SCÈNE II
PICARD, TAILFER, une pièce ^artifice sous le bras. TAiLPER, descendant jusqu'à l'avant-scénCy à droite. Dieu ! que j'ai chaud I C'est pas Dieu possible, il y a plus loin de la Varenne à ma villa que de ma villa à la Varenne.
PICARD
Ohl oui, monsieur l
TAILFER.
Comment, ohl oui, monsieur?
* Picard» Tailfer.
3i LES TRIBULATIONS D'UN TÉMOIN
PICâtiD.
Parce que, pour venir icij ça monte, tandis que pour s'en retourner...
TAIIJ'EII.
Oui, ça descend^ c'est yrai. Eh bien^ je n'avais jamais songé à cela. Tiens^ Picard^ mets-moi ça au èee, dans la serre. Gouvre4e bien, et surtout prends bien garde qu^ou n*eD approche avec de la lumière. G*est la fameuse pièce d'artifice aont je t'ai parlée et à laquelle j'attache tant d'impor* tance.
PICARD, revenant de lu eéftré. *
Ah! ou)^ pour empaumer monsieur le maire, rapport au tracé et à ^expropriation.
TAILFER.
Comment, pour empaumer monsieur le maire?... pour le fasciner, pour Temp... pour le subjuguer, toutsinaplement.
, PICARD, fianié
Cest ce que je voulais dire. *
TAILFER, féffiofitant.
Voyons, maintenant, dans quel état sont mes fleurs adorées ! C'est moiD délassement. Picard, mon seul bonheur en ce monde.*. Que vois-je ! ma comtesse de Dsrbantane qui languit sur sa tige (allant vers la serre)^ et ma Louise Margotin, ma belle Louise, qui tourne de rœil! des roses de première classé! Qu'est-ce que ça signifie, monsieur Picard ? est-ce que ces fleurs n'auraient pas eu leur ration ?
PICARD
y vas vous dire, monsieur, c'est qui n'y a plus d'eau dans le tonneau.
tAÎLFER.
Eh bien, est-ce qu'il n'y en a plus dans la rivière?
PICARD
C'est ce que j'ai dit à Véronique... et tenez, monsieur, la v*là, justement, qui en redevient. {Véronique entre avec deux seaux.)
TAILFER.
Veux^'itt bien te dépêcher, toi !
VÉRONIQUE, au milieu, au fond.
Je mé suis dépêchée aussi ^ mais y a plus loin d'ici à la rivière que...
* Tailfer, Picard.
•* Picard, Tailfer,
LES TEIBULÀTIOIfS lyON TÉMOIN 35
TÀILFER.
Oui, nous avons déjà régolu ce problèriie.M Allons, allons, arrose mon indemnité,..
VÉRONIQDE.
Oui, monsieuir. {Elle arrose,)
TAiLPRR, à Picard, ,
C'est qu'il y a ici des plantes que je ne donnerais pas pour cent francs ! (Ficard regarde autmr de lui.)
TAILFER.
Qn'ettceque tu regardes?
PICARD
C'est )ue Je ne pensais pas que c'était à moi que vous disiez ça.
TÀILFEB.
Je te le dis à toi comme je le dirais à tout le monde.
PICARD
Surtout à jnonsieur le maire.
TAILFER.
Mais sans doute.*, car o'est surtout aux grands de la terre qu'il faut dire la vérité.
PICARD, elignant de VœiL Oui, monsieur. (A part.) Oui, vieux blagueur!
VÉRONIODE.
Ouf, v'ià qu'est fait, monsieur.
TAILFER.
Eh bien, maintenant, tu vas me faire te plaisir d'emplir le tonneau. {Il va s'asseoir à gauche.)
VÉRONIQUE, à par^ Ah! mais il ne pleuvra donc pas !
TAILFER, à Picard, Dis-moi, il ne s'est présenté personne pour louer la maison?
PICARD, s^approehant, Non^ monsieur; mais, sauf vot' respect, vous ne l'aimez donc plus, cette maison, que vous aimiez tant?
* TAILFER.
Moi, ne plus aimer cette chère maison, oîi mes enfants sont nés... et où j*ai perdu tous mes oncles? (Avec sentiment et se levant,) Mais quand on aime J)ien une chose, Picard, il faut l'aimer pour elle, et non pour soi. Or, si je parviens à la louer, cette chère maisonnette... {se reprenant) je veux
S6 LES TRlBOLATIOlfS D*ON TftMOIN
dire cette maison, si petite en apparence, mais si vaste par Je bonheur de sa distribution... alors, elle augmente encore de valeur, en cas d'eipropriaiion... Et j'ai dû sacrifier mon égoîsme... à son intérêt personnel. Ainsi, Picard...
PICARD, se frappant le front.
Et moi qui oubliais que j'ai une lettre pour vous depuis à c* matin ! {Il lui donne la lettre et remonte,)
TAiLFER, gagnant la droite.
Voyons. De la préfecture ! se peut-il 1 on me prévient que les agents-voyers se présenteront d'un moment à l'autre, pour lever le plan de ma propriété !... Je suis obligé de retourner à la Varenne, mais s'il vient, en mon absence, deux ou trois messieurs (peut-être plus, peut-être moins, je ne sais pas), tu les recevras avec tous les égards que l'on doit à des arpenteurs 1
PICARD
Des arpen... mais comment que je saurai... que...
TAILPBR.
Oh I tu les reconnaîtras facilement, ils ont toujours des cannes^ et puis tu les verras aller, comme ça, dans le jardin. {Il fait quelques grands pas,)
PICARD
Ah ! bon, ils arpentent.
TAILPBR.
Sans doute ; s'ils n'arpentaient pas, on ne les appellerait pas arpenteurs. Tu entends, tu les introduiras, tu les installeras, et tu viendras me chercher avec la rapidité de Téclair. {Il remonte,)
PICARD
Bien, monsieur.
TAILFFR.
Surtout, prends bien garde à mon feu d'artifice.
PICARD
Oui, monsieur.
TAILFBR.
Et toi, Yéroniquç^ si tu ne remplis pas le tonneau, et si, après l'avoir rempli, tu ne le. vide? pas, au profit de mes fleurs... je te chasse, mon enfant, jeté flanque à la porte!
(Il sort.)
VERONIQUE.
Oui, monsieur.
* Picard, Tailfer, Véronique.