‹ Les trésors de Cornelius a LapideChapitre 45 sur 57 · A8 PARADIS TERRESTRE · texte numérisé non relu

A8 PARADIS TERRESTRE

lendemain de la création ; le Séigneur n’a pas permis à l’homme de le retrouver et d'y pénétrer.

Saint Justin, Tertullien, saint Epiphane , saint” Augustin, saint Jean Damascène, saint Thomas et d’autres docteurs et Pères de l'Eglise disent qu'Hénoch et Elie habitent le paradis terrestre.

IEU à fait aux chrétiens une obligation non-seulement de pardonner les injures qu’ils auraient reçues, de ne pas haïr leurs ennemis et de ne pas chercher à s’en ven ger; mais

même de les aimer et de leur faire du bien...

Ecoutez J. C. : Vous avez entendu qu'il a été dit : Vous aimerez votre prochain et vous haïrez votre ennemi ; moi je vous dis : Aimez vos ennemis , faites du bien à ceux qui vous haïssent , et priez pour ceux qui vous persécutent et vous calomnient : Perte quia dictum est : Diliges proximum tuum et odio habebis inimicum tuum. Ego autem dico vobis : Diligite inimicos vestros , benefacite his qui oderunt vos, et orate pro persequentibus et calumniantibus vos ( Matth. v. 44). Saint Luc rapporte les paroles suivantes du Sauveur : Je vous le dis, aimez vos ennemis , faites du bien à ceux qui vous haïssent. Bénissez ceux qui vous maudissent, et priez pour ceux qui vous calomnient. À celui qui vous frappe sur une joue , présentez encore l’autre (1).

Vous aimerez, dit aussi J.C., vous aimerez le Sei gneur votre Dieu, de tout votre cœur, de toute votre âme et de tout votre esprit. C’est là le premier et le plus grand commandement. Le second lui est semblable : Vous aimerez votre prochain comme vous-même. Ces deux commandements renferment toute la loi et les prophètes (2).

Et encore ; Je vous commande ceci, de vous aimer les uns les autres : wc mando vobis, ut diligatis invicem (Joann. xv. 17).

Prenez garde, écrit le grand Apôtre aux Thessaloniciens , prenez garde que nul ne rende à autrui le mal pour le mal; mais cherchez toujours le bien les uns des autres, et de tous : Videte ne quis malum pro malo alicui reddat : sed semper quod bonum est sectamini in invicem et in omnes ([, v. 15).

Nous avons ce commandement de Dieu, que celui qui aime

(1).Vobis dico : Diligite inimicos vestros, benefacite his qui oderunt vos. Benedicite maledicentibus vobis, et orate pro calumniantibus vos, Et qui te percutit in maxillam, præbe et alteram (vr. 27-29).

(2) Diliges Dominum Deum tuum ex toto corde tuo, et in tota anima tua, et in tota mente tua. Hoc est maximum et primum mandatum. Secundum autem simile est huic : Diliges proximum tuum sicut teipsum, In his duobus mandatis universa lex pendet et prophetæ (Matth. xx11. 37-40).

Obligation de pardonner,

J. C. nous a donné l’exemple de amour

des ennemis.

Dieu, aime aussi son frère, dit l’apôtre saint Jean : Hoc mandatum habemus a Deo , ut qui diligit Deum, diligat et fratrem suum (IL 1v. 21 ).

Si tu vois l’âne de ton ennemi gisant sous le fardeau, dit le Seigneur dans l’Exode, tu ne passeras pas au delà ; mais tu le releveras avec lui : Si videris asinum odientis te jacere sub onere, non pertransibis , sed sublevabis cum eo (xxm1. 5).

Supportez vos ennemis , dit saint Grégoire ; mais aimez comme des frères ceux que vous supportez : Tolerate adversarios vesiros sed ut fratres diligite quos toleratis ( Moral. ).

Do haut de la croix, Jésus disait : Mon Père, pardonnez-leur , car ils ne savent pas ce qu’ils font : Jesus autem dicebat : Pater, dimitte illis, non enim sciunt quid faciunt (Luc. xx. 34). Se pressant autour de lui, ses ennemis, transportés de fureur et animés d’une haine implacable, criaient : Crucifiez-le ! J. G. dit à son Père : Pardonnezleur...

Isaïe avait prédit que le Sauveur prierait pour ses persécuteurs : Pro transgressoribus rogavit (1. 12).

J. C. metsur tout le mysfère de sa passion le sceau de son insigne et admirable amour. Oubliant en quelque sorte ses cruelles douleurs, et s’oubliant lui-même, il prie pour ses ennemis et pour ceux qui le crucifient. J. C. noue apprend ainsi à triompher du mal en faisant le bien , à rendre de bons offices en échange des torts que l’on nous cause, à aimer nos ennemis et à les vaincre si héroïquement qu’ils deviennent nos amis et les amis de Dieu...

J. C. est un miroir vivant de miséricorde, et son exemple est le plus puissant aiguillon qui puisse nous porter à pardonner. Par les entrailles de sa miséricorde, il s’est levé dans les hauteurs du ciel afin de nous visiter : Per viscera misericordiæ visitavit nos oriens eæ alto (Luc. 1. 78). Il est venu afin de soulager et de guérir nos misères qui étaient très-nombreuses et très-grandes. Quoique nous fussions ses ennemis, il a répandu sur nous tous les trésors de sa bonté, soit dans l’incarnation , soit durant sa vie, soit surtout sur la croix. Voulez-vous avoir une vive image de la tendresse, de la miséricorde et de la charité de J. C.? contemplez-le sur la croix, où il est tout misère, douleur et blessures, parce qu'il est tout charité, tendresse et miséricorde. Non-seulement il les a répandus sur nous, ces trésors , dans son incarnation , durant sa: vie et à sa mort , mais après sa résurrection; et il nous les prodiguera durant

toute l'éternité : il a cté ; ilest et il sera tout charité, tout miséricorde. Comme le dit saint Thomas dans une des belles hymnes de l'office du saint sacrement : J. C. par sa naissance s’est fait notre frère, notre compagnon; vers la fin de sa vie, il s’est fait notre nourriture ; à sa mort, il a été le prix de notre liberté ; dans le ciel , où il règne, il se donne à nous en récompense :

Se nascens dedit socium , Convescens in edulium,

Se moriens in pretium,

Se regnans dat in præmium.

Ecoutez saint Bernard : J. C. est frappé de yerges, couronné d’épines ; il a les mains etles pieds percés de clous ;ilest attaché à la croix, rassasié d’opprobres, et cependant, oubliant toutes ses douleurs, il s’écrie : Mon Père, pardonne-leur , car ils ne savent ce qu'ils font. Oh ! qu’il est prompt à oublier les outrages et à les pardonner! O Seigneur, que vos miséricordes sont grandes et multipliées! Oh! que vos pensées sont éloignées des nôtres ! Oh ! comme vous avez pitié de l’impie ! Chose frappante ! J, C. s’écrie : Pardonnez-leur ; etles Juifs : Crucifiez-le : {{le clamat : Ignosce ; Judeæi : Crucifige. O Juifs, vous avez des cœurs de rocher; vous frappez la - miséricorde. incarnée d’où sort l’huile de la charité. De quelles délices, à Seigneur ! n’enivrez-vous pas vos amis dans le ciel , vous qui répandez l’huile de votre miséricorde sur ceux qui vous crucifient en vous maudissant! (Serm. de Pass. Dom.)

La charité, dit saint Chrysostome, ignore ce qui est un opprobre et un (léshonneur; elle couvre de ses ailes d’or les vices de tous ceux qu’elle embrasse : Probrum et dedecus quid sit, ignorat caritas ; alis aureis omnium quos complectitur, vitia tegit (In Catena).

Les saints n’ont-ils pas été de beaux modèles de la manière dont il faut pardonner les injures? Voÿez le chaste et charitable Joseph. On doit, dit saint Ambroise , on doit, à juste titre, admirer Joseph qui, avant la prédication de l'Evangile, s’est conduit comme il suit : blessé, il ne s'est pas vengé; attaqué, il a pardonné; vendu, il n’a pas appliqué la peine du talion , mais a rendu bienfait pour outrage. Tous, par la prédication de l'Evangile, nous avons appris à nous conduire de même, et nous ne pouvons y parvenir (1).

(1) Jure mirandus Joseph, qui hoc fecit ante Evangelium, ut læsus, parceret; appetitus , ignosceret; venditus, non referret injuriam : sed gratiam pro contumelia

Les saints l'ont imité.

Les Juifs, pleins d’une aveugle fureur, lapident saint Etienne, qui tombe à genoux et s’écrie : Seigneur, ne leur imputez point ce péché : Positis genibus , clamavit voce magna , dicens : Domine, ne statuas illis hoc peccatum (Act. vir. 58. 59).

Nous sommes maudits, et nous bénissons, dit le grand Apôtre ; nous sommes persécutés, et nous le supportons ; injuriés , et nous prions : Maledicimur , et benedicimus ; persecutionem patimur , et sustinemus; blasphemamur , et obsecramus (1. Cor. 1v. 12. 13).

Saint Ambroise rendait toujours le bien pour le mal, et ne se vengeait des injures que par des bienfaits (Ita Augustinus).

Avant de livrer bataille contre Eugène, l’empereur Théodose publia un édit par lequelil pardonnait toutes les injures qu’on avait pu commettre contre sa personne, soit en paroles, soït en actions. Si c’est , disait-il, {par une légèreté indiscrète, que quelqu’un a parlé contre nous, nous ne devons pas y faire attention; si c’est par folie, nous devons avoir pitié de lui; si c’est de propos délibéré, nous voulons lui pardonner. (Socrat., Æisé. eccles., lib. VIE, c. xxn ).

S’étant révoltés à l’occasion d’un nouvel impôt que l’empereur Théodose avait établi, pour faire la guerre au tyran Maxime, les habitants d’Antioche portèrent l’insolence jusqu'aux derniers excès : ils trainèrent ignominieusement dans les rues la statue de l’empereur, ainsi que celles de son frère, de ses deux fils et de l’impératrice, et les brisèrent. Théodose résolut de châtier sévèrement cette ville coupable, De son côté Flavien, évèque d’Antioche , tenta d’apaiser l’empereur irrité. Il alla le trouver et lui dit entre autres choses : IL est vrai que les habitants d’Antioche m'ont député vers vous afin de tâcher d'obtenir une grâce dont ils se jugent tout à fait indignes ;

mais je viens encore de la part du souverain Seigneur des anges et des hommes, pour vous déclarer en son nom, que si vous pardonnez les fautes commises contre vous, il vous pardonnera celles dont vous vous êtes rendu coupable envers lui, Bien différent des autres députés, qui paraissent devant vous avec de riches présents, je n’y parais, moi, qu'avec la loi de Dieu, et que pour vous exhorter à imiter l’exemple qui vous a été donné par le Sauveur expirant sur la croix. L'empereur, attendri jusqu'aux larmes, ne répondit que ce peu de mots : Si J. G., notre souverain Seigneur, a pardonné à ses bourreaux , et a même prié pour eux, dois-je balancer de pardonner

solveret. Quod post Evangelium omnes didicimus, et servare non possumus (Lib. II Offic., c. vu).

à ceux qui m'ont offensé, moi qui ne suis qu’un homme mortel comme eux, et serviteur du même maître? (Socrat. , Hist, eccles., HbANIL cri),

On ne peut, disait saint Pœmen, chasser le mal par le mal : quand donc quelqu'un vous fait du mal, faites-lui du bien ; afin que vous puissiez vaincre le mal par le bien ( Vif. Patr. ).

Qu’elles sont belles les paroles prononcées par saint Léon martyr, au moment où on le faisait le plus souffrir : Seigneur, qui ne voulez point la mort, mais la conversion des pécheurs, s’écria-t-il, faites que les auteurs de ma mort vous connaissent, et obtiennent le pardon de leurs crimes , par les mérites de votre Fils unique J, C. notre Sauveur ; et il expira ( Zn ejus vita ).

Des moines égarés par la haine mirent du poison dans la coupe de saint Benoît. Au moment où il se préparait à boire, le sainta yant, selon sa coutume , formé le signe de la croix sur le vase, celui-ci se brisa aussitôt, Le célèbre abbé reconnut à ce prodige que le verre contenait un breuvage mortel ; mais, loin de paraître étonné, il dit avec douceur à ces monstres : Que Dieu vous le pardonne (Surius , in ejus vita ).

Saint Antonin pardonna généreusement à un assassin qui lui avait porté un coup de poignard (Surius, ën ejus vita).

Saint Ubald fut renversé à terre par un homme furieux.Le peuple, indigné , menaça le coupable d’un châtiment terrible, Alors il se jeta aux pieds du saint qui, pour toute punition, se contenta de l’embrasser et de le préserver du châtiment ( Surius, in ejus vita).

Le frère de Jean Gualbert , issu d’une riche famille de Florence , ayant été assassiné dans des temps de trouble par un de ses ennemis, Jean résolut de tenter l'impossible pour venger sa mort. L'occasion s’en présenta bientôt. Le jour même du vendredi saint, il rencontra son ennemi dans un passage si étroit, que ni l’un ni l’autre ne pouvaient s’éviter. Jean met l’épée à la main, et il se prépare à la lui passer au travers du corps. Le meurtrier, se voyant perdu, se jette à ses pieds , et les bras étendus en croix le conjure, par la passion de J. C., de ne pas lui ôter la vie. Gualbert, touché de ce spectacle, lui dit : Je ne puis vous refuser ce que vous me demandez au nom de J. C. ; je vous accorde non-seulement la vie, mais encore mon amitié; et il l’embrassa. Béni de Dieu, surtout pour cette généreuse action , Jean Gualbert devint un grand saint et le fondateur d’un ordre célèbre dans l'Eglise , sous le nom de congrégation de Vallombreuse (Zn ejus vita ).

Des. paiens eux-mêmes ont pardonné à leurs ennemis.

Le pardon des injures est une marque de grandeur d'âme, une victoire et un triomphe.

On pourrait citer une infinité d’exemples aussi remarquables du pardon des injures...

Dans le douzième livre de ses Histoires diverses , Elien raconte que Phocion, général athénien, fut condamné à mourir par le poison, quoiqu'il fût innocent. Au moment où le bourreau lui présentait la coupe fatale, on lui demanda s’il n’avait rien à faire dire à son fils; il répondit : Je lui recommande d’oublier le breuvage que les Athéniens m'ont présenté et que je bois : Mando ei ut obliviscatur potus 4 hujus, quem nunc ab Atheniensibus oblatum bibo. -

Le roi Antigone avait coutume de dire que le pardon était plus puissant que la vengeance (Anton. in Meliss. ).

César-Auguste pardonna à Cinna, qui avait tramé sa mort. Il le fit venir et lui dit : Cinna , je vous laisse la vie , quoique vous ayez été d’abord mon ennemi, et puis un conspirateur et un parricide. L’empereur lui offrit même le consulat. Voulez-vous connaître le résultat de ce généreux pardon ? Tant de générosité toucha Cinna au point qu’il fut depuis très-attaché à Auguste qui, en mourant, lui laissa une partie de sa fortune privée ( Senec. de Clementia).

Démosthène ayant été insulté par un de ses rivaux, lui dit : Je ne veux pas engager avec vous un combatdans lequel il vaut mieux être vaincu que vainqueur (Plutarc., Vif. lust. vir. ).

Quelqu'un ayant injurié Aristippe de Gyrène, ce philosophe lui répondit : Vous avez le pouvoir de m’outrager, mais j'ai celui de vous écouter avec calme (Plutarc. , tbid.).

Cicéron dit de Jules-César : IL n’a coutume d’oublier que les injures : Nihil oblivisei solet nisiinjurias (Orat. pro Marcello).

Le sage, dit Sénèque , est au-dessus de l’injure : Sapiens injuria superior est (De Clementia ).

Les mondains estiment vil et honteux de pardonner une injure; ils se trompent, car il est très-honorable de saisir l’occasion d’exercer un acte de vertu héroïque , comme l’est l’acte de pardonner , de se réconcilier , d’aimer son ennemi. Voilà pourquoi l’homme qui sait oublier et pardonner une offense est sans aucun doute un homme supérieur. Maitre de sa colère et de la passion de la vengeance, il mérite gloire et estime.

De rien, dit Euripide, la langue imprudente fait naître de grandes altercations , de profondes haines et de déplorables luttes ; mais l’homme sage se garde bien d’exciter des querelles et de provoquer

PARLON DES INJURES. 494

des offenses; par sa magnanimité, il calme les haines les plus terribles (Plutarc., Vié illust. vir.).

Il vaut mieux, il est plus digne d’un grand cœur de pardonner. une injure que de demeurer vainqueur dans un différend, dit Musonius : Satius est, et excelso viro dignius , injuriam vincere quam litem (Anton. in Meliss. ).

Pittacus , l’un des sept sages de la Grèce, rencontrant l’occasion de se venger d’une injure, s’abstint d’en profiter et dit ; Le pardon vaut mieux que la vengeance: celui-là est le propre d’un caractère doux ; celle-ci ne plait qu'à un esprit féroce : Venia ultione melior est : illa namque mitis est ingenii, hæc ferini (Ita Laertius ),

Pythagore dit : Regardez comme une grande habileté de pouvoir supporter l’inexpérience des autres : Magnam peritiam existimato, qua ferre potes aliorum imperiliam (Plutarc., Vit. illust. vir.).

Celui qui se venge à son détriment d’un ennemi, dit Théophraste, se punit plutôt qu’il ne le châtie; ne tirez pas de vos ennemis une vengeance telle que vous nuisiez plus à vous qu’à eux-mêmes : Qui inimicum suo cum malo vindicat, dat potius pænam, quam ab illo sumat ; non autem ita inimicos ulciscaris ,-ut tibi magis quam illis, obsis (Plutarc., 1bid. ).

Garder le silence lorsqu'on est insulté, dit Plutarque , est un acte * si grand , qu'il tient de Socrate et d’Hercule; car l’un et l’autre méprisaient, comme le bourdonnement d’un insecte, les paroles injurieuses ( Anton. in Meliss. ).

Se taire en présence de quelqu'un qui vous insulte, et ne rien répondre à celui qui vous provoque, est une victoire complète, dit Valère-Maxime : Plena victoria est ad clamantem tacere ; nec respondere provocanti | Plutarc.).

En effet, l’homme qui agit ainsi trouve sa récompense et sa gloire dans sa patience et dans la guérison du prochain. Comme il n’y a rien de plus insensé que de répondre à ceux qui sont furieux, il n’y a rien de plus beau , de plus utile que de garder le silence lorsqu’on est provoqué ; l’homme sage et prudent ne s’émeut point des paroles injurieuses qu’on lui adresse : il se rappelle cette sentence de Sénèque : Le blâme des méchants est une louange : À malis vituperari, laudari est (De Clementia).

Saint Chrysostome parle admirablement de cette grandeur d’âme, de cette victoire qui pardonne les injures. Il enseigne qu’il faut vaincre son ennemi, non par la vengeance ; mais par la patience, le mépris des outrages et des railleries, Dans les combats olympiques,

consacrés au démon , la loi est de vaincre en faisant du mal à son adversaire ; mais dans la lice ouverte par J. C., elle est bien différente. Ici, ce n’est pas celui qui frappe qui doit être couronné, mais celui qui est frappé. Si nous étions pleins de mansuétude, nous serions invincibles, et aucune offense ne nous atteindrait. Demandez à votre ennemi sil ne souffre pas et s’il ne se regarde pas comme vaincu, lorsque vous riez et que vous méprisez ses insultes (1).

On demandait à Théodose le Jeune pourquoi il ne punissait pas sévèrement, et même de la peine capitale, ceux qui l’outrageaient : Plût à Dieu , dit-il, qu’il me fùt permis de rappeler les morts à la vie, loin de mettre à mort les vivants! (Socrat., Hist. eccles., pi VIE, 6. XXII ).

L’âme où règne la charité et la clémence ressemble au ciel. Comme le ciel très-spacieux embrasse la terre , l’échauffe par les rayons du soleil , la féconde, l’arrose de pluies bienfaisantes , la rafraîchit par de douces rosées ; ainsi une âme élevée embrasse dans sa générosité, sa douceur et sa charité, les habitants de toute la terre, les barbares , et ses ennemis eux-mêmes; elle fait du bien à tous ceux à qui elle peut en faire; elle arrose de sa miséricorde , comme d’une pluie céleste, les lieux les plus arides et les plus affreux, les déserts remplis de ronces et d’épines , c’est-à-dire les cœurs pleins de haine

et de vices ; et elle en fait le champ fertile de J. C. Puis, comme le firmament et tous les astres conservent toujours leur pureté, leur éclat et leur splendeur, comme les nuages les plus noirs, les vents, les tempêtes, le tonnerre et la foudre, ne peuvent les atteindre ; ainsi une âme grande et charitable est au-dessus de toute offense et de toute irritation; rien de tout cela n'arrive jusqu’à elle...

Sachez que rien n’est plus grand, plus noble, plus glorieux que d'oublier un outrage..….

Lorsqu'on vous frappe et qu’on vous outrage , dit saint Ignace de Loyola , tenez-vous ferme comme une enclume : il est d’un généreux athlète d’être frappé et de vaincre : Firmiter dum cæderis, quasi incus stato; generosi athletæ est cædi et vincere (In ejus vita).

Les offenses sont matière à exercer la vertu, dit saint Grégoire de Nazianze ; les adversités la font ressortir et l’embellissent. Il n’y a

(1) In olympiis certaminibus diabolo consecratis lex est, malefaciendo vincere: in stadio Christi, omnino lex est contraria : hic enim, non eum qui percutit, sed qui percutitur coronari decretum est, Si mansuetudinem exhiberemus, essemus omnibus insuperabiles ; nec ulla ad nos injuria perveniret. Roga inimicum an non doleat, an non censeat sewictum, cum rides, cum contemnis ejus injurias? (Homil. ad pop.)

PARDON DES INJURES: 193 rien de plus fort que ceux qui sont prêts à tout supporter : Viréuris materia esé molestia, et adversis ornatior redditur. Nihil est fortius vis qui ferre omnia parati sunt (Distich. ).

Rien ne rend digne de respect comme de savoir supporter une injure, dit saint Chrysostome : Vulla res œque facit venerabiles , atque injuriam sustinere (Moral. ).

Dire qu’il faut se venger en pardonnant et en aimant, est regardé par le monde aveugle comme un paradoxe, comme une opinion folle et extraordinaire ; cependant c’est la plus belle des vengeances, c’est une vengeance glorieuse et divine. Voilà comment J. C. s’est vengé du genre humain coupable ; et comment, à leur tour , Se sont vengés tous les saints.

Il n’y a pas de cœur aussi grand, aussi noble ; aussi respectable que celui qui est assez large pour donner toujours place au pardon. Il n’y a pas de cœur plus vil, plus étroit, plus digne de mépris, que celui qui n'a jamais su pardonner.

Prèrez l'oreille aux paroles de J. C. : Si vous remettez aux hommes leurs offenses, dit-il, votre Père céleste vous remettra les vôtres ; mais si vous ne remettez pas aux autres leurs offenses, votre Père céleste ne vous remettra pas non plus les vôtres (4).

L'abbé Jean disait: Supporter les injures, c’est s'ouvrir la porte du ciel : Porta cœli est injuriarum perpessio (Vit. Patr., lib. VIL €. iv).

Celui qui vous insulte, vous met dans le cas d’exercer un acte de grande vertu et de grand mérite ; il vous fournit l’occasion de remporier une victoire et de cueillir une couronne : ce n’est donc pas un mal qu’il vous fait; mais un bien qu’il vous procure, si toutefois vous savez prendre patience. Voilà pourquoi cet homme ne doit pas rencontrer haine et vengeance; mais plutôt amour, reconnaissance et remerciements. Ceux qui nous attaquent de parole et de fait, ne sont pas des ennemis, des tortionnaires, mais des tresseurs de couronnes ; loin de nous nuire , ils nous servent...

Ceux qui supportent une offense avec résignation , demeurent victorieux du démon , qui a fait naître l’insulte et qui les pousse à la colère et à la vengeance; de l’insulteur, qui voit son attaque inutile; d’eux-mêmes, qui auraient pu céder à l’envie de châtier leur adversaire. Ils triomphent devant Dieu, qui les récompense par de

(1) Si dimiseritis hominibus peccata eorum, dimittet et vobis Pater vester cœlestis delicta vestra ; si autem non dimiseritis hominibus , nec Pater vestér dimittet vobis peccâta vestra (Matth. vi. 14. 15).

Avantages que l’on trouve dans le pardon des injures,

très-grandes grâces et en leur destinant la gloire éternelle ; enfin, devant les auditeurs et les témoins, qui admirentleur prudence, leur patience, leur bonté, leur charité, et qui se sentent portés à les imiter...

Nous devons tout souffrir pour Dieu, afin qu’il nous tolère luimême. Supportons-nous les uns les autres avec patience, afin que Dieu nous supporte tous avec douceur, indulgence et miséricorde...

Ilest, dit saint Grégoire de Nazianze , il est utile et avantageux d’enchainer l’audace par la mansuétude et de rendre meilleurs ceux qui nous offensent en supportant patiemment ce qu’ils nous font endurer : Utile est audaciam mansuetudine vinéiri, et meliores reddere injuriam facientes, quæ nobis inferuntur patienter ferendo ( Distich. ).

Lorsque quelqu'un vous insulte, dit saint Chrysostome, ne faites pas attention à lui, mais au démon qui le pousse , et faites retomber sur ce dernier toute votre colère ; quant au malheureux qui suit l’impulsion du démon, ayez-en pitié (1).

Si je prends patience dans les injures, dit Tertullien, je ne souffrirai pas; etne souffrant pas, je ne désirerai pas de me venger : Si patientiæ incubabo, non dolebo ; si non dolebo, ulcisci non desiderabo (De Patient., e. 1x).

Dieu, ajoute ce grave auteur, se charge de garder ce que lui confie la patience. Si vous lui donnez en dépôt l’offense qu'on vous a faite, il en sera le vengeur; si le préjudice qu’on vous a porté, il le réparera ; si la douleur qu'on vous a causée, il la guérira; si la mort soufferte sans plainte , il vous ressuscitera (2).

Vous retirez trois grands avantages de la patience que vous montrez à ceux qui vous insultent et du pardon que vous leur accordez : vous remportez la victoire sur votre ennemi, vous édifiez le prochain et vous méritez les récompenses du Seigneur votre Dieu. Ainsi Saül, touché d’un bienfait de David, reconnut ses torts et lui dit : Vous êtes meilleur que moi; car vous m'avez fait du bien:, et moi je vous ai payé d’ingratitude..…. Si vous avez de bons procédés envers votre ennemi, vous confondez et vous torturez le démon , qui est l’auteur de toute l’inimitié que vous porte votre adversaire.

(1) Cum quis te offendit, noli ad ipsum aspicere , sed ad dæmonem impeéllentem , et iram totam in illum effundito; illius autem miscrere , qui a dæmone impellitur (Homil. ad pop.).

(2) Sequester patientiæ est Deus; si injuriam deposueris penes eum, ultor est;

si damnum, restitutor est; si dolorem , medicus est; si mortem , resuscitator est ( De Patient., ©. xt).

Car notre charité et notre patience tourmentent le démon, qui est dévoré d’envie, de malice et de haine...

La miséricorde est reine, dit saint Chrysostome, vraiment reine; elle rend les hommes semblables à Dieu : Misericordia regina est , vere regina, similes faciens homines Deo (Moral. ).

Les hommes cruels et sans pitié sont exposés à la vengeance de chacun ; à chaque pas ils ont à craindre leur ruine, parce que leur iniquité les précède, et que la haine de Dieu et des hommes les poursuit; au contraire, les hommes de miséricorde, ceux qui savent pardonner, n’ont à craindre ni injure ni violence, parce que leur douceur , la grâce de Dieu et FPamitié du prochain les précèdent, les accompagnent et les suivent...

Ecoutez J. G. : Moi je vous dis : Aimez vos ennemis, faites du bien à ceux qui vous haïssent, et priez pour ceux qui vous persécutent et vous calomnient ; afin que vous soyez les enfants de votre Père qui est dans les cieux, qui fait lever son soleil sur les hons et sur les méchants, et descendre la pluie sur les justes et sur les injustes : car si vous n’aimez que ceux qui vous aiment, quelle récompense en aurez-vous? Les publicains aussi ne le font-ils pas? Et si vous ne saluez que vos frères, que faites-vous de plus que tous les hommes?

Les païens ne le font-ils pas? Soyez donc parfaits, comme votre Père qui est dans les cieux (Matth. v. 44-48).

Quiconque hait son frère est homicide, ditl’apôtre saint Jean : Omnis qui odit fratrem suum, homicida est (L. nr. 43). Il le tue dans son cœur en l’en expulsant, et en lui souhaitant du mal...

La haine du prochain ne peut habiter avec l'amour de Dieu : Si quelqu'un dit : J'aime Dieu, et qu’il haïsse son frère, ajoute le même apôtre, il est menteur; car sil n’aime point son frère qu'il voit, comment peut-il aimer Dieu qu’il ne voit pas? (1)

L'homme haïneux est très-coupable, dit saint Basile (Æomul. ).

N£ point pardonner ést un péché tel, que si nous ne pardonnons pas, Dieu ne nous pardonnera pas. Et pardonner est un acte si méritoire qu’en l’accomplissant nous sommes sûrs du pardon. Dieu agit à notre égard comme nous agissons envers notre prochain : lorsque nous pardonnons, Dieu nous pardonne; lorsque nous nous vengeons, Dieu

(1) Si quis dixerit quoniam diligit Deum, et fratrem suum oderit , Mmendax est, Qui enim non diligit fratrem suum quem videt, Deum quem non videt quomodo potest diligere ? (I. 1v. 20.)

Ne point pardonner est un crime.

Dieu agira à notre: égard comme nous aurons agi envers le prochain,

Celui qui ne

pardonne pas

se condamne lui-même,

se venge. Dieu nous a ainsi laissé le choix du jugement qui devait nous être appliqué : doux, si nous pardonnons; inexorable, si nous conservons de la haine contre nos ennemis...

J. G. le dit expressément : Si vous remettez aux hommes leurs offenses, votre Père céleste vous remettra les vôtres; mais si vous ne remettez pas aux autres leurs offenses, votre Père céleste ne vous remettra pas non plus les vôtres (Matth. vr: 14. 15).

Méchant serviteur, dit dans l'Evangile le maître, ou plutôt J. C., méchant serviteur, je t’ai remis toute ta dette, parce que tu m'en as prié. Comme j'ai eu pitié de toi, ne devais-tu pas avoir pitié de ton compagnon? Et le maitre irrité le livra aux exécuteurs, jusqu’à ce qu’il payât toute sa dette. Ainsi vous fera mon Père céleste, conclut J. C., si chacun de vous ne remet de cœur à son frère ce que son frère lui doit : Sic et Pater meus cœlestis faciet vobis, si non remiseritis unusquisque fratri suo de cordibus vestris (Matth. xvur. 34. 35).

On vous mesurera avec la mesure dont vous vous serez servi envers les autres, dit J, CG. : Zn qua mensura mensi fueritis, remetietur vobis (Matth. vii. 2).

Un jugement sans miséricorde attend celui qui n’a point fait miséricorde, dit l’apôtre saint Jacques : Judicium sine misericordia ülli qui non fecit misericordiam (11. 13).

Celui qui veut se venger, dit l’Ecclésiastique, rencontrera la vengeance du Seigneur qui tiendra en réserve les péchés qu’il aura commis : Qui vindicari vult, a Domino inveniet vindictam ; et peccata illius servans servabit (XXVnI. 1).

Pardonne à ton prochain qui te nuit, dit encore l’Ecclésiastique, et quand tu prieras tes péchés te seront remis : AÆelinque proximo nocenti te ; et tune deprecanti tibi peccata solventur (xxvnx. 2).

Dieu ne pardonne pas à celui qui ne pardonne pas à son prochain : la haine est donc un crime...

S1 nous conservons de la haine, nous prononçons notre condamnation dans le Pater que nous récitons tous les jours. Seigneur, disons-nous , pardonnez-nous nos offenses, comme nous pardon+ nons à ceux qui nous ont offensés: Dimitte nobis debita nostra ; sicut et nos dimittimus debitoribus nostris (Matth. vr. 12). Si donc nous ne pardonnons point, Seigneur , ne nous pardonnez pas. Serviteur méchant, je te juge par ta propre bouche, dit J. C. : Ex ore tuo te judico, serve nequam (Matth. xvrr. 32). |

Que personne , exercant ses inimitiés, n'ait assez d’audace pour

s'approcher de Dieu afin de le prier, dit saint Chrysostome : Nemo adeo audaxz sit ut, inimicitias exercens » ad Deum pergat orandum (Moral. ).

L'homme , dit l’'Ecclésiastique, garde sa colère ‘contre l’homme : etil demande à Dieu sa guérison. I1 n’a pas pitié d’un homme semblable à lui, et il intercède pour ses propres péchés. Lui qui n’est que chair garde sa colère, et il implore la clémence de Dieu. Qui priera pour les péchés qu’il a commis ? ( 1)

La haine est à juste titre comparée à l'abeille qui, pour se venger, enfonce son aiguillon dans le corps de celui qu'elle poursuit, et qui, ne pouvant le retirer, perd son aiguillon et la vie, Ainsi celui qui se refuse à pardonner, murmure, fait du bruit, s’agite et, pour se venger et blesser son prochain, se blesse lui-même le premier, donnant la mort à son âme par le péché mortel. Le Prophète royal avait en vue cette ressemblance lorsqu'il disait : Ils se sont jetés sur moi comme un essaim d’abeïlles : Cércumdederunt me sicut apes (GXvIr. 12).

Comten est éloigné de la vertu mère du pardon, le vulgaire des hommes ! disait le bienheureux Thomas Morus. La plupart d’entre eux inscrivent les bienfaits sur le sable , et gravent les offenses sur . le marbre! Quam longe ab hac virtute abest vulgqus hominum ; beneficia pulveri, maleficia marmori insculpunt ! (In ejus vita.)

Celui qui dit être dans la lumière (de la raison, de l'Evangile , de la foi, dé la grâce), et qui haït son frère, est encore dans les ténèbres, dit l’apôtre saint Jean. Celui qui aime son frère (et qui lui pardonne ses offenses), demeure dans la lumière, et il n’y a point de sujet de chute en lui. Mais celui qui hait son frère, est dans les ténèbres et il marche dans les ténèbres, et il ne sait où il va, parce que les ténèbres ont aveuglé ses yeux (2).

Si vous avez commencé à être un homme de lumière , dit saint Cyprien, conduisez-vous comme il appartient à un disciple du Christ, car le Christ est lumière et jour. Pourquoi, vous abandonnant à l’aveuglement de la haine, éteignez-vous en vous toute lumière de

(1) Homo homini reservat iram, et a Deo quærit medelam? In hominem similem sibi non habet misericordiam ; et dè peccatis suis deprecatur? fpse cum caro sit, reservat iram, et propitiationem pétit a DeoŸ quis exorabit pro delictis illius ? (xxVII. 3-5.)

(2) Qui dicit se in luce esse , et fratrem suum odit, in tenebris est usque ädhüe, Qui diligit fratrem suum , in lumine manet, et scandalum in éo non est. Qui autem odit fratrem suum, in tenebris est, et in tencbris ambulat , et nescit quo eat ; quia, tenebræ obcæcaverunt oculos ejus ( £. 11, 9-11).

ill, 32

Aveuglement et méchanceté de celui qui se refuse à pardonner,

Il y a honte et faiblesse à ne point pardonner et à se venger.

paix et de charité? Pourquoi retournez-vous au démon auquel vous aviez renoncé? Pourquoi ressemblez-vous à Caïn? (1)

Comme celui qui a la charité a Dieu en lui, ainsi celui qui à la haine a le démon en lui, dit saint Basile : Sicué qui caritatem habet, Deum in se habet ; ita qui odium habet, dæmonium in se continet (Homil. in Epist. $. Joann.).

Celui qui haït son frère marche dans les ténèbres, et il ne sait où il va. Car, dit encore saint Cyprien, sans le savoir, il va dans l’enfer. Ignorant et aveugle, il court au châtiment; et cela parce qu'il s’éloigne de la lumière du Christ qui l’avertit et qui lui dit : Je suis la lumière du monde; celui qui me suit ne marche point dans les ténèbres, mais il aura la lumière de vie (2).

Il est certain qu’il n’y a pas de vice qui égare la raison et qui rende l’homme méchant, comme la colère, la jalousie et la haine...

Cest l’'aveuglement spirituel et la méchanceté du cœur qui sont les vraies causes des injures que l’on fait, et du refus de pardonner celles que l’on a reçues.

Écourez Aïistote : Comme il est d’un estomac faible, dit-il, de ne pouvoir digérer des aliments plus lourds que ceux auxquels il est accoutumé ; ainsi il est d’un esprit faible et bas de ne pouvoir supporter une parole un peu dure : Sicut enim debilis stomachi est ; cibum duriorem non posse concoquere : ita pusillanimi est, verbum duriusculum non posse sustinere (Lib. IV, c. 11).

Quoi ! dit saint Augustin, tant d’hommes, de femmes, d’enfants , de nobles et délicates vierges, ont supporté avec égalité d’âme d’être jetés dans le feu ou exposés aux bêtes, et nous disons que nous ne pouvons supporter les injures des hommes. Je ne puis comprendre de quel front, avec quelle conscience nous désirons avoir part, en compagnie de tous les saints, à l’éternelle béatitude, nous qui nous refusons à imiter leurs exemples dans les moindres choses (3).

(2) Si homo lucis esse cæpisti, quæ sunt Christi, gere : quia lux et dies Christus ést, Quid invidiæ cæcitate , omne pacis et caritatis lumen exstinguis ? Quid ad diabolum cui renuntiaÿeras, redis ? Quid Cain similis existis? (De Unit. Éccles.)

(2) Ille enim nescius in gehennam, ignarus et cæcus in pænam, recedens scilicet à Christi lumine, monentis et dicentis : Ego sum lux mundi ; qui sequitur me, non ambulat in tenebris, sed habebit lumen vitæ ( De Unit. Eccles.).

(3) Tot viri, tot mulicres, pueri, tantæ et tam delicatæ puellæ, flammas , et ignes, et bestias æquanimiter pertulerunt ; et nos hominum convicia dicimus tolerare non posse. Unde, nescio, qua fronte, nec qua conscientia, cum omnibus sanctis partem in

æterna beatitudine babere desideramus , quorum exempla sequiin rebus minimis fon acquiescimus ! ( Serm, Lx de Temp. )

Être fort poui nuire ; Cest avoir la puissance de la péste, dit Sénèque : Pestifera vis est valere ad nocendum (Lib. I de Clement. }.

En voulant montrer qu'il ne mérite pas une injure, celui qui se laisse promptement émouvoir par elle prouve qu’il la mérite, dit saint Ambroise. Celui donc qui méprise une injure, est plus estimable que celui qui s’en plaint. Car celui qui la méprise, la dédaigne comme s’il ne Ja sentait pas; tandis que celui qui s’en plaint montre par là qu’elle fait son tourment (4).

Dans les injures et les outrages, le vainqueur est plus faible et plus misérable que le vaincu, dit saint Basile ; car 1] sort de la lutte plus chargé de péchés (Regul. Brevior. GLXXVI).

Il vaut mieux, dit saint Grégoire de Nazianze, être vaincu en con. servant la décence, que de vaincre avec danger et injustice. Ceux qui aiment les disputes cherchent leur gloire dans une chose évidemment mauvaise, etils se glorifient de leur déshonneur (2).

L'homme impatient, haineux, vindicatif, est si faible , qu'il est vaincu, 1° par une injure... ; 2 par celui qui la lui adresse. ; 3° par la colère... ; 4° par le démon..; 3° par les témoins de sa lâcheté, qui le bläment et le condamnent...; 6 par Dieu, qui l’abandonne et qui le destine à subir des peines éternelles...

Nul n’est plus fort que celui qui est résolu de tout souffrir , dit saint Grégoire de Nazianze, Mais aussi, nul n’est plus faible , plus lâche que celui qui ne peut rien supporter, pas même une parole ( Distich. ).

Si vous vous emportez contre celui qui vous injurie, dit saint Basile, vous prouvez que vous méritez l’outrage qui vous est fait. Car qu’y a-t-il de plus insensé que la colère ? Mais si vous demeurez Calme, vous couvrez de honte celui qui vous insulte (3).

Oh! qu’insulté , Dieu se conduit bien autrement que les hommes ! L'homme prépare la vengeance ; Dieu prépare le pardon et la réconciliation.L’homme sévit pour perdre ; Dieu, pour corri ger et sauver: L'homme obéit à la passion, à la colère, à la haine; Dieu agit sans émotion et par raison. L'homme se venge ; Dieu exerce sa justice ; sa

(1) Is qui cito injuria movetur, facit se dignum videri contumelia , dum vult; ed indignus probari. Melior est itaque qui contémnit injuriam quam qui dolet : qui énim contemnit, quasi non sentiat, ita despicit; qui autem dolet, quasi senserit, torquez tur (Lib. I Offc., ce. xxvr).

(2) Præstat honeste vinci, quam périculose et injuste vincere. Qui ingenio sunt bellicoso , gloriam suam ex publico malo venantut, et dedecore suo gloriantur (/# Distich.).

(3) Si irasceris Convicianti, convicia approbasti. Quid enim ira insipientius? Si vero nihil moveris iram, injuriam facientem pudore affecisti (In Regul. brev. cuxxvi),

Combien puni et malheureux est l'homme qui ne pardonne pas.

clémence , sà douceur. L'homme agit promptement et en aveugle; Dieu agit lentement et avec intelligence. L'homme ne pèse ni ce qu’il dit, ni ce qu’il fait; Dieu opère avec poids et mesure.

Les pensées de l'homme haineux et irrité ressemblent aux petits de la vipère, qui rongent les entrailles de leur mère, dit saint Jérôme : Lrati hominis cogitationes partus sunt viperæ, viscera matris corrodentes (Epist.).

L'homme qui insulte, et celui qui ne peut supporter l’outrage, sont l’un et l’autre torturés par l’injure, la colère, la jalousie, la haine, les projets de vengeance, enfin par le démon; ils sont détestés de Dieu et des honimes..….

Méprisant l'humilité, les hommes haineux, dit saint Auguslin ; veulent se venger, comme si le mal d'autrui pouvait être utile à qui que ce soit. Celui qui a été lésé , offensé, veut se venger; il cherche un adoucissement à sa peine dans le mal d'autrui, et s’attire un grand tourment. Vous pensez que c’est beaucoup que de vous venger de votre ennemi; mais si vous voulez absolument vous venger d’un ennemi , tournez-vous du côté de votre colère; car elle est vraiment votre ennemie, elle qui tue votre âme. Voilà pourquoi vous devez prier Dieu , afin qu’il fasse périr non votre ennemi, mais votre inimitié : agir ainsi est une sainte vengeance (1).

Se venger en se donnant un plaisir cruel, c’est imiter les démons, qui nous font du mal autant qu’ils peuvent par pure méchanceté. Mais comme le vain plaisir qu’ils trouvent à nous persécuter et à nous rendre malheureux n’adoucit pas leurs supplices; de même le plaisir que l’homme vindicatif puise dans la haine et dans la vengeance n’adoucit pas ses maux et ses tourments; au contraire, il ne fait que les augmenter...

Il n’est pas d'hommes aussi malheureux que ceux qui ne veulent pas pardonner. La vue de leur ennemi les torture ; penser à lui est un supplice. Si quelqu'un loue cet ennemi, ou l’estime, ou l’aide, cela les rend malades d’envie et de fureur; s’il prospère, $a prospérité les tue. Ils n’ont jamais de repos : leur conscience les fatigue,

(4) Cum humiliari dedignantur , vindicari volunt, quasi pœna cuique prodesse ipossit aliena: læsus, injuriam passus , vindicari vult ; de aliena pœna sibi quærit medicamentum, et acquirit grande tormentum. Magnum aliquid putas, si te de inimico tuo vindicas; sed si te vis vindicare de inimico tuo, ad ipsam iram te converté ; quoniam ipsa est inimica tua, quæ occidit animam tuam. Quare orañdus est Deus ut vccidat, non iuimicum, sed inimicitiam : hæc enim est sancta vindicta (Serm. xL1).

leurs crimes sont toujours présents à leurs yeux, la justice de Dieu les poursuit, l’image de leur ennemi les accompagne, la haine et l’indignation publiques s’attachent à eux ; ils se harcèlent eux-mêmes comme s'ils se détestaient, les démons les entourent ; en un mot, ils trouvent l'enfer dès ici-bas..….

Celui qui cherche à faire du mal à son prochain ne lui nuit en rien, dit saint Chrysostome; mais il se prépare un trésor de tourments qui ne finiront jamais. Les frères de Joseph, en le persécutant, l’ont couvert de gloire, et se sont accahlés eux-mêmes d’ignominie (1).

Ne vous vengez point vous-mêmes, bien-aimés ; dit le grand Apôtre aux Romains, mais laissez agir la colère de Dieu ; car il est écrit : À moi la vengeance, et je l'accomplirai, dit le Seigneur : Non vos defendentes, carissimt, sed date locum ire ; scriptum est enim : Mihi vindicta, ego retribuam, dicit Dominus (x. 19). Mais, continue l’Apôtre, si votre ennemi a faim, donnez-lui à manger; s’il a soif, donnez-lui à boire; car en faisant cela, vous amasserez des charbons de feu sur sa tête : Sed si esurierit inimicus tuus, ciba Ulum ; si sitit , potum da illi : hoc enim faciens, carbones ignis congeres

super caput ejus (Rom. x11. 20 ). Laissez agir la colère de Dieu , c’està-dire gardez le silence , cédez à l’homme emporté, souffrez patiemment ses offenses, pardonnez-lui, dilatez votre cœur pour y faire entrer la charité , et si votre ennemi ne‘profite pas de l’exemple que vous lui donnez, il aura à répondre à Dieu de sa conduite,

C’est à moi qu'appartient la vengeance, et je l’accomplirai,, dit le Seigneur : Mea est ultio ; et ego retribuam (Deuter. xxxir. 35).

Quoi que vous ayez souffert, dit Platon, vous ne devez jamais user d'insultes ni vous venger : Vullo modo injuriandum est, neque ulciscendum , quideumque ipse passus fueris (De Legibus),

Ne dites point, je me vengerai; mais attendez le Seigneur, et il vous délivrera, disent les Proverbes : Ne dicas : Reddam malum : exspecta Dominum, et liberabit te (xx. 22). Ne dites point ni de pensée ni de vive voix : Je me vengeraï; car, rendre le mal pour le mal, ce n’est pas un acte de justice, mais de vengeance; acte défendu par le droit et par toutes les lois. IL faut repousser l’injure

(1) Qui proximum affligere tentat, illi quidem nihil nocet ; sibi autem immorfalia tormenta thesaurizat. Fratres persequendo Joseph, ipsum gloria, seipsos ignominia affecerunt (7n Psal,),

Il faut laisser à Dieu

le soin de noug venger.

I faut pardonner toujours; et pardonner

non-seulement extérieu-

rement, mais de cœur,

avec le bouclier de la patience, et non par le trait de la vengeance..….

Attendez le Seigneur, et il vous délivrera. Cela signifie que l'offensé doit désirer sa délivrance, mais non le châtiment du provocateur. Cela veut dire aussi que l’homme insulté, blessé, doit recourir, non à ses amis, ni à lui-même, ni à des gens armés , mais à Dieu ; ne voir que Dieu, mettre en lui seul sa confiance, et attendre de lui sa délivrance. Il doit embrasser la croix de tout son cœur , et l'appliquer sur ses blessures comme un remède très-efficace. J. G. est toujours prêt à venir au secours de celui qui est affligé, et qui l’invoque conformément aux paroles du Psalmiste : Comme le serviteur tient les yeux attachés sur son maitre, une servante sur sa maitresse , ainsi mes regards sont fixés sur le Seigneur notre Dieu , jusqu'à ce qu'il ait pitié de nous (1).

Voyez avec quelle attention et quelle persévérance le chien regar de son maître et se tient près de lui, lorsqu'il est à table, attendant patiemment que celui-ci lui donne à manger; regardez aussi Jésus, ne le quittez pas , et il vous accordera toutes les grâces...

Quand votre ennemi tombe, disent les Proverbes , ne vous réjouissez pas de sa ruine et que votre cœur ne tressaille pas de joie. Ne dites pas : Je lui ferai comme il m’a fait; moi le Seigneur, je rendrai à chacun selon ses œuvres (2).

Pierre s’approchant de Jésus, lui dit : Seigneur , si mon frère pèche contre moi, combien de fois lui pardonnerai-je? jusqu’à sept fois? Jésus lui dit : Je ne vous dis pas jusqu'à sept fois, mais jusqu’à septante fois sept fois (3).

Ne soyez pas vaincu par le mal, dit le grand Apôtre, mais triomphez du mal par le bien : Mofi vinci a malo, sed vince in bono malum (Rom. x1r. 21), I ne triomphe pas du mal par le bien celui qui n’est bon qu’en apparence, dit saint Augustin, et qui est mauvais au fond; celui qui épargne d'action, et qui sévit de cœur; celui qui a la main

(1) Sicut oculi servorum in manibus dominorum suorum , sicut oculi ancillæ in manibus dominæ suæ ; ila oculi nostri ad Dominum Deum nostrum, donec misereatur nostri (Gxx11. 2).

(2) Cum ceciderit inimicus tuus, ne gaudeas ; et in ruina cjus ne exsultet cor tuum. Ne dicas : Quomodo fecit mihi, sic faciam ei : reddam uniquique secundum opus suum (xx1v. 17, 29).

(8) Accedens Petrus ad eum, dixit : Domine, quoties peccabit in me frater meus , et dimittam ei? Usque septies? Dicit illi Jesus : Non dico tibi usque septies , sed usque septuagies septies (Matth, xyrr, 21. 22).

douce, et la volonté cruelle (1). Tel est l’homme qui cache par hypocrisie sa haine et ses désirs de vengeance. Le pardon qui ne part pas du cœur ne vaut rien, pas plus que le repentir qui n’existe que sur les lèvres...

Le pardon doit à la fois exister dans le cœur , et se manifester à l'extérieur par la réconciliation. Le pardon extérieur est nécessaire pour l'édification du prochain; et le pardon intérieur pour satisfaire à Dieu qui sonde les reins et les cœurs. Dieu exige l’un et l’autre, Pardonner intérieurement, sans vouloir pardonner extérieurement, c’est scandale ; pardonner extérieurement, sans pardonner de cœur, c’est hypocrisie.

Celui qui cache dans son cœur le souvenir des injures , dit saint Ephrem, ressemble à celui qui nourrit un serpent dans son sein ; il se fait plus de mal qu’il n’en fait aux autres (2).

I ya, dit saint Augustin, plusieurs espèces d’œuvres de miséricorde qui, employées, nous sont d’un grand secours pour obtenir le pardon de nos péchés ; mais il n’y en a pas de plus grande que de pardonner de tout son cœur les offenses recues (3).

Accorez-vous promptement avec votre adversaire, pendant que vous cheminez avec lui; de peur que votre adversaire ne vous livre - au juge, que le juge ne vous livre à l’appariteur, etque vous ne soyez jeté en prison, dit J. C. Je vous Le déclare en vérité, vous n’en sortirez point que vous n’ayez rendu jusqu’au dernier quadrant (4).

Que le soleil ne se couche point sur votre colère, dit saint Paul : Sol non occidat super iracundiam vestram (Ephes. 1v. 26). Ces paroles signifient qu'il faut promptement réprimer sa colère , et que le pardon des offenses ne doit pas se faire attendre. Que le soleil ne se couche pas, c’est-à-dire que J. G., qui est le vrai soleil, ne disparaisse pas avant que vous ayez pardonné..….

Ecoutez saint Augustin : Que le soleil, dit-il, ne se couche pas sur votre colère, de peur que J. G. n’abandonne votre âme; car J. C. ne

(1) Non vincit in bono malum, qui in superficie bonus est, ct in alto malus; opere parcens, corde sæviens ; manu mitis, voluntate crudelis ( Sentent. cexLvn ).

(2) Qui memoriam injuriarum abscondit in corde suo , similis est ei qui in sinu suo serpentem nutrit; utique sibi magis quam aliis nociturum ( De Tim. Dei).

(3) Multa sunt genera miserdtionum, quæ cum facimus, adjuvamur ut dimitfantur nobis nostra peccata; sed ea nihil est majus qua ex corde dimittimus quæ quisque peccavit ( Serm. corrt de Temp.).

(4) Esto consentiens adversario tuo cito dum es in via cum eo; ne forte tradat te adversarius judici, et judex tradat ministro, et in carcerem mittaris. Amen dico tibi non exies inde, donec reddas novissimum quadrantem (Matth. v. 25. 26).

Il ne faut pas différer de pardonner,

11 faut faire les premières démarches de réconciliation,

sO4 PARDON DES INJURES.

veut pas habiter avec la colère et la haine. Chassez-les de votre cœur, . avant que la lumière visible disparaisse, de peur que J. G.; lumière invisible , ne vous abandonne (1).

° S1 offrant votre don à l’autel, dit J. C., vous vous. souvenez que votre frère a quelque chose contre vous , laissez votre don devant l'autel , et allez d’abord vous réconcilier avec votre frère; et après vous viendrez offrir votre don (2). J. C. ne dit pas : Si vous avez de la haine, déposez-la; mais si votre frère a lui-même quelque haïne contre vous , allez Le premier le conjurer de renoncer à sa haine. Allez-y avant de faire l’offrande de votre cœur et de vos prières à Dieu , avant d'entrer dans le lieu saint , avant de vous confesser ou de communier. …

C’est un aveuglement et un malheur de ne pas chercher à se réconcilier, et même de ne pas faire soi-même les premières démarches.

Plongés dans les ténèbres de l’erreur , les mondains regardent comme quelque chose de honteux et de dégradant de faire des avances : mais ils se trompent; car il n’y a rien de plus honorable que d'accomplir un acte d’héroïque vertu, tel que celui dont il est ici question. Voilà pourquoi, füt-il le moins coupable des deux , ne le füt-il même pas, celui qui prévient son adversaire et qui l'invite à la paix, est, sans aucun doute, estimable, généreux, noble et magnanime. Vainqueur de la colère et de la haine , il mérite éloges, gloire et récompense ; car il met à néant les pensées et les projets hostiles qui existaient soit en lui-même, soit dans ses ennemis. Il imite la divinité. Dieu infiniment grand et à qui tout honneur et toute gloire sont dus, ne prévient-il pas par sa grâce les pécheurs , qui sont ses ennemis? Ne les avertit-1l pas, ne les presse-t-1l pas de vouloir bien se réconcilier avec lut-et d'accepter son pardon? N’a-t-il pas envoyé dans ce but sur la terre, J. G. son Fils unique , selon ces paroles de l’Apôtre : Dieu était dans le Christ, se réconciliant le monde? Deus erat in Christo mundum reconcilians sibi (IL. Cor. v. 19). Ainsi, par son exemple, Dieu a honoré et glorifié l'acte de se

(1) Sol non occidat super iracundiam vestram , ne Christus deserat mentem tuam : quia non vult Christus habitare cum iracundia. Ejice iram de corde, antequam occidat lux ista visibilis, ne te deserat lux illa invisibilis ( Z# Psal. xxvt).

(2) Si offers munus tuum ad altare, et ibi recordatus fueris quia frater tuus habet aliquid adversum te; relinque ibi munus tuum ante altare, et vade prius reconciliari fratri tuo ; et tunc veniens offeres munus tuum (Matth. y. 23. 24),

réconcilier avec son ennemi, et de faire les premières démarches. J. G. n’alla-t-il pas le premier au-devant de Judas qui venait à lui pour le trahir et le livrer aux bourreaux ? Ne lui donna-t-il pas le nom d’ami? Qui oserait estimer déshonorant ce que Dieu à regardé comme très-honorable, même pour lui?

Les hommes stupides qui n’ont ni religion ni charité se figurent que la grandeur d’âme, que l’honneur, que le caractère consistent à se montrer intraitables en présence des offenses reçues. C'est là une pensée et une conduite dignes du démon, une imitation de ses actes. C’est par suite de l’orgueilleuse opiniâtreté qui se refuse à faire des avances, que les inimitiés, Les haines, les vengeances se perpétuent parmi les pécheurs du monde, ni l’un ni l’autre des deux coupables ne consentant à commencer de se réconcilier, encore moins à demander pardon, fût-il le premier agresseur. C’est même ordinairement le plus coupable qui met le plus d’entètement à éviter une démarche si belle, si édifiante, si honorable, si digne d’éloges. Que mon adversaire fasse les premiers pas, dites-vous; et si votre adversaire en dit autant, vous mourrez donc l’un et l’autre sans vous être ni réconciliés, ni parlé, ni même vus; vous quitterez la terre avec la haine dans le cœur, laissant pour tout souvenir un scandale affreux; et vous paraitrez ainsi au tribunal de Dieu! Ah! vous êtes déjà

jugés et condamnés ! C’est alors que vous ne sortirez pas des mains du Juge souverain des vivants et des morts, avant jd’avoir payé jusqu’à la dernière obole. Mais n'ayant plus de quoi payer et ne le pouvant plus, vous serez à jamais détenus dans le lieu de la haine éternelle...

Celui qui se réconcilie le premier fait preuve d’une âme libérale, maîtresse de la colère et de la haine, d’une âme douce et génereuse; je dirai plus, d’une âme céleste et divine.

- Saint Chrysostome montre admirablement combien il est honorable et méritoire de prévenir son ennemi, et de l’inviter à la réconciliation , en ce que cette démarche est un acte de vertu héroïque, et un très-grand bien pour tous les deux. Or, l’auteur de ce grand bien n’est pas celui qui est prévenu et prié, mais celui qui prévient et qui prie son adversaire de se réconcilier et de pardonner. Celui qui fait les avances, dit ce saint docteur, a tout le mérite et la récompense de l’action. Car, si vous n’abandonnez la haïne et la vengeance que parce qu’on vous en a prié et qu’on s’est humilié devant vous, quel mérite avez-vous? Il appartient tout à celui qui vous à ainsi prévenu etsupplié. Ce n’est pas en obéissant à Dieu que vous avez

Motifs qui obligent de

pardonner,

accompli la loi du pardon, mais en faisant orgueilleusemen grâce (1).

J. C. n’est-il pas descendu le premier vers nous, afin de nous appeler à lui, de nous réconcilier et de nous pardonner ; cependant il était innocent, et nous étions coupables et très-coupables. Celui-là seul donc est chrétien et de la suite de J. C., qui imite le Sauveur et qui fait les premières démarches...

Il n'appartient qu’à une âme petite et étroite d’entretenir les inimitiés ; au contraire , les faire disparaitre est d’une âme grande et élevée. Voilà pourquoi Moïse, demandant à Dieu qu’il voulût bien pardonner aux Juifs révoltés, fit entendre ces remarquables paroles : Que la force du Seigneur apparaisse dans toute sa gloire, comme vous l’avez juré lorsque vous avez dit : Le Seigneur est patient et riche en miséricorde ; il enlève les iniquités èt les crimes. Pardonnez, je vous prie, le péché de ce peuple, selon la grandeur de votre miséricorde (2).

Preuer motif. Nous avons outragé Dieu mille fois plus qu’on ne nous à outragés; nous avons donc un besoin immense que Dieu nous pardonne... Mais Dieu ne nous pardonnera qu’à la condition que nous pardonnerons nous - mêmes; nous devons donc pardonner...

Second motif. Notre faiblesse. Il n°y a pas de crime commis par un homme que tout autre homme ne puisse commettre, si Dieu, qui nous à créés et qui nous dirige, l’abandonne, dit saint Augustin : Nullum est peccatum quod fecit homo , quod non possit facere alter homo , si desit Rector a quo factus est homo (Soliloq., ce. xv). Soyons donc indulgents envers ceux qui nous offensent.….

Troisième motif. Notre parenté en Adam et en J. C. Rappelonsnous que nous sommes membres les uns des autres, dit saint Paul : Sumus invicem membra (Ephes. 1v. 25).

Autres motifs. Nous sommes tous Le créés à l’image de Dieu... , 2° enfants de Dieu... , 3° rachetés par le sang de J. C..., 4° membres de J.C...., 5° enfants de la même Eglise.., 60 frères en Adam, en J. C. et en l'Eglise... , To destinés au ciel.…, 8o issus de la même

(1) Qui enim prior venit, is totum lucrum anticipat. Si enim ab alio exoratus 3 iram relinquis, illi imputetur, cujus precibus impetratum est. Non enim Deo obtempérans, sed illi gratificans, legem adimplevisti (Homil. ad pop.).

(2) Magnificetur ergo fortitudo Domini, sicut jurasti, dicens : Dominus patiens, et multæ misericordiæ , auferens iniquitatem et scelera ; dimitte, obsecro, peccatum populi hujussecundum magnitudinem misevicordiæ tuæ (Num, xiv. 17-19),

souche et tous mortels; sous ces deux rapports nous sommes parfaitement égaux... 9° Nous avons tous besoin d’indulgence, étant tous faibles et pécheurs..... 10° Le précepte de Dieu, qui est si formel, n’excepte personne... 410 Notre salut et notre bonheur éternel sont à ce prix...

Nous supportons facilement les injures, lorsque nous passons € en revue au fond de notre conscience les péchés que nous avons commis, et que nous voyons que nous en avons mérité de plus grandes, dit saint Grégoire : T’unc illata convicia bene toleramus, cum in secreto mentis ad mala perpetrata recurrimus, et majora nos meritos videmus (Moral., lib. XXXI, c. xvir).

Il faut se dire avec un cœur contrit et humilié : J'ai offensé Dieu mortellement; j’ai mérité de brüler durant toute l’éternité dans l'enfer et d’être insulté, bafoué, méprisé, tourmenté par les démons, et je ne supporterais pas avec résignation cette parole, cette légère insulte d’un de mes semblables?.,; Mais si l’on savait combien en effet je suis coupable, on m’en dirait et on m’en ferait bien davantage.….. Cette injure, cet affront n’est pas la millième partie de ce que je mérite...

Toutes les injures qu'on peut nous adresser ne sont rien, si nous les comparons à ce que nous méritons, dit encore saint Grégoire : de là ‘ vient qu’elles méritent plutôt de la reconnaissance que de la colère (1):

Voici encore deux puissants motifs qui nous engagent à pardonner : le premier, c’est le sort de l’homme qui ne pardonne pas : il est tourmenté au dedans de lui-même; il est détesté de Dieu et des hommes , maudit du ciel et de la terre... ; le second , c’est le bonheur que goûte celui qui sait pardonner généreusement : il a la paix du cœur, la tranquillité de la conscience; il est aimé et honoré, béni de Dieu et des hommes ; il passe une vie heureuse, meurt de la mort des justes, et s’assure le ciel...

Que toute amertume, et colère, et indignation, et clameur, et détraction soit dtée de vous, avec toute malice, dit saint Paul aux Ephésiens. Soyez bons et miséricordieux les uns envers les autres; vous pardonnant les uns aux autres, comme Dieu vous a pardonné en J. C. (2)

(4) Leve quippe videtur quod injuria percutimur, dum in actione nostra perspicimus, qui pejus est quod meremur : sicque fit ut contumeliis gratia magis quam ira debeatur ( Moral., lib. XXXI, c. xvir).

(2) Omnis amaritudo, et i ira, et indignatio, et clamor , et blasphemia tollatur a

Il faut se

pardonner

mutuelle ment.

Prétextes qu’on allègue pour ne pas pardonner et ne point se réconcilier.

Quelle est la vraie manière de se venger noblement , victorieuse= ment et saintement.

O sublime et divine morale! que l’univers serait heureux, si elle était observée!

Soyez donc les imitateurs de Dieu, comme ses enfants bien-aimés, continue le grand Apôtre; et marchez dans l’amour, à la suite du Christ qui nous a aimés, et s’est livré lui-même pour nous en oblation à Dieu et en hostie de suave odeur (1).

Ayez une charité abondante, écrit-il aux Thessaloniciens; conservez la paix entre vous. Nous vous en prions, reprenez les turbulents, consolez les affaissés , soutenez les faibles, soyez patients avec tous. Prenez garde que nul ne rende à autrui le mal pour le mal; mais cherchez toujours le bien les uns des autres, et de tous. Je vous adjure, par le Seigneur, que cette lettre soit lue à tous les frères. La grâce de Notre-Seigneur J. C. soit avec vous (2).

Pourquoi nous’offenser les uns les autres? dit saint Chrysostome. Pourquoi nous faire la guerre? Ne nous est-il pas ordonné de nous aimer tous, et même nos ennemis les plus mortels ? ( Moral.)

4° J5 ne veux pas pardonner... ; 2 je ne le peux pas... ; 3 c’est moi qui ai été insulté...; 4 je n’avais pas fourni d'occasion... ; 8° mon honneur serait compromis... ; 6 on se rirait de moi... ; 7° l’injure est trop forte. ; 80 mon adversaire est un méchant homme... ; 9 si je pardonne, il recommencera.… ; 10o il a cherché à me ravir ce que je possède. ; 110 il a attaqué ma réputation. ; 120 il a attenté à ma vie... ; 13° qu’il fasse du moins les premières démarches. ; 14° je lui pardonne, mais je ne veux ni le voir ni lui parler...; 15 je lui parlerai, mais je garderai ma rancune..….

Toutes ces plaintes, tous ces prétextes, tous ces accommodements tombent devant ce que nous avons dit plus haut.

Arnez vos ennemis, dit J.C., faites du bien à ceux qui vous haïssent, et priez pour ceux qui vous persécutent et vous calomnient : Diigite inimicos vestros ; benefacite his qui oderunt vos , et orate pro

vobis, cum omni malitia. Estote autem invicem benigni , misericordes , donantes invicem, sicut et Deus in Christo donavit vobis (1v. 31. 32 je

(1) Estote ergo imitatores Dei, sicut filii carissimi. Et ambulate in dilectione sicut et Christus dilexit nos, et tradidit semetipsum pro nobis oblationem et hostiam Deo in odorem suavitatis (Ephes. v. 1.2).

(2) Rogamus vos ut habeatis illos in caritate.., ; pacem habete cum eis.……. Rogamus vos, corripite inquietos, consolamini pusillanimes, suscipite infirmos, patientes estote ad omnes, Videte ne quis malum pro malo alicui reddat: sed semper quod bonum est sectamini in invicem, et in omnes. Adjuro vos per Dominum, ut legatur epistola hæc Omnibus fratribus. Gratia Domini nostri Jesu Christi vobiscum (I, v. 12-15. 27. 98),

PARDON DES INJURES: . 509 persequentibus et calumniantibus vos (Matth. v. 44). Voilà comment J. C. s’est vengé. Oh! la belle, la sublime, la divine vengeance |...

Si votre ennemi a faim, donnez-lui à manger, dit saint Paul; s’il a soif, donnez-lui à boire; car en faisant cela vous amasserez des Charbons de feu sur sa tête : Si esurierit inimicus tuus, ciba illum; si sûtit, potum da ill. Hoc enim faciens, carbones ignis congeres super caput ejus (Rom. xIr, 20). Votre ennemi sera confondu, il rougira de sa conduite et en changera. Vous amasserez des charbons de feu sur sa tête, c’est-à-dire vous amasserez sur sa tête le feu de la charité et de l’amour !.…

Celui qui obéit à la haine et qui se venge, n’est pas vainqueur de son ennemi; il est vaincu. Car, dit Tertullien, celui qui vous blesse vous blesse pour vous faire souffrir ; le fruit qu’il veut recueillir est votre douleur. Lors donc que vous trompez son attente en ne faisant entendre aucune plainte, c’est lui qui nécessairement en vient à souffrir d’avoir manqué son but. Ainsi, non-seulement vous vous retirerez sans blessure, mais encore avec le plaisir d’avoir trompé l'attente de votre adversaire, et de vous être préservé de toute souffrance (1).

Comme le feu éteint l’eau ; ainsi la patience et la bonté apaisent . la haine et la soif de la vengeance.

Comme un boulet de canon perd de sa force en frappant un sac plein de laine; ainsi les injures s'arrêtent devant la mansuétude.

Si vous voulez vivre heureux, et vous venger noblement de votre ennemi, dit l’abbé Agathon, devenez semblable à une statue qui; si on l’insulte, ne s’ivrite pas; et si on la loue, ne s ’enorgueillit pas Pat Pate, ib, NIT.>c. xzm).

L’écho , dit saint Basile, ne renvoie pas mieux un cri à celui qui Pa jeté, que l'injure ne retombe sur son auteur , lorsqu'on prend patience (Serm. contra Irascent.).

Lorsqu'on essuie un outrage, il faut s’armer de patience, de calme, de douceur, de résignation , d'espérance en Dieu : par ces moyens on triomphe de l'injure, de son auteur, de soi-même, du démon, et en quelque sorte de Dieu auquel on ravit les célestes récompenses...

(1) Ideirco qui te læsit, ut doleas; qui fructus lædentis in dolore læsi est. Ergo, cum fructum ejus everteris non dolendo, ipse doleat necesse est, amissione fructus sui, Tunc tu, non modo illæsus abibis, sed insuper et adversarii tui frustralione delectatus, et dolore defensus ( De Patient, c. vin).

Enumération de neuf degrés d'amour des ennemis, qui sont autant de moyens de pardonner.

Les injures et les affronts arrêtent dévant la douceur , dit saint Grégoire de N ysse (Serm. xLIi ).

On doit prier Dieu de détruire , non pas celui qui nous insulte ; mais le péché qui résulte de ses offenses et de sa haine...

La haine se dompte par les armes de la charité. Heureuse et sûre victoire !.…

On demandait à saint Dorothée quel moyen il fallait prendre pour se mettre au-dessus des injures, et ne pas s’en irriter? Si vous vous méprisez vous-même, répondit ce pieux cénobite, vous n’éprouverez aucun trouble : Si feipsum contempseris, non perturbaberis (Vit. Patr.).

Vous a-t-on injurié, vous a-t-on blâmé? fermez la bouche, dit saint Chrysostome : si vous l’ouvrez, vous exciterez bien davantage cette sorte de vent. Vous voyez ce qui se passe dans un édifice , quand deux portes opposées sont ouvertes, et qu’un violent courant d'air s’est établi. Si vous fermez une des portes, vous ôtez toute force au souffle qui se faisait sentir. Ici aussi il y a deux portes : votre bouche et celle de celui qui vous insulte (4).

Dans l'amour des ennemis, saint Chrysostome indique neuf degrés : le premier consiste à ne pas chercher à leur nuire... ; le second, à ne pas repousser par l’injure, l’injure qu'ils adressent….; le troisième, à demeurer calme...; le quatrième, à ne pas se dérober aux affronts...; le cinquième, à accepter volontiers un outrage plus grand que celui qui est fait...; le sixième , à ne point haïr celui qui injurie..; le septième, à l’aimer...; le huitième ; à le combler avec plaisir de bienfaits..; le neuvième , à prier Dieu pour lui ( Æomil. xvim):

(1) Conviciatus est quisquam? vituperavit? Tu claude os tuum : si enim iliud äperueris, concitabis magis ventum hunc. Nunc vides in ædibus, quando directe dûæ januæ oppositæ sunt, et flatus vehemens irruerit ; si alteram clauseris, nihil valeat À m1 Ita et hic duæ sunt januæ, os tuum , et os illius ( HoBe, uin lad

Less. ): :

N père de famille, dit J. C., sortit de grand matin, afin de louer ee des ouvriers pour sa vigne. Et vers la troisième heure étant nul. sorti de nouveau , ilen vit d’autres qui étaient oisifs dans la

place. Il sortit encore vers la sixième heure et la neuvième. Enfin;

étant sorti vers la onzième heure , il en trouva d’autres qui étaient

là oisifs , et il leur dit : Pourquoi êtes-vous ici tout le jour sans rien

faire ? Quid hic statis tota dié otiosi ? (Matth. xx1. 1-3. 5. 6.) Voilà le

portrait des paresseux qui passent toutes leurs années dans l’inac-

tion.

Salomon peint en quelques mots la vie du paresseux : Vous dormirez un peu, lui dit-il, vous sommeillesez un peu, vous croiserez un peu les bras pour dormir : Paululum dormies , paululum dormitabis, paululum conseres manus ut dormias. Le paresseux veul et ne veut pas , dit-il ailleurs : Vuf et non vult piger (x. 4). $

Il y a trois manières de ne rien faire : 1° demeurer oisif… ; d he

- pas faire ce qu’on devrait faire, ou faire ce qu’on ne devrait pas faire. ; 3° faire mal ce qu’on fait...

La vie du paresseux ne sert à rien; il est un être inutile, par con” séquent , il mériterait de ne pas exister, |

Les paresseux sont des arbres sauvages, stériles et desséchés, qui occupent inutilement la terre... On peut comparer une vie oisive à un arbre sans racines, Les paresseux ne sont bons à rien ; ce sont des monstres dans la société. à.

L’oisiveté, dit Thémistocle, est l’ensevelissemenñt de l’homme tout vivant : Ofium est vivi hominis sepultura ( Plutarch. Vit. illust. vir. ). Sénèque exprime la même pensée ( Prov.). Démétrius qualifie de mer morte la vie oisive : Via otiosa mare mortuum (Epist. LXvIr).

A5 lieu de faire valoir le talent qu’il avait recu, le serviteur pares- re seux dont parle l’Evangile le cacha dans la terre. Son maitre, qui. il n’a rien. lui en demandait compte , lui dit : Serviteur mauvais et paresseux, ++

tu devais tirer profit de ce talent. Puis, s'adressant à ses autres ser-

viteurs : Reprenez-le-lui donc, ajouta-t-il, et donnez-le à celui qui

a dix talents; car on donnera à celui qui a, et’ il sera dans l’abon-

dance; mais à celui qui n’a pas; on Ôtera même ce qu’il semble avoir ;

La paresse est la cause et la mère de tous Les crimes.

(Matth. xxv). On ôtera à celui qui n’a pas, c’est-à-dire à celui qui ne se sert pas de son talent...

Celui qui maintenant, par lâcheté d’âme et par paresse , néglige de bien agir, dit saint Grégoire, mendiera la vie éternelle , lorsque le Soleil de justice se lèvera dans toute sa splendeur pour juger; mais elle lui sera refusée : Qui nunc propter pavorem mentis atque torporem , bene operari negligit; cum Sol justitiæ in judicio claruerit , mendicabit vitam , sed non accipiet (Moral. ).

S'il est comblé des biens d’ici-bas, le paresseux ressemble à l’homme dont il est parlé dans l’Apocalypse, et à qui le Seigneur adresse ces paroles : Vous dites : Je suis riche et opulent, et n’ai besoin de personne; et vous ne savez pas que vous êtes misérable et à plaindre, et pauvre , etaveugle , et nu : Dicis : Quod dives sum, et locupletatus , et nullius egeo : et nescis quia tu es miser , et miserabilis , et pauper , et cœcus, et nudus (x, 17). Vous êtes misérable, pauvre et nu , car vous n’avez rien des vraies richesses, des richesses de l’âme; aussi, je vous le déclare , vous êtes à plaindre.

L'orsiveré a enseigné tout vice, toute perversité, dit la sainte Ecriture : Mullam malitiam docuit otiositas (Eccli. xxxttr. 29 ).

L'oisiveté, dit le prophète Ezéchiel, a été l’iniquité de Sodôme : Üœc fuit iniquitas Sodomæ, otium ( xvr. 49). Elle a été la cause de toutes ses abominations.

Comme une terre qui n’a été ni semée, ni plantée, produit toute espèce de mauvaises herbes, dit saint Chrysostome; ainsi l’âme, toutes les fois qu’elle n’a rien à faire, s’abandonne aux actes de dépravation (1).

Samson fit la guerre aux Philistins, il fut invincible, et conserva ses forces merveilleuses; mais lorsqu'il se livra à l’oisiveté dans la maison de Dalila, il perdit sa chevelure et ses forces, fut pris, et eut les yeux crevés : l’inaction lui ôta la vue de l'âme, et Dieu se retira de lui. Tant que David se trouva au milieu des adversités et accablé par les travaux d’un pénible commencement de règne, il fut à l'abri des tentations de la chair ; mais lorsqu'il s’abandonna à un repos trop prolongé, il devint adultère et homicide. Tant que Salomon fut occupé à la construction du temple, il demeura victorieux de ses passions ; mais quand il obéit à la séduction de loisirs énervants, il se

(1) Sicut terra non occupata semente, aut consitione, quamlibet herbam produ-

cit; sic et anima, quoties non habet quod agat, pravis actionibus se tradit ( Homil, vil, ên II ad Cor.).

plongea dans les voluptés, et courba le genou devant des idoles. Le travail avait maintenu chastes ces trois grands hommes; l’oisiveté les corrompit.

Vous demandez, dit Ovide lui-même, vous demandez pourquoi Egisthe devint adultère ? La réponse n’est pas difficile : il était livré à loisiveté :

Quæritur Ægisthus quare sit factus adulter ?

In promptu causa est : desidiosus erat.

(Fabul.)

La paresse enfante les railleries, les calomnies, les médisances, l'amour du jeu, le vol, lintempérance, le Libertinage ; elle nourrit tous les vices et porte à tous les excès...

Comme les vers s’engendrent et se multiplient dans les bois tendres et mous, dit saint Basile; ainsi toutes les impiétés de l'esprit prennent naissance dans les âmes trop molles : Sicut vermes in lignis molloribus nascuntur ; ita animi impietates in mollioribus hominum mentibus oriuntur (Homil. de Grat. agend. ).

I n’y a point de vertu, quelque facile qu’elle soit, que la paresse ne rende très-pénible et presque impossible à pratiquer, dit saint Chrysostome (Anton. in Meliss., c. XLv).

Sant Chrysostome enseigne que c’est l’oisiveté d'Adam qui fut la cause de sa chute; si Adam eût été occupé, il n'aurait pas écouté le serpent (Æomil. xv in Genes.).

La paresse donne asile au démon ; elle est la source de toutes les pensées mauvaises et de tout péché... Plongés dans la torpeur de l'oisiveté, les paresseux, dit saint Bernard, sucent le crime (De Acedia).

Qu'est-ce que l’oisiveté, dit saint Cyrille, sinon la perte de l’heure qui passe et qui ne revient plus, l’effusion de la vie, le retour en arrière de celui qui avance dans son voyage? L’oisiveté produit la mollesse de la chair, engendre l’orgueil, enflamme la volupté, délie la langue, entretient l’indigence et amène le vol. L’eau qui ne coule pas se corrompt; l’épée qui ne sert pas se couvre de rouille; le pied qui ne s’exerce pas s’engourdit , et la teigne impitoyable dévore les vêtements que l’on a quittés (1).

(1) Quid enim est otium, nisi perditio irrevocabilis horæ, effusio vilæ, retrograda= tio proficientis? Hinc gignit carnis desidiam, parit superbiam, accendit luxuriam, UT. 33

Ravages que cause l’oisiveté.

Celui qui demeure oisif sera plongé dans l’indigence, disent les Proverbes : Qui sectatur otium replebitur egestate (xxvirr. 19). Le paresseux, dit Cassien, sera accablé par la pauvreté visible ou invisible, corporelle ou spirituelle, et très-souvent par l’une et l’autre à la fois; il ne peut éviter d’être la proie d’une foule de vices; il éprouve de l'éloignement pour la pensée et la contemplation de Dieu, et est dénué de richesses spirituelles ( De Znstit. monach., Lib. X, c. 11).

Le paresseux étouffe sa conscience ; il laisse se perdre ses richesses, sa santé, sa réputation et sa vie. Les oisifs sont ordinairement grands parleurs : conservant leurs mains inactives, ils font travailler leur langue.

Saint Bernard dit que la vie oïseuse est la mère des bagatelles, et la marâtre des vertus : Otiosa vita mater est nugarum, noverca virtur tum (De Consid., 6. x).

Les oisifs sont curieux, médisants et menteurs. Ne faisant rien, ils s’occupent à examiner, à peser et à juger les actions d’autrui, à les censurer, à recueillir les faits, à se moquer et à railler ; ils s’établissentles censeursde tous les hommes et se croient plus habiles qu’aueun d'eux. C’est ce qu’écrit le grand Apôtre aux Thessaloniciens : Nous avons appris que parmi vous plusieurs marchent sans règle, ne travaillant point, mais prenant pour mobiles de leurs actes la curiosité : Audivimus inter vos quosdam ambulare inquiele, nihil operantes, sed curiose agentes (U. mr. 11). Cest-à-dire, comme l'explique Maxime, que ne faisant rien eux-mêmes, ils ne .s’occupaient qu’à scruter avec curiosité les œuvres des autres : IVihif operis ipsi facientes, sed in aliena opera curiose inquirentes (Anton. in Meliss.). Le propre de ceux qui ne font rien, dit Théophilacte, est de s’enquérir de la vie des autres : Æ'orum qui nihil agunt, proprium est alienas sciscitars vitas (Anton. in Meliss. ).

Saint Bernard décrit comme 1l suit les tristes effets et les affreux ravages de la paresse : Lorsque le froid de la paresse s’est une fois emparé de l’âme, elle s’engourdit et son activité se ralentit ; elle feint de n’avoir plus de forces; elle aperçoit ce que les austérités ont de rebutant; elle se trouve envahie par la crainte de la pauvreté et dévient étroite; la grâce lui est soustraite, le temps lui parait long, la raison s’ascoupit, l'intelligence s’éteint, la première ferveur diminue, la tiédeur et ses ennuis augmentent , la charité fraternelle se solvit linguam, nutrit indigentiam, et introducit rapinam. Aqua putrescit immobilis ,

et inmotus ensis rubigine mox sordescit ; pes quietus obstupescit, et vestem depositam dirus tineæ dens corrodit (Catech., lib. IT, €. 1v).

refroidi, la volupté fait sentir ses caresses ; la sécurité où l’on est trompe, l’habitude entraine. Pourquoi m’étendrais-je davantage? La loi est méconnue, le droit et la règle sont mis de côté, le devoir est proscrit, la crainte du Seigneur abandonnée, Enfin on cède à l’impudence ; et ce téméraire qui court à sa perte, cet homme couvert de honte, plein d’ignominie ‘et de confusion, devient présomptueux. Alors il tombe des hauteurs de la vertu dans l’abime du vice, d’un chemin propre et bien pavé dans une boue infecte, du trône dans un cloaque, du ciel sur la terre, du cloître dans le monde , du paradis dans l’enfer (4),

Le paresseux , disent les Proverbes, n’a point voulu labourer à cause du froid; il mendiera aux jours de la moisson et il ne lui sera rien donné : Propter frigus piger arare noluit : mendicabit œstate, et non dabitur illi (xx. 4). Tout paresseux est toujours dans l’indigence, disent encore les Proverbes : Omnis Piger semper in egestate est (xx1, 5). J'ai passé par le champ du Paresseux et par sa vigne, et voilà qu’ils étaient pleins d’orties; les épines en couvraient la surface, et l’enceinte de pierres qui les protégeait était tombée : Per agrum hominis pigri transivi, et ecce totum repleverant urticæ , et operuerant Superficie ejus spinæ, et maceria lapidum destructa erat (Prov. xxIv. 30. 31).

Autant une fournaise ardente lance d’étincelles ; autant une âme oiseuse a de désirs divers. Celui qui veut se soustraire aux funestes convoitises , doit.donc fuir le repos, et s’adonner au travail...

La paresse corrompt la vertu, et le sentiment du devoir s’efface dans une âme oiseuse, dit Démocrite (Anton. in Meliss. , c. x1v).

La mollesse, une faiblesse féminine, la torpeur, l'amour de la vie, sont les compagnes inséparables de l’oisiveté, dit Aristote : Comitatur ignaviam mollities, effeminatio, torpor, vitæ cupiditas (Plutarch. ).

Comme l’eau pénètre par une fente dans la cale d’un navire, sans qu’on s’en aperçoive, et s’y amasse, jusqu’à ce que , par l’incurie des matelots, il coule à fond ; ainsi, par l’oisiveté et la paresse, dif saint

(1) Pigritiæ frigus, si semel animum pervaserit, subit quidam animi rigor, et vigor lentescit : languor fingitur virium , horror austeritatis intenditur, timor sollicitat paupertatis, contrahitur animus, subtrahitur gratia, protrahitur longitudo vitæ, sopitur ratio, spiritus exstinguitur, defervescit novitius fervor, ingravescit lepor fastidiosus, refrigescit fraterna caritas, blanditur voluptas, fallit securitas , r'éevocat consuetudo. Quid plura? dissimulatur lex, abdicatur jus , fas proscribitur, derelinquitur timor Domini, Dantur postremo impudentiæ manus: præsumitur ille temerarius, ille perdendus , ille turpissimus , ille plenus ignominia et confusione : saltus de excelso in abyssum, de pavimento in sterquilinium, de solio in cloacam, de cœlo in scænam, de claustro in seculum, de paradiso in infernum (Serm, Lxrrt in Cant.).

Bernard, les pensées mauvaises et les convoitises se multiplient dans le cœur, jusqu'à ce que, succombant sous le poids, cette faible nacelle enfonce dans l’abime du péché (1).

On place dans un endroit obscur les oiseaux qu’on veut engraisser pour les manger, et on les y garde sans mouvement : ainsi, plongés dans les ténèbres du vice, etlivrés à l’inaction , les oisifs vont à une mort prématurée , dit Sénèque ( Prov.).

Comme l’eau qui croupit dans un marais se corrompt, devient impropre aux usages de la vie, et se remplit d’animalcules et de reptiles venimeux : ainsi le corps du paresseux contracte des souillures et se trouve livré aux convoitises charnelles, qui font perdre à Pâme le sentiment du juste et de l’honnète , dit saint Laurent J ustinien (De Inter. conflictu ).

La paresse paralyse et les forces de Pâme et celles du corps...

Voyez une maison qu’on néglige d’entretenir.., un jardin ou une terre qu’on laisse sans culture... L’oisiveté nuit non-seulement dans les choses spirituelles, mais même dans les choses temporelles.

Celui qui s’abandonne à l’oisiveté est très-insensé, dit l’Ecriture : Qui sectatur otium stultissimus est (Prov. xrr. 11). Pourquoi le paresseux est-il très-insensé? 1° Parce que la paresse amène la pauvreté. Jusqu’à quand dormirez-vous, paresseux ? dit l’auteur des Proverbes. Quand sortirez-vous de votre sommeil ? Vous dormirez un peu, vous sommeillerez un peu, vous croiserez un peu vos bras pour dormir ; et l’indigence vous arrivera comme un voyageur; la pauvreté fondra sur vous comme un homme armé : Usquequo piger dormies ? Quando consurges e somno {uo? Paululum dormies , paululum dormitabis , pau- Lulum conseres manus ut dormias : et veniet tibi quasi viator egestas et pauperies quasi vir armalus....… (vi. 9-11.) 2 Parce que la paresse rend l'âme faible, lui enlève le courage et l’hébète. Celui qui est volontairement oisif, dit saint Chrysostome, parle et agit très-souvent avec témérité ; ilne fait rien durant tout le jour, son âme est pleine de langueur et de souillures : Qui est otiosus, et multa temere loquitur, et mulla agit temere; et tota die nihil operatur ; torpore et veterno mentem repletam habet (Homil. v in I ad Cor. ).

La paresse, dit ailleurs le même Père , amène l'ignorance et un débordement de pensées mauvaises. Elle chasse les bonnes pensées,

(1) Sicut per rimam sentinæ aqua latenter intrat , et excrescit , donec navis per nautarum incuriam demergatur ; ita ex otio atque ignavia cogitationes pravæ et concupiscentiæ multiplicantur, donec navis cordis eis succumbens , in peccato . pericli= tetur ( Serm. Lx in Cant.).

les bons désirs, les lumières, la grâce, la vertu, et tout bien (Homil. xv in Genes. ).

Par la paresse , l’homme , dit saint Pierre Chrysologue, rend inutiles les dons de la nature, les facultés de lâme, le bienfait de la raison, la supériorité de son intelligence , le jugement de son esprit, son aptitude aux arts, le bien de l'éducation; il refuse à son Créateur le fruit que devraient porter toutes ces choses et la reconnaigance qui devrait les suivre. Il mérite, comme un arbre stérile, d’être coupé et jeté au feu. S'il est un homme public, il nuit essentiellement à la société (Serm. avi). Rens

L’oisiveté tue le corps , et l’indolence tue l’âme , dit saint Chrysostome; l’exercice embellit admirablement l’un et l’autre : Ofium Corpus, mentem necat socordia; exercitatio utrumque pulcherrimum facit (Homil. LIv ).

C’est un grand mal que la paresse ; elle paralyse tout, dit le même saint docteur (/bid.).

Il faut craindre et éviter le repos dans le repos, dit saint Bernard : Cavendum est otium in otio (De Consid.); c’est-à-dire, il faut régler le repos dont on a besoin , ne pas trop s’y abandonner, l’offrir à Dieu, et le changer en vertu, comme les repas, le sommeil , etc... |

La paresse est une peste pour les mortels , dit Platon : Pestis mortalibus est ignavia (De Republ. ).

Ne faire attention à rien, c’est être insensé; ne rien faire, c’est être mort quoique vivant, dit Sénèque ( Prov. ).

L'homme vertueux abhorre l’oisiveté, dit Valère Maxime (Lib. I, C. VIL).

En ne faisant rien , nous apprenons à mal faire, dit Caton : JVikil agendo, male agere discimus (In Desid. ).

Rome, dit saint Augustin, a péri par l’oisiveté , et Carthage a été détruite par ce même vice (Lib, I de Civit.).

L'HOMME qui travaille n’est attaqué que par un démon , dit Cassien; mais le paresseux est la proie de légions d’esprits infernaux : Operantem dœæmone uno pulsari ; otiosum vero. ab innumeris spirilibus devastarti (De Instit. monach., lib. X, c, vir).

Il est dit dans l’Apocalypse que le dragon se tint sur le sable du rivage de la mer : Stetit draco supra arenam maris (xr1. 18). Ces paroles signifient que le démon prévaut sur les paresseux, qu’il les agite et les emporte comme les flots agitent et emportent le sable ;

La paresse amène toutes les tentations.

De quelle honte se couvre le paresseux; COmMbien il est esclave et méprisable.

elles signifient aussi que le paresseux, qui ; semblable au sable des vives de l’Océan, ne produit rien, est la demeure du démon...

L’oisiveté fait courir des dangers à ceux que les guerres n’avaient pu dompter , dit saint Ambroise : Tentant otia quos bella non fregerant (Serm. 11 in Psal. xvIIr).

La paresse, dit saint Bernard, est la mère de toutes les tentations : Pigritia mater est omnium tentationum (Ad fratres de Monte Dei).

La paresse, dit saint Thomas, est l’hameçon avec lequel le démon prend les âmes : Ofium est hamus diaboli (De Peccat. ).

Comment le démon ne vaincrait-il pas le paresseux, puisqu'il le trouve sans armes, sans défense, sans précautions? C’est une maison ouverte à tous Les voleurs de l’enfer.…...

S’ABANDONNER au luxe et à l’oisiveté est le propre des esclaves, dit Alexandre le Grand : Servile est otio et luxur vacare (Plutarch. , Vit. illust. vir.).

Allez à la fourmi, paresseux , dit l’Ecriture, considérez ses voies, et devenez sage : Vade ad formicam, o piger , et consider a vias ejus , et disce sapientiam (Prov. vi. 6). Elle prépare sa nourriture pendant l'été; elle rassemble sa provision durant la moisson : Parat in æstate cibum suum , et congregat in messe quod comedat ( Ybid. vr. 8).

O paresseux impudent! s’écrie saint Bernard ; mille millions d’anges servent Dieu, et dix mille millions se tiennent prêts à exécuter ses ordres; et toi tu prétends te reposer ! ( De Acedia ).

Voici de quoi humilier le paresseux, voici qui prouve combien il est méprisable. Le paresseux, dit l’Ecriture , a été lapidé avec une poignée de boue ; tous parleront du mépris qui lui a été infligé : Zn lapide luteo lapidatus est piger ; et omnes loquentur super aspernationem illius (Eccli. xxtr. 1). Le paresseux a été lapidé avec de la fiente de bœuf; quiconque le touchera, secouera ses mains : De stercore boum lapidatus est piger ; et lomnis qui tetigerit eum excutiet manus (Ibid. xxrr. 2).

La paresse est tellement odieuse et coupable que les hommes regarderont celui qui s’y abandonne comme digne d’être lapidé; mais le mépris qu’ils éprouveront pour lui sera si grand, qu’au lieu de pierres , ils se serviront de boue et de fiente de bœuf. Ensuite, tous s’éloigneront de lui comme d’un être vil, tous le repousseront, et celui qui laura touché secouera ses mains souillées et se hâtera de les laver... Ces paroles de la sainte Ecriture montrent auési que le

paresseux est la faiblesse même, puisque un peu de boue et de fumier suffit pour l’accabler et l’abattre….

De quelle honte ne devrait pas être couvert le paresseux, lui qui ne fait rien tandis que tout est actif dans l'univers! Depuis la création, le soleil, la lune et les étoiles, ne remplissent-ils pas la fonction qui leur a été confiée ? La terre et l'Océan ont-ils cessé de produire? Les animaux , les oiseaux, les insectes ne suivent-ils pas la voie qui leur a été tracée? De tous ces êtres dépourvus d'intelligence, il n’en est aucun qui ne travaille à sa manière ; seul, le paresseux ne fait rien! Il ressemble aux poteaux placés le long des grands chemins, poteaux qui voient passer les voyageurs et qui restent eux-mêmes toujours à la même place, jusqu’à ce qu’ils pourrissent, qu'ils tombent, et qu’on les jette au feu. Que dis-je? ces poteaux immobiles indiquentau moins aux voyageurs la direction qu’ils doivent prendre, tandis que, loin de montrer la bonne voie, le paresseux, par son exemple, entraîne dans l’abime ceux qui ont le malheur de limiter...

La voie des paresseux est hérissée d’épines, disent les Proverbes : Lier pigrorum quasi sepes spinarum (xv. 19). Ces épines que rencontrent les paresseux sont les désirs mauvais qui les assiégent , les éonvoitises qui les environnent comme une tempête furieuse , les tentations qui les assaillent, les passions qui les dévorent, la pauvreté qui les presse, les maladies qui ruinent leur santé, et'qui leur préparent une mort précoce...

La paresse, dit saint Bernard, est la mère du chagrin, de l’ennui, de la pusillanimité et du désespoir : Pigritia mater est mæroris, tœdii, pusillanimitatis, desperationis ( De Acedia ).

Semblable à Caïn, le paresseux est errant et vagabond ; il est accablé de reproches bien mérités.….

Détesté de Dieu et des hommes, poursuivi par les remords de sa conscience, flagellé par l’exemple de tous ceux qui l’entourent et qu’il voit travailler, tourmenté par les passions, comment le paresseux pourrait-il être heureux?.. Jamais il ne prospérera ; et celui qui ne prospère pas est malheureux...

Voxanr un figuier sur le bord du chemin, J, C. s’en approcha ; mais il n’y trouva que des feuilles et il dit : Que jamais aucun fruit ne naisse de toi ; à l'instant, le figuier sécha (Matth. xxx. 19). Le paresseux est ce figuier stérile, il aura le même sort,

Combien le paresseux est malheureux !

Combien le paresseux est puni.

Voilà trois ans, dit le maître de la vigne dont parle l’Evangile, voilà trois ans que je viens chercher du fruit dans cet arbre, et je n’en trouve point : coupez-le donc ; à quoi bon occupe-t-il la terre : Fcce anni tres sunt ex quo venio quærens fructum in ficulnea lac, et non invenio : succide ergo illam : ut quid etiam terram occupat ? (Luc. Xnriie)

Déjà la cognée a été mise à la racine de l’arbre, dit saint Jean- Baptiste. Tout arbre donc qui ne porte pas de bon fruit sera coupé et jeté au feu : Jam securis ad radicem arborum posita est. Omnis ergo arbor quæ non facit fructum bonum, excidetur, et in ignem muttetur (Luc. 1. 9).

Dieu, dit J. C., est comme un homme qui, partant pour un long voyage, appela ses serviteurs et leur remit ses biens. A l’un il donna cinq talents, à un autre, deux, à un autre, un, à chacun selon sa capacité, et aussitôt après il partit. Celui qui avait recu cinq talents les fit valoir, et en gagna cinq autres. Et pareillement celui qui en avait reçu deux, en gagna deux autres. Mais celui qui n’en avait reçu qu’un s’en alla creuser la terre, et y cacha l’argent de son maitre. Longtemps après, le maître de ces serviteurs revint, et leur fit rendre compte. Celui qui avait reçu cinq talents s’approcha, et lui en présenta cinq autres, disant : Seigneur, vous m’aviez remis cinq talents, en voilà de plus cinq autres que j’ai gagnés. Son maître lui dit : Bien, serviteur bon et fidèle ; parce que vous avez été fidèle en chose de peu, je vous confierai beaucoup : entrez dans la joie de votre maitre. Celui qui avait reçu deux talents vint aussi, et dit: Seigneur, vous m’aviez remis deux talents ; en voilà deux autres que j'ai gagnés. Son maître lui dit : Bien, serviteur bon et fidèle ; parce que vous avez été fidèle en chose de peu, je vous confierai beaucoup : entrez dans la joie de votre maitre. S’approchant après, celui qui n’avait reçu qu'un talent dit: Seigneur, je sais que vous êtes un homme dur; vous moissonnez où vous n’avez point semé, et recueillez où vous n’avez point répandu de semence. Craignant donc, je m’en suis allé, et j’ai caché votre talent dans la terre : le voici, je vous rends ce qui est à vous, Son maitre lui répondit : Serviteur mauvais et paresseux, {u savais que je moissonne où je n’ai point semé, et que je recueille où je n’ai point répandu de semence : il fallait donc remettre mon argent aux banquiers, afin qu’à mon retour je reçusse avec usure ce qui est à moi. Reprenez-lui donc le talent, et jetez ce serviteur inutile dans les ténèbres extérieures : là seront les pleurs et le grincement de dents : Tolite itaque ei

talentum, et inutilem servum ejicite in tenebras exteriores : üllic erit Îletus et stridor dentium (Matth. xxv. 14-30). Cette parabole nous apprend quel sera Le sort du serviteur laborieux, et combien le serviteur oisif sera sévèrement puni. Ce qui lui avait été donné lui sera ôté, et Dieu lui retirant ses grâces, il se trouvera plongé dans les ténèbres extérieures de l’aveuglement spirituel, puis dans les ténèbres de l’enfer : là seront les pleurs et le grincement de dents.

Serviteur paresseux et inutile, secouez donc votre paresse, et faites valoir le talent que le Seigneur vous a confié; faites valoir vos yeux, vos oreilles, votre langue, vos mains et vos pieds, votre intelligence, votre mémoire et votre volonté; le temps, la grâce, les dons temporels et spirituels qui vous ont été accordés; consacrez tout cela au service de votre Créateur. Mais si vous demeurez inactif, si vous abusez de tout, prenez garde; vous serez dépouillé de tout et livré à des supplices qui ne finiront jamais.

Le paresseux imite les vierges folles dont parle l'Evangile, il recevra le même châtiment. Dix vierges, dit J. C., ayant pris leurs lampes, allèrent au-devant de l’époux et de l’épouse. Cinq d’entre elles étaient folles, et cinq sages. Les cinq folles, ayant pris les lampes, ne se pourvurent point d'huile. Mais les sages prirent de l’huile dans * leurs vases avec les lampes. Or, l’époux tardant à venir, toutes s’assoupirent et s’endormirent. Mais au milieu de la nuit, un cri s’éleva : Voici l'époux qui vient, allez au-devant de lui. Lors toutes ces vierges se levèrent et préparèrent leurs lampes. Et les folles dirent aux sages : Donnez-nous de votre huile, car nos lampes s’éteignent. Les sages répondirent : De peur qu’il n’y en ait pas assez pour nous et pour vous, allez plutôt à ceux qui en vendent et achetez-en. Or, pendant qu’elles allaient en acheter, l'époux vint; et les sages qui étaient prêtes entrèrent avec lui dans la salle des noces, et la porte fut fermée. Enfin les autres vierges vinrent aussi, disant : Seigneur, Seigneur, ouvrez-nous. Mais il leur répondit : En vérité, je vous le dis, je ne vous connais point (Matth. xxv. 1-12).

Les vierges sages qui se tinrent prêtes et entrèrent avec l’époux dans la salle du festin des noces, sont les hommes vigilants et laborieux. Les vierges folles représentent les paresseux qui dorment, qui n’ont point l’huile de la foi et des bonnes œuvres, et qui par conséquent ne seront point admis dans le ciel au festin del’Epoux : la porte leur sera fermée. Comme les vierges folles, les paresseux à la mort crieront : Seigneur, Seigneur, ouvrez-nous; mais le souverain juge,

Remèdes contre la paresse,

qui rend à chacun selon ses œuvres, leur dira : En vérité, je ne vous connais pas...

Les paresseux font partie de ces blessés de la mort, dont parle le Psalmiste, qui dorment dans le sépulcre, effacés du souvenir du Seigneur et retranchés par sa main du livre de vie : Sicut vulnerati dormüentes in sepulcris, quorum non es memor amplius ; et ipsi de manu tua repulsi sunt (LXXxVII. 6),

Le royaume de Dieu ne sera pas donné aux oisifs, dit saint Bernard : Æegnum Dei non dabitur otiosis (De modo bene vivendi, c. 11).

Si les riches de la terre méprisent Le domestique paresseux, ne lui donnent point de gage et le renvoient avec justice; comment Dieu récompenserait-il l’homme qui le sert avec négligence, comment plutôt ne le punirait-il pas avec sévérité ?.…

L'oisif Esaü perdit la bénédiction attachée au droit d’aînesse, dit saint Ambroise : Ofiosus Esau amisit primatus benedictionem (Serm. x1 in Psal. cxvrir).

Malheur à vous qui vous perdez dans des pensées et des projets inutiles ! dit le prophète Michée : Væ qui cogitatis inutile ! (n. 4.)

Ne vous y trompez pas, dit le grand Apôtre aux Galates, on ne se rit point de Dieu. L’homme recueillera ce qu'il aura semé : Molite errare, Deus non irridetur. Quæ enim seminaverit homo, hœc et metet (VI. 7.8).

Une terre qui boit la pluie dont elle est souvent arrosée, et qui produit une herbe utile à ceux qui la cultivent, recoit la bénédiction de Dieu ; mais celle qui produit des épines et des ronces, est méprisée et comme maudite, et à la fin livrée au feu (vr. 7.8). La bonne terre est l’emblème de l’homme laborieux ; la mauvaise terre, qui ne produit que des ronces et qui est maudite et livrée au feu, représente l’homme paresseux et lâche...

Ox doit secouer la paresse... Et maintenant, qu’attends-tu ? Lèvetoi, dit Ananie à Saul : Æ'énunc,quid moraris? Exsurge (Act. xxir. 16). IL faut que le paresseux ne reste plus dans son triste état ; il faut qu'il se lève et qu’il change de vie...

Le vrai remède contre la paresse , c’est l’amour de Dieu. La charité, dit saint Grégoire, donne des forces : Vüres caritas subministrat (Pastor.),

Ne fuyez pas le travail, afin de ne pas perdre la couronne, dit saint Ephrem : Ne fugias laborem, ut non perdas coronam (Serm. v).

Dieu nous a donné des mains et des forces pour travailler... Le

temps présent est le temps du travail ; le temps à venir ou l'éternité sera l’époque de la récompense et du repos...

Saint Antoine entendit une voix qui lui disait : Antoine, voulezvous plaire à Dieu? priez; lorsque vous ne pourrez pas prier, travaillez des mains et faites toujours quelque chose : Ora, et dum orare non poteris, manibus labora, et semper aliquid facito (Vit. Patr. ).

Quelle est la meilleure eau, dit saint Chrysostome, de celle qui coule ou de celle qui croupit? Le fer vaut-il mieux en se reposant qu’en travaillant? (Æomil. xxxv in Act. Apost.) |

Faites toujours quelque chose, afin que le démon vous trouve toujours occupé, dit saint Jérôme : Facito aliquid operis, ut te semper diabolus inveniat occupatum (Epist. 1V ad Rustic.); car loisif est dévoré de mauvais désirs.

Si vous vous privez de loisirs, vous aurez brisé l’arc de Cupidon, le dieu de l’amour impur, dit Ovide : Ofia st tollas, periere Cupidinis arcus (Fabul. ).

Un travail assidu, dit Virgile, vient à bout des choses les plus difficiles : Labor improbus omnia vincit.

Travailler est le propre des rois, dit Alexandre le Grand : Regium est laborare (Pastor..).

Je ne suis jamais moins seul, dit saint Ambroise, que lorsque je

“parais l'être ; et jamais je ne suis moins oisif, que lorsque je me repose : Vunqguam minus sum solus, quam cum solus esse videor ; nec minus otiosus, quam cum otiosus (Serm. ).

Travaillez dans la jeunesse pour avoir de quoi vivre dans votre vieillesse ; amassez des mérites sur la terre , afin qu’ils vous procurent la béatitude céleste...

Vous ne pouvez trop méditer ces paroles de saint François d'Assise : Un peu de travail et une gloire immense ; un peu de plaisir et un châtiment éternel : Modicus Labor, gloria immensa ; modica voluptas, pœæna æterna (S. Bonav., in ejus vita).

Le travail tue la volupté, dit saint Isidore : Cecidit libido operibus (Sentent. ).

Véracité et autorité de la parole

on discours et ma prédication, dit le grand Apôtre aux

Corinthiens, consistent non dans les paroles persuasives de

la sagesse humaine , maïs dans la manifestation de l’esprit et de la puissance; afin que votre foi repose non sur la sagesse des hommes , mais sur la vertu de Dieu... Pour nous, nous n’avons point reçu l’esprit de ce monde, mais l’esprit qui est de Dieu, afin que nous connaissions les dons de Dieu, que nous annonçons, non avec les doctes paroles de la sagesse humaine , mais selon la doctrine de l’Esprit-Saint. Nous, nous avons l’esprit du Christ (1).

Si nous-mêmes, écrit cet apôtre aux Galates, nous vous évangélisions , ou si un ange du ciel vous évangélisait autrement que nous vous avons évangélisés, anathème sur le coupable. Comme nous avons dit, ainsi derechef je le dis : Si quelqu’un vous annonce un autre Evangile que celui que vous avez reçu, qu’il soit anathème. Car je vous déclare , frères, que l'Evangile que je vous ai prèché n’est point selon l’homme. Ce n’est point d’un homme que je l’ai reçu ni appris, mais par la révélation de J. C. (2).

Vous avez été instruits en J. C. selon la vérité de la doctrine, écrit-il aux Ephésiens : Zn ipso edocti estis sicut est veritas in Jesu (1v. 21).

Annoncez la parole, dit-il à son disciple Timothée; insistez à temps et à contre-temps , reprenez, suppliez, gourmandez, en toute longanimité et doctrine : Prædica verbum, insta opportune,

importune; arque , obsecra , increpa in omnipotentia et doctrina (II. IV. 2).

(1) Sermo meus et predicatio mea, non in persuasibilibus humanæ sapientiæ verbis, sed in ostensione spiritus et virtutis; ut fides vestra non sit in sapientia hominum, sed in virtute Dei. Nos autem non spiritum hujus mundi accepimus, sed spiritum qui ex Deo est, ut sciamus quæ a Deo donata sunt nobis; quæ et loquimur, non in doctis humanæ sapientiæ verbis, sed in doctrina Spiritus. Nos autem sensum Christi habemus ([, 11. 4.5. 19. 43. 16).

(2) Sed licet nos, aut angelus de cœlo, evangelizet vobis præterquam quod evangelizavimus vobis, anathema sit. Sicut prædiximus , et nunc iterum dico : Si quis Vobis evangelizaverit præter id quod accepistis, anathema sit. Notum enim vobis facio, fratres, Evangelium quod evangelizatum est a me, quia non est secundum

hominem : neque enim ego ab homine accepi illud neque didici, sed per revelationem Jesu Christi (1, 8,9, 41, 12),

PAROLE DE DIEU. D25 ‘ILest rapporté dans les Actes des apôtres que le Seigneur dit en

vision à saint Paul : Gardez-vous de craindre, mais parlez et ne vous taisez point; car je suis avec vous : Divit autem Dominus per visionem Paulo : Noli timere, sed loquere , et ne taceas: propter quod ego sum tecum (xvnI. 9.10).

Parole de Dieu! combien grand et majestueux est ce titre! Quelle véracité et quelle autorité il indique! quel respect il impose? C’est la voix de Dieu, dit le Psalmiste : Vox Domini (xxvuir. 4 ).

La vérité du Seigneur demeure éternellement, dit le Prophète . royal : Veritas Domini manet in œternum (Psal. cxvr. 2). Ov, la parole de Dieu est la vérité même.

La parole du Seigneur demeure éternellement, dit à son tour Isaïe. Vous qui évangélisez Sion, montez sur le sommet des montagnes ; élevez la voix avec force et autorité, vous qui évangélisez Jérusalem; élevez la voix, et ne craignez point. Dites aux villes de Juda : Voici votre Dieu (1). La bouche des apôtres du Seigneur est comme un glaive aigu, dit ailleurs le même prophète; ils sont des flèches choisies tenues en réserve dans son carquois : Dominus posuit os meum quusi gladium acutum; posuit me sicut sagiltam electam , in pharetra sua abscondit me ( x1ix. 2).

Le Seigneur étendit sa main, dit Jérémie ; il toucha ma bouche, et me dit : Voilà que j’ai mis ma parole dans votre bouche; voilà qu’en ce jour je vous ai établi sur Les nations et sur les royaumes, pour arracher et pour détruire, pour perdre et pour dissiper, pour édifier et pour planter (2).

Le prêtre est un autre Elie, un homme de Dieu, et la parole du Seigneur est véritable en sa bouche : Wir Der es tu, et verbum Domini in ore tuo verum est (IL. Reg. xvir. 24).

Le ciel et la terre passeront , mais mes paroles ne passeront point, dit J. C. : Cœlum et terra transibunt , verba autem mea non præteribunt (Matth. xxrv. 35 ). Je vous le dis en vérité : Le ciel et la terre ne passeront point que toute la loi ne soit accomplie, jusqu’à la dernière lettre et au dernier point : Amen quippe dico vobis: donec transeat cœlum et terra, iota unum aut unus apex non præleribit a lege, donec omnia fiant ( Matth. v. 18).

(1) Verbum Domini manet in æternum. Super montem excelsum ascende tu, qui evangelizas Sion : exalta in fortitudine vocem tuam, qui evangelizas Jerusalem : exalta, noli timere. Dic civitatibus Juda : Ecce Deus vester (xL. 8. 9).

(2) Ecce dedi verba mea in ore tuo : ecce constitui te hodie super gentes, et super regna, ut evellas, et destruas, et disperdas, et dissipes, et ædifices, et plantes (1. 9. 40).

Excellence de la parole de Dieu.

La parole de Dieu est si excellente , que le prophète Tsaïe va jusqu’à célébrer les pieds de ceux qui l’annoncent : Qu'ils sont beaux, s’écrietil, qu'ils sont beaux sur les montagnes, les pieds de celui qui annonce et qui prêche la paix, qui annonce le bien, qui prêche le salut, et qui dit à Sion : Ton Dieu va régner! Quam pulchri super montes pedes annuntiantis et prædicantis pacem ; annuntiantis bonum, prædicantis salutem, dicentis Sion : Regnabit Deus tuus! (xx. 7.)

La parole de Dieu , dit saint Paul , est vivante et efficace , et plus pénétrante qu’un glaive à deux tranchants; elle atteint jusqu’à la division de l’âme et de l'esprit, des jointures et des moelles; et elle discerne les pensées et les mouvements du cœur. Aucune créature n’est invisiblé devant elle ; mais tout est à nu et à découvert aux yeux de celui de qui nous parlons (1).

La parole de Dieu est vivante, afin que vous croyiez, dit Hugues de Saint-Victor ; elle est efficace, afin que vous espériez; elle est pénétrante, afin que vous craigniez. Elle est vivante dans ses préceptes et dansses prohibitions, efficace dans ses promesses et dans ses menaces, pénétrante dans ses jugements et dans ses condamnations. De ce que la parole de Dieu est vivante, nous devons croire que ce qu’elle promet est la vérité ; de ce qu’elle est efficace, nous devons croire qu’elle accomplira ses promesses; de ce qu’elle est pénétrante et qu’elle ne peut être induite en erreur, nous devons nous repentir de l’avoir offensé , et à l’avenir nous garder de l’offenser de nouveau (2).

La parole de Dieu est le miroir du chrétien. Comme le miroir , dit Clément d’Alexandrie, n’est pas l’ennemi de l’homme difforme, par cela qu’il le montre tel qu’il est: comme le médecin n’est pas cruel pour son malade , par cela qu’il lui annonce la fièvre ; car le médecin n’est pas la cause de la fièvre ; il se borne à l’accuser lorsqu’elle existe: ainsi la parole de Dieu, qui reprend et condamne celui

(1) Vivus est sermo Dei, et efficax, et penetrabilior omni gladio ancipiti, et per tingens usque ad divisionem animæ ac spiritus, compagum quoque ac medullarum, et discretor cogitationum et intentionum cordis. Et non est ulla creatura invisibilis in conspectu ejus : omnia autem nuda et aperta sunt oculis ejus ad quem nobis sermo (Hebr. 1v. 12.13).

(2) Vivus est sermo Dei ut credas, efficax ut speres, penetrabilis ut timeas. Vivus est in præceptis et prohibitionibus ; efficax in promissis et comminationibus; penetrabilis in judiciis et damnationibus. Quia igitur vivus est sermo Dei, credendum est eum vera promittere; quia efficax, credendum est eum promissa perficere; quia penetrabilis est et falli non potest, eum offendisse lugendum est; et de cætero offendere, cavendum est (/n Joel., c. 1x1).

dont l’âme est malade, n’est pas son ennemi; mais elle lui montre les péchés qu’il a commis, afin qu’il s’en corrige (1).

Saint Jean dit du Verbe de Dieu fait homme, qu’en lui est la vie, et que la vie est la lumière des hommes; qu'il est la vraie lumière qui éclaire tout homme venant en ce monde : Zn pso vita erat, et vita erat lux hominum. Erat lux vera que illuminat omnem hominem venientem in hune mundum (1. 4-9). Voilà aussi ce qui fait l'excellence de la parole de Dieu; comme J. C., elle a la vieen elle, et elle est la vraie lumière qui éclaire le monde et dissipe les ténèbres où il était plongé.

Entre la parole de Dieu et la lumière, il y a d’admirables rapports : le soleil suspendu à l’immense voûte des cieux, est ce qu’il y a de plus noble et de plus beau dans la nature; sa lumière est trèspure , très-pénétrante , très-active, impassible ; quoiqu’elle pénètre dans des lieux sales et infects, elle ne peut être souillée; elle est très-belle ; elle embrasse une vaste étendue et dure depuis le commencement du monde. Le soleil nous apporte la clarté, la chaleur, la fécondité, la joie et le bonheur ; il nous fait voir toutes choses MI ressuscite ce qui semblait mort et donne la vie et la force à tous Les êtres. La parole de Dieu vient de Dieu même; elle est très-pure; elle éclaire et pénètre les intelligences ; elle est très-active et impas-

sible ; elle descend dans les âmes les plus souillées, sans en rien souf-

frir ; elle s'étend à tout et embrasse le ciel , la terre , tous les siècles et l'éternité. Elle porte avec elle la clarté, la chaleur, la fécondité, la paix, la joie et le bonheur ; elle ressuscite ceux qui étaient morts à la grâce; elle fait voir toutes choses sous leur véritable aspect ; enfin, elle donne la vie et la force à tous les cœurs et à tous les esprits...

La parole de Dieu, dit David, est une parole chaste, un argent qui a été mis au creuset, éprouvé par le feu et purifié jusqu’à sept fois: Zloquia Domini, eloquia casta ; argentum igne examinatum, probatum, purgatum septuplum (x1. 7). Purifié jusqu’à sept fois, c’està-dire pénétré des sept dons du Saint-Esprit...

Seigneur, dit le même prophète, vous m'avez montré, par votre parole, le chemin de la vie; vous me comblerez de joie en me

(1) Sicut speculum non est malum deformi, quod ipsum ostendat qualis sit; et sicut medicus non est ægroto malus, quod ei febrem annuntiet; non enim medicus est causa febris; sed ipse febrim arguit : ita nec is qui reprehendit, ei male vult qui laborat animo, sed ea quæ adsunt peccata ostendit, ad hoc ut avertatur ab hujusmodi studiis ( Pedag., lib. I, c. 1x).

dévoilant votre face : Notas mihi fecisti vias vitæ, adimplebis me lœtitia cum vultu tuo (XV: 11).

La parole du Seigneur est droite , elle réjouit les cœurs; les préceptes du Seigneur sont lumineux, ils éclairent : Justitiæ Domuni rectæ, lœtificantes corda ; præceptum Domint lucidum , illuminans oculos (Psal. xvur. 9).

Les cieux, dit encore le Psalmiste, racontent la gloire du Seigneur, et le firmament annonce l’œuvre de ses mains. Le jour parle au jour , et la nuit à la nuit. Il n’est point de langue, point d’idiome dans lequel on n’entende cette voix. Son éclat a parcouru toute la terre, et les paroles qu’elle a fait entendre ont retenti jusqu'aux extrémités du monde. Dieu a placé le pavillon du soleil au milieu des cieux , et semblable à un nouvel époux qui sort du lit nuptial, cet astre s’élance comme un géant, afin de parcourir sa carrière. Il part des extrémités de l’aurore, il s’abaisse aux bornes du couchant ; et personne ne peut se dérober à la chaleur de ses rayons. Telle est . la loi du Seigneur , belle, pure et convertissant les âmes : la parole de Dieu est fidèle, elle donne la sagesse aux petits : Lex Domini immaculata , convertens animas : testimonium Domini fidele, sapientiam præstans parvulis (xvur. 1-8).

La parole de Dieu, dit saint Augustin , n’est pas moins excellente que le corps de J. C. : aussi devons-nous apporter autant de sollicitude à ne pas laisser sortir de notre cœur , en nous livrant à d’autres pensées , la parole de Dieu qu’il recoit, que nous en apportons à ne pas laisser tomber à terre la moindre parcelle du corps de J. C., lorsqu'on nous le distribue (1).

Puissance et Dreu parle, et l'univers est tiré du néant... Il parlé, et le soleil, efficacité de la k | :

parole de la lune, les étoiles disent : Nous voici... Il parle, et , se formant,

LES l’immense Océan respectera les limites qui lui ont été assignées.….

Dieu parle , et la terre, devenue féconde , produit toute espèce de

fruits... 11 parle, et crée à son image l’homme, roi de l’univers,

qui prend place à la tête de la création... Dieu parle, et les eaux

du déluge couvrent la terre... Il parle, et la mer Rouge, ainsi que le

Jourdain, donne passage aux Israélites..…. IL parle, et la manne

tombe du ciel pendant quarante ans; les rochers arides laissent

(1) Non est minus verbum Dei quam corpus Christi : et ideo quanta sollicitudine Observamus quando nobis Christi corpus ministratur, ut nihil ex ipso in terram cadat; tanta sollicitudine observandum est ne verbum Dei quod nobis erogatur, dum aliquid cogitamus, de corde nostro pereat ( Lib. Civit.).

PAROLE DE DIEU. 529 échapper dés sources d’eau vive; les murs de Jéricho s’écrou: Dieu parle, et douze hommes, sans lettres ; Sans fortune, sans appui et sans défense , armés de la seule parole , surmontent tous les obstacles, renversent les idoles et les temples païens, dissipent les ténèbres qui depuis quarante siècles couvraient Ja face de la terre et répandent partout la lumière du jour même de l'éternité ; l'univers païen se convertit et se prosterne au pied de la éroix de J.G..... Dieu parle, et les nuages, la pluie, la gréle , les tempêtes et la foudre se tiennent prêts à exécuter ses ordres... Il parle , et le jour serein reparait. A la fin du monde, il fera entendre ces paroles : Levez-vous ;, à morts , venez au jugement; et soudain tous les morts ressusciteront, et se trouveront réunis au pied du tribus nal du juge suprème..….

Nous marchons dans la chair, dit le grand Apôtre , mais nous ne combattons point selon la chair. Les armes de notre milice ne sont point charnelles, mais elles consistent dans la puissance de Dieu pour la destruction des remparts. Nous allons détruisant les raisonnements et toute hauteur qui s’élève contre la science de Dieu , et réduisant en captivité toute intelligence , sous l’obéissance du Christ, prêts à punir toute désobéissance (1). | Les armes si puissantes, si efficaces , si victorieuses , dont parle saint Paul, et dont il se sert, sont la parole de Dieu, accompagnée du Saint-Esprit... è

La force et l'efficacité de la parole de Dieu brille non-seulement dans cette parole prise en elle-même, mais encore dans la prédication que l’on en fait. Elles brillent en ce que 1° un petit nombre d’apôtres, pauvres pêcheurs, sans études , obscurs, juifs, rebutés de tout le monde, ont soumis à la croix le monde entier. 2 En ce qu’ils ont vaincu, renversé, converti leurs plus mortels ennemis , et surmonté les démons, le péché, la mort, l'enfer, les princes, les rois , les philosophes, les orateurs, les Grecs , les Romains , les barbares, les lois , les coutumes , les jugements , les religions les plus anciennes et les plus commodes pour les passions , les préjugés, les vices, les ténèbres, l'ignorance et toutes les erreurs de tant de

(1) In carne enim ambulantes, non secundum carnem militamus. Nam arma nilitiæ nostræ, non carnalia sunt, sed potentia Deo ad destructionem munitionum; cousilia destruentes, et omnem altitudinem extollentem se adversus scientiam Dei, et in captivitatem redigentes omnem intellectum in obsequium Christi, et ir promptu hahentes ulcisei omnem inobedientiam (IE, Cor. x, 3-6).

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siècles... 3° En ce qu’ils ont persuadé, convaincu et fait croire, non par la force des armes, ou de la sagesse , ou de l’éloquence, ou de l'or; mais par la simple prédication de la croix... 4o En ce que si promptement et en si peu de tempsils ont répandu et établi la foi de j. CG. dans tout l’univers.... 3° En ce que, par la parole de Dieu , accompagnée de la grâce de J. C. , ils ont triomphé des menaces et des coups, de tourments au-dessus des forces de la nature, des chaînes, des prisons et de mille genres de morts... 6° En ce qu’ils ont fait recevoir et pratiquer la doctrine , non d’un Dieu plein de gloire, mais d’un crucifié; obligeant, par la simple parole de Dieu, le monde à croire que ce crucifié est le Sauveur du monde; amenant les hommes à l’adorer et faisant admettre et pratiquer la loi de J.C., opposée à la nature et à la chair... 70 En ce que les loups sont devenus des agneaux, les persécuteurs des modèles de douceur et les plus ardents défenseurs de la religion (De S. Paulo).

Oh ! que le célèbre et grave Tertullien fait bien ressortir la puissance et l'efficacité de la parole de Dieu ! Salomon, dit-il, régna , mais seulement dans la Judée, depuis Dan jusqu’à Bersabée. Darius régna sur la Babylonie et le pays des Parthes, mais non ailleurs: Pharaon régna sur les seuls Egyptiens. Nabuchodonosor vit la Judée et l'Ethiopie former les limites de son empire. Le grand Alexandre ne posséda jamais l’Asie entière; souvent les contrées auxquelles il imposait son joug lui échappaient aussitôt par la révolte. IL en fut de même des Germains, des Bretons, des Mauritaniens. Les Romains eux-mêmes ont connu des bornes. Mais, par la puissance de la parole de Dieu , le nom et le royaume de J. C. s'étendent dans toutes les contrées de la terre; tous les peuples croient en lui, toutes les nations le servent ; il règne partout, il est adoré partout; il accueille également tous les hommes; il est le roi, le juge , le maître et le Dieu de l'univers (Apolog.).

Reprenez les pécheurs en présence de tous les fidèles , afin que tous aient la crainte, dit l’Apôtre à son disciple Timothée : Peccantes coram omnibus argue, ut et cœæteri timorem habeant (1. v. 20 ).

Voix du Seigneur dans la puissance , dit le Prophète royal; voix du Seigneur dans la magnificence : Vox Domint in virtute:vox Domini in magmificentia (xxvur. 4). Voix du Seigneur qui brise les cèdres : Vox Domini confringentis cedros (Ibid. xxvi. 8). Le Seigneur brisera les cèdres du Liban; il les fera bondir comme le bélier $ il les fera trembler comme le faon du daim. Voix du Seigneur qui entr'ouvre les mers, et en fait sortir la flamme : voix du Seigneur

qui ébranle la solitude, et qui jette ’épouvante dans les déserts de Cadès (/bid. xxvur. 6. 7)

Le Seigneur donnera une voix pleine de puissance à ceux qui évangélisent, dit le Psalmiste: Dominus dabit verbum evangelizantibus virtute multa (1xvn. 12). Voici qu'il donnera à sa voix l’éloquence de la force : Æece dabit voci suæ vocem virtutis (Psal. Lxvir. 34).

En ce temps-là , dit Isaïe, on entendra la trompette de la parole de Dieu et ses bruyants éclats; et ceux qui avaient été perdus sur la terre viendront et ils adoreront, le Seigneur sur la montagne sainte : /n die illa clangetur in tuba magna, el venient qui perditi fuerant de terra; et adorabunt Dominum in monte sancto (XxvIr. 13).

Mes paroles ne sont-elles pas comme le feu, ét comme le marteau qui brise la pierre? dit le Seigneur par la bouche de Jérémie : Vemquid non verba mea sunt quasi ignis, et quasi malleus conterens petram ? (xxur. 29.)

Tours écriture inspirée de Dieu, dit saint Paul à son disciple Timothée, est utile pour enseigner, pour reprendre, pour redresser, pour instruire dans la justice, afin que l'homme de Dieu soit parfait, ét apte à toute œuvre bonne (1).

La parole de Dieu, dit saint Ambroise, est un feu qui brûle, afin de purifier la conscience du pécheur, mais non pour le perdre : Urit sermo divinus ut corrigat conscientian peccatoris, non exurit ut perdat (In Psal. cxvIn , serm. xvrrr).

À garder la parole de J. C. consiste l’amour parfait de Dieu, dit saint Jean; en cela nous connaissons que nous sommes en lui : Qui autem servat verbum ejus , vere in hoc caritas Dei perfecta est : et in hoc scimus quoniam in 1pso sumus (L. 11. 3).

Seigneur, dit le Psalmiste, j’annoncerai votre parole aux méchants, et les impies se convertiront à vous : Docebo iniquos vias tuas, et impr ad te convertentur (1. 15).

J'écouterai ce que le Seigneur dira au dedans de moi; parce qu'il me fera entendre des paroles de paix sur son peuple et sur ses saints, et sur ceux qui sont convertis de cœur : Audiam quid loquatur in me Dominus Deus ; quoniam loquetur pacem in plebem suam , el super sanctos suos , et in eos qui convertuntur ad cor (Psal. LXxXxIv. 9).

(1) Omnis scriptura divinitus inspirata utilis est ad docendum, ad argucndum, ad corripiendum, ad erudiendum in justitia : ut perfectus sit homo Dei, ad omne opué bonum instructus (LE. 111, 16, 17),

Heureux effets que produit la parole de

Dieu et avantages inesti-

mables qui en

découlent,

La parole de Dieu enflamme , dit le Prophète royal : Eloquium Domini inflammavit eum (crv. 19).

L'âme vertueuse, dit saint Bernard , cherche cette parole qui cortige, qui instruit et qui éclaire, qui fortifie la vertu, qui réforme les mœurs et prépare à la sagesse, qui orne le cœur , qui unit l’âme à Dieu et la rend féconde en bonnes œuvres, qui comble de bonheur (Sérm. LXXIV ).

Ils étaient attaqués en haine de votre parole, Seigneur, dit la Sagesse; et ils étaient sauvés soudain : /n memoria sermonum tuorum examinabantur, et velociter salvabantur (xvr. 11). Car votre parole conserve ceux qui croient en vous : Sermo tuus hos qui in te credidertnt, conservat (Ibid. xvr. 26).

Tu as entendu la voix de Dieu, et tu as vécu, dit Moïse au peuple d'Israël : Audisti, et viristi (Deuter. rv. 33). Nous avons entendu la voix du Seigneur notre Dieu, dit le peuple; et nous avons éprouvé qüe Dieu parle à l’homme sans que celui-ci perde la vie : Vocem ejus audivimus, et probavimus quod, loquente Deo cum homine, vixerit homo (Deuter. v. 24).

Le Seigneur, dit Moïse au peuple, vous a donné pour nourriture la manne qui était inconnue à vous et à vos pères , afin de vous faire voir que l’homme ne vit pas seulement de pain, mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu : Dedit tibi cibum manna, quod ignorabas tu et patres tui; ut ostenderet tibi quod non in solo pane vivat homo, sed in omni verbo quod egreditur de ore Dei (Deuter. vu. 3). C’est ce que répondit J. C. au tentateur qui lui disait : Si tu es le Fils de Dieu, ordonne que ces pierres deviennent des pains. Il est écrit, dit le Sauveur : L’homme ne vit pas seulement de pain, mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu (Matth. 1v. 3. 4).

La parole de Dieu tue tous les ennemis de l'âme... Celui qui écoute ma parole reposera sans crainte, dit le Seigneur dans les Proverbes; délivré de l’appréhension des maux, il jouira de l’abondance : Qui me audierit , absque terrore requiescet , et abundantia perfruetur, timore malorum sublato (1. 33).

Mon fils, si vous recevez mes paroles, si vous gardez mes préceptes dans votre cœur, alors vous comprendrez la crainte du Seigneur et vous trouverez la science de Dieu : Æili mi, si susceperis sermones meos , et mandata mea absconderis penes te; tunc intelliges timorem Domini, et scienfiam Det invenies (Prov. mn. 1-5).

Mon fils, recevez mes enseignements, inclinez votre oreille à ma Voix; mes paroles sont la vie pour tous ceux qui les trouvent , et la

guérison de toute chair : Fifi mi, osculta sermones meos, et ad eloquia inclina aurem tuam; vila enim sunt invenientibus ea, et universæ carnt Sanitas (Prov. 1v. 20. 22 ).

Si votre cœur est endurci, dit saint Bernard , souvenez-vous de l’Ecriture qui dit : Dieu fera entendre sa parole et il amollira leur cœur (Psal. oxzvir.). Et encore : Sitôt que mon bien-aimé me parla, mon âme fut attendrie ( Cant. v). Si vous êtes tiède, et que vous trembliez d'être rejeté, ne cessez de méditer la parole du Seigneur, et elle vous embrasera , parce qu’elle est tout de feu (1).

Les paroles sages et à bien plus forte raison la parole de Dieu sont comparables à un rayon de miel, disent les Proverbes; elles sont la joie de l’âme et la santé du corps (xvr. 24). Le miel nourrit, adoucit et guérit; tels sont aussi les effets qu’opère la parole de Dieu... Le miel guérit . la parole de Dieu, pleine de suavité, corrige les mauvaises mœurs; elle adoucit les chagrins et les fait disparaître, ainsi que les ennuis, les amertumes, la colère et l’envie qui torturent l’âme , la rongent et la eonsument. Le miel nourrit : la parole de Dieu est un pain vivifiant auquel on peut appliquer ce que J. C. dit de la divine eucharistie : Celui qui mange ce pain, vivra éternellement : Qui manducat hunc panem vivet in œternum (Joann. vr. 52). Le miel fortifie : la parole de Dieu augmente les forces de l’âme, l’aide à agir et à soutenir de grands et pénibles travaux...

Toute parole de Dieu est une flamme et un bouclier, disent les Proverbes : Omnis sermo Dei ignitus , clypeus est ( xxx. 5).

La parole de Dieu, dit saint Ambroise, est un feu bienfaisant qui réchauffe et qui ne sait brüler que les vices. Ce feu purifie l’âme et consume l’erreur (2). Le mème Père dit que le feu de la parole de Dieu a trois merveilleux effets : Il purifie, il éclaire, il enflamme (/n Psal, cxvIm , serm. xvin1 ).

Saint Jérôme dit que la parole de Dieu est appelée feu, parce qu’elle rend l’âme qui la reçoit semblable à l’or purifié dans la fournaise ( Zn Psal, xvn1).

La parole de Dieu est un feu; car elle consume et détruit la rouille et les immondices du péché, des passions et des vices...

La parole de Dieu est aussi appelée une flèche, parce qu’elle

(1) Si cor tuum induratum est, memento Scripturæ dicentis : Emittet verbum suum, et liquefaciet ea... Anima mea liquefacta est ut dilectus meus locutus est. Si tepidus es, et evomi jam formidas, non discedas ab eloquio Domini : et inflammabit te, quia eloquium ejus ignitum valde {Serm. LxxIV).

(2) Bonus ignis qui calefacere novit, nescit exurere nisi sola peccata. Mandat ergo hic ignis animam, consumit errorem (1n Psal. CxvuY, serm. xvi1).

b34 PAROLE DE DIEU.

frappe et blesse mortellement l’esprit orgueilleux et le cœur corrompu. Expliquant ces paroles du Psalmiste : Vos flèches, Seigneur, se sont enfoncées en moi : Sagittæ tuæ infizæ sunt mihi (XXXVIL. 3), Origène dit : Celui qui prêche la parole de Dieu lance des flèches; et lorsqu’en l’employant il châtie et corrige, il pénètre d’un trait céleste le cœur de son auditeur (/n Psal. XXxXv11 ).

A propos de ces autres paroles du Psalmiste : Sagittæ potentis acutæ , cum carbonibus desolatoris (cxix. 4 ) : Les flèches de celui qui est puissant sont aiguës, elles dévorent comme des charbons ardents, saint Augustin dit d’une manière admirable : Les flèches aiguës de celui qui est puissant sont les paroles de Dieu, Voici que ces flèches sont lancées et qu’elles percent les cœurs; mais lorsque les cœurs sont percés des flèches de la parole du Seigneur, l’amour y naît et la mort s’en éloigne. Le Seigneur, sait lancer des flèches pour se faire aimer, et personne n’atteint ce but mieux que lui (1).

Tout ce qu'opère le feu sur une matière qui Ini convient, la parole de Dieu l’opère sur l'esprit et le cœur. Considérez donc quelles sont les qualités du feu et quels effets il produit principalement sur les métaux comme l'or, l’argent et le fer, et attribuez-les mystiquement à la parole de Dieu, c’est-à-dire à la sainte Ecriture, à la loi, aux inspirations et aux promesses divines. C’est ainsi que l’aveugle Didyme déclare que la parole de Dieu est comparée au feu , parce qu’elle embrase tellement l'âme, qu’elle consume comme de la paille les pensées et l’amour des choses terrestres : Zloquia Dei dicuntur ignita, quia ita mentem succendunt , ut terrenarum rerum et cogitationum paleas absumant (In Psal. xvir ).

La parole de Dieu est de feu , dit l’auteur de la Chaîne des Grecs; elle est de feu, car elle dévore toutes les épines et les ronces qui naissent dans l’âme ; elle dégage ce qu’elle y trouve de pur et procure le salut... L’assimilation de la parole de Dieu au feu indique l'efficacité et la force de pénétration de la parole de Dieu qui va jusqu'au fond même de l’âme, la purifie, l’éclaire, l’embrase, la divinise. En faisant fondre l’or et l'argent , la feu les dégage ainsi de toute scorie et les rend très-brillants : en embrasant l’âme, la parole de Dieu la débarrasse des affections mauvaises et met à la place des affections très-précieuses aux yeux de Dieu et des

(1) Sagittæ potentis acutæ, verba Dei sunt. Ecce jaciuntur et transfigunt corda; sed cum transfixa fuerint corda sagittis verbi Domini, amor excitatur, non interitus

comparatur : novit Dominns sagittare ad amorem, et nemo pulchrius sagittat ad amorem ( {x Psal.vri).

PAROLE DE DIEU, Da5

chrétiens, des affections célestes qui transforment l'homme terrestre et charnel en saint. Voilà ce qu’expriment les paroles du prophète Malachie, qui dit en parlant deJ. C.: C’est un feu qui dévore; il sera assis, fondant et épurant l'argent; et il purifiera les enfants de Lévi, comme l'or et l'argent passés par le feu ; et ils offriront au Seigneur des sacrifices de justice (1).

La parole de Dieu, dit Solonius, est appelée par l’Ecriture feu et bouclier, parce qu’elle embrase du feu de la charité les cœurs des élus qui mettent leur espérance en Dieu, et qu’elle les éclaire de la science de la vérité; parce qu’elle consume la rouille des vices qu’elle trouve en eux et les en purifie; enfin, parce qu’elle les protége contre toutes les embüches de leurs ennemis et contre toutes les adversités (2).

(La parole de Dieu) le nourrira du pain de vie etd’intelligence, dit l’Ecclésiastique ; elle l’abreuvera de l’eau de la sagesse et du salut ; elle prendra racine en lui, et il ne sera plus ébranlé. Elle le soutiendra, et il ne sera point confondu ; elle le mettra en honneur parmi ses proches, et il ouvrira la bouche au milieu de l’assemblée; elle le remplira de l'esprit de sagesse et d'intelligence , et elle le couvrira d’un vêtement de gloire. Elle lui amassera des trésors de joie et d’allégresse, et elle le rendra possesseur d’un nom éternel. Les hommes insensés ne comprendront point cette parole vivifiante, mais les hommes prudents iront à sa rencontre... Les menteurs ne se souviendront pas d’elle, mais les hommes sincères s’en entoureront, et marcheront heureusement jusqu’à la vue de Dieu (xv. 3-8).

Que mes enseignements se pressent comme la pluie, que ma parole descende comme la rosée, comme la pluie sur l’herbe, comme les gouttes d’eau sur le gazon : C'oncrescat ut pluvia doctrina mea, fluat ut ros eloquium meum, quasi imber super herbam, et quasi stillæ super gramina (Deuter. XXXIL, 2).

L’assimilation de la parole de Dieu à la pluie et à la rosée indique 10 l’abondance de sagesse qui se trouve dans la parole de Dieu. ; 20 sa suavité.…. ; 30 sa fécondité...; 40 son origine : elle vient du ciel

(1) Ipse enim quasi ignis conflans ; et sedebit conflans, et emundans argentum; et purgabit filios Levi, et colabit cos quasi aurum et quasi argentum; et erunt Domino offerentes sacrificia in justitia (111. 2. 3).

(2) Sermo divinæ auctoritatis, idcirco igneus et clypeus dicitur, quia corda electo= rum qui spem suam in Deo ponunt, et igne caritatis accendit, et scientia veritatis illuminat, et sordes vitiorum quas in eis reperit, consumit ef purgat; ac ab insidiis hostium cunctisque defendit adversitatibus (x Epist. ad Ephes.).

et non de la terre, C’est pour cela que saint Grégoire appelle les docteurs et les prédicateurs hyades, c’est-à-dire étoiles de la pluie (/n Psal.). Le Seigneur, dit l’Ecclésiastique, dirigera les conseils et les instructions du sage; et il méditera les secrets de Dieu : Æ# ipse diriget consilium ejus, et disciplinam, et in absconditis suis consiliabitur (xxx1x. 10). Le Seigneur donne à l’apôtre fidèle l'esprit d'intelligence, afin qu’il sache quand, où et comment il doit annoncer la parole divine; il dirige les projets de sa bonne volonté et la prudence de ses enseignements; il le fortifie en linondant de consolations intérieures, afin que, parmi les adversités et les contradictions du monde, il remplisse ses fonctions sans crainte, avec zèle et énergie...

En répandant la divine parole comme une bienfaisante pluie, le chrétien produit trois fruits insignes : 4° il loue Dieu avec sagesse ; 9e il se conduit lui-même prudemment, selon le conseil et la direction de Dieu ; 3 il instruit et sauve son prochain.

Le Seigneur dirigera les conseils et les enseignements de l’apôtre, et celui-ci conduira ses auditeurs de l’expression de sa pensée à des œuvres qui seront droites, intègres, solides, persévérantes ; tellement que ses disciples ne seront ébranlés ni par la violence de leurs ennemis, ni par les tentations, ni par les épreuves... Il manifestera la règle de conduite qui ressort de sa doctrine, dit l’Ecclésiastique, et il se glorifiera dans la loi de l’alliance du Seigneur : /pse palam faciet disciplinam doctrinæ suæ, et in lege testamenti Domini gloriabitur (xxxix. 44). La multitude louera sa sagesse qui ne tombera jamais dans l'oubli : son souvenir ne s’effacera pas de la mémoire des hommes, et son nom sera transmis de génération en génération. Les nations raconteront sa sagesse, et l'assemblée des vieillards célébrera ses louanges. Tant qu’il vivra son nom sera plus connu que celui de mille autres, et quand il reposera, il sera heureux (Æecli. xxxIX. 12-15).

La parole de Dieu, dit Isaïe, est un glaive aigu, une flèche choisie : Posuit os meum quasi gladium acutum ; el posuit me sicut sagittam eleclam (XLIX. 2).

La parole de Dieu perce et tue les péchés et les vices, afin que la chair, c’est-à-dire la vie animale, périsse, et que l’esprit vive. La prédication de l'Evangile frappe les crimes, les passions, les convoitises et les démons. C’est ce qu'exprimait J. G. lorsqu'il disait : Ne pensez pas que je sois venu apporter la paix sur la terre; je ne suis pas venu apporter la paix, maisle glaive : Nolite arbitrari quia pacem venerim maltere in terram : non vent pacem mittere, sed gladium (Matth.

x. 34), Cest-à-dire, ma parole fera la guerre au démon, au monde pervers, aux passions abrutissantes.….. De sa bouche, dit l’Apocalypse, sortait une épée à deux tranchants : De ore ejus gladius utraque parte acutus exibat (1. 16). La parole de Dieu est en effet une arme qui sert à deux fins : elle détruit les vices et protége les vertus...

Le grand Apôtre entre dans cet ordre de vérités, lorsqu'il dit : Munissez-vous de armure de Dieu, afin que vous puissiez résister au jour mauvais, et demeurez fermes. Soyez fermes, ceignant vos reins avec la vérité, revêtant la cuirasse de la justice, et tenant vos pieds prêts à porter partout l'Evangile de paix. En toutes choses prenez le bouclier de la foi, afin que vous puissiez éteindre tous les traits enflammés du Mauvais ; prenez aussi le casque du salut, et le glaive de l’esprit, qui est la parole de Dieu (Æphes. vi. 13-17). Voilà comment doit être le soldat de J. G. annonçant l'Evangile.

Toutes les armes dont il est parlé ici sont données au chrétien qui écoute, médite et pratique la parole de Dieu. Tous Les passages de la sainte Ecriture, dont il vient d’être fait mention, décrivent l'efficacité, la force, Les fruits et les avantages de cette admirable parole.

J. C. est le glaive du Père, une flèche brillante et choisie dont se sont servis les apôtres et Les autres saints; flèche d’amour cachée dans

“le carquois de son humanité. Le Verbe envoie cette flèche où il veut;

il l’enfonce par sa parole, par l’adversité , par les afflictions ; avec elle il blesse, ouvre, pénètre les âmes des fidèles et détruit leurs vices et leurs imperfections. Ainsi parlent saint Jérôme, saint Chrysostome, saint Cyrille. Frappé par cette flèche, Jérémie disait : J’ai trouvé le repos en vous prenant pour pasteur : Non sum turbatus, te pastorem sequens (xvir. 16). Et David : Mon âme s’est attachée à vous : Adhwæsit anima mea post te (1xrr. 9). Et saint Pierre : Seigneur, vous savez que je vous aime : Domune , tu scis quia amo te (Joann. xx. 15). Et saint Paul : Qui nous séparera de l’amour de J. C.? Quis nos separabit a caritate Christi? (Rom. vur. 35.) Et l’Epouse des Cantiques : Je languis d'amour : Amore langueo (11. 5). L'amour de Dieu et de J. C., voilà la flèche qui vivifie en donnant la mort ; qui vivifie la vertu et donne la mort au péché, dit saint Ambroise (/n Psal. cxvin). c

Qu'on est heureux d’être blessé et abattu par cette flèche, s’écrie Origène (Zn Psal. xxxvu). Elle a été enfoncée dans le cœur de Madeleine, de Pierre, de Saul, d’Augustin, et de tous les pécheurs convertis. Et qui l'envoie? la parole de Dieu. Blessés

par cette arme céleste, les apôtres et tous les saints l'ont lancée à leur tour en faisant entendre les enseignements de la divine parole, eten priant avec ferveur. Ils ont été eux-mêmes des flèches qui ont frappé le monde pervers et l’ont guéri...

Et j'entendis un des quatre animaux, et sa voix était semblable au bruit du tonnerre, et il dit: Venez et voyez. Et je vis, dit saint Jean dans l’Apocalypse : et voilà qu’un cheval blanc parut, et celui qui était dessus avait un arc; et une couronne lui fut donnée, et il partit vainqueur afin de vaincre (encore) : Z't audivi unum de quatuor animalibus dicens, tanquam vocem tonitrui : Veni, et vide. Et vidi : et ecce equus albus ; et qui sedebat super illum habebat arcum, et data ei corona, et exivit vincens ut vinceret (wi. 1.2). Ce cheval blanc est la figure des apôtres, des docteurs et des pasteurs de tous les siècles. Celui qui est dessus, c’est J. C.; l'arc et les flèches sont la prédication de l'Evangile; la couronne signifie la victoire que remporte la parole de Dieu, la conversion des pécheurs et le triomphe qui en est la suite.

Le Seigneur, dit Isaïe, m'a donné une langue éloquente, afin de soutenir par ma parole celui qui est afligé et accablé : Dominus dedit mihi linguam eruditam ; ut sciam sustentare eum qui lassus est verbo (L. 4).

Les prédicateurs annoncent et font connaître trois choses : J, C., le bonheur, et le salut éternel de l’âme et du corps...

Prèêtez l’oreille et venez à moi, dit le Seigneur par la bouche d’Isaïe; écoutez, et votre âme vivra; et j'établirai avec vous l’éternelle alliance de miséricorde promise à mon serviteur David : Znchnate aurem vestram , et venite ad me : audite, et vivet anima vestra ; et feriam vobiscum pactum sempiternum, misericordias David fideles (LV, 3).

Comme la neige et la pluie descendent du ciel, et n’y retournent plus, mais pénètrent la terre, la fécondent et font germer la semence espoir du laboureur, ditle Seigneur par la bouche du même prophète; ainsi ma parole ne reviendra pas à moi sans avoir produit de fruit; elle accomplira ce que j’ai voulu, et prospérera dans ceux auxquels je l’ai envoyée. Vous sortirez dans la joie, et vous marcherez dans la paix; et le Seigneur sera connu sous un nom éternel que rien n’effacera (Lv. 10-13).

Ecoutez ma parole, dit le Seigneur par la bouche de Jérémie, et Je serai votre Dieu, et vous serez mon peuple; et marchez dans la voie que je vous ai prescrit de suivre, afin que vous vous en

trouviez bien : Audite vocem meam, et ero vobis Deus, et vos eritis mihi populus : et ambulate in via quam mandavi vobis, ut bene sit vobis (Vir. 23).

J'ai trouvé vos enseignements, Seigneur, dit Jérémie, et je m'en suis nourri ; et votre parole est devenue la joie et les délices de mon cœur : /nventi sunt sermones tui, et comedi eos ; et factum est mihi verbum tuum in gaudium et in lætitiam cordis mei (xv. 16).

La parole de Dieu, dit saint Bernard, est vivante et efficace; dès qu'elle entre dans l’âme, elle la tire de son sommeil ; elle émeut, amollit et blesse le cœur, ce cœur endurci, ce cœur de pierre et tout malade. Elle commence aussi à arracher et à détruire , à édifier et à planter, à arroser ce qui était aride, à éclairer ce qui était dans les ténèbres, à ouvrir ce qui était fermé, à embraser ce qui était glacé, à redresser ce qui était tortueux, à aplanir les chemins raboteux ; tellement qu’alors âme bénit le Seigneur, et que toutes ses facultés louent son saint nom (1).

Voici sur les montagnes les pieds de celui qui évangélise, de celui qui annonce la paix, dit le prophète Nahum. Juda, célèbre les solennités, accomplis tes vœux, parce que Bélial ne passera plus au milieu de toi, il a péri tout entier (2).

S'ils écoutent et observent la parole du Seigneur, dit Job, ils pas- -seront leurs jours dans le bonheur, et leurs années dans la gloire : Si audierint et observaverint, complebunt dies suos in bono, et annos suos in gloria (xxxv1. M). |

Heureux, dit J. C., heureux ceux qui écoutent la parole de Dieu, et qui la mettent en pratique : Beati qui audiunt verbum Dei, et custodiunt illud (Luc. xr. 28). Le monde aveugle ignore où est le bonheur; il le place dans les richesses, les honneurs, les plaisirs ; il se trompe. Seul, J. C. sait où se trouvele vrai bonheur et il Le dit : Heureux ceux qui écoutent la parole de Dieu, et qui la mettent en pratique.

Le titre de mère, dit saint Bernard, n’eût servi de rien à Marie, si

(1) Vivum et efficax est Dei verbum ; moxque ut intus venit, expergefecit dormientem animam ; movit, et mollivit, et vulneravit cor, quoniam durum lapideumque : erat, et male sanum. Cœpit quoque evellere, et destruere, et ædificare, et plantare; rigare arida, tenebrosa illuminare, clausa reserare, frigida inflammare; nec non et mittere prava in directa, ct aspera in vias planas : ita ut benedicat anima Domino, et omnia quæ intra sunt, nomini sancto ejus ( Sem. LXXIV).

(2) Ecce super montes pedes evangelizantis et annuntiantis pacem : celebra, Juda, festivitates tuas, et redde vola tua : quia non adjiciet ultra, ut pertranseat in te Belial, universus interiit (1. 45).

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La parole de Dieu comparée à une semence.

540 PARÔLE DE DIEU.

elle n’eût pas eu le bonheur de porter J. G. dans son cœur plutôt que dans son sein. Marie est donc plus heureuse d'avoir reçu la foi du Christ, que de lui avoir donné un corps (1).

Ecoutez J. C. : En vérité, en vérité, je vous le dis : Si quelqu'un garde ma parole , il ne verra jamais la mort: Amen, amen dico vobis : Si quis sermonem meum servaverit, non gustabit mortem in æternum (Joann, vur. 51). Si quelqu'un m'aime, dit-il encore, il gardera ma parole, et mon Père l’aimera , et nous viendrons à lui, et nous demeurerons en lui : St quis diligit me , sermonem meum servabit ; et Pater meus diliget eum ; et ad eum veniemus , et mansionem apud faciemus (Joann. xiv. 23). O précieuse promesse ! Elle nous apprend comment on trouve Dieu, comment on le possède! L’auguste Trinité vient à nous, lorsque nous allons à elle, dit saint Augustin ; elle vient à nous pour nous aider , nous éclairer , nous remplir de grâce; nous allons à elle en obéissant, en considérant, en saisissant : Ventunt ad nos, dum venimus ad eos ; veniunt subveniendo, illuminando, implendo ; venimus obediendo, intuendo, capiendo (Tract. Lxxvr in Joann.). ‘

La foi vient de l’ouïr, dit saint Paul aux Romains , et l’ouïr par la parole du Christ: Fides ex auditu, auditus autem per verbum Dei (x. 17). La parole de Dieu procure donc le don sublime de la foi; et non-seulement de la foi, mais de toutes les vertus...

Les écrivains inspirés ont consigné dans les saints livres la doctrine de la sagesse et de la science. Heureux celui qui s’occupe sans cesse de ces utiles enseignements ! dit l’Ecclésiastique. Celui qui les conserve dans son cœur , sera toujours sage : s’il les met en pratique , il sera propre à toutes choses , parce que la lumière de Dieu conduira ses pas (2).

Quels avantages inestimables procure la parole de Dieu! quels heureux effets, quels fruits abondants elle produit, lorsqu'on est bien disposé à la recevoir et à en profiter!

La parole de Dieu est une semence, dit Job : Semen est verbum Dei (Luc. vus. M).

(4) Materna propinquitas nihil Mariæ profuisset, nisi felicius Christum corde quam carne gestasset. Beatior ergo Maria percipiendo fidem Christi, quam concipiendo carnem Christi (Serm. LXxIV ).

(2) Doctrinam sapientiæ et disciplinæ scripsit. Beatus qui in istis versatur bonis: qui ponit illa in corde su0, sapiens erit semper. Si enim hæc fecerit, ad omnia valebil: quia lux Dei vestigium ejus est (1, 29-31 ),

PAROLE DE DIEU. sit

Entre la semence et la parole de Dieu se trouvent les rapports suivants : 1° Comme la semence est jetée dans la terre; de même la parole de Dieu est jetée dans les âmes, qui sont le champ du Seigneur.... 20 La semence confiée à la terre y germe ; la parole de Dieu doit germer dans nos cœurs... 3° Les semences contiennent en germe tous les végétaux; la parole de Dieu est le principe de toutes les vertus et de toutes les grâces... 4° Sans les semences qu'on confie à la terre, elle ne produirait que des épines et de mauvaises herbes; sans la parole de Dieu , nos cœurs ne produiraient que des péchés et aucune vertu... 5° Pour fructifier , la semence demande une bonne terre ; pour donner naissance à des vertus, la parole de Dieu veut des âmes dociles et bien: disposées... 6° Avant de produire, la terre doit être cultivée; pour que la parole de Dieu soit féconde , nos cœurs doivent être cultivés par la charrue de la pénitence.... 7° La semence a besoin de pluie et de soleil; l’âme a besoin que la parole dé Dieu répande sur elle la pluie de la grâce, la lumière des bonnes inspirations et les rayons de la charité... 8° Pour se multiplier, la semence doit se dépouiller de son enveloppe et mourir; pour que la semence de la parole de Dieu multiplie en nous ses effets, il faut que notre âme se dépouille des affections terrestres et qu’elle meure à elle-même... 9° La semence doit germer , se déve: lopper, fleurir et müxir; la parole de Dieu doit suivre la même marche dans nos cœurs... 100 Toute la puissance de la plante et de ses fleurs , de l’arbre et de ses fruits est dans la semence; toutes les vertus sont dans la parole de Dieu....: 11° Chaque semence prodüit un végétal; chacune des sentences de l'Evangile produit son fruit : la foi, l’espérance, la charité, l'humilité, l’obéissance , la soumission , la pureté, etc... 12° IL faut l’union de la semence et de la terre pour que la semence se développe et fructifie ; il faut que l’âme s’unisse à la parole de Dieu pour que cette parole produise au centuple..... 13° La terre produit en raison de sa bonté et de sa culture; la parole de Dieu agit dans un cœur selon ses dispositions...

Si j'évangélise, dit le grand Apôtre, la gloire n’en est pas à moi ; ce m'est une nécessité : malheur à moi si je n’évangélise! Si evangelizavero, non est mihi gloria; necessitas enim mihi incumbit : ve enim mil est, si non evangelizavero ! (EL. Cor. 1x. 16.)

Il faut bien se garder de corrompre la parole de Dieu. Nous ne sommes pas comme plusieurs , dit le même apôtre, qui adultèrent la parole de Dieu; mais nous parlons dans le Christ, avec sincérité,

Nécessité pour les pasteurs d'annoncer la véritable parole de

Dieu.

comme venant de Dieu, et devant Dieu : Non sumus sicut plurimi , adulterantes verbum Dei: sed ex sinceritate , sed sicut ex Deo, coram Deo, in Christo loquimur (M. Cor. 11. 17).

Comme les eaux d’une fontaine coulent toujours , lors même que pérsonne n’y Va puiser , OU qu’on y va rarement, dit saint Chrysostome ; de même le prédicateur doit toujours remplir son devoir, et annoncer la parole de Dieu , lors même que peu de personnes l’écoutent et se convertissent ( Homil. 1 de Lazaro ).

Ayez pour modèle, dit saint Paul à Timothée, les saines paroles que vous avez entendues de moi dans la foi et l'amour qui sont en J. C. : Formam habe sanorum verborum quæ a me audisti in fide et in dilectione in Christo Jesu (I. 1. 13). Conservez, par l’Esprit- Saint qui habite en nous, le bon dépôt que je voüs ai confié : Bonum depositum custodi, per Spiritum Sanctum qui habitat in nobis (Hbid. IL. 1. 44). Endurez la peine comme un bon soldat du Christ : Zabora sicuk bonus miles Christi (Tbid. Il. 11. 3). Ayez grand souci d’être aux yeux de Dieu fidèle dispensateur de la parole de vérité. Evitez les discours profanes et vains : Sollicite cura te ipsum exhibere Deo recte fractantem verbum veritatis. Profana et vaniloquia devita (Ibid. HT. 1. 43. 16). Annoncez la parole ; insistez à temps et à contre-temps ; reprenez, suppliez, gourmandez en toute longanimité et doctrine : Prædica verbum ; insta opportune, importune ; argue, obsecra, increpa, in omnipotentia et doctrina (Hbid. If. 1v. 2).

Pour vous, écrit cet apôtre à Tite son disciple, répandez la saine doctrine : Tu autem loquere sanam doctrinain (11. 4 ):

Si quelqu'un parle, dit l’apôtre saint Pierre , que sa parole soit comme de Dieu : Si quis loquitur, quasi sermones Dei (1. 1v. 11).

Soyez vigilant, dit dans l’Apocalypse le Seigneur à l'évêque de Sardes ; souvenez-vous de ce que vous avez reçu et entendu, et gardez-le : Æsto vigilans : in mente habe qualiter acceperis, et audieris, et serva (111. 2. 3).

Il n’est pas permis à celui qui à été établi dispensateur de la parole de Dieu, de négliger la fonction sacrée de la prédication ; en effet, il lui est ordonné de nourrir le troupeau de J. CG, : Paissez mes brebis , dit J. C. à Pierre : Pasce oves meas (Joann. xxr. 17). Paissez le troupeau qui vous est confié , dit l’apôtre saint Pierre, veillant et vous faisant le modèle du troupeau: Pascite qui in vobis est gregem Dei, providentes ; forma facti gregis ex anäimo (X. v. 2.3).

Les lèvres des sages répandront la science, disent les Proverbes ; Labia sapientum disseminabunt scientiam (Xv. T).

Les prédicateurs doivent imiter le laboureur qui sème le grain. 1° Le laboureur nettoie sa semence et la débarrasse de la zizanie ; le prédicateur doit séparer la parole de Dieu de toute erreur... 2 Le laboureur porte avec lui le grain qu'il jette en terre; celui qui répand dans les cœurs la divine semence, doit commencer par la posséder en lui-même , au moyen de l'étude et de la piété... 30 Le laboureur répand la semence volontiers et avec libéralité , dans l'espoir d’une abondante moisson ; le prédicateur doit répandre avec bonheur, et abondamment la parole de Dieu dans les âmes, espérant une abondante moisson , pour lui et pour ses auditeurs en cette vie, etsurtout dans l'éternité...

-N’ajoutez pas aux paroles du Seigneur, disent les Proverbes "dé peur que vous ne soyez repris et trouvé menteur : Ve addas quidquam verbis illius, et arguaris inveniarisque mendax (xxx. 6).

Je ai dit : Malheur à moi, parce que je me suis tü! dit Isaïe : Ze dixi : Væ mihi, quia tacui! (vi. 8.)

Montez sur le sommet de la montagne, vous qui évangélisez Sion; élevez la voix avec force , dit le Seigneur par la bouche du même prophète... (xL.9.) Criez et ne vous lassez point; faites retentir votre voix comme les éclats de la trompette; annoncez à mon peuple ses crimes, à la maison de Jacob ses prévarications : C/ama, ne cesses, quasi tuba exalta vocem tuam; et annuntia populo meo scelera eorum; et domui Jacob peccata eorum (sai. vvin 4).

Que celui qui a ma parole, l’exprime fidèlement , dit encore lé Seigneur par la bouche de Jérémie : Qui habet sermonem meum, loquatur sermonem mieum vere (xxnir. 28). Fils de l’homme, dit-il au prophète Ezéchiel, je vous ai établi sentinelle dans la maion d'Israël ; vous entendrez la parole de ma bouche, et vous leu parlerez en mon nom: Æii hominis, speculatorem dedi te domut Israel ; et audies de ore meo verbum , et annuntiabis eis ex me (ur. 17 )i Si, quand je dis à l’impie : Tu mourras de mort, vous ne le lui annoncez pas, si vous ne lui parléz pas pour qu'il se retire de sa voie impie, et qu’il vive, l’impie mourra dans son iniquité ; mais je vous demanderai compte de son sang’: Sanguinem autem ejus de manu tua requiram (Ibid. ur. 18). Que si vous l’annoncez à limpie, et qu'il ne se retire pas de son impiété et de sa voie criminelle , il mourra dans son iniquité; mais vous vous avez sauvé votre âme : Tu autem animam tuam liberasté (Ibid. tr. 49 ).

Il y a donc nécessité pour celui qui a charge d’âme, d'annoncer la parole de Dieu ; mais il y a nécessité aussi pour le fidèle d'écouter

Quel est celui qui annonce convenable-

ment la parole

de Dieu,

Shi PAROLE DE DIEU:

cette parole... Si vous ne m’écoutez pas, disait saint Augustin à son peuple, je ne me tairai pas pour cela, et je sauverai mon âme; mais je ne veux pas me sauver sans vous. Vous qui ne voulez pas m'entendre, vous êtes l’ennemi du médecin, et moi je suis l'ennemi de votre maladie; vous haïssez le zèle que je mets à vous avertir , et moi j'en veux à la peste qui vous tue (1).

Il y a obligation, 1° d'annoncer la parole de Dieu... ; 2° de l’annoncer souvent et de ne pas se lasser. ; 3 d’annoncer la véritable parole de Dieu, et non des idées profanes ou des erreurs... ; 4° de prêcher avec force , prudence , science ; et de ne craindre personne, si ce n’est Dieu seul, à qui le pasteur aura à rendre compte du troupeau qui lui a été confié...

Mais le troupeau; de son côté, est obligé , 4° d'écouter la parole de Dieu , et de ne pas se lasser de l'entendre... ; 2° de mettre en pratique ce que le Seigneur ordonne... ; 3 de se dire qu'il devra rendre compte de l’abus qu’il aura fait de la divine parole. Nous reviendrons eur ce sujet...

Au résumé, les prédicateurs et les fidèles doivent remplir les obligations que Dieu leur impose...

Lonsoue vous enseignez dans l'Eglise , dit saint Jérôme, faites naitre les gémissements du peuple et non ses applaudissements; que les larmes de repentir de vos auditeurs soient votre éloge : Docente te in Ecclesia, non clamor populi, sed gemitus suscitetur; lacrymæ auditorum laudes tuæ sint (Ad Nepotianum).

Que vos discours, dit saint Paul, soient toujours assaisonnés du sel de la grâce, de sorte que vous sachiez comment vous devez répondre à chacun : Sermo vester semper in gratia sale sit conditus, ut sciatis quomodo oporteat vos unicuique respondere (Coloss. 1v. 6).

Les instructions d’une médiocre longueur sont plus agréables et mieux goûtées. Exposez clairement et brièvement ce que le Seigneur ordonne, afin que les âmes dociles le sachent et s’en souviennent...

Y eüt-il dans un discours d’amples recherches, et un esprit profond, et de l’éloquence, et l’intelligence de la situation, si l'Esprit- Saint, qui donne la force aux paroles, est absent, dit saint Jérôme, tout est inutile et perte de temps (2).

(1) Si me non audieritis, et tamen ego non tacucro, liberabo animam meam; sed nolo salvus esse sine vobis. Tu inimicus es medico, ego morbo; tu diligentie meæ, ego pestilentiæ tuæ (Homail. xxvir inter L). ‘ -

(2) Licet sit ample sermonis supellex, et mens profunda, et eloquentia , et intelligentia ; si non adsit Spiritus qui vim suppeditat, otiosa sunt omnia (Ad Nepotianum).

IL est dit dans les Actes dès apôtres, qu'Hérode, revêtu du manteau royal, s’assit sur son trône, et harangua si bien les députés des Tyriens et des Sidoniens , que le peuple s’écria : C’est la voix d’un Dieu, et non celle d’un homme, En ce moment, un ange du Seigneur le frappa, parce qu'il n'avait pas rendu gloire à Dieu ; et il mourut dévoré par les vers (xir. 21-23). Les prédicateurs ne doivent jamais perdre de vue ce fait, qui leur est d’un grand enseignement.

Gelui qui n’écoute pas la parole de Dieu dans le fond de son âme, la fait retentir en vain au dehors , dit saint Augustin : Verbi Dei inanis est forinsecus prædicator, qui non est intus auditor (Epist. exxxnr }

L'action est plus puissante que la parole, dit saint Grégoire de Nazianze : Opus sermone fortius est (Orat. xxvit). Prêcher d'exemple, voilà la meilleure des prédications. En effet, possédagsiez-vous la terre entière, si vous la laissez inculte, quel fruit en retirerez-vous?.…

Saint Vincent de Lérins disait : Ne prêchez pas des nouveautés ; mais dites les choses d’une manière nouvelle ; c’est-à-dire , parlez de manière à captiver l'attention de vos auditeurs : Von dicas nova, sed nove (In ejus vita ).

Celui qui a la sagesse du cœur sera éloquent, dit l’Ecriture (Prov. xvI. 21). ÿ

Pour qu’un discours soit éloquent, il faut : 4° qu’il soit plein de sagesse et de prudence... ; 2 qu’il convienne à la circonstance et aux auditeurs ; que toutes ses parties se trouvent disposées avec ordre ; qu'il soit clair, solide et facile à comprendre... ; 30 qu'il plaise. 3 40 enfin etsurtout, qu’il parte d’un cœur plein de foi, de douceur À de bonté et de charité...

Ce n’est pas sans raison que la sainte Ecriture compare un discours à un rayon de miel; car, 4° comme le miel est doux , ainsi l’orateur doit être plein de douceur dans ses paroles... 20 Le miel est le délicieux résultat du travail des abeilles, qui sont elles-mêmes le modèle et le symbole de la prudence et de la chasteté; le discours doit partir d’une âme prudente et pure... 3e Les abeilles composent leur miel du suc des fleurs et des herbes odoriférantes; il convient qu’un sage prédicateur compose ses discours à l’aide des fleurs parfumées de la sainte Ecriture et des Pères... 4e L’orateur a trois effets à produire : instruire, plaire et toucher ; le miel a trois propriétés analogues à ces trois effets : il fortifie, adoucit et guérit... Ecoutez saint Augustin, qui a tant étudié et qui possédait si bien tous les secrets de l’art oratoire : Un homme éloquent a dit, et il a dit vrai, que pour être éloquent, il fallait instruire , plaire et toucher. Instruire ,

c’est nécessité; plaire, c’est suavité; toucher, c’est remporter la victoire... (Epist. cxxxir. ) 8° Les abeilles font leur miel avec un art admirable; l’orateur doit disposer son discours avec prudence, ordre et méthode ; ce qui donne à ses paroles un charme puissant et une douce efficacité...

Appliquez-vous , dit saint Ambroise , à tirer de la parole de Dieu, qui est tout feu, trois effets qui sont de purifier, d'éclairer, d’embraser. Pour procurer aux auditeurs ces trois biens, il faut avoir la. parole de Dieu dans la bouche, dans le cœur et dans les œuvres. La parole de Dieu doit éclairer l'esprit , stimuler la volonté et orner la mémoire (In Psal. cxvux).

Dans un discours , dit saint Augustin , il faut aimer la vérité et non la grâce de l’élocution : /n verbis verum amare, non verba (In Psal. vu).

Un discours limé et fait avec art, enlève de leur force et de leur relief aux vérités que l’on émet, dit saint Prosper; les pensées ne sont pas établies pour les paroles, mais les paroles pour rendre les pensées : Sententiarum vivacitatem sermo ex industria cultus enervat : non res pro verbis , sed pro rebus enuntiandis verba sunt instituta (In Sentent.).

Un même discours ne convient pas à tous ; parce que tous n’ont pas le même âge , la même intelligence, le même caractère , la même condition , la même piété, les mêmes mœurs. IL y a des choses qui nuisent aux uns, et qui sont utiles aux autres ; comme il ya des herbes qui nourrissent certains animaux et qui en tuent d’autres. Un léger sifflement calme le cheval et irrite le lion; le remède qui diminue une maladie, en aggrave une autre; le pain qu; fortifie l’homme tuerait le malade ou l’enfant à la mamelle, Il faut donc préparer ses enseignements et les distribuer avec discernement, afin de donner à chacun ce qui lui convient, sans s’écarter cependant des règles générales...

Méditez les recommandations admirables que saint Françoïs d’Assise fait aux prédicateurs de son ordre : Je veux, mes très-chers frères, dit-il, que Les ministres de la parole de Dieu soient tels, que s'appliquant aux études spirituelles, ils ne s’inquiètent pas du reste; car vous êtes choisis par Le grand Roi pour annoncer ses oracles aux peuples. Le prédicateur donc doit puiser dans des prières secrètes les sentiments qu’ensuite il manifestera dans ses discours sacrés ; il faut qu'avant de parler , il soit embrasé d’amour de’ Dieu; car le ministère de la parole est vénérable, et doit ètre vénéré. Les

prédicateurs sont lesadversaires des démons et la lumière du monde. Geux d’entre eux qui s'appliquent à eux-mêmes et qui pratiquent les premiers ce qu’ils enseignent aux autres, méritent d’être loués; mais ceux qui donnent tout à la prédication , et rien à la dévotion ; Sout de mauvais ouvriers ; et l’on ne saurait trop pleurer le triste sort de ceux qui, pour une vaine louange, vendent au démon leurs travaux. L'office de la prédication est agréable au Père des miséricordes » SUI= tout lorsqu’on s’y livre uniquement par esprit de charité ; ét qu’on emploie l’exemple, plutôt que les paroles; les prières ferventes plutôt que les phrases éloquentes et multipliées. Il faudrait gémir sur l’orateur qui chercherait des éloges plutôt que le salut des âmes, ainsi que sur celui qui détruirait par une vie déréglée l'autorité de ses enseignements : un simple prédicateur, de peu de talents, mais de beaucoup de vertu, est préférable et fait infiniment plus de bien. Le prédicateur qui sacrifie à la vaine gloire, est stérile : qu'il se garde de se glorifier de produire du fruit; s’ilen produit, il est perdu pour lui. Mais ordinairement il est stérile pour les autres comme pour lui-même; parce que Dieu ne bénit ni lui ni son ministère (Opusc., collat. xvir),

Saint Bonaventure dit de saint François d'Assise : Sa parole était un feu ardent, qui pénétrait le fond des cœurs , et remplissait ses ‘auditeurs d’admiration. Dans ses instructions, l’on ne sentait pas l’action de l’art humain ; mais le souffle des inspirations et des révélations divines. Il préchait la vérité avec une confiance imperturbable; il ne savait pas épargner les vices ; il les attaquait avec fermeté et ne flattait pas les pécheurs, mais les poursuivait vivement pour les terrasser , et en faire des saints (n ejus vita).

La force des orateurs sacrés retentit et brûle, dit saint Grégoire : elle brüle par Le désir du bien qu’elle communique ; elle retentit par la parolequ’elle faitentendre. Une prédication animéeressemble done à l’airain embrasé : Vis prædicantium et sonat et ardet : ardet desiderio , sonat verbo : æs ergo candens est prœdicatio accensa (Homil. 1x in Ezech.).

Ceux qui annoncent l'Evangile par manière d’acquit, avec mollesse F ou avec crainte; ceux qui cherchent dans la prédication un autre fruit que la conversion des hommes etleurs progrès spirituels, ne comprennent ni ce qu'est la parole de Dieu, ni la dignité de ministre de J. C., ni la responsabilité qui pèse sur eux. Les apôtres qui méritent vraiment ce nom , portent Dieu avec eux ; ils l’offrent , ils le donnent : que peut-on comparer à cette sublime fonction ?.…

Saint Bernard enseigne que les prédicateurs doivent se retirer sur la montagne avec J. C., c’est-à-dire tendre au ciel par les désirs de l’âme et par une sainte vie, et s’efforcer d'atteindre le sommet des vertus (Serm. in Psal. ).

Les prédicateurs de la parole de Dieu doivent 1° être envoyés de Dieu, et lui servir d'instruments. ; 2° ètre unis à Dieu par loraison et par une ohéissance parfaite... ; 3° être actifs et zélés.….; 40 être pleins de force .et d’onction… ; 5° être exempts de vices et resplendissants de vertus, afin de devenir , comme saint Jean-Baptiste, des lampes ardentes et brillantes... ; 6° ils doivent lancer leurs flèches directement au but, c’est-à-dire frapper le cœur, le pénétrer de crainte et d’amour de Dieu, et ne pas s’arrêter à frapper simplement les oreilles...

Enfin, il faut que le prédicateur qui mérite ce nom, soit une flèche , et par ses exemples et par ses paroles ; c’est ainsi qu’il pénétrera sûrement dans le cœur de ses auditeurs : sa vie entière doit être une prédication continuelle.

Qu'il vous plaise, à divin Jésus, que nous soyons des flèches ardentes, des traits puissants et pénétrants pour les pécheurs, afin qu'ils puissent dire avec l’Epouse des Cantiques : Vous avez blessé mon cœur; je languis d’amour pour Dieu : Vunerasti cor meum; amore langueo (1v. 9. 11. 5).

C’est un don inestimable qu’une langue sage et éloquente; il faut prier tous les jours, afin que le Seigneur nous le conserve, et dire avec le Psalmiste : Souverain Maître, vous ouvrirez mes lèvres, et ma bouche annoncera vos louanges : Domine , labia mea aperies, et os meum annuntiabit laudem tuam (1. 17).

Dieu, dit saint Grégoire , ouvre les lèvres de celui qui réfléchit non-seulement à ce qu’il dira; mais quand, où et à quelles personnes il le dira. Que tous nos discours soient donc pesés à la balance de la justice , afin qu’ils soient pleins de gravité, dans le sens, dans les paroles, et dans la manière de l’orateur. Ne parlons que lorsque cela est utile : examinons si nous devons ou non passer sous silence telle ou telle chose; si le moment est favorable pour nous en occuper; enfin , si nous ne sortons sous aucun rapport des règles de la prudence , de la sagesse , de la modestie et de la charité (In Psal. 1).

Un médecin habile et compatissant, qui désire guérir une cruelle blessure, n’épargne pas dans le seul but d’épargner; il n’a pas pitié du patient uniquement afin d’en avoir pitié : voilà comment doit agir le prédicateur (Zn Psal. xvir).

Saint Bernard énumère sept degrés que doit franchir quiconque désire être digne d’annoncer la parole de Dieu , sept vertus qu’il doit posséder ; ce sont : 4° la contrition.… ; 2 la dévotion... ; 3° la pénitence… ; 40 exercer les œuvres de piété... ; 5° l’amour de l’oraison…; 6° l’habitude de la contemplation... ; 70 Ja plénitude de amour de Dieu...

Enseigner et ne pas faire , c’est non-seulement ne rien gagner, mais nuire au grand nombre, Une condamnation terrible est réservée à celui qui s’occupe de l’agencement de ses discours , mais qui néglige de les corroborer par ses œuvres. L’apôtre doit s’attacher à montrer l'excellence des principes qu’il s'efforce d'inculquer aux autres. Il n’aura pas de famille spirituelle, s’il tue par ses exemples ceux à qui ses paroles auront donné la vie : il fera mourir par la négligence de sa conduite celui que la vigilance de sa langue avait enfanté (1). ;

Aristote lui-même déclare que ceux qui s’inquiètent peu de rendre leurs actes conformes à leurs paroles détruisent la vérité ( Anton. in Meliss. ).

Personne, à mon avis, dit Sénèque, ne nuit davantage aux hommes et n’est plus digne de châtiment que ceux qui vivent autrement qu’ils ne le recommandent : Mullos pejus mereri de omnibus mortali- ‘bus judico , quam qui aliter vivunt quam vivendum esse præcipiunt (In Proverb. ).

Les exemples de ceux qui agissent ainsi détruisent l'effet qu'ont pu produire leurs enseignements : apôtres de humilité, ils sont guidés par l’orgueil; ne cessant de représenter l’obéissance, la résignation , la pureté, la charité, etc., comme des vertus utiles, nécessaires , admirables et faciles, ils inculquent plus fortement encore le contraire par leurs scandales, et condamment tantôt leurs œuvres par leurs paroles, tantôt leurs paroles par leurs œuvres. Ainsi, de l’ensemble de leur vie ressort une sentence de réprobation ; et au jour du jugement ils seront condamnés autant de fois par leur propre bouche, qu’ils auront exhorté leur prochain à la pratique d’une vertu qui leur a été étrangère.….

Et maintenant, dit le prophète Aggée, voici ce que dit le Seigneur

(1) Docere et non facere, non solum nihil lucri, sed etiam damni plurimum affert. Grandis enim condemnatio est componenti quidem sermonem suum, sed opere negligenti. Doctor ipse prior debet bonum ostendere quod alios contendit edocere, Doctoris progenies eradicatur, quando is qui per verbum nascitur, per exemplum necatur; quia quem lingua vigilans gignit, vilæ negligentia occidit (Lib. X Moral.)

La croix est un excellent prédica-

teur.

Nécessité d'écouter la parole de Dieu et de la mettre en pratique.

des armées : Appliquez vos cœurs à vos voies: Vous avez semé beaucoup, et vous avez peu récolté... Celui d’entre vous qui a amassé un trésor l’a mis dans une bourse percée (1. 5. 6).

La parole de la croix, dit le grand Apôtre, est folie à ceux qui périssent; mais à ceux qui sont sauvés, à nous, elle est la vertu de Dieu : Verbum crucis pereuntibus stultitia est; his autem qui salvi fiunt, id est nobis, Dei virtus est (I. Cor. 1.18). Nous prèchons, nous, le Christ crucifié, scandale pour les Juifs, folie pour les Grecs; mais pour ceux qui sont appelés, Juifs et Grecs, la vertu et la sagesse de Dieu : parce que la folie de Dieu est plus sage que les hommes et la faiblesse de Dieu plus forte qu'eux (I. Cor. r. 29-95 ).

Que nous dit la croix, que nous prèche la croix? L’amour infini de Dieu... , la chute de l’homme... , ses crimes..., ses misères... , ses châtiments..…, sa résurrection.; Le prix et la nécessité de la pénitence, des souffrances , de la résignation, du détachement et de la pauvreté ; le néant du monde et de la vie. , la laideur du péché..., la beauté de la vertu... , la valeur de l’âme et la nécessité du salut... Elle nous montre le chemin du ciel et nous enseigne ce qu’il faut faire pour Le conquérir et y arriver...

Heureux ceux qui écoutent la parole de Dieu et qui la mettent en pratique, dit J. C. : Beati qui audiunt verbum Dei, et custodiunt illud (Luc. xt. 28 }. L'homme est fait pour le bonheur, il le Jui faut; or, d’après J. C., le bonheur est dans l’audition de la parole de Dieu ; et dans la conformité de notre conduite à cette parole; nous devons donc, sous peine d’être malheureux, l'écouter et la mettre en pratique.

Ceux qui écoutent la loi , ne sont pas justes devant Dieu , dit saint Paul aux Romains; mais ceux-là seulement seront justifiés, qui accomplissent la loi : Von enim auditores legis justi sunt apud Deum, sed factores legis justificabuntur (11.13 }. |

Tous ceux qui disent : Seigneur, Seigneur , n’entreront pas dans le royaume des cieux ; mais celui qui fait la volonté de mon Père qui est dans les cieux, celui-là entrera dans le royaume des cieux, dit J. C. : Non omnis qui dicit mihi, Domine, Domine , intrabit in regnum cœlorum ; sed qui facit voluntatem Patris mei qui in cœlis est, ipse intrabit in regnum cœlorum (Matth. vi. 21). Et qui est-ce qui fait la

PAROLE DE DIEU. 551 volonté de Dieu, sinon l’homme qui se conforme à ses enseignements ?.….

Gardez-vous de rejeter celui qui vous parle du ciel , dit saint Paul (Aebr, xu. 25).

Mettez la parole en pratique, dit l’apôtre saint Jacques , et ne vous bornez pas à l’écouter, vous trompant vous-mêmes : Æstote factores verbr ; et non auditores tantum ; fallentes vosmetipsos (1.29),

Gueillez le fruit, évitez l’épine, dit saint Augustin; en écoutant celui qui vous dit de bonnes choses, n’imitez pas celui qui fait le mal : Botrum carpe ; Spinam cave ; cum audis bona dicentem , ne imiteris mala facientem (Tract. xLvrinJoann, ).

Est-ce qu’on méprise l’or parce qu’il entouré de terre ? dit saint Chrysostome. Non; mais on choisit l’or et on laisse la terre : ainsi vous-mêmes , recevez la doctrine, et laissez les mauvaises mœurs. Les abeilles sucent les fleurs et ne s'inquiètent point de leurs tiges : ainsi vous-mêmes, cueillez les fleurs de la saine doctrine ; et ne vous inquiétez pas du reste (Moral. ).

Celui qui dit : Je connais J. C., et qui ne garde point sa parole, est

un menteur , et la vérité n’est point en lui , dit l’apôtre saint Jean : Qui dicit se nosse eum, et mandata ejus non custodit, mendax est, et veritas in eo non est (I. 11.4).

. Sans la connaissance de son Créateur , l’homme est une brute, dit saint Jérôme : Absque notitia creatoris sui homo pecus ( Comment. in Joann. ). Or, c’est la parole de Dieu qui découvre Dieu à l’homme et qui le lui fait connaître ; l’homme doit donc l'écouter et s’y conformer, sous peine de ressembler à la brute et de vivre comme elle...

Si vous entendez aujourd’hui la voix de Dieu, n’endurcissez pas vos cœurs ; dit le Psalmiste : Aodie, si vocem ejus audieritis, nolite obdurare corda vestra (xarv. 8 ). Je méditerai votre parole, Seigneur, je ne l'oublierai jamais, dit le même prophète : Zn justificationibus tuis meditabor , non obliviscar sermones tuos (axvrr. 16).

Veillez sur vos pas en entrant dans la maison de Dieu, dit l’Eccléiaste, et approchez pour écouter sa parole : Custodi pedem tuum ngrediens domum Dei , et appropinqua ut audias (1xv. 17).

Gardez dans votre esprit la parole de Dieu que vous recevez de la bouche du prédicateur, dit saint Grégoire; car la parole de Dieu est V’aliment de l’âme. Cependant, comme l’estomac malade rejette la nourriture qu’il a prise, ainsi la mémoire quelquefois ne conserve pas les enseignements apostoliques. Mais il faut certainement

Combien il est facile de mettre en pratique la parole Dieu.

de

Tous entendent la parole Dieu.

de

désespérer de la vie de quiconque ne peut supporter d'aliments (1).

Nous devons aimer la parole de Dieu. Désirez mes paroles, dit le Seigneur, aimez-les, et vous aurez la sagesse : Concupiscite sermones meos, diligite illos, et habebitis disciplinam (Sap. vr. 12).

Drev, dit saint Augustin, n’ordonne pas l'impossible; mais en ordonnant, il vous avertit de faire ce que vous pouvez, et de demander la force d’accomplir ce que vous ne pouvez pas, puis il vous aide à agir : Deus impossibilia non jubet ; sed jubendo monet, et facere quod possis, et petere quod non possis, et adjuvat ut possis (In Epist. ad Rom. ).

Mon joug est doux, et mon fardeau, léger, dit J. C. : Jugum meum suave est, et onus meum leve (Matth. xr. 30).

Outre que la parole de Dieu est douce et qu’elle n’impose rien que de facile, la grâce l'accompagne toujours dans le cœur de celui qui la reçoit. Or, on peut tout avec la grâce...

La foi vient de l’ouir, et l’ouir par la parole de Dieu, dit le grand Apôtre aux Romains : Fides ex auditu, auditus per verbum Dei (x. 17). Mais je dis : Est-ce qu'ils n’ont point ouï ? Leur voix, certes, a retenti par toute la terre, et jusqu'aux éxtrémités du monde : Sed dico : Numquid non audierunt ? EE quidem in omnem terram exivit sonus eorum, et in fines orbis terræ verba eorum ( Ibid. x. 18).

Allez donc, dit J. C., et enseignez toutes les nations : Æuntes ergo docete omnes gentes (Matth. xxvrir. 19). Vous recevrez la vertu de VEsprit-Saint qui surviendra en vous, dit-il à ses apôtres, et vous me serez témoins à Jérusalem, dans toute la Judée, et dans la Samarie, et jusqu'aux extrémités de la terre : Accipietis virtutem supervenientis Spiritus Sancti in vos ; et eritis mihi testes in Jerusalem, et in omni Judæa, et Samaria, et usque ad ultimum terræ (Act. 1. 8).

Votre foi est annoncée dans tout l'univers, disait déjà saint Paul aux Romains : l'ides vestra annuntiatur in universo mundo (1. 8).

Depuis les apôtres jusqu’à nos jours, l’Evangile a été annoncé dans le monde entier, Les persécutions le prouvent...

Dieu est mort pour le salut de tous, dit le grand Apôtre : Pro

(1) Verba Domini quæ ore percipitis, mente retinete, Cibus enim mentis est sermo Dei; et quasi acceptus cibus, stomacho languente, rejicitur, quando auditus sermo in ventre memoriæ non tenetur. Sed quisquis alimenta non retinet, hujus profecto vita dlesperatur (Homi, xx in Evang.).

omnibus mortuus est Christus (IL. Cor. v. 14 ). Dieu veut, dit-il ailleurs, que tous les hommes soient sauvés, et viennent à la connaissance de la vérité : Vulé omnes homines salvos fieri, et ad agnitionem veritatis venire (I. Tim. 11. 4).

Ce Jésus que vous avez crucifié, dit saint Pierre aux Juifs, est la pierre qui, rejetée par vous, architectes, est devenue le sommet de l'angle. Et il n’y a de salut en aucun autre , ni sous le ciel aucun autre nom donné aux hommes, par lequel nous devions être sauvés : Et non est in alio aliquo salus ; nec enim aliud nomen est sub cœælo datum hominibus, in quo oporteat nos salvos fieri (Act..rv. 411.12).

Puisque J. C. est mort pour tous les hommes, qu'il veut lessauver tous, et qu’il n’y a de salut en aucun autre nom, J. C. leur donne donc à tous les moyens suffisants pour le connaître, l'aimer et le servir. Mais les démons, les passions, les préjugés, l'exemple et les paroles des incrédules et des impies, sont des obstacles au salut...

Comment tous les hommes n’entendraient-ils pas la parole de Dieu ? Tout dans l’univers est une voix qui nous parle de lui ; le soleil n’est-il pas un grand et excellent orateur, qui s’est adressé à tous les lieux, à tous les siècles, à toutes les générations ? La lune et son cortége, les étoiles brillantes de beauté n’annoncent-elles pas qu’elles sont l’œuvre de Dieu ? La terre, l'Océan, les montagnes et les vallées, les arbres et les fleurs, les oiseaux et les insectes ne publient-ils pas sa puissance etsa bonté? Oui, l’univers et ses merveilles témoignent de l'existence de Dieu, de sa providence et.de ses attributs ; ils pressent les hommes de l’adorer, de le craindre, de le servir et de l’aimer..…. La loi naturelle ne fait-elle pas entendre la parole divine ?.. Et la révélation, soit de l'Ancien Testament, soit du Nouveau, n’est-elle pas une voix wrésistible, la voix publique de Dieu...

La parole de Dieu , qui réprimande et rend les bons meilleurs, est insupportable aux orgueilleux, dit saint Cyrille: ÆRedargutio que mansuetos transfert in melius, superbis intolerabilis esse solet ( Homil.).

Combien, s’écrie le vénérable Bède, combien est misérable la conscience qui, après avoir entendu la parole de Dieu, se croit outragée ! Quam misera conscientia quæ, audito Dei verbo, contumeliam sibi fieri putat ! (In Evang.)

Les Juifs non plus, dit saint Paul, ne pouvaient, ou plutôt ne voulaient pas porter cette divine parole : Von enim portabant quod dicebatur (Hebr, xrr, 20),

Combien sont aveugles, coupables et malheureux ceux qui n'écoutent pas la parole de Dieu et qui ne la mettent pas en pratique.

Pourquoi l’on n’écoute pas la parole

de Dieu et pourquoi l’on n’en profile

pas.

De nos jours on compterait beaucoup d’orateurs sacrés qui prèchent dans le désert, ou parce qu’on ne va pas les entendre, ou parce qu’on ne veut pas profiter de leurs enseignements : Vox clamantis in deserto (Isai. xL. 3).

Oh ! qu'ils sont à plaindre, aveugles et malheureux les chrétiens qui ne tirent aucun fruit de la prédication ! Gelui, dit J.C., celui qui me méprise et qui ne reçoit pas ma parole, a un juge. La parole que j'ai fait entendre le jugera elle-même au dernier jour : Qui spernit me, et non accipit verba mea, habet qui judicet eum : sermo quem locutus sum, ille judicabit eum in novissimo die (Joann. xx. 48).

Le saint vieillard Siméon dit deJ. C. : Celui-ciest venu pour laruine et la résurrection de plusieurs : Positus est hic in ruinam et in resurrectionem multorum (Luc. 11. 34). IL en est de même de sa divine parole : elle est le salut de ceux qui l’écoutent et qui la mettent en pratique ; mais elle est la ruine des indifférents, des incrédules, des impies, qui la fuientet qui la méprisent. Comme la lumière du soleil réjouit et fortifie les-yeux sains tandis qu’elle blesse les yeux faibles et malades, comme le feu purifie l'or et consume la paille : ainsi la parole de Dieu plaît à l'âme saine, lui donne des forces et la purifie; tandis qu’elle ennuie, fatigue et rend plus coupable encore l'âme malade, criminelle, gangrenée, infâme et maudite...

Ma parole ne reviendra pas à moi sans fruit, dit le Seigneur par la bouche d’Isaïe; mais elle accomplira mes desseins : Verbum meum non revertetur ad me vacuum, sed faciet quæcumque volui (Lv. 11). Elle fait naître des fruits de bénédiction dans l’âme de ceux qui sont bien disposés, qui l’écoutent et qui la mettent en pratique ; et des fruits de malédiction dans le cœur de ceux qui en abusent..……

Cezur qui ne m'aime point, dit J. C., ne garde point mes paroles 4 Qui non diligit me, sermones meos non servat (Joann. xiv. 24). On n'aime pas Dieu, voilà pourquoi on foule aux pieds sa parole...

Celui qui est de Dieu, écoute la parole de Dieu, dit encore J. C. Vous n’écoutez point, parce que vous n’êtes point de Dieu ! Qui ex Deo est, verba Dei audit; propterea vos non auditis, quia ex Deo non estis (Joann. vu. 47).

Quechacun se demande sil reçoit dans son cœur la parole de Dieu; et il comprendra de quiilest, dit saint Grégoire. J, C. déclare que la marqué de la prédestination divine est d'entendre la parole de Dieu et d’obéir à ses saintes inspirations; mais que la rejeter est le signe de la réprobation ( Æomil. xvinx èn Joann.).

Je suis le bon pasteur, dit J. C., et je connais mes brebis, et elles me connaissent : Ægo sum pastor bonus ; et cognosco meas, et cognoscunt me meæ (Joann. x. 14). Vous ne croyez point, parce que vous n'êtes pas de mes brebis. Mes brebis écoutent ma voix ; je les connais, et elles me suivent ; et je leur donne la vie éternelle, et elles ne périront jamais , et nul ne les ravira de ma main (4).

Nous, nous sommes de Dieu, dit l’apôtre saint Jean. Celui qui connait Dieu, nous écoute; celui qui n’est pas de Dieu, ne nous écoute point : à ce signe, nous connaissons l'esprit de vérité et Pesprit d’erreur : Nos ex Deo sumus. Qui novit Deum, audit nos ; qui non est ex Deo, non audit nos : in hoc cognoscimus Spiritum veritatis, et Spiritum erroris (I. 1v. 6).

Je suis né, et je suis venu dans le monde pour rendre témoignage à la vérité, dit J. CG. à Pilate : quiconque appartient à la vérité, écoute ma voix : Z'g0 in hoc natus sum et ad hoc vent in mundum ut testièmonium per hibeam veritati : omnis qui est ex veritate, audit vocem meam (Joann. xvin. 37). Pilate lui dit : Qu'est-ce que la vérité? Et après ces paroles il sortit... : Dixit ei Pilatus : Quid est veritas? Et quum hoc dixisset, exivit.…. ([d.xvnr. 38.) Remarquez l'ignorance de Pilate et sonimdifférence; il ne sait cequ’est la vérité; il le demande et il s'en va sans attendre la réponse de J. C. Oh! combien Pilate a d’innitateurs qui sè dérobent à la lumière, à l’onction et à la puissance de la parole de vérité!.…

Les fils d'Israël, s’écrie le Seigneur par la bouche d’Isaïe, les fils d'Israël disent aux prophètes : Ne voyez pas; et à ceux qui sont attentifs à mes paroles : N’écoutez pas ces paroles sévères : parleznous un langage qui nousplaise : Zoquimini nobis placentia (xxx. 10). Dites-nous des choses qui flattent nos passions et nos caprices : Zoquimini nobis placentia. Voïlà le langage que font encore entendre les avares, les ambitieux, les orgueilleux, les voluptueux, les partisans du monde et de la vanité... Ils trouvent la morale évangélique trop sévère, trop gênante; ce qui signifie qu'ils sont la faiblesse et la lâcheté mêmes...

Ainsi les causes qui nous empèchent d'écouter la parole de Dieu ou de la mettre en pratique sont : 4° l'absence d'amour de Dieu; 2 ne pas se rattacher au bercail de J. C., mais au parti du démon;

(1) Vos non creditis, quia non estis ex ovibus meis, Oves meæ vocem meam audiunt ; et ego cognosco eas, et sequuntur me; et ego vitam æternam do cis ; et non peribunt in æternum, et non rapiet eas quisquam de manu mea (Joann. x. 26-28).

k 5 S 3o le défaut de connaissance de Dieu ; 4e le manque de foi; 5° l’aversion ou l'indifférence pour la vérité ; 60 la corruption du cœur, les passions, les mauvaises habitudes...

Châtiments Ceux quirésistent à la voix de Dieu, dit Job, seront livrés au glaive, pipes et mourront dans leur aveuglement : Si non audierint, transibunt per FR PS gladium, et consumentur in stultitia (xxxwI. 12).

Dieuetquine Si quelqu'un entend ma parole et ne la garde point, je ne le juge

ue pas, moi, dit J. C.; car je ne suis pas venu pour juger le monde, mais pour le sauver. Celui qui me méprise et qui ne reçoit pas ma parole a un juge. La parole que j’ai fait entendre le jugera ellemême au dernier jour (1).

Mon peuple n’a point écouté ma voix, dit le Seigneur par la bouche du Psalmiste; Israël n’a pas voulu de moi ; et je les ai livrés aux désirs de leurs cœurs, ils s’enfonceront dans leurs inventions erronées (2). Si mon peuple m'avait écouté, si Israël avait marché dans mes voies, j'aurais humilié et réduit à rien ses ennemis ; mon bras se serait appesanti sur ceux qui l’ont foulé aux pieds. Les ennemis du Seigneur auraient été contraints de lui rendre hommage, et son bonheur aurait eu la durée des siècles; je l'aurais nourri du plus pur froment; j'aurais fait couler pour lui le miel du rocher. ( Psal. * LXxX. 12-15). Mais parce qu’il a méprisé ma parole, ses ennemis triompheront ; je Le frapperai et il sera malheureux, et il souffrira de la faim ; et au lieu de miel, il aura du fiel..….

Je me vengerai, dit le Seigneur dans le Deutéronome, je me vengerai de celui qui ne voudra pas écouter les paroles de l’envoyé qui parlera en mon nom : Qui verba ejus, quæ loquetur in nomine meo , audire noluerit, ego ultor existam ( xvur. 49).

Si vous n’écoutez point la voix du Seigneur, dit Samuel au peuple d'Israël, et si vous irritez sa parole, la main du Seigneur sera sur vous, comme elle a été sur vos pères : Si non audieritis vocem Domini, sed exasperaveritis sermones ejus, erit manus Domini super vos,et super paires vestros (1. Reg. x1r. 15). Le même Samuel ne dit-il pas à Saül : Parce que vous avez rejeté la parole du Seigneur, le Seigneur

(1) Si quis audierit verba mea, et non custodierit , ego non judico eum: non enim veni ut judicem mundum, sed ut salvificem mundum. Qui spernit me, et non accipit verba mea, habet qui judicet eum : sermo quem locutus sum, ille judicabit eum in novissimo die (Joann. x11. 47-48).

(2) Non audivit populus meus vocem meam, et Israel non intendit mihi: et dimisi 60s secundum desideria cordis eorum, ibunt in adinventionibus suis (Lxxx, 12, 18),

PAROLE DE DIEU. 097 vous a rejeté à son tour? Quia projecisti sermonem Domini, pro- Jecit te Dominus (1. Reg. xv. 96).

Parce que vous n'avez pas voulu entendre la voix du Seigneur, voici qu’un lion vous tuera , dit un fils de prophète au roi Achab : Quia noluisti audire vocem Domini, ecce percutiet te leo (I. Reg. xx. 36). Le Seigneur adresse la même menace à quiconque ferme l’oreille à sa parole sainte. Le lion, c’est le démon qui rôde autour des hommes, et qui setient prêt à les dévorer.

Îz faut : 1° estimer beaucoup la parole de Dieu... ; 2e la respecter. ; 3 se préparer à l'entendre. ; 40 l'écouter avec attention... 5o Quelle que soit la bouche qui l'annonce ,!et de quelque manière qu'elle s’en acquitte, avec éloquence ou simplement, on doit la recevoir et ne s'occuper que de la parole de Dieu prise en ellemême... 6° Il faut la méditer... ; 7° y appliquer sa mémoire, son intelligence et surtout sa volonté. ; 8 en faire la règle de sa conduite.…..; 90 ne pas l’oublier; 10° remercier Dieu du bienfait qu’il nous a accordé en nous faisant entendre ses enseignements.

Dispositions nécessaires et moyens à employer pour profiter de la parole de Dieu.

Nous devons tout à J. C.

ous devez à J. C. votre vie toutentière , dit saint Bernard , car

il a donné sa vie pour la vôtre, etil a souffert les plus cruels

tourments pour vous préserver des tourments éternels. Lors donc que je lui aurai donné tout ce que je suis et tout ce que je puis, cela comparé à ce qu’il a fait pour moi ne sera-t-il pas ce qu’une étoile est au soleil, une goutte d’eau à un fleuve, une pierre à une montagne. Si je me dois tout à lui parce qu’il m'a créé, que lui donnerai-je pour n'avoir racheté, et pour m'avoir racheté comme il l’a fait? Car je n’ai pas été réparé aussi facilement que j'ai été créé : celui qui m’a créé en un instant et d’un seul mot, à pour me réparer fait entendre bien des paroles , a opéré d’incomparables merveilles et a supporté des traitements pénibles ; et non-seulement pénibles, mais indignes. Dans le premier œuvre, il m’a donné moimême à moi-même; dans le second, c’est lui qui s’est donné ; et en se donnant, il m’a rendu à moi-même. Mis et remis en possession de moi-même, je me dois en retour et je me dois deux fois. Mais que rendrai-je au Seigneur pour le don qu’il m’a fait de lui-même? Quand je pourrais me donner mille fois, que suis-je auprès de Dieu? (1)

J. C., ditle grand Apôtre, J. CG. qui s’est soumis à la malédiction pour nous, nous a rachetés de la malédiction de la loi, selon qu’il est écrit : Maudit celui qui est pendu au bois : Christus nos redemit de maledicto legis, factus pro nobis maledictum ; quia scriptum est : Maledictus omnis qui pendet in ligno (Gal. 11. 43).

Les outrages de J. C. sont notre gloire, dit saint Jérôme. Il est mort pour nous rendre à la vie; il est descendu du ciel pour nous y

(1) Christo Jesu debes omnem vitam tuam, quia ipse vitam suam posuit pro tua, et cruciatus amaros sustinuit, ne tu perpetuos sustineres. Cum ergo ei donavero quidquid sum, quidquid possum, nonne istud est sicut est stella ad solem , gutta ad fluvium, lapis ad montem ? Si totum me debeo pro me facto, quid addam jam pro refecto, et refecto hoc modo? Nec enim tam facile refectus quam factus ; nam qui semel el Lantum dicendo fecit, in reficiendo profecto, et dixit multa, et gessit mira, et pertulit dura; nec tantum dura, sed et indigna. In primo opere, me mihi dedit ; in secundo, se : et ubi se dedit, me mihi reddidit. Datus ergo et redditus , me pro me debco, et bis debeo. Quid Deo retribuam pro se? Nam etiamsi millies me rependere possem, quid sum ego ad Deum? ( Serm. de Quadrupl. Debitor. )

faire monter. Il s’est fait folie, pour nous rendre sages; il a été suspendu à l’arbre de la croix, afin d'effacer ainsi le péché que nous avions commis par l’arbre de la science du bien et du mal (1).

Comprenons si nous le pouvons quelle est la largeur, et la longueur, et la hauteur, et la profondeur de l'amour de J, G, et des douleurs qu'il a souffertes pour nous,

Quelle est la largeur de la passion? J, C. a souffert dans tous ses membres, dans toutes les puissances de son âme, de la part de toute espèce d'hommes , et même de celle des anges, et de Dieu son Père, dontiil a été comme abandonné, I] a enduré tous les genres de tourments. [l a été dépouillé de tous les biens de la fortune, de la réputation, de l'honneur et de la vie...

Quelle est la longueur de la passion ? Pendant trente-trois ans qu’il a vécu, J. C. a ressenti dans son corps, dans son âme, dans son esprit et dans son cœur, les douleurs qui devaient terminer sa vie et le supplice de la croix : il voyait tout cela constamment...

Quelle est la hauteur de la passion ? Durant toute sa vie, J, C. a été cruellement affligé et torturé par une claire considération, et par une parfaite connaissance, soit de la grandeur de Dieu offensé , soit de la gravité du péché, soit des douleurs auxquelles devait être soumise sa personne sacrée , soit des peines passées, présentes et à venir, qui fondaient à la fois sur lui, soit de la multitude des réprouvés à qui ses souffrances seraient inutiles...

Quelle est la profondeur de la passion? Qui dira l'intensité des douleurs et le poids des ignominies qui ont été le partage de Jésus crucifié ?...

J. G, est venu en ce monde pour sauver les pécheurs, desquels je suis le premier, dit saint Paul à Timothée : Christus Jesus venit in hunc mundum peccatores salvos facere, quorum primus ego sum (1. Cor. 1.45).

Un grand médecin est venu du ciel, dit saint Augustin, parce qu’un grand malade gisait sur la terre : Magnus de cœlo venit medicus, quia magnus per totum orbem terræ jacebat ægrotus (In Passione).

Pour nous aimer de toute éternité, Dieu n’a eu besoin que d’une pensée. ;,pour nous créer, il a suffi d’une parole... : mais pour nous racheter, il a fallu l’incarnation , l’anéantissement, toutes les

(1) Domini injuria nostra est gloria. Ille mortuus est, ut nos viveremus; ille descendit, ut nos ascenderemus in cœlum. Ille factus est stultitia , ut nos sapientia fieremus. Ille pedendit in ligno, ut peccatum quod commiseramus in ligno scientiæ, Jigno deleret appensus ({n Marcum ).

Abimes d'amour et de douleurs; abimes d'ingratitude et de cruautés.

La Cène.

humiliations, les douleurs et les ignominies, le corps, le sang, l'âme et la divinité de J. C. ; enfin, sa mort sur une croix.

Dans la passion, s'offrent de toutes parts d'innombrables abimes que nul ne saurait mesurer.

Du côté de J. G., abime d’amour, de douleurs, de patience , de miséricorde, de mansuétude, océan de biens...

Du côté de Dieu le Père, abime de justice...

Du côté de l’homme, abime de misères, d’aveuglement, d’ingratitude , de crimes, de fureur , de cruautés.…

Jésus dit à ses disciples : Vous savez que la pâque se fera dans deux jours, et que le Fils de l’homme sera livré pour être crucifié (Matth. xxvi. 1. 2). Allez donc dans la ville, chez un tel, et dites lui : Le Maitre dit : Mon temps est proche, je ferai chez vous la pâque avec mes disciples (Id. xxvr. 18).

Considérons que 1° ce Dieu d’amour se donne la veille de sa mort: In quanocte tradebatur.…. (L. Cor. xt. 23.) 2 Il presse ses disciples de préparer la pâque : Allez... mon temps est proche : Ze... tempus meum propeest... (Matth. xxvi. 18.) 3° IL établit l’auguste sacrement de nos autels, et se donne à ses disciples au moment même où lon conspire sa perte et où Judas le met à prix : Que voulez-vous me donner, et je vous le livrerai ? Quid vultis mihi dare , et ego eum vobis tradam ? (Matth. xxvr. 45.) Vends ton maître, Ô Judas, cela t’est facile; tu vas le recevoir ; il va se donner à toi par la communion! 4° J, C. voit la trahison et le baiser de Judas, la fuite de ses disciples, son agonie , sa sueur de sang , les chaînes , Les fouets, les crachats, les soufflets ; il entend le reniement de Pierre, les railleries, les faux témoignages , les blasphèmes , sa condamnation à mort ; il pressent la couronne d’épines, la croix, les clous, l’abandon de son Père et des hommes. Et c’est ce moment qu’il choisit pour laisser à son Eglise l’'admirable monument de son éternel amour !.…. 5e IL établit le sacrement de l’eucharistie pour se donner à ceux mêmes qui vont le vendre, le renier, l’abandonner, le crucifier. Rien ne l’arrête, son amour franchit tout... 6 Les outrages, les moqueries , les mépris, les profanations, l'hypocrisie, les sacriléges, les persécutions dont cet auguste sacrement sera l’objet jusqu’à la fin du monde, sont devant ses yeux , et il passe outre.

Mes chers disciples, dit-il à ses apôtres, mes amis, je vais vous quitter, je vais mourir pour vous et pour le salut du monde; mais

PASSION DE JÉSUS-CHRIST: d6€ auparavant prenez et mangez : CEcr EST MON corps : Hoc est Cor pus meum (Matth. xxvr. 26). Buvez, car cRür Esr MON san, le sang du nouveau testament qui sera tés pour plusieurs (pour tous) , en rémission des péchés (Matth. xxvr. 27. 28). Sur la croix, ce sang vous unira à mon Père ; dans l’eucharistie, il vous unira à moi. J’ai très-vivement désiré de manger cette pâque avec vous, avant de souffrir! Desiderio desideravi hoc pascha manducare vobiscum, antequam patiar ? (Luc. xxir. 15.) Voici mon testament : Je vous prépare le royaume , comme mon Père me l’a préparé ; afin que vous mangiez et buviez à ma table dans mon royaume, et que vous siégiez sur des trônes pour juger les douze tribus d'Israël : Ægo dispono vobis, sicut disposuit mihi Pater meus regnum , ut edalis et bibatis super Mensan Mmeam in regno meo; et sedeatis super thronos ; judicantes duo= decim tribus Israel (Luc. xxrr. 29. 30).

O amour infini d’un Dieu !

Judas était présent; il s'était mis à table avec * CG. etles apôtres, et il communia sacrilégement !.…

Aussirôr après avoir communié, Judas sortit, Et il était nuit. Zrivit continuo. Erat autem nox (Joann. xur. 30). Où va ce monstre ? Poussé par l’avarice et par le démon qui s'était emparé de lui pendant la cène, et surtout au moment de son indigne communion : Post buccellam, introivit in eum Satanas (Joann. x: 27), il va trouver les ennemis déclarés du Sauveur. Que voulez-vous me donner, leur dit-il, et je vous le livrerai? Quid vultis mihi dare , et ego eum vobis tradam ? (Matth. xxvr. 15.) Arrête, infâme!.. Et que pourra-t-on te donner qui puisse remplacer ton Dieu! Que te manquait-il avec lui? Il avait pris pour disciple , et élevé à la dignité d’apôtre; il n’avait cessé de te combler de ses faveurs ; tu avais été l’heureux témoin de sa vie céleste ; de ses bienfaits , de ses miracles, de ses promesées !..;

Et vous, pécheurs, qui pour un vil plaisir, une misérable passion, abandonnez J. CG. et le. vendez au démon , n’imitez-vous pas Judas ? N’êtes-vous pas aussi des traîtres ? Ne dites-vous pas : Satan, pas: sions, que voulez-vous me donner, et je vous livrerai mon Dieu; je vous sacrifierai mon salut, rnà coùronne, mon trône , mon bonheur, mon âme ? Chair pleine de convoitises , donne-moi cette misérable volupté , ce plaisir qui m’est commun avec les animaux immondes; et toi, Satan, prends J. C., je te le livre , je te immole ; je ne veux point de lui : jé prends pour divinité ma volonté, ma chair, la

luxure, l’avarice, la gourmandise, la haine , la paresse : Quid vultis

lle 30

Judas vend son divin Maitre.

mihi dare, et ego eum vobis tradam? Judas sortit donc. Il sortait, dit saint Ambroise ; il sortait de la foi; il sortait de l’assemblée et du rang des apôtres; il sortait du festin du Christ, pour gagner le repaire du démon; il sortait de la grâce de la sanctification, pour prendre le lacet de la mort ; il sortait dehors, lui qui laissait les mystères de la vie intérieure (1).

Lorsque Judas sortit, il était nuit, dit l'Evangile : rat autem nox (Joann. xu1. 30). Oui, pour Judas, il était nuit! Il venait d’abandonner celui qu’il avait reçu indignement, celui qui éclaire tout homme venant en ce monde, celui qui est la vraie lumière ; et il se trouvait plongé dans les ténèbres mêmes de l’enfer. Aussi ne savait-il où il allait quand il dirigeait ses pas déicides vers la demeure des princes des prêtres , atin de leur vendre son maître. Il ne voyait pas qu'il commettait le plus grand des forfaits, et qu'il se livrait à l’avarice qui le conduirait au désespoir, à la corde et à l'enfer... Il était nuit : £rat autem nox.

Hélas! tous les pécheurs ne sont-ils pas eux-mêmes plongés dans une nuit épaisse. Si la lumière ne les avait pas abandonnés, iraientils enriant se précipiter dans un océan de malheurs, pour saisir une ombre de satisfaction criminelle? Les ténèbres qui enveloppaient Judas, enveloppent encore la conscience des pécheurs endurcis..….

Judas vend son maître trente deniers! Que voulez-vous me donner, dit-il aux princes des prêtres, et je vous le livrerai? Ceux-ci lui promirent trente pièces d'argent, Et dès eet instant Judas cherchait Voccasion de le livrer : At ei constituerunt ei triginta argenteos. Et exinde quærebat opportunitatem ut eum traderet (Matth. xxvi. 15-16).

Otraitre, s’écrie saint Ambroise, tu estimes à trois cents deniers le parfum que Madeleine répand sur J. C., en mémoire de sa passion, ettu vends sa passion elle-même trente deniers ! Tu es riche et généreux danston estimation, ettu es vil dans ton crime : tu vends ton Dieu au taux des esclaves. J. C. ne veut pas qu’on le prise davantage, afin que tous puissent l’acheter, et qu’aucun pauvre né soit effrayé du prix (2).

(1) Exivit continuo ! (Joann. xtr1. 80.) Egrediebatur igitur Judas; egrediebatur de fide; egrediebatur de concilio et numero aposlolorum; egrediebatur de convivio Cbristi ad latrocinium diaboli; egredicbatur de gratia sanctificationis ad laqueum mortis; egredicbatur foras, qui vitæ internæ mysteria relinquebat (/n Joann. Evang.). (2) O Juda proditor, unguentum passionis ejus trecentis denariis æstimas , et passionem cjus triginta argenteis vendis! Dives in æstimatione, vilis in scelere. Tam vili auctionce vult æstimari se Christus, ut ab omnibus ematur, ne quis pauper deterrea= tur ( Lib. IL de Spirit. Sanct., e. xvitt et c. vit Luc.).

PASSION DE JÉSUS-CHRIST. 563 Livré en échange d’une somme si modique, J. C. devient le prix de la rédemption de tous les pécheurs et de tout l’univers. Judas, pour avoir vendu le Sauveur trente deniers, et les Juifs, pour l'avoir acheté, sont les uns et les autres frappés par Dieu de trente malédictions énumérées par le Prophète royal dans le psaume cvin : Are Seigneur, dit-il, placez mon ennemi sous le joug de l’impie. 2% Que Salan se tienne debout à sa droite, 3° Lorsqu'on le traduira en jugement, qu'il sorte condamné. 4° Que sa prière se change en péché. 5° Que ses jours soient abrégés. 6° Qu'un autre reçoive sa mission. 7° Que ses enfants deviennent orphelins, 8e Et sa femme , veuve. 9e Que ses fils soient vagabonds et transférés parmi les nations étrangères; qu'ils mendient leur pain. 10° Que l'usure dévore ce qu'il possède. 11° Que les étrangers s’approprient le fruit de son travail. 12e Que personne ne lui vienne en aide, 43e Que personne n’ait pitié de ses fils orphelins. 14° Que sa race soit dévouée à la mort. 18° Que son nom s’éteigne après une seule génération. 16° Que liniquité de ses pères revienne dans la mémoire du Seigneur. 47° Que le péché de sa mère ne soit point effacé. 18e Que ses fils soient toujours les ennemis du Seigneur. 19° Que leur souvenir périsse sur la terre. 20° Il à aimé la malédiction, elle lui arrivera. 2e I] n’a pas voulu la bénédiction, elle s’éloignera de lui. 29° 11 s’est revêtu de la malédiction comme d’un manteau. 23e Elle est entrée dans ses entrailles comme l’eau. 24° Elle a pénétré dans ses os, comme l’huile. 23e Qu'elle soit à jamais son vêtement. 26e Qu’elle forme la ceinture qui presse ses reins. 27° Qu'il disparaisse comme l’ombre qui décline. 28e Qu'il soit chassé comme la sauterelle, 29e Qu'il soit accablé de honte. 30e Qu'il se trouve livré à l’ignominie.

Après la cène, J. C. se dirigea vers le jardin des Oliviers : 4° pour prier, Car c'était un lieu solitaire... ; 2 pour prouver qu’il ne fuyait pas la mort, mais qu’il la désirait; car cet endroit était connu de Judas... ; 30 pour aborder sa passion...; 4° pour montrer sa miséricorde et sa douceur...

Adam nous a perdus dans un jardin; c’est dans un jardin que J. C. nous sauvera.….. Adam nous a perdus dans un jardin de délices; c’est dans un jardin de douleur que J. C. commencera la rédemption du monde... Adam sort du paradis terrestre emportant la mort pour lui et toute sa race; J. C. sort du Jardin des Oliviers, afin de nous rendre la vie à tous...

Arrivé dans ce lieu, J. G. se prosterne la face contre terre: Procidit

J. Can jardin des Oliviers.

in faciem suam (Matth. xxvi. 39). Par cet acte d’humilité, il montre 4e l’affliction qui le remplit... ; 2 le profond anéantissement où il se trouve. ; 30 il témoigne à Dieu son père un respect infini... ; 2 il indique combien est accablant le fardeau de nos péchés qu'il a voulu prendre sur lui...; 5° 1l se met à notre place et, pénitent, 11 s'offre en victime d’expiation à son père, demandant à être seul chàtié pour les péchés des hommes.

J.C. commença, dit l’Ecriture, à tomber en grande peine et tristesse. Alors il dit à ses apôtres : Mon âme est triste jusqu’à la mort... Et s'étant éloigné un peu, il se prosterna la face contre terre, priant et disant: Mon Père, s’il est possible, faites que ce calice passe loin de moi! Cependant qu’il n’en soit pas comme je veux, mais comme vous voulez (Matth. xxvi. 37-39). I prie trois fois : ce n’est qu’à la troisième fois qu’un ange vient afin de le forlifier. Apprenons par cet exemple à ne pas nous décourager dans la prière, mais à persévérer, surtout dans les temps d’épreuve.

J. C. prie trois fois pour nous apprendre à prier et à demander : Âo grâce pour nos péchés passés..….; 2° secours afin de ne pas tomber présentement..….; 3e d’être préservés des maux futurs... J.C. prie trois fois afin de nous enseigner aussi que toutes nos prières doivent être dirigées vers l’auguste Trinité, Père, Fils et Saint-Esprit, et afin d’obtemr le salut de notre esprit, de notre cœur et de notre corps...

J.C. prie, et quelle est sa prière : Mon Père, s’il est possible; faites que ce calice passe loin de moi : Pater , si possibile est , transeat a me calix iste (Matth. xxvi. 39 ). Oui, mon Jésus, ce calice est amer, car il renferme la justice de votre Père et toutes nos iniquités ; mais, si vous ne le buvez, tout est perdu pour nous! Il le boira , car il ajoute : Cependant, qu’il n’en soit pas comme je veux, mais comme vous voulez : Verumtamen non sicut ego volo , sed sicut tu (Matth. xxvi. 39). Cette parole de notre chef, dit saint Léon, a été le salut du corps entier : elle a formé tous les fidèles, elle a enflammé de zèle tous les confesseurs, elle a couronné tous les martyrs (Serm, vi de Passione ).

A la vue du calice d’amertume qui lui est réservé, J, C. entre dans une profonde tristesse : Mon âme est triste jusqu’à la mort, s’écrie-t-1l : Zriséis est anima mea usque ad mortem (Matth. xxvr. 38). Par cette tristesse le Sauveur expie les coupables joies d'Adam et de tous les pécheurs. Il est triste en voyant la trahison de Judas, le reniement de Pierre, l'abandon de ses apôtres, toutes les douleurs

et toutes les ignominies qui vont fondre sur lui. Il est triste parce qu’il porte tous les crimes passés, présents et futurs de toutes les générations. Il est triste parce qu'il aperçoit dans l’avenir les supplices qui attendent ses apôtres et les martyrs, les épreuves réservées à son Eglise, l’ingratitude des hommes et la damnation d’un grand nombre de pécheurs, malgré la valeur infinie du sang qu'il va répandre pour eux. Il est triste enfin de la tristesse profonde de sa tendre et divine mère.

La tristesse de J. C. est libre, volontaire; c’est une tristesse d'amour, et par conséquent une tristesse très-méritoire..…. L'adorable Sauveur est accablé de tristesse, afin de nous rendre la mort douce...

Vous gémissez , Seigneur, non sur vos souffrances et vos douleurs, mais sur nos blessures; non sur votre mort, mais sur notre faiblesse, dit saint Ambroise : Doles, Domine , non fua, sed mea vulnera; non tuam mortem , sed nostram infirmitatem (In Luc. xx1r. 44 ).

Jésus se troubla en son esprit : Turbatus est spiritu (Joann, XIII. 21).

J. C., dit saint Augustin, s’est troublé par puissance, et non par faiblesse : Christus potestate, non infirmitate turbavit seipsum (In Passione ).

Voyez, dit saint Bernard, voyez, si vous y faites attention, la joie qui s’attriste , la confiance qui tremble, la santé qui souffre, la vie qui meurt, la force qui s’affaisse ; mais cette tristesse réjouit, cette crainte réconforte , cette mort vivifie (1).

J. C. se lève , il vient à ses apôtres, et les trouve endormis : Znvemit eos dormientes (Matth. xxvr. 40). Veillez et priez, leur dit-il : Vigilate et orate (Kd. xxvr. M ). Il les réveille pour prouver que sa passion est le réveil de ceux qui dorment dans le péché, dit saint Irénée ; car, qui pourrait dormir dans le péché en voyant J. C. souffrir tous les tourments pour expier le péché? (Æist. Eccles.)

De ses apôtres, il retourne à la prière; toujours plongé dans un océan de tristesse, il tombe en agonie, et prie plus longuement encore : Æt factus in agonia, prolixius orabat (Luc. xx1r. 43). Il a une sueur, comme de gouttes de sang qui tombent à terre : Z'£ factus est sudor ejus , sicut quttæ sanquinis decurrentis in terram (Luc. xxIT. 44).

J.C., dit saint Bernard, ne s’est pas contenté des larmes qui

(1) Videas, si attendas, tristari lætitiam , pavere fiduciam , salutem pati , vitam mori, fortitudinem infirmari : sed est hæc tristitia lælificans, pavor conforlans, mors vivificans (Homil, 11 super Missus est ).

566 mi . PASSION DE JÉSUS-CHRIST

tombent des yeux, mais il a voulu pleurer et laver nos péchés avec des larmes de sang qui coulaient de {out son corps : Christus non contentus fuit lacrymis oculorum, sed totius corporis sanguineis lacrymus, peccala nostra flere et lavare voluit ( Homil. super issus est ).

Cependant le traitre Judas approche : Voici Judas lun des douze :: Ecce Judas unus de duodecim ( Matth. xx vi. 47). Fece : voici une abomination nouvelle et inconnue, un forfait dont aucun siècle n'avait entendu parler. Judas, l’un des apôtres, est devenu nonseulement un voleur, mais il a vendu son auguste et divin maitre; il s’est fait le chef des traitres, des bourreaux, des assassins, qui ont tué J, G. C’est pourquoi saint Luc dit que Judas marchait devant. Il vint, dit saint Matthieu , et à sa suite une troupe nombreuse armée d’épées et de bâtons. II mène avec lui une cohorte en fureur; il la précède, comme le chef et le guide des scélérats : Antecedebat eos (xXxII, 47 ).

Considérez la folie et l’aveuglement de Judas et des Juifs. Judas savait que J. C. était le grand prophète, le Messie, le Fils de Dieu, qui ne pouvait ni être pris ni être vaincu; les princes des prêtres le savaient aussi par expérience : mais, poussés par l’avarice, le ressentiment et la haine, possédés du démon, ils s’avancent. Oh! Judas, prétends-tu lier Dieu, et être plus fort que lui? Et vous Juifs, voulez-vous combattre contre votre Créateur, votre hienfaiteur à celui que vous attendez depuis si longtemps, le désiré des nations? Hélas ! les pécheurs n’imitent-ils pas Judas et les Juifs?

Cest l’avarice de Judas qui l’a porté à un tel excès, dit saint Chrysostome. L’avarice rend cruels et barbares tous ceux qu’elle possède : Avaritia enim ill furorem immisit. Avaritia omnes qui ipsi serviunt, crudeles efficit atque atroces (In Passione ).

Celui qui l'a trahi leur avait donné un signe : Celui que je baiserai, c’est lui; saisissez-vous-en : Qui autem tradidit eum , dedit illis signum : Quemcumque osculatus fuero, ipse est, tenete eum (XXVI. 48). Tremblant de perdre ses trente deniers, car il ne les avait pas encore reçus, Judas craignait que J. C. ne lui échappät.

Levez-vous, allons, dit J. G. à ses apôtres; voici qu’approche celui qui me livrera : Surgite, eamus ; ecce appropinquavit qui me tradet (Matth. xxvr. 46). Jusqu'à ce moment, la tristesse, la sueur et l’agonie avaient accablé le Sauveur, parce qu'il le voulait ainsi ; mais le voilà qui reprend ses forces divines ; il va lui-même d’un pas assuré droit à ses ennemis. Qui cherchez-vous ? leur dit-il. — Jésus de Nazareth. — C’est moi: Quem queæritis ? — Jesum Nazarœum.

PASSION DE. JÉSUS-CHRIST: 7 567 — Ego sum (Joann. xvur. 4. 5). Aussitôt done qu'il leur eut dit : C’est moi, ils furent renversés et tombèrent à terre : Ut ergo dixit eis : Ego sum; abierunt retrorsum, et ceciderunt in terram (Id. XVII, 6). A la voix de J. G., dit saint Léon, la troupe impie est renversée , et elle ne se relève que lorsqu'il le veut. Que ne pourra pas sa majesté venant pour juger le monde, puisque son humilité prête à être jugée a pu de si grandes choses ? Ad vocem ejus, turba prosternitur impiorum. Quid jam poterit majestas ejus judicatura, cujus hoo potuit humilitas judicanda ? (Serm. 1.) C’est moi, dit-il, c’est moi qui suis le Jésus que vous cherchez; c’est moi qui suis l'Eternel, et voilà pourquoi je vous fais sentir ma puissance : un seul mot de ma bouche vous a renversés..….

Le renversement de Judas et des siens était la figure de lirréparable destruction des Juifs. Parlant de ce miracle, saint Cyrille dit : Ce renversement est la figure de ce qui attend tous ceux qui font la guerre à J. C. ; le même sort est réservé à tous ses ennemis dans tous les siècles (Zn xvur Joann.).

Où est maintenant la cohorte des soldats ? s’écrie saint Augustin ; où est la terreur et la force des armes ? Il n’est pas besoin de trait; un seul mot a frappé, repoussé, renversé une troupe que la haine rendait féroce et ses armes terribles. C’est que Dieu était caché sous les dehors de l’homme. Que fera donc, lorsqu'il viendra juger, celui qui, près de comparaître devant un tribunal , a manifesté ainsi sa puissance ? (1)

Les envoyés des princes des prêtres n'auraient pu se relever, si J. C. ne le leur eût permis. La miséricorde dont il fit preuve envers eux aurait dû les toucher et les convertir, surtout Judas; mais vendu à Satan, l’apôtre infidèle avait résolu de livrer son Dieu par un baiser, et il exécuta son infâme projet. S’approchant aussitôt de Jésus, il dit: Salut, maitre. Et il le baisa : Z'4 confestim accedens ad Jesum, dixit : Ave, Rabbi. Et osculatus est eum (Matth. xxvr. 49). Et Jésus lui dit : Mon amu, qu’êtes-vous venu faire ? Dixit ei Jesus : Amice, ad quid venisti ? (Matth. xxvr. 50.) Judas, trahissez-vous le Fils de l’homme par un baiser? Juda, osculo Filium hominis tradis ? (Luc. xx, 48.) Le nom d’ami que lui donnait J. C., le touchant et terrible reproche qu’il lui adressait, auraient dù briser le cœur de Judas,

(1) Ubi nunc militum cohors ? Ubi terror et munimen armorum ? Una vox turbam odiis ferocem, armis terribilem, sine telo ullo percussit , repulit , stravit : Deus enim latebat in carne. Quid judicaturus faciet, qui judicandus hoc fecit? (In xvur Joann. )

comme bientôt un regard brisera le cœur de Pierre, qui aura eu la faiblesse de renier le Sauveur.

Quoique J. G. sentit vivement la trahison de Judas exécutée par un baiser, il ne le repoussa pas, 10 afin de souffrir pour nous... ; 2 afin de toucher et de changer le cœur du traitre... ; 30 afin de nous apprendre à ne pas haïr nos ennemis, ;mais à leur pardonner et à les aimer.

Après avoir miraculeusement abattu ses ennemis, J. C. opéra un second prodige, en ne permettant pas qu'ils s’emparassent de ses apôtres, et surtout de Pierre, qui avait blessé l’un d’eux. Il fit un troisième prodige, en replaçant l'oreille de celui à qui Pierre l’avait coupée. Voyez l’aveuglement de ces criminels émissaires. Les miracles auraient dù leur ouvrir les yeux; mais non, il en fut autrement, rien ne les éclaira, rien ne les toucha, rien ne les arrêta.

Is se jetèrent sur J. C. et l’enchaînèrent : Manus injecerunt in Jesum et tenuerunt (Matth. xxvr. 50).

Qui pourrait peindre la barbarie avec laquelle les Juifs se saisirent du Sauveur? 1° Ils portèrent la main sur lui comme sur un voleur; et J. C. est l'innocence et la bonté même, le Saint des saints, le Verbe éternel, le Fils de Dieu et Dien lui-même... 20 Les ennemis de J. C. étaient vils et cruels, tous ennemis jurés les uns des autres; car les scribes détestaient les pharisiens , et réciproquement, D'où nous pouvons juger avec quelle inhumanité et quelle barbarie ils le traitèrent, le garrottant, l'insultant et le frappant à l’envi..…. 3° Ils saisirent J. G. abandonné de ses apôtres et demeuré seul, agneau sans tache au milieu de loups furieux.

Par ses chaînes, J. G. a voulu : 4° briser la chaîne dont Adam avait chargé le genre humain, la chaîne du péché originel. ; 2 rompre les chaînes dont le démon et le péché ont accablé chacun de nous... ; 3% sanctifier les chaines que les martyrs , les confesseurs et tous les persécutés devaient porter pour la gloire de son nom...; 4 nous lier des chaînes de son amour, comme il l'avait annoncé par la bouche du prophète Osée, disant : Zn funiculis traham cos, in vinculis caritatis : Je les attirerai par les liens qui séduisent les hommes, par les liens de l'amour... ; 5° enfin accomplir les prophéties de l’Ancien Testament, et remplacer les figures par la réalité. Isaac, figure de J. C., avait été lié. ….

Les chaines du Sauveur ont été d'autant plus lourdes et plus dures, que celles des pécheurs sont plus redoutables et plus pesantes.

Le Christ, le Seigneur a été enveloppé de nos péchés , dit Jérémie : ; Christus Dominus captus est in peccatis nostris (Lament. 1v. 20).

En diverses occasions, J. C., sur le point d’être pris par ses ennemis et ses persécuteurs , passa inaperçu au milieu d’eux ( Luc. 1v ). Car, dit saint Ambroise, il se laisse prendre quand il veut , il s'échappe quand il veut, et il est mis à mort seulement lorsqu'il y consent : auparavant, son heure n’était pas encore venue : Z'{enim quando vult capitur, ‘quando vult elabitur, quando vult occiditur; quia nondum venerat hora ejus (In Luc. xxrr ).

J. C. appelle sa passion un calice, parce qu'il l’a soufferte trèsvolontairement et l’a désirée ardemment : il l’a désirée comme un homme dévoré d’une soif ardente soupire après une coupe pléine d’eau fraiche et bienfaisante.

Il a été sacrifié parce qu'il l’a voulu, dit lsaïie : Oblatus est quia ipse voluit (Lv. 7). Contemplons , dit saint Paul, contemplons l’auteur et le consommateur de la foi, Jésus, qui, à cause de la joie qui lui était proposée, a souffert la croix, méprisant la honte : Aspicientes in auctorem fidei, et consummatorem Jesum, qui, proposito sibi gaudio , sustinutt crucem , confusione contempta ( Hebr. xtr. 2). [1 m'a aimé , et il s’est livré pour moi, dit encore le grand Apôtre : Dilexit me, et tradidit semetipsum pro me (Gal. 11. 20).

J. C. le déclare lui-même : Mon Père m’aime, parce que jé donne ma vie, afin de la prendre une seconde fois. Personne ne me la ravit; mais je la donne moi-même , et j’ai le pouvoir de la donner etle pouvoir de la reprendre (1).

Les prophètes ont prédit les outrages faits à Notre-Seigneur; et ce qu’il a enduré jusqu’au moment où on l’a trainé à Jérusalem.

David a prédit la trahison de Judas : L'homme de ma paix, de ma confiance, dit-il, celui qui mangeait à ma table, s'élève insolemment contre moi : Æéenim homo pacis meæ, in quo speravi, qui edebat panes meos, magnificavit super me supplantationem (xL. 10 ).

Le même prophète annonce l’agonie de J. C. et son abandon par Les apôtres : Mon cœur a attendu l’outrage et la souffrance ; j’ai espéré quelqu'un qui prit part à ma tristesse, maisen vain; quelqu'un qui me consolât, et je ne l’ai pastrouvé : /mproperium exspectavit cor meum

(1) Me diligit Pater : quia ego pono animam meam, ut iterum sumam eam. Nemo tollit eam a me : sed ego pono eam à meipso , et potestatem habeo ponendi eam; et potestatem habeo iterum sumendi eam (Joann. x. 17.18).

Ce que J. C. a souffert jusqu’à sa sortie

du jardin des

Oliviers, a été

prédit par les

prophètes.

Ce que souffre JC Jérusalem.

1° Chez Anne, beau-père de Caïphe.

et miseriam et sustinui qui simul contristaretur, et non fuit; et qui consolaretur , et non inveni (LxvIIT. 21 ).

Le prophète Zacharie prédit que J. G. sera vendu trente deniers : Appenderunt mercedem meam triginta argenteos (xx. 12 ).

Jérémie voit Judas et sa cohorte qui s’avancent pour saisir J. C. : J’ai entendu les outrages d’un grand nombre d’hommes, et autour de moi régnait la terreur. Poursuivez-le, et nous le poursuivrons; tels étaient les cris de ceux qui se tenaient à mes côtés; ayons puissance contre lui, et vengeons-nous (1).

Ox ne peut douter que dans le trajet du jardin des Oliviers chez Caïphe, J, C. chargé de chaines n'ait été abreuvé d’outrages et d'insultes...

Le tribun, sa cohorte et les satellites des Juifs conduisirent Jésus d’abord chez Anne , parce qu’il était le beau-père de Caïphe, lequel était grand prêtre cette année-là (Jaann. xvir. 12, 43). Le grand prêtre interrogea Jésus touchant ses disciples et sa doctrine (74. xvmm. 19). Jésus lui répondit : J'ai parlé publiquement au monde; j'ai toujours enseigné dans la synagogue et dans le temple, où tous les Juifs s’assemblent, et je n’ai rien diten secret. Pourquoi m’interrogez-vous? Interrogez ceux qui ont entendu ce que je leur ai dit : ceux-ci savent ce que j'ai dit (2).

Qu’avait-il enseigné, en effet? les huit béatitudes , etc... Qu’avaitil fait? Il avait guéri les malades, rendu la vue aux aveugles , l’ouïe aux sourds, la parole aux muets, l’usage de leurs pieds aux paralytiques, la vie aux morts; il avait multiplié les pains, chassé les démons , calmé les tempêtes ; en un mot, il avait passé en faisant le bien... Qui pouvait être trompé? Mais voulant être regardés comme des juges intègres, Caïphe et ceux qui avaient juré la mort du Messie l'interrogeaient et se faisaient ses accusateurs.………

Sur les paroles de J. C. : Pourquoi m'interrogez-vous? un des satellites lui donna un soufflet, en disant : Est-ce ainsi que tu réponds au grand prêtre? Jésus lui dit : Si J'ai mal parlé,

(1) Audivi enim contumelias multoram et terrorem in circuitu : Persequimini et persequamur eum; ab omnibus viris custodientes latus meum...; prævaleamus adversus eum , et consequamur ultionem ex eo (xx. 10).

(2) Respondit ei Jesus : Ego palam locutus sum mundo ; 080 semper docui in Synagoga et in templo quo omnes Judæi conveniunt ; et in occulto Jocutus sum nihil, Quid me interrogas ? Interroga eos qui audierunt

ihil. inte: quid locutus sim ipsis : ecce hi sciunt que dixerim ego (Joann, xvur. 20. 21).

| PASSION DE JÉSUS-CHRIST. 574 rendez témoignage du mal que j'ai dit; mais si j’ai bien parlé ,‘pourquoi me frappez-vous? (Joann. xvur. 22. 23.)

Or, les princes des prètres et toute l'assemblée cherchaient un faux témoignage contre Jésus, pour le faire mourir ( Matth. xxvr. 59 ). Ils étaient résolus de le crucifier; mais quoiqu’ils fussent nombreux, rusés, méchants et pleins de haine, ils ne trouvaient aucun chef d'accusation contre lui, tant sa vie et sa morale étaient irréprochables... Voilà pourquoi ils avaient besoin de faux témoins. Enfin, il en vint deux qui dirent : Celui-ci a dit : Je puis détruire le temple de Dieu, et le rebâtir après trois jours. Et le prince des prètres se levant dit à Jésus : Vous ne répondez rien à ce que ceux-ci témoignent contre vous ( Matth. xxvi. 60-62). Mais Jésus se taisait : Jesus autem tacebat (Id. Xxv1. 63).

Jésus se taisait; car 4e l’accusation était nulle... ; 2 il savait, dit saint Jérôme, que quoi qu'il répondit, on incriminerait ses paroles (In Evang. Matth. ). Et, comme le dit saint Chrysostome, il n’y avait là qu’une ombre de jugement; dans la réalité, c'était une attaque de brigands : Nam figura ibi duntaxat judicii erat , re autem ipsa , latronum impetus (In Passione)...; 30 Jésus se faisait, attendu qu’il se soumettait tout entier à la condamnation et à la mort décrétées par son Père...; 4 le silence du Christ a expié les excuses d'Adam, dit saint Jérôme : Taciturnitas Christi apologiam Adeæ absolvit (In Marcum, c. xIv ).

Cependant le prince des prêtres dit au Sauveur : Je vous adjure par le Dieu vivant de nous dire si vous êtes le Christ Fils de Dieu : Adjuro te per Deum vivum ut dicas nobis si tu es Christus Filius Dei (Matth. xxvr. 63). Caïphe parlait ainsi, non pour arriver à la connaissance de la vérité, mais pour acquérir les éléments d’une condamnation. Jésus lui répondit : Vous l’avez dit: cependant je vous le déclare, vous verrez un jour le Fils de l’homme assis à la droite de la puissance de Dieu, et venant dans les nuées du ciel : Tu dixisti : verumtamen dico vobis. Amodo videbitis F'ilium hominis sedentem a dextris virtutis Dei, et venientem in nubibus cœli (Matth. xxvr. 64). Alors le prince des prêtres déchira ses vêtements, disant : Il a blasphémé ; qu’avons-nous encore besoin de témoins? Vous venez d'entendre le blasphème : Tune princeps sacerdotum scidit vestimenta sua , dicens : Blasphemavit : quid adhuc egemus testibus ? Ecce nunc audistis blasphemiam (Matth. xxvr. 65). Voilà cet hypocrite pontife qui se fait accusateur. Il s’adresse aux ennemis de J. G., à ceux qui le lui ont amené pour le juger, et il les invite à formuler une sentence. Tous

répondent : Ilmérite la mort : Reus est mortis (Matth. xxv. 66). Ce sont, dit saint Chrysostome , ce sont les mêmes individus qui accusent, qui discutent qui prononcent la sentence : Zpsi accusant , ipsi discutiunt , ipsi sententiam proferunt (In Passione).

Ils condamnent J. C, à. mort, parce qu’il avait dit qu’il était le Messie. Et ne l’avait-il pas prouvé durant toute sa vie ? Il dit la vérité, etils le condamnent comme un blasphémateur. Ce sont eux qui bravent et insultent Dieu. Mais le Sauveur avait pris sur lui la sentence de mort portée contre Adam...

Aussitôt on lui cracha au visage, on le frappa à coups de poing, on le souffleta, disant : Christ, prophétise-nous qui est celui qui t’a frappé? (1)

Ciel , terre , et vous êtres qui peuplez l’univers, soyez saisis d’horreur en voyant comment on traite la face du divin Sauveur : cette face , dit saint Chrysostome, en présence de laquelle les flots de la mer se sont calmés, et que le soleil a vénérée en voilant ses rayons, lorsqu'elle s’est inclinée sous le poids de la mort (/n Luc. xx), Pourquoi de tels outrages envers un condamné? Pourquoi tant d’insultes? Les mœurs féroces des ennemis de l'Homme-Dieu se montraient en tout...

J. C. est accusé comme un impie, il est souffleté comme un insolent, couvert de crachats comme le plus vil et le plus méprisable des hommes, frappé à coups de poing, comme un voleur... 0 Dieu ! qu'est-ce donc que l’homme obéissant en aveugle à l'impulsion de ses passions et du démon!.. J. G, parle avec la dignité et la puissance de seigneur et de maître; il se tait comme un innocent ;il est condamné comme un sacrilége. Sa face divine, qui est la pureté même et la beauté du paradis, est souillée par les crachats! On

frappe avec le poing celui qui de sa main mesure l'Océan , et qui d’un doigt pèse les cieux ! On outrage par des soufflets le visage qui est la splendeur et la gloire du Père ! On voile les yeux de celui qui voit tout et qui scrute tout! O Juifs, plongés dans les ténèbres de l'enfer , c’est vous qui vous frappez vous-mêmes , qui vous déshonorez, et qui vous voilez les yeux : vous ne verrez plus la face de

Dieu; vous ne serez plus son peuple. Celui qui tue Dieu n’en a plus !..

(1) Tunc expuerunt in faciem ejus, et colaphis eum ceciderunt ; alii autem palmas

in faciem ejus dederunt : dicentes : Prophetiza nobis, Christe , qui j i : s es t # cussit? (Matth, xxv1. 67, 68. ) f 4 t qui te per

Adam et Eve avaient péché par les yeux et par la bouche ; en per: mettant qu’on lui voilât les yeux et qu’on le frappât à la bouché, J. C. obtenait miséricorde pour ce crime.

Afin de tout expier, J. G., dit saint Augustin, a souffert par tous les membres par lesquels l’homme à péché, et pèche encore : Christus passus est in omnibus membris, quibus peccavit et peccat homo , ut omnia expiaret (In Passione }.

Comme J. C. n’a été que douceur, dit saint Chrysostome ; ses bourreaux n’ont été qu'outrage et impiété; en actions, en paroles et en désirs, ils ont épuisé sur lui toute leur rage (/n Passion. ).

J. C. a voulu souffrir toutes les insultes et tous les affronts : Ac afin de satisfaire pour toutes les offenses dont on se rend coupable envers Dieu; car, autant qu'il est en lui, le pécheur crache sur Dieu, le soufflette et Le frappe , en le méprisant et en lui préférant la créature. Il le dépouille de l'honneur qui lui est du et presque de la divinité en se donnant d’autres dieux : l’avare, l'or et l’argent ; l’impudique, les plus vils plaisirs ; l’ivrogne, quelque liqueur , etc., ou plutôt les passions et les démons. 2 Afin de nous préserver de l’opprobre, nous qui l’avions mérité : ses opprobres ont effacé le nôtre, dit saint Jérôme : Opprobria ejus nostrum abstulere opprobrium (In c. xxvI Matth.). 3° Afin d’honorer Dieu et de satisfaire à sa justice. La passion du Sauveur honore infiniment plus Dieu, que la chute d’Adam ne l’a outragé. Où le péché avait abondé, la grâce a surabondé, dit saint : Paul: Ubi abundavit delictum , superabundavit gratia (Rom. v. 20). O péché d'Adam, certainement nécessaire, s’écrie l'Eglise ! O heureuse faute quinousa valu un tel Rédempteur! 0 certe necessariumAdæ peccatuml O felix culpa, que talem ac tantum meruit habere Redemptorem ! (Exultet. in bened. Cerei pasch. ). 4° Afin de montrer sa suprême patience et de nous servir d'exemple... Dans la passion, dit saint Bernard , il convient de considérer surtout trois choses : l’œuvre, la manière et la cause. Dans l’œuvre éclate la patience; dans la manière, l'humilité ; dans la cause, la charité (1). 5° Afin d'animer et enflammer tous les martyrs et tous les chrétiens, et de les porter à ne craindre ni obstacles, ni menaces , ni supplices; mais à triompher de tout pour assurer leur salut...

Par les outrages qu'ils ont adressés à J. C.; les Juifs ont mérité de

(1) In hac passione tria specialiter convenit intueri : opus, modum, causam, Nam in opere, patientia; in modo, humilitas; in causa, caritas commendatur ( Serm. in feria sexla hebdomadis pænosæ).

Pierre renie

subir toutes les humiliations et des humiliations éternelles. Ils ont donné à J. C. des soufflets, dit Origène , et ils ont reçu un soufflet qui ne s’effacera jamais : Æeceperunt alapam œternam (In Evang. ). Ceux qui ont osé combattre l’incorruptible, se sont corrompus , dit saint Bernard; ceux qui ont outragé l’immortel , sont morts (Serm. de Cruce).

Pendant toute la nuit du jeudi au vendredi, J. G. est abreuvé d’outrages et d’affronts de toute espèce.

C'ssT dans cette nuit si cruelle que, pour comble de douleurs, Pierre a renié trois fois son divin Maître , et J. C. a tout enduré avec une sublime résignation.……

Où Pierre renie-t-il Jésus ? dit saint Ambroise: dans le prétoire des Juifs, dans la société des impies (/n xx Zuc.). Oh! combien sont nuisibles , dit le vénérable Bède, les entretiens et la compagnie des méchants! Pierre , au milieu des impies, renie J. C. même comme homme, lui qui l'avait confessé comme Fils du Dieu vivant, lorsqu’il était avec ses collègues (/n Marc. Evang., ce. xiv). Vraiment, réduit à ses propres forces , l’homme est bien faible! Sans le Saint- Esprit, Pierre pâlit, tremble, et renie son Maître à la voix d’une simple servante; avec le Saint-Esprit, il ne cède ni aux princes, ni aux rois, ni aux Juifs, ni aux gentils; il brave les chaines , les prisons , les tourments et la mort. Toutes les menaces et tous les supplices ne sont qu’un jeu pour lui. Il dit hardiment à ceux qui, sous les peines les plus terribles, lui défendent de prècher J. C. : Il faut obéir à Dieu plutôt qu’aux hommes : Obedire oportet Deo magis quam hominibus (Act. v. 99).

Pierre tombe pour plusieurs causes : Premièrement , parce qu’il se fie trop à lui-même. Quand J. C. lui disait : Je vous le dis en Vérité , cette nuit même, avant que le coq chante, vous me renierez trois fois, Pierre lui dit: Quand il me faudrait mourir avec vous , je ne vous renierai point (Matth. xxvi. 34. 35). Secondement, parce que , connaissant sa faiblesse et sa crainte, il se jette imprudemment au milieu d’une multitude impie... Troisièmement, parce qu'il suit J. C. de loin , tiède qu'il est : Seguebatur eum a longe (Matth. xxvi 58). Quatrièmement, parce qu’il avait déjà oublié sa promesse... Cinquièmement, Dieu permit cette chute afin que Pierre, qui devait être le souverain pasteur de l'Eglise , fût compatissant et plein d’indulgence..... Sixièmement, Dieu la permit afin de donner aux pécheurs un grand exemple de repentir et de pénitence, Car, étant

sorti, Pierre pleura amèrement : Ægressus foras, flevit amare (Matth. xxv1. 75). Les larmes des pénitents sont le vin des anges; dit saint Bernard : ZLacrymeæ pœnitentium vinum sunt angelorum (Serm. xxx in Cant.) Les larmes effacent le péché, dit saint Ambroise; elles ne demandent pas le pardon, elles le méritent : Lacrymc lavant delictum ; lacrymæ veniam non postulant, sed merentur (In xxit Luc.).

Saint Clément, qui fut le disciple et le successeur de saint Pierre, assure que cet apôtre se repentit tellement ; que tant qu’il vécut, la nuit, au chant du coq, il se prosterna et versa des larmes amères

et abondantes. Aussi ses yeux étaient toujours rouges (ist. Eccles.).

Le matin venu , tous les princes des prètres et les anciens du peuple tinrent conseil contre Jésus pour le faire mourir : Wane autem facto consilium inierunt omnes principes sacerdotum , et seniores populi adversus Jesum , ut eum morti traderent (Matth. xxvir. 4 J

Le matin venu, remarquez, dit saint Jérôme, leur empressement pour le mal ; selon la parole du Roi-Prophète , leurs pieds se hâtent pour répandre le sang (Psal. xur. 6.—De Judæis). La haine; la fureur, le démon les excitent et les pressent. Caïphe avait réuni chez lui tout le conseil des Juifs pour condamner J. C., afin qu’ensuite Pilate ne püût l’absoudre.…... C’est ce matin-là, Juifs, s’écrie saint Léon, c’est ce matin-là que Dieu renversa votre temple et vos autels ; qu'il vous enleva votre loi et vos prophètes, votre royaume et votre sacerdoce ; et qu’il changea vos fêtes en larmes éternelles (Serm. mr de Passione ).

Ayant lié Jésus , ils l’emmenèrent, et le livrèrent au gouverneur Ponce-Pilate : Z'£ vinctum adduxerunt eum, et tradiderunt Pontio Pilato præsidi (Matth. xxvir. 2). Ils le conduisirent à Pilate , afin que celui-ci prononcçât la sentence de mort. Ils l’auraient fait euxmêmes mille fois, s’ils en eussent eu le pouvoir; car ce désir déicide les dévorait; mais les Romains leur avaient enlevé le droit de justice souveraine. Ils le proclament eux-mêmes. En effet, lorsque Pilate jeur dit: Prener-le , et le jugez selon votre loi. Ils répondirent : Il ne nous est pas permis de mettre personne à mort : MVobis non licet inter ficere quemquam (Joann. xvur. 31). Et si plusieurs fois, pendant la vie de J.C.,ils avaient tenté de le lapider; si plus tard ils lapidèrent saint Etienne, ils ne le firent pas parce qu’ils en avaient le droit, mais comme des assassins qui obéissent à la haïne et à la fureur...

chez

Pilate.

Is livrèrent donc le Sauveur à Pilate, afin que celui-ci le condamnât à mort. Mais ils avaient plusieurs motifs d’en agir ainsi :

4 Ils voulaient ne pas prendre sur eux l’infamie de la mort de J. C., quoiqu'ils l’'eussent tout entière, puisqu'ils le livraient à Pilate par envie et l’accusaient en le calomniant. Ils se proposaient aussi par là de faire croire au peuple que J. C. avait mérité la mort, puisque Pilate, qui n’était pas Juifetqui passait pour un hommejuste, l’avait condamné.

2° Ils voulaient détruire l'honneur et la gloire de J.C.; et prouver qu'il n’était pas le Christ, mais un faux prophète ; car pour leur plaire Pilate devait le placer dans la catégorie des hommes dangereux et le condamner soit comme malfaiteur, soit comme rebelle à César...

3° Le jour où avaient lieu les événements que nous venons de rappeler, les prêtres devaient se trouver dans le temple, et s’abstenir du sang... Ils n’attendirent pas que la fête de Pâques fût passée pour livrer J. C. à Pilate, persuadés que la flétrissure du supplice qui lui. était réservé serait en rapport avec la multitude accourue de tous les points de la Judée à Jérusalem, afin de célébrer la principale solennité de la loi.

4° Enfin ils voulaient qu’en exerçant ses fonctions de juge, malgré la sainteté du jour, Pilate fût regardé comme un profanateur.

Or, Dieu infligea aux Juifs déicides la peine du talion. Comme ils avaient livré J. G. à Pilate proconsul romain, afin que celui-ci le condamnât, Dieu les livra aux empereurs romains Tite et Vespasien, qui les battirent, détruisirent Jérusalem et anéantirent la nationalité juive...

. Les ennemis du Sauveur n’entrèrent point dans le prétoire, afin de ne se point souiller : Æ# ipsi non introïerunt in prætorium ut non contaminarentur (Joann. xvur. 28).

O hypocrisie! 6 folie et aveuglement de l’impiété! s’écrie saint Augustin. Ils n’entrent pas dans le prétoire afin de ne se point souiller par le contact d'étrangers, et ils se couvrent d’une tache éternelle par leur propre forfait! ( De Passione. ) 1108

Voilà Jésus devant le président Pilate : Séetit Jesus ante præsidem- (Matth. xxvir. 11), Pilate interrogea les accusateurs : Quelle accusation portez-vous contre cet homme? leur demanda-t-il : Quam accusationem affertis adversus hominem hunc ?Hsrépondirent avec orgueil : Si ce n’était pas un malfaiteur, nous ne vous l’aurions point amené : Si non essel hic malefactor, non tit tradidissemus eum ? (Joann. xvur::

29-30.) Juifs calomniateurs, expliquez-vous, quel est son crime? Alors Pilate leur dit : Prenez-le vous-mêmes, et le jugez selon votre loi : Accipite eum vos, et secundum legem vestram Judicate (Joann. xvrrr. 31). Pilate ne voulait pas s’en mêler; il apercevait déjà l’iniquité des Juifs et l'innocence de J. C. En effet, il savait qu'ils lavaient livré par envie : Sciebat enim quod per invidiam tradidissent eum (Matth. XXII. 18).

Alors, craignant que Pilate ne le renvoyät, les ennemis du Sauveur ne l’accusèrent plus de blasphème, comme auparavant, parce que la connaissance de ce crime n’était pas du ressort de Pilate : Les blasphémateurs n’attaquaient que la loi juive et ne pouvaient êtré que lapidés; mais à ce supplice n’était pas attachée une note d’infamie comme au supplice de la croix. La croix était le supplice des séditieux, des voleurs, des assassins ; supplice par conséquent trèsignominieux ; et voilà pourquoi J. C.y fut condamné. Afin de réussir dans leurs mauvais desseins , ils prirent le parti d’accuser Jésus de trois crimes dignes de la croix : 4° Nous avons : dirent-ils, trouvé celui-ci pervertissant notre nation : Æunc invenimus subverlentem gentem nostram (Luc. xxur. 2.), c’est-à-dire l’excitant à la révolte : ce qui attaquait directement les Romains maitres de la Judée. 2 I1 défend de payer le tribut à César : Ze prohibentem tributa dare Cæsari (I. xxrr. 2). 3° Il se dit le Christ-Roi : ÆZ4 dicentem se Christum regem esse (Id. xxnr. 2).

Pilate méprisa ces accusations qu’il savait fort bien être dénuées de fondement, et , s’adressant à Jésus lui-même, il dit : Votre nation et vos prètres vous ont livré à moi; qu’avez-vous fait? Gens tua et pontifices tradiderunt te mihi ; quid fecisti? (Joann. xvur. 35. ) Etesvous le roi des Juifs? Tu es rex Judæorum? (Id. xvur. 33.) Jésus répondit : Mon royaume n’est pas de ce monde: si mon royaume était de ce monde, mes serviteurs combattraient pour que je ne fusse point livré aux Juifs; mais mon royaume n’est pas maintenant d'ici (1). Pilate lui dit : Vous êtes donc roi? Zrgo rex es tu? (Id. xvnr. 37.) Jésus répondit : Vous le dites, je suis roi. Je suis né et je suis venu dans le monde, afin de rendre témoignage à la vérité : Tu dicis, quia rex sum ego.E go in hoc natus sum, et ad hoc vent in mundum ut testimonium per hibeam veritati (Id. xvurr. 37). Je suis venu pour prêcher la vérité évangélique, qui consiste principalement en trois choses :

(1) Respondit Jesus : Regnum meum non est de hoc mundo; siex hoc mundo esset regnum meum, ministri mei utique decertarent ut non traderer Judæis; nunc autem regnum meum non est hinc (Joann. xvur. 36 ).

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