SCENE III
[Le théâtre représente h bureau de rédaction du juuDuit le Trombone artistique et littéraire. Le rédacteur en chef, le secrétaire delà rédaction, le caissier, etc., sont groupés autour d'une table recouverte d'un tapis vert.)
Le Rédacteur e.n chef. — Notre journal réclame impérieusement des améliorations.
Le C.xissier. — Oh ! oui.
Le Réd.\ctelr en chef. — A commencer par nos collaborateurs. Il est temps d'envoyer une canne à Bruno : ce garçon est vidé, complètement vidé.
Le Secrét.\ire de l.v réd.\ction. — Son article sur Butireux est d'une platitude sans égale. Il devient poli, il fait des concessions. C'est un four.
Le Caissier. — C'est un four.
U.N Confrère, vlcéré par l'envie. — C'est un four.
Le RÉDACTEi r en chef. — On voit que ce gaillardlà cherfho à se faire un marche-pied du Trombone,
Le Secrétaire de la rédaction. — Tout simplement.
Le RÉDACTEi r en chef. — Il veut se créer des relations à l'aide de notre influence.
Bruno, entrant. — Messieurs, j'ai l'honneur de vous annoncer que M. Amédée Butireux vient de m'envojer ses témoins, à l'occasion de mon dernier article.
Tous. — Pas possible !
Bruno. — Deux témoins en chair et en os, parfaite-
ment constitués. Je les ai vus comme je vous vois ; ils m'ont même parlé.
Le Confrère, ulcéré par l'envie. — Ce Bruno a toujours eu de la chance.
Le Rédacteur en chef, se levant. — Mon cher, recevez mes félicitations : c'est un succès.
Le Secrétaire de la rédaction. — C'est un succès.
Le Gérant. — C'est un succès.
Le Caissier. — El comme cela va faire du bien au journal !
Bruno. — Vraiment!
Le Rédacteur en chef. — Vous voilà posé, du coup.
Bruno. — Ah çà ! j'ai compté sur vous pour me servir de témoin ; n'est-ce pas?
Le Rédacteur en chef. — Qui ? moi!
Bruno. — Dame ! cela me paraît assez naturel.
Le Rédacteur en chef. — Vous n'y pensez pas, mon cher Bruno. Le Trombone ne peut pas, ne doit pas engager sa responsabilité dans une affaire de ce genre
Le Secrétaire de la rédaction. — C'est impossible, évidemment
Bruno, étonné. — Pourquoi donc ?
Le Rédacteur en chef. — Nous aurions l'air d'une coterie, d'un cénacle armé. Tout le monde nous jetterail la pierre. On verrait un complot contre Amédée Butireux. Comprenez-vous?
Bruno. — Pas trop.
Le Rédacteur en chef. — Il est indispensable que
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vous choisissiez vos lémoins en dehors do la rcdacliou du Trombone.
Bm NO. — Vous croyez?
Le HÉPACTEiR EN CHEF. — Vous nc manquez pas d'amis; chacun sera enchanté de se mettre à votre disposition. J'eusse été votre homme avec plaisir en toute autre circon.stance. Savoz-vous bien tirer l'épée?
BniNO. — Heu ! heu !
Lk Réd.\ctelr en chef. — Et le pistolet?
Brino. — Comme cela.
Le RÉnACTELR en chef. — Votre affaire est excellente : vous tirerez d'inspiration.
Brino. — C'est ce que je mo suis dit; mais cependant j'irai me rafraîchir la main chez Orisier.
Le RËD.vcTEiR en chef. — Adieu : tenez-nous au courant. Vous savez que nos colonnes vous sont ouvertes à deux battants. Envoyez-nous une note, des lettres, tout ce que vous voudrez. Nous chaufferons cela. (Sortie de Bruno.)