SIMPLE HISTOIRE
même temps, après avoir introduit sa clef dans la virole de la montre, il la mettait à une heure. L'horloge, sous la conduite du lampiste, sonna docilement deux, trois, quatre, cinq, six, enfin jusqu'à onze heures, et les aiguilles de la montre obéissaient à tous ces appels.
— U est midi trois minutes, dit le lampiste en tirant une vénérable montre de famille , dont la cuvette d'argent, solide conmie un cheval, avait dû résister à Fattaque des années.
C'était un de ces meubles dits bctssinoires en langage familier. Le brave lampiste allait donc mettre à l'heme rhorloge restaurée, lorsque le timide bourgeois, craignant une rechute, l'arrêta par le bras.
— Croyez-vous qu'elle ira?
— Elle ira comme un charme, maintenant.
— Ahl tant mioux, s'écria le rentier en soupirant. Quand elle fut arrivée au chiffre XII, ^ cette heure
douzième qui s'étalait sur la façade de l'église en larges chiffres romains, l'horloge sembla prise d'une folie furieuse. — Avez-vous été réveillé en sursaut par un réveille-matin? mettez-en une douzaine ensemble, qui carillonneront sans relâche, et vous n'aurez encore qu'mie faible idée de l'égarement de Fhorloge. Le grand ressort tournoyait convulsivement sur lui-même et faisait tous ses efforts pour s'échapper du barillet; les pivots et les goupilles sortaient de leurs gonds et montraient leurs grosses têtes de fer. Le cliquet^ qui doit engrener dam la roue à rocher, s'était séparé violemment de sa compagne; la fusée, qui correspond au cliquet, sifflait solitaire; la roue de champ avait engagé un duel terrible avec la roue de rencontre; la rouejie minuterie avait
D'UN RENTIER ET D'UN LAMPISTE. 201 ►erdu connaissance; seule, la roite de chaussée, peu évolutionnaire, semblait effrayée du vacarme que faisai a roue de canon, les palettes cliquetaient; le balancier lemblait un diable dans un bénitier.
A cette révolution inattendue, le bourgeois fut terrifié ; ;es yeux et sa bouche étaient grands ouverts. Il n'avait pas plus de salive qu'un condamné à mort qui marche 8LU supplice. Ses doigts s'étaient crispés d'épouvante, et ie fauyes lueurs passaient par instants dans ses yeux.
— Seigneur ! s'écria le lampiste hors de lui.
Cette exclamation n'arrêta nullement les écarts de rhorloge ; mais le rentier, ramené un moment vers les choses humaines par cette parole, regarda une dernière fois sa montre et la lança dans l'espaèe
n n'a jamais dit un mot depuis ce fatal événement; le malheureux a la tête perdue. On ne lui parle pas, car alors il répond par des onomatopées intraduisibles qui imitent le tapage d'une pendule détraquée. Les galopins de la ville, cruels comme tous les enfants, ne manquent jamais de lui demander l'heure.
28 «vrier 1847.
LE FUENZES
l'hotxi. dk la &U£ j>es jeunkurs
Ua« partie des conurnssaires-piiseurs qoi jadis formaient une GOrporation très-unie, abandonna* il y a quelques années, Thôt^ de la place de la Bourse, ^péeiftlement «Éfeclé Mir rentes publiques.
Les eoAunissaires-phseurs opposants fondèrent, à deux pas de Ml hôtel, une maison de concurrence active, qui prit le nom de la rue^ et que les marchands et le public connurent bientôt sous le titre d'Hôtel de la rue de$ Jeûneurs.
On arrife ami, salles de vente par un long vestibule couv^ qui donne sur une cour. A gauche de cette cour est un hangar sous lequel sont entassés les objets vendus, que les garçons de Thôtel lient et emballent pour les porter à lears nouveaux propriétaires*
Les sdUes de vente sont exhaussées du sol par trois marches mMiant h une porte de bois à deux battants, lorsque les ventes sont suspendues : deux fausses por-
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tes, en damas rouge, indiquent aux yisiteuis que les
ventes sont reprises.
A droite, en entrant, sont trois grandes salles latérales où se vendent des meubles, des tapis et des objets d'art ; la quatrième salle du fond, plus grande. mieux éclairée, sert en général aux expositions de tableaux.
A la porte de cette salle, des groupes de curieux lisaient une affiche ainsi conçue :
tf Vente après le décès de M. Bigot, ancien avoué, les 23 et 24 novembre 1840, à deux heures de Taprè»midi, et jours suivants :
a D'une magnifique collection de tableaux anciens et modernes, principalement de l'école espagnole.
« Miniatures, objets de curiosité, tels que meubles, coffres en marqueterie, écaiDe et bois de rose, bronze, porcelaines de Sèvres, de Chine, du Japon, de Saxe, ivoires et bois sculptés, boîtes à bas-reliefs, en argent repoussé et ciselé, objets d'ivoire et pierre dure, bustes en marbre, armes, vitraux suisses anciens et verres de Suisse, émaux de Limoges, terres de Bernard de Palissr et Fuenza, etc.
« Superbes tableaux de Murillo, Velasquez, Claude Coello, Alonzo Cano, Zurbaran, Ariemons, Pierre Francione, don François de Solis, Arellano, Alvarez de Nava, Antolinez, François de Sarabia, Hores Saguiere, Fernandez de Guadeloupe, Laurent Alvarez, Amaya, Villacis, Sébastien Ninoz, don Munoz de Guevara, Sevîlla Romero d'Escalante, Jean d'Arevalo, Joseph Leonardo, Arias Femandez, Cuevas, Manuel Acevedo, Michel d'Aguila, Martinez, Aijona, Sânto Domingo, Ferdinand
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Gallegos, Jean de Yaldes Léal, Barthelemi Ferez, Greco, Gonzalès de la Vega, etc.
« Les adjudicataires payeront 5 centimes par iCranc. <( M® Gaîlet, commissaire-priseur, rue du Faubourg- Montmartre, 23, assisté de M. Chinon, expert, rue des Saints-Pères, 15. »
n était une heure de l'après-midi, et la foule se près*sait dans les corridors, quoique la vente ne fût annoncée que pour deux heures ; mais cette exposition offrait aux amateurs et aux artistes un plus grand intérêt que les ventes accoutumées.
Les tableaux espagnols sont rares à Paris ; si Ton excepte le musée espagnol du Louvre, la galerie du maréchal Soult, que peu de personnes ont visitée, et la galerie Aguado, aujourd'hui dispersée en Angleterre, en Russie, en France, il est difficile de trouver une toile espagnole dans les collections particulières.
Nous avons longtemps vécu en France sans nous douter qu'il existât une école de peinture en Espagne ; et sans l'heureuse mission du baron Taylor, nous en serions encore à nous contenter du Pouilleux de Murillo qui se trouve dans la galerie italienne, et qui ne peut que donner une fausse idée de la riche école qui a produit Vélasquez, Zurbaran, Ribeira', Cano, le Greco, Goya, et tant d'autres grands peintres.
Les artistes formaient la majorité de cette foule. L'école espagnole n'a pas encore pris racine chez les amateurs qui s'enthousiasment volontiers et dépensent des sommes fabuleuses pour un Watteau, pour un Teniers, mais qui ont peur d'un Zurbaran.
Les amateurs sont guidé^dans cette répulsion par trois
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motifs. Os B^iMttâBt i^ le«i fruods taUeaux» eiTécdi espagnole a peu produit de tableaux de geure« D'im«atR côté, les m»Ufiié^ «es peiaiuros sool 4rop cmels ou trop «angUnts pour les admirateurs des bergerades de Boucher «t des blaireauieriei familières de Gérard Dow. Enfin, la peinture espagnole, d'un réalisme si saisissant, si vrai, ne peut pas plaire dans un pays doat les représentants à rétranger sont Mît. DuFal le Camus père, LepoiteTin, Lapito» et où les cinq sixièmes de la aa^ insultent au génie de M. Eugène Delacroix.
Les artistes étaient donc venus eu foule assister anz derniers moments de cette collection, remarquable en ce sens qu'elle faisait connaître des noms et des œuvres de peintres espagnols qui n'existent pas sur le catalogae du Musée du Louvrei.
Les marchands de tableaux s'étaient i^sis sur les bancs de bois autour de la table circulaire où l'on étale les objets à Tenchère. Ces bancs sont les places privilégiées, attendu qu'U est facile de voir tous les objets en vente, qu'on peut les toucher tous^ et examiner rapidement si une fente^ un accroc, des repeints^ n'ont pas réparé l'irréparable outrage dont les tableaux, les porc^ laines^ les ivokes sontsi souvent entachés*
Dans la salle, cinq ou six artistes s'étaieoX groupés de façon à masquer un de leurs amis qui dessinait une singulière figure, fort occupée à regarder un tableau. — Ce doit être, dit Tun des artistes, un amateur.
— Non, répondit un autre, il a un habit Un amateur n'a jamais d'habits; s'il «n a, ils servent à habiller les porte-manteaux. L'amateur, comme le bibliophile» jouit d'une redingote recelant des poches où vont s'engovA'er
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