‹ Les tréteaux de Charles MonseletChapitre 79 sur 112 · X. PBUDHOMME · texte numérisé non relu

X. PBUDHOMME

Madame, sans me vanter, j*ai fait quelques conquêtes avec ma plume, quoique la plume seule ne soit rien. A la calligraphie unissez le style, a dit un sage. Et j'avais un style incendiaire! «J'aurais pu combattre vingt fois pour ce sujet si mon caractère et les lois dû pays ne s'y fussent opposés. D'ordinaire je terminais nies pamt^Uets amoureux par une signature, mais une signature à moi, une signature qui disait tout. La missive s'àdressàit-elle à ujie femme légère, j'employais la signature déliée et coquette; pour la femme à sentiments, une signature pleine, passionnée et languissante. '

MADAMB PASTÉBIS.

Ahl monsieur, que je regrette de n'ôtre plus jeune!

M, PRCDHOllME.

Vous vous moquez, belle dame ; vous êtes dans toute la force des sentiments, si- j'ose m'exprimer ainsi. Les printemps vous ont abandonnée, mais pour faire place à un été plein de feu, et les grappes de votre automne seront bien douces à cueillir.

VAOAMB PASTÉBIS.

Ah I monsieur Prudhomme !

H. PBVDHOHMB.

Faut-il, pour mon malheur, que les frimas de l'hiver aient glacé mes sens! j'aurais voulu, madame, vous faire Toffrande de mes hommages.

Et M. PastérisI

If. PRUOHOVMB,

M. Pastéris ne s'en porterait que mieux. (Riant.) Ëé| hél

MADAME PASTÉRIS.

Moîisiôur Prtidhomme, vous êtes tieti léger l...

M. PRUbaOUMB.

Ne faiit-il pds toujours avoir lé petit tHdt pout rite? atitremetit la vie ne serait qu'un calice d'amertume. Belle dame, nous voici àtrivéâ au pttli^s de nos rois. Prendrons-nous le catalogue du Muséum? je vous avouerai que je préfère deviner le sujet du tableau; on a le plaisir de la surprise. Du reste^ je suis tout entier à vos ordres.

MADAMB PASTÂRIS.

Ce sera comme vous voudrez, monsieur.

M. PRUDHOMMB.

Je n'en prendrai pas, alors. Je devine facilement; l'histoire romaine, l'histoire grecque, la mythologie n'ont aucun secret pour moi ; la mythologie surtout. Je lis et relis sans cesse le délicieux ouvrage de Demousiier, ses Lettres à Emilie. Quelle finesse, quel tour gracieux régnent dans cet ouvrage 1 On n'est pas plus galant. J'aurais fait des bassesses pour connaître Demoustier, s'il n'était mort. Demoustier et Voltaire, voilà mes auteurs favoris. Ahl madame, la Pucelle... On ne rèfèrà

jamais la Pucelle, Le connaissez-vous, cet ouvrage piquant?

MADAMB PASTéaiS.

M. Pastéris Fa dans sa bibliothèque, mais il me défend de le lire.

H. PBUDHOmn.

Je vous le prêterai, madame, je vous le prêterai, et vous le dévorerez, j*ose m'en flatter. [Ils entrent dans le salon carré.)

MADAKB PASTiRis, devant un tableau tCHoraee Femet,

Voyez, monsieur Prudhomme, quel beau tableau I

M. PRUDHOHMB,

C'est d'Horace Vernet, le fils de Carie Vemet ; un farceur encore celui-là. J'ai beaucoup connu un de ses amis. C'était l'honune aux calembours...

MADAMI PASTiaiS.

Oh! un officier français. qui va être tué par un Arabe. Malheureux jeune honune I

M. PRODHOmiB.

Cependant le marquis de Bièvre l'emportait sur lui...

MADAMB PASTÉBI8.

Sur cet officier?

M. PRODBOMME.

Pardon, belle dame ; je dis que le marquis de Bifevre faisait mieux le calembour que Carie Vernet,. le père d'Horace Vemet dont le tableau est sous nos yeux. Un jour il dit àBoilly...

MADAMB PAST^BIS.

Mon Dieu, il faut la vie d'un homme pour peindre tout celai

H. PRUDnOHMB.

Détrompez-vous, belle dame; tous ces personnages que vous voyez-là ne sont rien; le peintre ne s'en occupe guère ; il ne fait que les mains.

MADAUB PASTÉBIS*

Ah ! vraiment?

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