‹ Les tréteaux de Charles MonseletChapitre 75 sur 112 · VERTU-DES-ROIS PROFITE DES CONSEILS MORAUX DE SYLVIUS · texte numérisé non relu

VERTU-DES-ROIS PROFITE DES CONSEILS MORAUX DE SYLVIUS

Le lendemain, Sylvius se promenait seul, à sept heures du soir, sous les Ormes. Clémence se fit un peu attendre. Sylvius était très-content, trouvant parla matière à discussion. Quand elle arriva :

— Pourquoi, lui dil-il, viens-tu si tard?

On ne fait que sortir de la couture, répondit-elle -

Tu auras été sur le Bourg te faire faire la cour.

Laisse-moi tranquille avec tes faiseurs de cour.

— Non pas, je sais beaucoup de choses.

— Bien des bêtises.

— Tu me trsJiis. On t'a vue avec...

— Sylvius, si tu crois que Je viens ici pour t'entendre tou^jours bougonner^ j'aime mieux ne plus revenir. Tuas un affreux caractère, tu tournes tout le monde en dérision, moi la première. Tu me donnes un tas de noms qu'on ne m'appelle plus que comme ça à l'ateliet. Je fais tout pour te plaire, rien n'y fait; on n'a jamais vu d^homme comme toi.

— Allons, dit Sylvius, tout cela est très-adroit de ta part. J'ai des reproches à te faire, je crois que tu vas te repentir; et c'est moi qui suis l'accusé, tu me mets sur la seU^te. Oh 1 les femmes !

— Certainement que je suis malheureuse ; toutes mes amies le disent bien.

— Clémence, venons au fond des choses. Tu m'as donné une bourse.

— Oui; après?

— C'est bien toi qui l'as brodée, au prix de nuits passées et de veilles?

— n y a longtemps que je l'ai dit.

— Pourcpioi mens-tu sans rougir; tu as acheté cette bourse chez madame Babouillard, la mercière.

— Oh! dit Clémence indignée, qui est-ce qui peut faire des inventions pareilles?

— Ces inventions sont des réalités. On t'a vue l'acheter. Je me soucie bien d'une bourse de marchand ;

ee que j'aimais, c'était la bourse coafectioiiiiée par tes

maiBS. Tiens, la roilà, je n'en veux plus.

Clémence prit la bourse et la déchira en nulle morceaux. Puis ]a colère fit place aux larmes; elle sanglota en marchant 5eule en ayant. Sylvius, ému, réfléchissait, ne sachant comment arrêter une douleur aussi impérieuse. Il roulait aller demander pardon à son amie, mais Famour-propre le retenait. Enfin, faisant un grand effort sur luinaaême :

— Clémence, lui-dit-il, c'est aujourd'hui la dernièw fois que nous noufe royons, — mon parti est tout pris,— à moins que tu ne consentes à ce que je vais te proposer. J'admets que j'ai été quelquefois d'une humeur assez désagréable à ton égard; mais toi, es-tu sans raproches? J*ai oublié que tu étais retournée avec Re-

^ rd, mais je n'oublierai pas la bourse. Je te laisse dem jou" i de réflexion...

— 'Bmment veux-tu que je te prouve mon amour? di: Clémea

— Attends un peu. Tu iras d'ici à la butte de Gar- ^.ntua à pied, sans souliers et san^'bas, en manière de pénitence; je te suivrai aussi pieds nus, à vingt pas de distance. Il n'y a qu*une petite lieue et demie. Nous ne devrons, sous aucun prétexte, nous adresser la pande. Si nous rencontrons des tas de grès sur la route, nous doTTons monter dessus^ afin de faire pénitraiee plus complète. Alors je te pardonnerai.

— Mais, Sylvius, tu es foui II y a longtemps qu'on le dit; je commence à le croire aujourd'hui.

— Tudii*as pendant deuxjours que je suisfou, Clémence; mais letroisième, si tu m'aimes,|tu viendras «n pèlerinage.

CONFESSIONS DE STLVIUS. 87

— Oh f non, jamais I

— Je t'assure que tu iras. Viens m^embrasser, et dans deux jours, — je ne te verrai pas arant, — rends-moi réponse.

Les deux amants se séparèrent.

Deux jours aprts, Théodore vint trouver Sylvius et lui dit :

— Clémence est partie avec un capitaine d'artillerie pour Paris.

— Grand Dieu ! il l'aura enlevée, dit Sylvius en pâlissant.

— Non pas, c'est elle qui enlève le capitaine ; elle a dit k Adèle de te souhaiter le bonjour.

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