UN MARIAGE AU SOLEIL
La lendemain, Amourette vint réveiller ClueA-Cay^oa en grattimt à sa porte.
— Voisin, venez vite déjeiuier. Nini a rappqrt^ toutes sortes de bonnes cbo$e$. N'oubliez pa^ d'apporter ]q lapin.
Amourette était rentrée sans attendre la réppnse. GhîeQ-Çaillou se leva, prit Petiot dans ses braç et sortit. En ouvrant la porte denses voisines, il fut frappé dc^ IV deur qui errait dans la chambre. Le lapin dcessa tes oreilles et agita son nez mobile.
Sur une petite table était un plat contenant force côtelettes dont la chaleur s'échappait en fumée. Les côtelettes dorées nageaient dans une sauce appétissante, parsemée çà et là de cornichons d'un vert joyeux. A côté des côtelettes s'élevait une pyramide de pommes frites, sur lesquelles une main prudente avait dispersé les grains argentés de sel nécessaire. Chien-Caillou, qui n'avait jamais assisté à pareil festin, ouvrait de grands yeux étonnés.
— A table, voisin , dit Amourette, à table , pendant que tout est chaud I
Tout le monde s'assit sur le lit et mangea avec plus d'appétit que la veille. Il y avait aussi par terre une certaine bouteille de vin qui redoubla la gaieté de rassemblée, peu habituée aux capiteux.
— Je suis riche aussi, dit Chien-Caillou, le père Samuel est venu.
GHIfiN-GAILLQU. . 19
-^ N'est ce-pas an vieux bonhomme, dit Ni»!, qui a 1 bolivar tout bosselé i
— C'est lui-même. Il ne faut pas en dire de ipe^U il 6 faitvivre, etbien. Maintenantje suis sûr dépasser un^ )n hiver.
— Ah çà, voisin, dit Amourette, sans être trop cueuse, c[u'est-ce que vous faites?
— Je fais de la gravure. Et vous ?
Amourette rougit et balbutia :
— Nini travaille un peu ; j'ai essayé de faire des fleurs 1 porcelaine, mais je n'avais jamais assez d'argent pour roir des outils.
— Ah 1 dit Chien-Caillou, si j'avais mon bateau!
— Quel bateau?
— Petiot le sait bien, lui ; nous en avons causé du ba- )QM I Quand j'aurai amassé quelques sous, ce qui ne sera as long, j'achète des planches d'occasion et je me fais
n petitjbateau. Je mets dedans des pommes de terre, un ^ ac de pain de munition, des carottes, du son pour mon ipin, et puis tout ce qu'il me faut pour graver... Il y iura une petite chambre où on pourra faire du feu pour 'hiver... Je porte mon bateau au Ponl-Royal, je monte lodans avec Petiot. Nous allons en Belgique, en Rolande, partout où il y a des tableaux de Rembrandt... ^endant que nous serons en pleine eau je graverai. J'auai aussi quelques économies pour renouveler mes proisions... D'ailleurs, je vendrai mes gravures : il y a des imateurs très-riches en Hollande. Voilà ce que j'ai rêvé ouïe ma vie. . . Mais Tannée prochaine. . .
— Et on ne vous verra plus? dit Amourette , dont la mx s'altéra.
— Oh I je ne reviendrai pas de si tôt!
— Et vous nous oublierez, méchant? Vous ne pensez donc plus à nous, à moi? dit Amourette.
— Je vous emmènerais bien avec moi toutes les deux : mais le bateau ne serait peut-être pas assez grand.
— Oh I je veux partir avec vous, moi, dit Amourette. Je ne suis plus heureuse que quand vous êtes là. Jevoib aiine encore plus qu'hier, et demain je vous aimerai encore plus qu'aujourd'hui. M'aimez-vous un peu , monsieur Chien-Caillou?
Chien-Caillou, qui était embarrassé par la présence de Nini, répondit avôc un gros soupir :
— Ohloui.
— Moi, dit Nini, je ne veux pas aller dans le bateau D'abord, je vous gênerais, et puis il n'y a pas de bal, on ne dansera pas dans votre bateau. J'aime bien monsieur Chîen-Caillou, je t'aime encore plus, Amourette. mais j'aurais peur de me noyer... Vous m'écrirez, je pleurerai souvent en pensante vous... je pleure déjà, dit-elle en sanglotant.
— Allons, Nini, ma sœur, nous ne sommes pas encore partis. Veux-tu pas pleurer? Fi ! tu veux donc me faire du chagrin I
Les deux sœurs s'embrassèrent, et la joie reprit son cours. Comme Chien-Caillou s'en allait. Amourette lui dit à l'oreille : — Attendez-moi ce soir.
Chien-Caillou s'en retourna fort ému, et, la nuit venant, il s'étendit sur son lit. Amourette vint peu après.
— M'aimez-vous beaucoup, monsieur Chien-Caillou ? dit-elle d'un ton sérieux.
— Plus que je ne saurais le dire.
— Voulez-vous que je sois votre femme pour touurs?
— Je le veux bien, balbutia Chien-Caillou qui perdait tête.
Là— dessus Amourette raconta sa vie passée à Chieniillou ; elle avoua toutes ses fautes. Le pauvre graveur maitlamain d'Amourette dans sa main, et il était heu- 5UX, car jusqu'alors il n'avait pas pensé aux trésors d*alour qui sommeillaient dans Son cœur.
Le matin, les deux amants furent réveillés par Petiot, ui vint s'abattre sur le lit.
— Je crois que je t*aime mieux que mon lapin, dit-il à mourelte, timide comme une jeune mariée.
Et, pendant une heure, les projets du ménage futur lièrent leur train. Le bateau jouait toujours un grand Ole. Amourette devait apprendre un état qui lui permetrait de soutenir le ménage de son côté. — Nini vint embrasser Chien-Caillou, qu'elle appela son frère,, et la peite mansarde, si noire et si triste, prit elle-même un air le fête.