‹ Les trésors de Cornelius a LapideChapitre 46 sur 57 · HE · texte numérisé non relu

HE

chez Hérode.

4 dans la vrae connaissance de Dieu; 2 dans la connaissance de l'incarnation ; 3° dans la connaissance de la vraie béatitude..…, C’est alors qu'avec une coupable indifférence , Pilate répliqua : Qu'est-ce que la vérité? Quid est veritas ? E& ayant dit cela (sans attendre la réponse ), il sortit, alla aux Juifs et leur dit : Je ne trouve en lui aucun crime : Ægo nullam invenio in eo causam (Joann. XvIr. 38).

Les princes des prêtres insistèrent dans leurs accusations; Jésus ne répondit rien: Et cum accusaretur a principibus sacerdotum nihil respondit (Matth. xxvir. 12). Car 4° tout ce qu’on lui reprochait était faux... ; d il savait que ses réponses seraient inutiles... ; 3° il se taisait afin de n'être pas renvoyé par Pilate, mais d’être condamné par lui; 40 il se taisait afin, comme nous l'avons déjà dit, d’expier par son silence les mensonges, les parjures, les médisances, les calomnies, les blasphèmes, en un mot tous les crimes que les hommes avaient commis par la parole. ”

Pilate, reprenant son interrogatoire, dit à Jésus : N’entendez-vous pas combien de choses ils disent contre vous? Non audis quanta adversum te dicunt testimonia ? (Matth. xxvir. 13.) Mais Jésus ne répondit rien, de sorte que le gouverneur s’étonnait grandement : Z# non respondit ei ad ullum verbum, ita ut miraretur præses vehementer. (Matth. xxvir. 14). Pilate admirait l’innocence, la douceur, la patience, la résignation, la force de cet accusé. Voilà, dit saint Athanase, voilà dans le Sauveur quelque chose de bien grand et de bien admirable : en se taisant, il persuadait si efficacement son juge, que malgré les trames et les conspirations ourdies contre lui, celui-ci le reconnaissait et le déclarait innocent (1).

Disrmeux de sauver J. C., Pilate prit le parti de l’envoyer à Hérode (Luc.xxur. 7). Hérode, voyant Jésus, en eutune grande joie; car depuis longtemps il désirait le voir, parce qu’il avait entendu dire beaucoup de choses de lui, et qu’il espérait le voir opérer quelque prodige. Il l’interrogea donclonguement; mais Jésus ne lui répondit rien (Id.xxtr, 8.9). C’est ainsi que ce grand Dieu agit vis-à-vis des curieux, des orgueilleux, des impies, etc. : il se tait. La voix de sa grâce, de ses inspirations , du remords , etc., ne se fait plus entendre à eux : 4 ipse nihil tlli respondebat.

Remarquez l’acharnement des Juifs à poursuivre J, CG. Or, dit

(1) Magnum id certe et mirificum in Salvatore; qui tacendo, tam efficax erat in persuadendo, ut judex ultro factiones- conspirationesque adyersus eum initas , et agnosceret et confiteretur ( Serm. de Passione et Cruce).

saint Luc, les princes des prêtres et les scribes là présents l’accusaient avec opiniâtreté : Séabant autem principes sacerdotum et scribæ, constanter accusantes eum (XXH1. 10).

Mais Hérode et sa cour le méprisèrent; et l’ayant par moquerie revêtu d’une robe blanche , ce roi le renvoya à Pilate : Sprevit autem illum Herodes cum exercitu suo; et illusit indutum veste alba, et remisié ad Pilatum (Luc. xx, 41). Ah! loin d’être l’indice de la folie, ce vêtement blanc était la marque de l’innocence, de la pureté, de l’immortalité et de la gloire de J. C., l’insigne de sa victoire,

On le voit, parmi les Juifs, il y a unité de conspiration, de mépris et d’outrages contre l’Homme-Dieu,.

Picars ayant convoqué les princes des prêtres, et lés magistrats, et le peuple, leur dit : Vous m'avez présénté cet homme comme soulevant le peuple; et voilà que, l’interrogeant devant vous, je n’ai rien trouvé en lui de ce dont vous l’accusez . Hérode non plus, car je vous ai renvoyés à lui, et on ne l’a convaincu de xien qui mérite la mort. Je le renverrai donc après l’avoir fait châtier (1). Pendant que Pilate siégeait sur son tribunal, sa femme lui envoya dire : Ne vous mèlez point de ce qui touche ce juste; car j'ai été aujourd’hui étrangement tourmentée en songe à cause de lui (Matth. xxvit. 19). À la naissance du monde, dit saint Augustin, l'épouse conduisit son époux à la mort; lors de la passion de J. G., l'épouse pressa son époux de se sauver: Zn nativitate mundi, uxor ducit virum ad mortem ; in passione Christi, uxor provocat ad salutem (In Serm. oxxi de Temp. ).

Dans tous les siècles , c’est la femme chrétienne qui a commencé le bien , qui a invité les hommes à l’accomplir , et qui s’est mise à la tête de toutes les œuvres de charité, de compassion , de bienfaisance..……

Pilate, de concert avec son épouse, reconnaît l’innocence de Jésus; mais il est trop faible... Hélas ! que de personnes imitent la lâcheté de Pilate !.…

Ce juge injuste emploie un odieux moyen pour délivrer le Sau-

veur. À la solennitéde Pâques, le gouverneur avait coutume de

(4) Obtulistis mihihunc hominem, quasi avertentem populum ; et ecce ego coram vobis interrogans, nullam causam inveni in homine isto ex his in quibus eum accusatis. Sed neque Herodes : nam remisi vos ad illum, et ecce nihil dignum morte actum est ei. Emendatum ergo illum dimittam (Luc, xx. 13-16). ï

J. C, revient devant Pilate.

mettre en liberté un prisonnier, celui que le peuple voulait. Or, il y avait alors dans la prison un insigne voleur nommé Barrabas (Matth. xxvir. 13. 16), lequel, à cause d’une sédition qui s’était faite dans la ville et d’un meurtre, avait été mis en prison (Luc. xxur. 49). Pilate, s'adressant aux Juifs, leur fit cette proposition : Lequel des deux voulez-vous que je vous délivre , Barrabas ou Jésus , appelé Christ ? Quem vullis dimittam vobis, Barrabam an Jesum, qui dicitur Christus? (Matth. xxvir. 17.) Mais les princes des prêtres et les anciens persuadèrent au peuple de demander Barrabas, et de faire périr Jésus (Matth. xxvir. 20). Le gouverneur donc dit de nouveau : Lequel des deux voulez-vous que je vous délivre ? Ils lui répondirent : Barrabas. Pilate répliqua : Que ferai-je donc de Jésus, appelé Christ? Quid igitur faciam de Jesu qui vocatur Christus? (Matth. xxvir. 21.22.) Tous dirent : Faites mourir celui-ci, et remettez-nous Barrabas (Luc. xxrr1. 18). Que Jésus soit crucifié : Dicunt omnes : Crucifigatur (Matth. xxvir. 23). Le gouverneur leur dit : Quel mal a-t-il fait? Mais ils criaient encore plus haut, disant : Qu'il soit crucifié ! Aüé illis præses : Quid enim mali fecit ? At illi magis clamabant , dicentes : Crucifigatur ! (14. xxvir. 23.) Pilate leur dit pour la troisième fois : Il est innocent; je ne trouve rien en lui qui mérite la mort. Mais ils insistaient avec de grands cris, et leur voix s'élevait de plus en plus : Crucifiez-le, crucifiez-le : Afilli instabant vocibus magnis, et invalescebant voces eorum : Crucifige, crucifige eum (Luc. xx. 23. 21).

Quelle indigne préférence ! quelle fureur! quel erime!.… Les Juifs demandent l'élargissement de Barrabas et la condamnation de J. C.: Non hunc, sed Barrabam (Joann. xvur. 40 ). Aveugles et malheureux pécheurs, nous renouvelons le même choix lorsque nous péchons mortellement! Nous préférons Barrabas à J. C...…. Que dis-je? nous faisons pis que les Juifs; car bien que très-criminel , Barrabas était un homme; mais celui que par le péché nous préférons à J. C., celui que nous choisissons pour maitre, quel est-11?

La demande que les Juifs ont obtenue avec tant de peine s’est attachée à eux depuis lors jusqu’à nos jours, dit le vénérable Bède. Ayant la liberté du choix et ayant préféré à Jésus un voleur , à leur Sauveur un meurtrier, à celui qui donne la vie celui qui avait donné la mort, ils ont perdu très-justement le salut et la vie; ils ont été tellement entrainés au pillage et aux séditions , qu'ils ont perdu leur royaume et leur patrie; pour n’avoir pas voulu de la

liberté que J. C. leur offrait, ils ont vendu à jamais leur liberté corporelle et spirituelle (Zn Marc., e. xv).

Voyant qu'il ne gagnait rien, mais que lé tumulte allait croissant, Pilate prit de l’eau, et, se lavant les mains devant le peuple, il dit : Je suis innocent du sang de ce juste; à vous d’en répondre (Matth. xxvir. 24). Tu peux laver tes mains, juge lâche et inique, tu ne laveras ni ta conscience, ni ton honneur, ni ta mémoire. Tu te déclares innocent du sang du Juste, et c’est toi qui prononces l'arrêt de sa mort! |

Tout le peuple répondit : Que son sang soit sur nous et sur nos enfants ! £'érespondens universus populus, dixit : Sanguis ejus super nos, et Super filios nostros (Matth. xxvir. 25).

Alors Pilate leur délivra Barrabas, et après avoir fait flageller Jésus, il'le leur livra pour être crucifié : une dimisit illis Barrabam: Jesum autem flagellatum tradidit eis ut crucifigeretur (Matth. (xxvir. 26).

Crenpanr Judas, celui qui trahit Jésus, voyantqu'’il était condamné, se repenüt , et reporta les trente pièces d'argent aux princes des prêtres et aux anciens, disant : J'ai péché, en livrant le sang innocent. Mais ils lui dirent : Que nous importe? c’est ton affaire. Sur quoi, ayant jeté l'argent dans le temple, il se retira et s’alla pendre (Matth. xxvir. 3-5).

Judas fut touché de repentir ; mais non d’un repentir véritable et sincère; car le repentir véritable renferme lespérance du pardon , et le pardon lui-même : mais le repentir de Judas était contraint et plein de désespoir, comme est le repentir né dans la conscience tourmentée et déchirée des damnés, que dévorent les flammes de lenfer.

Judas reporta les trente pièces d’argent et les jeta dans Le temple. Quoique le repentir de Judas fût faux et nul, ce traître, dit saint Ambroise, éprouva cependant une espèce de honte et de pudeur en reconnaissant son crime, et quoiqu'il n’ait pas été absous, l'impudence des Juifs s’est trouvée dévoilée. En effet, la même démarche qui révélait et dénonçait la trahison de Judas prouvait que les Juifs avaient fait avec lui un contrat odieux et coupable (/n Luc. xxü),

Mais les princes des prêtres lui dirent : Que nous importe? c’est ton affaire (Matth, xxvir. 4). Ils refusent l'argent, de peur d’être obligés de rompre le contrat, et de renvoyer Jésus. Judas jette l’argent dans le temple, en présence de tout le peuple. Ainsi chacun

Judas rend les trentedeniers, et, plein de désespoir,

il va se pendre,

put voir que Jésus avait été trahi, vendu, livré injustement et qu’il était innocent...

Si Judas eût demandé grâce, et n’eût pas désespéré, il aurait obtenu son pardon. Mais, dit saint Léon, s'adressant à lui : Homme endurci , esprit allant au mal, et n’en revenant pas, tu as suivi la rage de ton cœur. Tu avais le démon à ta droite, et tu as fait retomber sur ta tête l’iniquité que tu avais commise contre le Saint- Esprit. Comme ton crime avait dépassé toute mesure de haine et de vengeance, ton impiété t’a constitué ton propre juge, et ton repentir t'a fait ton propre bourreau ; tu t'es pendu de tes mains (Serm. 111 de Passione ).

Plusieurs docteurs disent que Judas s’est pendu à un arbre de l’espèce de celui dont Adam avait mangé le fruit...

Ecoutez, écoutez , avares, s’écrie saint Chrysostome : Méditez sur le sort de Judas : il a perdu son argent , il a commis un crime et n’a pu s’en débarrasser, il a perdu son âme. Voilà ce que l’atroce tyrannie de l’avarice a coutume de produire. Judas ne s’est pas servi de l'argent, ni de la vie qu’il avait recus; et il ne jouira pas de la vie future : il a tout perdu à la fois. Après avoir donné une mauvaise opinion de lui-même à ceux à qui il avait livré son Dieu, et en général à tous les hommes, il a mis fin par une corde à sa triste et infâme existence ( De Avaritia },

Judas, dit le vénérable Bède , a trouvé un châtiment digne de son crime, Le gosier d’où était sortie la voix de la trahison a été serré par une corde ; celui qui avait livré à la mort le Seigneur des hommes et des anges , a péri suspendu dans l'air entre le ciel et la terre qui le repoussaient ; les entrailles qui avaient conçu la perfidie et la trahison se sont rompues, et elles se sont répandues sur le sol (In 1 Act.).

Le ventre de Judas , cet associé des puissances aériennes, dit saïnt Bernard, se rompit au milieu des airs, de telle sorte que le ciel ne reçût pas et que la terre ne supportât point celui qui avait trahi Jésus, vrai Dieu et vrai homme descendu du ciel sur la terre pour opérer le salut du monde (1).

Le ciel ni la terre ne veulent pas de Judas qu'ils exécrent ; l'air l’a également en horreur, et lui fait défaut...

(1) Judas in aere crepuit medio, aeriarum collega potestatum ; utpote quem veri Dei et hominis, qui de cœlo venisset operaturus salutem in medio terræ, hujus,

inquam, proditorem nec cœlum reciperet, nec terra sustineret (Serm. vir à Psal, xox).

Ce que Judas fit à son corps, dit saint Augustin, eut lieu aussi pour son âme. Comme ceux qui s’étranglent se tuent, parce que l'air n’arrive plus à leur poitrine; de même ceux qui désespèrent de la miséricorde de Dieu mettent obstacle à la respiration de leur âme, que le souffle de l’Esprit-Saint ne peut plus visiter (1).

Par l’aveu de sa faute etparson désespoir, Judas rendit un double et frappant témoignage de l'innocence de J. C., témoignage qui aurait dù arrêter les Juifs engagés dans la voie du déicide, s'ils eussent eu un reste de conscience ou de pudeur; mais tout était mort en eux, excepté la haine et la volonté de commettre le crime.

Voyez la ruse et la méchanceté du démon , et déjouez-les : il conduit Judas, 1° à l’avarice; 2 au sacrilége, par une communion indigne ; 3 à vendre son maître; 4o à le trahir par un baiser; 5° à s’abandonner lui-même au désespoir ; 6° à se pendre; 7° enfin, à l’enfer. Voilà comment de degré en degré il fait passer l’homme par tous les crimes, et le précipite dans l’abîme d’où l’on ne sort pas. Méfions-nous de son ingénieuse perfidie.

Ayant pris l'argent jeté dans le temple par Judas, les princes des prêtres dirent : Il n’est pas permis de le mettre dans le trésor, parce que c’est le prix du sang (Matth. xxvir. 6). Quelle hypocrisiet ils feignent de la délicatesse, du zèle pour la religion , des principes de justice, etne permettent pas qu’on place dans le trésor des obligations le prix du sang de J. C., parce que, selon eux, ce sang est impur; mais, par une étrange contradiction , ne l’avaient-ils point tiré, cet argent, du trésor pieux où ils ne voulaient pas le replacer? Refuser de le reprendre , c'était reconnaître implicitement qu’en se servant de sommes destinées à de bonnes œuvres , pour payer le traître qui avait remie J. C: entre leurs mains, ils avaient commis une prévarication. S’étant donc consultés entre eux , ils en achetèrent le champ d’un potier pour la sépulture des étrangers (Matth. xxvir. 7). Nouvelle infamie ; ils savaient que J. C. était né parmi eux et ils le regardaient comme un étranger. C’est pourquoi ce champ est encore aujourd’hui appelé Haceldama , c’est-à-dire le champ du sang. Alors fut accompli ce qu'avait dit le prophète Jérémie : Ils ont reçu trente pièces d'argent, prix de celui mis à prix , suivant l'appréciation des

(1) Quod in corpore suo fecit (Judas), hoc factum estin anima ipsius. Quomodo qui sibi collum ligant , inde se occidunt, quia non ad eos intrat spiritus aeris hujus; sic illi qui desperant de indulgentia Dei , ipsa desperatione intus se suffocant , ut eos Spiritus Sanctus visitare non possit (Lib, L, Homël, xxvrr).

Châtiments des Juifs déicides,

enfants d'Israël; et ils les ont données pour le champ d’un potier (Matth. xxvr1. 8-10).

Le nom donné à ce lieu, dit saint Chrysostome, proclame plus haut que le son de la trompette l’horrible cruauté que déployèrent les Juifs en faisant mourir J. C. S'ils avaient mis cet argent dans le trésor des offrandes, d’où ils l’avaient tiré, leur infamie n’aurait pas été si manifeste; mais en achetant le champ d’un potier, et en lui donnant le nom de Champ du sang , ils ont transmis la mémoire de leur ignominie à toutes les races jusqu’à la fin du monde. Ce lieu sera le champ du sang jusqu’au dernier jour. Il ne cessera de porter ce nom, et toujours pèsera sur leur tête criminelle la malédiction appelée par eux lorsqu'ils se sont écriés : Que son sang tombe sur nous et sur nos enfants ( De Avaritia ).

J. CG. permit que le champ payé avec les trente deniers de Judas fût mis à l’usage des étrangers parce qu’il est mort pour tous, et que son sang devait être le salut des nations. Les Juifs ont acheté ce champ pour les étrangers , ils ont traité J. C. comme un étranger ; eh bien! J. C. le leur deviendra, il ne les connaîtra plus, ils ne seront plus son peuple : le sang du Sauveur sera leur ruine et leur condamnation pour le temps et pour l'éternité...

Les Juifs aveuglés s’écrient : Que son sang retombe sur nous et sur nos enfants : Sanguis ejus super nos et super. filios nostros (Matth. XXII. 25 ).

Voilà bientôt deux mille ans que le sang de J. C., répandu pour le salut du monde, imprime sur le front des Juifs l’opprobre et la malédiction. Jérusalem est détruite : la nation juive estsans roi et sans capitale; elle n’a plus ni loi, ni temple, ni sacrifices, ni prophètes, ni pontiles, ni lévites; ses enfants sont errants dans tout l'univers, esclaves de toutes les nations, maudits de tous les peuples et dans toutes les langues; ils portent partout et toujours le sceau de Caïn : ils courhent la tête sous la réprobation de Dieu et sous les reproches des hommes; ils ressemblent à un corps disloqué, mis en pièces, dont tous les membres'sont dispersés. Ils font voir à toutes les familles de la race humaine et à tous les siècles leur déicide , le châtiment qui en a été la suite, et la vengeance que Dieu a tirée de la mort de son Fils.

0 Juifs, écriez-vous : Que son sang retombe sur nous et sur nos enfants! Vos souhaits, inspirés par une fureur infernale, s’accome plissent....,

Au siége-de Jérusalem, les Juifs, pressés par la famine, s’échappaient d’une ville qui devenait leur tombeau ; afin de les y retenir et de les forcer ainsi à se soumettre, Tite en fit crucifier plus de cinq cents chaque jour : de telle sorte, dit l’historien Josèphe, que les Romains manquèrent à la fois et de croix et d’espace pour les dresser. Est-il possible de ne pas reconnaître dans ce fait une juste punition du crucifiement de J. C. ?

0 déicides, écriez-vous : Que son sang retombe sur nous et sur nos enfants !.…

Qu’es-tu devenu , peuple qui autrefois étais le peuple de Dieu, la nation sainte; toi du sein duquel étaient sortis les patriarches et les prophètes ; toi qui vis tant de miracles et qui possédas les tables de la loi, l'arche d’alliance et le temple du vrai Dieu; toi dans le sein duquel prirent naissance Marie, J. C. et les apôtres? Où es-tu? Vois l’énormité de ton crime , et l’expiation qui t'a été imposée !.…

Ecoute , malheureux, ce que David, l’un de tes rois, a prédit : Que leurs yeux s’obscurcissent, afin qu’ils ne voient pas; Seigneur, courbez leur dos sous la servitude : Obscurentur oculi eorum ne videant, et dorsum eorum semper incurva (1xvirr. 24). Répandez sur eux votre colère , que le feu de votre courroux les saisisse; que leur demeure soit déserte, et que personne n’habite sous leurs tentes : Æ'ffunde Super eos tram tuam ; et furor træ tuæ comprehendat eos. Fiat habitato eorum deserta, et in tabernaculis eorum non sit qui inhabitet (zxvur. 25. 26). Parce qu'ils ont persécuté celui que vous avez frappé, et qu’ils ont ajouté à la douleur de mes plaies : Quoniam quem tu percussisti persecuti sunt, et super dolorem vulnerum meorum addiderunt (rxvin. 27). Permettez qu'ils entassent iniquité sur iniquité, et faites qu'ils ne deviennent jamais justes à vos yeux : Appone iniquitatem super iniquitatem eorum, et non intrent in justitam tuam (1xvrr. 28). Que leurs noms soient effacés du livre de vie, et qu’ils ne prennent point place parmi ceux des justes : Deleantur de libro viventium , et cum justis non scribantur (Lxvnr. 29).

0 déicides, écriez-vous : Que son sang retombe sur nous et sur nos enfants 1...

Peuple endurci, prête l'oreille aux paroles de Daniel, l’un de tes plus grands prophètes : Le Christ sera mis à mort, dit-il, et le peuple qui doit le renier ne sera plus son peuple. Un peuple viendra, conduit par un chef de guerre, et il détruira la ville et le sanctuaire, etil terminera son œuvre par la dévastation , et après la guerre aura lieu la désolation qui a été décrétée,.… L’oblation et le sacrifice

cesseront; et l’abomination de la désolation sera dans le temple, et elle persévérera jusqu’à la consommation et à la fin (1x.26.27).

Ecoute maintenant Osée, qui a pris place aussi parmi les prophètes : Les enfants d'Israël , dit-il, seront durant de longs jours sans roi et sans prince , et sans sacrifice et sans autel, et sans éphod et sans théraphim (11. 4). Mon Dieu les rejettera, parce qu’ils ne l'ont pas écouté , et ils seront dispersés parmi les nations : Abyiciet eos Deus meus, quia non audierunt eum : et erunt vagi in nationibus (Id. 2x, 17):

Ecoute le Sauveur lui-même : Comme J. G. approchait, dit saint Luc , voyant la ville de Jérusalem , il pleura sur elle en disant : Si, du moins aujourd’hui, tu connaissais ce qui ferait ta paix! Mais maintenant ces choses sont cachées à tes yeux. Des jours viendront sur toi, où tes ennemis t’environneront de tranchées , et t’enfermeront et te serreront de toutes parts, ette jetteront à terre ainsi que tes enfants, qui sont au milieu de toi, etils ne laisseront pas en toi pierre sur pierre, parce que tu n’as point connu le temps où tu as été visitée ( xix. 41-44).

0 déicides, écriez-vous : Que son sang retombe sur nous etsur nos enfants !...

Hugues de Saint-Victor met dans la bouche du peuple juif les paroles que voici : Nous avons vu J. C. et nous n’avons pas voulu le reconnaitre ; nous l’avons vu, et nous ne l’avons pas recu. Nous l'avons entendu, et nous l’avons méprisé. Il ne nous a fait que du bien, et pendant qu’il priait pour nous, nous l’avons crucifié, Nous avons oui ses paroles, nous avons été comblés de ses bienfaits; nous avons été témoins des grands et nombreux prodiges qu’il a opérés publiquement : mais nous avons foulé aux pieds ses avertissements, nous avons été ingrats pour ses bienfaits, nous avons tourné en ridicule ses miracles, et nous n’y avons pas cru. Nous l’avons entendu, alors qu'il nous instruisait sur la montagne, mais nous avons passé en fermant l'oreille; de là viennent les maux que nous endurons. Nous l'avons vu nourrir la foule qui le suivait, mais nous l’avons tourné en ridicule; de là notre triste état. Nous l’avons vu attaché à la croix, mais nous l’avons blasphémé et maudit ; de là notre terreur et notre ruine. Nous avons entendu sa doctrine etnous savons qu'il nous apportait la vie, mais nous avons choisi la mort. Ses instructions dissipaient nos ténèbres, mais nous n’avons pas voulu les prendre pour guide. Il nous offrait Le salut et la vie, mais nous avons refusé l’un et l’autre, Sa mort a ressuscité les gentils,

mais nous qui formions autrefois son peuple, cette mort, notre ouvrage, nous a frappé de réprobation (De Anima).

Oui, dit saint Jérôme, oui, l’imprécation : Que son sang retombe sur nous et sur nos enfants, a eu son effet Jusqu'à ce jour, et elle l'aura jusqu’à la fin. Le sang du Seigneur sera toujours sur eux. Ce sang, comme le dit le Roi-Prophète, fait peser sur eux un éternel opprobre : Opprobrium sempiternum dedit illis (In Daniel. ).

Continvoxs la sanglante histoire de la passion du Sauveur Jésus. Ce grand Dieu est attaché à une colonne pour être flagellé. La flagellation était chez les Romains le châtiment des esclaves. C'était donc infliger à J. C. une nouvelle humiliation, en même temps qu’un nouveau supplice; c'était le mettre au rang des esclaves, et des esclaves révoltés, lui qui est le roi du ciel et de la terre! Les bourreaux frappent son corps sacré avec des cordes pleines de nœuds, à coups redoublés et avec acharnement. Le sang ruisselle de toutes parts ; bientôt les chairs se détachent et tombent en lambeaux. Isaïe, qui l'avait contemplé dans ce triste état, s’écrie : Il n’a ni éclat ni beauté; et nous l’avons vu, et il était méconnaissable : Non est species ei, neque decor ; et vidimus eum, et non erat aspectus (xt. 2). Nous l'avons vu méprisé, devenu le dernier des hommes, un homme de douleurs, et connaissant la faiblesse. Son visage était comme caché sous les marques du mépris; et nous avons compté pour rien : Despectum et novissimum virorum, virum dolorum et scientem in firrnitatem ; et quasi absconditus vultus ejus, et despectus, unde nec reputavimus eum (LUI. 3).

Le Roi-Prophète la vu aussi, et il a déclaré que les bourreaux en ont compté tous les os : Dinumeraverunt omnia ossa mea (xxI. 18). Cependant l’Agneau sans tache ne fit entendre aucune plainte...

Cesr dans l'affreux état dont nous venons de parler que Pilate présenta J. C. au peuple, espérant exciter sa commisération. Voilà l’homme, dit-il : Zece homo (Joann. xIx. 5). Juifs barbares, voilà l’état où vous avez réduit le Verbe fait chair ; voilà votre ouvrage : Ecce homo. Blasphémateurs, impudiques, ivrognes, pécheurs de toute sorte, voilà aussi le résultat de votre conduite : Ecce homo...

En condamnant le Sauveur à mort, Pilate commettait une triple injustice : 4° il usurpait sur J. G. un pouvoir et une juridiction qu’il n'avait pas. ; 2 il renversait les règles de la justice, car il fléchissait devant le tumulte des Juifs, et condamnaitJ. C. non comme coupable,

Flagellation,

Ecce Homo.

J. C. entre les mains des soldats,

mais à cause des cris de ses ennemis. ; il violait le droit et la lois car ilcondamnait un innocent, de peur de passer pour ennemi de César.

Vorcr de nouveaux outrages et de nouvelles souffrances pour J. C. Après qu’il fut condamné, les soldats du gouverneur l’amenèrent dans le prétoire, assemblèrent autour de lui toute la cohorte, le dépouillèrent de ses vêtements, le couvrirent d’une chlamyde ou manteau militaire, couleur d’écarlate, et courbant des branches épineuses, ils en formèrent une couronne, la posèrent sur sa tête et mirent un roseau dans sa main droite. Puis fléchissant le genou devant lui, ils le raillaient en disant : Salut, roi des Juifs. Et crachant sur lui, ils prenaient le roseau et en frappaient sa tête (Matth. XXVIT. 29-30).

Toute la cohorte se réunit pour faire du Sauveur une sorte de roi de théâtre, et pour se moquer de lui...

Parlant de la manière dont les membres de l'Eglise doivent supporter les souffrances, saint Bernard dit : Il ne convient pas qu’un corps dont la tête est couronnée d’épines, ait des membres délicats : Non decet sub capite spinis coronato, membra esse delicata (Serm. de Passione).

Saint Agapit, martyrisé à l’âge de quinze ans, fut soumis par ses bourreaux à diverses tortures ; entre autres, ils lui mirent sur la tête des charbons ardents. Le saint enfant se souvenant de la couronne d’épines de Notre-Seigneur, s’écria : Il importe peu qu’une tête qui doit être couronnée dans le ciel, soit entourée de feu et brûlée sur la terre. Oh! qu’une tête couronnée de souffrances et blessée pour J.C., sera ornée d’une belle et riche couronne de gloire ! (Surius, in ejus vita.)

Quoiqu’ils eussent couronné J.C. par dérision, les soldats romains, dit saint Bernard, confessèrent sa royauté. Ils le déclarèrent roi sans se douter qu’il l’était en effet ( Zn Passione ).

Elu roi de Jérusalem, Godefroid de Bouillon refusa de mettre sur sa tête la couronne royale, en disant qu’il ne convenait pas qu’un roi chrétien portât une couronne d’or, dans la ville où J. C. avait été couronné d’épines (Æist. des Croisades).

J. G. a été couronné d’épines pour nous mériter le céleste dia’

dème. La couronne d’épines qu’a portée le Sauveur était la figure de nos péchés...

Fléchissant le genou devant lui, les soldats le raillaient et disaient : Salut, roi des Juifs : Ave, rex Judæorum (Matth. xxvir. 29).

Toute langue, dit saint Paul, confessera que le Seigneur Jésus est dans la gloire de Dieu le Père ( Philipp. 1. M1). Ils fléchissaient le genou devant lui: Au nom de Jésus, dit encore le grand Apôtre, tout genou doit fléchir dans le ciel, sur la terre et dans les enfers (Philipp. 11. 10). Salut, roi des Juifs : J. G. est effectivement roi; il règne au ciel par sa gloire, sur la terre par sa croix et par sa grâce, dans l'enfer par sa justice. Il est le Roi des rois, le Seigneur des seigneurs : ex regum, Dominus dominantium ( Apoc. x1x. 16).

J. G. a enduré les dérisions dont il a été l’objet dans le prétoire, 1° afin de nous faire connaître la vanité du monde et des honneurs; 20 afin de nous apprendre que pour régner avec lui, il faut fouler aux pieds les honneurs et les voluptés, et nous mépriser nous-mêmes... ; 3° parce que les humiliations devaient être les armes de sa victoire sur Lucifer...

Il est impossible de savoir, de comprendre et de décrire toutes les atrocités que les soldats romains, animés par les démons, ont fait endurer à J. C., depuis le moment où Pilate le leur livra, jusqu’à celui où on le chargea de sa croix. Dans cet intervalle, l’enfer tout entier fut déchaîné, et les hommes qui devinrent ses instruments accomplirent à la lettre ces prophéties de la Sagesse : Foulons aux pieds le juste, entourons-le de piéges, parce qu’il nous est inutile et qu’il est contraire à nos œuvres, parce qu’il nous reproche nos fautes contre la loi, et qu’il tourne contre nous les mauvais résultats de nos doctrines. IL se vante d’avoir la science de Dieu, et il se nomme le Fils de Dieu. Il a manifesté nos pensées. Il nous est odieux même à voir; car sa vie est différente de la vie des autres, et ses voies ne sont pas les nôtres. Il nous regarde comme livrés à la frivolité; 1l s’abstient de suivre nos traces comme on se préserve d’une souillure ; il préfère la mort des justes, et se vante d’avoir Dieu pour père. Voyons si ses paroles sont véritables, éprouvons ce qui lui arrivera, et nous saurons quelle sera sa fin : car s’il est vraiment le Fils de Dieu, Dieu le soutiendra et le délivrera des mains de ses ennemis. Interrogeons-le par l’outrage et par le supplice, afin que nous connaissions sa douceur et que nous éprouvions sa patience. Condamnons-le à la mort la plus infâme (11. 10-20).

Remarquez les. douze raisons par lesquelles les impies motivent leur haine et leurs persécutions contre J. G. : La 4°, c’est qu’il leur est inutile, c’est-à-dire contraire. La 2, c’est qu'il attaque leurs

œuvres. La 3e, c’est qu'il leur reproche la violation de la loï. La4e, c’est qu’il se dit le Fils de Dieu, et soutient qu’il enseigne la science et la doctrine divines. La °, c'est qu’il révèle leurs mauvaises pensées et les condamne. La 6e, c’est que sa gravité, sa modestie, sa sainteté, ses vertus blessent leurs yeux. La 7°, c’est que sa vie n’est pas comme la leur. La 8e, c’est que ses voies et ses œuvres sont parfaites. La 95, c’est qu'il les regarde comme ne s’occupant que de frivolités et de bagatelles. La 10°, c’est qu’il s'éloigne d’eux comme d'hommes corrompus. La 11e, c’est qu’il préfère la fin du juste à la leur. La 12°, c’est qu’il se glorifie d’avoir Dieu pour;père..….

J. Cest A pris avoir fait à Jésus toute espèce d’outrages, on chargea d’une . S% Jourde croix ses épaules ensanglantées.

J. C. était accablé d’une lassitude mortelle et entièrement brisé, [l avait passé une partie de la nuit au jardin des douleurs, où il avait été trahi, livré et chargé de liens. De là on l'avait entraîné chez Anne et Caïphe, ensuite chez Pilate, qui l’avait envoyé à Hérode; celui-ci l'avait renvoyé à Pilate. Et dans tous ces lieux, pour lui comparables à l'enfer plein de démons, il avait été en butte à la haine, à la fureur, aux calomnies, aux insultes, à des outrages inouïs. Pilate l’avait fait attacher à une colonne et battre de verges. Puis les soldats lui avaient mis une couronne d’épines sur la tête, un manteau de pourpre sur les épaules, un sceptre de roseau à la main, et le gouverneur de la Judée l’avait présenté en cet état au peuple comme un jouet. Après l’Ecce homo, le Sauveur était retombé entre les mains des soldats, qui l'avait de nouveau maltraité. Et, sans lui donner un instant de repos, on l’avait chargé de la croix, afin qu’il la portât jusqu'au moment où, cloué sur elle, il y expirerait.

D’après la tradition, la croix avait cinq mètres de longueur, et ses bras trois mètres. Elle était d’urie grosseur proportionnée. J. C. fut contraint de la porter sur ses épaules meurtries et ensanglantées. C'était l'habitude que le condamné portât l'instrument de son supplice. Epuisé, à demi mort, le divin Rédempteur tomba trois fois dans lelong trajet qu’il avait à faire, et trois fois on le releva à coups de fouets et de bâtons. Il alla pieds nus, laissant sur son passage une trace de sang...

Voyant néanmoins que J. G. ne pouvait seul porter sa croix, les bourreaux forcèrent un habitant de Cyrène, nommé Simon, à lui donner de l’aide. Ce n’était point par pitié ni par charité qu'ils en agissaient ainsi, mais ils craignaient que J. G. nemourüten chemin,

etils voulaient le trainer jusqu’au Calvaire, afin de l’accabler de douleurs plus cruelles encore et de l’abreuver à leur aise d’opprobres et d’humiliations. Ils désiraient aussi qu’il allât plus vite, afin de pouvoir le crucifier de meilleure heure et s’en retourner doucement prendre du repos dans leurs familles.

Simon est appelé à porter la croix, pour que nous sachions bien que la croix n’était pas due à J. G., mais à l’homme coupable; et afin que nous apprenions à la porter à la suite du Sauveur, selon ces paroles de J. G. lui-même : Celui quine prend pas sa croix et ne me suit pas, n’est pas digne de moi. Qui non accipit crucem suam, et sequitur me, non est me dignus (Matth. x. 38).

Sur le chemin du Calvaire, J. C. rencontra quelques femmes pieuses qui fondaient en larmes. Il leur jeta un regard de tendre charité, et leur dit : Filles de Jérusalem, ne pleurez point sur moi, mais sur vous-mêmes et sur vos enfants (Luc. xxr1r. 28 ). Misérables pécheurs que nous sommes, pleurons nos péchés qui sont la cause des souffrances et de la mort du Fils de Dieu.

Ex, J. C. arriva sur le Calvaire...

Tertullien, Origène, saint Cyprien, saint Athanase, saint Cyrille, saint Ambroise, saint Augustin et plusieurs autres Pères disent qu'Adam a été enseveli sur le Calvaire. On attribue le nom que porte la montagne du crucifiement à la présence de la tête du premier homme ; et c’est pour se conformer à cette tradition que les

peintres mettent une tête de mort au bas de la croix. Ainsi, le sang de J. G. aurait coulé sur les derniers restes de père de la race humaine. O toi qui dors dans ton repentir depuis des siècles , Adam, lève-toi, sors d’entre les morts, ton Dieu meurt pour te ressusciter.

Le Calvaire était le lieu du supplice des plus grands scélérats ; et en y expirant, Jésus-Christ expiait par une humiliation plus profonde les abominables iniquités du monde. C’est là que le Sauveur a rendu les souffrances honorables et méritoires ; c’est là qu’il les a sanctifiées.

Saint Jérôme, saint Augustin, le vénérable Bède , etc..., enseignent que le Calvaire est la montagne sur laquelle Dieu avait ordonné à Abraham de lui sacrifier Isaac. Il s'ensuit que l’Agneau sans tache , J. C., aurait été immolé à l’endroit même où Abraham vit, embarrassé par les cornes dans des épines, un agneau qu'il offrit à la place de son fils. Figure admirable et ravissante de J. C. couronné d’épines ét immolé sur le Calvaire...

Calvaire.

Crucifiement.

Parlant du Sauveur chargé de la croix et gravissant la montagne du Calvaire , saint Augustin s’écrie : Grand spectacle ! si limpiété y jette les yeux, elle y aperçoit une immense et cruelle dérision ; si la piété le contemple , elle y découvre un profond et sublime mystère. Si l’impiété y jette les yeux, elle y trouve une grande leçon d’ignominie ; si la piété le contemple, elle y voit un grand monument de la foi. Si l’impiété y jette les yeux, elle se rit du roi qui, pour tout sceptre de commandement, porte le bois de son supplice; si la piété le contemple , elle reconnaît son roi qui porte le bois sur lequel il doit être attaché, bois qui plus tard fera l’ornement du diadème des souverains , la croix que les impies méprisent et que les saints trouvent glorieuse (Tract. exvir in Joann.).

David, gravissant le Calvaire, pieds nus, pleurant et fuyant ses ennemis , est aussi la figure de J. C. (IL. Reg. xv. 30).

Arrivés au sommet du Calvaire, les bourreaux se hâtèrent de dépouiller J. C. de sa tunique, et ils la jetèrent au sort. En luienlevant sans pitié un vêtement qui était collé à sa chair, ils rouvrirent toutes ses plaies, et le sang ruissela en abondance de chaque partie de son. corps. Puis, ils étendirent sur la croix l’innocente victime, et se préparèrent à l’immoler. Dieu tout-puissant, vous qui arrêtâtes la main d'Abraham près de frapper Isaac, laisserez-vous mettre à mort votre Fils unique , Dieu avec vous et comme vous? Arrêtez, Père céleste, arrêtez le bras des bourreaux ! Mais non : infiniment outragé par les hommes qui ne peuvent expier leurs offenses, Dieu veut pour victime un Dieu qui efface les forfaits des hommes. Le sang d’Isaac n'aurait pas lavé la terre , le déluge lui-même ne l'a pas lavée ; seul, Le sang de J. C. la rendra nette et pure...

Divin Agneau, laissez-vous donc élever en croix; mourez 200 Jésus, mourez pour racheter l’univers coupable... Puisque c’est ainsi que vous devez calmer la colère de votre Père , satisfaire à sa justice, déchirer l’arrèt de mort porté contre l’homme ; ouvrir le ciel, fermer l’enfer , abattre la mort, vaincre et lier Satan ; mourez! Voyez comment les bourreaux, monstres sans entrailles , $empressent d'étendre le Sauveur sur la croix ! Voyez-les à l’œuvre, clouant ses mains et ses pieds avec d'énormes clous ! Considérez avec quelle rage ils s’empressent de Le suspendre entre lé ciel et la terre!

J. C. en croix endura dix tourments principaux : Premier tourment, ses mains et ses pieds étaient déchirés par les clous...

Second tourment, tout le poids de son corps se trouvait supporté par ses mains et ses pieds cloués.…. Troisième touïment, il demeura suspendu à la croix durant trois heures... Quatrième tourment , ses membres étaient tellement disloqués , qu’on pouvait compter tous ses os... Cinquième tourment , il fut placé entré deux larrons, comme s’il eût été leur chef... Sixième tourment : il était dépouillé de tous ses vêtements... Septième tourment , il éprouva une soif dévorante..…. Huitième tourment, il n’eut que du fiel pour l’apæiser.…. Neuvième tourment; il entendit les blasphèmes éclater de toutes parts contre lui... Dixième tourment, ses regards tombaient sur sa sainte mère, qui souffrait à ses pieds...

O vous tous qui passez par le chemin, regardez et voyez sil est une douleur comparable à la miénne, s’écrie l'Homme- Dieu par la bouche de Jérémie : O vos omnes qui transitis per viam , attendite et videte, si est dolor sicut dolor meus (Lament. 1. 12 ).

IL a été sacrifié, parce qu’il l’a voulu , dit Isaïe, et il n’a pas ouvert la bouche : il sera conduit à la mort comme une brebis , il sera muet comme un agneau devant celui qui le tond : Oblatus est quia ipse voluit, et non aperuit os suum : sicut ovis ad occisionem ducetur, ét quasi agnus coram tondente se obmutescet, et non aperiet os suum (LITI. 7). - Ce n’est pas un peu dé lainé qu’on enlève à cet agneau divin, c’est son corps que l’on déchire , son sang et sa vie qu’on lui arrache; et il ne se plaint pas, il ne résiste pas ; mais il supporte tout avec la plus douce et la plus entière patience...

Saint Jean-Baptiste faisait allusion aux paroles d’Isaïe que nous venons de citer quand il disait aux Juifs, en montrant J. C. : Voilà l’Agneau de Dieu : Zece Agnus Dei (Joann. 1. 36); c’est-à-dire, voilà l’agneau prédit par Isaïe, figuré par l'agneau pascal, et par l'agneau pris par les cornes dans un buisson d’épines et immolé pat Abraham... k

Au temps de Noé , Dieu s’est montré comme un lion et il a tiré vengeance des péchés qui couvraient la terre en ensevelissant les Hornmes sous Les flots du déluge ; J. C., lui, est venu les expiet avec la donceur d’un agneau. Les eaux du déluge ont tué les hommes, et non les péchés ; le sang de l'agneau tue les péchés et ressuscite leg hommes:

Je suis, dit le divin Sauveur par la bouche de Jérémie , je suis comme un agneau paisible qu’on porte à l'autel : £go quasi agnus mansuctus qui portatur ad vicéimam ( X1. 9).

ur, 38

Douceur et patience dé JC

J. C. a été déclaré roi sur la croix.

Blasphèmes Contre J, C.

594 PASSION DE JÉSUS-CHRIST Comme l'agneau qu’on tond perd sa toison, dit saint Jérôme; ainsi J. C. a donné son corps eta gardé sa divinité ( De Judwæis).

Pres écrivit une inscription en hébreu , en grec et en latin, et il la fit mettre au haut de la croix; elle était ainsi conçue : Celur-ci est Jésus roi des Juifs : Hic est Jesus rex Judæorum (Matth. xxvir. 37 ). Beaucoup de Juifs lurent cette inscription, et les princes des prêtres dirent à Pilate : N’écrivez point : Roi des Juifs; mais qu'il a dit : Je suis le roi des Juifs. Pilate répondit : Ce qui est écrit, est écrit : Respondit Pilatus : Quod scripsi, scripsi (Joann. xix. 20-22). Juifs déicides, vous ne le voulez pas pour roi; il sera le roi des nations...

J. C. est le roi et le prince des douleurs ; il triomphe royalement de toutes par sa patience et sa charité divines. Régnez donc, à Jésus, dans le palais du Calvaire, sur le trône de la croix , sous la pourpre de votre sang, avec le sceptre de vos clous et votre couronne d’épines. Vous portez ce titre : Roï des Juifs , c’est-à-dire roi des hommes les plus injustes et des ennemis les plus cruels. Pour courtisans , vous avez des accusateut's; pour gardes d'honneur , des larrons; au lieu d’une armée prête à vous défendre , des bourreaux acharnés à vous faire souffrir. Sur le Calvaire , vous êtes dans votre empire, dans toute la pompe et l'appareil de la royauté, vous triomphez. O roi de douleurs , votre table est servie de fiel ét de vinaigre; vous avez pour parfums l'odeur des crimes; pour feux dé joie, des ténèbres épaisses ; pour symphonie, les blasphèmes et le tremblement de terre; pour tapis, des ossements de suppliciés; pour collier d’or et pour bracelets , la plaie brillante de votre cœur. Fasse le ciel que nous comprenions ce que nous devons être sous un tel roi et dans un tel royaume!

Mais si Jésus-Christ est déclaré roi sur la croix, ce n’est pas sans motif; c’est par la royauté de sa croix qu'il devient roi de tous les cœurs ; qu'il triomphe du péché, de la mort, des démons et de l’enfer.….

Les passants le blasphémaient branlant la tête, et disant : Toi qui détruis le temple de Dieu, et le rebâtis en trois jours, que ne te sauves-tu toi-même? Si tu es le Fils de Dieu, descends de la croix. Les princes des prêtres aussi, et les scribes , et les anciens ; disaient avec moquerie : Il a sauvé les autres , et il ne peut se sauver luimême : s’il est Le roi d'Israël, qu’il descende maintenant de la eroix, et nous croirons en lui. Ikse confie en Dieu; que Dieu le délivre, s’il

l'aime ; car il a dit : Je suis le Fils de Dieu. Les voleurs qu’on avait crucifiés avec lui, lui adressaient les mêmes reproches (Matth. XXVII. 39. 44).

O blasphémateurs ! il descendrait s’il le voulait ; Mais le monde ne serait pas sauvé ; il ne quittera le trône où vous l'avez placé que quand il aura accompli son œuvre...

Jésus dit : J'ai soif; on l’abreuva de fiel et de vinaigre (Joann. xix. 29 ).

Ux des voleurs suspendus en croix blasphémait J.C., disant : Si tu es le Christ, sauve-toi, et sauve-nous. Mais l’autre le reprenait , disant : Ne crains-tu point Dieu, toi non plus, qui subis la même condamnation ? Pour nous c’est justement » Car nous recevons ce que nos actions méritent; mais celui-ci n’a rien fait de inal ( Luc. xx11r. 39-41). Au milieu de la multitude d’ignorants , d’aveugles et de blasphémateurs qui éouvraient le sommet du Calvaire, ce voleur tout à coup ce sent pris du repentir de ses crimes ; il confessa l’inno-

cence et la divinité de J. C., il tourna vers lui ses yeux pleins de larmes et lui adressa cette prière : Seigneur, souvenez-vous de moi quand vous arriverez dans votre royaume, Et Jésus lui répondit : En vérité, je vous le dis, aujourd’hui vous serez avec moi dans le paradis ( Luc. xxnr. 42. 43).

Réfléchissez , dit saint Ambroise ; et Vous verrez que la croix est un tribunal, Suspendu à ses bras, est le juge; le larron qui croit est sauvé; celui qui insulte est condamné, Déjà J. C. montrait ce qu'il ferait au jour des vivants et des morts, lorsqu'il placerait Les uns à sa droite et les autres à sa gauche? (Comment. in Luc. xxun. )

Que dites-vous, à Jésus? s’écrie saint Chrysostome. Vous êtes attaché à la croix par des clous, et vous promettez le paradis! —

Oui, je le promets, afin que tù apprennes la vertu de ma croix (Homil. de Cruce et Lazaro).

Penpanr que J. C. versait son sang pour le salut du monde, Marie se tenait'aw pied, de la:croix : Séabat autem juxta crucem Jesu mater gjus.:(Joann. x1x. 95 ), C’est là surtout que s’accomplit la terrible prophétie :qu’avait fait entendre le saint vieillard Siméon , lorsque Jésus enfant fut présenté:au temple par sa divine mère : Un glaive de douleur; luidit-il, percera votre âme : Tuam ipstus animam pertransibit: gladius: (Luc. 1:35), La très -sainte Vierge souffrit 1° des horribles'soûffrañices de son fils chéri et adorable; elle les partagea :

Bon larron.

Marie au pied de la croix;

l'amour de Marie est la mesure de sa douleur; et comme jamais mère n’a autant aimé un fils, jamais mère n’a éprouvé une douleur comparable à celle de Marie. Chez les martyrs et les autres saints, l'amour était un adoucissement à leurs souffrances, un baume divin; plus ils aimaient, moins ils ressentaient les tortures qu’on leur faisait subir. En Marie, c’est le contraire ; plus elle aime , plus elle souffre; et comme ellé aime infiniment, elle souffre infiniment... Ajoutez que les souffrances de Marie augmentent celles de son adorable fils...

Quel spectacle pour la plus tendre des mères, de voir son fils unique, son fils bien-aimé , son Dieu couvert de sang et de plaies, les membres brisés, Les pieds et les mairis percés, suspendu à une croix, accablé de blasphèmes ; abandonné de Dieu et des hommes et près d’expirer ! Quel spectacle pour Jésus d’apercevoir à ses pieds, arrosée de son sang, sa mère toute sainte, qu'il aimait d’un amour divin et mille fois plus que tous les anges et tous les hommes réunis !.…

20 Marie souffrit par compassion ; toutes les douleurs de son fils étaient les siennes...

3° Elle souffrit en raison de la dignité de son fils et de la sienne...

4 Elle souffrit en raison de la longueur des tourments..….

5° Elle souffrit par sollicitude; elle voyait J. C. souffrir seul, abañdonné de ses apôtres, de ceux qu'il avait soulagés et guéris, des hommes, des anges et de son Père lui-mème..…..

6° Elle souffrit des horribles calomnies , des blasphèmes, des imprécations, des malédictions dont on accablait son fils...

70 Elle souffrit de l’avoir continuellement sous les yeux et d’êtré le témoin de chacune de ses douleurs...

I n'ya rien d'étonnant si les saints Pères et tous les docteurs enseignent que la bienheureuse vierge Marie mère de Dieu, fut martyre et plus que martyre, le glaive de douleur ayant seulement déchiré le corps des martyrs, tandis qu’il a percé l’âme de J. C. et de Marie : ZE tuam ipsius animam pertransibit gladius (Luc. 11. 35). Comme J. C. a infiniment plus souffert que tous les martyrs réunis, ainsi Marie a plus souffert aussi que tous les martyrs pris ensemble ; Marie a connu toutes les douleurs du crucifié. Chacune des tortures subies par le Sauveur l’a été par elle. Ses souffrances furent indicibles... L'amour de Marie est plus fort que la mort; elle fait sa mort de Ja mort de J.C.

La très-sainte Vierge aussi pouvait emprunter ces paroles de Jérémie : O vous tous qui passez par le chemin, regardez et voyez s’il est

une douleur pareille à la mienne : Q vos omnes qui transitis per viam, attendite et videte si est dolor sicut dolor meus (1. 2.)

Saint Bernardin de Sienne dit : La douleur de Marie fut si grande, que si elle était partagée entre tous les hommes, ils mourraient soudain : T'antus fuit dolor Virginis, quod si in omnes creaturas divi deretur, omnes subito interirent (T. II, serm. 1x1).

La langue, dit saint Bernard, ne pourra jamais exprimer, ni l'intelligence comprendre de quelle douleur le cœur pieux de Marie était déchiré : Nec lingua poterit loqui, nec mens cogitare valebit, quanto dolore afficicbantur pia viscera Mariæ (Serm. xx1x in Cant. ). Maintenant , continue saint Bernard , maintenant , Ô tendre mère, vous payez avec usure les souffrances que vous a épargnées la nature lors de votre enfantement. Vous n’avez pas ressenti de douleur en mettant au monde votre fils, mais à sa mort vous êtes percée de mille glaives (Ut supra).

Marie était plongée dans les plus cruelles douleurs, dit saint Chrysostome : Sfabat doloribus immersa (De Cruce).

Au milieu d’une si cruelle épreuve , la bienheureuse vierge ne se plaignit pas ; elle partagea Ja douceur, la patience, la résignation de son divin fils... , résignation entière à la volonté de Dieu...

Combien la douleur de Marie augmenta, lorsqu’à sa place Jésus lui laissa saint Jean pour fils! Dixit matrisuæ : Mulier, ecce filius tuus (Joann. xix. 26). 0 mon fils, quel échange ! eùt-elle pu dire. Est-ce qu'un des enfants des honimes peut me dédommager de la perte que je fais ?.…

Du haut de la croix, J. C. s’écria : J'ai soif : Sitio (Joann. x1x. 28). Les cruelles et longues douleurs que le Sauveur avait endurées lui avaient donné une soif brülante. Ma langue s’est attachée à mon palais, dit-il par la bouche de son Prophète : £' lingua mea adhæsit faucibus meis (Psal. xxr. 16).

Mais par ce mot sifio il voulait exprimer une soif bien plus pénétrante que celle qui accable le corps : la soif du salut des âmes , la soif d’être aimé des hommes... C’est son amour pour nous qui le dévorait..….

Dieu, dit saint Paul, a manifesté l’amour qu’il nous porte, en ce que , dans le temps même où nous étions pécheurs, le Christ est mort pour nous : C'ommendat caritatem suam Deus in nobis ; quoniam cum adhuc peccatores essemus, Christus pro nobis mortuus est (Rom, v. 8. 9). Aussi, dit cet incomparable apôtre , pour lui témoigner mon

Sitio.

Les sept paroles de J.C, sur la croix.

amour et ma reconnaissance, je me suis cloué à la croix du Christ. Et je vis, non plus moi, mais le Christ vit en moi. Je vis pour lui qui m’a aimé , et qui s’est lui-même livré pour moi : Christo confiœus sum cruci. Vivo autem, jam non ego; vivit vero in me Christus , qui dilexit me, et tradidit seipsum pro me (Gal. 11. 19. 20). Marchez, écrit-il aux Ephésiens, marchez dans l’amour, comme le Christ nous a aimés , et s’est livré lui-même pour nous en oblation à Dieu, et en hostie de suave odeur : Ambulate in dilectione , sicut et Christus dilexit nos , et tradidit semetinsum pro nobis, oblationem et hostiam in odorem suavitatis (v. 2).

Sitio : J'ai soif. J. G, nous a aimés tendrement et efficacement, non en paroles, mais en action; car par amour pour nous, ila livré volontairement et très-librement, non ses richesses, non ses frères et ses amis, non ses anges, mais lui-même tout entier. Pour nous pécheurs et ses ennemis, pour l’expiation de nos fautes, il s’est livré, non pas en oblation verbale et peu coûteuse, mais en oblation sanglante et vivifiante..….

Il a vraiment lui-même porté nos infirmités, dit Isaïe; il s’est chargé de nos douleurs : Vere languores nostros ipse tulit, et dolores nostros ipse portavit (LIT. 4).

Le Prophète dit nos infirmités, nos douleurs, parce que la tache du péché était notre fait, et que la peine, par conséquent, ne devait tomber que sur nous.

Des châtiments nous étaient réservés; l'obligation de souffrir s'était attachée à nous; nous avions mérité les douleurs du temps et de l'éternité. Dans la soif ardente de son amour pour nous, J, C. s’est chargé de toutes nos dettes.

[a porté nos péchés dans son corps sur le bois , dit l’apôtre saint Pierre, afin que, morts au péché, nous vivions à la justice ; c’est lui qui, par ses plaies, nous a guéris : Peccata nostra ipse pertulit in corpore suo super lignum ; ut peccatis mortui, justitiæ vivamus ; cujus livore sanati estis (TL. 11. 24). Effaçant l'obligation que nous avions souscrite et qui était contre nous, il l’a prise et l’a clouée à la croix, dit saint Paul aux Colossiens : Delens quod adversus nos erat chirographum decreti, quod erat contrarium nobis, et ipsum tulit de medio, affigens lud cruci (n. 14).

Jésus-Cnnisr crucifié prononça ces paroles pleines de sagesse, de bonté, d'amour, de miséricorde, de puissance : 4° Mon Père, pardonnez-leur , car ils ne savent ce qu'ils font :

Pater, dimitte illis; non enim sciunt quid faciunt (Luc. xxin, 34). Écoutez saint Bernard : J. C. a été flagellé, couronné d’épines, percé de clous, attaché au gibet, rassasié d’opprobres; et oubliant tant d’outrages et de douleurs : Pardonnez-leur, dit-il, car ils ne savent ce qu'ils font. O Seigneur, que vous êtes riche en miséricorde ! Combien votre douceur abonde ! Que vos pensées sont au-dessus des nôtres! Que votre clémence va loin à l’égard des plus grands pécheurs et des impies! Chose admirable! ce Dieu d’amour crie : Mon Père, pardonnez-leur ; et les Juifs : Crucifiez-le : Mira res! ile clamat : Tgnosce ; Judæi : Crucifige. De quel torrent de délices n’abreuverez-vous pas, Seigneur, ceux qui vous désirent, vous qui versez si abondamment l’huile de votre miséricorde sur ceux qui vous crucilient! Quomodo potabis, Domine, desiderantes te, torrente voluptatistuæ, qui sic perfundis crucifigentes te oleo misericordiæ tuæ (Serm. de Pass.).

L'homme qui se sent tenté d’obéir à la haine et à la vengeance doit toujours avoir présents à l'esprit cette prière et l’amour que le Sauveur a témoignés à ses ennemis...

La seconde parole de J. C. sur la croix fut adressée au bon larron qui implorait sa bonté : Aujourd’hui , lui dit-il , tu seras avec moi dans le paradis : Æodie mecum eris in paradiso (Luc. xxur. 43). IL parla, et c'était pour promettre sa gloïre. Ne mourait-il pas en effet pour ouvrir le ciel aux pécheurs ?

La troisième parole de Jésus-Christ fut adressée à sa mère; lui montrant saint Jean, il dit : Femme, voilà votre fils. Et ensuite au disciple : Voilà votre mère : Dicit matri suæ : Mulier , ecce filius tuus. Deinde dicit discipulo : E'ece mater tua (Joann. xix. 26.27). Nouveau témoignage d’amour; le Sauveur donnait sa propre mère pour mère à tous les hommes dans la personne de saint Jean...

La quatrième parole de Jésus-Christ fut un appel à son Père : Mon Dieu, mon Dieu, s’écria-t-il, pourquoi m’avez-vous délaissé? Deus meus, Deus meus, ut quid deréliquisti me? (Matth. xxvir. 46.) Prise dans le sens de la croix et de la mort, cette sorte de plainte signifie non pas que J. G. était abandonné, mais que son père voulait qu’il mourüt. A plus forte raison ne signifie-t-elle pas que J. C. se désespérait, comme le prétend l’infâme blasphémateur Calvin... |

La cinquième parole de J. C. crucifié fut celle-ci : J'ai soif : Sisio (Joann. xIx. 28).

La sixième déclara que tout était consommé : Consummatum est (Joann, x1x. 30).

Pourquoi J. C.

a subi une telle mort,

La septième fut la parole suprème du mourant : Père, je remets mon esprit entre vos maius : Pater, in manus tuas commendo spiritum meum (Luc. xxu1. 46). !

Et baissant la tête, il rendit l'esprit : Z# inclinato capite , tradidit spiritum (Joann, x1x, 30), Tout est vraiment consommé; notre Dieu est mort, nos péchés l’ont immolé.….,

Pounovor J. C. est-il mort, et surtout pourquoi a-t-il enduré une mort à la fois si cruelle et si ignominieuse? Nos crimes , dit saint Athanase , nos crimes étaient exécrables; voilà pourquoi J. C., afin de les expier, a enduré le supplice le plus infâme : Scelera nostra erant exsecrabilia ; itaque Christus ad ea expianda, passus est supplicium exsecrabilius (Serm. de Pass. et Cruce).

Celui qui est suspendu au bois est maudit, dit le Seigneur au Deutéronome : Æxsecrabilis quicumque in ligno pendet (xxi. 23.) Devenu malédiction pour nous, J. C., dit le grand Apôtre, nous a rachetés de la malédiction de la loi, selon qu'il est écrit : Maudit celui qui est pendu au bois! afin que sur les nations descendit la bénédiction d’Abraham en Jésus-Christ, et que nous recussions par la foi l'Esprit qui avait été promis (1). .

Le Sauveur, dit saint Anselme , a choisi une mort aussi pénible afin de tuer toutes les morts : Tam pessimam mortem Salvator elegit , ut omnem mortem occideret (In Epist. ad Philipp., c. 11.) J. C., dit saint Augustin , à voulu mourir ainsi afin que ses disciples, nonseulement ne redoutassent pas la mort en elle-même, mais n’eussent en horreur aucun genre de mort. Ne craignez pas les affronts, et les croix, et la mort; car si ces choses nuisaient à l’homme , il n’aurait pas à les endurer, lui que le Fils de Dieu a racheté (2).

Du côté des Juifs, la cause de la mort de J. C. sur une croix a été la haine qu’ils lui avaient vouée, haine implacable et aveugle qui les conduisit à choisir le crucifiement comme le supplice le plus infâme et le plus cruel. Du côté d’Adam et du genre humain, la cause de ce genre de mort a été qu’Adam ayant péché par le bois en mangeant du fruit défendu , il était convenable que J. €. expiât par le

(1) Christus nos redemit de maledicto legis, factus pro nobis maledictum : quia scriptum est : Maledictus omnis qui pendet in ligno : ut in gentibus benedictio Abrahæ fieret in Christo Jesu, ut pollicitationem Spiritus accipiamus per fidem (Gal. 117. 18. 14).

(2) Ut et discipuli ejus mortem non modo non timerent , sed nec genus mortis horrescerent. Nolite timere contumelias, et cruces, et mortem; quia si nocerent homini ; non ea pateretur homo, quenvsuscepit Filius Dei (Ir Psal, cxL).

bois cette désobéissance et en réparât les suites. C’est ce qu’exprime l'Eglise dans la préface des fêtes de la sainte eroix : Il est, dit-elle, véritablement juste et raisonnable de vous rendre grâces, à Père éternel, qui avez attaché le salut du genre humain à l'arbre de la croix, afin que ce qui avait causé la mort de l’homme devint pour lui la source d’une nouvelle vie, et que le démon, qui s'était servi d’un arbre pour tromper l’homme et le subjuguer, fût aussi vaincu sur un arbre par J. G. (1). Du côté de Dieu offensé , la cause de la mort de J. CG. sur une croix fut l’amour de la justice : par un tel supplice la gravité de la faute d’Adam et de sa race devenait visible à tous les yeux; l’expiation était immense, parce que la faute avait été trèsgrande. Du côté de J. G., la cause de cette mort a été l’immensité de son amour pour les hommes, et le désir d’apprendre à ses disciples à tout supporter...

Si elle est conforme à l'Evangile, toute la vie de l’homme est une croix et un martyre, dit saint Augustin : Tota vita hominis, si secundum Evangelium vivatur, crux est atque martyrium (In Psal. exL), Lepéché estun bien grand mal, puisqu’ila coûté tant à un Dieu !.…

Pouvez-vous boire le calice que je dois boire? dit J. C. aux deux fils de Zébédée : Potestis bibere calicem quem ego bibiturus sum? (Matth. xx 22.) On n'arrive au ciel que par la passion et la croix, sachons-le bien...

Comme un médecin compatissant et digne de louanges , J. C., dit saint Bernard , a goûté le premier le breuvage qu’il préparait aux siens; c’est-à-dire, il a enduré la passion et la mort, et est entré ainsi en possession de l’immortalité et de l’impassibilité , enseignant aux siens à prendre avec confiance le breuvage qui engendre la santé et la vie (2).

J. GC. appelle sa passion un calice, une coupe, parce qu’il Pa recherchée et l’a désirée... Il la nomme ailleurs un baptème , parce qu’il s’y est plongé par la mort; et parce que ses souffrances nous ont lavés, purifiés, sanctifiés.….

(1) Vere dignum est et justum est tibi gratias agere..…. æterne Deus, qui salutem humani generis in ligno crucis constituisti, ut unde mors oriebatur, inde vita resurgeret et qui in ligno vincebat, in ligno quoque vinceretur per Christum..…...

(2) Ipse, tanquam pius et laudabilis medicus, prius bibit potionem quam parabat suis; id est, passionem et mortem sustinuit, et sic sanitatem immortalitatis accepit et impassibilitatis ; docens suos ut confidenter biberent potionem quæ gencrat sanitatem et vitam (Serm, x1 ex Parvis).

La passion de J. C. est notre salut.

La passion est notre ouvrage.

Nous nous sommes tous égarés comme des brebis, dit Isaïe : chacun de nous a suivi sa voie; et le Seigneur a fait tomber sur lui (sur J. C.) l'iniquité de nous tous : Omnes nos quasi oves erravimus , Unusquisque in viam suam declinavit ; et posuit Dominus in eo iniquitatem omnium nostrum (Ltrr. 6).

Nos péchés ont entouré le Sauveur; ils se sont précipités sur lui : mais en expirant, J. G, leur a porté un coup mortel. Considérez ici que vos péchés et les miens ont fait partie de l’armée qui a saisi l’Homme-Dieu et qui l’a crucifié.….

Le Seigneur s’est chargé de nos iniquités; il a voulu que, pesant sur lui seul, elles le signalassent au juge suprême comme le seul coupable et le seul qui dût être puni et sacrifié. La croix la plus lourde qu’ait eu à porter J. C., l'innocence même et l’ennemi né du péché, a été le poids de nos fautes. Cette croix l’a accablé mille fois plus que la comparution devant Caïphe, Pilate, Hérode et le peuple juif; elle lui a causé de plus vives douleurs que la flagellation, le couronnement d’épines et le crucifiement. Mais ces péchés, il les a laissés cloués à l’instrument de son supplice.….

Vous êtes , dit saint Pierre, vous êtes appelés à faire le bien et à souffrir avec patience, parce que J. C. a souffert pour nous, vous laissant un exemple, afin que vous suiviez ses traces : Zn hoc enim vocali estis, quia et Christus passus est pro nobis, vobis relinquens exemplum, ut sequamini vestiqia ejus (1. Cor. 11. 2).

J. G., continue le même apôtre, a porté nos péchés dans son corps sur le bois , afin que morts au péché , nous vivions à la justice : Peccata nostra ipse pertulit in corpore suo super lignum , ut peccatis mort, justitiæ vivamus (I. Cor. 11. 24).

IL a été blessé à cause de nos iniquités, dit Isaïe, il a été frappé pour nos crimes : le châtiment qui doit nous procurer la paix s’est appesanti sur lui, et nous avons été guéris par ses meurtrissures : Tpse autem vulneratus est propter iniquitates nostras, attritus est pro-

pter scelera nostra : disciplina pacis nostræ super eum , et Livore ejus sanati sumus (LIIr. 5).

Ton amour pour la bonne chère, Ô gourmand, a abreuvé J. C. de fiel et de vinaigre; ton orgueil, 6 ambitieux, l’a crucifié entre deux voleurs; ta vanité, à mondain , l’a couronné d’épines ; tes plaisirs , ô impudique, l'ont flagellé et ont ensanglanté tout son corps , ils ont percé ses pieds et ses mains et l’ont attaché au gibet; ton insensibilité, Ô homme sans entrailles, a percé son cœur sacré ; tes malédictions

et tes blasphèmes, 6 impie, ont couvert de crachats et de soufflets la face divine que les anges ne regardent qu’avec respect et n’adorent qu'avec amour; ton avarice , Ô insatiable des biens de la terre, l'a contraint à n’avoir aucun lieu où il püt reposer sa tète, Désives-tu, pécheur, désires-tu avoir une vive image de ton âme criminelle? regarde J. G. accablé d’outrages, battu de verges, raillé, frappé, couronné d’épines et crucifié. Considère ce corps sanglant, livide, qui n’est qu'une plaie; contemple ton Sauveur défiguré et devenu semblable à un lépreux : voilà ton âme dont J. G. a reçu la ressemblance en lui-même, ressemblance qu'expriment ses plaies et son triste état. Zcce homo, voilà l Homme-Dieu tel que l'ont fait tes fautes. £'cce homo, voilà ton âme, telleque l’ont faite cesmèmesfautes.

Prie le Sauveur miséricordieux, frappé par toi, de guérir les blessures de ton âme par les siennes...

Oh! sonde et admire de nouveau l’abime de l'amour de J. C. ,quia voulu satisfaire pour toi à la justice de son Père, qui a souffert pour toi tant et desi cruels tourments, qui pour toi et pour tes crimes s’est fait victime et holocauste. Autant il y a de blessures et de stigmates sur ce corps sacré, autant tu as de marques et de preuves de l'amour infini que le Sauveur ta témoigné. Vois, pécheur, sa tendresse pour toi est écrite sur tout son-corps; que dis-je? elle y est gravée en traits ineffacables, O amour, amour, combien vous nous avez aimés! Avec quelle douleur, ou plutôt avec quel amour vous nous avez enfantés à la vie! La mesure de la douleur , c’est l'amour; mais la mesure de l’amour n’est pas la douleur; et quoique, Ô Jésus, votre douleur ait été immense, votre amour l’a surpassée : votre affection pour nous a absorbé votre douleur, comme l’Océan absorbe Les eaux des fleuves. Aimable Jésus, faites que je vous aime, que je dise avec saint Ignace : Amor meus cruxifixus est : Mon amour est crucifié ( /n ejus vita); et avec saint François d’Assise : O mon Seigneur, que je meure d’amour pour vous qui avez daigné mourir d’amour pour moi (S. Bonav., in ejusvita). Faites que nous ne nous séparions jamais de vous; que nous mourions pleinement au monde et à la chair; que nous vivions pour vous; que nous demeurions dans vos blessures ; qu’ici-bas, par votre grâce, et dans le ciel, par votre gloire, nous nagions dans l’océan de votre amour. Inspirez-nous les sentiments de votre vierge sainte Itale, qui, brülante et enivrée d'amour, vous contemplait sur la croix, en s’écriant : O Dieu, ô amour, ivresse de l'amour; donnez-moi une voix si puissanie, qu'elle soit entendue de l’orient à l'occident, du ciel à l'enfer, pour crier à

toutes les créatures : Aimez Dieu. O amour, que vous êtes peu connu, que vous êtes peu aimé! Ames créées pour cela, aimez votre amour qui vous à tant aimées sur la croix! (/n ejus vita.)

Lors de la création , dit saint Bernard, Dieu dit, et tout fut fait: mais lors de la rédemption, ses paroles rencontrèrent des contradicteurs; ses actions , des persécuteurs ; ses tourments et sa mort, des railleurs et des blasphémateurs ( De diligendo Deo ).

J. G , dit saint Thomas, a souffert dans ses amis, qui l’ont abandonné; dans sa réputation, par les calomnies qu’on inventa contre lui ; dans son honneur et sa gloire, par les moqueries et les affronts dont on l'accabla; dans ses biens, puisqu'il a été dépouillé de ses vêtements; dans son âme, par la tristesse, l’ennui et la crainte; dans son corps, par les blessures et les coups. Il a souffert dans sa tête, de la couronne d'épmes qu’il a portée; dans ses mains et ses pieds, des clous qu’on y a enfoncés; sur son visage, des soufflets et des crachats qu’il a reçus; dans tout son corps, de la flagellation qu’on lui a infligée. Il a souffert par tous ses sens : par le tact, ayant été flagellé et percé de clous; par le goût, ayant été abreuvé de fiel et de vinaigre; par lodorat, ayant été mis en croix dans un lieu que les cadavres rendaient fétide et qu’on appelait le Calvaire; par l’ouïe, ayant été attaqué par les paroles de ceux qui le blasphémaient et qui se moquaient de lui; par la vue, en voyant pleurer sa mère et le disciple qu’il aimait ( De Peccatis ).

Voilà notre ouvrage, pécheurs! voilà le fruit de nos fautes !.…

O homme, s’écrie saint Augustin, apprends ce que tu vaux et ce que tu dois ; et en considérant la grande dignité à laquelle t’élève la rédemption, rougis de tes péchés. Voici qu’au lieu de Pimpie, c’est la piété qui est battue de verges; au lieu de l’insensé, c’est la sagesse qui est tournée en ridicule; au lieu du menteur, c’est la vérité que l’on immole ; au lieu de linique ; c’est la justice qui est condamnée ; au lieu du cruel, c’est la miséricorde qui est frappée ; au lieu du misérable , c’est la pureté que l’on abreuve de vinaigre et la douceur que lon enivre de fiel; au lieu du coupable, c’est l'innocence qui est punie; au lieu du mort spirituel, c'est la vie qui meurt. La nature entière s’effraie du crime des hommes , et la terre tremblante, le soleil fugitif, attestent que celui-là est le maitre du monde et Le roi du ciel que la créature révoltée méconnait (1).

(1) Agnosce, homo quantum valeas, et quantum debeas, et dum tantam redemptionis tuæ perspicis dignitatem, ipse tibi indicito peccandi pudorem, Ecce pro impio

Isaïe appelle J. G, le mépris des hommes, le dernier de tous, l’homme des douleurs , qui a connu la faiblesse, dont le visage est comme obscurci, et, ajoute-t-il, nous ne l’avons pas reconnu : Despectum , et novissimum virorum, virum dolorum > et scientem infirmitatem, et quasi absconditus vultus ejus ; unde nec reputavimus ejus (a. "35)

Despectum : il est méprisé, non-seulement à l’époque de sa passion , mais durant toute sa vie. Il nait dans une étable, parce qu’il n’y a pas de place pour lui dans les hôtelleries ; le monde le rejette déjà. La circoncision lui apporte une nouvelle et profonde humiliation; elle le met au rang des pécheurs. Il passe pour le fils de Joseph, pour un enfant ordinaire. Il travaille et verse ses sueur® comme le vulgaire. Nicodème vient le trouver de nuit de peur d’être en butte aux sarcasmes des docteurs de la loi (Joann. xix. 39). Aucun (les chefs de la nation juive et des pharisiens ne croyait en lui; ils blamaient la foule qui le suivait, et déclaraient ses disciples maudits. Quand, guéri; l’aveugle-né osa exprimer la pensée que lé Sauveur était un prophète, ils le jetèrent hors de la synagogue (Joann. 1x. 34). Plusieurs personnages considérables ayant cru en lui; n’osèrent lui rendre témoignage à cause des pharisiens, et pour ne pas être chassés de la synagogue (Joann. xr. 42). Les princes des prêtres le méprisaient , l’excommuniaient , le chassaient des synagogués et lui dressaient des embüches. Voilà le fruit de nos péchés !.…

Novissimum virorum : pourquoi J. C. a-t-il voulu devenir le dernier des hommes? parce que Lucifer ainsi qu’Adam avaient voulu devenir des dieux et s'élever au-dessus du Tout-Puissant. Lucifer ne prétendait-il pas détrôner l’Eternel et prendre sa place? J. C. a voulu frapper leur criminel orgueil. Si donc la superbe veut s’emparer de vous, regardez J. C. se faisant le dernier des hommes et labjection du peuple. Si l’on vous méprise, réjouissez-vous, car vous avez l'honneur insigne et le bonheur de ressembler EPL LPS

O le dernier etle premier ! s’écrie saint Bernard ; 6 vous qui êtes

pielas flagellatur: pro stulto sapientia illuditar ; pro mendace veéritas necatur; damnalur justitia pro iniquo ; misericordia affligitur pro crudeli; pro misero repletur sinceritas aceto ; incbriatur felle dulcedo; addicitur innocentia pro reo; moritur vita pro mortuo. Expavit scelus hominum natura rerum ; et quem creatura rebellis non agnoscit , eum mundi dominum tremens terra testatur, et cœli regem sol fugiens confitetur ( Serm. cx1v de Temp. ).

humble et sublime, l’opprobre des hommes et la gloire des anges! personne ne vous égale en grandeur et en humilité (1).

Virum dolorum : l'homme des douleurs, c’est-à-dire celui qui a été assiégé par toutes les douleurs et qui les a toutes éprouvées , de sorte qu'il n’était que douleurs, si l’on peut s'exprimer ainsi.

Ï. J. C. a connu toutes les douleurs de l’âme : Mon âme, dit-il dans le jardin des Oliviers, mon âme est triste jusqu’à la mort: Tristis est anima mea usque ad mortem (Matth. xxvr. 38). Cette tristesse s’est manifestée par des larmes et une sueur de sang. Si l’on demande d’où venaient les souffrances que J. G. a endurées dans son âme, les Pères et les docteurs de l'Eglise répondent que : 40 J. C. avait présents à l’esprit tous les péchés des hommes qui ont été, qui sont et qui seront; tous les horribles forfaits commis dans le cours des siècles, blasphèmes, sacriléges, adultères, meurtres, etc. ; il était affligé de tous et de chacun d'eux, comme s’il les eût commis lui-même; il s’en était chargé, afin de les expier et de satisfaire à la justice de son Père par cette suprême douleur et contrition. 2 Du premier instant de sa conception jusqu’à son dernier soupir, J. C. vit et contempla constamment les travaux et les souffrances qu’il devait endurer pendant sa vie et surtout à sa mort; il se les représentait à toute époque de sa vie avec une vivacité et une force qui équivalait à la réalité, de sorte que sa vie entière a été une passion et une mort continuelles.….. 3° 11 ne cessa d’avoir devant les yeux les tourments des martyrs, les insultes et les injustices faites à ses serviteurs, les jeünes , les mortifications et les pénitences des saints, les combats héroïques des vierges, et il souffrait de tout cela en lui-même... 40 fl savait combien serait grand le nombre de ceux qui ne tiendraient pas compte de ses souffrances, de ceux à qui elles seraient inutiles, et qui, flattant leur volonté perverse, se damneraient malgré sa mort, et quoique une seule goutte de son sang fût suffisante pour racheter tous les pécheuts , et même pour les tirer de l’enfer , si cette goutte pouvait y pénétrer... 8° L'amour infini de J. C. pour les hommes rendait ses douleurs infinies et sés tourments inexprimables.…. si ké

IT J, GC. a connu toutes les douleurs du corps. Chacun de ses membres et chacun de ses sens avait sa douleur propre, qui était

(1) O novissimum et altissimum! 6 humilem et sublimem ! o opprobrium homi-

num et glorian angelorum! nemo illo sublimior, nemo humilior ( De Passione Domini ).

PASSION DE JÉSUS-CHRIST. 607 des plus vives. En J. C., le toucher et les autres sens étaient trèsdélicats et très-parfaits; aussi sentait-il plus vivement que tout autre toutes les douleurs. Sa vue, son ouïe, son odorat, sa langue, ses mains et ses pieds ont eu leurs souffrances spéciales, et ils les ont eues toutes en même temps... J. C. a souffert sans consolation... Il a souffert de la part d’hommes de toute espèce , de tout état, de toute condition : Juifs, gentils, peuple, princes, prêtres, laïques ; de la part d'Anne, de Caïphe, de Pilate et d’Hérode ; enfin, de la part de ses apôtres eux-mêmes. L'homme, en général, sent seulement ses propres douleurs ; J. C. a ressenti celles de tous les hommes...

EE quasi absconditus vultus ejus : Son visage était comme obscurci. En effet, 1° la splendeur et la divine puissance de J. C. étaient cachées sous le voile de son corps, dit saint Jérôme (/n Jsai.). 2e Son visage n’était pas reconnaissable; il ressemblait à celui d’un lépreux; il était tellement déchiré, couvert de sang et de crachats, que les passants ne pouvaient en reconnaitre les traits.

J'ai vu, dit saint Jean dans l’Apocalypse, j’ai vu dans la droite de celui qui était assis sur le trône, un livre écrit, scellé de sept sceaux (v. 1). Par ces sept sceaux, les docteurs entendent sept mystères de la passion de J: C. Le premier est la suprême impuis= sance du Tout - Puissant; le second, la suprème ‘souffrance de l’Impassible; le troisième, l'immense folie dont parut faire preuve aux yeux des hommes J. C., la sagesse divine; le quatrième, l'extrème pauvreté qu’endura le Dieu des richesses; le cinquième; l’incomparable ignominie que subit la majesté suprème ; le sixième, le complet abandon par Dieu le Père de celui qui lui est uni de la manière la plus intime; le septième, l'extrême sévérité du Père coexistant avec l'amour infini qu’il a pour son Fils...

Il sera rassasié d’opprobres, dit Jérémie : Saturabitur opprobris (Lament. x. 30). Pensez à ces paroles, méditez-les, chrétiens, lorsque vous avez à supporter des railleries, des affronts, des calomnies, J. C. s’est sacrifié tout entier pour vous à la justice de Dieu pour vous il s’est livré à ses ennemis et aux bourreaux. A votre tour, donnez-vous au Sauveur sans réserve ; offrez-vous à lui tout entier, jetez-vous dans ses bras, afin qu’il fasse de vous et dé tout ce qui vous appartient ce qu’il lui plaira. Abandonnez-lui votre corps pour être la proie des maladies, des souffrances, des supplices et de la mort; abandonnez-lui votre âme pour le servir, l'aimer et le bénir : c’est ainsi qu'ont fait Les apôtres, les martyrs et tous les saints...

a triomphé par sa passion etpar sa mort.

508 k : PASSION DE JÉSUS-CHRIST.

Lss victoires que J. C. a remportées par sa croix et par sa mort sont vraiment admirables, merveilleuses et divines !

L’Homme-Dieu meurt; et voilà que Le voile du temple se trouve déchiré en deux, depuis le haut jusqu’en bas : Z'# ecce velum templi scissum est in duas partes a Summo usque deorsum ( Matth. xxvir. 51 ).

Le voile qui cachait le saint des saints fut miraculeusement déchiré, pour montrer que le règne de l’ancienne loi cessait, que Dieu s'était retiré du temple de Jérusalem, et que ce n’était plus qu’un lieu profane.

Dans le sens mystique, le voile déchiré et le saint des saints mis à découvert signifient que la chair de J. C., déchirée dans sa passion, nous a ouvert le ciel...

La tunique de J. CG. ne fut pas partagée, pour montrer que l’'Evangile restait entier...

La grande, la véritable victime a pris la place des anciennes, qui n'en étaient que la figure; la réalité est venue, les ombres s’en sont allées. .….

Ce qui restait des vètements de J. C., dit saint Athanase, fut divisé en quatre parts, pour montrer que J. C. sauvait également l'Orient et l’Occident , le Septentrion et le Midi (Serm. de Cruce).

IL était environ la sixième heure , et les ténèbres couvrirent toute la terre jusqu’à la neuvième heure. Et le soleil s’obscurcit : Zrat autem fere hora sexta, et tencbræ f'actæ sunt in universam terram usque in horam nonam. Et obscuratus est sol. (Luc. xx11r. 44. 43). Il est prouvé que cet obscurcissement du soleil ne venait point d’une éclipse , une éclipse étant impossible à l’époque de la mort de J. C. La terre fut couverte d’épaisses ténèbres ; mais pour les disciples du Sauveur, cette nuit, ces ténèbres se changèrent en lumière... Le soleil s’at: trista ; il refusa sa lumière aux déicides ; il annonça à l’univets entier la mort de son créateur. Les ténèbres alors furent si épaisses, si extraordinaires, que Denis l’Aréopagite s’écria : Ou le Dieu de la nature souffre, ou la machine du monde se dissout : Aut Deus natur patitur, aut mundi machina dissolvitur (Epist. ad Apoll. ).

Il y eut un terrible et universel tremblement de terre, les rochers se brisèrent : Terra mota est , et petræ scissæ sunt (Matth. xxvir. 51 ).

Les sépulcres s’ouvrirent, et plusieurs corps des saints qui étaient endormis se levèrent; et sortant de leurs tombeaux ; vinrent dans la cité sainte , et furent vus de plusieurs (Matth. xxvir. 52, 53).

Le centurion etceux qui étaient avec lui, gardant Jésus , Voyant le tremblement de terre et tout ce qui se passait, furent saisis d’une

grande crainte , et dirent : Celui-ci était vraiment le Fils de Dieu : Vere F'ilius Dei erat iste {Matth. xxvir. 54). Votre croix, Ô Jésus , s’écrie saint Léon , est la source de toutes .les bénédictions et la cause de toutes les grâces : par elle les croyants, de faibles deviennent forts; ils tirent leur gloire de l’opprobre de J:C., et leur vie de sa mort (Serm. de Cruce).

Adam etEve se perdent en levant leurs mains vers l'arbre défendu ; J.C. efface leur péché en étendant ses bras sur l'arbre de la croix... Nous étions tombés au pied de l'arbre de vie, nous avons cté rélevés par l’arbre d’ignominie, dit saint Grégoire de Nazianze : Ad vite lignum excideramus, per ignominiæ lignum revocati sumus (Orat. de seipso ad Arianos). La mort nous est venue par un arbre et la vie

par la croix , dit saint Ambroise : Hors per arborem, vita per crucem .

(Comment in Luc., c. 1v).

La prédication de la croix, dit le grand Apôtre, est une folie pour ceux qui périssent; mais pour ceux qui sont sauvés , pour nous, elle est la vertu de Dieu. Pour nous, dit-il encore, nous annoncons le Christ crucifié , scandale pour les Juifs, folie pour les Grecs; mais pour ceux qui sont appelés Juifs et Grecs, la vertu et la sagesse de Dieu (1).

J. C. est suspendu entre le ciel et la terre, pour réconcilier la terre avec le ciel... Effaçant, dit saint Paul, la sentence de con: damnation portée contre nous, l’abolissant, l’attachant à la croix et dépouillant les principautés et les puissances (de l'enfer), il les a menées captives, triomphänt d'elles hautement en lui-même (9).

J. C., dit saint Ambroise, étendit ses mains sur la croix, afin d'attirer tout à lui : Manus in cruce extendit, quo omnia ad se traheret (In Luc., c. rv).J. C. l'avait prédit : Et moi, dit-il, quand je serai élevé de terre (crucifié) , j’attirerai tout à moi ? Æ£ ego, si exaltatus fuero a terra, omnia traham ad meipsum (Joann. x1r. 32).

Satan, dit saint Basile, a été crucifié par celui qu’il espérait crucifier; 1l a été frappé de mott par celui qu’il croyait anéantir à l’aide

(1) Verbum crucis, pereuntibus quidem stultitia est : iis autem qui salvi fiunt, id est nobis, Dei vittus est...:. Nos autem prædicamus Christum crucifixum : Judeis quidem scandalum , gentibus autem stullitiam , ipsis autem vocatis Judæis atque græcis Cbristum Dei virtutem, et Dei sapientiam (1. Cor. 1. 18-24).

(2) Delens quod adversus nos erat chirographum decreti, quod erat contrarium nobis, et ipsum tulit de medio, affigens illud cruci; et exspolians principatus et potestates tradnxit confidenter, palam triumphans illos in semetipso ( Cooss. 1, LEE)

lit, 39

ülÙ PASSION DE JÉSUS-CHRIST.

de la mort : Diabolus in eo crucificus est, quem se crucifizurum ; eb in eo mortuus, quem morte se extincturumsperaverat (Homil. de Humilit.).

Dieu a établi son règne par le bois de la croix, chante l'Eglise dans l'hymne de la Passion : Regnavit a ligno Deus. J.C., dit saint Augustin, a triomphé du monde, non par le glaive, mais par le bois : Christus domuit orbem, non ferro, sed ligno (De Cruce).

L'homme a été créé le sixième jour, dit Théophilacte ; à la sixième heure il a mangé du fruit de l’arbre défendu. Or, à l’heure même où Dieu a créé l’homme, à l'heure où l’homme est tombé, Dieu l’a guéri et l’a sauvé. C’est le sixième jour, à la sixième heure, que J. C. a été attaché à la croix. Le sixième jour, un vendredi, jour consacré à Vénus, il est mort pour tuer l’adoration de la chair; et il est mort vers la fin du sixième âge du monde ( Comment. in Evang. ).

Dans sa passion, J. C., dit Lactance, a étendu sur la croix ses mains qui ont mesuré la terre, pour signifier que de lorient à l’occident un grand peuple, parlant toutes les langues et formé de toutes les nations, se réunirait, viendrait s’abriter sous sa puissante protection, et qu'il recevrait le signe de la croix sur le front, comme le plus grand et le plus sublime des signes ( De Znstit. divin., Hb. IV, C. XXVI).

La justice de Dieu irrité, Je monde, le péché, la mort et l'enfer combattaient contre J. G. au moment de sa passion; mais par ses souffrances et par sa mort il a triomphé de son Père, du monde, du péché, de la mort et des légions infernales, comme Moïse avait triomphé de Pharaon et de l’armée égyptienne, lors du miraculeux passage de la mer Rouge. Le sang de J. C., figuré par la mer Rouge, sauve un peuple d'élus et en perd les ennemis. Dieu, dit Moïse, a jeté dans la mer les chars de Pharaon et son armée : Cursus Pharaonts et exercitum ejus projecit in mare (Exod. xv. 4). Les abimes les ont couverts; 1ls sont descendus dans les profondeurs comme la pierre; ils se sont enfoncés comme le plomb dans les eaux qui se précipitaient avec violence : Submersi sunt quasi plumbum in aquis vehementibus (Exod. xv. 5. 6. 10).

La mort de J. G. est la fin de ma mort, dit saint Basile : Mors ejus, . mortis me est extincéio (Homil. de Humilit.). Le sang de J. C. est la clef du paradis, dit saint Jérôme : Sanguis Christi est clavis paradisi (In Evang.). À

La croix de J. C. à fait disparaitre de la porte du paradis l’ange. qui, avec un glaive flamboyant et à deux tranchants, en gardait l'entrée pour que personne n’y pénétrât.

La passion de J. C. est notre vie. Voilà pourquoi Jérémie a prononcé ces paroles : Le Christ, le Seigneur a été enveloppé dans nos péchés ; nous lui avons dit : Nous vivrons sous votre ombre : Christus Dominus captus est in peccatis nostris : cui dicimus : In umbra tua vivemus (Lament. 1v. 20); c’est-à-dire, nous vivrons à l'ombre de votre croix et de votre passion.

La mort de J. C. est la vie, dit saint Ambroise, ses blessures sont la vie, son sang est la vie, sa sépulture est la vie, sa résurrection est la vie de tous : Zpsius mors vita est , ipsius vulnus vita est, ipsius sanguis vita est, ipsius sepultura vita est, ipsius resurrectio vita est universorum (In Luc., ©. xx111). Voulez-vous savoir comment sa mort est la vie? ajoute le même Père. Nous sommes baptisés dans sa mort, dit le grand Apôtre, afin que nous marchions avec lui dans une nouvelle vie. EtJ. C. lui-même a dit : Sile grain de froment qui tombe sur

Ja terre ne meurt, il demeure seul; mais sil meurt, il porte beaucoup de fruit (Joann. x11. 24. 25). Ainsi la mort de J. C. est le fruit de vie (UE supra).

J. C. faisait trembler la terre, dit encore saint Ambroise, et il était attaché à la croix ; il était anéanti, et il remplissait tout ; ses plaies étaient ouvertes, etil en sortait la guérison du monde entier : T'erram

. movebat, et hærebat ligno ; exinanitus erat, et replebat omnia; vulnus inflictum erat, et fluebat unguentum (Ut supra).

La passion de J. C. soutient le ciel, gouverne le monde, ouvre les limbes : par elle les anges sont confirmés en grâce, les hommes sont rachetés, les démons sont abattus et dépouillés de leur puissance ; ce qui existe est consolidé, ce qui respire est vivifié et réconforté, les corps sont glorifiés, les’ âmes sont éclairées et divinisées (Raban., de Laude crucis).

Dieu permet que J, C. soit mis à mort, lui dont le trésor de divinité est renfermé dans la nature humaine, comme en un vase fragile, en un vase de terre; il le permet afin que ce vase étant brisé, la splendeur de la divinité brille et terrasse les démons, comme autrefois, lorsque les vases de terre des soldats de Gédéon furent brisés, les lampes qu’ils renfermaient épouvantèrent les Madianites et causèrent leur perte.

Dans sa passion J. C. est inébranlable et invincible. Il faut que nouë-mêmes nous nous montrions tels pour lui et pour notre foi , et qu’au milieu de toutes les souffrances, les angoisses, les persécutions, et même en présence de la mort, nous deméurions fermes comme un rocher, supportant courageusement l’épreuve à l’aide du secours de

Dieu, de notre espérance en lui, et de l'amour que nous lui portons. De cette manière, nous sentirons moins les croix : notre courage et notre constance les feront presque disparaitre.

Au commencement le peuple admira les miracles, la doctrine et la vie de J. C. ; mais bientôt le voyant sans gloire, c'est-à-dire vendu, trahi, pris, condamné, battu de verges, raillé, couvert de crachats et de plaies, défiguré et crucifié, il le méprisa, et de la même bouche avec laquelle, peu auparavant, il avait crié : Hosanna au fils de David : béni soit celui qui vient au nom du Seigneur : Hosanna sur les hauts lieux (Matth. xxr. 9 ), il criera : Qu'il meure , qu'il meure , crucifiez-le ! Tolle, tolle, crucifige eum! (Joann. xix. 15.) Tous les hommes sont changeants ! Faisons donc comme J. C., détachonsnous du monde.

Suspendu à la croix, J. G. parait difforme, et comme un prodige de souffrances ; il est exposé aux railleries et aux mépris ; mais par cette même croix, il est devenu le plus beau des enfants des hommes. Les chrétiens, les princes, les rois, contemplent avec bonheur sa divine face meurtrie et ensanglantée ; aucune autre ne leur paraît aussi belle, aussi pleine d’attraits. Rien n’orne une poitrine, un diadème, un monument comme le fait une croix... J. C., dit Isaïe , arrosera de son sang les nations et il les purifiera ; devant lui les rois garderont un respectueux silence ; ils l’ont contemplé avec admiration : /ste asperget gentes multas, super ipsum continebunt reges os suum contemplati sunt (zir. 45).

Qui est-ce qui a cru aux choses qu’il nous a entendu annoncer ? dit le même prophète. A qui le bras de Dieu a-t-il été révélé? Quis credidit auditui nostro? Et brachium Domini.cui revelatum est ? (ru, 1.) Qui est-ce qui a cru que le crucifié dont je parle, serait le Fils de Dieu, le Messie promis? Qui est-ce qui a cru que le monde entieï l’adorerait comme son créateur et son sauveur? Le bras de Dieu, disent Tertullien, saint Cyrille et saint Augustin, est le Christ Fils de Dieu, qui procède du Père comme le bras procède du corps, et qui lui est consubstantiel ; le bras de Dieu c’est la puissance que Dieu a montrée enJ. C., et la force qu’il luia communiquée pour supporter les souffrances et la mort. Les douleurs et les opprobres auxquels le Sauveur s’est soumis, la mort qu’il a endurée paraissent aux mondains aveugles les signes d’une faiblesse et d’une impuissance suprèmes ; mais Dieu leur fera voir que là est son bras et la force par laquelle il soumettra l’univers à la croix? N'est-ce pas ce dont nous sommes maintenant témoins? Le crucifié a conquis le monde

par l'instrument de son supplice; il s’est fait adorer des rois, des empereurs et de l’univers entier? Saint Paul parlait de ces merveilles lorsqu'il nommait J. C. et sa croix la vertu et la sagesse de Dieu : Prædicamus Jesum crucifixum, Dei virtutem et Dei sapientiam (I. 1. 23).

Il existe trois sources de péchés et de maux, que saint Jean signale ainsi ; Tout ce qui est dans le monde est convoitise de la chair, et convoitise des yeux, et orgueil de la vie : cela n’est point dn Père : Omne quod est in mundo, concupiscentia carnis est, el concupiscentia oculorum, et superbia vitæ; quæ non est ex Patre (LE. 11. 16). J. G. à - détruit l’effet de ces trois sources empoisonnées par trois préservatifs infaillibles : car, 1° pour guérir l’orgueil de la vie, il s’est humilié, exposé au mépris, et s’est fait le dernier de tous : Vovissimum viroum... (Isai. Li. 3.) 2 Pour guérir la concupiscence des ÿeux, ils’est réduit à la pauvreté et à un dépouillement complet... 3° Pour guérir la concupiscence de la chair, la gourmandise et la volupté, il est devenu l’homme des douleurs... Dans la mise en usage de ces trois préservatifs se trouve la patience et la vertu parfaites, la victoire sur le monde etles vices, la sainteté et l’amour de Dieu porté au dernier degré.

Le souvenir de la passion de J. C. adoucit toutes les tribulations, comme le bois jeté par Moïse dans les eaux de Mara les rendit bonnes à boire, d’amères qu’elles étaient (Zæ0d. xv ). Quelles qu’elles soient, les adversités et les souffrances semblent peu de chose si l’on pense à ce que le Sauveur a souffert dans sa passion : alors ce qui avait l’'amertume du fiel semble doux comme le miel. Par cette pensée, en effet, la foi s’éclaire, l'espérance se fortifie, la patience est excitée, la charité s’enflamme , l'humilité prend naissance , la pureté règne, etc... Saint Grégoire avait bien senti : Il n’y a, dit-il, rien de pénible qu’on ne souffre avec résignation, si lon se remet en ‘mémoire la passion de J. C. : Méhil adeo grave est, quod non æquanimiter toleretur, si Christi passio ad memoriam revocetur (Homil. in Evang.). Avec quelle facilité, dit le mème Père, ne supportons-nous pas de petites peines, si nous nous rappelons combien de paroles cruelles, combien de coups plus cruels encore et de supplices d’une cruauté sans égale J. G. a endurés pour nous, lui qui a porté sur la tête une couronne d’épines et qui a eu les yeux couverts d’un bandeau, les oreilles blessées par les insulles , la bouche abreuvée de fiel et de vinaigre, la face couverte de crachats et meurtrie par les soufflets, les épaules chargées d’une croix, le cœur rempli de

tristesse , les entrailles déchirées , les mains et les pieds percés. En un mot, de la plante des pieds au sommet de la tête, il a souffert de douleurs et de blessures sans nombre (1).

Et ce doux Sauveur, cet innocent Agneau a tout supporté avec prudence, humilité, patience, force, constance, ete. Voilà notre modèle ; imitons-le..….

Le châtiment qui devait nous procurer la paix s’est appesanti sur lui, dit Isaïe; nous avons été guéris par ses meurtrissures : Disciplina Pacis nostreæ super eum ; et livore ejus sanali sumus (Lux. 5).

La passion est une pharmacie qui renferme des remèdes pour tous les maux, un arsenal où l’on trouve les armes nécessaires pour vaincre tous les ennemis...

Parmi les visions que raconte saint Jean dans l’Apocalypse , se trouve celle-ci : Un des vieillards me dit : Ne pleurez pas; voici que le lion de la tribu de Juda a vaincu... Et je vis un agneau debout, qui paraissait comme immolé.. : Unus de senioribus dixit mihi: Ne fleveris ; ecce vicit leo de tribu Juda... Et vidi agnum stantem quasi occisum..... (Ve G. 7.)

Remarquons ladmirable victoire qu’a remportée ce très-doux Agneau et la force de lion qu'il a déployée. Il a dompté le monde, qui n’était qu’un immense troupeau de loups affamés et furieux. Il en a triomphé, non pas avec le fer, mais avec sa croix; non pas en frappant, mais en souffrant; non pasen menaçant, mais en mourant,

Cet Agneau est le lion de la tribu de Juda : 4° parce qu'il a vaincu le péché, la chair, le monde, le démon et l'enfer; 2 parce que d’une part il est doux dans cette vie pour ses serviteurs, et qu’il le sera au jour du jugement pour ses élus; tandis que de l’autre il se montrera lerrible comme un lion aux réprouvés, qui, frappés d’épouvante, diront aux rochers et aux montagnes : Tombez sur nous, et dérobez-nous à la vue de celui qui est assis sur le trône et à la colère de l’Agneau : Z4 dicent montibus et petris : Cadite super nos et abscondite nos a facie sedentis super thronum, et ab ira Agni (Apoc. vi. 16); 3° parce que cet Agneau change les lions et les loups en agneaux. Aussi, parlant de la conversion de saint Paul, le

(1) Ut parva enim toleramus, si recordemur quam dura verba, duriora verbera, durissima supplicia pro nobis ille passus sit ; qui in capite tulit coronam , in oculis velamen, in auribus convicia, in ore fel et acetum, in facie sputa et alapas, in humeris crucem, in corde mœrorem, in visceribus concussionem, in manibus et pedibus perfossionem. Denique à capite ad pedum plantas usque innumera sustinuit vulnera . et dolores (Homil. in Evang.).

grand évêque d’Hippone dit: J, C,, agneau mis à mort par les loups, a fait un agneau de Paul, qui était un loup : Occisus (Christus) a lupis, et fecit (Paulum) agnum de lupo (De S. Paulo).

L’Agneau est venu, dit encore saint Augustin; et quel Agneau ? celui que les loups craignent. Quel Agneau? celui qui, mis à mort, a tué le lion, Car le démon a été appelé lion, qui tourne autour de nous en rugissant et en cherchant quelqu'un à dévorer. Ce lion a été yaincu par le sang de l’Agneau. Voici le spectacle des chrétiens : notre Roi a triomphé du démon par sa douceur, L’un déployait sa rage, l’autre la supportait ; celui qui déployait sa rage a été vaincu, et celui qui la supportait a remporté la victoire. C’est par cette douceur que l’Église triomphe de ses ennemis (1).

J, C. a vaincu par la douceur; les martyrs et tous Les chrétiens ont triomphé et triompheront aussi par la douceur. Le divin Agneau aime les agneaux; il aime les doux et les purs, les vierges, les mar- | tyrs et les pénitents. Voici, a-t-il dit à ses plus chers amis, voici que je vous envoie comme des agneaux au milieu des loups : Z'cce ego mitto vos sicut agnos inter lupos (Luc. x. 3).

Qui racontera sa génération, dit Isaïe : Generationem ejus quis enarrabit? (53. 8.) Ces paroles peuvent s'entendre de l'immense . fécondité de la croix de J. C., qui a engendré, dans tous les siècles et dans tous les lieux, et qui engendrera jusqu’à la fin du monde, des millions de saints, de martyrs, de vierges, d'élus... Elles s’accordent avec les autres paroles du même prophète : Parce qu’il a donné sa vie pour expier le péché, il aura une race immortelle : S2 posuerit. pro peccato anima suam, videbit semen longævum (rnr. 10).

Mais, dans ce passage, il s’agit ici surtout de la génération divine et de la génération humaine de J. C. Contemplant les opprobres et les douleurs du Messie, et considérant en même temps sa personne et sa dignité, Isaïe, ravi hors de lui-même, s’écrie plein d’admiration : Generationem ejus quis enarrabit? Qui racontera sa génération ? 0 juifs, comment osez-vous le erucifier ? comment osez-vous infliger au Christ de si cruels tourments, lui dont l’âge, la génération et la vie sont ineffables? Si vous le considérez comme Dieu, son âge est

(4) Venit Agnus; qualis Agnus est? quem lupi timent. Qualis agnus est? qui leonem occisus occidit. Dictus est enim diabolus leo cireumiens et rugiens, quærens quem devoret : sanguine Agni victus est leo. Ecce spectaculum christianorum : Rex noster mansuetudine vicit diabolum. Sæviebat ille, iste sufferebat. Victus est qui sæviebat, vicit qui sufferebat, In ista mansuetudine Ecclesia vincit inimicos ( Serm. 1 de Con-’ vers. S. Pauli).

Sépulture de J. C.

l'éternité. Le Père l’a engendré avant tous les temps, semblable et égal à lui ; il est donc coéternel au Père. Lui-même vous l’a fait connaitre : Moi et mon Père, vous a-t-1il dit, nous sommes un: Z'90 et Pater unum sumus (Joann. x. 30). Si vous le considérez comme homme, sa génération est miraculeuse, divine, ineffable ; elle vient du Saint-Esprit. Sa naissance est nouvelle et admirable ; il est né d’une vierge. Conçue par une opération divine, l’humanité du Christ est unie hypostatiquement à la divinité, au Verbe de Dieu; et cette union est indissoluble, éternelle : de l’homme elle fait un Dieu. Et c’est ce Dieu fait homme que vous osez renier, outrager, crucifier !.…

Il distribuera les dépouilles des forts, dit encore Isaïe : Fortium dividet spolia (vit. 12). Les dépouilles des forts sont celles des démons, des rois et des puissants, etc. 11 les enlèvera par sa grâce, par les enseignements de ses apôtres, ete... Il les enlèvera en dépouillant les hommes du péché et en les revêtant de la grâce, de la vertu et de la gloire éternelle...

Jéhovah, dit le prophète Zacharie, sortira et combattra contre les nations. Et ses pieds reposeront en ce jour-là sur la montagne qui est vis-à-vis de Jérusalem; et la montagne sera fendue en deux parts, de l’ôrient à l’occident (xrv. 3. 4). En ce jour, des eaux vives jailliront de Jérusalem. Jéhovah deviendra le roi de toute la terre : il sera le Dieu unique ; il n’y aura plus que son nom : Z4 erit in die la: Exibunt aquæ vivæ de Jerusalem. Et erit Dominus rex super omnem terram : in die illa erit Dominus unus , et erit nomen ejus unum (Id. xrv. 8).

Isaïe, dans le chapitre Lure de ses prophéties, annonce la passion de J. G. avec tant de clarté, de précision et de détails, qu'il parle en évangéliste plutôt qu’en prophète. Il semble qu’il ne prédit pas Vavenir, mais qu'il est au temps de la passion, qu’il en est témoin, qu'il la voit tout entière. Aussi ce chapitre pourrait-il être intitulé : Passion de J. C. selon Isaie. U décrit d’une manière si frappante l’état où se trouvera J. C., les coups qu'il recevra, les plaies qui le couvriront, les douleurs et les humiliations dont il sera abreuvé, sa patience, son sacrifice volontaire, sa mort, sa mise au rang des scélérats, sa sépulture , la cause et les résultats de la passion, que les Juifs ne peuvent rien objecter ni répondre. (Voyez ce chapitre.)

Un décurion nommé Joseph d’Arimathie, homme bon et juste , alla trouver Pilate, et lui demanda le corps de Jésus. Et, l'ayant détaché

de la croix, il l’enveloppa d’un linceul, et le mit dans un sépulcre taillé dans le roc, où personne n’avait encore été mis (Luc. xxrir. 50. 53). Comme avant J. C., ni après lui, personne n’a été conçu dans le sein d’une femme demeurée vierge ; ainsi personne n’avait été mis ni ne fut placé depuis dans le tombeau de J, G..... Le prophète Isaïe a prédit la gloire qui devait environner ce tombeau : En ce jour-là, dit-il, le rejeton de Jessé sera éleyé comme un étendard à la vue des peuples; toutes les nations l’invoqueront , et son sépulgre sera glorieux : /n die illa radix Jesse, qui stat in signum populorum, ipsum gentes deprecabuntur, et erit sepulcrum ejus gloriosum (xr. 10).

* Le tombeau de Jésus-Christ a été environné de gloire, car 1e le séjour qu'y fit le Sauveur fut précédé d’un tremblement de terre incomparable, et de la résurrection de plusieurs saints personnages (Matth. xxvir. 51-53). 2 L’impératrice sainte Hélène enferma ce tombeau dans un temple mägnifique….... 3° A toutes les époques, et même depuis que les Ottomans ont conquis la terre sainte, de tous les points de la terre de pieux pèlerins sont venus en grand nombre le visiter et y prier. 4o Il s’y est fait et il s’y fait encore de grands et de nombreux miracles : les pécheurs s’y convertissent, les démons y sont mis en fuite, les malades sont guéris..…. 5° Chaque année, le samedi saint, ils’y célèbre une fête solennelle. On y dresse un tombeau commémoratif, très-orné et resplendissant. 60 Enfin , le tombeau de J. C. a été rendu glorieux par le miracle de la résurrection du Sauveur. |

Désordres et ravages des passions,

PASSIONS (LES). (Voyez Concuriscence.)

‘HOMME qui s’abandonne aux passions est semblable aux bêtes qui se laissent mouvoir par l’impétuosité de leurs penchants, et qui ne sont point conduites par le jugement de la raison.

Que dis-je? ilest pire qu’une bête ; car les animaux de même espèce ne s’attaquent pas les uns les autres, tandis que l’homme qui suit ses passions attaque l’homme. A lui seul il réunit la jalousie du chien, la voracité du loup, l’orgueil du lion, la férocité du tigre, la paresse de l'âne, la méchanceté du serpent, la ruse du renard, etc.

O homme qui obéis à tes passions dévorantes, où vas-fn? que deviendras-tu?.… .

Vous ne pouvez pas, dit un grave auteur, vous ne pouvez pas continuer de mettre au rang des hommes celui que vous voyez mélamorphosé par les passions ; l'apparence humaine qui lui reste prouve qu’il était autrefois un homme ; mais il ne l’est plus. L’avarice qui le dévore le pousse-t-elle à ravir violemment le bien d’autrui ? rangez-le parmi les loups. Cédant à ses emportements et à ses agitations, selivre-t-il à des cris, à des injures, à des querelles? rangez-le parmi les chiens. Se réjouit-il d'avoir trompé son prochain par des ruses secrètes? égalez-le aux renards. La colère et la fureur le possèdent-elles? croyez qu’il a un cœur de lion. Timide et peureux, s’enfuit-il, même quand il ne court aucun danger? comparez-le au cerf. Se montre-t-il paresseux et stupide? mettez sa vie au niveau de celle de l'âne ? Fait-il preuve de légèreté et d’inconstance? vous le comparerez justement aux oiseaux et surtout aux papillons. Se plonge-t-il dans les sales et dégoütantes voluptés de la chair? placezle entre un pore et un boue, et tous trois seront dignes l’un de l’autre. Ainsi l’homme qui abandonne Dieu, la justice et la vertu se change en bête immonde ou cruelle (Boethius, de Consolatione, lib. TV).

Toutes les voluptés et toutes les passions enivrent l’âme, c’est-àdire la maitrisent, l’aveuglent, l’énervent, l’hébètent, la jettent hors d'elle, à peu près de la même manière que l'ivresse du vin maitrise le corps, trouble la tête et enlève le bon sens. Comme la sobriété est, si je puis m’exprimer de la sorte, la sagesse et la vertu du corps :

PASSIONS ( LES ). 619 ainsi tout vice, toute passion est l'ivresse et la folie de l’âme , ivresse et folie produite par le vin du mal tiré du raisin de la passion, que le démon, sinistre hôtelier, lui présente et lui fait boire. Ivres de passion, les mondains, dit saint Grégoire, ne sentent plus les péchés horribles qu’ils commettent et qu’ils font commettre (Lib, in Luc.).

L'iniquité dévore les hommes qui s’y abandonnent, comme le feu

dévore la paille.

. Elevé en honneur, l’homme, dit le Roi-Prophète, n’a pas compris sa destinée; il s’est mis au rang des animaux qui n’ont pas l’intelligence, et il leur est devenu semblable : Æomo, cum in honore esset, non intellexit ; comparatus est jumentis insipientibus, et similis factus est illis (xzvur. 13). Voilà le portrait de l’homme qui prête l’oreille à ses passions...

Vous tous, s’écrie Isaïe, vous tous qui avez allumé dans votre cœur le feu des passions et qui êtes entourés de flammes, marchez à la lueur de votre feu, au sein des flammes que vous avez excitées : Æcce vos omnes accendentes ignem, accincti flammis, ambulate in lumine ignis vestri, el in flammis quas succendistis (1. A1). Vous avez laissé se développer en vous des passions dévorantes, vous en serez la victime ; . lincendie que vous n’avez pas arrêté vous consumera, vous et ceux qui se trouveront autour de vous.

Les passions sont les étincelles du feu de l’enfer.……

Davn se souille de deux crimes; écoutez-le décrivant sa situation : Le sentiment de mes fautes, dit-il, s’élève chaque jour contre moi; et la confusion qui est montée à mon visage m’a couvert tout entier: Tota die verecundia mea contra me est, et confusio faciei meæ cooperuit me (xuu. 16).

L’apôtre saint Jude trace ainsi le portrait des hommes conduits par les passions : Ils blasphèment, dit-il, tout ce qu’ils ignorent, et se corrompent dans tout ce qu'ils savent naturellement comme les animaux muets... [ls font tache dans leurs repas, se gorgeant sans retenue et prenant leur pâture : nuées sans eau, emportées çà et là par les vents ; arbres d'automne, flétris, stériles, deux fois morts, déracinés; flots d’une mer furieuse, rejetant l’écume de leurs hontes ; astres errants, une tempête de ténèbres leur est réservée pour l’éternité. Ils sont murmurateurs et se plaignent sans cesse; ils marchent selon leurs convoitises, et leur bouche articule des paroles plemes de

Combien les passions

dégradent l'homme et le .. couvrent de confusion.

Combien les passions rendent * coupables et malheureux.

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