SIMPLE HISTOIRE
Le lampiste n'osa proposer au bourgeois une nouvelle liaison avec d'autres horloges ; c'étaient de jeunes pimprenelles, à la mode nouvelle, qui étaient coquettes et chantaient les heures d'une voix très-claire. Celle de la cathédrale, au contraire, était une personne grave d'un âge mûr, et qui avait vu tant d'événements, de révolutions, de changements de maires, d'adjoints, de sous-préfets , qu'elle avait acquis cette expéri^iee si douce dans le commerce de l'amitié.
L'horloge partit pour Paris, et avec elle le sommeil de rhonnète bourgeois.
Un matin qu'il était occupé à regarder mélancoliquement sa montre sans aiguilles, le lampiste entra. H avait remis son habit, noir, mais non plus en synonyme de crêpe et de pleureuse; d'ailleurs, les jeux et les ris (pardon pour ce mot de nos pères 1) se peignaient sur sa physionomie. Le l^ourgeois tressauta, et, avec un hoquet causé par la joie :
— Elle est revenue! s'écria-t-il.
£t, sans attendre la réponse, il sauta au cou du brave lampiste. — Le lampiste m'a même dit plus tard qu'il sentit deux grosses larmes , de ces bonnes franches larmes qu*on rencontre si rarement, lui couler sur les deux joues et se dérober dans les profondeurs de son vaste faux-col.
— Oui , elle est revenue, et en bonne santé, répliqua le lampiste tout ému.
— Vous viendrez manger la soupe avec nous? Pour le coup, ce fut au lampiste d'essuyer ses yeux.