‹ Les trétaux de Charles MonseletChapitre 13 sur 45 · I.I-S DKL'X DLMAS · texte numérisé non relu

I.I-S DKL'X DLMAS

Marsoilic, Lcuvcn arrive et m'apitorlo les cent mille francs demandés.

» A moins cependant qu'il ne m'en apporte deux cent mille.

» Ce qui est fort probable.

» N'est-ce pas Leuven ?

{Après cent liynes de cette force, Alexandre Dumas père Ole sa cracaite] après deux cents lignes, il ôte ses hottes. Quand l'article est fini, il n'a plus rien à ôter. Alors il sonne son domesticiue. — Domingo paraît.)

Alexandri: Dumas pèrf.. — Domingo!

Domingo. — Monsieur?

Ale.wndre Dumas père. — Tu vas me faire une commission.

DoMiNP.o. — Laquelle, monsieur ?

Alexandre Duma.s pi^:RE. — Très-bien. Tu commences à avoir une idée du dialogue. Pour peu que tu continues, je te mettrai aux scènes d'hôtellerie et ensuite aux duels. Tu feras mes provocations.

Domingo. — Ah ! monsieur, que de gratitude !

Alexandre Dumas père. — Que de gratiliule est vaudeville. Un Moi, monsieur? eût été préférable. Songe que tu n'es qu'un serviteur, et ne crains pas de blanchir tes répliques.

Domingo. — Oui, monsieur.

.ALEXANDRE DuMAS PÈRE. — A la bonoG heure. {Lui désignant la table.) Tu vois ces papiers.

Domingo. — Ces papiers?

Alkxandre Dumas père. — C'est do la copie pour mon journal. Tu vas la prendre.

AUi LES DEUX DUMAS

Domingo. — Voilà.

Alexandre Dumas père. — Ensuite...

Domingo. — Ensuite?

Alexandre Dumas père. — Tu la porteras...

Domingo. — Où?

Alexandre Dumas père. — Bravo ! Chez l'imprimeur.

Domingo. — M. Dubuisson?

Alexandre Dumas père. — Et compagnie.

Domingo. — Rue...

Alexandre Dumas père, vivement. — Coq.. .

Domingo, de même. — Héron...

Alexandre Dumas père, plus vivement encore. — N°...

Domingo, de même. — b.

Alexandre Dumas père, piqué au vif. — !

[La scène reste vide j^endant quelques instants. Alexandre Dumas père, n'aimant pas les monologues parce qu'ils 2)rennent un temps considérable sans faire avancer l'action, est allé se rhabiller dans une chambre à côté. Il reparait., avec un grand gilet blanc; et il sort en faisant : Broum ! broum ! — Le théâtre change et représente les boulevards.)

Alexandre Dumas père, à droite et à gauche. — Bonjour, cher, bonjour... Je suis pressé... Tiens! Bénédict Masson! mon cher enfant, j'ai parlé de vous l'autre jour à Nie-werkerke... allez le voir... adieu! [A un autre.) Baisez pour moi les belles mains de madame Porcher, n'est-ce pas?

Un Gamin, s approchant. — La charité, mon bon monsieur.

Alexandre Dumas père. — Hein?

Le (îami.n. — La charité, s'il vous plaît.

Alexandre Dumas père. — Tu me demandes la charité?

Le Gamln. — Oui, monsieur.

Alexandre Dumas père. — Tu sais donc qui je suis?

Le Gamln, étonné. — Non, nî'sieu.

Alexandre Dumas père, très-haut. — Prends ce Jouis; lu diras que c'est Alexandre Dumas qui te l'a donné.

Le Gamin. — Oui, m'sieu. [Le gamin sélolgnc, en criant : Vive M. de Lamartine!]

Alexandre Dumas père. — Chez moi, l'homme de lettres n'est que la préface de l'homme généreux!

[Personne ne se retourne. Un peu contrarié, M. Alexandre Dumas père continue son chemin. Il se trouve face à face avec un critique de sa connaissance. Le fécond romancier fronce légèrement le sourcil, car il n'aime pas les critiques.)

Le Critique. — Monsieur Dumas, je vous salue.

Alexandre Dumas père. — Comment dites-vous cela, très-cher? Ré[iétez, je vous prie.

Le Critiuue. — Je dis : Monsieur Dumas, je...

Alexandre Du.mas père, avec amertume. — Monsieur Dumas ! J'avais bien entendu. Allez, vous êtes un ingrat, comme les autres.

Le Critique. — Un ingrat?

Alexandre Dumas père. — Voilà trente ans que je travaille pour que vous ne m'appeliez pas monsieur.

Le Critique, souriant. — Eh bien? mon cher Dumas, pardonnez-ûioi. Désormais vous pouvez compter sur ma famiUarité. Commeut se fait-il qu'on vous rencontre aujourd'hui, vous l'homme le plus enfermé de France ?

Alexandre Dumas père. — Je vais mettre en scène à la Gaîté un drame que j'ai écrit en quatre-vingt-six, heures trente-huit minutes.

Le Critique. — Diable 1 on dit que vous avez donné une chose charmante à Montigny.

Alexandre Dumas père. — V Invitation à la Valse?

Le Critique. — Je ne sais pas. Jo ne vais plus au Gymnase, je vais au Vaudeville.

Alexandre Dumas père. — Merci.

Le Critique. — A propos de cette pièce...

Alexandre Dumas père. — Eh bien !

Le Critique. — J'avais hâte de vous voir pour vous dire combien je suis affligé...

Alexandre Dumas père. — De quoi?

Le Critique. — Vous savez... de cet odieux article qui a paru ce matin contre vous.

Alexandre Dumas père. — Bah! ce n'est que cela? un article !

Le Critique. — Atroce... abominable... pas mal fait cependant...

Alexandre Dumas père. — Eh bien! très-cher, cessez de vous affliger. J'ai pour principe, encore plus que pour habitude, de ne lire aucun journal. Par conséquent, je n'ai pas lu l'article dont vous parlez, et maintenant surtout que me voilà averti, soyez certain que jo ne le lirai pas

Le perfide Critiqik. — On va un peu loin... Alex.kndre DiMAS PÈRE, lui frappant en riant sur l'épaule. — Avouez une chose, très-cher. Le Critiqie. — Quelle chose?

Alexandre Dimas père. — Avouez que vous avez le numéro du journal dans votre poche.

L'affreux Critique. — Ohl par hasard ! Alexandre Dumas père. — Par hasard, bien entondu. C'est toujours par hasard. Mais convenez d'une autre chose, très-cher.

Le Critique. — Une autre chose?

.\lexandre Dumas père. — Convenez que vous veniez chez moi tout exprès pour me le communiquer. L'infâme Critique. — Dans votre intérêt! Alexandre Dumas père. — Cela se comprend. Aussi, très-cher, je mets mon cœur dans ma main, et je vous dis : Merci. Maintenant, gardez votre journal. Le Critique. — A votre place, je ferais un procès. Alexandre Dumas père. — Un procès à Planche? Le pale Critique. — L'article n'est pas de Planche. Alexandre Dumas père. — Bah ! il est donc do Janin ?

Le Critique. — Pas davantage.

Alexandre Dumas père. — De Sainte-Beuve, alors? Le Critique envieux. — Non.

Alexandre Dumas père. — Dans ce cas, très-cher, qu'est-ce que vous venez me chanter? S'il n'est ni de Planche, ni do Janin, ni de Sainte-Beuve, il n'est do personne.

Le Critique. — C'est un jeune homme très...

Alexandre Dumas père. — Il n'y a pas do jeunes gens!

Le Critique, révolté. — Ah ! il y a Philibert Audebrand.

Alexandre Dumas père, radouci. — C'est vrai. Mais l'article n'est pas de lui ?

Le Critique. — Oh! non, non, non.

Alexandre Dumas père. — Vous voyez bien que cela n'a rien qui m'intéresse. La critique, quelque chose qu'elle puisse dire de moi, n'empêchera pas que je n'aie fait 4n^o«(/, Angèle, Richard (V Arlington, Teresa, Mademoiselle de Belle-Isle, Catherine Hoicard, je ne sais plus combien de succès encore.

Le Critique livide. — Mais vos collaborateurs...

Alexandre Dumas père. — Mes collaborateurs?

Le Critique. — Oui.

Alexandre Dumas père. — Qu'est-ce que cela prouve? J'ai eu des collaborateurs comme Napoléon a eu des généraux.

Le Critique^ abasourdi. — Ah ! [Ses bras tombent.)

Alexandre Dumas père. — Un conseil, très-cher. Si vous tenez absolument à avoir le placement de votre journal, faites une chose. Venez chez moi ce soir. Nous serons plusieurs, des confrères, des amis. Vous ne pouvez pas vous dispenser d'être là. Apportez l'article de ce monsieur, de votre jeune homme. De mon côté, je ferai venir un punch. Vous comprenez, n'est-il pas vrai? Ceci allumera cela, comme dit Hugo, dans sa Notre-Dame de Paris.

Le Critique. — Je crains qu'il ne me soit pas possible de...

Alexandre Dimas père, l'inti'noinpaut. — Faisons mieux encore. Amenez le jeune homme, aussi. Il doit m'exécrer, me considérer comme un exploiteur et comme un vampire. Oh ! je sais l'opinion de la critique sur mon compte ; mais je n'ai, comme Hercule, qu'à la soulever de terre pour rôloulToi". Eh bien ! très-cher, je vous propose une gageure. Nous allons mettre chacun de notre c6t6 un nombre égal do napoléons, ou de doubles napoléons, comme vous voudrez et autant que vous voudrez. Si, avant la fin de la soirée et du punch votre jeune homme ne me saute pas au cou et ne se proclame pas mon meilleur ami, — mon meilleur ami, vous entendez bien, — les napoléons qui seront à mon côté passeront au vôtre. Et dans le cas contraire...

Alexandre Dimas fils, entrant dans la conversation comme un physicien dans un cercle formé sur la voie publique. — A qui le valet de carreau?

Alexandre Du.mas père. — Toi!

Alexandre Dumas fils. — Bonjour, père.

Alexandre Dlmas père. — Bonjour.

Le Critique, profitant de cette rencontre pour sortir d'un pas difficile. — Adieu, mon cher Dumas.

Alexandre Dumas père. — C'est convenu, hein? A ce soir, très-cher!

[Le critique ne répond pas, et s'esquive. Alexandre Dumas père rit comme utte grosse caisse.)

Alexandre Dumas fils. — Comment vas-tu?

Alexandre Du.mas père. — Comment je vais ? Je rajeunis.

Alexandre Dumas fils. — Peste ! l'année prochaine tu seras donc revenu à l'état embryonnaire.

Alexandre Dumas père. — Veux-tu connaître mou secret?

Alexandre Dumas fils. — Dame 1

Alexandre Dumas père. — Travaille comme moi.

Alexandre Dumas fils. — Comme toi ou autant que toi?

Alexandre Dumas père. — Une épigramme?

Alexandre Dumas fils. — C'est pour ne pas perdre la main. {Ils marchent.)

Alexandre Dumas père. — As-tu lu mon roman des Compagnons de Jéhu ?

Alexandre Dumas fils. — Non, papa; et toi?

Alexandre Dumas père. — Ah ! Piron d'enfant ! C'est égal, franchement, là, tu as tort.

Alexandre Dumas fils. — Pourquoi ai-je tort?

Alexandre Dumas père. — Parce que c'est trèsréussi. Figure-toi huit volumes de deux cent cinquante mille lettres chacun, soit deux millions de lettres pour la totalité. Mets quarante lettres à la ligne, cela fait six mille deux cent cinquante lignes par volume, et cinquante mille pour le tout. A vingt lignes la page, nous avons trois cent douze pages le volume, ce qui, pour les huit volumes, donne deux mille quatre-vingt-seize pages. Qu'en dis-tu?

Alexandre Dumas fils. — Ah I ce doit être un bel ouvrage.

Alexandre Dumas père. — N'est-ce pas?

Alexandre Dumas fils. — Seulement, à ce compte, le serpent de mer est un bel ouvrage aussi.

Alexandre Dl mas père, riant. — Oui, mais il n'est pas signé. (Le prenant par le iras.) Et toi, qu'est-ce que tu fais? on n'enlond plus parler de toi.

Alexandre Dumas fils. — Tu es bien exigeant en matière de bruit. J'ai pourtant fait un mot hier.

Alexandre Dumas père. — Un mot?

Alexandre Dumas fils. — Oui.

Alexandre Dumas père. — PnHe-le moi ; j'en ferai un roman.

Alexandre Dumas fils. — Laisse donc! Je n'aurais à mon tour qu'ti te demander tes romans pour en faire des mots.

Alexandre Dumas père, sévèrement. — Alexandre!

Alexandre Dumas fils. — Papa?

Alexandre Dumas, père. — Tu as trop d'esprit.

Alexandre Dumas fils. — Il faut bien avoir quelque chose. Tu ne m'as laissé que cela à prendre.

Alexandre Dumas père. — Serpent!

Alexandre Dumas fils. — Voyons, ne tourne pas au Géronle. Est-ce que je t'empêche, moi, de blaguer ma Question d'argent?

Alexandre Dumas père. — .Mais, cher enfant, Alexandre bien-aimé, voilà oii la raison t'abandonne complètement. La Question d'argent, c'est ce que tu as écrit de mieux.

Alexandre Dum\s fils. — .Merci. Je la connais celle-là. On l'a assez faite à Augier pour le Mariage d'Olympe.

Alexandre Dumas père. — Je le jure...

Alexandre Dumas fils. — Fi ! papa, ne donne donc pas dans ces rengaines.

Alexandre Dumas père. — Cependant...

Alexandre Dumas fils. — Cesse, ou je te demande des nouvelles de Xavier de Montépin !

Alexandre Dumas père. — Il suffit. Je me lais. [Chemin faisant, il salue et distribue des poignées de main.)

Alexandre Dumas fils. — Quelles diables do connaissances as-tu là?

Alexandre Dumas père. — Comment, quelles diables de connaissances? Ce sont des artistes, des braves gens.

Alexandre Dumas fils. — Ah! oui, de ceux qui t'appellent : Cher maître. [Il rit.)

Alexandre Dumas père. — Que veux-tu? ils m'adorent.

Alexandre Dumas fils. — Tu crois cela?

Alexandre Dumas père. — Ils me l'écrivent.

Alexandre Dumas fils. — Pour que tu l'imprimes. Ah çà, papa, oii as-tu appris la vie?

Alexandre Dumas père. — Je me suis bien gardé de l'apprendre. Où aurais-je pris le temps d'écrire? D'ailleurs, sait-on jamais la vie?

Alexandre Dumas fils. — Un paradoxe ! Renvoyé à Gozlan.

Alexandre Dumas père. — Qu'est-ce que tu as donc découvert de si important dans la vie, toi? De quoi se compose ton expérience ! Au fond de tous tes ouvrages, qu'y a-t-il ? Un coupé, un cabinet chez Vachette et une crinoline ; ou une crinoline, un cabinet chez Vachette et un coupé; ou un cabinet chez Vachette, un coupé et une crinoline. Tourne et retourne tes romans tant que

lu voudras, ou voilà l'éléinenl principal. Le resle est fait avec un peu do passion, beaucoup de cigares et des phrases d'atelier. Tu appelles cela être moderne. J'y consens. Mais veux-tu que je te dise ma pensée tout entière? Eh bien! j'ai toujours, malgré moi, des inquiétudes pour ma santé, quand je sors d'un de les livres ou d'une de tes pièces.

Alexandre Dumas fils. — Des grrrandes dames! de bien grrrandes dames !

Alexandre Dumas père. — Ah ! tu me rappelles le bon temps. Il n'y avait alors que deux hommes en France : Hugo et moi. Encore Hugo n'a-t-il jamais su charpenter un drame.

Alexandre Dlmas fils. — Pauvre Hugo!

Alexandre Dlmas père. — Tu crois que je plaisante ?

Alexandre Di mas fils. — \on pas !

Alexandre Dlmas père. — Alors, tu crois que j'y mets de l'amour-propre?

Alexandre Dimas fils. — Oh!

Alexandre Di mas père. — Si, tu le crois, lih bien ! quand cela serait?

Alexandre Di mas fils. — Au fait !

Alexandre Dlmas père. — Quand j'aurais de la vanité, de l'orgueil même ? Qu'importe, si c'est là une des conditions de mon talent! Tu me connais, loi, je suis comme les ballons : je ne m'élève que tout autant que je suis gonflé.

Alexandre Dlmas fils. — A qui en as-tu, cher père? Tu vas ameuter les passants.

Alexandre Dumas père. — Tant mieux; c'est ce

que jo désire. Ils me reconnaîtront, je leur chanterai : Mourir pour la patrie! un refrain avec lequel j'ai fait une révolution. Tu n'as pas fait une révolution, toi?

Alexandre Dumas fils. — Pas encore. Mais taistoi, papa. Sais-tu à qui tu ressembles en ce moment?

Alexandre Dumas père. — Non.

Alexandre Dumas fils. — Au Jupiter tonnant. Montons plutôt en voiture, et viens avec moi.

Alexandre Dumas père. — Où cela?

Alexandre Dumas fils. — Monte toujours. Je te le dirai en route.

Alexandre Dumas père , montant en voiture. — C'est égal, Alexandre, lis les Compagnons de Jéhu.

[Des passants narquois entendent les derniers mots.)

Premier Passant narquois. — J'ai eu... bien du mal...

Deuxième Passant narquois. — D'enfant... tassin...

Troisième Passant narquois. — Quactes et douze tableaux.

{Un troisième Dmnas [Adolphe] traverse la chaussée. Il reconnaît dans la voiture le père et le fils, et, désirant faire route en leur compagnie, il dit au cocher d'arrêter. Mais le cocher lui répond qu'il n'y a de place que pour deux. Adolphe Dumas soupire et reste sur le pavé. Tableau.)

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AU l'ETIT-FILS DK M. LEGOLVE, EN SON BERCEAU.

Puisqu'on fit de toi, cher petit bonhomme,

L'n être public, en te dédiant

Un écrit moral qu'eût signé Prud'homme,

Et que tu liras, en l'étudiant ;

Je veux à mon tour, voix douce mais nette.

Sans que ta nourrice au pied mesuré

Cesse d'agiter ta barcelonnette,

Tadresser ces vers, enfant préféré.

Car il ne faut pas que tu puisses croire,

Un jour, que le monde était aussi laid

El que la critique était aussi noire

Que les dépeignit l'auteur du Pamphlet.

Quand lu seras grand, on viendra le dire

Que les gazetiers sont tous des méchants,

Parce qu'un d'entre eux, ardent à médire,

A de ton aïeul persifflé les chanls.

On ajoutera : — Ces gens n'ont point d'âtres

Où sécher leurs mains, où chaulTer leur cœur ;

Us sont mal vêtus, hargneux et verdâtres :

Tout impuissant est doublé d'un moqueur !

Je te vois déjà faisant la grimace

Devant ce portrait, qu'ils auront rêvé.

Veux-tu regarder un critique en face?

Tourne l'œil vers moi, petit Legouvé.

Sans réaliser le beau pentélique.

Ni ces profils purs que l'art grec frappa,

Je n'&i rien d'atroce et de famélique.

Et je suis plus gros que ton grand-papa.

Pas plus tard qu'hier, à l'heure où je passe,

Pour régler ma montre, au Palais-Royal,

Un honnête couple a dit à voix basse :

— Tiens ! M. Bidaux, l'adjoint d'Epinal !

C'est que, vois-tu bien, de quel nom qu'on nomme

L'auditeur qui fuit les accents du luth.

On peut sans cesser d'être un honnête homme

Bâiller aux Français comme à l'Institut.

5 Novembre 1857.

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