‹ Les tréteaux de Charles MonseletChapitre 40 sur 112 · JULES LEGOMTE , LE JEUNE HOMME PAUVRE · texte numérisé non relu

JULES LEGOMTE , LE JEUNE HOMME PAUVRE

Jules Lecomte. — Entrez donc , monsieur le marais.

Le Jeune Homme pauvre, ébahi. — Quel luxe ! Jules Lecomte, souriant. — Une allusion... Vous fis homme de tact, et Ton ne saurait se mettre trop empiétement à votre disposition. Taime qui m*aime.

Le Jeune Homme pauvre. — Vous n'êtes donc pas aussi occupé que les autres, vous?

Jules Legomte. — Je suis plus occupé , au contraire, mais je n'en fais rien voir. — Ah ! ah 1 vous regardez ces deux émaux : ils me viennent de Rachel.

Le Jeune Homme pauvre. — Ils sont superbes. Et ce verre ? quelle hardiesse dans la taille ! quel fini 1

Jules Legomte. — C'est un' cadeau du grand-duc de Toscane.

-1e Jeune Homme pauvre. — En vérité ?

Jules Legomte. — J'ai beaucoup voyagé, monsieur le marquis, et, par conséquent, beaucoup rapporté. Mais j'oublie le but de votre visite; excusez-moi.

Le Jeune Homme pauvre. — Vous vous moquez, j'imagine.

Jules Legomte. — Vous plaît-il que je vous entretienne d'un mariage qui a remué cet hiver toute la société de Florence et de Paris?

Le Jeune Homme pauvre. — Quel mariage, monsieur Lecomte?

Jules Legomte. — Celui du jeune prince Calixte- Henri-Antoinette-Hector de Mérupian, allié aux plusl grandes familles de l'Europe, et principalement aveci les Médina-Cœli et les Basilikoff, par sa mère, une S<h tomayor. Le prince Calixte de Mérupian, qui a les plus belles éeuries et les plus magnifiques chevaux qui s^ puissent voir (une de ses propriétés dans la Corrèzfl est évaluée quatre millions), a épousé dans un dei grands châteaux du Haddingtonshire, en Angleterre^ une opulente héritière du nom de lady Jerviswoodi dont le père était lord-lieutenant d'Irlande, et le prô-

mier lord de TAmirauté. Lady Jervisvood a aujourd'hui vingt-six ans; elle est blonde et d'une beauté merveilleuse; elle touche aux Courtenay et aux Clarendon...

Le Jeune Homme pauvre , à part. — A la bonne heure ! voilà un chroniqueur, celui-là.

Jules Legomte. — Tous ces noms me sont extrêmement familiers, monsieur le marquis. — A présent, pouvez-vous me dire, s'il vous plaît, quelle est la ville la plus légère du monde ?

Le Jeune Homme pauvre. — La ville la plus légère ? ma foi I non.

Jules Legomte. — C'est la ville de Liège. Et la ville la plus vieille du monde?

Le Jeune Homme pauvre , étonné, — Qu'est-ce qu'il dit donc ?

Jules Legomte, * C'est la ville de Milan. Le Jeune Homme pauvre, à part, — Je comprends : il a le calembourg à l'état de tic.

Jules Legomte. — Le vieux comte de Galoupiau- Raynol, dont la mort fut environnée, il y a deux ans, de circonstances si mystérieuses , est redevenu cette semaine l'objet de toutes les conversations publiques, grâce à l'ouverture qui vient d'être faite de son testament, en vertu de ses prescriptions écrites. Ce testament, qui a révélé plusieurs legs très-curieux , entre autres celui d'une reate de douze mille francs à madame Thierret , l'excellente duègne du Palais-RoycJ, va, dit-on, être attaqué en nullité par les héritiers du comte Galoupiau-Raynol.

nt LÀ SEMAINE

Le Jeune Homme pauvre. — 6aloupiau...ieQ*ai pas mémoire de cette famille.

Jules Legomtë. — Cela ne fait rien. Je continue ma chronique. Savez -vous quel est le saint qui aie moins de moelle ?

Le Jeune Homme pauvre. — Le moias de moelle ? un saint? je ne saisis pas.

Jules Lecomte. — C'est saint Ovide.

Le Jeune Homme pauvre , à part. — Laissons-le dire et feignons de n'avoir rien entendu. Voilà, en vérité, une inOrmité fâcheuse I

Jules Legomte. — Les journaux annonçaient dernièrement la mort de M. Darty, anden receveur-général de Lyon et de Tarbes ; ils ajoutaient que son fils, accablé de douleur, ne lui avait survécu que trois semaine». Cette nouvelle a fait en peu de temps le tour du monde. En rapprenant madame de L.... s'est écriée : — Combien de gens dont il n'a jamais été parlé, et qui ont cependant jeté plus de lumière que ce feu Darty fils !

Le Jeune Homme pauvre. — Hein? quoi?

Jules Lecomte. — Feu d'artifice,,.

Le Jeune Homme pauvre , à part, — Je ne m'en relèverai pas. Adieu, monsieur Lecomte. (Il se dirige vers la porte en chancelant,)

Jules Legomte. — * Qu'avez-vous? est-ce que vous vous trouveriez mal?

Le Jeune Homme pauvre. — Rien... ce n'est rien... Adieu, monsieur.

Jules Legomte. — Adieu, monsieur le marquis.

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