SCENE II
BONTEMPS, MAD. GRINCHARD.
M.Bonleuips est en houpelande et a la tête convcrte d'un bonnet de soie noire; il quitte sa houpelande et son bonnet dès le commencement de la scène cl s'habille à mesure que la scèiie marche; son habit et les divers autres accessoirsde sa toilette sont disposés ça et là sur des chaises.
BONTEMPS. Brrr! brrr!... il fait froid dehors... mais je vais aller me chauffer âu poêlé de l'administration. (// ôte sa houpelande.) Voilà l'heure... voyons, ma cravatte... où est donc ma cravatte ?... Quand on est pressé , on est toujours sûr de ne jamais trouver ce que l'on cherche.
MAD. GRINCHARD. Voilà ce que c'est que de rester garçon... si vous étiez marié, cela n'arriverait pas... vous trouveriez toutes vos petites affaires prêtes...
BONTEMPS. Madame Grinchard... si vous voulez que nous vivions en bonne harmonie, ne prononcez jamais ce mot-là devant moi... marié!... je ne le serai jamais. Dieu merci! non madame Grinchard, le mariage n'est pas dans mes goûts, par principe et par économie.
MAD. GRINCHARD. Ah ! VOUS croyez que vous ne seriez pas vingt fois plus heureux si vous aviez une petite femme qui vous soignerait.... vous migeoterait... vous câlinerait.,, vous dorlotterait.,. qui le matin vous ferait votre café et le soir vous bassinerait votre lit.
BONTEMPS, Assez, assez! madame Grinchard, vous me blés-
seï... vous ne savez pas quels terribles orages vous soulever dans mon cœur... j'ai renoncé i\ celle passion que l'on appelle l'amour, depuis que... (Triste souvenir de mon ardente jeunesse!) une femme victime de sa sensibilité et de la mienne... et au
moment ou je croyais l'épouser... un autre obtint sa main
et cependant... ah! j'avais des droits... mais ne parlons plus de
cela... ce qui est passé est (// s'essaye les yeux.) Tenez,
madame Grinchard, vous venez de rouvrir une blessure dans mon cœur, el de troubler la quiétude dont je jouissais depuis si longtemps !
UNE VOIX EN DEHORS. Madame Grinchard.. . le facteur... trois sous.
MAD. GRIIMCHARD. On y va... on y va... quel dommage... j'aurais pourtant bien voulu
OlV APPELLE DE NOUVEAU. Madame Grinchard!
MAD. GKIIWGIIARD. On y va... On y va...
Madame Grincliaid sorl par la porte dufund.
scEJvi: m.
BONTEMPS, seul.
Me marier! moi... allons donc! quand je n'en serais pas détourné par mes douloureux souvenirs , maintenant mes goûts s'y opposent... prendre une femme qui ne serait jamais conlenlede toutceque mes facultés... pécuniaires me permettraient de faire pour elle... qui me ruinerait par sa toilette... et qui pour contenter ses goûts, m'empêcherait d'aller le sair au café prendre ma demi-tasse et faire ma partie de dominos... ab ! fi donc... ne suis-je pas plus heUreux comme je suis... pas d'ennuis... pas de tourmens... toujours le même train de vie,..?ive le céliljat, morbleu !
Ail : Ali ! quel plaisir d'être soldai !
Ail 1 quel plaisir d'cJre garçon ! (his)
On a l'cspiil tranquille ,
On vit sans gène et sans façon ,
Et jamais sur son front fertile
On ne voit germer de..., bouton.
.\li ! quel plaisir {1er) d'Otre garçon 1
Voyei cri homme pâle cl blèmt; Que riiynien retient sous ses lois.
Chaque jour au diable lui-même Use donne plus de vingt fois.
Entendez-vous Là bas, là bas, Entcndez^vou» ces cris , ces reproches î C'est la Icmm', ce sont les mioches Qui font tout ce bacchanol.
Mon Dieu! mon Dien I quel affreux baccliiiiial :; Quel sabbat infernal!
Quel affreux bacchaïKil 1 Quel sabbat infernal !
Quel affreux bacchanal !
Àhlahl ah!
Ah 1 quel plaisir, etc.
IVlais je m'oublie... et mon bureau... voyons, me voici prêt, partons... ah! et mon parapluie... pleut-il... {Il ouvre la fenêlre et étend la main pour voir s'il pleut; Edouard se précipite par là dans la chambre et tombe dans ses bras.) Ah! mon Dieu! au secours.
SCÈWE VI.