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et ne ruinât ses espérances machinées avec tant d^art. Ayant de quoi vivre après la fuite du receveur des contributions directes, elle voulait rester 'désormais à Soissons et y faire figure. Mais Émélie comprenait bian que la société ne pouvait admettre une sage-femme, riche de de la ruine d'un fonctionnaire public ; elle pensa donc à se marier avec un homme d'une certaine position. Noirau lui parut remplir toutes les conditions de remploi n ne restait plus qu'à l'amener lui-même à . solliciter cette demande.
— Monsieur Noirau, lui dit-elle un jour, je suis bien triste, bien désolée...
— Oh! dit le bourgeois pressentant une fâcheuse nouvelle.
— Je vais, sans doute, quitter Soissons.
— Est-ce possible?
— Ma famille, mon vieux père désireraient me voir fixée dans son pays.
Comme Noirau , ému de cette nouvelle, ne répondit pas, elle ajouta :
— Après tout, rien — ; (elle appuya sur ce mot) — ne me retient ici... Ahl si j'y avais des affections, des parents, une position, que sais-je? Des liens quelconques enfin ; mais personne ne s'inquiétera de mon départ...
— Oh 1 fit Noirau qui n'avait pas d'autre moyen d'exprimer ses pensées.
— n n'y a que vous, mon bon monsieur Noirau, qui m'ayez témoigné de l'amitié... Et puis, je m'ennuie ici, seule, n'ayant personne pour me sauvegarder de la médisance...
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— On est si bavard dans notre pays I dit Noirau qui avait eu vent de scandales sur le compte de madame Emélie.
— Que me conseillez-vous , mon bon monsieur Noirau? lui dit-elle pour le mettre au pied du tnur.
— Ah I Émélie, répondit-il , ne suis-je pas votre ami dévoué?..'. Ne m'avez-vous pas consolé de la mort?...
— Je vous en prie, fit-elle, ne revenons plus sur un sujet aussi triste.
— Triste 1 dit Noirau , je m'en veux beaucoup , croiriez-vous que j'ai déjà oublié cette pauvre Anémone.
— C'est dans l'ordre de la nature. Peut-on pleurer sans cesse? Nous devons être économes de nos douleurs, sans cela on ne rencontrerait que des gens en deuil et les yeux mouillés, ce qui serait infiniment triste.
— Vous avez des raisons pour tout, Émélie. Et vous voudriez me faire croire que je ne suis pas coupable?
— D'après ce que vous me dites, mon ami....
La figure de Noirau s'illumina lorsqu'il entendit la fenoime qu'il aimait en secret lui dire pour la première fois : Mon ami, avec l'accent caressant que sait chanter si habilement une femme rompue aux roueries de la vie parisienne. Émélie, qui examinait, avec la sournoisene d'une chatte guettant un rat, les moindres jeux de physionomie de Noirau, crut que le bourgeois allait s'expliquer; mais il n'en fut rien.
Noirau était trop profondément enveloppé par les habitudes de la vie de province , pour oser s'expliquer en face d'une fournie jeune, — pour lui eUe était jeune, — belle et possédant ce fluide magnétique inconnu aux provinciales. Rusée comme un sauvage de l'Amérique
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du Nord , Emélie, n'ayant point réisBSÎ avec les moyens
doux, n'hésita pas à changer de tactique.
Aux enfants qui n'obéissent pas avec les caresses OA donne le fouet. Émélie prit un fouet pour réveiller le moral de ce bourgeois aussi timide qa'ua enfant
— Puisque heureusement, dit-elle, votre douleur est presque cicatrisée , ne venez pas me roir de quelques jours.
— Pourquoi, Emélie?
— Monsieur Noirau , il est temps de mettre un terme à des bruits injurieux qui courent sur rnso compte...
— J'en ai entendu parler , dit Noirau. Ça m'a fiât hausser les épaules.
— Cependant, vous auriez ÔA répondre, car vous étw en jeu vous-même.
— Moi?... dit Noirau étonné.
— Oui, vous-même.
— Pas du tout... On parlait de M. Bellet, le receveur qui a fait banqueroute...
— Que les hommes sont médiantsi fit^eUe en altérant légèrement la voix... Vous m'apprenez de nouvelles calomnies. . . Je sais qu'hier, dans une soiréei, on a parié loaguement de relations qui existeraient entre vous et moi...
— Est-il possible 1 dit Noirau.
— Jugez mamtenant de la vérité des propos qui calculent sur moi et M-. Bellet... Je le recevais comme je vous reçois, en ami; je le croyais honnête homme. N'avaîs-je pas déposé des fonds dans sa caisse et ne siâsje pas victime d*un abus de confiance, ainsi que beaucoup de commerçants de Soissons?
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— Mais Je ne crois rien, je n'ai rien cru, protesta Noirau...
— r ])('imporie, mon ami, la méchanceté des petites villes est si grande que voilà ce qui me force de vous ptmt de cesser momentanément vos visites...
" — Je ne pourrai plus vivre, dit Noirau.
— Ne faut-il pas que vous vous accoutumiez à notre séparation, puisque je dois vous quitter bientôt?.,.
— Oh I ne partez pas, Émélie l dit Noirau en soupirant.
— Il le faut , dit-elle en prenant plaisir à exciter les inquiétudes du bourgeois; je ne v^ux pas de gaieté de cœur renoncer aux avantages que mon père m'assure si je retourne auprès de loL
— Eh bien, je vous suivrai! dit Noirau dont la passion geaadiflsait émoustillée par ces obstacles.
— Vous me suivrez, je le voudrais bien : mais en quelle qusdité? Puis-je partir ainsi avec un étranger qui n'est nullement mon parent f De qu( 1 œil ma famille vous verrait-elle?
Noirau était violenté par tous ces raisonnements dont il oomprenaîtbien la prudence ; mais, malgré sa passion, un certain sentiment de défiance l'empêchait de prononcer le mot mariage qui devait battre triomphalement en brèdie toutes ces mixies.
A la suite de cette conversation, Éméhe, fatiguée d'avoir déployé tant de grands moyens pour arriver à un résuliat ans» uul^ oongédîa Noirau. Deux jours après, Noirau revenait plus amoureux que jamais, et suppliait la sage-femme de ¥oidoir bien mettre un terme aux arrêts forcés qu'elle lui avait infligés.
^e fut inflexible et mit en jeu toutes les ressources.
3S8 le;s noirau.
Noirau, n^osant se poser comme mari, mit en aTuU son argent, le meilleur des agents matrimoniaux.
— Émélie, dit-il, j'ai cent vingt mille francs net...
— Ah 1 dît-elle comme choquée.
Noirau se méprit sur la réponse et crut que son awrir n était pas su£Qsant.
— J'ai aussi une maison rue Saint-Christophe, libre de toute hypothèque.
— Mais, monsieur Noirau, je m'inquiète peu de votre fortune...
— Je sais bien, Émélie, dit-il embarrassé... et si je vous l'offrais.
— A moi? fit-elle en jouant la surprise.
— Pourquoi pas?... Voyons, là... consentiriez-vousT
— Ceci, mon ami, dit-elle en souriant, mérite réflexion.
— C'est tout réfléchi, s'écria Noirau qui, une fois entré dans la question, y apportait toute l'ardeur d'un vieillard amoureux.
— Pensez donc à la disproportion d'âge. Je suis jeune encore, j'aime les plaisirs, les bals, la toilette, le monde.
— Allons, Émélie, vous vous dites plus méchante <pie vous n'êtes.
Là-dessus la sage -femme entama une théorie du mariage, qu'elle voulait brusquer, craignant que quelqu'un ne lui nuisît dans Tesprit de son futur.
— Diable l répondit Noirau, j'ai mon deuil, c'est une affaire de six mois, à cause du pays, de mes connaissances.
Émélie fut très-contente de cette réponse du vertueux Noirau que l'amour rendait quasi-cynique. Cette conversation eut lieu quelques jours avant le re-
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tour de Hugues : le lendemain, madame Ëmélio &t répandre adroitement dans Soissons le bruit de son mariage avec Noirau ; elle espérait arriver, par excès d'audace, à briser les propos des bourgeois réputés les plus mauvaises langues de la ville.