‹ Les tribulations d'un employé, vaudeville en un acteChapitre 4 sur 17 · EDOUARD, BONTEMPS · texte numérisé non relu

EDOUARD, BONTEMPS

EDOUARD. Won^ieur, je vous en supplie , par grâce, Thospitalité... ne serait-ce qu'un instant !

BOKTEMPS. Mais, monsieur, vous me permettrez de vous dire que vous avez une singulière manière de vous introduire chez les gens... vous m'avez fait une frayeur... {^/é pari.) J'en tremble encore...

EDOUARD. Mille pardons, monsieur, mais quand vous saurez mon aventure... J'avais fait une lettre de change que je n'ai pu payer... une prise de corps a été obtenue contre moi... ce matin comme je sortais, quatie recors m'ont entouré... je me suis débarrassé de leurs moius... je me suis sauvé en courant.... je suIsmonlédaDScelte maison, puis...

AiH : Amis, voici ta riante semaine.

Pour échapper, redoublant de courage , En quatre saiit.s j'ai franchi l'escalier ; Mai» vains (iToits! car d'étage en étagr

Mou eonenii me suit jusqu'au dernîeri A ses regards alors pour disparaître, J'atteins les tuits sans craindre les faux pas. Montrant la fenêtre.

Puis je me suis jeté par la fenêtre..,. Heureusement je tombe daus vos bras.

Voilà, monsieur, pourquoi je me suis introduit si brusquement chez vous.

BONTEMPS. Et que prétendez-vous faire à présent?

ÉDOUAKD. Ah! monsieur, en m'écoutant avec autant d'intérêt, en voulant bien me donner l'hospitalité que je réclamais, vous m'avez déjà rendu un grand service ; vous pouvez m'en rendre un bien plus grand encore...

BONTEMPS. Parlez, (y^ part.) Je ne sais, mais ce jeune homme m'intéresse.

EDOUARD. Si je descends eacfr moment, je serai de nouveau^ poursuivi par les recors.

BONTEMPS. C'est probable...

EDOUARD. Demain , ce sera la mêïne chose.

BONTEMPS. C'est encore probable...

EDOUARD. Après demain, la même chose...

BOMTEMPS. C'est plus que probable...

EDOUARD. Pour que je n'aille pas en prison , il faut que celte affaire soit arrangée... voyez mon créancier.. ■ je vous en prie, . voyez-le, il demeure tout près d'ici...

BONTEMPS. Mais...

EDOUARD. Je VOUS en supplie!...

BONTEMPS, à part. Je suis tout ému... {Haut.) J'y consens, jeune homme, je le verrai.. .demain. ..ce soir...

EDOUARD. Ce soir... mais en attendant que devenir?... ah! voyez-le à l'instant, demandez-lui seulement un répit de trois ou quatre heures ; d'ici-là , je trouverai sans doute de quoi le satisfaire.

BONTEMPS. Je ne puis en ce moment. {Il regarde sa montre.) Onze heures ! {A pari.) mon Dieu ! et mon bureau !

EDOUARD. Vous voulez donc ma perte?

BONTEMPS. Ah ! jeune homme, que dites-vous là ? {A part.) Sa physionomie me frappe...

EDOUARD. Car vous ne savez pas tout encore! apprenez,mon^ :''icur, qtie j'aime, que je suis fou d'une jeune personne char-

mante.... ah! monsieur, un tvésor, un ange... Ses parens l'avaient mise Jans une pension séparée seulement par nu mur de rhôtel garni où je demeurais... c'est là que je la vis... je ne pus la voir sans l'aimer, et j'eus le bonheur de ne pas lui être indillerent... Bientôt il s'établit entre nous une correspondance par signaux, puis par lettre». Déjà nos cœurs commençaient à s'entendre, lorsque je cessai de la voir... qu'est-elle devenue, hélas! jusqu'à présent je n'ai pu le savoir... comprenez-vous ma douleur P.... ah ! s'il faut qu'on m'arrête dans ce moment pour me jeter au fond d'une prison , je me briserai la tête contre les murs

BONTEMPS, effrayé. Le malheureux!

EDOUARD. Oui, je me taerais , monsieur, je me tuerais, et t'est vousqui seriez cause de ma mort...

BONTEMPS. Moi, jeune homme... ah! grand Dieu!..

ÉDOLARD. Vous ne voudriez pas, j'en suis sûr, avoir un tel reproche à vous faire; oh î non, car vous êtes un honnête homme, vous, car vous avez un trop bon cœur...

BONTEMPS , d part. Je pleure d'attendrissement.

EDOUARD. Ah! monsieur, voyez mon créancier.

BONTEMPS. Allons... ou dcmeure-t-il ?

EDOUARD, lai remettant un^ car/f. Voici l'adresse... allez, monsieur, mon sort est entre vos mains, j'attends votre retour avec impatience.

BONTEMPS. J'y cours. [A part. ) Mon bureau î mon bureau !..

Il sort, reconduit jusqu'à la porte par Edou.trd ^ui le piciSf.

SCKi\E V.

EDOUARD, !ieul.

Je l'ai é<jhappé i)eHe... ma foi, si je devais m'attendre à quelque chose, ce n'était certainement pas à ee qui m'arrive... mais bien plutôt à me casser bras et jambes en tombant du toit de cette maison dans la rue. Quel heureux hasard f ... rencontrer un homme aussi humain, aussi complaisant... on a bien raison de dire qu'il est un Dieu pour les atnoureux.... Mais Suzanne, où peut-elle être?., comment la retrouver... peut-être est-elle perdue à jamafs pour moi... ne plus la revoir... oh ! cette pensée. [Ici on entend Suzanne chanter (farts la coulisse un refrain de romance.) Qu'cn(cnds-je ?. . une voix df! femme... c.«t-cc une il-

hision?. .. celle voix, c'est celle de Suzanne celte romance,

c'est sa romance favorite... serait-il possible! ah! mon Dieu!.. Suzanne!., il faut que je la voie... (// entre dans te cabinet.) Quand je devrais briser cette porte. . .

li ébranle la porte de communication qui tient innl et disparait par la coulisse.

SCÈIVE VI.

BONTEMPS , seul. — - // accourt tout essouflé.

Du coi:rage, jeune homme, du couraiçe; eh bien! où est-il donc!., monsieur... tiens, il est parti... l'étourdi! sans doute il n'aura plus vu ses recors en bas, et il aura voulu profiter de ce moment de liberté pour courir après sa belle... j'aurais cependant eu bien du plaisir à lui donner la réponse... elle est bonne heureusement... son créancier a bien voulu consentir à un cours

délai de quatre heures il est vrai que ça n'a pas été

sans peine il m'a fallu, répondre de lui Mais c'est

c'est assez m'occuper des affaires de ce jeune homme... allons à mon bureau... jamais je n'ai été aussi en retard.

AiH du premier prix.

Grâce à ma grande exactitude , Et qui jamais ue se dément, Là-bas on me nomm' d'habitude La montre de l'établiss'ment.

Près des chefs cela fait ma gloire ;

Mais aujourd'hui, malheureux sort !

Mes envieux diront : Victoire!

Il a perdu son grand ressort,

La monlr' n'a plus son grand ressort, (bis.)

Ah! si mon ministre le savait! ah! mais. . j'oubliais... madame

Grinchard vient de me remettre une lettre, voyons port

payé... Parfait... c'est de ma ville natale... de ma sœur sans

doute ( Après avoir regardé la signature. ) Que vois-

je ? ( Il lit. ) « Monsieur, après vingt ans de ma-

« riage et de silence, vous concevez qu'il faut une circons- « tance bien impérieuse pour que je prenne la plume pour vous 'i écrire : j'ai dans la capitale mon fils aîné Edouard... unenfant «qui ne peut pas vous être indifférent. > llélas!... « Ce jeune M homme aune vivacité de sang qui ne dément pas son ori- «ginc!.. {Botilcinps pousse un soupir.) Il paraît qu'il a fait des " folies il Paris ; il m'écrit (pi'il est vivement pnursiiivi par des

«créanciers... je prends à l'instant la diligence pour aller le ti- « rer deli... mais avant que je ne n'arrive, veuillez faire en sa «' faveur quelques efforts qu'il a peut-être, hélas .' le droit de ré- « clamer... {Nouveau soupir de Boniemps.) Il demeure rue des « Maçons Sorbonne n° 8, hôtel de la Paix, chambre n° 86 , au « sixième an-dessus de l'entresol; j'ose espérer, monsieur, que « vous agirez pour cet enfant comme si c'était... je n'ose ache-

u ver [Boniemps semble en proie à une vive émotion. ) — Signé

«femme Durand, autrefois pour vous Athénaï^ Clapuseau. » (// s'essaye les yeua-^) Ah! mon Dieu! je suis tout bouleversé... quelle nouvelle ! qui s'y serait attendu! il y a longtemps que je n'avais éprouvé une pareille émotion.. .Allons... au fait... soyez donc un peu homme, W.Bontemps. Certainement que je ferai pour mon... pour cet enfant... ce qu'Athéna ce que madame Durand me demande... Quelle journée, bon Dieu!... je

viens d'en sauver un il faut courir au secours d'un autre....

mais an moins celui-là Ah! jamais je n'aurai été aussi occupé. . . je v.iis aller de ce pas. . . grand Dieu !.. et mon bureau. . . décidémentil faut que j'y aille, et ce soir, après quatre heures, je volerai au secours de mon... de cet enfanl.. . {Regardant samon- <r«.)Diable!.. déjà une heure !.. courons... ah! si mon ministre le savait!

11 va pour sortir; Edouard entre au même instant par la porte du fond.

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