‹ Les tréteaux de Charles MonseletChapitre 74 sur 112 · RACCORD ENTRE MINEURS · texte numérisé non relu

RACCORD ENTRE MINEURS

Sylvius fat triste trois semaines. Il ne se promenait plus dans la vifle, car il avait rencontré quelquefois le soir démence avee ses compagnes ; et elle ayait rougi en l'apercevant. Cette rougeur, qu'il regardait comme ub ïepëntir, l'avait toudié et rappelait sans eesse à son sou-

CONFESSIONS DE SYLVÏCS. 83

venir la jeune fille qu'il avait juré d'oublier. Un, jour, Théodore lui dit :

— aémence voudrait bien te' revoir.

— Jamais l C'est une coquine.

— N'importe, elle a planté pour de bon son Renard.

— Âh I ah ! qu'est-ce qu'ils ont eu?

— Renard ne Fa reprise qu'à cause de toi. Elle Tennuy^it. Mais comme il ne t'aime pas, il t'a joué le mauvais tour de te l'enlever.

•— Je ne sais si c'est là un mauvais tour. —Adèle amènera ce soir Qémence à la maison, si tu veux.

— Penh ! dit Sylvius enchanté au fond. * — Allons, puisque tu n'en veux plus...

— Je t'ai déjà dit, reprit vivement Sylvius, que je réfléchirai. Cependant, fais-la toujours venir.

La soirée se passa sans que leà deux amants se fussent adressé une parole. Si Clémence était toute troublée, Sylvius ne Tétait guère moins.

' — Allons, embrassez-vous, dit Théodore.

Sylvius resta à sa place ; Clémence s'avança et fit les premiers pas ; ils se jetèrent dans les bras l'un de l'autre. Sylvius, très-ému, la reconduisit à son domicile. Et les promenades continuèrent sous les Ormes, comme par le passé. Théodore, dont Adèle faisait la police secrète, trèsinq\iiète de voir Sylvius suivre son ancien système, le réprimanda.

— Tiens, dit Sylvius, en montrant une bourse, vois-4u déjà les résultat»?

^ Eh bien l c'est une bourse.

-^ Oui, mai» je l'aLobtenue de la démenée. . . de Titus

84 CONFESSIONS DE SYLYIUS.

— Qu'ai-je fait, Sylvius> pour me lancer sans cesse à la tête d'affreux calembours? Ne suis-je pas ton ami?

— Si tu savais, dit Sylvius, combien j'ai été beureiu en recevant cette bourse brodée par les jolis doigts de Qémence ! J'ai pensé gu'elle s'était peut-être piqué le doigt en travaillant. Peut-être une goutte rosée de son sang est-elle emprisonnée dans lasoie. Aussi, je l'ai baisse cette bourse ! Elle ne me quitte plus.

— Ah 1 Sylvius, dit Théodore, tu as embrassé la trace des doigts secs de madame Babouillard, la mercière.

— Hein î dit Sylvius.

— Oui, j'étais là quand Clémence l'achetait. C'est cruel de te désabuser. Mais s'il y a ime goutte de sang emprisonnée, c'est du sang jaunâtre et vieilli de cette res^ pectable mercière.

— Pourquoi diable me désenchanter? dit Sylvius furieux. Ah! la carogne, elle m'a dit qu'elle avait veillé toute la nuit sur cette bourse. Je me vengerai d'elle, je lui couperai les cheveux, ça fera la Titus de Clémence

— Encore 1 s'écria Théodore. Adieu 1 la colère t'égare.

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