‹ Les tréteaux de Charles MonseletChapitre 58 sur 112 · COMMENT ON DINE QUELQUEFOIS · texte numérisé non relu

COMMENT ON DINE QUELQUEFOIS

Chien-Caillou entra la mine triste.

— Elle ne veut pas?... dit Amourette, qui comprit oettii paotomime.

CHIEN-CÀlLLOU. 13

— EDe m'a insulté par-dessus le marché...

— Qui donc? demanda Nini.

— La fruitière. Elle a fini ainsi, en mettant ses poings sur ses hanches : — Pas d'argent, pas de frites,

— Si nous avions seulement du pain... dit Amourette.

— Du painl répondit Chien-Caillou tout joyeux, j'en ai à votre service ; il est noir, mais il est bon. J'ai aussi des carottes. Vous ne les aimez peut-être pas. Moi, je n'aime que ça; mon lapin aussi... Je cours vous chercher à manger.

— Voisin, vous êtes trop bon, vraiment.

— Vous avez un lapin chez vous? dit Nini.

— Oui, un beau lapin blanc, Petiot, qui est gentil comme tout.

— Oh I ainenez-nous-le, nous rirons un peu. Chieu-^aillou sortit, et revint aussitôt avec du pain de

munition et une botte de carottes. Le lapin se tenait gravement sur son épaule. Ce furent des cris de joie sans nombre, dans la mansarde, à la vue du lapin.

Amourette le prit dans ses bras et le baisa sur le nez; après quoi, il passa dans les bras de Nini, qui le dévora de caresses. Jamais le lapin n'avait été aussi embrassé, ce qui ne lui faisait pas perdre son sang-froid. Tous les quatre s'installèrent sur le ht et mangèrent avec appétit c^ repas improvisé. Entre deux bouchées :

— Voisin, comment vous appelle-t-on? dit Amourette.

— Chien-Caillou.

— Ohl le drôle de nom ! Moi aussi j'en ai un drôle, on m'appelle Amourette; c'est à cause d'une romance, voilà ce que je sais... Il est bien bon, votre pain...

— Les carottes aussi, dit Nini. Ça doit vous copier encore cher, monsieur Chien-Caillou, de nourrir votre lapin?

— Je ne le nourris pas toujours si bien; quelquefois il n'a que du son ; quelquefois même il jeûne. Une fois j'ai cru qu'il allait mourir, mon pauyre Petiot ; nous avions été deux jours sans manger : j'étais couché, moi, comme un propre à rien. Je ne pensais plus à lui; il vient tout à coup se frotter contre moi, et puis il me regarde avec ses grands yeux. Faut-il que tu sois lâche 1 me dis-je ; parce que tu meurs de faim, ti^ laisses mourir de faim les autres ! Je descends quatre à qpatre, je cours dans la rue; heureusepient la f^rviitièfe avait épluché ses choux, je rapporte bien vite les niauvaises feuilles. Ah I il était temps ! Pauvre Petiot ! il était couché sur le flanc... J'ai d*abord cru qu'il était mort. '.Pensez donc, il n'y a que lui qui m'aime... En m'entendan^, il dresse les oreilles, je lui jette les feuilles, etill'aéchappé belle...

— Pauvre Petiot! dit Nini en l'embrassant, puel cjopimage, s'il était mort !..

— Vo^i^s êtes bien })on, monsieur Chien-Caillou, dit Amourette, et je vous a|me déjà comme si je vous connaissais depuis deux ans.

— A|i! mademoiselle, dit le gr«^yeur embarrassé... Ecoutez, demain, j'aurai sans doute de l'argent ; Je pèfe Samuel viendra, nous dînerons mieux...

— Nous ne youlpnspas, djt^^moiffette, vous ruîper...

Nous en aurons peut-être aussi qp en doit à pia

sfpur...

— 4!!R°?» ^^ reyoiç, djt phien-CaiJlpfj, J'ai u{i pei| j travaillej*.^ dejnajn j

- Adieu, paonçieur Chien-Caillou! dirent les depx les filles.

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