homme est une bulle de savon et la vie une pièce de théâtre... Les damnés comprennent cela, mais trop tard. À quoi nous a servi l'orgueil , disent-ils? que nous a procuré la vanité des richesses? Tout cela a passé comme une ombre , comme un navire qu’emporte le vent, comme un oiseau qui fend l'air , comme l'éclair. Oh ! qu'il voit juste celui qui , pendant la vie, s’occupe de pareilles pensées! Pourquoi , malheureux et aveugle mortel, convoitez-vous la position élevée de tel ou tel homme, puisque vous devez mourir demain, et peut-être aujourd’hui? Pourquoi la beauté de cette personne éveille-t-elle vos passions? Vous désirez-une fleur des champs qui dans quelques heures sera fanée; car, ne l’oubliez pas, omnis caro fænum. Pourquoi faire charger cette table de mets délicats? Pourquoi prendre tant de soin de votre chair ? Omnis caro fœnum.

O homme, souviens-toi que tu es terre , et que tu retourneras en terre : Memento homo quia pulvis es, et in pulverem reverteris.

O enfants des hommes, pourquoi aimez-vous la vanité et vous attachez-vous au mensonge (Psal. iv. 4). Pourquoi obéissez-vous aux convoitises de cette chair qui n’est que de l'herbe et de la cendre ?.…

Saint Jérôme dit excellemment : 0 misérable condition del’homme, tout le temps que nous vivons sans J. C. est un temps perdu! O maserabilis humana conditio ; et sine Christo vanum omne quod vivimus ! (Epitaph. Nepotiani. )

Faites attention , le monde s’en va, dit saint Augustin; faites attention ; le monde tombe ; et si vous voyez cela, prenez garde, car il entraine tout avec lui : Affende, quia fluit (mundus ) ; attende , quia labitur : el si attendas , quia fluit et labitur, cave quia trahit (In Psal, cix).

O mon Dieu, dit le Psalmiste, qu’ils soient comme une roue, comme Ja paille que le vent emporte : Deus meus pone illos ut rotam ; et sicul stipulam ante faciem venti (Lxxxir. 14).

Ils se confient au néant, dit Isaïe, et ne disent que des choses vaines; ils ont conçu le mal et enfanté l’iniquité; ils ont ourdi des toiles d’araignée : Confidunt in nihilo , et loquuntur vanitates : conce-

perunt laborem ; et pepererunt iniquitatem; telas araneæ texuerunt (zx. 4.5).

NÉANT DU MONDE. 401 Ourdir des toiles d’araignée , dit saint Grégoiré, c’est faire quoi que ce soit sous l'empire de la convoitise de ce monde : ces œuvres n'ayant aucune solidité, le vent de la vie mortelle ne manque pas de les emporter (1). Nous voyons l’araignée s’appliquer à travailler, à ourdir, à s’arracher les entrailles ; mais qu’ourdit-elle? une toile dégoûtante et sans consistance. Ainsi les hommes charnels et mondains travaillent constamment pour le monde, ils se fatiguent , s’exténuent, abrégent leurs jours ; et que font-ils? des toiles d'araignée, c’est-à-dire quelque chose de frivole, de vain, de périssable, que le moindre accident détruira : l'elas araneæ texuerunt. O marchands et ourdisseurs, qui travaillez sur le néant, sur ce qui passe en un clin d'œil; qui ourdissez des vices, et qui échangez des biens infiniment précieux et éternels contre des bagatelles et contre le fruit du péché; vous qui donnez le ciel pour la terre , l'âme pour le corps, la vertu pour le vice, le Créateur pour la créature, la liberté pour l'esclavage , le bonheur pour le malheur , la vie pour la mort; quel est votre déplorable aveuglement, votre stupidité et votre folie !.…, Au lieu d’imiter l’araignée, que ne prenez-vous pour modèle le ver à soie , dont l’œuvre est belle, utile et durable !.… Vous avez semé beaucoup , dit le prophète Aggée, et vous avez .peu recueilli; vous avez mangé, et vous n’avez pas été rassasiés ; vousavez bu, et vous n’avez pas été désaltérés; vous vous êtes vêtus, et vous ne vous êtes pas réchauffés : celui qui a amassé de l'argent, la mis dans un sac percé (2). 4 0 vaines occupations des mondains ! oh! si placés sur une haute montagne , nous pouvions voir la terre entière sous nos pieds, dit saint Jérôme, je vous montrerais des ruines sans nombre, les nations se heurtant contre les nations et les royaumes s’écrasant tour à tour vous verriez ceux-ci torturés, ceux-là mis à mort; ceux-ci engloutis dans les flots, ceux-là traînés en esclavage; ici des hoces et de la joie ; là le deuil et les gémissemnents : vous verriez les uns naître, les autres mourir; les uns comblés de biens, les autres dans la plus affreuse pauvreté et mendiant leur pain; et les armées , et tous les hommes qui habitent la terre et qui sont maintenant pleins de vie,

(1) Telas araneæ tetere, est pro hujus mundi concupiscentia, temporalia quælibet operari; quæ düm nulla stabilitate solidata sunt, ea procul dubio ventus vitæ mor= talis rapit (Lib. XV Moral.,.c. 1x).

(2) Seminastis multum, et intulistis parum ; comedistis, et non estis satiati: bibi stis, et non estis inebriati; operuistis vos, et non estis calefacti; et qui mercedes congregavit, misit cas in sacculum pertusum (1.6).

int. . 26

Le monde oublie ou prise peu tous les sacrifices que l'on fait pour lui.

Combien le monde est faible et méprisable; combien pénible est la vie qu'il

mène.

destinés à mourir dans un court espace de temps ( Æ'pist. 111 ad Heliod. ).

Le monde est dans un mouvement perpétuel : ses enfants vont et viennent , montent et descendent. Le travail des mains, le négoce, les voyages, les procès, les accusations, les défenses, les jugements, les querelles, les haines, les vengeances, etc. : voilà quelles sont leurs occupations. Ils construisent, démolissent, entassent projets sur projets , ete. Et au milieu de toutes ces agitations , aucun d'eux ne pense à Dieu , aucun ne se prépare à la mort...

Ics ont péri, dit le Prophète royal, et leurs cadavres ont engraissé la terre : Disperierunt, facti sunt ut stercus terræ (Lxxxi. 11).

Insensés qui ne voulez pas servir Dieu , vous poursuivez ce monde volage, méchant , cruel, ingrat, et il vous fuit. Vous vous sacrifiez pour lui, et il vous oublie; vous le flattez, vous le louez, et il vous méprise ; vous l’embrassez, et il vous immole..….

Voilà comment le monde récompense les siens. Vous lui donnez votre corps , votre âme, votre conscience, votre affection, le ciel et Dieus 11 vous rend en échange des douleurs, des humiliations , des déceptions, des chagrins, des larmes, le déshonneur, une mort affreuse, et enfin l’enfer éternel. Il n’a jamais donné, il ne peut donner autre chose à ses aveugles adorateurs !…

On trouve le service de Dieu trop pénible ; mais les sacrifices qu’il demande sont-ils comparables à ceux qu’exige le monde? Au reste, si le service de Dieu coûte quelque chose, la grâce ici-bas et la gloire dans le ciel, ne sont-elles pas d’amples déldommagements? Où sont au contraire les compensations qu’accorde le monde? Hélas! en échange des tortures qu’il inflige à ses créatures en cette vie, il leur assure, en l’autre, des tortures inexprimables et qui n’auront pas de finit

La vie dece monde est laborieuse, dit saint Grégoire ; elle est plus vaine que les fables, plus rapide qu’un courrier; elle repose sur l'instabilité , s’appuie sur la faiblesse , et n’a aucune force. Elle est une suite de résolutions inconstantes, d’agilations sans repos, de travaux sans relâche. Quel est celui que la douleur ne déchire pas, que les sollicitudes ne tourmentent pas, que la crainte ne terrasse pas? Les larmes suivent les rires , la tristesse accompagne la joie, une satiété pénible et sans charmes succède à la faim, et la faim, à la satiété. Durant la nuit, on désire le jour; pendant le jour; on

NÉANT DU MONDE. 403 soupire après la nuit; s’il fait froid, on voudrait de la chaleur ; s’il fait chaud, on demande de la fraicheur. Appétit et désir avant le repas; après, trouble, gène, engourdissement. L'indignation , la colère et une foule de passions tyranniques ne cessent d’agiter les hommes (Lib. VI Moral. ).

Il n’y a ni véritable courage, ni héroïsme parmi les mondains. La vertu les effraie; ils n’ont d'ardeur que pour le désordre et le crime...

Qu'est-ce que l’homme , même le plus fort, le plus riche, Je plus puissant, s’il abandonne la vertu , la religion et Dieu ; et si Dieu , la religion et la vertu l’abandonnent ? Il n’est qu'un composé de faiblesses, l’image de la folie, la proie des convoitises, des vices , des chutes, des rechutes , des tentations, des démons , du monde, dela

Chair , de la mort, de l’enfer, en un mot de toutes les misères temporelles et éternelles...

Les jours sont mauvais, dit le grand Apôtre : Dies mali sunt(Ephes. v. 16). C'est-à-dire, les jours de cette vie sont pleins d’angoisses , de douleurs, de tourments, de chagrins, de soucis , d’ennuis , de tristesse, de gémissements , de pleurs , de tentations , de dangers, dé malaises de tout genre...

Gette vie est si misérable, elle est exposée à tant de souffrances et de malheurs, que beaucoup de personnes préfèrent la mort à la vie : même quand celle-ci est très-courte, elle leur paraît encore bien longue. La mort est un refuge contre les innombrables afflictions d’ici-bas. Si l’on a vécu en bon chrétien, il ne faut pas redouter son arrivée, mais plutôt la désirer. Ceux qui aspirent à voir leur vie se prolonger devraient plutôt pleurer sur leurs années écoulées.

La terre est dans la tristesse et elle languit, dit Isaïe ; elle est couverte de souillures : Lurit et elanguit terra, obsorduit (xxx. 9).

Que nous crie le monde, qui nous cause chaque jour tant de douleurs, sinon de ne pas l'aimer? dit saint Grégoire : Mundus qui tot nobis quotidie dolores ingeminat , quid nobis aliud quam ne diligatur , clamat? (Lib. VI Moral.)

La vie présente, dit saint Augustin, est un pèlerinage fatigant ; elle est fugitive , incertaine , laborieuse; elle expose à toutes les souillures ; elle traine à sa suite tous les maux; elle est la reine des orgueilleux ; pleine de misères et d'erreurs. On ne doit pas l’appeler vie, mais mort. En effet, l’homme meurt à chaque instant, et ne cesse de changer que pour subir divers genres de mort.

Le monde est plein de souffrances et de malheurs,

Pouvons-nous appeler vie le temps que nous passons en ce monde? Qu’est-ce qu’une vie que les humeurs altèrent, que les douleurs épuisent, que les chaleurs dessèchent, qu’un souffle empoisonne, que les plaisirs dissolvent, que le chagrin consume , que l'inquiétude abrége, et dont le sentiment s’émousse par la sécurité ? ” Les aliments nous gonflent, les jeûnes nous exténuent, les richesses nous portent à la jactance et à l’ostentation, la pauvreté nous humilie, la jeunesse nous enorgueillit, la vieillesse nous courbe, la maladie nous brise, la tristesse nous accable. A tous ces maux succède l’implacable mort, et elle met tellement fin à toutes les joies de cette misérable vie, que lorsque celle-ci a cessé, on s’imaginerait volontiers qu’elle n’a jamais existé. Cette mort est vraiment la vie, et la vie une espèce de mort (Medit., c. xxt).

Je ne sais quel nom donner à cette triste vie, dit ailleurs le même Père, et s’il faut l'appeler une vie qui meurt ou bien une mort qui vit.

Ici-bas , la chair, le monde, le démon nous tentent tour à tour et souvent en même temps. Tantôt on est poursuivi par les scrupules ; tantôt on est victime de soupçons mal fondés et injurieux, de médisances, de calomnies, d’affronts, de reproches, de railleries et de haines, etc...

Méprisons donc la terre, dit saint Grégoire, et oubliant ou foulant aux pieds toutes les choses du temps, achetons les biens éternels : Despiciamus quæ terrena sunt ; relictis temporalibus, mercemur æterna (Homil. in Evang.).

Tout ce qu'ont désiré mes yeux, je Le leur ai donné, dit Salomon dans l’Ecclésiaste, et je n'ai pas défendu à mon cœur de goûter les plaisirs et de se complaire dans tout ce que j'avais préparé, et j'ai cru que ma part était de jouir du fruit de mes sueurs ; et lorsque je me suis tourné vers les ouvrages de mes mains, vers les travaux où je m'étais fatigué vainement, en tout cela j'ai vu vanité et afiliction d'esprit (4).

La couronne des rois eux-mêmes est pesante et épineuse; elle est faite de travail, de soucis, d'inquiétude , d’embarras , d’insomnies , de jalousie, de dangers, de tourments de toute sorte. Aussi le roi

(1) Omnia quæ desideraverunt oculi mei, non negavi eis : nec prohibui cor meurii quin omni voluptate frueretur , et oblectaret se in his quæ præparaveram : et hanc ratus sum partem meam, si uterer labore meo. Cumque me convertissem ad universa opera, quæ fecerunt manus meæ, et ad labores, in quibus frustra sudaveram , vidi in omnibus vanitatem et afflictionem animi (11, 10, 41).

Antigone disait-il à son fils : Ne savez-vous pas, mon fils, que notre pouvoir n’est qu’un noble esclavage? An non novisti, fili, nostrum regnum esse nobilem servitutem ? (Anton. in Meliss.

Les légions romaines pressant Saturnin de prendre la pourpre impériale, ce général leur répondit : Vous i ignorez, à soldats ! combien régner est pénible et dangereux. Le glaive menace Les tètes couronnées; elles n’apercçoivent que lances et que flèches. Les gardes eux-mêmes sont à redouter, et les amis sont à craindre. Celui qui règne ne prend pas sa nourriture quanil il veut, il ne va pas où il veul, il ne fait ni la guerre ni la paix selon qu’il le désire ; et combien vite tombent les royaumes et les rois ( Anton. in Meliss. ).

Le cardinal Bellarmin disait, en parlant de son élévation : Vous ne savez pas combien de longues épines sont cachées sous cette pourpre : Mescitis quantæ sub hac purpura lateant spinæ ! (ln ejus vita.)

La terre, dit saint Augustin, est la région des scandales, des tentations et de tous les maux, afin que nous gémissions ici-bas pour mériter de nous réjouir dans le ciel. Ici-bas les tribulations, dans le ciel les consolations. Ici-bas, dans cette région des morts, la douleur, la crainte, les gémissements et les soupirs (1).

.. Maudit soit, dit Jérémie, maudit soit l’homme qui se confie en l’homme (c’est-à-dire au monde), qui s’appuie sur un bras de chair, et dont le cœur s'éloigne de l'Eternel! H sera comme la bruyère dü désert; il ne verra pas venir de rafraichissement; mais il habitera au milieu de l’aridité des lieux incultes et solitaires, sur une terre couverte de sel et inhabitable (2).

Que les hommes cessent de mettre leur espoir dans les choses qui passent et de les aimer, dit saint Augustin : Desinant sperare et diligere temporalia (Lib de Civit.).

Malheur à moi, s’écrie le Prophète royal, car mon exil est prolongé ! Heu muhi, quia incolatus meus prolongatus est! (ax1x. 5.)

Ne descendons point au milieu du monde, mais cherchons le ciel,

. (4) Utique regio ista scandalorum est, et tentationum , et omnium malorum; ut gemamus hic, et mereamur gaudere ibi; hic tribulari, et consolari ibi. In regione mortuorum dolor, timor, gemitus et suspirium ( Ltb. Civit.). (2) Maledictus homo qui confidit in homine, et ponit carnem brachinm suum, et a Domino recedit cor. Erit enim quasi myricæ in deserto, et non videbit cum venerit bonum : sed habitabit in siccitate in deserto, in terra salsuginis et inhabitabili ( xvix. 5, 6).

Le monde est la région des iniquités,

Il faut s’éloigner du monde, et ne pas vivre comme lui.

406 NÉANT DU MONLE,

dit saint Chrysostome. Tant que les oiseaux se tiennent dans les airs, on ne les prend pas facilement ; tant que l’homme contemple Je ciel et qu'il s’y élève, ses ennemis ne peuvent le prendre facilement dans leurs filets ni dans leurs piéges. Le démon et le monde sont des chasseurs; plaçons-nous au-dessus d’eux pour ne pas être arrêtés ni mis à mort par eux. Celui qui s'élève vers Dieu , n’admire rien sur la terre. Vues du haut d’une montagne, les villes et les maisons paraissent petites, et les hommes semblables à des fourmis ; vues du haut des choses divines, les choses de la terre perdent de leur fausse grandeur; elles semblent petites et viles. De là, richesses, gloire, puissance, honneur, créatures, toul deviendra méprisable à nos yeux ( /omil XY ad pop. ).

ous voyons une foule de jeunes gens avoir plus de sens que

les vieillards, dit saint Bernard, et représenter un grand âge

par leurs bonnes mœurs; ils devancent le temps par leurs mérites, et compensent par leurs vertus ce qui manque à leurs années (1).

Celui qui plait à Dieu (dès la jeunesse) devient son bien-aimé, dit la Sagesse : Placens Deo factus est dilectus (1v. 10).

Quoique Tobie, dit l’Ecriture , fût le plus jeune de toute la tribu de Nephtali, sa jeunesse ne parut dans aucune de ses actions : C'umque esset junior omnibus, nihil tamen puerile gessit in opere (1. 4). Saint Bernard fait le même éloge de saint Malachie, évêque irlandais : Quoique bien jeune, Malachie, dit-il, agissait avec la gravité et les mœurs des vieillards ; il n’avait rien de la pétulance de l’enfance : Agebat senem moribus , annis puer, exspers lasciviæ puerilis (In ejus morte ).

Voici une maxime de saint Augustin, qui mériterait d’être écrite en lettres d’or : Que votre vieillesse tienne de l’enfance, et votre ‘enfance de la vieillesse ; c’est-à-dire, que votre sagesse soit dépourvue d’orgueil , et votre humilité accompagnée de sagesse, afin que vous louiez le Seigneur maintenant et jusque dans l'éternité (2).

Ayant toujours craint Dieu dès son enfance, et gardé tous ses commandements, Tobie , dit encore l’Ecriture, ne s’attrista point et ne murmura point parce que Dieu Pavait affligé de la perte de la vue; mais il demeura ferme dans la crainte de Dieu, lui rendant grâce tous les jours de sa vie (3). :

Voyez , dans le second livre des Machabées, l'exemple des sept frères qui, dès leur jeunesse, donnèrent leur vie pour Dieu, et

(1) Multos juniorum videmus super senes intelligere , et moribus antiquare dies, prævenire tempora meritis, et quod ætati deest , compensare virtutibus ( Serm. in Psal.).

(2) Sit senectus vestra puerilis, et sit pueritia senilis ; id est, ut nec sapientia vestra sit cum superbia, nec humilitas sine sapientia, ut laudetis Dominum ex hoc nunc et usque in seculum (Sentent.).

(3) Nam cum ab adolescentia sua semper Deum timuerit, et mandata ejus custodierit, non est contristatus contra Deum, quod plaga cæcitatis evenerit ei; sed immobilis in Dei timore permansit , agens gratias Deo omnibus diebus vite suæ (ur. 13. 14),

Combien est estimable celui qui sert Dieu dès la jeunesse,

Il est facile de servir Dicu dès la jeunesse.

subirent un douloureux martyre... ( vi, ) Combien d’autres ont tenu la mème conduite !... Quoi de plus doux et de plus beau aux yeux de Dieu, des anges et des hommes, que la vue d’un jeune homme ou d’une jeune personne qui passent cet âge dans la modestie, la pureté, la sagesse , la prudence, l’obéissance , humilité, la prière et la piété? O spectacle ravissant, d'autant plus doux qu’il est aujourd’hui plus rare!

L’éroous et les circonstances les plus favorables pour la greffe sont le printemps et le vent chaud du midi. La greffe spirituelle réussit merveilleusement au printemps de la vie, à Pâge où les sentiments sont dans leur fleur, et quand le Saint-Esprit fait sentir le souffle brûlant et sacré de son amour; car la jeunesse ressemble à un jeune tronc : elle est flexible et recoit facilement la greffe divine qui, nourrie de la séve de la grâce, forme un arbre fertile, l'arbre de vie. Jeunes gens, une voix, qui est la voix du Seigneur , vous dit : Ecoutez-moi, sujets divins, et fructifiez comme le rosier planté au bord des ruisseaux; répandez une odeur parfumée comme le Liban. Donnez vos fleurs comme le lis, exhalez une douce odeur , parez-vous d’un vert feuillage, faites entendre un cantique de louange et bénissez le Seigneur dans ses œuvres. Glorifiez son nom et rendez-lui témoignage par les paroles de vos lèvres (4).

Lorsque j'étais encore jeune , dit l’Ecclésiastique, j’ai recherché la sagesse par mes prières; je la demandais à Dieu dans le temple, et je disais : Je la chercherai jusqu’à la fin de ma vie; et elle a fleuri en moi comme une vigne qui produit des fruits précoces, et mon cœur s’est réjoui en elle. Mes pieds ont marché dans la voie droite. Je l’ai trouvée dès ma jeunesse; j'ai incliné un peu l'oreille, et je l’ai reçue (2). ,

La jeunesse est plus rapprochée de l’âge de l’innocence que toute autre époque de la vie ; elle est plus apte à recevoir les bonnesimpressions et plus prompte à faire une bonne action. C’est l’âge chéri de

(1) In voce dicit : Obaudite me , divini fructus, et quasi rosa plantata super rivos aquarum, fructificate, Quasi Libanus odorem suavitatis habete. Florete flores, quasi lilium, et date odorem , et frondete in gratiam, et collaudate canticum , ét benedicite Dominum in operibus suis. Date nomini ejus magnificentiam, et confitemini illi voce labiorum (Eccli. xxxrx. 17-20),

(2) Cum adhuc junior essem , quæsivi sapientiam palam in oratione mea. Ante templum postulabam pro illa, et usque in novissimis inquiram eam. Et effloruit tanquam præcox uva ; lælatum est cor meum in ea. Ambulavit pes meus iter rectum, a juventute investigabam eam, Inclinavi modice aurem meam , et excepi illam (L1. 18-21),

Dieu : Laissez venir à moi les enfants, disait J. C. : Sinite parvulos, et nolite eos prohibere ad me venire (Matth. xx. 14).

Saint Benoit recevait dans son ordre surtout les jeunes gens, afin que de bonne heure ils s’accoutumassent à l’austérité et à la discipline monastiques.

Autrefois on disposait les enfants , les jeunes et tendres vierges , aux tourments et au martyre. La mère dont il est parlé dans le second livre des Machabées et sainte Félicité en fournissent de beaux exemples. L’une et l’autre élevèrent saintement leurs enfants , et les conduisirent au supplice. Ainsi agit, sous le tyran Dunaan, roi d'Arabie, une. pieuse mère qui avait instruit et préparé au martyre son enfant encore à la mamelle. Cette femme héroïque fut enlevée à son nourrisson et condamnée à être brûlée vive. Ayant déjà le désir du martyre , l'enfant, qui avait cinq ans, pleurait en regrettant sa mère. Dunaan lui ayant demandé lequel il aimait mieux ou d’être avec lui dans un palais, ou d’être avec sa mère dans une chaudière embrasée , il repondit : Je préfère être avec ma mère , afin qu’elle me prenne pour me mener avec elle au martyre; car elle n’a cessé de m’exhorter à donner ma vie pour J. C. Et Dunaan lui demandant ce que c'était que le martyre, cet enfant répondit : C’estmourir pour J.C. afin de vivre de nouveau. —Qu’est-ce que J. C.? répliqua le tyran. — Venez à l’église, lui dit l’enfant, et je vous le montrerai. Dunaan cherchant de nouveau à le gagner par des flatteries et des promesses, cet admirable enfant lui dit : Arrètez-vous, à monstre , je cherche, je veux ma mère et non pas vous. Réuni à sa mère, il l’'embrassa et recut avec elle la couronne du martyre ( Hist. Evcles. ).

Ckux qui me cherchent de bonne heure , dès le matin de leur vie, me trouveront, dit le Seigneur : Qui mane vigilant ad me , invenient me (Prov. vu. 17).

Lorsqu'on est arrivé à une bonne vieillesse, on goûte les fruits recueillis pendant la jeunesse : la joie, la sagesse, l’autorité, le droit de conseil , l'honneur et l’espoir de la bienheureuse éternité, On a des fils et des petits-fils sages, prudents , graves et honorés..…. Au contraire, si la jeunesse a été mal employée, on recueille plus tard les chagrins , la tristesse, le mépris, le déshonneur et le désespoir , soit par suite de la vie criminelle qu’on a menée, soit par l’inconduite des enfants et des petits-enfants... Mon fils, dit le Seigneur, si ton jeune esprit est sage, mon cœur $e

Avantages que l'on trouve à servir Dieu

dès la jeunesse.

410 NÉCESSITÉ DE SERVIR DIEU LÈS LA JEUNESSE. réjouira avec toi : Fili mi, si sapiens fuerit animus tuus, gaudebit tecum cor meum ( Prov. xxttr. 15). Mon fils, dès ta jeunesse, recois l'instruction, et tu obtiendras la sagesse jusque dans tes dernier jours : ii, a juventute tua excipe doctrinam, et usque ad canos invenies sapentiam (Eccli. vi. 18). Approche-toi de la sagesse comme celui qui laboure et qui sème, et qui attend en paix sa moisson ; dans ce travail, il y a peu de fatigue, et tu te nourriras bientôt de ses fruits: Quasi is qui arat, et seminat, accede ad eam, et sustine bonos fructus illius ; in opere enim ipsius exiquum laborabis, et cito edes de generationibus illius ( Ibid. vr, 49. 20).

Cherchez la vertu durant votre jeunesse, dit l’Esprit-Saint, et vous la trouverez comme un fruit précoce ; vous serez comblé de bonheur (Æccli, Lr. 18-20).

Je me suis souvenu de vous, dit le Seigneur par la bouche de Jérémie; j'ai eu pitié de votre jeunesse et de mon amour pour votre âme, qui est mon épouse : Recordatus sum tui, miserans adolescentiam tuam , et caritatem desponsationis tuæ (11. 2). Je me suis souvenu, âme infidèle, et je vous ai rappelé votre premier âge, pendant lequel, moi votre Dieu , non point à cause de votre beauté , de votre sagesse , de vos richesses, ou de votre mérite, mais par pure miséricorde, je vous ai prise pour épouse, vous faible, pauvre et misérable, je vous ai attirée à moi, je vous ai protégée, je vous ai donné en dot le baptème, la science chrétienne, la grâce , etc. Je vous ai vêtue d’habits très-riches et très-précieux, d’ornements resplendissants, afin que vous me gardiez la fidélité que les épouses doivent à leurs époux...

Ilest bon à l’homme de porter le joug du Seigneur dès l’adolescence, dit encore Jérémie : Bonum est viro cum portaverit Jjugum Domini ab adolescentia sua (Lament, nr. 27). Porter le joug du Seigneur, c’est obéir à sa loi , à ses commandements; c’est se courber sous les obligations qu’impose le service de Dieu, être humble, doux et patient dans les adversités, ete...

Un vase, dit saint Jérôme, conserve longtemps l’odeur et la saveur de la première liqueur qu’on y a versée : Testa diu et saporem retinet el odorem , quo primum imbuta est (Epist. ).

Celui, dit saint Ambroise, celui qui a porté le joug du Seigneur dès les premières années et qui a soumis sa jeunesse au frein d’une sage modération , sera merveilleusement victorieux de ses passions ; il possédera la tranquillité et la paix; il dominera ses sens et les convoitises de la chair; il saura combattre les diverses

passions qui pourraient naître dans son cœur. Le joug puissant et aimable du Seigneur porte à désirer Dieu et à le chercher : quand on captive sous ce joug la jeunesse, qui est presque indomptable , tout devient délices ( Zn Psal. cxvur., serm. xIX ).

Cest par le joug de son service que Dieu dompte les jeunes gens, qu'il les maintient debout, les préserve des chutes dangereuses, les rend doux , les forme au bien et enfin les perfectionne. Il a coutume de l’alléger et d’y faire trouver la vraie félicité en comblant ceux qui le portent de grâces et de consolations spirituelles. J. C, le dit lui-même : Mon joug est doux, et mon fardeau, léger : J'ugum meum suave et onus meum leve (Matth. xI. 30).

Combien sage et généreuse est l’âme qui s’est instruite de bonne heure et qui a voulu se conserver vraiment libre, en s’astreignant au joug divin, ou qui gémit d’avoir passé quelques jours soustraite à cette discipline et à cet esclavage , principe de vie et de force! Elle veüt, cette âme héroïque, se soumettre et s’appliquer jusqu’à la mort au service du Seigneur , dans le silence , la patience, la résignation; ne secouant jamais ce joug, et évitant tout murmure; car l’âme qui cherche à s’en débarrasser ne le porte qu'avec peine; elle le traine et le déteste; il l’écrase alors, et elle perd tout mérite...

IL est très-utile et très-avantageux de s’accoutumer dès la jeunesse à la discipline, à la mortification, à l’austérité, à la patience, à la pratique de la vertu, en un mot, au service de Dieu. C’est ainsi qu’on assure son salut et qu’on devient un grand saint. Dès leur jeunesse, Samson et Samuel s’abstinrent de vin et de bière et furent consacrés Nazaréens. À peine âgé de deux ans, saint Jean-Baptiste se retira dans le désert, se revôtit d’un cilice, vécut de sauterelles et mérita d’être le précurseur et le martyr de J. G. Ce divin Sauveur commenca dès la crèche à pratiquer la pauvreté et l’obéissance, à mener une vie pénible, et à se préparer à la croix. Aussi dit-il, par la bouche de son prophète : J'ai été pauvre et dans le travail dès ma jeunesse : Pauper sum ego, et in laboribus a juventute mea (Psal, LXXX VII, 16).

J. C. aime l'enfance, qui le sert, dit saint Léon, cette enfance qu'il prit dans son âme et dans son corps. J. G. aime l’enfance, qui est un modèle d’humilité, d’innocence et de douceur. J. G. aime l’enfance, selon laquelle il forme les mœurs, à laquelle il ramène la vieillesse, et qu’il donne pour exemple à ceux qu'il appelle à entrer dans le royaume des cieux (/n Epiphan., n. 7).

Où trouver des avantages semblables à ceux qu’on rencontre dans

Il faut servir Dieu dès la jeunesse; car 40 cet âge passe vite.

le service de Dieu accepté dès la jeunesse? Servir Dieu dès la jeunesse, c’est conserver son innocence, sa pureté ; c’est plaire à Dieu; c’est garder en soi Dieu, sa grâce, toutes ses faveurs et toutes ses bénédictions ; c’est ne jamais perdre les précieux trésors du saint baptème, et demeurer fidèle aux engagements sacrés qu’on y a contractés ; c’est aller de vertu en vertu, et augmenter chaque jour et chaque année ses mérites et sa couronne; c’est garder la paix du cœur, et se préparer des consolations inexprimables; c’est assurer son salut; c’est rester le temple du Saint-Esprit, orné de tous ses dons; c’est se montrer un digne membre de J. C.; c’est être maître et vainqueur de lenfer, du monde et de soi-même; c’est commencer sur la terre la vie (les anges, et avoir un avant-goùt des délices ineffables de la cité céleste; c’est faire la consolation du Père, du Fils, du Saint-Esprit, de Marie, des anges, des saints, de l'Eglise, de la société et de sa propre famille ; c’est porter partout la bonne odeur de J. C., et engager les autres, par son exemple, à en faire autant, à éviter le péché, à pratiquer la vertu et à se sanctifier.

Heureuse, mille fois heureuse et pour le temps et pour l'éternité, la jeunesse qui sert le Seigneur de tout son cœur, de toute son âme, de toutes ses forces, et qui a le bonheur de persévérer dans ce doux

-et salutaire service !.…

Qu'esr-ce que la jeunesse? un âge qui passe comme la fleur, éclose le matin et fanée le soir; c’est une vapeur légère, un songe, une goutte de rosée au lever du soleil, le vol d’un oiseau, un éclair...

Que sont tous les âges pris séparément ? qu’est même la vie entière surtout si on la compare à l'éternité?

Et combien de personnes dont la jeunesse est le dernier âge! Combien qui seront forcées de dire avec Ezéchias, roi de Juda : Au milieu de mes jours, je descends aux portes du tombeau... ; ma vie a été roulée tout à coup comme une tente de berger; elle a été coupée comme la trame du tisserand. Tandis que je croissais encore, votre main, Seigneur, m'a retranché ; du matin au soir vous m’avez présenté ma fin. J’espérais vivre jusqu’à l’aurore, mais le mal a brisé mes os comme l’eût fait un lion (Isai. xxxviir. 40-13).

On peut dire de plus d’un homme ce que Jérémie disait du peuple de Jérusalem : Le soleil a disparu pour lui, dès le milieu du jour : Occidit ei sol, cum adhuc esset dies (xv. 9

Pourquoi la mort a-t-elle frappé prématurément ce jeune homme

vertueux? En voici la raison : Celui qui plait à Dieu, dit la Sagesse,

devient son bien-aimé; vivant au milieu des pécheurs, il a été transporté dans un lieu meilleur : Placens Deo factus est dilectus, et vivens inter peccatores translatus est (1. 10). I] a été enlevé, de peur que le mal ne changeât son intelligence, et que l'illusion ne décüt son cœur : aptus est ne malitia mutaret intellectum ejus, aut ne fictio deciperet animam illius (Id. 1v. 11). Car la fascination qu’exercent les frivolités obscurcit les biens, et l’inconstance des désire égare l’homme sans malice (/d. iv. 12). Consommé en peu de jours, il a rempli une longue carrière : Consummatus in brevi, explevit tempora - mulla (Id. 1v. 13). Son âme était agréable à Dieu ; c’est pourquoi il s’est hâté de le retirer du milieu des iniquités. Mais les peuples voient èt ne comprennent pas; ils ne mettent point en leur cœur cette pensée : Que la grâce et la miséricorde du Seigneur descendent sur ses saints, et son regard sur ses élus. Le juste mort condamne les impies vivants; et une jeunesse rapidement accomplie, la longue vie du méchant (/d. 1v. 14-16).

Pourquoi la mort frappe-t-elle non moins prématurément ce jeune homme corrompu et impie ? Dieu a ses secrets insondahles; il faut les adorer en silence... Mais cependant il est permis de dire qu’il est abattu à la fleur de l’Âge : 1° en punition de sa vie criminelle... ; 2 pour qu'il n’allonge pas davantage la chaîne de ses iniquités, et . qu'il n’augmente pas Le terrible compte qu’il a déjà à rendre à Dieu...; 3° pour mettre fin aux scandales qu’il donne...; 4° pour servir d'exemple à ceux de son âge : aux sages, afin qu’ils persévèrent; aux coupables, afin qu’ils se convertissent..; 5° pie qu il était mür pour l’enfer!.…

La brièveté de la jeunesse dit à haute voix aux jeunes gens qu’il y a nécessité pour eux de consacrer cet âge au service de Dieu...

Vore vieillesse sera semblable aux années de votre jeunesse, dit le Seigneur : Sicut dies juventutis tuæ, ita et senectus tua (Deuter. XXXIII. 25).

L’adolescent, disent les Proverbes, suivra la voie dans laquelle il s’est engagé, et1l n’en sortira pas même lorsqu'il sera devenu vieux : Adolescens juxta diam Suam, etiam cum senuerit, non recedet ab ea (xx 6)

Les os de l’impie, dit Job, seront péñétrés des vices de la jeunesse, et ils dormiront avec lui dans la poussière du tombeau : Ossa ejus implebuntur vitüs adolescentiæ ejus, et cum eo in pulvere dormient (TT).

Il faut servir Dieu dès la jeunesse; car, 20 telle la jeunesse, tels sont les âges qui la suivent.

Il faut servir Dieu dès la jeunesse ; parce que,

30 cet âge est plus exposé au mal que les autres âges.

IL faut servir Dieu dès la jeunesse ; parce que, &o cet âge

apartient spécialement à Dieu.

Hi NÉCESSITÉ DE SERVIR LIEU DÈS LA JEUNESSE:

Le vieux vase, dit un poëte, conserve l'odeur de la liqueur qu’il a reçue étant neuf :

Quod nova testa bibit, inveterata sapit.

La jeunesse, dit saint Basile, est très-légère et elle incline facilement vers le mal : elle est exposée aux convoitises indomptées et sans frein, aux colères cruelles et féroces , à l’incontinence de la langue, à Pinsolence qui outrage, à l’arrogance, et au faste qui nait de l’orgueil. Des essaims de vices innombrables se pressent autour d’elle et lui font cortége (1).

La jeunesse est un âge plein d’ignorance, d’inexpérience, de faiblesse et de présomption. Le démon fait à la jeunesse une guerre plus vive qu'aux autres âges, pour quatre raisons principales : la première est qu’il sait que Dieu aime d’un amour privilégié les jeunes gens pieux c’est pourquoi il met tout en œuvre pour enlever à Dieu la ravissante fleur de l’âge et de la vertu. ; la seconde est que par ce moyen il engage dans la voie du crime tous les autres âges. ; la troisième est que les jeunes gens sont plus faciles à séduire, et qu’une fois pris dans ses filets, ils ne peuvent presque plus les briser et en sortir.….; la quatrième est que, lorsqu'ils péchent, ils péchent immodérément..….

Le monde et la chair font aussi à la jeunesse une guerre plus cruelle qu'aux autres âges...

Puisque la jeunesse est exposée à tant de dangers, de passions, de tentations et d’ennuis, et qu’elle a d’ailleurs fort peu d’expérience, n’y a-{-il pas nécessité absolue de la consacrer au service de Dieu, afin de ne pas faire un irréparable naufrage ?...

Tous les âges appartiennent au souverain maitre de toutes choses j mais la jeunesse surtout doit être à Dieu, Les jours de la jeunesse sont les prémices de la vie ; or, les prémices ont toujours été offertes au Seigneur... Les belles fleurs du printemps, et surtout les premières, sont toujours les plus agréables, les plus odoriférantes, celles qu'on préfère et qu'on choisit pour les offrir à celui que l’on aime. La jeunesse est la plus belle fleur du jardin du Seigneur; elle doit donc lui être consacrée.

(1) Adolescentia levissima est, et ad flagitia mobilis ; ceu sunt indomite et eflræ: nes concupiscentiæ , belluinæ ct immanes iræ, linguæ incontinentia, contumeliæ, arrogantia, fastus ex animi elatione. Examina innumerabilium vilior um se agglomcrant et adjungunt juventuti (Homil. in Psal.).

NÉCESSITÉ DE SERVIR DIEU DÈS LA JEUNESSE, 415 C'est à la fleur de l’âge que J. C. a donné sa vie pour le salut du monde; il convient d’employer cette époque de la vie au service der"... à Notre jeunesse n’est pas à nous ; la ravir à J. C., c'est un vol que nous lui faisons...

La plupart des jeunes gens s'engagent dans une voie fausse; ils disent : Je donnerai ma jeunesse au plaisir, et ma vieillesse à la pénitence ; ma jeunesse au repos et aux passions, et ma vieillesse au travail du salut et à la vertu; ma jeunesse à la chair, au monde, au démon, et ma vieillesse à mon âme et à Dieu... Quoi de plus dangereux et de plus honteux que de donner au démon la fleur et le fruit de la vie, et à Dieu ses derniers débris! Quoi de plus iniserisé que de consacrer à l’oisiveté, à la mollesse une jeunesse apte au traväil, et d’astreindre à un labeur inaccoutumé une vieillesse faite pour le repos! Comment se conduit l’homme prudent qui vit selon le siècle? il dit : Il faut que, dans.la force de l'âge, je travaille à me procurer des ressources afin de passer tranquillement mes vieux jours. Et pourquoi ne pas faire de même quand il s’agit de l’âme ?.…., Quel effroyable danger que de s'abandonner au désordre, sous la vaine et incertaine espérance d’une longue vie d’abord, puis du * temps nécessaire à la pénitence !.… Il appartient à la jeunesse de préparer, à la vieillesse de jouir, dit Sénèque : Juvent parandum, seni utendum (Prov.). Offenser Dieu dans la jeunesse, l’abandonner et l'oublier! c’est une grave imprudence et une noire ingratitude. Quoi, s'écrie Jérémie, vous avez abandonné le Seigneur votre Dieu au jour où il vous guidait dans la route! Vous avez abandonné la source d’eau vive pour boire une eau dégoûtante, l’eau troublé du fleuve du monde et des passions! Votre malice vous accusera, et votre haine s’élèvera contre vous. Comprenez et voyez combien il est funeste et amer d’avoir abandonné le Seigneur votre Dieu, et de n'avoir plus sa crainte près de vous, dit le Seigneur Dieu des armées, Dès le commencement vous avez brisé mon joug, vous avez rompu mes liens, et vous avez dit : Je n’obéirai pas (1).

(1) Dereliquisti Dominum;Deum tuum eo tempore, quo docebat te per viam ! Et nunc quid tibi visin via Ægypti, ut bibas aquam turbidam, aquam fluminis? Arguet te malitia tua, et aversio tua increpabit te. Scito, et vide, quia malum et amarum est reliquisse te Dominum Deum tuum, et non esse timorem mei apud te, dicit Dominus Deus exercituum. Confregisti jugum meum, rupisti vincula mea, et dixisti: Non serviam (Jerem. 11. 17-20).

Combien il est honteux de perdre sa Jeunesse,

Combien sont nombreux ceux qui perdent leur jeunesse.

Châtiments réservés à ceux qui ne servent pas Dicu dès la jeunesse.

Lz feu des passions a dévoré les jeunes gens, dit le Psalmiste : Juvenes comedit ignis (LxxvIr. 63). Hs se sont égarés dès leur naissance; dès le sein de leur mère, ils se sont complu dans l'erreur : Alienati suné peccatores a vulva, erraverunt ab utero (Psal. vit. 4).

La plupart des jeunes gens ont vu la lumière, dit Le prophète Baruch, et ils ont vécu d’une vie charnelle; ils ont ignoré la voie de la sagesse, ils n’ont pas connu ses sentiers etils ne l’ont pas reçue; elle s’en est allée (1).

Enfants, dit le Seigneur, jusqu'à quand aimerez-vous l'enfance? Jusqu'à quand les insensés désireront-ils ce qui leur est nuisible, et les imprudents haïront-ils la science? Usquequo parvuli diligitis infantiam, et stulti ea, quæ sibi sunt noxia, cupient, et imprudentes odibunt scientiam ? (Prov.1. 22.) Jusqu'à quand détesterez-vous la science de la vertu et du salut, et chérirez-vous les frivolités, les jeux, la perte du temps, le péché et la mort? Ge que vous n'avez pas amassé dans votre Jeunesse, dit l’Ecclésiastique, comment le trouverez-vous dans votre vieillesse? Quæ in juventute tua non congregasti, quomodo in senectute tua invenies? [ XXV. 5.)

Hélas ! où sont les jeunes gens qui ont conservé leur innocence ? où sont les jeunes gens humbles, modestes, chastes, dociles, sages et édifiants ? Combien le nombre en est petit, et combien est grand, au contraire , le nombre de ceux qui ont perdu ces trésors et ces belles vertus !..

Risoussez-vous dans votre adolescence, jeune homme, dit l'Ecclésiaste, marchez dans les voies que préfère votre cœur et selon le regard de vos yeux pervers, et sachez que pour toutes ces choses Dieu vous appellera en jugement : Lætare, juvenis, in adolescentia tua, ambula in vis cordis tui, et in intuitu oculorum tuorum : et scito quod pro omnibus his adducet te Deus in judicium (xr.9 ).

Les enfants, dit Jérémie, ont été entraînés en captivité devant la face du dominateur : Parvuli ducti sunt in captivitatem, ante faciem tribulantis (Lament. r. 5); c'est-à-dire devant la face du démon, selon que l’expliquent les interprètes.

Ils n’ont point abordé (dans leur jeunesse) la voie de la sagesse ; cest pourquoi ils ont péri, dit le prophète Baruch : Neque viam disciplinæ invenerunt : propterea perierunt (nr. 27).

(1) Juvenes viderunt lumen, et habitaverunt super terram : viam disciplinæ ignos<

raverunt, neque intellexerunt semitas ejus ; neque susceperunt éam ;. à facie eorum longe facta est (tir, 20, 91 );

Voici comment le Saint-Esprit peint, par la bouche de Job, les châtiments qui suivent une Jeunesse coupable : Seigneur, vous m'avez pénétré d’amertumes; vous voulez me consumer par les péchés de ma jeunesse : Seribis contra me amaritudines, et consumere me vis peccatis adolescentie meæ (xur. 26). Vous avez placé mes pieds dans des entraves, vous avez observé tous mes sentiers, et je serai dévoré comme le corps que dévore la gangrène, comme le vêtement qui est rongé par les vers (/d. xur. 27. 28).

Par ce qui précède, on voit que Dieu menace de cinq malheurs et châtiments la jeunesse désobéissante et impie : 40 du pire des esclavage, celui du démon... ; 2 de l’amertume du remords. ; 3° d’une ruine totale... ; 4° d’une mort affreuse.… ; 8° d’un jugement formidable..…..

Quel horrible malheur que de perdre l’innocence, le bel âge, la vertu, son âme et Dieu! Quel formidable châtiment que d’être vendu au vice et au démon !

ÎL y a plusieurs moyens à prendre pour servir Dieu dès la jeunesse et se corriger de ses défauts : à

Premier moyen, l'observance de la loi de Dieu. Comment, Seigneur, dit le Prophète royal, comment la jeunesse redresse - t-elle ses voies? en gardant vos préceptes : Zn quo corrigit adolescentior viam ‘suam? in custodiendo sermones tuos (exvur. 9). ”

Second moyen, le souvenir de Dien. Souvenez-vous de votre Créateur , aux jours de votre jeunesse , dit l’Ecclésiaste : Memento Creatoris tui in diebus juventutis tuæ (xx. 1).

Troisième moyen, la crainte Dieu. Tobie apprit à son fils à crain: dre Dieu dès l’enfance, et à s'abstenir de tout péché : Filium ab infantia timere Deum docuit , et abstinere ab omni peccato (1. 10).

Quatrième moyen, la prudence, Sortez de lenfance et vivez, et marchez dans les voies de la prudence, disent les Proverbes : Relinquite infantiam , et vivite ; et ambulate per vias prudentiæ (1x. 6).

Cinquième moyen, l'instruction chrétienne. Mon fils, dit l’Ecclésias: tique, recevez l'instruction dès votre jeunesse, el vous trouverez la sagesse jusqu’à l’âge où les cheveux deviennent blancs : F'ili mi, in Juventute tua; excipe doctrinam, et usque ad canos invenies sapientiam (vr. 48). £

Sixième moyen, mettre Dieu au-dessus de tout, etse rappeler qué l'âme est le trésor le plus précieux qui ait été confié à l’homme...

Septième moyen, aimer la bienheureuse Vierge Marie de tout soi

lit. 27

Moyens à prendre pour * servir Dieu

dès la jeunesse, et se corriger de ses défauts.

cœur, comme la mère du Fils de Dieu ; se recommander à elle tous les jours, et n’en pas passer un seul sans l’honorer par quelque pratique spéciale.

Huitième moyen, ne jamais garder sur sa conscience un péché mortel; mais se repentir chaque jour des fautes que l’on a commises, et les confesser au plus tôt...

Neuvième moyen, penser souvent à la mort; penser qu'après la mort, si on a été sage dès sa jeunesse, on sera éternellement avec Dieu et ses anges; qu’au contraire, sion oublie Dieu à l'aurore de la vie, on est très-exposé à brûler éternellement avec les démons dans l'enfer...

Dixième moyen, se respecter soi-même, soit en public, soit en particulier.….

Onzième moyen, faire toutes ses actions comme si l’on était sous les yeux de personnes respectables..….

E nom de Jésus veut dire sauveur et rédempteur. En langue hébraïque , dit saint Epiphane, Jésus signifie, celui qui guérit ou médecin et sauveur : Jesus, hebræa lingua , curator appella-

tur, aut medicus et salvator ( De Christo ).

L'ange Gabriel donne lui-même ce sens au nom de Jésus, quand il dit à Joseph : Joseph, fils de David , ne craignez point de prendre Marie pour votre épouse, car ce qui est né en elle est du Saint-Esprit. Elle enfantera un fils, et vous lui donnerez le nom de Jésus : parce que lui-même délivrera son peuple de ses péchés : Vocabis nomen us Jesum; ipse enim salvum faciet populum suum a peccatis eorum (Matth. r. 20. 21).

Il n’y a pas de salut en aucun autre que J. C. de Nazareth, dit l’apôtre saint Pierre, ni sous le ciel aucun autre nom donné aux hommes , par lequel nous devions être sauvés : £'£ non est in alio aliquo salus, nec enim aliud nomen est sub cœlo datum hominibus , in quo oporteat nos salvos fieri ( Act. 1v. 12),

Mon nom est nouveau, dit J. C. dans l’Apocalypse : Nomen meum novum (ur. 12). Le nom dont il s’agit iei est celui de Jésus ; c’est ce nom qu’il reçut à la circoncision.

SEIGNEUR , disait Jacob mourant, j’attendrai votre salut : Salutare tuum exspectabo, Domaine (Gen. xuix. 18). Je me réjouirai dans le

Seigneur, dit le prophète Habacuc, je tressaillirai de joie dans Jésus j

le Dieu de mon salut : £'go autem in Domino gaudebo , et exsultabo in Deo Jesu meo (1n1. 18).

Ecoutez maintenant Isaïe : Cieux , s’écrie-t-il, versez votre rosée ; que les nuées envoient le juste comme une pluie biénfaisante ; que la terre s’ouvre et qu’elle enfante le Sauveur : Rorate cœli desuper , et nubes pluant justuin; aperiatur terra et germinet Salbatorem (x1v: 8):

Div a élevé le Christ, dit le grand Apôtre, et il lui a donné un nom qui est au-dessus de tout nom : afin qu’au nom de Jésus tout genou fléchisse au ciel, Sur la terre et dans les enfers : Z'raltavit illum , et dünavit illi homen quôd est super omne nomen, ut in nomine J'esu omne

Que signifle le nom de Jésus ?

Ce nor divin avait été annoncé par es prophètes:

Combien le nom de Jésus est grand, respectable et adorable.

genu flectatur , cœlestium , terrestrium, et infernorum (Philipp. ir. 9. 10).

Le Père éternel a donné au Christ 40 le nom de Dieu et dè Fils de Dieu :0r, le nom se prend pour la chose qu'il signifie; le nom de Dieu, c’est donc Dieu lui-même, c’est la divinité. 2 Dieu a donné au Christ le nom de Jésus, c’est-à-dire la renommée et la glorification de ce nom, afin qu’en qualité de Messie et de Sauveur, Jésus füt connu , nommé en tous lieux et à jamais, et célébré sur la terre, au ciel et jusque dans les enfers. 30 Par son humilité et son obéissance jusqu’à la mort, le Christ a mérité le nom sublime de Jésus, qui est le titre de sauveur et de rédempteur; et par la mort de la croix, il est en effet devenu le sauveur et le rédempteur du monde.

Le nom de Jésus est un nom au-dessus de tous les noms. Il n’y a pas sous le ciel un autre nom donné aux hommes , par lequel nous devions être sauvés (Act. 1v. 12). La raison en est que le nom de Jésus est le nom propre du Verbe incarné. Ainsi le nom de Jésus signifie toute l’économie de l’incarnation du Christ et de la rédemption dans lesquelles, plus que dans aucune des autres œuvres de Dieu, brillent et s’unissent la sagesse de Dieu, sa puissance , sa bonté, sa majesté, et tous ses divins attributs. Qu'est-ce en effet que J. C., sinon la suprême majesté, le suprème amour par lequel nous arrivent et nous sont donnés le salut, la grâce, la gloire, tous les biens du corps et de l’âme , tant en cette vie que dans la vie future et bienheureuse, durant toute l'éternité? 1] suit de là que le nom de Jésus est d’une manière absolue plus grand, plus saint, plus vénérable , que ne l’est le nom de Dieu lui-même , le nom de Jéhovah. En voici la raison fondamentale : Jéhovah signifie Dieu comme créateur et seigneur ; maisJésus signifie Dieu comme sauveur etrédempteur. Et comme le bienfait et l’œuvre dela rédemption sont une œuvre et un bienfait plus grands que la création , ainsi le nom de Jésus ou de sauveur est plus grand, plus saint, plus vénérable que ne l’est le nom sacré de Jéhovah ou de créateur. Ce qui fait dire à l'Eglise, d’après saint Grégoire : La naissance de l’homme n’était rien sans la rédemption : Nohil nasci profuit, nisi redemi profuisset (Exsultet jam , etc., in benedict. cerei paschalis). Ajoutez que le nom de Dieu rédempteur renferme le nom de Dieu créateur, tandis que le nom de Dieu créateur ne renferme pas le nom de Dieu rédempteur; car la rédemption présuppose la création, et la création ne présuppose pas la rédemption. Voulez-vous mieux comprendre cette merveille? Ecoutez : Le nom de Jéhovah signifie celui qui est ; il est en réalité et par

essence le même que celui que s’est donné Dieu quand il a dit à Moïse: Je suis celui qui suis : Zgo sum qui sum (Exod. 111. 14 ); Jésus signifie celui qui crée et qui sauve ceux qui sont perdus, qui les vivifie, les justifie, les béatifie, les déifie. Jéhovah est la source et le principe de l'être; Jésus est la source et le principe de la grâce , du salut et de la gloire. Jéhovah est le vainqueur, le dominateur de Pharaon et de l'Egypte; Jésus est le vainqueur, le dominateur du démon et de l'enfer. Jéhovah est le législateur des Juifs, l’auteur de l'Ancien Testament; Jésus est le législateur de tous les chrétiens, l’auteur du Nouveau Testament. Jéhovah conduit à travers la mer Rouge les Hébreux dans la terre de Chanaan ; Jésus, à travers les flots de son sang , dans lequel nous sommes baptisés et lavés, nous conduit au ciel.

Voilà pourquoi les pieux fidèles inclinent la tête ou font la génuflexion au nom de Jésus , ce qu’ils ne font pas en prononcçant ou en entendant prononcer le nom de Jéhovah. Celui qui insulte et blasphème le nom de Jésus, pèche plus grièvement que celui qui insulte et blasphème le nom de Dieu.

Comme le nom de Jésus est le propre nom du Verbe incarné, il renferme et surpasse tous les autres noms du Christ; tellement qu’il est le nom au-dessus de tous les noms : Vomen quod est super

“omne nomen (Philipp. 11. 9). IL faut donc qu’au nom de Jésus tout genou fléchisse au ciel, sur la terre, et dans les enfers: U# in nomine Jesu, omne genu flectatur, cœlestium, terrestrium, et infernorum (Philipp. 11. 10).

Tout genou doit fléchir au nom de Jésus, c’est-à-dire tous les êtres doués d'intelligence doivent adorer ce saint nom...

Le ciel révère et adore le nom de Jésus, parce que c’est en ce nom que les anges ont été confirmés en grâce et en gloire. La terre le révère et l’adore, parce que c’esten ce nom qu’elle a été rachetée et sauvée. L'enfer frémit en l’entendant {prononcer , et il le respecte , parce que celui qui le porte est le vengeur des lois divines, le juge et le maître des démons et des réprouvés.

Que toute langue, dit le grand Apôtre, confesse que le Seigneur J. C. est dans la gloire de Dieu le Père : Omnis lingua confiteatur quia Dominus Jesus Christus in gloria est Dei Patris (Philipp. 11. 11).

Ces paroles signifient que, comme Dieu, Jésus a l’essence, la gloire, la majesté et la puissance de son Père, et que, comme homme, il a été élevé à la droite de son Père et placé au-dessus de tous les hommes et de tous les anges; qu'il participe de si près et à un si

Combien le divin nom de Jésus est précieux, Consolant, puissant et avantageux

en tout.

haut degré à la gloire de son Père, qu’on peut dire en réalité qu’il est dans la mème gloire, et infiniment plus que tous les anges et tous les saints, qui, chacun à leur manière, sont aussi dans la gloire de Dieu le Père.

Que le nom de Notre-Seigneur J. C., dit saint Paul, soit glorifié en vous, et vous en lui, par la grâce de notre Dieu et du Seigneur J. C. : Clarificetur nomen Domini nostri Jesu Christi in vobis, et vosin illo, secundum gratiam Dei nostri, et Domini Jesu Christ (1. Thess. 1, 42).

O nom béni, s’écrie saint Bernard, huile précieuse répandue en tous lieux! Depuis combien de temps ce nom n'est-il pas vénéré au ciel, en Judée, et de là par toute la terre! L'Eglise élève la voix d’une extrémité à l’autre de l'univers, et dit : Votre nom, à Jésus, est une huile douce et suave répandue partout et pleinement répandue; elle ne remplit pas seulement le ciel et la terre, mais elle pénètre jusque dans les enfers; tellement qu'au nom de Jésus tout genou fléchit au ciel, sur la terre et dans les enfers. Que toute langue confesse et dise : Votre nom est une huile délicieuse versée abondamment en tous lieux (Serm. xv in Cant. ).

L'huile, continue le mème Père , éclaire , nourrit , adoucit ; elle entretient le feu, nourrit le corps, adoucit la douleur; c’est à la fois une lumière , un aliment et un remède. Voyez les mêmes effets merveilleux produits par le nom de Jésus. Annoncé, ce nom divin éclaire ; médité, il nourrit; invoqué, il adoucit et guérit. Etudions en détail chaque merveille : d’où pensez-vous qu’ait pu sortir, pour s'étendre sur l’univers , la lumière de la foi, si grande et si soudaine, sinon de Jésus annoncé, prèché, proclamé? N'est-ce pas par la lumière de ce nom que Dieu nous a appelés à son admirable lumière ? Nous éclairant , il a fait briller à nos yeux sa lumière dans la lumière que répandait le nom de Jésus? Paul dit avec raison: Autrefois vous étiez ténèbres, maintenant vous êtes lumière dans le Seigneur. Le nom de Jésus n’est pas seulement une lumière , il est encore une nourriture. N’êtes-vous pas fortifié chaque fois que vous rappelez dans votre mémoire ce précieux nom? Qu'est-ce qui me soutient autant qu’une pareille pensée ? qu'est-ce qui ranime aussi bien mes sens abattus par l’exercice et le travail? qu’est-ce qui affermit autant les vertus? qu'est-ce qui donne autant de vigueur aux mœurs bonnes jet honnêtes? qu'est-ce qui entretient autant les chastes affections? Toute nourriture de l’âme est sèche et

insipide , si elle n’est arrosée et pénétrée de cette huile si douce ; elle est fade, si elle n’est assaisonnée de ce sel céleste. Je ne goûte pas vos écrits , si je n’y lis pas le nom de Jésus. Je ne puis supporter vos raisonnements, ni vos entretiens, ni vos discours , Si le nom de Jésus n’y retentit pas. Jésus est du miel dans la bouche , une mélodie pour l'oreille, un tressaillement de joie pour le cœur : Jesus, mel inore, in aure melos, in corde jubilus. Enfin, le nom de Jésus est un remède. Quelqu'un d’entre vous est-il triste, affligé, souffrant? qu'il se jette dans le sein de Jésus, qu'il pénètre dans son cœur sacré, qu'il ait son nom sur la langue; et à l'apparition de cette lumière, de ce nom resplendissant , tout nuage s’évanouira , et l’air redeviendra serein. Quelqu'un tombe-t-il dans le crime, court-il se suspendre à la corde du désespoir ? le souffle de la vie lui sera rendu aussitôt qu’il aura invoqué ce nom vivifiant. Est-ce que jamais la dureté de cœur, la torpeur , née de la lâcheté , la corruption de l'âme, la langueur de la paresse, ont résisté à ce nom salutaire? Rien ne calme la violence de la colère et ne dissipe l’enflure de l’orgueil aussi bien que lui. Il guérit la plaie de l'envie, arrête l’épanchement de la luxure , éteint le feu de la passion infâme, étanche la soif de l’avarice et apaise l’excitation de tous les mauvais instincts qui pourraient enlever l’honneur. Car, lorsque -je nomme Jésus, ma pensée se - porte sur un homme doux et humble de cœur , bon, sobre , chaste, miséricordieux , en un mot, remarquable par toute pureté et toute sainteté. Je nomme le même Dieu tout-puissant qui, par son exemple et son secours incomparable, guérit et fortifie. Toutes ces merveilles sonnent à la fois pour moi, dans l’audition du nom de Jésus. Qu'il soit toujours dans votre cœur, toujours dans votre main ; que par ce précieux nom tous vos sentiments et toutes vos actions se dirigent vers Jésus , qu’elles l’aient pour principe et pour terme. Ne vous y invite-f-il pas lui-même , quand il dit dans le Cantique des cantiques : Mettez-moi sur votre cœur comme un sceau, comme un sceau sur votre bras : Pone me ut signaculum super cor tuum, ul signaculum super brachium tuum (vw. 6. — Serm. xv in Cant. ).

Redisons avec saint Pierre : Il n’y a pas de salut en aucun autre que J. C. de Nazareth , ni sous le ciel aucun autre nom donné aux hommes , par lequel nous devions être sauvés : Non est in alio aliquo salus , nec enim aliud nomen est sub cœlo datum hominibus , in quo oporteat nos salvos fieri (Act. 1v. 12). Mais par ce nom auguste, tous peuvent l'être...

Si vous invoquez Jésus , dit saint Chrysostome , le démon s’enfuit

soudain : Si Jesum invoces, repente diffugit dæmon (Homil. ad pop.).

Les démons redoutent ce nom qui les fait trembler, dit saint Justin; encore aujourd’hui, ils nous obéissent lorsque nous les adjurons au nom de J. C. crucifié : Æjus nominis potentiam dæmones tremunt et reformidant : hodie quoque illi per nomen Jesu Christi crucifixi adjurati, nobis parent (Homil. vu in Epist. ad Rom. ). Quelque part que soit le nom du Seigneur , ajoute ce même Père, tout y prospérera : Ubicumque fuerit nomen Domini, ibi prospera erunt omnia (Ut supra ).

Il n’y à que deux noms qui portent avec eux la paix, l’ordre, harmonie , la vertu et le bonheur ; ce sont les doux et puissants noms de Jésus et de Marie...

Le saint nom de Jésus , 10 calme les tempêtes et apaise toutes les passions. ; 2 il fait plus, il répand la grâce et la miséricorde. ; 3°ilnourrit l'âme et l’embrase d’un amour et d’une ardeur célestes... ; 4° il apporte des consolations ineffables et divines...; Bo il procure une bonne réputation. ; 6° il fait disparaître la tristesse et réjouit le cœur... ; To il fortifie les martyrs et tous les fidèles qui combattent pour la foi ; il les fait triompher généreusement et avec joie de toutes Les épreuves, de tous les obstacles , de toutes les souffrances, de toutes les persécutions, et de la mort même la plus cruelle ; ce nom sacré couronne les vainqueurs...; 8° il guérit toutes les plaies, toutes les maladies et infirmités de l’âme et du corps…; % il enchaine le démon, le monde et la concupiscence de la chair...

Le nom de Jésus et la puissance de la croix sont pour nous des enchantements spirituels, dit saint Chrysostome. Non-seulement ils chassent le dragon de sa caverne et le précipitent dans le feu , mais ils guérissent encore les blessures qu’il a faites à notre âme. Le nom de Jésus est terrible aux démons , et salutaire pour calmer nos agitations et nous rendre la santé. Qu'il devienne donc notre ornement et qu’il nous protége comme un mur (1).

Il y à dans le nom de Jésus, dit Origène, une si grande force contre les démons, qu’en le prononçant on obtient l'effet que l’on désire. C’est ce qu’enseignait J. C. quand il disait : Plusieurs, au

(1) Sunt nobis incantationes spirituales, tum ipsum nomen Domini nostri Jesu Christi, fum ipsius crucis potentia, Hujusmodi incantatio, non solum draconem de speluncis abijit, atque ita in ignem conjicit; sed et vulneribus quoque medetur. Hoc et dæmonibus terribile est, et perturbationibus et ægritudinibus salutare, Hocigitur ornemur ipsi; hoc, tanquam muro, muniamur (Homil, vu)

jour du jugement, me diront : Nous avons chassé les démons en votre nom (1).

Il nous suffit de prononcer le nom de Jésus pour nous faire respecter au plus haut point par notre adversaire, dit Théodoret : Sufficit nobis nominis mentio, ad efficiendum ut revereatur vel maxime adversarius (Epist. ad Philemon. ).

Nous savons , dit un auteur de poids, qu’il est ordonné sérieusement aux magiciens, et à ceux qui se vouent de propos délibéré au démon , que, dans leurs assemblées nocturnes , ils s’abstiennent absolument , eussent-ils abjuré J. €. , de prononcer même une seule fois son nom. Nous savons que le démon et toute sa légion disparaissent soudain, lorsque quelqu'un de la compagnie, même sans en avoir l'intention, prononce le nom de Jésus (Tyreus. De Dæmon., C.XLIr, n° 22 ).

Saint Ignace de Loyola voulut que sa congrégation ne portât pas son nom, mais celui de Jésus, afin que ce nom fût un stimulant qui la portât toujours à agir avec énergie, et à braver les supplices et la mort. Cest parce que cette admirable société porte ce divin nom, qu’elle s’est toujours maintenue, qu’elle a fait tant de bien, et qu’elle se maintiendra , et continuera d’en faire, malgré les efforts sataniques des méchants. Elle ne cessera d’être l’un des principaux soutiens et ornements de l’Église de J. C...…..

Le nom du Seigneur (et surtout celui de Jésus) est une tour trèsforte, disent les Proverbes; le juste aura recours à lui et il sera élevé: Turris fortissima nomen Domini ; ad ipsum currit justus , et exaltabitur (xvur. 10).

J. C., dit saint Augustin, s’est fait notre forteresse en présence de l’ennemi, prenez garde d’être blessé par le démon; réfugiez-vous dans la forteresse. Les traits de Satan ne vous y ont jamais atteint ; vous y serez protégé et en sûreté (2).

Par l’invocation du nom de Jésus, on obtient toute sa protection , et tous les secours désirables..….

Et il sera ainsi, dit le prophète Joël : quiconque invoquera le nom du Seigneur, sera sauvé : Et erit : omnis qui invocaverit nomen Domini , salvus erit (11. 32).

(1) Tanta vis nomini Jesu inest contra dæmones, ut a nobis nominatum, sit efficax. Quod docens Jesus, dicebat : Multi mihi dicent in die illa : In nomine tuo dæmonia ejecimus (Confra Cels.).

(2) Christus factus est nobis turris a facie inimici : cave ne feriaris à diabolo; fuge ad turrim. Nunquam te ad illam turrim diabolica jacula secuta sunt ; ibi stabis munitus et fixus ( Zn Psal.),

Le Roi-Prophète dit de même : Je louerai et j’invoquerai le nom du Seigneur , et je serai délivré de mes ennemis : Zaudans invocabo Dominum, et ab inimicis meis salvus ero ( (XVI. 4) Fr

Je me réjouirai dans le Seigneur, dit le prophète Habacue; je tressaillirai de joie dans Jésus le Dieu de mon salut : Ægo autem in Domino gaudebo ; et exsultabo in Deo Jesu meo (ur. 18).

Ces prophètes nous apprennent combien est aimable et précieux le nom de Jésus, afin que nous nous réjouissions et que nous le prenions toujours pour protection et pour guide.

Le nom de Jésus signifie, 4° que tous les biens nous sont donnés par lui; car le salut que nous a apporté le Sauveur renferme tous les dons de Dieu et tous les biens. Comme les eaux sortent de leur source, comme les rayons du soleil émanent de cet astre et que les bras de mer tiennent à l'Océan; ainsi toute vertu, toute grâce, toute sainteté, dans leur principe, leur moyen et leur fin, viennent de Jésus. C’est Jésus qui par son sang efface toutes les souillures de nos péchés; c’est lui qui calme les ardeurs de la concupiscence, qui rompt les chaînes des mauvaises habitudes, qui dompte la fureur des passions et qui nous soustrait au joug et à la tyrannie du démon; c’est lui qui rend la liberté à l'esprit, qui orne l’âme par sa grâce, et en fait la fille, l'épouse et le temple de Dieu ; c’est lui qui tranquillise et rend sereine la conscience, qui vivifie nos sentiments et notre esprit, qui éclaire notre intelligence par la connaissance des choses divines, qui enflamme notre volonté pour nous porter à les rechercher, qui fortifie notre faiblesse et qui nous donne la victoire dans les tentations, et le triomphe dans le combat...

Si vous êtes dans la désolation, invoquez Jésus ; vous éprouverez le prompt et puissant secours de ce consolateur. Si les craintes, les scrupules, les anxiétés vous pressent de toutes parts, invoquez Jésus; il élargira votre cœur , le délivrera et le rendra libre et joyeux. Si la fièvre des souffrances corporelles ou des passions vous brûle et vous dévore, invoquez Jésus ; le fiel de sa passion, le miel de sa miséricorde et} de sa Haiti Vapaïseront et la feront disparaitre. Si la pauvreté , la maladie, les tribulations, les ennemis du salut se précipitent sur vous, invoquez Jésus avec confiance et persévérance ; vous serez supérieur à toutes les épreuves , vous triompherez de tout, et vous serez couronné des mains mêmes de Jésus... Voilà pourquoi les personnes pieuses ont continuellement à la bouche et dans le cœur les doux noms de Jésus et de Marie, et y recourent sans cesse. De tous ceux qui, à toutes les

époques, ont invoqué les noms de Jésus et de Marie, personne n’a péri et n’a pu périr, dit saint Bernard (Serm. xv in Cant. ).

2 Le nom de Jésus ne signifie pas seulement le Sauveur et le salut qu’il nous a donné; mais encore la manière dont il nous a sauvés, qui est excellente et admirable. Car il ne nous a pas réparés par une parole, comme lors de la création, mais il a pris sur lui nos infirmités, afin de nous en guérir; il à pris sur lui nos péchés, et les a expiés par des peines très-dures du corps et de l’âme, afin de les détruire en nous. Il a accepté la mort à laquelle nous étions condamnés, afin de tuer notre mort et de nous rendre à la vie de la grâce et de la gloire. Lors donc que nous prononçons le nom de Jésus, nous exprimons que le Verbe s’est fait chair, que Dieu s’est fait homme pour nous, qu’il est né dans une étable, s’est couché dans la crèche,a été circoncis, a travaillé, sué et pleuré; qu'il a enduré la faim, la soif, la chaleur et le froid ; qu’il a été pris pour nous, flagellé, conspué, fouetté, tourné en dérision, couronné d’épines, abreuvé de fiel, cloué à la croix et mis à mort. Le nom de Jésus rappelle tout cela. C’est pourquoi il est infiniment aimable, vénérable, adorable pour les hommes et pour les anges; il est aussi infiniment redoutable aux démons, tellement que lorsqu'ils l’entendent, ils frémissent, tremblent et prennent la fuite...

Que Jésus soit toujours dans votre cœur, dit saint Bernard, et que jamais l’image du crucifié ne sorte de votre esprit. Que Jésus soit votre nourriture et votre breuvage, votre douceur et votre consolation, votre miel, l’objet de vos désirs, votre lecture et votre méditation , votre prière et votre contemplation, votre vie, votre mort et votre résurrection. Jésus est du miel dans la bouche, fune mélodie aux oreilles, un sujet d’allégresse pour le cœur (1).

Que Jésus soit notre amour et le centre de nos affections. Qu'il soit notre respiration et le sujet de nos entretiens. Qu'il soit notre âme et notre vie. Qu'ainsi que nous sommes, que nous vivons, que nous agissons en lui et par lui; de même nous ne servions que lui, nous ne cherchions à plaire qu’à lui, nous ne parlions que de lui et à lui seul : que nous l’ayons sans cesse sous nos yeux, que nous

(1) Sit tibi Jesus semper in corde, et nunquam imago crucifixi ab animo tuo recedat. Hic tibi sit cibus et potus, dulcedo et consolatio tua, mel tuum et deside— rium tuum, lectio tua et meditatio tua, oratio et contemplatio tua, vila, mors et resurrectio tua. Jesus est mel in ore, melos in aure, jubilus in corde (Serm. xv in Cant.).

Il faut invo-

quer souvent

le saint nom de Jésus.

marchions en sa présence, que nous travaillions et souffrions pour lui, que nous soyons prêts à lui faire tous les sacrifices, quelque difficiles et pénibles qu’ils soient : que nous mourions enfin par lui, en lui et pour lui, afin que nous régnions éternellement avec lui dans le séjour du bonheur et de la gloire...

OBÉISSANCEÉ.

Ésus-CHRiIsT , dit l'Évangile, était soumis à Joseph et à Marie :

Erat subditus illis (Luc. n. 51). Par trente ans de soumission d

à ses parents, J. C. a voulu nous enseigner que la perfection de la vertu et de la religion consiste principalement dans l’obéissance. J. G., dit saint Paul, a préféré perdre la vie plutôt que de manquer à l’obéissance : Factus obediens usque ad mortem, mortem autem crucis (Philipp. 11. 8).

Ma nourriture , dit J. C. aux Juifs, est de faire la volonté de celui qui m'a envoyé, et d’accomplir son œuvre : Meus cibus est ut faciam voluntatem ejus qui misit me , ut perficiam opus ejus (Joann. 1v. 34). Je suis descendu du ciel, non pour faire ma volonté, mais la volonté de celui qui n’a envoyé : Descendi de cœlo, non ut faciam voluntatem meam, sed voluntatem ejus qui misit me (Joann. vi. 38). Je ne cherche point ma volonté, mais la volonté de celui qui m’a envoyé: Non quæro voluntatem meam, sed voluntatem ejus qui misit me

. (Joann. v. 30). Se trouvant au jardin des Oliviers et plongé dans une profonde agonie , que dit ce grand Dieu à la vue des souftrances qui l’attendaient : Père, si vous le voulez, éloignez de moi ce calice ; cependant que votre volonté se fasse, et non la mienne : Pater, si vis, transfer calicem istum a me : verumtamen non mea voluntas , sed tua fiat (Luc. xxx. 42 ). ;

Parlant par la bouche de David son prophète, J, C. dit à son Père ! Me voiei! Il a été écrit en tête du livre que je ferai votre volonté ; mon Dieu, je l'ai voulu : Æ'cce venio. In capite libri scriptum est de me ut facerem voluntaiem tuam : Deus meus, volui (Psal. xxxix. 8). Quoique Fils de Dieu, dit saint Paul , J. C. apprit, par ce qu’il souffrit , l’obéissance : Z4 quidem , cum esset Filius Dei, didicit ex tis quæ passus est, obedientiam (Hebr. v. 8).

J. G. a fait et dit de grandes choses pendant les trente premières années de sa vie, et l'Évangile les renferme toutes dans ces deux paroles : Il leur était soumis : Zrat subditus illis (Luc. 11. 31). J. C. faisait tout par obéissance : l’obéissance est donc d’un mérité infini...

De même que l’obéissance du second homme, dit saint Augustin ,

JC:

modèle obéissance.

L’obéissance est nécessaire.

est d'autant plus louable, qu’il s’est fait obéissant jusqu’à la mort; ainsi la désobéissance du premier homme est d'autant plus détestable, qu’il a été désobéissant Jusqu'à la mort (1).

À l'exemple de J. C., les saints de tous les siècles ont pratiqué l’obéissance.….

Qu’ fait J. C. par son obéissance , dit saint Ambroise , si ce n’est accomplir le devoir de la piété ?( Lib. TIT Office, ce. v.) Qu'’a fait J. C: au milieu de nous, dit le vénérable Bède , sinon obéir pour nous mon trer la nécessité de l’obéissance ? ( Collectan.) J. C. a fait un précepte de l’obéissance , lorsqu'il a dit à ses apôtres : Celui qui vous écoute , m'écoute ; et celui qui vous méprise, me méprise : Qui vos audit, me audit; el qui vos spernit , me spernit (Luc. x. 16).

Si vous obéissez, dit Clément d'Alexandrie, vous aurez la lumière éternelle ; si vous n’obéissez pas, vous aurez l’enfer : Si obedieris , lucem ; si non obedieris , ignem ( habebis) (Lib. IT Sérom. ).

Enfants , obéissez à vos parents dans le Seigneur , dit saint Paul : Fil, obedite parentibus vestris in Domino (Ephes. vr. 1). Esclaves, obéissez à vos maîtres : Servi, obedite dominis (Ephes. vi. 5). Si saint Paul , dit saint Chrysostome , ordonne ainsi aux enfants d’obéir à leurs parents , et aux serviteurs d’obéir à leurs maîtres, considérez avec quel soin nous devons obéir à Dieu, qui nous a tirés du néant, qui nous nourrit, qui nous revêt, qui nous conserve à tout instant et qui nous a rachetés ( Æomil. ad pop. in Epist. ad Ephes. ).

Avertissez-les d’être soumis aux princes et aux puissants, dit saint Paul , d’obéir à la parole , d’être prêts à toute bonne œuvre : Admone illos principibus et potestatibus subditos esse, dicto obedire , ad omnes opus bonum paratos esse (Tit. 11. À).

Ce passage de la lettre du grand Apôtre à Tite, son disciple , ordonne l’obéissance à l’égard de tous les supérieurs spirituels et temporels.…...

Il est nécessaire que dans tous ses mouvements l’homme soit contenu par les prescriptions de la règle, qu’il obéisse comme la bête de somme maintenue par la bride et le harnais , et qu’il vive conformément au lois éternelles , dit saint Grégoire (2).

(1) Sicut obedientia secundi hominis eo prædicabilior est, quo factus est obediens usque ad mortem; ita inobedientia primi hominis eo detestabilior, quo factus est inobediens usque ad mortem ( De Civit., lib. XIV, c. xv).

(2) Necesse est ut homo in cunctis suis motibus, sub dispositione disciplinæ reli: getur, et tanquam domesticum animal loris vinctum serviat, atque æternis dispositionibus restrictum vivat ( Lib. Moral.).

OBÉISSANGE, 431

Il faut obéir à la volonté de Dieu comme l’ar gile obéit au potier, dit saint Justin, martyr : Cedendum est voluntati Dei, sicut lutum obsequitur suo figulo (Epist. ).

Comme on ne doit pas s’attendre à remporter la victoire sans être conduit par un chef et qu’on n’arrive pas au port sans pilote ; ainsi, sans l’obéissance, dit saint Laurent Justinien, il est impossible d'échapper aux dangers de l’océan de la vie (1).

Est-ce que Dieu veut des holocaustes et des victimes, dit Samuel au roi Saül; ne préfère-t-il pas qu’on ohéisse à sa voix? L’obéissance vaut mieux que tous les sacrifices : Mumquid vult Dominus holocausta et victimas; ef non potius ut obediatur voci Domini? Melior est enim obedientia quam victimæ (1. Reg. xv. 22).

Ecoutez, mon fils, dit le Seigneur dans les Proverbes, écoutez Les remontrances de votre père, et ne méprisez pas les commandements de votre mère : Audi, fili mi, disciplinam patris tui, et ne dimittas legem matris tuæ (1. 8).

Lorsque Dieu fait entendre sa voix, dit saint Augustin, il faut obéir et non raisonnet : Divino intonante præcepto, obediendum est, non disputandum (Lib. Civit.).

Less inférieurs doivent voir dans leurs supérieurs la personne même de J. C., et se conformer à leurs ordres, comme &’ils émanaient de la bouche même du Sauveur... Que ce soit Dieu ou l’homme son représentant qui nous transmette un ordre quelconque, dit saint Bernard, il faut obéir avec le même soin et le même fespect. Dans tout ce qui n’est pas visiblement contre Dieu, nous devons écouter comme Dieu lui-même celui qui pour nous tient Ja place de Dieu (2).

Le même Père dit excellemment : Si l’âme désire de régner sur la chair, il est nécessaire qu’elle soit soumise elle-même à son supérieur; parce qu’elle trouvera son inférieur tel qu’elle se sera montrée vis-à-vis de son supérieur; car la créature s’arme pour venger l’injure de son Créateur. Que Fa âme donc qui trouve la chair rebelle

(1) Sicut sine duce non confiditur de victoria, ac sine gubernatore non pervenitur ad portum; ila et absque obedientia impossibilé est in vitæ hujus pelago non periclitari (Lib. de Ligno vitæ, c. m1).

(2) Sive Deus, sive homo vicarius Dei, mandatum quodcumque tradiderit, pari profecto obsequendum est cura , pari reverentia referendum. Ipsum quem pro Deo habemus, tanquam Deum, in his quæ aperte non sunt contra Deum, audire debemus ( Serm. in Fest. omn. Sanct.).

Il faut obéir surtout à ses supérieurs.

Réponse

à cette objection :

IL est trop difficile d’o-

béir.

sache qu’elle n’est point assez soumise elle-même aux puissances supérieures (1).

L'âme raisonnable, dit saint Augustin, est la maîtresse de son corps ; mais elle ne saura pas commander à cet inférieur, si elle ne sert pas Dieu son maître avec toute la soumission de la charité : Rationalis anima est domina corporis sui, quæ inferiori non bene imperabit, nisisuperiori se Deo tota caritatis subjectione, servierit (Enchirid.).

Obéissez à ceux qui sont placés à votre tête, dit le grand Apôtre, et soyez-leur soumis; afin que, veillant comme devant rendre compte de vos âmes, ils le fassent avec joie et non en gémissant; car cela ne vous est point expédient (2).

Soyez soumis à Dieu, dit l’apôtre saint Jacques : Subditi estote Deo (xur. 17 ); et à vos supérieurs, comme tenant à votre égard la place de Dieu.

Soyez assuré , dit saint Jérôme, que tout ce que commande un supérieur de monastère est salutaire ; ne jugez pas ses ordres : votre devoir est d’obéir, d’accomplir ce qui est ordonné et d’observer ce que dit Moïse : Israël, écoute et tais-toi : Audi Israel, et tace (Epist. ad Rustic.).

Les moines d'Egypte, dit Cassien, recevaient Les ordres de leurs supérieurs comme s'ils fussent venus directement dé Dieu; et ils s’empressaient de s’y conformer sans aucune discussion (Vif. Patr.).

Celui qui a bien appris à obéir, dit saint Grégoire, ne sait ni discuter ni juger : Nescit judicare quisquis PAS didicit obedire (Lib. II in I Reg.).

Mas, dira-t-on, il est trop difficile d’obéir. Votre obéissance a-t-elle été éprouvée comme Dieu éprouva celle d’Abraham? Vous a-t-on ordonné des choses aussi pénibles et aussi dures? Ecoutez l’Ecriture : Dieu éprouva Abraham et lui dit : Abraham, Abraham. Abraham répondit : Me voici. Et Dieu lui dit : Prends ton fils unique que tu chéris, Isaac, et va dans la terre de vision ; et là tw loffriras en holocauste sur une des montagnes que je t’aurai montrées (3).

(1) Anima, si regnare desiderat super membra sua, necesse est ut sit ipsa superiori suo subjecta; quoniam talem inveniet inferius suum, qualem se exhibuerit superiori., Armatur enim creatura ad ulciscendam sui injuriam creatoris. Et ideo noverit anima, quæ rebellem sibi invenit carnem suam, se quoque minus quam oporteat superioribus potestatibus esse subjectam (Serm. 1 in Fest. omn. Sanct. ).

(2) Obedite præpositis vestris, et subjacete eis. Ipsi enim pervigilant quasi ratio ñem pro animabus vestris reddituri , ut cum gaudio hoc faciant , et non gementes! hoc enim non expedit vobis (Hebr. xt. 17),

(3) Tentavit Deus Abraham, et dixit ad eum : Abraham, Abraham. At ill

Remarquez l’obéissance prompte et entière du saint patriarche.

Dieu l'appelle; il répond aussitôt : Me voici : Adsum. Dieu lui fait:

connaître sa volonté, mais chacune de ses paroles est un coup de poignard : 4° Prends, non pas un étranger, mais ton fils... ; 2e ton fils unique... ; 3° ton fils que tu chéris et que tu dois chérir en effet. ; 4o ton Isaac, ta joie... 5° Va dans la terre de vision, et là tu loffriras. Le Seigneur ne dit pas : Tu le feras immoler par une main étrangère, mais tu l’offriras toi-même; toi qui es son père, tu rempliras les fonctions de sacrificateur.…... 6» Tu me loffriras.… Seigneur, pouvait-il répondre, où sont vos promesses? Mais il ne dit pas un mot.….7e Tu l’offriras en holocauste, afin que ni son Corps, ni aucune partie de son corps ne te reste à {oi son père; mais que ton {Isaac unique, chéri, seul objet de toutes tes espérances, soit réduit en cendres tout entier... 8° Tolle, prends-le maintenant, de suite, point de retard dans l’exécution..…. 9e Supporte Les fatigues d’un long voyage et d’une pénible ascension sur une montagne escarpée..….

Notre obéissance est-elle soumise aux mêmes épreuves que le fut celle de Job..., celle de Tobie..., celle de la mère des Machabées ?.….

Avons-nous à obéir à des ordres aussi terribles que ceux auxquels J. CG. se soumit, comme un agneau conduit à la boucherie, sans faire entendre un cri? Et Marie, et les apôtres, n’esrent-ils rien de difficile à accomplir? Courbant la tête, les apôtres, dit saint Basile, subirent le joug de l’obéissance et ils affrontèrent joyeusement les places publiques, les affronts, les lapidations, les ignominies, les croix et divers genres de mort (1).

Qu’exige-t-on de vous ?..

La désobéissance d’Adam a perdu tous les hommes, lobéissance de J. C. les a tous sauvés.

Le pape Jean XXII dit : La pauvreté est un grand bien, la chasteté est un plus grand bien, mais l’obéissance est le plus grand de tous :

respondit: Adsum. Ait illi: Tolle filium tuum unigenitum, quem diligis, Isaac, et vade in terram visionis : atque ibi offeres eum in holocaustum super unum montium quem monstravero tibi (Gen. xxtr1. 1. 2).

(1) Apostoli , submissa mentis cervice, obedientiæ jugum subierunt alacrique animo in fora , in contumelias , in lapidationes, in ignominias, in cruces, in varias neces procescere (Homil. in Act. Apost.).

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