‹ Les tréteaux de Charles MonseletChapitre 80 sur 112 · X. PRUDHOMME · texte numérisé non relu

X. PRUDHOMME

Certainement, les mains sont très-diffîciles à rendre ; le reste, les habits, les têtes, est peint par les élèves. Je reviens à Boilly, que j'ai beaucoup connu : ce fut lui le premier peut-être qui porta une tabatière à musique. C'était nouveau alors, nous étions en 1815. Boilly était invité, à cause de son esprit de saillie, dans toutes les grandes réunions. Un soir il met sa tabatière à musique dans sa poche. On causait au coin du feu; il lâche un air. Toute la société se regarde, personne ne s'expliquait d'où venait cette délicieuse musique. Quand Boilly eut joui de l'embarras, il montra l'instrument : on rit beaucoup, n ne fallait que deux ou trois farceurs comme Boilly pour mettre le monde en révolution. La tabatière à musique devint de mode. Moi-même je cédai à la vogue ; j'en achetai une et je m*en trouvai bien; je crois même. . .

MADAME PASTÉRIS.

Monsieur Prudhomme, voici un paysage qui me parait...

M. PRUDHOMMB.

Il est fort beau. Signé : madame Empis. Il serait bien pour un homme; éclos sous les pinceaux d'une dame, c'est tout dire. Admirez un peu la perspective. Ah! c'est que la perspective est tout dans le paysage; sans la perspective, point de paysage.

MADAME PASTÉIIS.

Et les biches ; voyez, elle vôùt boire f

M. PRUDHOMHB.

Très-bien : l'eau est parfaitement rendue ; on distingue même les feuilles des arbres. Ah! le paysage I On fît, si j'ai bonne mémoire, utf joK eo^lèt sur le paysage. C'était rfaris Fanchùn là Vielleuse, une pièce dans la^fueUe madame Belihdùt fit courî^ \dfili J^aris • elle y mettaif tm mélaùge de sîi!tf{)licMé, dé fe6n foli , d'ei^tiément et an sensibilité qùî ^otts émouvaient inal^é t6ti§, sttrtout quand elfe disait au Jeune peintre Francaitille (ii chùnU à mi-voix) :

Au bas d*UQ fertile coteao

Dont je garde la souvenance,

Je ferai peîàdre ïef hameau

Qfuî vît les |oàrs de mon eàfatiee.

II fendrait être mon épout

Pour faire avec moi ce voyager

J'avais jeté les yeux sur vous...,

Mais peignez-vous le paysage? (Bis,)

cif RAPiN, écoutMnt»

As-tu fini !

M. PRUDHOMMR, s*échauffant.

Frondeur audacieux I Les jeunes gens d'aujourd'hui sont bien mal élevés. Eloignons-nous, madame; je suis d'un caractère bouillant, et il pourrait arriver ties malheurs.

MADAMF PASTBAIS.

Je vous en prie, monsieur Prudhomme, ne vous fâchez pas ; laissez tranquille ce va-nu-pieds avec ses longs cheveux. Ça doit être un peintre.

.M. PfeUDHOMMË AU SALON. 1^9

ir. PRUDHOMME,

Jamais^ madame ; les peintres sont gais , mais insolents, bon. (11$ arrivent près d'un tableau d'Eug. Delorcroiœ.) Oh ! l'horreur ! II est inconcevable que les jurés reçoivent de pareilles choses. Mais c'est peint avec un balai... un balçd ivre même.

MÂDAMC PASTéaiS.

Passons vite, cette peinture m'agace...

M. PRUDHOUMB.

Yoyons un peu le nom de l'auteur : Delacroix. On n'a pas d'idée de quelque chose d'aussi affreux. Je ne prendrais pas ce tableau pour rien. Je ne voudrais pas, moi qui vous parle, avoir fait cela. Pouah 1 l'indignité; j'ai très-peu dessiné ; mais je me flatte, avec ma plume, d'arriver à des résultats plus agréables. Une fois, cependant, je faillis me compromettre : c'était lors de la création des préfets. J'habitais le département de Saôner^t- Loire, chef-lieu Mâcon* Vous avez dû, belle dame, boire du vin ,4e ce pays; il est fort bon et peu coûteux. Si mes souvenirs sont exacts, il coûte 75 centimes la bouteille ; ce n'est pas ici, à Paris, où l'on ne boit que des vins falsifiés, qu'on en trouverait à ce prix. Franchement, je voudrais revoir Mâcon rien que pour ses vins. Les habitants sont aimables ; on y tient bonne table. Le bon vin! il m'en souviendra longtemps. j

MADAME PASTiRIS.

Oh! les pauvres petits! ils vont être dévorés par le loup ; et la pauvre mère qui se dresse contre la croix. Le loup a l'air d'avoir bien faim. Croyez-vous, monsieur* Prudhomme, qu'il les dévorera le loup?

AS) M. PRUDHOMxME AU SALON.

M. PBUDilOMME.

Soyez tranquille, madame. Remarquez dans le fond un garde-chasse qui arrive avec son fusil. Il ne laissera pas se consommer im attentat aussi déplorable. Cependant, il n'y a pas toujours de gardes-chasse. Nous voyons à chaque instant, dans les gazettes, des événements beaucoup plus douloureux. Le peintre n'a rien inventé. .

MADAME PASTÂRIS,

Vous croyez qu'il l'a vu?

M. PBUDHOUME.

: Certainement, madame. Mais voici qui est plus gai, ce portrait de villageoise âgée : elle va parler.

MADAME PASTÉaiS.

Et elle reprise ses bas. Pauvre vieille femme, à son âgel ^

M. PRUDHOMMB.

Ce n'est pas qu'elle ait mauvaise vue. Son mouchoir est parfait d'exactitude.

MADAME PA&TBMS.

Oui, c'est de la laine toute pure. -

M. PaUDHOMHE.

Et les rides. Voilà ce qui me confond dans la peinture. C'est à s'y tromper. Remarquez encore une fort belle peinture, là, un peu élevée...

MADAME PASTÉRIS.

Des femmes nues, c'est un peu libre.

M. PRUDHOMMB.

Pardon, madame, le sujet en est historique

M. PRUDHOIIME AUSALOîr. * 181

MADAIER PASTiBIS.

Alors, il n'y a rien à dire ; mais il est bien compliqué^ ce sujet. Un Espagnol, très-bel homme, du reste; beau costume, et des Turcs.

H. PRUDkOMUE.

Je ne sliis pas bien au courant; je rais m'enquérir près de ce monsieur qui a un catalogue. {A un mon-sieur.) Un million de pardons, monsieur, si je vous dérange ; c'est pour un^ dame qui désirerait connaître le n«688?

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