‹ Les tréteaux de Charles Monselet: avec un frontispice dessiné et gravéChapitre 26 sur 44 · HENRI D*AUDIGIER, LE JEUNE |I0MME PAUVRE · texte numérisé non relu

HENRI D*AUDIGIER, LE JEUNE |I0MME PAUVRE

Henri d*Audigier , seul, consultant la collection des Anas de Cousin d'Avalon. -— Ce bon mot du Directoire produira un excellent effet... ajoutons-y cette saillie de la première Restauration. Mais j'entends du bruit: cachons nos auteurs !

Une Bonne. — Monsieur Henri, il y a là quelqu'un qui voudrait vous parler ; voici sa carte.

Henri d'Audigier, Usant, — « Le jeune homme pauvre. » Oh! fais entrer, fais entrer tout de suite!

Le Jeune Homme pauvre. — Monsieur j*ai bien l'honneur...

AIR : Bonjour^ mon ami Vincent.

Bonjour, fnonsieur d*Àudigier:

La santé, comment va-t-elle?

Je viens de Rive^-Gier Pour vous ia souhaiter bette.

HENRI d'AUDIGIER.

Àk] vraiment, monsienr, vous êtes bien bon; Asseyex^ous donc et couvrez-vous donc, îfavez^ous point froid? faut-il quej'ajypelle? tes pieds, en hiver, sont vite trùnsis.

' Restez donc couvert, restez donc assis.

Puis-je vous offrir un peu de cassis ?

Le Jeune Homme pauvre. — C'est ainsi que je m'attendais à vous trouver, monsieur. Vous ne démentez point rexcellente idée que notre département s'est faite de vous : jeune, bon et pratique.

Henri d'Audigier, modestement. — Mes efforts sont appréciés de M. Delamarre.

Le Jeune Homme pauvre. •— Ah çà I vous êtes donc noble, vous aussi?

Henri d'Audigier. — Cette question... Mais certainement, monsieur, nous sommes tous nobles.

Le Jeune Homme pauvre. — Alors nous pourrons mieux nous entendre. Je raffole d'ailleurs de votre manière d'écrire ; et je lisais encore , l'autre jour, un article de vous , dans lequel vous disiez que c'étaient les bons hommes de pain d'épice , à un sou les deux ,

qui avaient été en partie la cause de notre effroyable révolution de 1793.

Henri d^Audigier. — Et je le prouvais 1

Le Jeune Homme pauvre. — Je Tai bien vu. Hais racontez-moi, je vous prie, les événements remarquables de cette année.

Henri d*Audi6IER. — Il n'y a pas d'événements remarquables pour moi ; il n'y a que des bistoriettes.

Le Jeune Homme pauvre. — Eh bieni troussezmoi une petite historiette.

Henri d'Audigier. — Comme cela? sans préparation? Oh I monsieur, il me faut le recueillement le plus complet. Je ne suis pas un improvisateur, moi, comme votre monsieur Méry.

Le Jeune Homme pauvre. — Oh les prenez- vous donc, vos historiettes?

Henri d'Audigier. — A vous, je veut bien le dire : Je les choisis d'habitude dans les livres qui m'ont été donnés à, la pension, aux distributions de prix. Voyezles sur cette tablette, rouges, verts, blancs, tout dorés : le Petit Navigateur, les Contes de mon Bisaïeul, les Enfants perdit^ dans les Bois, Niniche et Toto.,, On ne s'imagine pas quelles ressources il y a dedans.

Le Jeune Homme pauvre. — Mais l'actualité I l'actualité!

Henri d'Audigier. — Ah! ce n'est pas ma partie; chacun de nous a ses attributions exclusives dans la chronique ; moi , je ne suis que pour les historiettes ; j'ai le monopole des étoiles et des initiales , rien de plus.

Le Jeune Homme pauvre. — Alors, monsieur, je suis fâché de vous avoir dérangé. {Il se lève.)

Henri d'Audigier. — Oh I monsieur, vous ne m'avez pas dérangé ; on ne me dérange jamais, moi. J'allais prendre mon café au lait. Voulez-vous partager, sans façon?

Le Jeune Homme pauvre. — Dispensez-moi, monsieur Henri d'Audigier; je suis néanmoins enchanté de vous avoir vu.

Henri d'Audigier. — Vous êtes trop bon. Laissezmoi vous reconduire. {Lutte de politesse sur le seuil.)

Le Jeune Homme pauvre , seul, dans l'escalier, — Il est excessivement poli , ce jeune littérateur, mais il est médiocrement informé. Si cela continue ainsi , je n'apprendrai pas grand'chose. — Henri Delaage avaitil donc raison f

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