‹ Les trétaux de Charles MonseletChapitre 11 sur 45 · UNE SEANCE DU CONSERVATOIRE · texte numérisé non relu

UNE SEANCE DU CONSERVATOIRE

A certains jours et à certaines heures, le public des Imprimés voit les conservateurs quitter leurs bureaux et se diriger vers la salle du Parnasse. A l'extrémité de cette salle, les conservateurs sont rejoints par leurs collègues des Médailles ; — ils continuent leur route de concert et rencontrent en haut du grand escalier leurs confrères des Manuscrits ; — lesquels sont attendus au palier du dessous par ceux des Cartes et Plans; ils prennent, en passant, l'état-major des Estampes, qui les attend sous le grand vestibule, et tous se dirigent vers une petite porte, dont le secret est encore plus rigoureusement mystérieux que celui de la porte des Sphères.

Cette porte franchie, le flot des conservateurs traverse une cour, monte trois marches et se trouve dans un jardin piteusement animé par plusieurs carrés de choux, au milieu desquels se balancent des tiges de soleils. }'rès du plus élevé de ces soleils se tient Combat, le chef de service, coiffé en bataille, l'attitude automatique et une lourde clef à la main. — Combat se place à la tête du convoi et se dirige vers une grille de

for, qui grince en s'ouvraut, comme la porte du tombeau de Toutmès III.

Le cortt^ge s'engage dans un sombre vestibule, descend quatre marches, traverse une seconde et immense cour ou l'herbe dispute la place aux pavés, et arrive enfin à une dernière porte, d'un aspect lugubre, et qui semble clore une concession à perpétuité.

Cette porte ouvre le saint des saints, — le Conservatoire, — c'est-à-dire l'endroit où se réunissent les conservateurs des divers départements de la Bibliothèque, pour discuter les intérêts sacrés de cette institution. L'intérieur du Conservatoire est d'une apparence malheureuse; c'est une salle basse, carrelée, insufllsamment éclairée par d'étroites fenêtres à petits carreaux vert-bouteille. Les fauteuils sont recouverts de housses en serge verte; la basane des vieux bureaux est martyrisée d'éraillures et de coups de canif.

Les conservateurs prennent place.

M. Pillon est un peu retardé par Kasangian, qui le poursuit et veut absolument connaître la signification précise de tous les synonymes du mot garde-robe.

On a mille peines à faire asseoir M. llaaze, qui persiste à saluer le dos de M. Magnin, qui salue le fauteuil vide du directeur démissionnaire.

Ces deux messieurs sont les plus cérémonieux du Conservatoire, mais avec une grande dissemblance. — M. Haaze salue, lui, très-gracieusement, une main sur son cœur et en balançant la tête do droite à gauche. M. Magnin, au contraire, salue en trois mouvements, qui semblent se détacher de son corps, comme des pièces mécaniques.

On parvient cependant à le faire asseoir, et le rapporteur annonce que la séance est ouverte.

M. de Manne éternue indécemment.

M. Paulin Paris.. — Je crois que vous vous enrhumez, de Manne; vous avez eu tort de vous faire couper les cheveux...

M. de Manne lance un regard furieux à M. Paulin Paris, — une des belles chevelures de la science.

Moment de silence, pendant lequel l'assemblée contemple avec intérêt M. de Pongerville, qui se livre à son passe-temps favori. Personne n'ignore que le traducteur de Lucrèce a le don de manipuler sa figure comme si elle était en caoutchouc. Sans que rien l'oblige à ce travail singulier, on le voit tout à coup s'aplatir la tête avec force; toutes les lignes du faciès s'écartent alors horizontalement et produisent le sourire le plus étendu et le plus affable. — Puis, quelques minutes après, subitement, par une adroite et audacieuse contraction, M. de Pongerville produit en longueur ce qu'il exécutait en largeur; sa physionomie, tout à l'heure aussi vaste que celle de Ducis, devient en un clin d'œil aussi longue que celle de Paganini ; il souriait il n'y a qu'un instant, à présent il est féroce. — Etrange ! Etrange !

Un quart d'heure s'écoule, comme à l'ordinaire, dans la contemplation de ce phénomène.

M. JoMARD. — Mes.sieurs, avez-vous vu l'enterrement du prince d'Oude?

M. Reynaud. — Ma foi non, et je le regrette beaucoup; je n'aurais pas été fâché de déchiffrer les versets peints sur le drap mortuaire. Cela fournit toujours

l'occasion d'un polit rapport à l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres.

M. Lknormant. — Moi, j'y ai bien pensé; mais il faisait si froid !

M. Berger de Xivrey. — Bah ! vous êtes trop frileux ; vous voudriez toujours être sur votre four à chaux de Sainl-Eloi.

M. Lenormant, écarlate de courroux. — Un tombeau, monsieur ! un tombeau mérovingien ! Je le souliens, malgré le corps des ponts et chaussées, malgré tout, malgré...

Les Conservateurs. — Allons, Lenormant, allons !

M. JoMARD. — Ah I c'était la cérémonie de l'ombaumemcnt de la reine d'Oude qu'il fallait voir ! Toutes les femmes de sa suite étaient déshabillées jusqu'à la ceinture...

Les conservateurs s'entre-rcgardent.

M. Ilaaze rougit.

M. DE PoNGERViLLE, en largeur. — J'ai failli y aller, mais je n'ai pas trouvé de place dans l'omnibus de la rue du Bac.

M. JoMARD. — Vous auriez pu prendre celui des ministères, qui passe par la place de la Concorde, la rue Royale, la rue Saint-Honoré,la rue de la Paix, les boulevards, la rue de la Chaussée d'Antin et enfin la rue de Provence, qu'il parcourt dans toute son étendue pour passer juste au coin de l'hôtel Laffilo.

.M. DE PoNGERviLLE, €71 longueur. — C'est vrai.

-M. Uaaze, appuyant solennellement sur les mois. — Messieurs, ces omniiibus sont Irèùès dangereûûûx par le temps qu'il fait; on y prend froûd et l'on ris£.sque

d'y gagner la grrriiipppe 1 {Il tousse, comme pièce à l'appui ; M. Magnin le salue.)

M. Lagabane. — Ah çà ! cette épidémie de grippe est très-persistante cette année.

M. Natalis de Wailly. — Cela pourrait bien nous amener un peu de choléra.

M. Jomard. — J'ai quelques motifs pour en douter; il existe en ce moment beaucoup de fièvres typhoïdes, et vous savez, messieurs, que ces deux maladies sont ennemies... mortelles.

Les Conservateurs, révoltés. — Oh !

M. Lenormant. — A bas les jeux de mots!

M. Reynaud. — On m'a parlé d'une tisane fort salutaire : c'est une décoction de dattes, édulcorée avec beaucoup de gomme arabique.

M. Haaze. — Mettez-vous d'abord la gomme ou les dattttes ?

M. Reynaud. — Je l'ignore ; mais je le demanderai à ma cuisinière, et je vous le dirai demain.

M. Haaze. — Vous me ferez plaisiiiir.

Ici Combat entre et vient mystérieusement annoncer à M. Pillon que Kasangian est à la porte et désire lui parler. M. Pillon fait un soubresaut et répond à demivoix quelques paroles énergiques à Combat, qui sort, — en souriant.

La séance continue.

M. de Pongerville, en longueur. — A propos, messieurs, savez-vous pourquoi il existe une commission qui inspecte en ce moment la Bibliothèque?

M. Haaze, avec inquiétude. — Non.

M. Magnin, considérant M. Haaze. — Non.

M. RwENEL. — Je le sais, moi, messieurs; il n'y a rien qui doive nous troubler. Il s'agit seulement de couvrir eu verre la grande cour et le jardin, afin de les convertir en une immense salle de lecture.

Les Conservateurs, i-espirant. — Ah I très-bien.

M. PiLLO.N. — Encore une salle de lecture 1

M. DE M.\.\.\E. — Si du moins elle était affectée spécialement aux dames

M. JoM.\RD. — Et que l'on vous en confiât la direction, n'est-ce pas, do Manne ? Ah I badin 1 badin I {AI. de Manne fait une grimace de contentement.)

En ce moment, on s'aperçoit que M. Berger de Xivrey et M. Paulin Paris se disputent vivement la découverte du cœur de saint Louis. — M. Léon Lacabane s'interpose, et cherche à pacifier les deux concurrents.

Le R.\pporteur. — Messieurs, j'ai là une lettre d'un auteur, d'un homme de lettres nommé Sainl- Christoly...

M. Ha.\ze. — Je ne le connais pas.

Le Rai'I'OHTEUR. — Qui s'occupe, prétend-il, d'un travail très-approfondi sur la littérature dramatique, et qui demande l'autorisation de consulter le Théâtre gaillard.

M. DE PoNGERViLLE, en largeur, et tivement. — Il est en lecture.

M. DE Man.ne, atec curiosité. — Chez qui I

M DE Po.ngerville, embarrassé, mi-largeur, milongueur. — Chez une... une de nos dixièmes muses.

Ici on entend un bruit sec. — C'est M. Magnin qui se lève, en remuant faiblement le bras droit et la jambe droite. Il fait observer d'une petite voix grêle

qu'il est attendu à la fabrique des Petits-Pères, et il demande la clôture, en regardant M. Ravenel d'un air suppliant.

M. RwENEL. — Messieurs, l'heure avancée me fait prendre en considération la clôture proposée par notre honorable président, M. Magnin. Je mets aux voix la clôture. [Toutes les mains se lèvent.) Messieurs, la séance est levée.

M. Magnin se rend à son pèlerinage devant Chevet.

A la porte du Conservatoire, M. Pillon se trouve face à face avec Kasangiau, qui lui demande lequel vaut mieux de prononcer corridor ou collidor.

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M. Théophile Gautier. — Ecoute-moi, j'ai un vaudeville égyptien dans le ventre.

M. Bernaki) Lopez. — Un vaudeville égyptien?

M. Théophile Gautier. — Sans doute. Le comique est de tous les pays ; le rire emprunte un même rictus au Caire et à BatignoUes.

M. Bernard Lopez. — Tu as peut-être raison.

M. Théophile Gautier. — Il est temps d'ailleurs d'eu Gnir avec le vaudeville bourgeois et à bajoues ; nous ne devons pas laisser se perpétuer indéfiniment la queue de morue dans l'art. Garagheusse vaut Arnal.

M. Ber.nard Lopez. — Crois-tu?

M. Théophile Gautier. — Le répertoire contemporain manque de ragoût. Inaugurons le vaudeville trucidairc et portcnlcux.

M. Bernard Lopez. — Oh !

M. Théophile Gautier. — Je veux bien collaborer avec toi, parce que tu es un Espagnol.

M. Bernard Lopez. — Merci, noble ami.

M. Théophile Gautier. — Mais es-tu bien un Espagnol, au moins? Ne m'as-tu pas trompé?

M. Bernard Lopez, avec éclat. — Si je suis un Espagnol? l'pa minions, alerte!

M. Théophile Gautier. — Très-bien. Tu seras de moitié dans mou vaudeville.

{Entrent quelques amis de l'auteur de Yoriumo: M. Ernest Feydeuu, M. Gustave Flaubert, M. Mario Uchard.)

M. Mario Uchard. — Bonjour, Théo.

M. Gustave Flaubert. — Théo, je viens de voir un Goya magnifique : cela représente un sabbat d'Empouses et de Brucolaques.

M. Ernest Feydeau. — Veux -tu partir avec moi demain, Théo, pour la Bactriane?

M. Théophile Gautier. — Laissez -moi, je suis en train de faire du théâtre. (A M. Bernard Lopez.) Horrificque Lopez, te plaît-il d'ouïr le sujet de ma pièce?

M. Bernard Lopez. — Je suis tout oreilles.

M. Théophile Gautier. — Tous autres, soyez rassurés ; il n'entre rien de piteux ni de cuistral dans mon affabulation dramatique.

Tous. — Voyons, Théo.

M. Bernard Lopez. — Y a-t-il, d'abord, une ouverture ?

M. Théophile Gautier. — Certes, oui, une ouver-

ture trionipliaiito et feuillue, exécutée par des trompettes d'airain, des harpes d'or et des lyres d'ivoire.

M. Ernest Feydeau. — Ajoutes-y des cymbales d'argent, Théo.

M. GisTAVE Flaibert. — El des cistres de bronze.

M. BtRNARD Loi'EZ. — Permettez cependant, messieurs

M. Théophile Gautier. — Vous avez raison; j'en parlerai à Reyer ; il arrangera cela.

M. Bernard Lopez, suppliant. — Qu'il évite les frais surtout, car les directeurs sont intraitables !

M. Mario Uchard. — Continue, Théo.

M. Théophile Gautier. — Après cette ouverture, qui est une sorte d'invocation osirienne, la toile se lève et laisse voir un palais situé sur les bords du Nil. Des deux côtés de la scène sont assis, sur des trônes de granit rouge, deux colosses de soixante coudées, coiffés de la tiare, le cou ceint d'un triple collier de pierres précieuses, la barbe et les cheveux tressés, et tenant chacun à la main une fleur de lotus. Une étroite ceinture comprime leurs flancs grêles ; ils serrent fortement les genoux. — Vois-tu déjà l'effet de ce lever de rideau ?

M. Bernard Lopez. — Oui, oui....

M. Théophile Gautier. — Une gigantesque avenue de sphinx conduit à la façade du palais, Babel pharaonique, entassement prodigieux de pylônes, de colonnades, de fresques, de jardins et de terrasses, se profilant sur le bleu implacable d'un ciel profond et traversé de cigognes blanches.

M. Bernard Lopez. — C'est un décor qui pourra paraître dispendieux aux Cogniard.

M. Théophile Gautier. — Par Aménoph! je n'en rabattrai cependant pas d'un obélisque.

M. Bernard Lopez. — Voyons toujours. As-lu làdedans un bon rôle pour Leclère ?

M. Théophile Gautier , étonné. — Pour Leclère ?

M. Bernard Lopez. — Ou pour Lassagne?

M. Théophile Gautier, dédaigneusement. — Mais ce sont des hommes, cela.

M. Bernard Lopez. — Certainement, ce sont des hommes.

M. Théophile Gautier. — Eh bien ! imagination bréhaigne, qu'est-ce que tu veux que nous en fassions? Dans un vaudeville égyptien, il ne doit y avoir ni hommes ni femmes. L'être humain gâte le paysage.

M. Ernest Feydeau. — Evidemment.

M. Théophile Gautier. — Il coupe désagréablement les lignes et il altère la suavité des horizons. L'homme est de trop dans la nature.

M. Gustave Flaubert. — Parbleu !

M. Bernard Lopez, interdit. — Dans la nature, soit; mais au théâtre... ?

M. Théophile Gautier. — Au théâtre également. Il empêche de voir les toiles de fond.

M. Bernard Lopez. — Alors que raettras-tu dans ton vaudeville égyptien ? Il y a des règles absolues : pour faire un civet, prenez...

M. Théophile Gautier. — Un lièvre. Précisément. Et pour faire un vaudeville égyptien, prenez un crocodile.

M. Rernaud Lopez. — Un crocodile?

M. Thkophile Gai'tier. — Ne m'interromps plus, majo. Après le lever de la toile, le théâtre reste vide pendant quelques minutes, afin de laisser au public le loisir d'admirer les moires frissonnantes du fleuve et le sable pourpre du rivage. Tout-à-coup, une odeur pénétrante de musc se répand par toute la salle et annonce la présence d'un alligator, qui est, comme tu le sais, un crocodile de l'espèce sacrée. Tu ne m'objecteras pas, j'espère, que le musc est hors de prix?

M. Bernard Lopez. — Non; mais l'alligator...

M. Théophile Gautier. — Un vagissement le précède; bientôt sa tète formidable s'élève lentement audessus du Nil; les roseaux tremblent; les iguanes rampent; les grues s'envolent; c'est un épouvaptement général. L'alligator ouvre une énorme mâchoire, férocement ouvragée comme par un serrurier haineux; son œil lance un jet de sang ; ses écailles craquent ; on dirait qu'il cherche à couper en deux cet enfant justement alarmé qui figure sur toutes les toiles truculentes des baraques de bateleurs, dans les champs de foire, dans les ducasses et dans les kermesses. Tu sais bien, Flaubert?

M. Gustave Flaubert. — Le grand crocodile du fleuve dos Amazones !

M. Théophile Gautier. — Il y a même un eîTet sur lequel je compte beaucoup ; c'est le moment où il fera mine de s'élancer sur le public.

M. Mario Uchard. — A ta place, je lui ferais au moins franchir l'orchestre.

M. Théophile Gautier. — J'y avais pensé, mais co

serait m'écarter de mon sujet. Evitons les bavochures. Il faut absolunaent que mon crocodile intéresse. Voilà pourquoi, refermant sa gueule rubéfiante, on le voit se livrer à une cogitation qui laisse les spectateurs anxieux.

M. Bernard Lopez. — Chante-t-il un couplet?

M. Théophile Gautier. — C'est à discuter. Peutêtre. La musique étant la lune de l'art, le couplet peut en être l'étoile. En attendant, muehacho, suis bien mon plan, que je crois charpenté de façon à terrifier Joseph Bouchardy lui-même.

M. Gustave Flaubert. — Nous n'en perdons pas une solive.

M. Théophile Gautier. — L'alligator est un père qui cherche ses enfants, comme sur les théâtres de boulevard. Quand je dis ses enfants, je veux dire ses œufs. Il les a cachés la veille dans une luxuriante touffe de roseaux ; mais il ne peut plus reconnaître la place.

M. Ernest Feydeau. — Diable !

M. Gustave Flaubert. — Voilà une situation !

M. Bernard Lopez. — Oh ! une situation !

M. Théophile Gautier. — Soudain une idée lui entaille le crâne; il pousse un cri immense : on lui a volé ses œufs ! ses tendres et chers œufs ! l'espoir et l'honneur de sa vieillesse d'alligator !

M. Mario Uchard , essuyant une larme. — Pauvre père!

M. Théophile Gautier. — Mais qui les lui a effarouchés?

M. Bernard Lopez. — Ah oui! qui?

M. TnÉoriULE Gaitier. — C'est richucumon du coin.

M. Bernard Lopez, très-inquiet , à part. — Encore un animal! Décidément, cela sort du cadre des Variétés.

M. Théophile Galtier. — L'ichneumon représente à la fois le traître et le comique dans ce vaudeville; il est marmiteux et plein de cautèle; il répond d'une manière évasive aux questions de l'alligator; de là, quelques scènes très-corsées, une fausse sortie, une conversation entenilue derrière un mur...

M. GLSTA^E Flaubert. — Un mur effrité?

M. Théophile Gautier. —Enfin, l'ichneumon, qui n'est après tout qu'une canaille relative, se voit obligé de rendre les œufs qu'il avait enfouis derrière la statue de Rhamsès II. l'ne réconciliation s'ensuit. Procession de scribes et de musiciens, agitant des tambourins carrés et soufflant dans la flûte à deux tubes. Quelques chameaux allongent leur col rugueux au bord des coulisses. La toile tombe avec amphïur.

M. Ernest Fevdeau. — Déjà?

M. Théophile Gautier. — J'omets à dessein un petit rôle, destiné à relier les scènes entre elles : celui d'un ibis, qui fait les commissions. Eh bien! Lopez de Tolède, qu'est-ce que tu penses de ce vaudeville?

M. Gustave Flauurrt. — C'est très-fort.

M. Bernard Lopez, les mains au ciel. — II appelle cela un vaudeville!

M. Ernest Fevdeau. — Je m'engage, Théo, à charmer l'alligator et l'ichneumon, de telle sorte qu'ils pourront répéter leurs rôles avant trois mois.

M. Gustave Flaubert. — Moi, je dresserai l'ibis à se tenir sur doux pattes.

M. Théophile Gautier. — Et toi, Bernard del Carpio?

M. Bernard Lopez, s' affaissant sur lui-même. — J'y renonce.

(^Mouvement de surprise et de dédain parmi MM. Mario Uchard, Ernest Feydeau et Gustave Flaubert.)

M. Théophile Gautier, sévère. — Tu renonces à tourner le vaudeville vers l'Orient?

M. Bernard Lopez. — Pardonne-moi, Théo...

M. Théophile Gautier. — Tu refuses d'inaugurer le théâtre lumineux et frangé d'étincelles?

M. Bernard Lopez. — Mais la mise en scène...

M. Théophile Gautier. — Tu renâcles, enfin?

M. Bernard Lopez. — Grâce!

M. Théophile Gautier. — Tais-toi, tu n'es qu'un Espagnol de papier à cigarettes !

V^iC^

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