‹ Les tribulations d'un employé, vaudeville en un acteChapitre 9 sur 17 · SCENE XI · texte numérisé non relu

SCENE XI

BOlNTEMPS, filoreau.

FILOREAU. M. Bontemps... c'est ici?..

BONTEMPS. Oui, monsieur...

FILOREAU. Ah! c'est vous qui êtfts?..

BONTEMPS. ftloi-même!..

FILOREAU. Vous êtes seul?..

BONTEMPS. Seul... à peu près.

FILOREAU. Alors j'attendrai...

Il s'a sied Sans façon.

BONTEMPS. Pardon, monsieur, mais je suis pressé il faut

que je sorte...

FILOREAU, d^une voix forte. J'attendrai, vous dis -je. . .

BONTEMPS. Que signifie?., monsieur, il faut s'expliquer...

FILOREAU. Non monsieur, non. . . des explications, morbleu. . . elles sont maintenant impossibles... les choses ont été poussées trop loin... il me faut une réparation...

BONTEMPS, étonné. Une réparation !..

FILOREAU. Réparation complette. .. l'insulte a été trop grave.

BONTEMPS. Une insulte!., je ne me souviens pas... j'ai beau chercher... cependant il se pourrait... dans ce cas, monsieur, je vous fais toutes les excuses... mais puis-je savoir à qui j'ai l'honneur de parler. . .

FILOREAU. Alcibiade Filoreau. .. demeurant depuis huit jours

dans cette maison, au troisième.

Il tire de sa poche un papier qu'il présente à Bontemps.

Air : De sommeiller encor, ma chère.

Tenez, monsieur , User cette pancarte , Et TOUS verrez qu'on est homme de cœur ; C'est mon brevet... dans la tierce et la quarte , Sans me vanter, je suis bon professeur. Dans un combat , c'est pilié dont j'enrage, De voir des gens massacrés au hasard ; Mais avec moi vous aurez l'avantage D'être tué dans les règles de l'art. (àis.)

iG

C'est comme j'ai riionncur de v^u.s le dire ..

COXTEMPS. Ah! monsieur dcmearc dans la maison.. .

FILOREAU. Oui, monsieur...

BOXTEMPS. Mais cela ne m'explique pas...

FILOREAU. Vous êtes le répondant du jeune homme

BONTEMPS. Quel jeune homme?..

FILOREAU. Eh bien ! le jeune homme?

BONTEMPS. Mais quel jeune homme enfln?

FILOREAU. Allons donc! ne faites donc pas l'étonné.

BONTEMPS. Je vous assure...

FILOREAU. Bref... voilà la chose... un petit jeune homme \ient de m'insulter grièvement dans l'escalier, sous prétexte que je regardais de trop près mademoiselle Suzanne... ]c lui ai demandé raison de son offense... une rencontre doit avoir Heu... il est sorti pour chercher des pistolets... mais n'étant pas connu dans la maison, il vous a donné comme répondant.

BONTEMPS C'est cela , il faut que je réponde des so4.tisc&des autres... je n'y consens pas, monsieur.

FILOREAU. C'est pourtant bien ici qu'il m'a dit... chez M. Bontcmps... Edouard Durand...

BONTEMPS. Edouard Durand ! oui, c'est bien ici. (Regardant le cabinet.) Parlez plus bas, je vous prie... [Réfléchissant.) Mais y a-t-il longtemps...

FILOREAU. La scène vient d'avoir lieu... oh! je ne laisse pas refroidir une offense, moi...

BONTEMPS, à part. C'est cela... il sera sorti par la porte de communication. {Allant au. cabinet et y jetant les yeux.) * Plus de doute!...

FILOREAU. Il tarde bien avenir le petit monsieur... se seraiton joué de pioi. . . ah ! si je le savais. . .

BONTEMPS. Monsieur.

FILOREAU. Je commence à perdre patience...

BONTEMPS. Monsieur...

FILOREAU. Côrbleul...

BONTEMPS. Monsieur, auriez-vous le courage de tuer ce jeune étourdi ?

FILOREAU, arec force. Oui. .

BONTEMPS, avec émotion, De1e i'aVïr a Tamonr d'une mère... d'un père...

' Filoreau, Bontenips.

flLOREAtJ , d'une voix de tonnerre. Oui...

BONTEMPS. Comment yous auriez cette barbarie. .. ali ! modsieur! la colère vous aveugle...

FILOREAU. Que vous importe?. .. mais trêve de bavardage... il ne vient pas... il me faut un but... unfe là... une là... c'est à vous que je m'en prendrai.

BOMTEMPS. A moi...

FILOREAU. Cet affrotit ne peUl se laver que dans le sang. BONTEMPS. Ah ! mon Dieu !

FILOREAU. Et je le déclare ; si je ne peux pas tuer l'autre, il faut que je vou.s tue.

BONTEMPS, effraye. Me tuer... mais monsieur, ce n'est pas moi...

FILOREAU, agitant la badine qu'il porte à la main. Silence j ou je vous passe mon épée au travers du corps... allons, marchons, monsieur.

BONTEMPS , tremblant. Je n'ai plus une goutte de sang dans les veines...

MAD. GRINGHARD, appelant du dehors. M. Filoreau ! un jeune homme est en bas qui vous demande.

FILOREAU. c'est mon jeunehomme enfin ! (Après avoir regardé par ta fenêtre et d part.) Oui, il est bien là dans la cour avec desarmes, diable!. .(je radoucissant et haut.) J'avais tort de douter... pardon, M. Bonlemps... je vous ai dit des choses un peu dures... mais quand on est en colère... et puis je suis tellement susceptible sur le point d'honneur. .. quand on est comme moi professeur d'escrime... expert assermenté...

BONTEMPS. Il n'y a pas de quoi...

MAD. GRINGHARD, appelant encore. M. Filoreau... descendez donc... vot' jeune homme s'impatiente ; il dit qu'il va montei vous chercher.. .

FILOREAU, à madame Grinchard. J'y vais .. j'y vais... (J Bon-: temps.) Vous me pardonnez, n'est- ce pas, monsieur... (A part.) Me voilà bien... (Haut.) Adieu, M. Bônténips... à l'avantage de vous revoir... quand vous aurez besoin de moi, ne m'oubliez pas... Alcibiade Filoreau... professeur d'escrime, expert assermenté... à l'avantage de vous revoir...

Il sort.

SCÈI\E XII.

BONTEMPS, s^ul.

\ l'avantage de ne jamais te revoir, maudit homme... ah 1 si tout le monde me ressemblait, il n'aurait guère d'occupation... Mais, mon Dieu, j'y pense!... il est sorti pour se battre... avec Edouard... le malheureux enfant,., ah! comment empêcher ce duel... j'y cours.. .

MAD. GBINCIIARD, Uu dehors. M. Bontemps... un garçon de l'instruction publique vient vous chercher de la part de votre bureau...

BONTEMPS. Mon bureau... j'allais l'oublier, et on m'envoie chercher... quelle fatalité!... comme si je n'avais pas assez de tous les tourmens que j'éprouve depuis ce matin... {À lacanionnade.) C'est bien, madame Grinchard. ..répondez que je m'y rends à l'instant... (// tire sa montre.) Deux heures!... que vat-on dire... je suis un homme perdu de réputation... deux heures!... ah! si mon ministre le savait! de quel côté donner de la tête ? mon bureau. .. cet enfant. . . affreuse journée. . . dépêchonsnous. .. {On frappe trois légers coups d la porte.) Encore quelqu'un.. . c'est donc une malédiction... je ne resterai pas , fût-ce le diable en personne... tJEntre Rosalba.) Une femme!., c'est bien pis ...

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