‹ Les tribunaux comiquesChapitre 32 sur 73 · LA CULOTTE A L*ENVERS · texte numérisé non relu

LA CULOTTE A L*ENVERS

faire vient sur citation directe , et que M. Pochon s’est constitué partie civile , il use de son droit à ses risques et périls, et le tribunal est tenu d’écouter la plainte ; mais, s’il est permis d’abuser de ses moments, cet abus a des limites.

Tout d’abord, profond étonnement du magistrat dès la première réponse de M. Pochon, qui, ainsi que nous l’avons dit, s’est constitué partie civile.

M. le président. — Combien demandez-vous de dommages-intérêts?

M. Pochon. — 1 1 francs.

M. le président. — 1 1 francs!... Vous vous exposez à payer les frais d'un procès pour 1 1 francs ! Vous n'avez donc pas pris un avocat?

M. Pochon. — Monsieur, mon affaire étant sûre et certaine comme de l’eau de roche, c’était pas la peine d’en prendre un.

La culottière. — C’est à crever de rire...

M. le président. — Taisez -vous. (Au plaignant.) Si, c’était la peine, car un avocat vous aurait détourné de vous porter partie civile pour 1 1 francs; même à la lecture de la citation, j’ajoute qu’il vous aurait détourné de faire le procès. Enfin, îxpliquez-vous !

M. Pochon. — Vous allez voir que c est simple :omme de l’eau de rçche; v’ià l’affaire en un mot : j’ai donné à madame de l’étoffe, qui m’a coûté

LA CULOTTE A l’eNVERS.

1 1 francs, pour me faire un pantalon, et elle ne veut pas me le rendre; dont je demande 1 1 francs ou mon pantalon.

M. le président (à la culottière ). — Pourquoi ne voulez-vous pas lui rendre son pantalon ?

La culottière. — Parce qu’il ne veut pas m’en payer la façon.

M. Pochon. — Deux façons qu’elle me demande, pas une.

La culottière. — Du moment que vous me le faites retourner.

M. Pochon. — Il ne fallait pas le coudre à l’envers.

La culottière. — Je l’avais d’abord cousu à l’endroit ; vous me l’avez fait défaire.

M. Pochon. — Moi?

La culottière. — Enfin votre neveu me l’a rapporté de votre part.

M. Pochon. — Alors, réclamez l’autre façon à mon neveu.

M. le président. — Comment votre neveu aurait-il porté ce pantalon pour le retourner, si vous ne l’aviez pas chargé de cette commission ?

M Pochon. — Vous ne comprenez pas bien.

M. le président. — Non.

M. Pochon. — Voilà, c’est comme de l’eau de roche : j’achète de l’étoffe pour deux pantalons, un pour moi et l’autre pour mon neveu, et je les

LA CULOTTE A l’enVERS.

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ctonne à faire à madame; elle en fait un à l’envers. vLa culottière.— Oui, mais pas le vôtre.

M. Pochon. — Non, celui de mon neveu.

M. LE président. — Eh bien, alors, si ce n’est pas le vôtre ?

M. Pochon. — Ça ne l’était pas d’abord, mais ça l’a été après, vu qu’elle l’a retourné.

M. le président. — Vous le lui avez donc rendu?

M. Pochon. — Moi?... non, mon neveu.

M. le président.— C’est son pantalon que votre neveu a rendu ?

M. Pochon. — Non, c’est le mien.

M. le président. — Mais puisqu'il était cousu à l’endroit !

M. Pochon. — Oui, mais elle l’a remis à l’envers.

M . le président. — J e n’y comprends rien du tout.

La culottière. — Je vais vous expliquer. Le neveu me rapporte le pantalon pour le retourner ; je l’ai retourné.

M. le président. — Mais puisqu’il était à l’endroit?

La culottière. — Oui, c’est vrai.

M. Pochon. — C’est là où il faut que madame soit aussi dinde qu’elle est.

M. le président. — Ah ! n’injuriez pas ia prévenue.

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