‹ Les tréteaux de Charles MonseletChapitre 4 sur 112 · ACTE TROISIEME · texte numérisé non relu

ACTE TROISIEME

Le théâtre représente la. tour du Nord. C'est Tendroit oh Ton met la collection de la Re'oue des Deux Mondes. Un rayon de la lune glisse tristement à travers les barreaux de la fenôtî'e qui donne sur la rue Saint- Benott.

Peu à peu, Cbampfleury recouvre Tusage de ses sens. Il regarde autour de lui et cherche à se rendre compte de Tappartement oh il se trouve. C'est en vain qu'il tâche d'ébranler les barreaux. Efforts impuissants ! Il veut parlementer à travers la serrure, l'écho seul répond à sa voix. Alors il se couche sur son lit de paille et chante une ballade dolente. Musique.

0 bonheur I ses gémissements ont été entendus. Max Buchon, revenant de la brasserie de la rue Hautefeuille, s'arrête sous la fenôtte de la tour. Reconnaissance. Chamfieury lui demande du tabac et des allumettes; Max Buchon lattce le tout à travers les barreaux.

Une idée surgit dans le cerveau de Cbampfleury ; il commande à Max Buchon d'agiter la sonnette qui est à la porte de la Revue des Deiix Mondes, A ce bruit, le fidèle de Mars paraît derrière un guichet. Cbampfleury lui demande impérieusement sa liberté. Ricanements du fidèle de Mars, qui referme le guichet. Max Buchon sonne (Jo nouveau. Le fidèle de Mars reparaît. Cbampfleury, de plus en plus impérieux, lui enjoint d'avoir à ouvrir les portes de son cachot; dans le cas contraire,

DE LA REVUE DES DEUX-MONDES 3i

il le menace de mettre le feu à la collection de la Revue, et il lui montre, d'un air vainqueur, la botte d'allumettes qu'il rient de recevoir.

Le fidèle de Mars frémit. Il prend en soupirant un trousseau de clefs à sa ceinture, et il monte l'escalier de la tour du Nord. Les chaînes de Champfleury tombent. Il se jette dans les bras de Max Buchon. Tableau.

Le théâtre change et représente l'intérieur de la Revue des Deux Mondes. Tout est préparé pour un siège en règle. Les rédacteurs extraordinaires, les rédacteurs ordinaires et môme les rédacteurs d'une fois ont oté convoqués solennellement. Buloz les encourage du geste et de la voix ; il regrette vivement l'absence de Paul de Molènes, qui aurait si bien mis son glaive au service de Findépendance de la Revue : â son défaut, c'est le major Fridolin qui est chargé du commandement du principal corps .d'armée.

De cinq minutes en cinq minutes, des émissaires viennent l'informer des progrès' de la horde réaliste qui s'est mise en marche.

Cependant, l'inquiétude de Buloz est manifeste. II raconte au fidèle de Mars un songe où des coqs de saladier se mêlent grotesquement à des images de bourgeois de Laon et de Molinchart. Le fidèle de Mars cherche à le rassurer.

Un coup de canon de bois se fait entendre. Ce sont les réalistes qui approchent : on aperçoit déjà leurs sarreaux, leurs limousines, leurs pantalons de toile écrue, leurs chapeaux bossues, leurs cravates en corde à puits. Les diplomates de la Revue échangent un regard de terreur. Saint-Marc-Girardin blêmit; de Carné

avale coup sur coup plusieurs pastilles de Vichy. Leur» craintes s*accroissent encore par la nouvelle que Philarète Chasles vient de se joindre aux assaillants. Maisce n*est qu'une fausse rumeur, bientôt démentie.

D*Alaux, les vôtements en désordre, accourt, annonçant que les avant-postes, composés de jeunes recrues prises dans les concours de l'Académie française, ont été culbutés au premier choc. Buloz pousse ses vétérans au dehors ; lui-môme s'empare d'une arme et se précipite dans l'escalier. Il est repoussé avec perte. Vacarme et fusillade. La scènô s'emplit de fumée.

Des engagements partiels ont lieu sur divers points du théâtre : Trombouillot poursuit Beulé; Eugène For* cade se débat entre Thuiié et Duranty. Scudo succombe sous le nombre. Malgré de& prodiges de valeur, Mazade, Montégut et Saint-Reué-Taillandier sont obligés de battre en retraite.

Seul, Buloz lutte encore en désespéré; une hache à la main, il se rencontre face à face avec Champfleury,. il le provoque ; son œil courroucé (le bon) lance des éclairs. COMBAT A L'HACHE. Orchestration imitative. Tout le monde attend avec anxiété le résultat de ce duel, d*oU doit se dégager le sort de la journée. Un instant, le ciel semble se prononcer contre Champfleury : son pied a iglissé, Buloz fond sur lui... Mais non, Champfleury esquive le coup, il se relève, et Buloz est terrassé 1 Cris de joie des réalistes. Des feux de Bengale illuminent la scène de toutes parts et laissent voir les vaincus dans des attitudes consternées. Champfleury relève Buloz et lui fait grâce de la vie, à la condition que les Sensations de Josquin paraîtront

dans le prochain numéro. C'est le fidèle de Mars qui est chargé de corriger les épreuves.

Bonaventure Soûlas plante le drapeau du réalisme sur les bureaux de la Retiie des Deva Mondes, Marche triomphale.

La toile tombe.

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